jeudi 5 novembre 2015

La colonisation du nord de la Syrie, un projet israélien de création d’un état indépendant au Nord du pays de manière à contrôler la Syrie par l’arrière, à la manière dont les Israéliens ont créé l’État du Soudan du Sud, en 2011, pour contrôler l’Égypte par l’arrière.



La colonisation du Nord de la Syrie est un vieux projet israélien lié au développement des missiles. Il s’agit de créer un État indépendant au Nord du pays de manière à contrôler la Syrie par l’arrière, à la manière dont les Israéliens ont créé l’État du Soudan du Sud, en 2011, pour contrôler l’Égypte par l’arrière.
Ce projet israélien avait été repris par la France et a donné lieu, en 2011, à un traité secret signé par Alain Juppé et Ahmet Davutoglu.
La Turquie était convenue que cet État serait dirigé par sa minorité kurde et qu’Ankara pourrait y expulser le PKK et affirmer le suprémacisme turc dans son pays.
En septembre 2013, le Pentagone faisait publier par Robin Wright une nouvelle carte de redécoupage de la région, incluant la création de l’Émirat islamique de Daesh et celle d’un nouveau « Kurdistan » dans les territoires arabes de Syrie.
À la mi-octobre 2015, en réaction à la campagne russe contre les jihadistes, la CIA a créé les « Forces démocratiques syriennes », présentées comme une alliance des Kurdes syriens et de « rebelles ». En réalité, les FDS sont une nouvelle étiquette du YPG (les forces kurdes jusqu’ici fidèles à Damas) auquel on a ajouté quelques alibis arabes.
Immédiatement, les Kurdes de Syrie ont décidé de kurdiser les territoires du Nord de la Syrie. Ils ont donc commencé à occuper les maisons des non-Kurdes et envoyé une lettre comminatoire aux écoles leur enjoignant de licencier leurs professeurs arabes et de prendre des professeurs kurdes pour un enseignement exclusivement en kurde.
Les nouveaux enseignants, venus d’Irak et de Turquie, transcrivent souvent la langue kurde en alphabet latin, que les arabes et les Kurdes de Syrie ne savent pas lire.
Les arabes, qui sont majoritaires dans ces territoires depuis plusieurs millénaires, et les autres minorités ont vivement protesté. En deux semaines, le mouvement s’est étendu, de nombreuses écoles ont été contraintes d’obéir, sauf celles de la minorité chrétienne assyrienne qui a déployé sa propre milice pour les défendre.
Historiquement, seul un tout petit territoire situé au Nord-Est de la Syrie est kurde. Contrairement à la Turquie, la République arabe syrienne accorde les mêmes droits à tous ses citoyens indépendamment de leur origine ethnique, de leur religion ou de leur appartenance politique. Il n’y a donc aucune raison de créer un Kurdistan indépendant en Syrie. Si tel devait cependant être le cas sous la pression états-unienne et israélienne, alors cela ouvrirait droit à des revendications identiques de la part de dizaines d’autres groupes ethniques et religieux dans l’ensemble de la région.
Si elle devait avoir lieu, la création d’un Kurdistan dans une terre arabe ouvrirait un nouveau conflit comparable à celui de la Palestine.

Source : RESEAU VOLTAIRE

GUERRE D’ALGERIE : Les cobayes humains de l’armée française. Le 1er Avril 1960,150 prisonniers algériens utilisés comme cobayes humains lors du second essai nucléaire français à Reggane.

René Vautier est mort le 4 janvier 2015.

Résistant à 15 ans, il fut, avec pour seule arme sa caméra, engagé sa vie durant contre le colonialisme et les injustices ; emprisonné dès son premier film à 21 ans ; censuré comme nul autre réalisateur français ne le fut.
Lui qui avait des liens si forts avec l’Algérie s’était fait l’écho d’un témoignage terrible qui, jusqu’ici n’a pas été évoqué dans la presse française. Il est temps de le faire.
Cela se passe au CSEM (Centre Saharien d’Expérimentation Militaire) situé à Reggane, à 700 km au sud de Colomb Bechar. Les tirs sont effectués à Hamoudia, à une cinquantaine de km au sud-ouest de Reggane. Le premier avril 1960 a lieu le second essai nucléaire français, sous le nom de code “Gerboise blanche”. La bombe dégagea environ 4 kilotonnes.

Le tir a été l’occasion d’étudier la résistance des matériels militaires (avions, véhicules, parties de navires...) à une explosion nucléaire.
L’armée française a mené des essais sur des rats, des lapins et des chèvres.
Des exercices militaires en ambiance « post-explosion » ont été réalisés. Ils commencèrent vingt minutes après les tirs.
Mais environ 150 hommes vivants furent aussi exposés aux effets de la bombe, ligotés à des poteaux, à environ 1 km de l’épicentre.
Nous sommes en pleine guerre d’Algérie, cette guerre qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes algériennes, militaires et surtout civiles. Beaucoup de victimes meurent torturées. Pour le colonialisme français et son armée, la vie des algériens ne vaut pas cher à l’époque...
René Vautier, avait monté son film “Algérie en flammes”, tourné dans les maquis algériens dans les studios de la DEFA (Deutsche Film-Aktiengesellschaft) en RDA.
Karl Gass, réalisateur documentariste à la D.E.FA. avait recueilli le témoignage d’un légionnaire français d’origine allemande affectés à la base de Reggane.
Le témoin affirmait avoir reçu , juste avant l’explosion, l’ordre de récupérer dans des prisons et des camps de concentration, 150 Algériens qui devaient être utilisés comme cobayes à proximité du point zéro . Il déclarait les avoir fait venir, les avoir remis à ses supérieurs hiérarchiques, et ne les avoir jamais revus. Ce légionnaire a été affecté ailleurs en 1961.
M. Mostefa Khiati, médecin à l’hôpital d’El Harrach et M. Chennafi, enlevé avec cinq de ses amis de Staouéli (ouest d’Alger) à Reggane où ils devaient travailler, confirment ce témoignage (voir encadré “Ce que disent les Algériens”).
En Algérie, la presse et les médias algériens, la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, des juristes, des médecins évoquent ces questions.
Le 14 février 2007, le quotidien Le Figaro cite une réponse à l’interpellation des Algériens. Elle est faite par le responsable de la communication du ministère de la Défense, Jean-François Bureau : "Il n’y a jamais eu d’exposition délibérée des populations locales »". Il s’agit, selon lui, d’une légende entretenue par la photo d’une dépouille irradiée exposée dans un musée d’Alger. "Seuls des cadavres ont été utilisés pour évaluer les effets de la bombe", ajoute-t-il.
Mais alors, quels sont ces cadavres ? D’où venaient-ils ? Quelles étaient les causes des décès ? Où sont les documents tirant les enseignements de leur exposition à la bombe ? Et surtout, peut-on sérieusement croire qu’en pleine guerre d’Algérie, l’armée française pouvait transporter des cadavres sur des centaines de km pour des essais “éthiques” alors qu’elle torturait et tuait quotidiennement civils et combattants algériens ?
Qui peut croire aussi, qu’un pouvoir qui se dote à grands frais d’une arme nouvelle, qui fera l’essentiel de ses forces, va s’abstenir d’en faire l’essai jusqu’au bout ? La logique “technique” à défaut d’être humaine, c’est de la tester “en vraie grandeur” c’est à dire sur des êtres humains vivants ... Tous l’ont fait : lisez, pays par pays, l’ encadré à ce sujet.
Pourtant, il n’y a pas eu de scandale d’Etat à la hauteur de ce fait qui relève du crime contre l’humanité.

Le fait que le FLN avait accepté, dans le cadre d’"annexes secrètes", que la France puisse utiliser des sites sahariens pour des essais nucléaires, chimiques et balistiques pendant quatre années supplémentaires a sans doute créé des conditions propices à ce silence officiel...
En effet, ces essais se sont poursuivis dans les conditions de mise en danger des populations locales et des travailleurs algériens sur les sites contaminés, le pouvoir algérien ne souhaitait sans doute pas voir ce dossier sensible resurgir.
Derrière elle, l’armée française a laissé des poubelles nucléaires à peine ensablées
(Voir L’Humanité du 21/02/2007), des populations victimes de multiples cancers, des nappes phréatiques radioactives.
Mais elle laisse aussi le souvenir, mieux caché pour l’instant, d’une épouvantable expérimentation effectuée sur des êtres humains vivants.
Merci à René Vautier pour avoir tenté, durant des années, de lever la chape de plomb sur ce crime.
A présent les bouches et les archives doivent s’ouvrir.
Comme la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, exigeons l’ouverture compète des archives militaires sur les essais nucléaires dans le sud du Sahara (algérien) dans les années 1960 à 1966.
Demandons aux nombreux militaires et civils français et algériens qui ont servi sur la base de Reggane et ont pu être témoins direct ou recueillir des témoignages de dire ce qu’ils savent.
Que la France officielle reconnaisse aujourd’hui le crime.
A défaut de pouvoir le réparer, qu’elle prenne ses responsabilités pour atténuer les conséquences de ses essais nucléaires sur les populations algériennes :
La réhabilitation des sites d’essais nucléaires, conformément à la législation internationale.
La création d’une structure de santé spécialisée dans le traitement des maladies cancéreuses causées par la radioactivité. La mise en place d’un registre du cancer dans les régions d’Adrar, Tamanrasset et Béchar. La prise en charge totale des malades.
La création d’un pôle d’observation des différents sites ayant servi aux essais nucléaires comme ce fut le cas pour l’Angleterre et ses sites en Australie.

Auteur : Nicolas Pluet, militant communiste et ami de René Vautier.


lundi 2 novembre 2015

Les Etats-Unis ont besoin des guerres…En effet, ils ont besoin d’ennemis pour survivre et alimenter leur industrie de l’armement.



Lundi 2 novembre 2015

L’intervention militaire russe en Syrie est entrain de changer le rapport de force en faveur du gouvernement en place. Quotidiennement, des bastions terroristes tombent, ce qui signifie que prochainement, les frappes aériennes de la Coalition ne seront plus justifiées. C’est certainement ce qui a motivé les Etats-Unis à autoriser, le 30 octobre, l’envoi de troupes au sol.
Inféodée aux Etats-Unis et pour affaiblir la Russie, l’OTAN projette, pour sa part, de positionner 4 000 troupes de combat dans des pays frontaliers de la Russie —sur fond de conflit dans les dossiers syrien et ukrainien—, tandis que Washington verse des milliards de dollars à des laboratoires d’armes biologiques installés dans des pays ayant fait partie de l’ancien bloc soviétique et qui entourent la Russie.
Dans le même temps, Washington poursuit sa propagande médiatique contre la Russie et lui reproche abusivement de viser l’opposition modérée et des objets civils tels que des hôpitaux, des mosquées et des écoles. Ces accusations mensongères ont été démenties, à plusieurs reprises, par les autorités russes et par MSF (Médecins sans frontière). En revanche, ce qui est certain, c’est que les terroristes du groupe DAESH étaient encore présents en Syrie malgré les 7000 frappes effectuées par la Coalition !
Mener une « Guerre froide » contre la Russie n’a pas suffi aux Etats-Unis qui, le 27 octobre, sont entrés illégalement dans les eaux entourant des îles disputées de l’archipel Spratleys. Selon Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, la présence d’un navire de guerre américain (un lance-missiles) constitue une « menace à la souveraineté de la Chine et à ses intérêts sécuritaires ».
Les Etats-Unis accusent la Chine de poursuivre un programme massif de « récupération de terres » en construisant des îles artificielles en Mer de chine méridionale et ainsi, militariser la région. La mer de Chine méridionale —seconde route commerciale mondiale, par où transite environ un tiers du pétrole— est revendiquée par la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et l’Indonésie. Washington déclare ne pas prendre partie aux revendications territoriales de ces six pays, mais agit tout autrement. En effet, sous prétexte d’assurer la sécurité dans la région, les Etats-Unis provoquent la Chine en poursuivant leurs opérations navales dans la région.
S’entretenant avec son homologue américain, John Richardson, le commandant de la Marine chinoise, Wu Shengli, a averti que si les Etats-Unis persistaient dans leurs provocations, il pourrait y avoir « un incident mineur qui déclenche une guerre ».
Les Etats-Unis ne sont pas prêts à renoncer à leur stratégie de domination mondiale, qu’ils utilisent pour imposer « la démocratie » aux autres états, à coups de bombardements, ce qui leur permet, au passage, de satisfaire les demandes du tout-puissant complexe militaro-industriel américain. En effet, les Etats-Unis ont besoin d’ennemis pour survivre et alimenter leur industrie de l’armement.
Quant à l’OTAN, ses décisions, dictées par Washington, conduisent notre monde à sa perte. La machine de guerre OTAN n’exerce pas sa vocation première qui est d’assurer la sécurité des pays membres. Sa politique, inféodée à l’Usraël, œuvre uniquement dans l’intérêt de l’entité sioniste. C’est pourquoi, il est urgent que les pays membres de l’Alliance, pour le bien de leur nation, recouvrent leur souveraineté et leur liberté, en s’affranchissant de cette organisation belliqueuse et inféodée à l’Usraël.

Source : P.A.S

dimanche 1 novembre 2015

Syrie : l’énigme arabe ! Le fait est là : le monde entier a les yeux braqués sur la Syrie, sauf les Arabes qui regardent manifestement ailleurs.



Alors que le Moyen-Orient se trouve au bord du précipice et que l’on s’inquiète des développements périlleux induits par la guerre en Syrie sur la sécurité dans le monde, les dirigeants arabes observent un mutisme déconcertant.

Il y a de quoi être perplexe face à cette indolence alors qu’un pays arabe brûle et que le péril est à leurs frontières. Néanmoins, cette apathie est-elle réellement étonnante, au final, si l’on excipe du fait que nombre d’entre eux, singulièrement l’Arabie saoudite et le Qatar, n’ont pas été pour peu dans l’allumage de la mèche de la discorde au pays du Cham ? Le fait est là : le monde entier a les yeux braqués sur la Syrie, sauf les Arabes qui regardent manifestement ailleurs.
Le plus curieux est que des monarchies du Golfe ne font pas moins partie de ladite « Coalition arabo-occidentale anti-EI » en Irak et en Syrie. Ce qui à l’évidence place Doha et Riyadh en position fâcheuse : sponsors et mentors des groupes jihadistes, notamment « Jabhat al-Nosra », qui se retrouvent, dans le même temps – par « coalition » interposée – bourreaux de jihadistes. En participant à la coalition internationale « anti-EI » les monarchies arabes (l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Emirats arabes unis, la Jordanie, le Maroc, le Qatar, sans le Koweït et Oman) savaient que c’est le peuple syrien qui en souffrirait en priorité. Les monarchies ont donc surtout accédé aux demandes étasunienne et française de donner une couleur « arabe » au combat [qu’elles mènent] contre des groupes jihadistes qu’elles ont elles-mêmes fomentés et financés.
Notons ce fait, à tout le moins paradoxal, qu’est la présence d’Israël [par le biais du Mossad (renseignement)] dans la coalition. Cette étrange coalition tout en disculpant l’Occident, justifie, in fine, les bombardements qui détruisent peu à peu la Syrie. L’expérience irakienne et syrienne a semblé donner des ailes aux monarchies, consignées toutefois aux seconds rôles dans ces deux pays, qui voulaient montrer leurs capacités militaires : la crise yéménite leur en a donné l’occasion. Depuis le 26 mars dernier, l’Arabie saoudite a sa propre « coalition » qu’elle dirige contre les rebelles chiites houthis, pour, assure Riyadh, « sauver » le Yémen de l’emprise de « l’Iran ». Ainsi, combattre avec de grands moyens militaires contre les chiites yéménites semble plus valorisant pour l’Arabie saoudite que de livrer bataille à Israël qui massacre au quotidien des dizaines de Palestiniens. Il est patent que l’Arabie saoudite n’est pas l’ennemi d’Israël. Le danger, c’est l’Iran, ce sont les Palestiniens et tous ceux qui ne partagent pas les visions que Riyadh se fait des relations inter-arabes et inter-musulmanes. Cependant, si les monarchies ont fait leur choix stratégique de s’aligner sur l’Occident en général, les Etats-Unis en particulier, qu’en est-il des Républiques arabes ? Ces dernières demeurent dans l’expectative (elles n’ont ni soutenu, ni condamné les frappes militaires de la coalition en Irak et singulièrement en Syrie, ni contribué d’une quelconque façon à la manière de mettre un terme au terrorisme de Daesh), observent les évènements tout en restant indécises sur le parti à prendre dans une guerre où, à l’évidence, les « républicains » arabes ne jouent aucun rôle. En est-il ainsi de l’irruption de la Russie dans le maelström syrien qui a pris de court les Arabes et laissé sans voix ledit Monde arabe et par effet la Ligue arabe ? De fait, à l’exception des réactions de trois pays arabes, les autres n’ont pas estimé devoir exprimer un avis sur cette nouvelle donne. Ainsi, sans surprise, le Qatar et l’Arabie saoudite ont cosigné le communiqué occidental exigeant de la Russie de cessez « immédiatement » ses bombardements contre « l’opposition » syrienne et de « concentrer » ses frappes contre « l’EI ». Dans ce silence arabe assourdissant, notons que l’Egypte, par la voix de son chef de la diplomatie, Sameh Choukri, a quand même soutenu l’action russe estimant qu’elle « aura un impact sur la lutte contre le terrorisme en Syrie et aidera à l’éliminer ».
Cela reste peu, très peu. Ces positions antinomiques, exprimées par des représentants arabes, ont toutefois le mérite de souligner le fossé ouvert dans les rangs arabes – la Ligue arabe n’ayant ni les capacités ni les dimensions intrinsèques pour le réduire – qui explicite leur absence sur la scène moyen-orientale et sur des dossiers qui concernent en priorité le Monde arabe, que sont les crises irakienne, syrienne, libyenne, yéménite et le contentieux palestinien en suspens depuis 68 ans. Cela explique aussi la déliquescence profonde où s’est enfoncé le Monde arabe dont les politiques de l’autruche l’ont écarté des affaires internationales et des siennes propres prises en charge par les étrangers. Au moment où le monde avance, la régression dudit « Monde arabe » ne semble pas devoir avoir de limites.
Karim MOHSEN

samedi 31 octobre 2015

PALESTINE OCCUPEE : Cinquante années de violences coloniales ne peuvent qu’engendrer la violence des opprimé(e)s. Les adolescents palestiniens marchent la tête haute pour la libération.


La violence des actes de la résistance contre l’occupation chez les jeunes est un symptôme de la désorganisation de la société dans laquelle ils luttent pour survivre.

La participation auto-inspirée et improvisée d’adolescents qui n’ont aucune affiliation politique est un phénomène marquant dans le soulèvement actuel. Ils sont des mineurs nés après les Accords d’Oslo et qui ont observé à distance les trois guerres contre Gaza, ils ont assisté à la sauvagerie croissante des colons contre nos villageois en Cisjordanie, et aujourd’hui, ils voient clairement comment l’expansion israélienne s’accapare tout ce qui est palestinien dans Jérusalem.
Ces garçons ne sont ni désespérés ni suicidaires, et pas davantage des délinquants et des contrevenants à la morale. Au contraire, les biographies de beaucoup d’entre eux révèlent une recherche ambitieuse pour l’excellence et la réussite. Ils se perçoivent eux-mêmes comme capables, altruistes et protégeant le peuple palestinien – ils sont prêts à endurer le sacrifice extrême pour réaliser ces objectifs.
Ahmad Manasra, 13 ans, a été blessé par les Israéliens et a été laissé baignant dans son sang sur la ligne du tramway, accompagné des cris obscènes des passagers israéliens demandant « qu’on lui mette une balle dans la tête », en représailles d’accusations selon lesquelles il aurait poignardé un jeune Israélien. Ce jeune était étudiant à Al Nayzak, inscrit à un programme parascolaire pour étudiants talentueux en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques.
Mustafa Al Khatib, 17 ans, était un étudiant apprécié et éminent de l’École Al Ibrahimeyeh. Mais les enfances de ces jeunes sont complètement non reconnues par les Israéliens, dont l’article de presse le lendemain de l’évènement était intitulé : « Un terroriste de 13 ans poignarde un garçon de 13 ans ».
Je ne cherche pas à encourager la violence, mais je suis conduite à en comprendre et à en expliquer les origines, et à demander qu’il y soit donné une réponse d’adulte. L’adolescence est une phase de développement normalement caractérisée par l’impulsivité, la vulnérabilitéémotionnelle et une recherche d’identité. Cependant, nos adolescents ne traversent pas cette phase de façon paisible.
« Nous allons t’emmener à la salle Numéro Quatre. Sais-tu ce que c’est ? Tu y entres sur tes deux jambes, mais tu en ressors à quatre pattes ».
Ce témoignage a été fréquemment rapporté après que des mineurs ont été interrogés par les Israéliens dans le complexe russe de Jérusalem au cours des dernières années – bien avant les affrontements actuels. Tel est l’objectif stratégique des Israéliens pour les Palestiniens qui vivent sous l’occupation : les objectiver et les exploiter comme des animaux à quatre pattes, contemplant le sol, n’osant pas se relever pour leurs droits. « Le seul bon Arabe est un Arabe mort », ce slogan souvent répété par les Israéliens exprime leur sentiment majoritaire envers les Palestiniens.

Aujourd’hui, nous voyons ces « Arabes morts » et ces « Palestiniens à quatre pattes » se relever contre la violation et l’intimidation constante de leur peuple, nous les voyons agresser leur oppresseur avec des armes primitives. Ce faisant, ils réaffirment, sous une forme extrême, qu’ils ont volonté et subjectivité, qu’ils sont capables de décider des choix, et qu’ils sont prêts à risquer une mort probable en se relevant contre l’ennemi. Mais ce qu’ils ne sont pas prêts à faire, c’est de vivre « à quatre pattes ».

Des pères désemparés

Au fil des années, l’occupation a sapé la structure de la famille palestinienne et désorganisé la communauté. Les pères palestiniens sont affaiblis, incapables de subvenir aux besoins de leur famille ou de la protéger contre les dommages. Quatre-vingts pour cent des habitants de Jérusalem vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans un logement inadéquat et insalubre, avec un statut de « résident temporaire » qui peut leur être retiré pour la moindre marque perçue d’un défi de l’occupant. La toxicomanie est un problème croissant. Il existe des divergences terriblement visibles dans le mode de vie et les opportunités, entre l’est et l’ouest de Jérusalem. Plus ils respirent librement à Jérusalem-Ouest, plus ils nous étouffent à Jérusalem-Est.
De nombreux pères palestiniens ont été tués ou rendus psychologiquement absents par l’emprisonnement ou le traumatisme de la torture ; un tiers de tous les hommes palestiniens ont connu la détention israélienne à un moment ou à un autre depuis 1967. Beaucoup de ces pères, libérés après de longues années en prison, sont devenus l’ombre de ce qu’ils étaient auparavant. Ces pères voient bien que leurs fils aînés, bien qu’encore de simples adolescents, sont devenus « le père », à leur place.

Nos enfants font souvent l’expérience de ce qu’est une arrestation d’enfants dans leur maison. Ils ont vu leur père rester désemparé alors que des soldats masqués d’Israël faisaient irruption avec leurs chiens militaires, criant sur la famille en hébreu, alors qu’un petit frère était arraché de son lit. Dans certains cas, le père est même contraint de remettre ses enfants aux soldats, ravalant ses larmes. Ils ont vu leur mère frappée, humiliée et déshabillée quand elle avait trop tenté de défendre ses enfants, et ils ont vu leur père paralysé, incapable de les protéger. Falah Abu Maria, de Beit Ummar, a été tué alors qu’il tentait de défendre son fils contre les soldats, en juillet.
En outre, ces enfants ont fait l’expérience d’une direction palestinienne répressive et inefficace. Après les élections législatives palestiniennes de 2006, le Président palestinien en a justifié le rejet des résultats en déclarant « Si nous avons à choisir entre le pain et la démocratie, nous choisissons le pain ». Juste avant la dernière guerre de l’été 2014 contre Gaza, ce même Président a informé les Palestiniens que « la coordination avec Israël en matière de sécurité était sacrée ». Et récemment, à l’ouverture d’une session parlementaire au Conseil national palestinien, il a fait cette déclaration scandaleuse : « Nous n’avons rien à voir avec Jérusalem, le Prophète a quitté La Mecque ». La direction palestinienne a autorisé le siège étouffant de la bande de Gaza et elle a agi en coordination avec l’Égypte et Israël pour en inonder les tunnels. Tout récemment, la direction palestinienne arrêtait tout Palestinien qui recelait le potentiel de se lever contre les colons en Cisjordanie, et elle a brutalement réprimé les manifestations pacifiques qui s’opposaient aux agressions israéliennes contre la mosquée Al Aqsa.
Israël a délibérément attaqué et discrédité quiconque pourrait incarner le rôle d’un vrai père aux yeux des Palestiniens. Beaucoup de dirigeants palestiniens ont été purement et simplement assassinés par les forces israéliennes ; le ministre palestinien Zeyad Abu Ein est mort lors d’un affrontement violent avec les soldats ; un juge palestinien a été tué sur le pont Allenby dans des circonstances controversées, et la direction palestinienne avec citoyenneté israélienne tout entière subit des pressions et est menacée d’expulsion. Israël a arrêté des dizaines de membres du Conseil législatif palestinien et il est allé jusqu’à proposer une fouille corporelle des membres arabes de la Knesset avant qu’ils ne pénètrent dans la Knesset, afin de rabaisser encore davantage l’image de la direction palestinienne.
Les adolescents palestiniens savent très bien que leur avenir personnel est extrêmement limité sous l’occupation, avec son imposition forcée de conditions désespérées, économiques, politiques et sociales. Mais c’est la promesse de « l’avenir » qui aide les enfants et les jeunes dans leur développement et reporte à plus tard leur impulsivité naturelle et les aide à accepter les conseils de leurs parents. Ne prévoyant rien et leur potentiel étant gaspillé à l’avance, les adolescents palestiniens n’ont plus l’envie de maîtriser la témérité et l’impulsivité propres à leur âge. Ressentant eux-mêmes qu’ils n’ont rien à perdre et personne sur qui prendre modèle, ils sont sans défense face à une identification concrète avec le traumatisme massif, la violence, le deuil et la mort tout autour d’eux.
L’occupation avec ses rêves brisés magnifie et masque à la fois toutes les autres formes de l’aspiration de l’adolescent et de la souffrance de l’adolescent. L’implication violente dans la résistance contre l’occupation chez ces jeunes est un symptôme de la désorganisation de la société dans laquelle ils luttent pour survivre. Et les adultes palestiniens, ayant souvent succombé à l’humiliation, à la peur et à une impuissance inculquée, ont échoué à répondre à ces enfants sans peur, mais aussi sans père car nous n’avons pas fait la moitié du chemin vers eux ; nous avons laissé un vide par notre incapacité à relever le défi de nos responsabilités.
La confrontation entre l’occupé et l’occupant est le résultat naturel de la réalité palestinienne – bien plus que la fausse soumission officielle typique aux Israéliens ponctuée par des crises occasionnelles contre eux. Notre direction n’a pas été capable de fixer un agenda et une stratégie nationale pour la libération ; elle a évité et craint le processus de sensibilisation des Palestiniens, et elle a interdit de mettre au point tant un discours authentique que la fourniture d’outils véritables pour la libération.
Notre direction a échoué dans la promotion de l’éducation comme véhicule de notre dignité, et elle a négligé le travail de guérison du traumatisme de l’humiliation. Au lieu de cela, nos dirigeants ont encouragé le chauvinisme factionnel, la polarisation, la corruption et le népotisme, et ils ont distribué leurs faveurs sur la base de la docilité et de l’affiliation politique.
Les actes de nos jeunes expriment un désir ardent de liberté et de dignité, mais ce désir a besoin de notre soutien et qu’on l’entretienne. Nous devons protéger notre jeunesse contre son intrépidité qui peut faire avorter leur vie et leur objectif – et tel ce sera le cas en l’absence de frontières formelles, d’instauration de limites, et des valeurs sociales auxquelles une direction paternelle pourvoie.
La réaction spontanée de nos enfants face à l’occupation doit être un avertissement de la nécessité d’une réforme politique fondamentale en Palestine, elle doit nous alerter sur la nécessité de survivre en tant qu’individus et de faire prospérer une nation. Leurs actions doivent être une sonnette d’alarme pour nous les adultes, un catalyseur pour organiser un projet significatif véritable pour mettre fin à l’occupation.
Samah Jabr

Source : Info-Palestine