vendredi 2 septembre 2016

Dilma Rousseff : Le crépuscule de la Guerillera



Par chems eddine Chitour
vendredi 2 septembre 2016 

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me traite de saint, et quand je demande pourquoi ils n'ont rien à manger, on me traite de communiste. »
Don Helder Camara, évêque brésilien...

Dans une plaidoirie de la dernière chance devant le Sénat avant sa destitution probable hier, Dilma Rousseff a fustigé « un coup d'Etat pour élire indirectement un gouvernement usurpateur » et rappelé qu'elle avait été élue par 54 millions de Brésiliens. « Nous sommes, dit-elle, à un pas d'une grave rupture institutionnelle, de la concrétisation d'un authentique coup d'Etat », a-t-elle lancé sur un ton combatif. « Votez contre l'impeachment, votez pour la démocratie », a conclu Dilma Rousseff au terme d'un plaidoyer pathétique de 30 minutes.

Qui est Dilma Rousseff ?


Elle est née le 14 décembre 1947 à Belo Horizonte (Brésil), c'est une économiste et femme d'État brésilienne. Pendant la dictature militaire, Dilma Rousseff intègre le commando de libération nationale, mouvement de résistance, devenu plus tard le VAR Palmares. Arrêtée en 1970, elle est torturée pendant vingt-deux jours, puis condamnée par un tribunal militaire et détenue trois ans jusqu'en 1973. À l'époque de sa détention, elle est surnommée la « Jeanne d'Arc de la guérilla », en raison de son implication dans le mouvement (...) En 1977, elle obtient un diplôme de l'École de sciences économiques de l'université fédérale du Rio Grande do Sul. À la même époque, elle participait à la restructuration du Parti démocratique travailliste (PDT) Entre 1991 et 1995, elle fut nommée secrétaire d'État à l'Énergie.
Elle rejoint le Parti des travailleurs (PT) en 2001. Le président Luiz Inácio Lula da Silva, nouvellement élu, la nomme en janvier 2003 ministre des Mines et de l'Énergie, fonction qu'elle occupe durant deux ans et demi. Ministre des Mines et de l'Énergie de 2003 à 2005, puis ministre d'État et chef de cabinet du président Luiz Inácio Lula da Silva à partir de 2005. Le 21 juin 2005, elle devient ministre d'État, chef de cabinet du président de la République fédérative du Brésil (le plus haut poste du gouvernement) après la démission de José Dirceu, accusé de corruption. Dans un contexte de scandales de même nature ayant touché plusieurs dirigeants du PT, elle devient alors la « dauphine » de Lula. Elle est la candidate du Parti des travailleurs à l'élection présidentielle brésilienne de 2010, qu'elle remporte au second tour de scrutin face à José Serra. Elle est investie présidente de la République fédérative du Brésil le 1er janvier 2011, devenant la première femme à occuper cette fonction. Elle est réélue de justesse en 2014.

L'accusation : Un pretexte pour son éviction

« Mme Rousseff lit on dans cette contribution est accusée d'avoir déplacé des fonds publics en 2014 sans l'avoir fait voter dans un budget. Pour sa défense, Dilma Rousseff répond que cette pratique est commune parmi tous les gouvernements du Brésil. (...) Le Brésil a été très durement frappé par la chute des prix mondiaux du fer, du pétrole et du soja. En 2015, l'inflation a atteint 10,7% et l'économie a décru de 3,8%. Les prévisions pour cette année sont similaires. Elle a transféré des fonds pour masquer un déficit. Le système électoral du Brésil est un système proportionnel. Au fil des années, les partis politiques se sont multipliés, au point qu'il est devenu impossible pour un seul parti politique de gouverner sans coalition. Or, en raison des difficultés économiques, la popularité de Mme Rousseff est en chute libre. Le parti du vice-président Tremer a donc préféré se dissocier de la coalition de Mme Rousseff et gouverner avec sa propre coalition. (...) Le président par intérim Michel Tremer va devenir pour de bon président jusqu'en 2018, date de l'élection présidentielle. Il va gouverner avec une nouvelle coalition dominée par les anciennes élites économiques du pays. Près de 60% des sénateurs font l'objet d'une enquête pour corruption... » 

Les scandales éclaboussent toute la classe politique 

Curieusement, Dilma Rousseff n'est pas jugée pour corruption contrairement aux hommes politiques qui la jugent et pour certains ils sont justiciables. Une opération du type Manu polite (mains propres) est mise en place. Elle s'appelle Lava Jato. Nous lisons dans la version El Pais Brasil rapportée par Courier international : « L'énorme affaire de corruption Petrobras n'a pas fini d'atteindre la classe politique. (...) Cette « délation » faisait le 15 juin les gros titres de la presse brésilienne. ´´L'ancien président de la société Transpetro, Sérgio Machado, implique directement Michel Temer dans le schéma des versements illicites qui fait l'objet de l'enquête Lava Jato´´, Sérgio Machado, qui dirigeait cette filiale du groupe public Petrobras jusqu'à sa mise en cause dans le scandale, parle à la justice en tant que ´´délateur récompensé´´, un statut permettant à un prévenu de voir sa peine réduite s'il fait des révélations. « Il est considéré comme l'homme à la bombe du PMDB », note El País Brasil, pour tous les dommages que ses confessions pourraient causer à ce parti. « Le nom de Michel Temer fait partie de la liste de 20 personnalités politiques qui ont reçu des fonds illégaux issus du système de corruption. Cette fois, Sérgio Machado accuse M.Temer de lui avoir demandé - et d'avoir obtenu - des subsides de 1,5 million de réais (380.000 euros) pour soutenir la campagne d'un député du PMDB à la mairie de São Paulo en 2012. Les 20 responsables politiques incriminés par M.Machado ´´sont issus de toutes les tendances´´, y compris le Parti des travailleurs (PT) de Lula et Dilma, (...) Mais, quelle que soit la conclusion du parquet, les accusations de M.Machado portent ´´un coup très dur » à Michel Temer, estime « Un coup si dur », conclut le journal, qu'il « risque bien de menacer les plans de décollage de son gouvernement » ».
Dans le même ordre de la corruption les corrupteurs sont aussi montrés du doigt : « Marcelo Odebrecht, l'ancien dirigeant de la plus grande entreprise de bâtiment d'Amérique latine, a écopé de près de 20 ans de prison pour son implication dans le scandale Petrobras. L'entrepreneur est mis en cause dans un scandale de pots-de-vin impliquant la plus grosse entreprise du pays, le pétrolier Petrobras. ´´Un club d'entrepreneurs fraudait les appels d'offres de Petrobras´´, titre le quotidien O Globo dans un autre article. (...) Au total, 62 personnes ont été condamnées dans le cadre de l'enquête sur le scandale Petrobras, révélé en mars 2014. La police a convoqué l'ancien président Lula da Silva pour l'entendre sur son implication éventuelle dans l'affaire. » 

Le déroulement final du marathon de la destitution 

Il faut reconnaitre aux parlementaires brésiliens d’avoir du souffle et de respecter les règles et les lois concernant cette procédure d’empechement qui aura duré plus de quatre mois. Pour El Pais (Brésil) « C'est [pour Dilma Roussef ndR] sa dernière chance de convaincre quelques sénateurs indécis qu'elle mérite de rester à son poste. Ce sera le point culminant d'un procès historique´´.La procédure de destitution de la présidente écartée du pouvoir Dilma Rousseff arrive ce 29 août à sa dernière étape. (...)Dans un réquisitoire « émouvant », assurent ses proches, avec l'objectif d'inverser au moins les six voix dont elle a besoin pour être jugée innocente du crime de responsabilité fiscale. »
« Chaque sénateur lit-on sur Courrier international aura ensuite cinq minutes pour interroger ´´une présidente qui, pendant tout son mandat, a évité autant que possible de parler aux parlementaires´´. Mais le scénario semble déjà écrit, croit savoir El País. Les sénateurs ont affirmé préférer garder le silence [...]. Le manque de questions de l'opposition sera un geste, peut-être symbolique, Ils ont déjà pris leur décision.´´ Elle a commis une erreur extrêmement grave en maquillant les comptes publics [...], ce qui a donné à ses opposants du législatif la munition qu'ils cherchaient pour l'annihiler politiquement.´´ ´´Dilma a fait l'erreur de ne pas avoir agi comme son prédécesseur, Lula, qui était maître en l'art de négocier avec l'opposition´´, qui contrôle le Congrès. » 

Qui va remplacer Dilma Rousseff ? 

Depuis le 12 mai, Michel Temer son vice –président, qui l'a lâchée en quittant la coalition gouvernementale, assure l'intérim. On apprend que pèsent sur lui des soupçons de corruption. Nous lisons : « De nouvelles accusations se portent à présent sur le président par intérim, Michel Temer, et sur une vingtaine de dignitaires issus de partis de tous bords. Chaque nouvelle dénonciation démontre que les petits arrangements entre le secteur public et le privé remontent à loin, et pas seulement à l'affaire Petrobras. Pour l'heure, l'opération mains propres, dite Lava Jato, sur l'affaire de corruption Petrobras pointe vers le nouveau président par intérim Michel Temer, issu du parti centriste PMDB, qui a pris ses fonctions en mai dernier après la suspension de Dilma Rousseff. »
De même il semblerait qu'il y ait un véritable complot pour trouver les motifs visant à renverser Dilma Rousseff : « Sous pression après des écoutes révélées le 23 mai par le journal Folha de São Paulo, le ministre de la Planification, Romero Jucá un des plus proches du président Michel Temer, a dû quitter son poste. La conversation dévoilée par le journal date de mars. Jucá y laisse entendre que l'éviction de Dilma Rousseff serait un moyen de freiner les enquêtes anticorruption, qui visent tous les partis politiques, y compris celui du président par intérim, Michel Temer. L'échange dure une heure et demie. Jucá s'y entretient avec Sergio Machado, ancien président de Transpetro, filiale de Petrobras. Lorsque Machado évoque sa crainte d'être jugé par le tribunal en charge d'enquêter sur l'affaire Petrobras, Romero Jucá suggère qu'il faut changer de gouvernement pour « arrêter cette hémorragie. » 

Le baroud d'honneur de Dilma Rousseff 

Le journal le Monde décrit bien, la mise à mort politique de Dilma Rousseff : « La tête haute et le doigt levé, professorale, orgueilleuse et solide, Dilma Rousseff s'est adressée, les « yeux dans les yeux », à ses juges, refusant le « silence ob-séquieux des lâches ». (...) C'est donc « avec le goût amer de l'injustice » que la première présidente de la démocratie brésilienne a présenté son procès comme une « conspiration » menée par les élites économiques avec l'assistance de médias complaisants. Un « coup d'Etat », a-t-elle répété, visant à chasser du pouvoir une femme, une mère et une grand-mère « innocente », à l'aide de « prétextes constitutionnels ». (...) Pour sa défense, Dilma Rousseff convoque son histoire personnelle, celle d'une guérillera acharnée contre la dictature militaire (1964-1985), le corps marqué par les séquelles de la torture, et l'Histoire, la grande, celle du Brésil, n'hésitant pas à évoquer, entre autres figures, celle de Joao Goulart, président renversé par les militaires en 1964 : « Par le passé avec les armes, aujourd'hui avec une rhétorique juridique, on prétend de nouveau s'attaquer à la démocratie et à l'Etat de droit. »
« Une posture quasi théâtrale visant plus à soigner sa biographie et à prendre l'opinion publique à témoin qu'à renverser le destin. Dans les tribunes, l'ancien président Lula, la mine abattue, accompagné du chanteur, compositeur et écrivain Chico Buarque et de quelques caciques du Parti des travailleurs n'ont guère d'espoir. Jamais la présidente n'aura mentionné dans son discours le nom de celui qui fit, par deux fois, campagne à ses côtés et pourrait devenir le nouveau chef d'Etat du Brésil, jusqu'à la prochaine présidentielle de 2018. Celui qu'elle a plusieurs fois qualifié de traître et de comploteur : Michel Temer, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre). Parmi ces fidèles de Dilma Rousseff, Edileusa Sique Oliveira, professeure d'histoire refuse de baisser les bras. « Il y a encore un espoir, il faut lutter », dit-elle. Son voisin, Mario Bianchini, retraité, ancien chercheur venu de Belo Horizonte, est persuadé de l'existence d'un complot ourdi par les Etats-Unis, la CIA et l'Agence nationale de la sécurité américaine. Il régnait ainsi un parfum de nostalgie dans l'hémicycle. Celui du désenchantement d'une partie de la gauche. (...) Pour beaucoup, les rêves associés au PT ont pris fin depuis des mois, voire des années. » 

Une leçon de démocratie, malgré tout 

Le vote était prévisible. Dilma Roussef est destituée, mais elle garde ses droits politiques. Immédiatement Michel Temer a prêté serment. Même si le motif de la destitution est discutable, la procédure d'empêchement longue plus de quatre mois a permis à chacun de s'exprimer. Le verdict va tomber au sixième jour d'un procès marathon, de dizaines d'heures de débats techniques où le droit de la défense et la Constitution auront respecté sur la forme, sans convaincre de la culpabilité de Mme Rousseff du fait du motif invoqué. En réalité, Dilma Rousseff est attaquée « pour avoir osé remporter une élection qui contrariait les intérêts de ceux qui voulaient changer le cap du pays et ne pas avoir empêché la poursuite des enquêtes sur la corruption au Brésil », a affirmé son avocat, l'ex-ministre de la Justice José Eduardo Cardozo. Les prochains dirigeants brésiliens, bien qu'élus démocratiquement, risquent fort la destitution sur des motifs fallacieux comme celui utilisé à l'encontre de Mme Rousseff...Ce « précédent » créé par cette procédure inédite promet une extrême instabilité dans les prochaines années. D’autant que Dilma Rousseff , installée dans l’opposition ne se laissera pas faire et fera tout pour faire aboutir les affaires de corruption qui éclaboussent le nouveau président Michel Temer.

 La curée : Mort du Brics , Wall Street, Le FMI ? 

La mise à l’écart de Dilma Roussef a suscité une vague d’indignation notamment des voisins sud américains notamment de cuba ; la réaction du nouveau pouvoir n’a pas tardé : rappel des ambassadeurs. Il est vrai que depuis plusieurs mois les économies brésilienne et russe ont été fortement secouées. Il est vrai aussi que le Brésil et la Russie ont connu une croissance soutenue au cours des dix dernières années. Cela a permis au Brésil de se propulser au rang de sixième puissance économique mondiale en 2013. Mais les ressources des deux pays sont constituées pour l'essentiel d'exportations de produits pétroliers et de matières premières. Cependant quand il y a eu la crise de 2008, ce sont les Brics qui ont soutenu la croissance mondiale. Ce coup d’état a de quoi satisfaire le FMI toujours aux aguets qui attend d’ajuster structurellement le Brésil en taillant dans le social. S’agissant de la haute finance, elle a tous les motifs de se frotter les mains. 
« Le contrôle par Wall Street de la politique monétaire et de la réforme macro-économique écrit Michel Chossudovsky était l’objectif ultime du coup d’Etat. Les nominations clé du point de vue de Wall Street sont la Banque centrale, qui domine la politique monétaire ainsi que les opérations de change, le ministère des Finances et la Banque du Brésil (Banco do Brasil). Au nom de Wall Street et le « consensus de Washington », le « gouvernement » intérimaire post coup de Michel Temer a nommé un ancien PDG de Wall Street (avec la citoyenneté américaine) à la tête du ministère des Finances ».
Par ailleurs, on sent comme un craquement dans l’édifice du Consensus de Washington. Après le Brexit , les hommes politiques européens ont senti le vent tourner et osent contredire l’empire. On annonce aussi la mort du Ttip le traité américano-européen vu comme une soumission de l’Europe à l’économie américaine. Est le début de la fin pour le monde unipolaire et l’avènement d’un monde plus juste basé sur la multipolarité ? D’où viendrait ce salut ? Est-ce Les Brics qui représentaient 30% du produit mondial, autant que l'Union européenne qui seraient responsables de la moitié de la croissance vacillent et à qui Wall Street a donné un coup sévère en dynamitant l’une de ses fondations ; Ou est ce les pays émergents dans leur globalité ?
La contribution suivante est un début de réponse : « Les pays émergents prendront prochainement la place de leader dans le commerce international, faisant reculer l'Occident au second plan suite à l'échec des négociations sur le Traité sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (Ttip), selon un expert allemand. « L'Occident cessera prochainement de mener le jeu dans le commerce international, cédant la place aux pays émergents, a déclaré à Sputnik Folker Hellmeyer, chef économiste à la Bremer Landesbank. »
Le problème est de savoir si la nouvelle équipe de Temer va suivre la voie précédente ou va-t-elle se désengager brutalement confirmant toutes les craintes à savoir les griffes caudines du FMI. Nous le saurons lors du G20 du 4 septembre à Pékin.
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
Source : AGORAVOX

lundi 29 août 2016

L’histoire de burkini : Les échéances électorales dans le monde occidental se focalisent sur cet « événement », Car en effet, c’est ici qu’échoue la lutte des classes.



Cette affaire en rappelle une autre : celle du foulard islamique.
Il y a trente ans, deux fillettes, d’origine marocaine avaient « décidé » de porter le foulard et de ne point le quitter à l’école. Le débat politique s’en était suivi : pour et contre. Les défenseurs des fillettes invoquaient le droit pour elles d’être scolarisées ; le foulard étant supposé leur avoir été imposé par leurs familles.
Des conseils de ministres, rien que ça (!), en faisaient le point nodal de leurs réunions et avaient dû en débattre comme s’il s’était agi d’une question de haut danger pour la France.
On mit la question de la laïcité sur la sellette, à titre d’argument, et cet argument de taille avait facilité et amplifié le débat.
Entre la laïcité que l’on disait en danger et le droit d’être scolarisées de deux fillettes, le conseil d’Etat répondant à des critères hautement politiques avait tranché en faveur du foulard.
Le conseil d’Etat, avait autorisé les fillettes à porter le foulard dans l’enceinte de l’école, alors même que le foulard constitue un signe religieux visible et ostentatoire.
Les médias en prirent le relais d’une façon insidieuse et la suite on la connait. Le foulard est devenu chose normale, ensuite la burka, ensuite les femmes musulmanes reléguées dans leurs cités, dans leurs cuisines, furent retranchées de la vie sociale, car plus aucun emploi ne leur est permis.
L’université est restée ouverte au petit nombre qui peut y accéder, mais sans finalité puisque le monde du travail et les postes universitaires leur sont fermés.
Malheureusement, le manque de conscience politique et le recul idéologique bien orchestrés, n’ont pas aidé à ne pas tomber dans le piège.
Le feuilleton continue. La crise économique doit trouver des boucs émissaires qui seront stigmatisés et rendus responsables de tous les maux du capitalisme, comme naguère furent les juifs.
Les difficultés économiques actuelles, les échéances électorales aidant, les communautés musulmanes concentrent tous les regards.
L’on a donc le cas des terroristes qui agissent avec une facilité déconcertante et dont aucun ne survit ce qui ne permet pas de dévoiler les tenants et aboutissants de leurs agissements, où les puissantes nations se présentent comme victimes d’un terrorisme incontrôlable et où femmes musulmanes sont soumises à de puissantes pressions religieuse, sociale et politique. Tout ce concentré permet de biaiser le débat et de le réduire à un conflit entre « conservateurs » contre « démocrates ». Il ne s’agit plus du tout de discuter d’un projet économique et politique où les démunis, les relégués, les sans-abris, les sans-emplois, les édentés, les noirs, les Maghrébins et les immigrés auront leur mot à dire et leurs droits à défendre. Il ne s’agit plus de cibler les capitaux faramineux accumulés par les uns sur le dos des autres, ni des capitaux qui circulent et s’entassent planqués dans des lieux protégés.
On rappellera alors qu’il y a des paradis fiscaux et des panamas papers contre lesquels on ne peut rien. Tous ces pillages et destructions des nations et des petits peuples, sont oblitérés et le discours est centré sur le burkini.
Le droit aux musulmanes de se balader sur les plages avec le burkini étant accordé par le conseil d’Etat en France, sollicité de nouveau, le débat s’envenime de plus belle. Les échéances électorales dans le monde occidental (France, USA, Allemagne, ex pays socialistes d’Europe etc.) se focalisent sur cet « événement ».
Car en effet, c’est ici qu’échoue la lutte des classes.
Le jour où les peuples comprendront que tous ces faits n’ont constitué que des moyens de diversion et des moyens pour prolonger la durée du pouvoir du Capital, n’est pas si loin.
Djamila T
Source : Alger Républicain

jeudi 11 août 2016

France - Législatives 2017 : le fantasme des électeurs du FN « Et si Marine Le Pen devenait présidente de la République en 2017 ? ».



« Et si Marine Le Pen devenait présidente de la République en 2017 ?  » À l’approche de l’élection présidentielle, cette question récurrente* relance périodiquement les spéculations des électeurs du Front National. Parmi elles, la certitude que la candidate frontiste disposerait d’une majorité parlementaire en cas de victoire...
Tous les instituts de sondage donnent Marine Le Pen au 2e tour de la présidentielle de 2017, et sauf colossale surprise sous la forme d’un scandale majeur, il devrait en être ainsi. Il est vrai que la conjoncture sert les intérêts de la candidate du Front National : entre les difficultés socioéconomiques persistantes et un climat sécuritaire plombé par la menace de nouveaux attentats sur le territoire français, le FN apparaît aux yeux d’un nombre élevé d’électeurs comme le seul recours possible.
Comment pourrait-il en être autrement ? Les partis de gouvernement traditionnels issus des rangs du PS et de l’UMP (rebaptisé LR pour masquer ses échecs) ont en effet démontré au cours des derniers mandats leur impuissance politique et fait preuve d’une coupable incurie sur des dossiers fondamentaux comme l’emploi et le pouvoir d’achat. Pire : en portant de manière irresponsable le fer et le feu sur des théâtres extérieurs où la France n’avait strictement rien à faire, ils ont exposé notre pays à des représailles sanglantes.
Après l’inconsistant Chirac, les Français ont, à l’évidence, eu à subir les deux pires mandats de la Ve République : l’un sous la férule de Nicolas Sarkozy, matamore vulgaire, inefficace et va-t-en-guerre qui a dévalorisé comme personne avant lui la fonction présidentielle ; l’autre sous la houlette de François Hollande, tout aussi inefficace et tout aussi va-t-en-guerre malgré ses allures débonnaires de sous-chef de bureau de la Caisse des dépôts et consignations. Deux terribles erreurs de casting directement imputables à un système politique subclaquant.
Comment, dans ces conditions, ne pas regarder du côté de celle qui n’a jamais été aux affaires et qui, fort habilement, tient un langage suffisamment offensif pour séduire en dépit de cruelles insuffisances économiques et environnementales ? Marine Le Pen est, de manière évidente, devenue un espoir pour des pans entiers de la population française, notamment là où nos compatriotes souffrent le plus : dans les classes populaires et la France rurale. Et cela, il faut bien le reconnaître, de moins en moins par défaut, et de plus en plus en plus par adhésion aux idées frontistes.
Où trouve-t-on les électeurs potentiels de Marine Le Pen ? D’une part, dans une population essorée par les politiques de régression sociale, conduites avec un mépris patent des élites envers les classes modestes. D’autre part, dans une population confrontée dans les cités à la montée des communautarismes, trop souvent induite par des pratiques clientélistes. Enfin, dans une population déboussolée par la consanguinité des politiques qui se sont succédé depuis des décennies, qu’elles aient été mises en œuvre par une droite cynique et arrogante ou par une prétendue gauche qui a depuis longtemps tourné le dos aux valeurs historiques du socialisme et perdu, de ce fait, son socle électoral ouvrier.
En réalité, malgré le rejet croissant de LR et plus encore du PS, victime de l’accumulation des griefs accumulés au cours des derniers mandats, Marine Le Pen n’a quasiment aucune chance d’être élue présidente en 2017. Et cela en dépit d’un glissement progressif de l’électorat vers la droite de l’échiquier politique. Seule en effet une qualification de François Hollande pour le 2e tour pourrait permettre à la présidente du FN de rêver de l’Élysée. Une hypothèse d’autant plus improbable que le président sortant reste plongé dans des abysses d’impopularité et qu’il n’aura guère d’éléments positifs à faire valoir pour soutenir sa candidature à un deuxième mandat.
Une présidente de la République en cohabitation
En dehors de cette hypothèse, Marine Le Pen sait qu’elle sera battue – plus ou moins largement – par le candidat LR qui, logiquement, devrait lui être opposé dans le contexte de déconfiture annoncée du PS. Admettons pourtant que, bénéficiant de circonstances exceptionnelles, la présidente du FN sorte gagnante de l’affrontement et devienne le 9e chef d’État de la Cinquième République...
Sitôt endossé le costume de présidente de la République, Marine Le Pen formerait le premier gouvernement frontiste de l’Histoire en faisant appel aux caciques de son parti. Moyennant quoi ce gouvernement FN serait immédiatement renversé par une motion de censure dès l’ouverture de la session parlementaire, faute de disposer d’une majorité à l’Assemblée Nationale. Il s’ensuivrait donc la mise en place d’un gouvernement de droite LR-UDI, au grand dam de la nouvelle présidente de la République, condamnée à la cohabitation pendant au moins un an – du fait de l’impossibilité de dissoudre l’Assemblée durant ce laps de temps –, et sans doute toute la durée de son mandat.
Un tel scénario, les militants et les électeurs du FN se refusent évidemment à l’envisager, en s’appuyant notamment sur le fait que les Français se montrent en général légitimistes et donnent au nouvel arrivant à l’Élysée les moyens parlementaires de conduire sa politique. Mais ce qui est vrai dans le cadre d’une alternance des « partis de gouvernement » risque fort de ne pas fonctionner dans l’hypothèse d’une présidence frontiste. La faute à un système de scrutin législatif uninominal par circonscription qui ne facilite pas l’élection de députés frontistes en grand nombre. Le FN est en effet très loin de disposer dans les 577 circonscriptions d’une structure militante capable de contrer les appareils LR et PS implantés là depuis des décennies. Sans compter le manque criant de moyens financiers dont souffre ce parti. Des constats qui expliquent très largement l’absence quasi-totale de députés frontistes dans l’actuelle Assemblée Nationale – ils sont trois – en dépit de scores nationaux élevés lors des dernières consultations électorales.
Cette réalité, les partisans du FN refusent de la voir en face. D’aucuns vont même jusqu’à établir un parallèle entre Marine Le Pen et François Mitterrand, celui-ci ayant attendu de longues années et subi deux échecs (1965 et 1974) avant d’entrer à l’Élysée. Selon eux, le tour de Marine Le Pen est venu comme était venu celui de François Mitterrand en 1981. Avec à la clé une confortable majorité parlementaire. Or, n’en déplaise aux militants et aux électeurs du FN, ce scénario relève bel et bien du fantasme. 
Aucune parallèle n’est en effet possible entre Le Pen 2017 et Mitterrand 1981 tant le contexte est différent : en 2017, c’est un FN isolé qui ira à la bataille en ne pouvant compter que sur ses seules forces ; en 1981, ce sont deux grands partis politiques de gauche, le PS et le PCF – eux-mêmes assis sur de puissantes fédérations régionales et un nombre très élevé d’élus locaux et de forces militantes –, qui avaient uni leurs forces. Or, trois ans avant la présidentielle de 1981, le PS et le PCF étaient grosso modo à égalité aux législatives de 1978 avec l’ensemble RPR-UDF : 43,43 % contre 43,89 %. En créant le Programme commun d’union de la gauche, Mitterrand partait donc, en incluant les voix du MRG, sur une base de... 45,58 % d’électeurs, non compris les 5,25 % de votes de la gauche radicale et des écologistes.
À comparer avec les... 13,60 % du FN aux législatives de 2012 !!!
Certes, une victoire de Marine Le Pen en mai 2017 induirait une dynamique aux législatives de juin. Mais très insuffisante pour permettre au Font National de décrocher une majorité parlementaire. Au mieux, l’on peut même raisonnablement estimer que le parti de la présidente décrocherait 150 sièges, soit 50 fois plus de députés que dans la chambre actuelle. Une progression spectaculaire mais qui ne pourrait empêcher une cohabitation de Marine Le Pen.
Récurrente, cette question l’est en effet sur le web. Elle a même été récemment posée sur AgoraVox dans un article de Sacharbit.
par Fergus 
Source : AGORAVOX

mercredi 3 août 2016

Lettre de prison de Bilal Kayed à son 48ème jour de grève de la faim.



1er août 2016
Le prisonnier palestinien Bilal Kayed, à son 48ème jour de grève de la faim, a publié aujourd'hui la lettre suivante depuis sa chambre à l’hôpital Barzilai, où il est détenu mains et pieds enchaînés à son lit. Kayed, 34ans, a commencé sa grève de la faim le 15 juin ; il devait être libéré le 13 juin après avoir purgé sa peine de 14 ans et demi dans les prisons israéliennes. Pourtant, au lieu d’être libéré comme prévu, il a été condamné à six mois de mise en détention administrative renouvelables indéfiniment sans inculpation ni jugement.
À mon peuple héroïque palestinien...
Gens libres du monde...

Dans cette étape difficile que je subis sur un plan personnel, dans la lutte contre la tentative de forcer ma soumission à l’occupation brutale qui a pris la décision de me liquider, pour rien d’autre que le fait que j’ai été aux côtés des prisonniers de mon peuple, défendant mes droits et leurs droits et les droits de leurs familles pour parvenir à accéder même aux conditions minimales de la dignité humaine. Il n’est pas étrange que je me trouve moi-même soutenu par l’ensemble de mon peuple, de ceux qui m’entourent avec leurs cris et leurs pleurs et leur soutien et font des efforts inlassables pour annihiler l’injustice qui a été infligée, à moi et aux prisonniers. Ce qui arrive est tout à fait en accord avec l’esprit d’entente nationale dans lequel j’ai été élevé, par vous, mon peuple et par les peuples libres du monde, où qu’ils soient. En Cisjordanie, se dressant contre l’oppression ; dans les terres occupées [de 1948], fiers et enracinés dans la terre et le respect de leur identité ; mon peuple héroïque dans Gaza victorieuse et tous les hommes libres du monde, de toutes les nationalités et de toutes les origines.

Je suis ici, aujourd'hui, terminant ma première étape dans ma bataille avec cet occupant brutal et j’ai annoncé ma deuxième étape, qui est celle de l’unité avec tous les prisonniers de tous horizons et partis politiques pour que nous puissions tous, collectivement, nous tenir à l'avant-garde de la lutte nationale, à l’intérieur et à l’extérieur des prisons.

Après avoir reçu cette décision des tribunaux de l’occupation militaire (comme je l’attendais) [de rejet de son appel contre la détention administrative] ignorant ma liberté, la vie et la dignité, il est nécessaire que je répondre afin de faire face à cette décision brutale. Ainsi à partir d’aujourd'hui, 1er août 2016, je refuse tous les examens médicaux proposés par les médecins de l’hôpital. J'exige mon retour immédiat en prison malgré la détérioration de mes conditions de santé, pour me tenir debout sur un seul front et sur une seule ligne dans les cellules de l’occupation, aux côtés de tous les prisonniers en révolte, élevant la voix avec force : Votre décision ne passera pas facilement ! Surtout après que l’occupation ait franchi une autre ligne rouge, encore plus dangereuse, en m’envoyant en détention administrative, ce qui vise à liquider tous les dirigeants du mouvement de prisonniers et ses cadres et ceux qui lèvent haut sa bannière en défense du droit des prisonniers à la liberté et à la dignité.

Mon peuple héroïque, l’heure du combat est arrivée. Je suis plein d’espoir. Car j’ai toujours su que vous, vous êtes le mur protecteur, défendant notre lutte. Ce que j’ai reçu de vous par vos luttes, vos sit-in, vos manifestations, me donne plus de détermination pour continuer vers l’avant jusqu'à la victoire. La liberté ou le martyre.

La victoire est inévitable.

Bilal Kayed
Hôpital Barzilai
1er août 2016
Source : Samidoun.ca