vendredi 16 octobre 2015

LA « CRISE DES RÉFUGIÉS » ET LES GUERRES DE L’IMPÉRIALISME. LES PUISSANCES EUROPEENNES ET EN PARTICULIER LA FRANCE ALIMENTENT UN FEU QU’ELLES ONT FAIT NAITRE.



L’exil de 4 millions de syriens errant depuis plusieurs années dans les pays du Proche-Orient vient de toucher les consciences européennes suite à la publication d’images de détresse et de désespoir, notamment avec l’image atroce du corps échoué d’un enfant, Aylan Kurdi, sur la plage de Bodrum. Un débat de plusieurs semaines a alors eu lieu sur l’accueil des réfugiés en Europe[1], sur les marchands de la mort, sur « l’humanisme européen » et sur la guerre en Syrie.
Malgré des semaines d’agitation médiatique et institutionnelle autour de ces thèmes, la lumière n’a pas été faite sur l’origine des drames humains, sur les responsabilités des centres impérialistes comme la France et sur les façons de combattre ce qui a causé le départ forcé de millions d’êtres humains. Avec ou sans décision parlementaire, les pays européens ont décidé de répondre à l’arrivée plus importante de « migrants » par le bombardement de la Syrie. Les puissances européennes et en particulier la France alimentent un feu qu’elles ont fait naître. Mais ce qui est tout aussi remarquable, c’est l’absence de position anti-impérialiste et par conséquent de mobilisation contre les guerres du chaos. L’immobilisme règne parmi les mouvements se réclamant de la contestation sociale. D’où vient cette apathie et comment en sortir ?
Sur la question des réfugiés, des tombereaux de théories et d’analyses se sont répandues dans les médias mainstream et sur Internet. Mais ce qui importe, ce n’est pas ce qui est dit mais au contraire ce qui est occulté. La première et principale occultation concerne l’origine des déplacements forcés de populations. La « crise des réfugiés » est une excroissance directe de la guerre que les puissances impérialistes, en premier lieu celles de l’OTAN, mènent contre les peuples opprimés en Afrique et en Asie.[2] Les guerres menées par des coalitions impérialistes en Afghanistan, en Libye et en Irak la destruction par procuration de la Syrie ont créé la situation de chaos et d’effondrement d’Etats entiers. Ces guerres créent des réfugiés. C’est pourquoi l’utilisation de la « crise des réfugiés » pour lancer de nouvelles opérations guerrières est non seulement cynique mais elle produit de surcroît ce qu’elle prétend combattre. Les bilans des guerres deviennent effroyables lorsqu’il y a des interventions étrangères. Ainsi, en Libye, en 2011, la France a mené la coalition qui a bombardé le pays, avec des conséquences dramatiques. Selon The Guardian, le nombre de victimes se situait entre 1 000 et 2 000 avant l’intervention « humanitaire ». Quelques mois après l’intervention, on parlait de 10 000 à 50 000 victimes.
Devant ces faits, on pourrait s’attendre à ce qu’existe un fort courant d’opposition aux guerres menées par les centres impérialistes. La vigilance sur le sort des réfugiés ne doit pas concerner uniquement la lutte contre la montée des politiques racistes en Europe, contre la vision conservatrice d’une Europe assiégée et menacée par un « essaim » de barbares. La vigilance ne peut se limiter à la nécessaire démystification d’une Europe humaniste. Ce qui manque le plus cruellement aujourd’hui, c’est une grande clarté sur l’utilisation du sort des plus démunis pour renforcer les mots d’ordre et les campagnes militaires de l’impérialisme. Que le prétexte soit Daesh, Boko Haram, Bachar El Assad ou la lutte pour la Démocratie. Rappelons-nous que le partage colonial de l’Afrique à Berlin en 1885 s’est fait au nom de la noble lutte contre l’esclavage pratiqué par des rois africains. On dit que l’expérience est le plus grand éducateur. L’indignation la plus vive devrait alors se manifester face aux prétextes des nouveaux partages et repartages du monde.
Or c’est sur ce point précis que les consciences sont démissionnaires en France. Le soutien aux guerres menées par la France est quasi-total. Les faits sont têtus comme disait Lénine. 15 ans de « guerre contre le terrorisme » devraient pourtant suffire à repousser tout alignement sur les guerres de l’Europe et des Etats-Unis. A plus forte raison si on se réclame de courants politiques anticapitalistes dont les principes en la matière sont des plus clairs et inscrits dans l’histoire glorieuse de l’internationalisme prolétarien : 1. L’opposition à la bourgeoisie impérialiste (« l’ennemi principal est dans notre pays » selon la phrase de Karl Liebknecht compagnon d’armes de Rosa Luxembourg), 2. Dire la vérité sur les opérations humanitaires de l’impérialisme (« Il ne faut faire jamais faire confiance à l’impérialisme, jamais » disait Che Guevara). 3. Enfin , un principe élémentaire des révolutionnaires face à l’impérialisme c’est la défense du droit des peuples à l’auto-détérmination. Les réfugiés sont des victimes des guerres de l’impérialisme mais ils sont aussi utilisés à tout point de vue comme main-d’œuvre.

La seule solution c’est la lutte anti-impérialiste dans une perspective socialiste, pour le droit à la souveraineté et au maintien des richesses dans les pays pillés.

Mais aucun de ces principes internationaliste n’est maintenu. Le libéralisme bourgeois règne dans la plupart des forces qui se réclament de l’anticapitalisme en France. L’analyse se limite à présenter un pays opprimé, un pays semi-colonial, semi-féodal, de façon libérale bourgeoisie c’est-à-dire comme un pays dirigé par un despote oriental qui opprime une population aspirant à la démocratie à la sauce européenne. Cette petite musique propagandiste « oublie » toute analyse de classe, elle oublie l’impérialisme, pour ne rien dire des objectifs de la révolution dans un pays opprimé qui ont peu de rapport avec le parlementarisme de Westminster. La posture la plus courante consiste à affirmer par exemple que le problème syrien vient exclusivement ou principalement de Bachar El-Assad ou de Daesh. Cela revient précisément à occulter que la bourgeoisie impérialiste dirige d’une main de fer l’ordre du monde. Cela revient à dédouaner ceux qui ont fait du Moyen-Orient l’enjeu immédiat d’un repartage des zones d’influence et un laboratoire du « chaos constructif ».
Or, c’est exactement ce que font les forces « radicales » ou nominalement « anti-capitalistes » depuis 2011 lorsqu’elles se positionnent en conseils des impérialistes par leurs demandes répétées « d’armer les rebelles en Syrie »[3]. Cette position se pare d’un alibi en béton : la défense des « révolutionnaires » du défunt Printemps arabe. On assiste alors à la diffusion de la fable d’une rébellion syrienne démocratique et révolutionnaire. En fait, tout cela correspond mot pour mot au storytelling des impérialistes qui affirment eux aussi défendre les « bons rebelles », c’est-à-dire ceux qui n’échappent pas à leur influence.
Depuis 2012, la France, ainsi que la CIA, ont justement armé et soutenu la « bonne » rébellion[4]. Les alliés « islamistes » des impérialistes européens et américains dans la région, c’est-à-dire les pays du Golfe et la Turquie mènent eux aussi une guerre par procuration contre le régime syrien. Depuis 2005, le Département d’Etat américain fait de Bachar El Assad une cible prioritaire en tant que soutien au Hezbollah et à l’Iran. Aujourd’hui, les masques tombent alors que la Russie intervient militairement pour des raisons tout aussi impérialistes mais avec une alliance inverse à celle des « Occidentaux ». Les langues se délient et toutes les autorités reconnaissent tout à fait ouvertement leur implication dans le conflit depuis des années.
L’alignement sur le discours et les objectifs de l’impérialisme français n’est pourtant pas l’unique difficulté subjective de la situation politique en France. Dans les milieux nominalement anti-impérialistes deux conceptions font des ravages : celle dont nous avons parlé jusqu’ici qui partage les cibles désignées par l’impérialisme et celle du récit fasciste d’une conspiration obscure contre les nations.
L’influence de ce dernier « anti-impérialisme » ultraréactionnaire est pernicieux et particulièrement développé. Son idéologie se manifeste dans de vielles théories relookées de la conspiration réactionnaire dans lesquelles les cabales des juifs, des jésuites, les francs-maçons, ou des « reptiliens » et autres « illuminatis » conspirent pour détruire la chrétienté blanc ou toute nation ou toute communauté traditionnelle au profit d’une gouvernance mondiale des apatrides. Dans le bourbier des médias sociaux et de l’activisme en ligne, cette idéologie s’est répandue en répondant à l’aspiration profonde de comprendre les soubresauts d’un monde en plein bouleversement. Selon la bouffonnerie la plus présente sur Internet, presque tous les développements politiques et les conflits dans le monde correspondent à un plan de maîtrise totale adopté il ya plusieurs générations par une groupe secret (en général les banquiers juifs pour la version antisémite). Autrement dit, selon cette théorie, les malheurs du monde social ne viennent pas d’une domination de classe et du fonctionnement normal, et anormal pendant les crises, du système capitaliste. Le but ne peut pas alors être la révolution sociale qui renverse la domination mais la défense des « identités » menacées. Pas besoin de l’économie politique de Marx, pas besoin de stratégie révolutionnaire. Des montages vidéos sur le complot suffiront. Si les conflits ne viennent pas des contradictions inter-impérialistes et si les crises économiques ne viennent pas de la baisse tendancielle du taux de profit mais que tous ces problèmes viennent d’un groupe plus ou moins caché à la Bilderberg, la lutte révolutionnaire est inutile. Voilà le fin mot de cette théorie « anti-impérialiste ».
Au final, que ce soit sur la crise des réfugiés ou sur une autre question, l’anti-impérialisme est actuellement assiégé par des conceptions petites bourgeoises. Ces conceptions désarment les masses populaires face à ses ennemis les plus mortels. Il est donc nécessaire d’avoir une conception communiste des conflits actuels, de la domination capitaliste et de la façon de lutter contre cette domination. C’est avec cet objectif que le Comite Anti-Impérialiste pense et agit.

http://anti-imperialiste.org/

[1]. Il y a 20 millions de réfugiés dans le monde à l’heure actuelle selon le HCR. Une petite partie d’entre eux tente de venir en Europe. Cela suffit à créer une panique générale, des mesures inhumaines de tri, de brutalités, de constructions de murs et de plans européens pour conjurer le « péril » que constitue l’arrivée en Europe de moins de 0,1% des damnés de la terre.
[2]La question des réfugiés est bien entendu beaucoup plus vaste que les conséquences des guerres de l’OTAN en Libye et en Syrie. En effet, les réfugiés sont venus de pays qui ont été directement touchés par d’autres politiques impérialistes, comme la guerre économique en cours contre l’Érythrée. Comme câbles de WikiLeaks l’ont révélé, il ya eu un effort concerté de la part des États-Unis pour promouvoir et faciliter la migration de la jeunesse érythréenne à l’Ouest en utilisant l’attrait de « possibilités de formation », financé par le gouvernement américain. Beaucoup de ces jeunes Erythréens sont alors malheureusement pris dans les mêmes réseaux de traite des êtres humains.
[3] C’est la position consternante mais logique de groupes trotskystes comme le NPA et LO. Mais ce sont loin d’être les seuls à affabuler sur un « processus révolutionnaire de masse » tout en s’alignant de facto sur les campagnes idéologiques lancées par la bourgeoisie impérialiste. Le communiqué du NPA du 27 septembre 2015 s’oppose aux frappes « contre-productives » de la France en Syrie et maintient que l’essentiel est de soutenir les bons rebelles et l’armée syrienne libre même si ces derniers sont devenus les mercenaires des régimes réactionnaires du Golfe ou de la Turquie. Les rares expressions de « l’extrême-gauche » qui échappent à cette supercherie ne valent pas mieux : elles sont souvent des soutiens à « l’autre impérialisme », c’est-à-dire aux groupes impérialistes russes et chinois.
[4] Une source parmi des dizaines d’autres : Le Monde, 20 aout 2014, « François Hollande confirme avoir livré des armes aux rebelles en Syrie »

jeudi 15 octobre 2015

Palestine : Aucun peuple sur terre n’accepterait de coexister avec l’oppression. Par nature, les êtres humains aspirent à la liberté, luttent pour la liberté, se sacrifient pour la liberté. Et la liberté du peuple palestinien n’a que trop tardé.



Il n’y aura pas de paix tant que ne cessera pas l’occupation israélienne » . L’escalade n’a pas débuté avec la mort de deux colons israéliens. Elle a débuté il y a longtemps, et s’est poursuivie durant des années. Chaque jour, des Palestiniens sont tués, blessés, arrêtés. Chaque jour, le colonialisme avance, le siège contre notre peuple à Gaza se poursuit, l’oppression et l’humiliation persistent. Alors que nombreux sont ceux qui veulent que nous soyons accablés par les conséquences potentielles d’une nouvelle spirale de la violence, je continue à plaider, comme je l’ai fait en 2002, pour que l’on s’attaque aux causes de cette violence : le déni de liberté pour les Palestiniens.
    Certains ont suggéré que la raison pour laquelle nous ne sommes pas parvenus à conclure un accord de paix est le manque de volonté de feu président Yasser Arafat ou du manque de capacité du président Mahmoud Abbas, mais tous deux étaient prêts et capables de signer un tel accord. Le véritable problème est qu’Israël a choisi l’occupation aux dépens de la paix et a usé des négociations comme d’un écran de fumée pour faire avancer son projet colonial. Tous les gouvernements au monde connaissent pertinemment cette vérité élémentaire et pourtant nombre d’entre eux prétendent que le retour aux recettes éculées nous permettra d’atteindre la liberté et la paix. La folie c’est de répéter sans arrêt la même chose et d’espérer un résultat différent.
    Il ne peut y avoir de négociations sans un engagement israélien clair de se retirer complètement du territoire qu’Israël a occupé en 1967, y compris Jérusalem-Est, la fin de l’ensemble des politiques coloniales, la reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien, y compris le droit à l’autodétermination et au retour, et la libération de tous les prisonniers palestiniens. Nous ne pouvons coexister avec l’occupation israélienne, et nous ne capitulerons pas devant elle.
    On nous a demandés d’être patients, et nous l’avons été, donnant une chance après l’autre pour la conclusion d’un accord de paix. Il est peut-être utile de rappeler au monde que notre expropriation, exil et transfert forcés, et l’oppression que nous subissons ont duré près de soixante-dix ans, et nous sommes le seul point toujours à l’agenda des Nations unies depuis sa création. On nous a dit qu’en ayant recours aux moyens pacifiques et aux cadres diplomatiques et politiques, nous engrangerions le soutien de la communauté internationale pour mettre fin à l’occupation. Et pourtant, comme en 1999 à la fin de la période intérimaire, la communauté internationale n’a pas réussi à adopter une seule mesure significative, y compris mettre en place un cadre international assurant la mise en œuvre du droit international et des résolutions onusiennes, et adopter des mesures pour mettre fin à l’impunité, y compris à travers le boycott, le désinvestissement et les sanctions, en s’inspirant des outils qui ont permis de débarrasser le monde du régime d’apartheid.
    Donc, en l’absence d’intervention internationale pour mettre fin à l’occupation et à l’impunité d’Israël, en l’absence de toute protection internationale, que nous demande-t-on de faire ? Laisser faire et attendre qu’une autre famille palestinienne se fasse brûler, qu’un autre enfant palestinien se fasse tuer ou arrêter, qu’une nouvelle colonie soit construite. Le monde entier sait pertinemment que Jérusalem est la flamme qui peut inspirer la paix ou déclencher la guerre. Alors pourquoi demeure-t-il impassible alors que les attaques israéliennes contre le peuple palestinien dans la ville et les lieux saints musulmans et chrétiens, notamment Al-Haram Al-Sharif, continuent sans relâche ? Les actions et les crimes israéliens ne détruisent pas seulement la solution à deux États sur les frontières de 1967 et violent le droit international. Ils menacent de transformer un conflit politique qui peut être résolu en un conflit religieux éternel qui ne fera que déstabiliser plus avant une région qui fait déjà l’expérience de bouleversements sans précédent.
    Aucun peuple sur terre n’accepterait de coexister avec l’oppression. Par nature, les êtres humains aspirent à la liberté, luttent pour la liberté, se sacrifient pour la liberté. Et la liberté du peuple palestinien n’a que trop tardé. Pendant la première Intifada, le gouvernement israélien a lancé une politique du « briser leurs os pour briser leur volonté », mais une génération après l’autre, le peuple palestinien a démontré que sa volonté ne peut être brisée et ne doit pas être testée.
    Cette nouvelle génération palestinienne n’a pas attendu les pourparlers de réconciliation pour incarner une unité nationale que les partis politiques ont échoué à réaliser, dépassant les divisions politiques et la fragmentation géographique. Elle n’a pas attendu d’instructions pour mettre en œuvre son droit, et même son devoir, de résister à cette occupation. Elle le fait sans armes, alors même qu’elle est confrontée à une des plus importantes puissances militaires au monde. Et pourtant, nous demeurons convaincus que la liberté et la dignité l’emporteront, et que nous triompherons. Et que le drapeau palestinien que nous avons levé avec fierté à l’ONU flottera au-dessus des murailles de la vieille ville de Jérusalem pour signifier notre indépendance.
    J’ai rejoint la lutte palestinienne pour l’indépendance il y a quarante ans, et fus emprisonné pour la première fois à l’âge de 15 ans. Cela ne m’a pas empêché de plaider pour une paix fondée sur le droit international et les résolutions de l’ONU. Mais Israël, la puissance occupante, a détruit méthodiquement cette perspective, année après année. J’ai passé vingt ans de ma vie dans les geôles israéliennes, y compris les treize dernières années, et ces années n’ont fait que renforcer ma foi en cette vérité inaltérable : le dernier jour de l’occupation sera le premier jour de paix. Ceux qui veulent réaliser cette dernière doivent agir, et agir maintenant, pour précipiter la première.
    Marwan Barghouti, Prison de Hadarim, cellule n° 28

mercredi 14 octobre 2015

Les Palestiniens se battent pour leur vie, Israël se bat pour l’occupation. Les jeunes Palestiniens ne vont pas se mettre à assassiner des juifs parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils sont leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés,….



Que nous remarquions qu’il y a une guerre que lorsque des juifs sont assassinés n’enlève rien au fait que des Palestiniens se font tuer tout le temps.

Oui, il y a une guerre, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avec son mandat du peuple, a ordonné qu’elle s’intensifie. Il n’écoute déjà pas les messages de conciliation et d’acceptation du Président palestinien Mahmoud Abbas dans les périodes calmes, pourquoi devrait-il les écouter aujourd’hui ?
Netanyahu intensifie la guerre principalement à Jérusalem-Est, avec des orgies de punitions collectives. Il révèle ainsi qu’Israël a réussi à déconnecter physiquement Jérusalem de la plus grande partie de la population palestinienne, soulignant l’absence d’une direction palestinienne à Jérusalem-Est et la faiblesse du gouvernement de Ramallah – qui tente d’enrayer la dérive dans le reste de la Cisjordanie.
La guerre n’a pas commencé jeudi dernier, elle ne commence pas avec les victimes juives, et elle ne prend pas fin quand plus aucun juif n’est assassiné. Les Palestiniens se battent pour leur vie, dans le plein sens du terme. Nous, juifs israéliens, nous battons pour notre privilège en tant que nation de maîtres, dans la pleine laideur du terme.
Que nous remarquions qu’il y a une guerre que lorsque des juifs sont assassinés n’enlève rien au fait que des Palestiniens se font tuer tout le temps, et que tout le temps, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour leur rendre la vie insupportable. La plupart du temps, il s’agit d’une guerre unilatérale, conduite par nous, pour les amener à dire « oui » au maître, merci beaucoup de nous laisser en vie dans nos réserves. Quand quelque chose dans l’unilatéralité de la guerre est perturbé, et que des juifs sont assassinés, alors nous accordons notre attention.
Les jeunes Palestiniens ne vont pas se mettre à assassiner des juifs parce qu’ils sont juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés, qui leur bloquent leur horizon. Les jeunes Palestiniens, vengeurs et désespérés, sont prêts à donner leur vie et à causer à leur famille une énorme douleur, parce que l’ennemi auquel ils font face leur prouve chaque jour que sa méchanceté n’a pas de limites.
Même le langage est malveillant. Les juifs sont assassinés, mais les Palestiniens sont tués et meurent. Est-ce vrai ? Le problème ne commence pas avec le fait que nous ne sommes pas autorisés à écrire qu’un soldat ou un policier a assassiné des Palestiniens, à bout portant, quand sa vie n’était pas en danger, ou qu’il l’a fait par télécommande, ou depuis un avion ou un drone. Mais c’est une partie du problème. Notre compréhension est captive d’un langage censuré rétroactivement qui déforme la réalité. Dans notre langage, les juifs sont assassinés parce qu’ils sont juifs, et les Palestiniens trouvent leur mort et leur détresse, parce ce que c’est probablement ce qu’ils cherchent.
Notre vision du monde est façonnée par la trahison constante par les médias israéliens de leur devoir de rapporter les évènements, ou leur manque de capacité technique et émotionnelle à contenir tous les détails de la guerre mondiale que nous sommes en train de conduire afin de préserver notre supériorité sur le territoire entre le fleuve et la mer.
Pas même ce journal n’a les ressources économiques pour employer 10 journalistes et remplir 20 pages d’articles sur toutes les attaques en période d’escalade et toutes les attaques de l’occupation en période de calme, depuis les fusillades lors de la construction d’une route qui détruit un village jusqu’à la légalisation d’un avant-poste colonial et à un million d’autres agressions. Chaque jour. Les exemples pris au hasard que nous arrivons à rapporter ne représentent qu’une goutte dans l’océan, et ils n’ont aucun impact sur la compréhension de la situation par la grande majorité des Israéliens.
Le but de cette guerre unilatérale est de forcer les Palestiniens à renoncer à leurs exigences nationales dans leur patrie. Netanyahu veut l’escalade parce que jusqu’à maintenant, l’expérience a prouvé que les périodes de calme après le bain de sang ne nous ramènent pas à la ligne de départ, mais plutôt rabaissent à un niveau toujours plus bas le système politique palestinien, et ajoutent aux privilèges des juifs dans un Grand Israël.
Les privilèges sont le principal facteur qui déforme notre compréhension et notre réalité, en nous aveuglant. À cause d’eux, nous échouons à comprendre que même avec une direction faible, « présente-absente », le peuple palestinien – dispersé dans ses réserves indiennes – n’abandonnera pas, et qu’il continuera de puiser la force nécessaire pour résister à notre maîtrise malveillante.
Par Amira Hass, journaliste à Ha’aretz, 7 octobre 2015
Source originale en anglais Ha’aretz
Traduction : JPP pour le Collectif Solidarité Palestine de Saint-Nazaire
Amira Hass (עמירה הס), née en 1956 à Jérusalem, est une journaliste et auteur israélienne, surtout connue pour ses colonnes dans le quotidien Ha’aretz. Elle est particulièrement connue parce qu’elle vit en Cisjordanie après avoir habité à Gaza et qu’elle rapporte les événements du conflit israélo-palestinien depuis les territoires palestiniens.

dimanche 11 octobre 2015

La Russie a « violé » l’espace aérien turc parce que la Turquie a unilatéralement « déplacé » la frontière turco-syrienne de 8 km au sud. Les avions russes n’ont pas à respecter la « nouvelle » frontière turque mais seulement la frontière légale.



 Les avions russes en Syrie « ont violé l’espace aérien turc » nous répètent les agences médiatiques. Mais un précédent rapport montre que cette affirmation est probablement fausse et que ce sont les Etats-Unis qui poussent la Turquie à diffuser cette propagande.
Reuters (lundi 5 octobre 2015, 07:54 BST) : La Turquie dit qu’un avion de guerre russe a violé son espace aérien.
Samedi, un avion de guerre russe a violé l’espace aérien turc près de la frontière syrienne, ce qui a obligé la force aérienne turque à dépêcher deux jets F-16 pour l’intercepter, a déclaré, lundi, le ministère des Affaires étrangères.
Le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de Moscou pour protester contre cette violation, selon un communiqué envoyé par courriel. La Turquie a exhorté la Russie à ne pas renouveler une telle violation, ou elle serait tenue pour « responsable de tout incident regrettable qui pourrait se produire. »
AFP (10:20 · 5 octobre 2015) : La Turquie intercepte un jet russe violant son espace aérien
La Turquie a déclaré lundi que ses avions F-16 avaient, pendant le week-end, intercepté un avion de chasse russe qui avait violé l’espace aérien turc près de la frontière syrienne, et l’avaient forcé à rebrousser chemin.
Voici maintenant ce que McClatchy a écrit dans un article plus long sur ces violations de l’espace aérien, plusieurs heures avant que Reuters et l’AFP eurent fait état de la déclaration de la Turquie :
ISTANBUL – Lors d’une sortie effectuée en Syrie, un avion militaire russe a volé dans un rayon de cinq miles (environ 8 km, ndt) de la frontière turque et est peut-être entré dans l’espace aérien de la Turquie, ont déclaré, dimanche, des officiels turcs et étasuniens.
Un officiel turc de la sécurité a déclaré que vendredi tôt dans la matinée, un radar turc avait repéré un avion russe à al Yamdiyyah, un village syrien situé à la frontière turque. Il a dit que des avions de combat turcs l’auraient attaqué s’il était rentré dans l’espace aérien turc.
Mais un responsable militaire étasunien a indiqué que l’incident avait failli dégénérer en affrontement armé. Il a lu un rapport selon lequel l’avion russe avait violé l’espace aérien turc de 8 km, et que des jets turcs avaient décollé pour l’intercepter, mais que l’avion russe était retourné dans l’espace aérien syrien avant qu’ils ne puissent l’atteindre.
Le responsable de la sécurité de la Turquie a dit qu’il ne pouvait pas confirmer cette déclaration.
Ce sont donc les États-Unis, et non la Turquie, qui ont mentionné les premiers cette violation de l’espace aérien et le décollage des avions de combat. La source turque ne pouvait pas confirmer leurs allégations.
Mais comment peut-on parler de violation de l’espace aérien alors que les avions russes « volaient dans un rayon de cinq miles (environ 8 km, ndt) de la frontière turque et étaient peut-être entrés dans l’espace aérien turc ». Les avions russes volaient dans l’espace aérien syrien. Dire qu’ils « pourraient être entrés » dans l’espace aérien turc c’est comme dire que la terre « pourrait être plate ». Eh bien, peut-être qu’elle l’est, après tout ?
Le fait est que les Russes volent tout près de la frontière et bombardent les positions de certains combattants anti-syriens que la Turquie soutient. Ils ont de bonnes raisons de le faire :
La ville, dans une région montagneuse du nord de la province de Lattaquié, a été une importante route de contrebande de personnes et de de marchandises entre la Turquie et la Syrie, et elle a, selon les rapports, servi de principale porte d’entrée aux armes livrées aux rebelles syriens par les Amis de la Syrie, un groupe de pays occidentaux et du Moyen-Orient dirigé par les Américains.
Il se peut bien, en effet, qu’un avion russe ait légèrement franchi la frontière en manœuvrant. Mais la vraie raison pour laquelle le responsable militaire étasunien et la Turquie peuvent se plaindre de ces « violations », est que la Turquie a unilatéralement « déplacé » la frontière turco-syrienne de 8 km au sud :
La Turquie maintient une zone tampon de 8 km à l’intérieur de la Syrie depuis juin 2012, depuis qu’un missile syrien de défense aérienne a abattu un avion de chasse turc qui s’était égaré dans l’espace aérien syrien. En vertu des nouvelles règles d’engagement mises en vigueur depuis, l’armée de l’air turque considèrera toute cible qui se trouve à moins de 8km de la frontière turque comme un ennemi et agira en conséquence.
Si les règles d’engagement syrien « déplaçaient » la frontière nord de la Syrie jusqu’à la mer Noire, est-ce que tout avion volant en Turquie orientale violerait l’espace aérien syrien ? Personne ne peut croire à de telles absurdités et c’est la raison pour laquelle personne ne devrait accepter ces idioties américano-turques. Les avions russes n’ont pas à respecter la « nouvelle » frontière turque mais seulement la frontière légale.
Le fait qu’un avion empiète parfois légèrement sur la partie turque en raison d’une urgence ou d’autres circonstances accidentelles ne serait pas non plus une raison suffisante pour commencer une guerre OTAN-Russie.
Moon of Alabama
Traduction : Dominique Muselet