Alors que se multiplient les révélations d’une
connaissance préalable par l’Etat des attaques du 22 mars à Bruxelles, les
milieux dirigeants tentent de dissimuler leur responsabilité dans des attaques
ayant fait jusque là 35 morts et 340 blessés. Comme apparaît au grand jour le
rôle central joué par les réseaux islamistes développés par les pouvoirs de
l’OTAN dans la guerre par procuration en Syrie, les politiciens belges et
français attisent la haine anti-musulmane.
Il est apparu la semaine dernière que le renseignement
belge avait identifié les assaillants et leurs liens avec les milices
islamistes combattant en Syrie et qu’il avait été averti des cibles et du
moment de leurs attaques. Néanmoins, la police n’a pas surveillé les auteurs de
l’attentat et ne les a pas appréhendés non plus alors qu’ils amassaient un
énorme arsenal de fabrication de bombes et amenaient les bombes aux endroits
ciblés. Des informations continuent d’apparaître sur comment le soutien de
Washington et de ses alliés en Syrie aux forces islamistes a produit un réseau
de combattants islamistes en Europe bénéficiant d’un niveau considérable de
complicité de la part de l’État.
« Les évaluations d’espionnage de l’occident ont
pendant des mois mésestimé l’ambition du groupe djihadiste à exporter la
violence, » a déploré le Financial Times dans un article qui donne une
estimation du nombre de combattants retournés en Europe. Sur environ 30.000
combattants étrangers ayant été en Syrie, écrit ce journal, « bien plus de
1.200 sont revenus dans les frontières de l’UE. Environ 350 en Grande-Bretagne,
250 en France (plus 250 qu’on estime être sur le chemin du retour), 270 en
Allemagne, 118 en Belgique et environ 200 en Scandinavie, selon les chiffres
officiels des renseignements ».
Les quelques milliers de jeunes qui rejoignent l’EI
sont autorisés à aller en Syrie par les services secrets belges et leurs
collègues à travers l’Europe pour y combattre dans la guerre de changement de
régime par procuration. Ce sont ces gouvernements européens qui ont créé les
conditions d’attaques terroristes dans leur propre pays. Au fur et à mesure que
le scandale monte en Belgique sur le rôle de l’État dans les attentats, des
politiciens bourgeois de toutes tendances cherchent à détourner l’attention du
caractère criminel de leur politique en incitant à la haine et à la peur de la
population musulmane en Europe.
En des termes qui auraient pu facilement venir du Front
national néo-fasciste (FN), le ministre français de la jeunesse et des sports
Patrick Kanner (Parti socialiste), a publié une dénonciation extraordinaire de
Molenbeek, la zone immigrée de Bruxelles où on a trouvé le suspect en cavale
des attaques de Paris, Salah Abdeslam. Comme cela a été révélé, la police belge
était au courant de son adresse exacte depuis le début, bien qu’il fût
soi-disant « l’homme le plus recherché d’Europe » pendant les quatre mois où il
se cachait.
Parlant à i> Télé, Kanner a dénoncé Molenbeek comme
« un système profondément non intégré, un système mafieux avec une économie
souterraine, un système où les services publics ont presque disparu, un système
où les élus ont renoncé à essayer. »
Dans des commentaires menaçant les immigrés de
répression policière en France, Kanner a appliqué la même description
malveillante aux quartiers immigrés dans toute la France: « Il y a aujourd’hui,
comme on le sait, des centaines de quartiers en France qui présentent des
similitudes potentielles pour ce qui est arrivé à Molenbeek. »
En Belgique, les membres dirigeants de la Nouvelle
alliance flamande (N-VA), le parti nationaliste flamand, une des composantes du
gouvernement du Premier ministre belge Charles Michel, dénoncent également les
musulmans et les immigrés.
Le chef de file de la N-VA et maire d’Anvers Bart de
Wever a dénoncé dans une interview à Der Spiegel « l’erreur historique » de la
chancelière allemande Angela Merkel d’avoir annoncé l'an dernier que l'Allemagne
accorderait l'asile aux réfugiés fuyant les guerres en Syrie, en Irak et en
Afghanistan. Il a appelé l'intégration des musulmans dans la société belge un
échec: « Nous ne sommes pas en mesure de leur offrir une version flamande du
rêve américain. Voilà notre problème. »
En même temps, les informations ont clairement montré
que le gouvernement belge a joué un rôle clé dans la protestation
anti-musulmane d'extrême droite qui eut lieu à Bruxelles dimanche 27 mars.
Samedi 26 mars, le gouvernement avait annulé « La
Marche contre la peur » une manifestation organisée par le Parti socialiste
(PS), parti francophone qui est actuellement le principal parti d’opposition en
Belgique. Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) et le maire de Bruxelles
Yvan Mayeur (PS) avaient annoncé conjointement l’annulation de la
manifestation: « Compte tenu de la capacité de la police sur le terrain, et
parce que la priorité va aux enquêtes judiciaires, nous aimerions vous demander
de ne pas manifester demain [dimanche]. »
Dimanche, plus de 400 jeunes d’extrême-droite ont
convergé sur la gare de Vilvoorde près de Bruxelles pour se rendre au square où
devait avoir lieu la « marche contre la peur ». La police locale n’est pas
intervenue. Les jeunes sont montés à bord d’un train à destination de Bruxelles
où ils ont été accueillis à la gare par la police fédérale et locale. La police
a accompagné les jeunes à la Bourse de Bruxelles, où des veillées silencieuses
ont lieu tous les jours depuis les attentats.
Les jeunes ont pris le contrôle de la place en face de
la Bourse et ont commencé une virulente manifestation anti-immigrés et
anti-musulmane avec saluts nazis. Ceux qui participaient à la veillée ont été
contraints de se réfugier sur les marches de la Bourse.
Les jeunes d’extrême-droite portaient des banderoles «
Les Casuals contre le terrorisme. » Ils appartiennent à l’aile belge de «
Casuals United » groupe formé à l’origine en Grande-Bretagne à partir de
hooligans du football sur un programme anti-immigré et anti-musulman. Les 400
jeunes étaient attendus car ils avaient organisé leur voyage sur la page
Facebook de l’organisation la semaine précédente.
Le double standard dans la gestion de l’affaire par le
gouvernement Michel est évident. On a autorisé une manifestation d’extrême
droite à continuer et lui a même donné une escorte policière, tandis que les
organisateurs d’une manifestation PS ostensiblement contre la peur et pour la
compréhension multiculturelle l’ont précipitamment annulée se pliant aux
déclarations officielles qu’il n’y avait pas assez de police pour surveiller
des manifestations.
Le rôle du gouvernement dans la manifestation montre
l’importance des sympathies d’extrême-droite bien connues de membres du
gouvernement belge et conformes à la réhabilitation du sentiment néo-fasciste
entreprise en France et dans toute l’Europe.
Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon, haut responsable
de la N-VA et associé de Bart De Wever, maintient peu d’ambiguïté sur ses liens
avec l’extrême droite. Interrogé en 2014 au sujet de sa participation en 2001 à
une réunion de la Saint-Maartensfonds, association défendant les volontaires
flamands qui ont rejoint la guerre d’agression génocidaire des nazis contre
l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale, il a dit à La Libre Belgique: « Les
gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. Je ne vivais
pas à l’époque. »
Puis il a qualifié d’« erreur » la collaboration belge
avec le régime nazi en Belgique durant la Seconde Guerre mondiale, mais
minimisa ensuite son importance – écartant la collaboration, qui comprenait la
formation d’un régime fasciste en Belgique, comme une « nouvelle sans grande
importance. »
(Article paru
d’abord en anglais le 29 mars 2016)
Source :
WSWS