samedi 31 octobre 2015

PALESTINE OCCUPEE : Cinquante années de violences coloniales ne peuvent qu’engendrer la violence des opprimé(e)s. Les adolescents palestiniens marchent la tête haute pour la libération.


La violence des actes de la résistance contre l’occupation chez les jeunes est un symptôme de la désorganisation de la société dans laquelle ils luttent pour survivre.

La participation auto-inspirée et improvisée d’adolescents qui n’ont aucune affiliation politique est un phénomène marquant dans le soulèvement actuel. Ils sont des mineurs nés après les Accords d’Oslo et qui ont observé à distance les trois guerres contre Gaza, ils ont assisté à la sauvagerie croissante des colons contre nos villageois en Cisjordanie, et aujourd’hui, ils voient clairement comment l’expansion israélienne s’accapare tout ce qui est palestinien dans Jérusalem.
Ces garçons ne sont ni désespérés ni suicidaires, et pas davantage des délinquants et des contrevenants à la morale. Au contraire, les biographies de beaucoup d’entre eux révèlent une recherche ambitieuse pour l’excellence et la réussite. Ils se perçoivent eux-mêmes comme capables, altruistes et protégeant le peuple palestinien – ils sont prêts à endurer le sacrifice extrême pour réaliser ces objectifs.
Ahmad Manasra, 13 ans, a été blessé par les Israéliens et a été laissé baignant dans son sang sur la ligne du tramway, accompagné des cris obscènes des passagers israéliens demandant « qu’on lui mette une balle dans la tête », en représailles d’accusations selon lesquelles il aurait poignardé un jeune Israélien. Ce jeune était étudiant à Al Nayzak, inscrit à un programme parascolaire pour étudiants talentueux en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques.
Mustafa Al Khatib, 17 ans, était un étudiant apprécié et éminent de l’École Al Ibrahimeyeh. Mais les enfances de ces jeunes sont complètement non reconnues par les Israéliens, dont l’article de presse le lendemain de l’évènement était intitulé : « Un terroriste de 13 ans poignarde un garçon de 13 ans ».
Je ne cherche pas à encourager la violence, mais je suis conduite à en comprendre et à en expliquer les origines, et à demander qu’il y soit donné une réponse d’adulte. L’adolescence est une phase de développement normalement caractérisée par l’impulsivité, la vulnérabilitéémotionnelle et une recherche d’identité. Cependant, nos adolescents ne traversent pas cette phase de façon paisible.
« Nous allons t’emmener à la salle Numéro Quatre. Sais-tu ce que c’est ? Tu y entres sur tes deux jambes, mais tu en ressors à quatre pattes ».
Ce témoignage a été fréquemment rapporté après que des mineurs ont été interrogés par les Israéliens dans le complexe russe de Jérusalem au cours des dernières années – bien avant les affrontements actuels. Tel est l’objectif stratégique des Israéliens pour les Palestiniens qui vivent sous l’occupation : les objectiver et les exploiter comme des animaux à quatre pattes, contemplant le sol, n’osant pas se relever pour leurs droits. « Le seul bon Arabe est un Arabe mort », ce slogan souvent répété par les Israéliens exprime leur sentiment majoritaire envers les Palestiniens.

Aujourd’hui, nous voyons ces « Arabes morts » et ces « Palestiniens à quatre pattes » se relever contre la violation et l’intimidation constante de leur peuple, nous les voyons agresser leur oppresseur avec des armes primitives. Ce faisant, ils réaffirment, sous une forme extrême, qu’ils ont volonté et subjectivité, qu’ils sont capables de décider des choix, et qu’ils sont prêts à risquer une mort probable en se relevant contre l’ennemi. Mais ce qu’ils ne sont pas prêts à faire, c’est de vivre « à quatre pattes ».

Des pères désemparés

Au fil des années, l’occupation a sapé la structure de la famille palestinienne et désorganisé la communauté. Les pères palestiniens sont affaiblis, incapables de subvenir aux besoins de leur famille ou de la protéger contre les dommages. Quatre-vingts pour cent des habitants de Jérusalem vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans un logement inadéquat et insalubre, avec un statut de « résident temporaire » qui peut leur être retiré pour la moindre marque perçue d’un défi de l’occupant. La toxicomanie est un problème croissant. Il existe des divergences terriblement visibles dans le mode de vie et les opportunités, entre l’est et l’ouest de Jérusalem. Plus ils respirent librement à Jérusalem-Ouest, plus ils nous étouffent à Jérusalem-Est.
De nombreux pères palestiniens ont été tués ou rendus psychologiquement absents par l’emprisonnement ou le traumatisme de la torture ; un tiers de tous les hommes palestiniens ont connu la détention israélienne à un moment ou à un autre depuis 1967. Beaucoup de ces pères, libérés après de longues années en prison, sont devenus l’ombre de ce qu’ils étaient auparavant. Ces pères voient bien que leurs fils aînés, bien qu’encore de simples adolescents, sont devenus « le père », à leur place.

Nos enfants font souvent l’expérience de ce qu’est une arrestation d’enfants dans leur maison. Ils ont vu leur père rester désemparé alors que des soldats masqués d’Israël faisaient irruption avec leurs chiens militaires, criant sur la famille en hébreu, alors qu’un petit frère était arraché de son lit. Dans certains cas, le père est même contraint de remettre ses enfants aux soldats, ravalant ses larmes. Ils ont vu leur mère frappée, humiliée et déshabillée quand elle avait trop tenté de défendre ses enfants, et ils ont vu leur père paralysé, incapable de les protéger. Falah Abu Maria, de Beit Ummar, a été tué alors qu’il tentait de défendre son fils contre les soldats, en juillet.
En outre, ces enfants ont fait l’expérience d’une direction palestinienne répressive et inefficace. Après les élections législatives palestiniennes de 2006, le Président palestinien en a justifié le rejet des résultats en déclarant « Si nous avons à choisir entre le pain et la démocratie, nous choisissons le pain ». Juste avant la dernière guerre de l’été 2014 contre Gaza, ce même Président a informé les Palestiniens que « la coordination avec Israël en matière de sécurité était sacrée ». Et récemment, à l’ouverture d’une session parlementaire au Conseil national palestinien, il a fait cette déclaration scandaleuse : « Nous n’avons rien à voir avec Jérusalem, le Prophète a quitté La Mecque ». La direction palestinienne a autorisé le siège étouffant de la bande de Gaza et elle a agi en coordination avec l’Égypte et Israël pour en inonder les tunnels. Tout récemment, la direction palestinienne arrêtait tout Palestinien qui recelait le potentiel de se lever contre les colons en Cisjordanie, et elle a brutalement réprimé les manifestations pacifiques qui s’opposaient aux agressions israéliennes contre la mosquée Al Aqsa.
Israël a délibérément attaqué et discrédité quiconque pourrait incarner le rôle d’un vrai père aux yeux des Palestiniens. Beaucoup de dirigeants palestiniens ont été purement et simplement assassinés par les forces israéliennes ; le ministre palestinien Zeyad Abu Ein est mort lors d’un affrontement violent avec les soldats ; un juge palestinien a été tué sur le pont Allenby dans des circonstances controversées, et la direction palestinienne avec citoyenneté israélienne tout entière subit des pressions et est menacée d’expulsion. Israël a arrêté des dizaines de membres du Conseil législatif palestinien et il est allé jusqu’à proposer une fouille corporelle des membres arabes de la Knesset avant qu’ils ne pénètrent dans la Knesset, afin de rabaisser encore davantage l’image de la direction palestinienne.
Les adolescents palestiniens savent très bien que leur avenir personnel est extrêmement limité sous l’occupation, avec son imposition forcée de conditions désespérées, économiques, politiques et sociales. Mais c’est la promesse de « l’avenir » qui aide les enfants et les jeunes dans leur développement et reporte à plus tard leur impulsivité naturelle et les aide à accepter les conseils de leurs parents. Ne prévoyant rien et leur potentiel étant gaspillé à l’avance, les adolescents palestiniens n’ont plus l’envie de maîtriser la témérité et l’impulsivité propres à leur âge. Ressentant eux-mêmes qu’ils n’ont rien à perdre et personne sur qui prendre modèle, ils sont sans défense face à une identification concrète avec le traumatisme massif, la violence, le deuil et la mort tout autour d’eux.
L’occupation avec ses rêves brisés magnifie et masque à la fois toutes les autres formes de l’aspiration de l’adolescent et de la souffrance de l’adolescent. L’implication violente dans la résistance contre l’occupation chez ces jeunes est un symptôme de la désorganisation de la société dans laquelle ils luttent pour survivre. Et les adultes palestiniens, ayant souvent succombé à l’humiliation, à la peur et à une impuissance inculquée, ont échoué à répondre à ces enfants sans peur, mais aussi sans père car nous n’avons pas fait la moitié du chemin vers eux ; nous avons laissé un vide par notre incapacité à relever le défi de nos responsabilités.
La confrontation entre l’occupé et l’occupant est le résultat naturel de la réalité palestinienne – bien plus que la fausse soumission officielle typique aux Israéliens ponctuée par des crises occasionnelles contre eux. Notre direction n’a pas été capable de fixer un agenda et une stratégie nationale pour la libération ; elle a évité et craint le processus de sensibilisation des Palestiniens, et elle a interdit de mettre au point tant un discours authentique que la fourniture d’outils véritables pour la libération.
Notre direction a échoué dans la promotion de l’éducation comme véhicule de notre dignité, et elle a négligé le travail de guérison du traumatisme de l’humiliation. Au lieu de cela, nos dirigeants ont encouragé le chauvinisme factionnel, la polarisation, la corruption et le népotisme, et ils ont distribué leurs faveurs sur la base de la docilité et de l’affiliation politique.
Les actes de nos jeunes expriment un désir ardent de liberté et de dignité, mais ce désir a besoin de notre soutien et qu’on l’entretienne. Nous devons protéger notre jeunesse contre son intrépidité qui peut faire avorter leur vie et leur objectif – et tel ce sera le cas en l’absence de frontières formelles, d’instauration de limites, et des valeurs sociales auxquelles une direction paternelle pourvoie.
La réaction spontanée de nos enfants face à l’occupation doit être un avertissement de la nécessité d’une réforme politique fondamentale en Palestine, elle doit nous alerter sur la nécessité de survivre en tant qu’individus et de faire prospérer une nation. Leurs actions doivent être une sonnette d’alarme pour nous les adultes, un catalyseur pour organiser un projet significatif véritable pour mettre fin à l’occupation.
Samah Jabr

Source : Info-Palestine

TURQUIE : Ankara, l’attentat sanglant contre la paix et la démocratie. L’opposition au régime noyée dans le sang.



Publié par A l’encontre le 15 - octobre - 2015

« Cette place est ensanglantée… » C’est cette chanson de Ruhi Su, écrite en hommage aux martyrs du massacre du 1er mai 1977 de la place Taksim [1] Le 1er mai 1977 marquait, après celui de 1976, une tentative de reconquête de la présence sur la place publique de la part des syndicalistes. Au moment où le fondateur et président du DISK-Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie, Kemal Türkler, prenait la parole, un coup de feu retentit. Rapidement, d’autres tirs partant d’endroits différents (du bâtiment du Service des eaux, de l’Hôtel Intercontinental, d’une voiture, etc.) tuèrent des travailleurs présents. La place Taksim était pleine à craquer. Une bousculade s’ensuivit, tuant 32 personnes. La police bloquait des voies de sortie. Cette attaque a été attribuée aux Loups gris, organisation d’extrême droite intégrée à « l’Etat profond » turc. Pour divers historiens, ce 1er mai marque un tournant dont une des expressions sera le coup d’Etat du 12 septembre 1980. D’ailleurs, le 1er mai 1980, toute manifestation était interdite, le couvre-feu était proclamé. Malgré cela, une grève du zèle est organisée par des travailleurs de la ville d’Istanbul. Des affrontements ont lieu dans des quartiers périphériques. Des arrestations par centaines sont effectuées. Kemal Türkler sera assassiné le 22 juillet 1980. (Réd. A l’Encontre)]], que chantait un groupe de jeunes manifestants au moment où une première explosion eut lieu, suivie quelques secondes plus tard d’une deuxième. Une nouvelle fois, l’aspiration à la paix et la démocratie a été noyée dans un bain de sang…
C’est un attentat sans précédent qui a été perpétré dans la matinée du samedi 10 octobre 2015 à proximité de la gare de train d’Ankara, la capitale de la Turquie.

L’opposition au régime noyée dans le sang

Des milliers de personnes s’étaient réunies pour participer au grand meeting pour « le travail, la paix et la démocratie » organisé par les confédérations syndicales KESK [Confédération des syndicats de fonctionnaires] et DISK [Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie], l’Union des médecins et l’Union des chambres des ingénieurs et des architectes, dans le but de protester contre la politique guerrière de l’AKP contre le peuple kurde et les dérives autoritaires du président de la République Recep Tayyip Erdogan.
Selon les derniers chiffres communiqués par le bureau de crise du HDP (Parti démocratique des peuples, réformiste de gauche lié au mouvement kurde), l’attentat kamikaze a causé la mort d’au moins 128 personnes. Alors que le nombre de blessés s’élève à 400, plus d’une trentaine de personne restent introuvables, portées disparues.

Le fruit pourri de la politique impérialiste régionale turque

Quel que soit le degré d’implication de l’Etat turc dans ce massacre, et même s’il n’a aucun rôle direct dans son organisation, il est indiscutable qu’il en est le premier responsable. Tout d’abord parce que les services de renseignement et la police, qui traquent ceux qui, dans la rue ou sur Internet, commettent le crime « d’insulter Erdogan », ont été incapable d’empêcher cet attentat… si bien sûr ils en avaient manifesté l’intention.
Mais, d’autre part, cet attentat est le résultat de la politique aveugle, interventionniste, « impérialiste régionale » du régime Erdogan vis-à-vis de la Syrie. C’est la conséquence de plusieurs années de soutien logistique, financier et militaire à maintes organisations djihadistes afin de les aider à renverser le régime d’El-Assad. C’est aussi l’aboutissement d’une obstination de la part de l’AKP au pouvoir d’empêcher par tous les moyens la consolidation d’une région autonome kurde (sous la direction du PKK-PYD), quitte à laisser Daech occuper ces terres…
Cet attentat s’inscrit aussi dans la suite des explosions du 5 juin dernier à Diyarbakir lors du meeting du HDP, et du 20 juillet à Suruç, où 34 jeunes révolutionnaires trouvèrent la mort alors qu’ils s’apprêtaient à se rendre à Kobané pour apporter leur aide et leur solidarité. Toutes ces explosions ont eu pour but de provoquer la reprise de la résistance armée par le mouvement kurde qui respectait un cessez-le-feu depuis plusieurs années.

Le mouvement kurde réprimé

Le peuple kurde a su – après de nombreuses attaques contre les locaux, les rassemblements et les activistes du HDP durant la période de campagne électorale – rester patient pour ne pas tomber dans le jeu de l’AKP et rentrer dans un nouvel engrenage de violence. Mais le massacre de Suruç a finalement été la goutte qui a fait déborder le vase, et les conflits armés ont repris depuis mi-juillet.
Erdogan n’a ainsi pas hésité à pousser le pays dans un état de guerre civile et d’état d’urgence pour mieux réprimer le mouvement kurde et son parti légal, le HDP, afin de rester au pouvoir. Il n’a pas hésité à pousser la société dans une division ethnique et culturelle-religieuse difficilement réparable pour consolider sa propre base. Enfin, il n’a pas non plus hésité à s’allier aux plus sombres acteurs politiques, tels que le Hezbollah de Turquie [organisation islamiste « pilotée » dans les années 1990 pour attaquer les membres du PKK] ou bien certaines forces de l’extrême droite fasciste. Ainsi, un jour avant le meeting d’Ankara, le mafieux-fasciste Sedat Peker, très populaire parmi l’extrême droite et notamment chez les « loups-gris », organisait dans la ville de Rize un rassemblement « contre le terrorisme » et en soutien à Erdogan, où il affirmait que « le sang allait couler à flot »…
C’est effectivement ce qui s’est passé, le sang, notre sang, celui de ceux qui combattent pour la paix et la liberté a coulé à flot, « tel un ruisseau » comme ils l’espéraient. Mais c’est aussi dans ce sang que vont se noyer toutes leurs sombres espérances à instaurer un régime dictatorial. (Istanbul, 15 octobre 2015).

Notes

[1] Le 1er mai 1977 marquait, après celui de 1976, une tentative de reconquête de la présence sur la place publique de la part des syndicalistes. Au moment où le fondateur et président du DISK-Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie, Kemal Türkler, prenait la parole, un coup de feu retentit. Rapidement, d’autres tirs partant d’endroits différents (du bâtiment du Service des eaux, de l’Hôtel Intercontinental, d’une voiture, etc.) tuèrent des travailleurs présents. La place Taksim était pleine à craquer. Une bousculade s’ensuivit, tuant 32 personnes. La police bloquait des voies de sortie. Cette attaque a été attribuée aux Loups gris, organisation d’extrême droite intégrée à « l’Etat profond » turc. Pour divers historiens, ce 1er mai marque un tournant dont une des expressions sera le coup d’Etat du 12 septembre 1980. D’ailleurs, le 1er mai 1980, toute manifestation était interdite, le couvre-feu était proclamé. Malgré cela, une grève du zèle est organisée par des travailleurs de la ville d’Istanbul. Des affrontements ont lieu dans des quartiers périphériques. Des arrestations par centaines sont effectuées. Kemal Türkler sera assassiné le 22 juillet 1980. (Réd. A l’Encontre)1

jeudi 29 octobre 2015

La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient risque de s'accroître .La dépendance alimentaire de ces régions n'a cessé de croître depuis cette période, passant de 10% en 1961 à 40% aujourd'hui. (Inra)



La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient risque de s'accroître d'ici à 2050 si les tendances de production et de consommation persistent, avec le changement climatique comme facteur aggravant, selon une étude présentée mercredi par l'Inra.
La part des produits agricoles importés dans la consommation alimentaire passerait de 40% aujourd'hui à au moins 50%, voire davantage si l'on tient compte des effets du réchauffement climatique, selon les scénarios mis au point par trois chercheuses de l'Institut national de la recherche agronomique.
"L'impact essentiel provient du réchauffement climatique. La maîtrise de ses effets est fondamentale pour assurer la sécurité alimentaire globale", a souligné Chantal Le Mouel, une des auteurs de l'étude. Le scénario de base table sur une poursuite de l'accroissement démographique, avec une population en hausse de 50% d'ici 2050, et sur une occidentalisation du régime alimentaire, avec davantage de calories consommées, sous forme de céréales et de volaille. Le besoin en terres cultivées augmenterait, ainsi que le recours aux importations.
L'évolution serait encore plus inquiétante en prenant en compte une hausse de 2 degrés de la température moyenne globale, qui viendrait accroître l'aridité de régions déjà peu propices à l'agriculture. Dans ce second scénario, les pays du Maghreb et du Proche-Orient seraient frappés de plein fouet, perdant respectivement la moitié et le quart de leurs surfaces cultivables. En revanche, une hausse des températures permettrait à la Turquie d'augmenter sa production agricole de 15%, devenant un acteur clé de l'approvisionnement de la région. Celle de l'Egypte resterait stable grâce à l'irrigation de la vallée du Nil.
Ces projections "posent la question d'une stratégie de développement de l'élevage basée sur des produits importés" pour nourrir les animaux, notamment blé et maïs, comme c'est devenu la règle depuis les années 60, estime Chantal Le Mouel. La dépendance alimentaire de ces régions n'a cessé de croître depuis cette période, passant de 10% en 1961 à 40% aujourd'hui. La demande en produits alimentaires a été multipliée par 6 durant cette période, surtout pour les céréales, l'huile et le sucre.
La production de ces denrées, bien que quadruplée, "n'a pas suffi à suivre la croissance démographique" à cause d'une "progression trop faible des rendements", a expliqué la chercheuse Pauline Marty. "Cette dépendance est une source très importante de vulnérabilité pour la région, avec des factures de céréales qui pèsent très lourd dans le budget des Etats n'ayant pas de ressources pétrolières", a-t-elle souligné. La flambée des prix du blé, et donc du pain, en 2008-2010 a été l'un des éléments déclencheurs des "printemps arabes", a-t-elle rappelé.
Les principaux fournisseurs de la région en produits agricoles sont l'Union européenne, les Etats-Unis, l'Amérique du Sud (Brésil, Argentine), la Russie et les pays de l'ex-URSS.
Pour réduire la dépendance alimentaire, "il faut une combinaison de leviers: des politiques publiques et des investissements importants, ainsi que des conditions socio-économiques favorables", a souligné la chercheuse Agneta Forslund. Mais les conflits moyen-orientaux constituent un obstacle majeur. "Là où résonnent les armes, c'est la sécurité alimentaire qui se dérègle", a estimé Sébastien Abis, chercheur au Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM).
AFP
28/10/2015

YEMEN : On ne voit pas la fin de la guerre. L’attaque saoudienne sur les hauts plateaux yéménites et à Sanaa est toujours coincée là où elle a commencé.



 Cette carte - qui ne manque pas d’humour - de la guerre au Yémen a été postée par Haykal Bafana, il y a cinq semaines.

voir la carte en plus gros 

Mon dernier post important sur la guerre contre le Yémen date du 9 septembre. Depuis, rien qui mérite d’être relaté n’est arrivé. Peu de choses ont changé dans les positions sur le champ de bataille. Le bombardement quotidien saoudien des villes se poursuit, le blocus saoudo-étasunien sur le pays se poursuit et une terrible famine est imminente.
Les Houthis se battent encore contre les Saoudiens à Marib, dans le nord-est. Ils continuent d’envahir les anciennes zones yéménites au nord de l’Arabie Saoudite. Ils ciblent toujours les navires saoudiens qui approchent de la côte yéménite à l’ouest. (Deux auraient été touchés.) Ils continuent à bombarder à l’aveuglette les positions de la coalition saoudienne à Taiz. Des groupes d’Al-Qaïda et de l’État islamique continuent d’engloutir plus de territoire au sud-est du pays et autour d’Aden. L’attaque saoudienne sur les hauts plateaux yéménites et à Sanaa est toujours coincée là où elle a commencé.
La coalition saoudo-étasunienne comprenait des troupes des Émirats Arabes Unis qui avait atterri à Aden. Elles ont amené avec elles le « gouvernement » sponsorisé par l’Arabie Saoudite de l’ancien président Hadi. Mais Hadi est reparti au bout de seulement 24 heures, et le bâtiment que le « gouvernement » occupait à Aden a été la cible de deux attentats suicides à la voiture piégée. D’autres soldats des Émirats Arabes Unis ont été tués et le « gouvernement » est reparti s’installer dans un centre de congrès de Riyad, en Arabie Saoudite. Et maintenant, les troupes des Émirats Arabes Unis ne sortent plus de leurs campements.
Le « vice-président » Khaled Bahah tente d’organiser des pourparlers de paix, mais ni les Saoudiens, ni personne d’autre, ne l’écoutent. L’ONU organise aussi des pourparlers de paix, mais personne n’en attend rien. Mohammad bin Salman, le « jeune leader » d’Arabie saoudite qui est complètement fou, veut avoir ce qu’il veut ou continuer la guerre.
La semaine dernière, les troupes du Soudan payées par les Saoudiens, ont débarqué à Aden. Les États-Unis sont maintenant dans une coalition avec le Soudan alors même qu’ils accusent ces mêmes troupes de génocide au Darfour. Hier, les soldats soudanais ont été victimes d’un attentat suicide à la voiture piégée et environ 15 d’entre eux sont morts. Environ 500 soldats doivent également arriver de Mauritanie. Ils ne s’en tireront pas mieux. Les Saoudiens ont également embauché 800 mercenaires chrétiens de Colombie. Al-Qaïda et l’Etat Islamique les attendent avec fébrilité.
Les Saoudiens croient vraiment qu’ils peuvent acheter tout et tout le monde et que cela leur permettra d’arriver à leurs fins. Mais aucun des pots de vin versé à telle ou telle tribu yéménite pour se battre contre les Houthis n’a changé les positions sur le terrain. Toutes leurs armes de haute technologie ne parviennent pas à faire la différence, ni à mettre fin au conflit. Aucune de leurs troupes mercenaires n’a la moindre chance contre des Yéménites farouchement indépendants qui défendent leurs maisons. Tout le soutien que les États-Unis donnent aux Saoudiens engendre seulement plus de mort, de destruction et de misère.
Cette guerre contre le Yémen est le plus stupide qu’on puisse imaginer. Il n’y a rien à y gagner pour personne. Qui le dira aux Saoudiens ?
Moon of Alabama
Traduction : Dominique Muselet