samedi 26 septembre 2015

Yémen : Pour une gorgée d’or noir……Nous avons laissé notre ami le Roi Salmane fabriquer une guerre sunnite/chiite au Yémen alors que la plupart des musulmans du Yémen prient ensemble dans des mosquées dépourvues d’étiquette confessionnelle.



Avions larguant des bombes sur des civils, population exsangue, assiégée et affamée, enfants déchiquetés, routes, ponts, écoles, hôpitaux, zones résidentielles, cimetières, aéroports détruits, patrimoine archéologique dévasté. Non, cette fois, ce n’est pas de la Syrie qu’il s’agit mais d’une nation oubliée, le Yémen.

Depuis le 25 mars dernier, le Yémen est agressé et envahi par l’Arabie saoudite, ce pays ami qui nous livre du pétrole et qui achète nos armes.
D’après l’ONU, en moins de 200 jours de guerre, le régime wahhabite a tué près de 5.000 fois au Yémen dont près de 500 enfants.
Le nombre de victimes civiles de la guerre du Yémen est proportionnellement supérieur au nombre de civils tués dans la guerre de Syrie.
En effet, la moitié des morts sont civils au Yémen pour moins d’un tiers de victimes civiles en Syrie.
Pourtant, personne parmi les humanistes professionnels conspuant Assad n’élève la voix contre le Roi Salmane.
La Syrie s’est vue imposer une guerre par terroristes interposés, une politique d’isolement et de sanctions économiques. En revanche, l’Arabie saoudite reçoit nos salamalecs et nos satisfecits.
"Notre ami le Roi" Salmane ne fait pas que détruire par ses bombes. Il impose un blocus terrestre, maritime et aérien qui selon Médecins Sans Frontières (MSF) tue autant les civils que la guerre. 20 millions de Yéménites risquent en effet de mourir de faim et de soif à cause de la guerre et de l’embargo saoudiens.
On a rarement vu une politique de deux poids deux mesures aussi contrastée entre une Syrie qui déchaîne les passions et un Yémen qui laisse de marbre.
Cette politique de deux poids de mesures ressemble à un match de boxe entre un poids lourd et un poids mouche où le poids lourd peut frapper le poids mouche sous la ceinture mais pas l’inverse.

Le pot de fer contre le pot de terre

L’agression saoudienne contre le Yémen revêt une dimension mythique.
C’est l’histoire du pays arabe le plus riche du monde en guerre contre le pays arabe le plus pauvre du monde.
Une fois encore, nous nous sommes soumis à la loi du plus fort.
Nous avons laissé notre ami le Roi Salmane fabriquer une guerre sunnite/chiite au Yémen alors que la plupart des musulmans du Yémen prient ensemble dans des mosquées dépourvues d’étiquette confessionnelle.
Nous avons diabolisé et interdit le mouvement rebelle Ansarullah en le qualifiant de "chiite" ou de "houthi" pour faire plaisir à notre ami le Roi Salmane alors qu’Ansarullah est une coalition patriotique qui compte de nombreuses personnalités sunnites comme le mufti Saad Ibn Aqeel ou des formations non religieuses comme le parti Baath arabe socialiste du Yémen.
Nous avons exclu Ansarullah des pourparlers de paix alors que le mouvement rebelle négociait avec ses adversaires politiques y compris avec Abderrabo Mansour al Hadi, agent saoudien qui était alors assigné à résidence.
Nous avons laissé le Yémen redevenir l’arrière-cour du Roi Salmane alors que cette nation rêvait d’indépendance.
Nous avons détourné le regard quand les hommes de main du Roi Salmane (Al Qaeda et Daech) ont brûlé l’église Saint-Joseph à Aden et bombardé la mosquée chiite d’Al Moayyad à Jarraf.
Nous n’avons pas versé une seule larme pour les enfants du Yémen brûlés vifs par les bombardiers de notre ami le Roi Salmane.
Le Yémen est un pays si lointain que ses réfugiés ne nous atteignent pas.
Le Yémen est un pays si méprisé que ses complaintes ne nous atteignent pas.
Si Jean de la Fontaine avait été témoin de la guerre du Roi d’Arabie saoudite contre son misérable voisin, il aurait peut-être repris l’extrait suivant de la fable du pot de fer contre le pot de terre :
"Que par son Compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre".
Voilà près de 200 jours que le mouvement international pour la paix laisse faire le pot de fer contre un pays fragile comme un pot de terre.
C’est comme si un pot de fer nous était tombé sur la tête.

Le Yémen d’aujourd’hui, c’est le Vietnam d’hier

Durant les années 60 et 70, le Vietnam connut à peu près le même scénario que le Yémen aujourd’hui.
Ngo Dinh Diem était l’homme de paille des USA à l’instar d’Abderrabo Mansour al Hadi.
Le Vietcong (FNL) d’hier, c’est Ansarullah aujourd’hui.
Que le premier ait une coloration communiste et le second soit d’inspiration chiite importe peu. Les mouvements nationalistes vietnamien et yéménite ont tous deux pour objectif l’unification de leur pays et son émancipation du joug étasunien.
A l’époque, le mouvement international pour la paix a défendu la résistance du peuple vietnamien sans pour autant être communiste et malgré le fait que le Vietcong était soutenu par l’URSS et la Chine.
Aujourd’hui, le mouvement international pour la paix refuse non seulement de défendre le droit du peuple yéménite à la résistance entre autres sous prétexte qu’il est soutenu par l’Iran et la Syrie mais en plus, il ne défend même plus ce qui constitue sa raison d’être, à savoir la paix.

Pas de sang pour du pétrole

Il n’y a pas si longtemps, en 1991 et en 2003, les USA ont utilisé le sol saoudien pour mener leur guerre contre l’Irak.
A l’époque, nous étions des millions à crier "Pas de sang pour du pétrole" (No Blood for Oil).
Aujourd’hui, ni l’Empire US, ni l’Arabie saoudite, ni les motifs de la guerre n’ont changé.
Qui plus est, le sang continue de couler pour du pétrole.
Seul le mouvement pour la paix a changé.
Il n’est même plus un mouvement, juste une masse inerte et silencieuse bercée par des illusions comme la "révolution arabe", le "droit d’ingérence" et la "responsabilité de protéger"... à coups de bombes de l’OTAN.
Entre-temps, le peuple du Yémen est victime d’une guerre, une guerre qui ne nous est pas étrangère, une guerre bien saignante à laquelle nos gouvernements ont donné leur feu vert pour une gorgée d’or noir.
Bahar Kimyongür, 23 septembre 2015
Source : Investig’Action

mardi 22 septembre 2015

SYRIE : La Russie accentue la pression pour mettre fin à la guerre. Obama et les pays européens de l’OTAN ont l’opportunité d’échapper à la pagaille qu’ils ont créée en Syrie et aux problèmes engendrés par la vague de migrants qui ne cesse de grossir.



Des sources israéliennes accusent Erdogan de provoquer intentionnellement une vague de migration vers l’Europe du Nord :
Dans un premier temps, la Turquie a tout fait pour bloquer les routes maritimes de l’immigration clandestine vers l’Europe.

Mais ensuite, du fait que l’OTAN a refusé de prendre des mesures pour renverser Assad et que l’Etat islamique n’a pas réussi à écraser le leader alaouite comme l’espérait Erdogan, la Turquie a décidé de rendre les choses difficiles à l’Europe en y transférant une partie de la pression. Au cours des derniers mois, la Turquie a cessé de bloquer le mouvement des réfugiés vers l’ouest. Selon la source israélienne, il est tout à fait possible que les mêmes forces de sécurité turques qui ont soutenu l’EI, aident maintenant les passeurs.
Le 11 septembre, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a suspendu le consul honoraire de son pays à Bodrum après avoir appris qu’elle avait aidé les réfugiés à partir illégalement pour l’Europe. Dans une conversation filmée en caméra cachée pour France 2, la consul qui vend aux réfugiés des canots pneumatiques destinés à être utilisés dans une piscine et non en haute mer, pour rejoindre l’île grecque de Kos, a déclaré : « La municipalité collabore au trafic [des réfugiés par mer]. La capitainerie collabore au trafic. Le gouverneur du district collabore au trafic ».
La source israélienne accuse également Erdogan de financer l’État islamique. Personnellement, je ne le crois pas. Mais l’accusation d’avoir causé la vague de migrants est probablement justifiée. Cependant, Erdogan agit-il seul ou est-ce une action organisée par l’OTAN pour persuader les populations européennes de soutenir une guerre de changement de régime en Syrie ?
Adam Johnson fait une liste (incomplète) de ceux qui utilisent la crise des migrants pour appeler à bombarder la Syrie :
n Nick Kristof, NYT
n Anne Marie Slaughter
n Save the children
n Linda Sarsour
n Guardian
n La puissante ONG "humanitaire" Avaaz
n Le Conseil de l’Atlantique nord
Certaines de ces personnes ou institutions, comme l’officine de propagande de l’OTAN, le Conseil de l’Atlantique nord, font également du lobbying pour les Saoudiens.
Plusieurs hommes politiques européens défendent maintenant l’idée saugrenue que davantage de bombardements en Syrie créeront moins de réfugiés. L’ONU dit que la moitié de la population syrienne a fui en raison du conflit. Cela fait environ 11 millions de personnes. Mais seulement 3 à 4 millions d’entre eux ont fui vers les pays étrangers – essentiellement la Turquie, la Jordanie et le Liban. Environ 7 millions de personnes se sont réfugiées dans les zones, comme Damas, qui sont tenues par le gouvernement. Le bombardement du gouvernement de la Syrie et de ces personnes, et la conquête de Damas par l’Etat islamique ou Al Qaïda ne peuvent que créer une beaucoup plus grande vague de réfugiés.
Pendant ce temps, Obama blâme les autres pour ses décisions stupides concernant la Syrie :
[L]a Maison Blanche dit que ce n’est pas de sa faute. Le responsable n’est pas Barack Obama mais ceux qui l’ont pressé de former les rebelles syriens – à savoir un groupe qui, en plus de Républicains du Congrès, se trouve inclure l’ancien secrétaire d’État, Hillary Rodham Clinton.
C’est absolument consternant :
Si des membres du Congrès et certains membres de l’administration Obama, l’ont « pressé » de faire quelque chose qu’il savait être inutile, il mérite encore plus de reproches car faire quelque chose quand on sait pertinemment que ça ne servira à rien est encore plus grave que de le faire de bonne foi.
Obama est le Commandant en chef des Etats-Unis. Accuser les autres de ses décisions est d’une lâcheté sans nom. Et qui a ordonné à ces 10 000 djihadistes formés, équipés et payés par la CIA d’aller en Syrie, si ce n’est Obama ? Cela est-il aussi de la faute des autres ? Et pourquoi le NYT ne les mentionne-t-il pas du tout ?
Après avoir faussement accusé le gouvernement syrien d’utiliser des armes chimiques à Goutha, les États-Unis et le Royaume-Uni voulaient bombarder la Syrie, mais ils en ont été empêchés par une décision du Parlement, en Angleterre, et la menace d’une procédure de destitution, aux États-Unis. C’est alors que la Fédération de Russie leur a permis de sauver la face avec son plan d’élimination des armes chimiques syriennes.
Maintenant, la Russie s’offre à nouveau à sauver la mise à Obama. Sa combine de formation avec le Pentagone ayant échoué et l’État islamique n’ayant enregistré aucun succès, Obama est à nouveau sous pression pour bombarder la Syrie. Mais la menace d’un déploiement de l’armée de l’air et d’une éventuelle force terrestre d’ampleur russes en Syrie l’en empêche. La Syrie n’est pas assez importante pour déclencher un grave conflit avec une puissance nucléaire. Obama a besoin d’une excuse pour sortir de la situation en sauvant la face. Cesser de mettre de l’huile sur le feu du conflit en Syrie et négocier avec la Russie est la seule porte de sortie.
Aujourd’hui, la Russie a augmenté la pression :
Répondant à la question de savoir si la Russie serait d’accord pour envoyer des troupes participer à des opérations militaires avec l’armée syrienne, [le porte-parole du Kremlin Dmitri] Peskov a déclaré : « Si on nous demande d’engager des contacts bilatéraux, un dialogue bilatéral, nous prendrons la demande en considération et nous en discuterons. Pour l’instant, ce n’est qu’une hypothèse, et, à ce titre, il est difficile d’en parler ».
Le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères syrien, Walid Mouallem, a déclaré jeudi que la Syrie demanderait à la Russie d’envoyer des troupes combattre aux côtés de l’armée syrienne si le besoin s’en faisait sentir. Selon lui, la Syrie n’hésitera pas à demander de l’aide de la Russie.
Instaurer une « zone de sécurité » de l’OTAN administrée par la Turquie ou une « zone d’exclusion aérienne » en Syrie, alors que l’Armée rouge est sur le terrain soutenue par l’armée de l’air et la marine russes, est tout simplement hors de question.
Obama et les pays européens de l’OTAN ont l’opportunité d’échapper à la pagaille qu’ils ont créée en Syrie et aux problèmes engendrés par la vague de migrants qui ne cesse de grossir. Il leur faut parler à la Russie et pas seulement de « tactique militaire », comme le voudrait Obama, mais de stratégie. Remballer, faire porter la responsabilité à Erdogan et aux Saoudiens et raccourcir leur laisse. Laisser la Syrie et ses alliés faire le nettoyage sans intervenir davantage. Il y aura, bien sûr, des pressions des faucons et des lobbyistes habituels contre une telle ligne d’action, mais, pour une fois, Obama pourrait prendre une décision sensée et s’y tenir.
Traduction : Dominique Muselet

samedi 19 septembre 2015

ETATS-UNIS : Ana Belén Montés, prisonnière 25037-016 de la prison de Carswell, une annexe du FBI de la Station Aérienne de la Marine des Etats-Unis.



Ana Belén Montés, née en 1957, est fille d’un médecin militaire d’origine portoricaine, qui travaillait au sein de l’armée US.
Après avoir obtenu une licence, puis une maîtrise en relations internationales à l’Université de Virginie, elle est entrée à 28 ans à l’Agence de Renseignement pour la Défense du Pentagone (DIA), où elle devenait, 7 ans plus tard, analyste. Elle a eu quelques temps un emploi fictif à la représentation diplomatique à La Havane, soit disant pour « étudier » les militaires cubains. En 1998, retour dans l’Ile pour cette fois, « observer » le déroulement de la visite du Pape Jean-Paul II.
Cette femme discrète, devenue analyste de première catégorie au Pentagone, spécialiste de Cuba, avait accès à presque toute l’information sur l’Ile dont disposait la communauté du renseignement, en particulier sur les activités militaires cubaines. De par son rang, elle était membre du très secret « groupe de travail inter agences sur Cuba », qui rassemble les principaux analystes des plus hautes agences de renseignements des Etats-Unis, comme la CIA par exemple.
Elle a été arrêtée en septembre 2001, jugée et condamnée à 25 ans de prison en mars 2002 pour espionnage. Elle avait remis à Cuba, sans contre partie financière, l’information lui permettant de connaître les plans d’agression des Etats-Unis contre l’île.
Je laisse la parole à Ana Belén Montés. Voici ce qu’elle a déclaré lors de son plaidoyer au moment de son procès :
« Il existe un proverbe italien qui peut-être, décrit le mieux ce que je crois :
Le monde entier n’est qu’un seul pays. Dans ce pays mondial, le principe d’aimer son prochain comme soi même, est le guide essentiel pour des relations harmonieuses entre tous les pays.
Ce principe implique tolérance et compréhension pour la façon de se comporter envers les autres. Il implique que nous traitions les autres nations comme on aimerait être traité : avec respect et considération. C’est un principe que, malheureusement nous n’avons jamais appliqué à Cuba.
Votre honneur, je suis devant vous aujourd’hui pour une activité à laquelle je me suis livrée parce que j’ai obéi à ma conscience plutôt qu’à la loi. Je crois que la politique de notre gouvernement vis-à-vis de Cuba est cruelle et injuste, profondément agressive, et je me suis sentie moralement dans l’obligation d’aider l’île à se défendre contre nos efforts de lui imposer nos valeurs et notre système politique. Nous avons fait preuve d’intolérance et de mépris à l’égard de Cuba depuis plus de 40 ans. Nous n’avons jamais respecté le droit pour Cuba de choisir sa propre voie vers ses propres idéaux d’égalité et de justice. Je ne comprends pas pourquoi nous devons continuer à dicter aux Cubains comment ils doivent choisir leurs dirigeants, qui peuvent ou ne peuvent pas être leurs dirigeants, et quelles sont les lois appropriées pour ce pays. Pourquoi ne pouvons-nous pas laisser Cuba poursuivre son propre chemin, comme le font les Etats-Unis depuis plus de deux cents ans


Ma manière de réagir à notre politique Cubaine a peut-être été moralement condamnable. Peut-être que le droit pour Cuba d’exister libre de toute pression politique ou économique ne justifie pas les informations secrètes que j’ai transmises pour l’aider à se défendre. Je peux seulement dire que j’ai fait ce qui me paraissait être juste pour réparer une grave injustice. 


Mon plus grand désir est de voir des relations amicales s’établir entre les Etats-Unis et Cuba. J’espère que mon cas contribuera d’une certaine manière à encourager notre gouvernement à abandonner sa politique hostile envers Cuba et à collaborer avec la Havane dans un esprit de tolérance, de respect mutuel, de compréhension... »
Ana Belén Montés a été en quelque sorte précurseur des nouvelles relations entre Cuba et les Etats-Unis.
Elle est la prisonnière 25037-016 de la prison de Carswell, une annexe du FBI de la Station Aérienne de la Marine des Etats-Unis. Elle y est internée dans la section de psychiatrie, bien que ne présentant pas de troubles de ce type. C’est un lieu dangereux pour elle, qui pourrait avoir de graves répercussions sur son état mental.
Ana Belén Montés est sensée recouvrer la liberté en 2027, dans 12 ans. Elle a déjà accompli 13 ans de réclusion. Elle est soumise à un régime d’isolement extrême :
Elle ne peut pas avoir la visite d’amis, uniquement celles de son père et de sa fratrie. Elle est interdite de téléphone, n’a accès a aucun moyen d’information, ni journal, ni revue, ni livre. Elle n’a pas le droit de regarder la télévision et ne peut recevoir de colis. Il lui est même interdit d’avoir le moindre contact avec les autres personnes détenues dans cette prison.
Les autorités pénitentiaires ne donnent aucune information sur sa santé, les traitements médicaux qu’elle reçoit, ni ne justifient le fait qu’elle soit dans un centre destiné aux personnes souffrant de troubles psychiatriques.
Le régime carcéral qu’elle subit n’est pas conforme aux Droits de l’Homme et est beaucoup plus sévère que celui appliqué aux dangereux criminels.
Un essai a été fait de lui écrire. La lettre a été renvoyée à l’expéditeur en recommandé. Le Bureau fédéral des Prisons y précisait qu’elle ne pouvait avoir de contacts qu’avec ses parents les plus proches, étant donné qu’elle était condamnée pour espionnage.
Nous devons aider cette femme courageuse. Nous devons faire connaître son histoire, et développer des campagnes pour que dans la prison où elle endure sa peine, elle puisse au moins avoir un traitement plus humain.

mardi 15 septembre 2015

Yémen : Lettre d’un habitant de Sanaa



A la fin de cette lettre il y a un lien vers des photos difficilement supportables. J’aurais voulu en publier quelques unes (il y en a plusieurs dizaines), pour montrer la barbarie de ce qui se déroule au Yémen, perpétrée par des pays amis de la France, l’Arabie Saoudite et les principautés du Golfe chapeautés par les Etats-Unis. Mais je n’ai pas pu.
Parce que j’ai vécu la guerre de 1994 à Sanaa et que j’en ai rendu compte à l’époque, certains de mes amis yéménites, avec lesquels je n’ai cessé de correspondre, insistaient de temps à autre pour que j’accorde au Yémen et à l’agression qu’il subit la place qui leur revient dans mes articles.
Bien que la guerre qui se déroule contre notre région, en Syrie, et celle qui frappe le Yémen ont pour dénominateur commun les mêmes agresseurs, je progressais lentement dans mes recherches pour finaliser mon article sur ce sujet, la situation au Liban et en Syrie prenant le plus gros de mon temps. C’est alors que j’ai reçu cette lettre de Sanaa.
Je l’ai faite mienne et la publie telle que reçue, sans autre commentaire. [Souraya Assi ; journaliste Libanaise]

Chère Souraya,

Te souviens-tu du Yémen ? Il a eu sa part des « révolutions » arabes, la révolution du 11 février 2011 ayant accouché d’un pouvoir qui s’est chargé de soumettre le pays à la famille des Al-Saoud. Notre révolution n’a donc pas déviée des normes préétablies, puisque comme toutes les autres révolutions arabes, elle est passée par le baptême obligé et nécessaire pour entrer dans l’ère des « cheikheries » [*] du Golfe.
Je ne sais pas ce qui se passe en Libye ! Et, il est probable que la « révolution » des Al-Saoud en Syrie est contrecarrée par des difficultés et des obstacles ayant conduit à faire de nouveau appel aux forces de l’OTAN, mais sans recourir au Conseil de sécurité de l’ONU cette fois-ci, ni exploiter un mandat truqué du Secrétaire général de la Ligue arabe. Quant à l’Égypte et à la Tunisie, il est bien connu que les circonstances particulières dans ces deux pays ont nécessité une révolution contre « la révolution golfiste » [*] ou, plus précisément, ont amené les gens à préférer le pouvoir déchu au pouvoir des Frères Musulmans.
Cette expérience s’est répétée au Yémen, la guerre en cours ayant ses racines dans la révolution contre « la révolution des golfeux et des frérots » [*] dans le but de débarrasser le pays de la domination de la famille Al-Saoud. Cependant, il semble que l’OTAN en tant qu’organisation policière et répressive mondialisée, interdit la « révolution » aux pauvres et aux nécessiteux. Autrement dit et en toute franchise, l’OTAN mène une guerre afin de rétablir la loi de la famille Al-Saoud et réinstaller sa mainmise sur le Yémen.
Il est aussi notoirement connu que des navires de la flotte américaine ont procédé, sous pavillon de l’armée des Émirats arabes unis, à une opération de débarquement à Aden et que c’était là l’annonce du début de la guerre terrestre, suite aux frappes aériennes ininterrompues depuis mars 2015, lesquelles frappes ont obligé les adversaires des Al-Saoud à se retirer de certaines positions qu’ils contrôlaient jusqu’ici.
À l’heure actuelle, nous pouvons dire que le plan d’annexion du Yémen en est au stade préparatoire du siège de Sanaa, soumise quotidiennement à des vagues successives de raids aériens. Il est possible que les hordes militaires « golfistes » [*] s’y dirigent selon trois axes :
  • Le premier, à partir du port d’Al-Hudaydah sur la mer Rouge.
  • Le deuxième, à partir de la ville de Ta’izz au sud.
  • Le troisième, supposé être emprunté par les forces qui tentent de se rassembler dans la ville de Marib à l’est où, d’après les dernières nouvelles, 15 000 soldats seraient déjà sur place, rejoints par les équipements et les véhicules militaires d’un pays dont le nombre d’avions et de chars dépasse celui de sa population… Je veux parler du Qatar, l’État de ce prince penseur et résistant Al-Qaradawi !
Quoi qu’il en soit, l’accès par voie terrestre à Sanaa ne sera sans doute pas facile, étant donné que les routes ne sont pas sécurisées ou bien sont toujours sous le contrôle des Houthis.
Dans ce contexte, il n’est pas inutile de noter que la victoire des Al-Saoud au Yémen sera très probablement un énorme désastre pour la population, encore plus douloureux et plus dangereux que la tragédie libyenne, témoin en est le déploiement des bandes de voleurs, de truands et d’extrémistes, dans les régions d’où les Houthis se sont retirés sous la pression des frappes américaines et saoudiennes, en plus de l’apparition de diverses formations militaires appartenant à des agences de sécurité étrangères dans les zones des puits de pétrole, des raffineries et des oléoducs.
Traiter de la question du Yémen comme se lancer dans des prévisions à court terme, exige de prendre en compte deux facteurs importants, ou plutôt d’introduire le facteur israélien ; lequel, à mon avis, influe sur la guerre des Al-Saoud au Yémen de deux manières en se présentant sous deux visages :
  • Le premier visage est celui de l’impérialisme euro-américain, et les colonialistes israéliens en sont une facette. Ce visage est évidemment connu et bien présent sur la scène yéménite aux côtés des Pays du Golfe. Ici, il est nécessaire de rappeler que cet impérialisme a construit ses propres bases à Djibouti et au nord de la Somalie, après avoir démantelé l’État somalien et découpé ce qu’ils appellent le « Somaliland » où se trouve, justement, une base israélienne ; la largeur du détroit de Bab el-Mandeb, c’est-à-dire la distance entre la côte yéménite et la côte somalienne, étant d’une trentaine de kilomètres.
  • Le deuxième visage se déduit logiquement à partir du rôle joué au Yémen, par les gouvernements actuels de l’Égypte et de la Jordanie aux côtés des Al-Saoud et aussi des colonialistes israéliens, sur la base d’informations indiquant une présence militaire israélienne à l’entrée du détroit de Bab al-Mandeb et donc, en Somaliland.
Pour exposer les choses telles qu’elles sont, et éviter les polémiques, il faut dire que les raisons de cette méfiance à l’égard des autorités égyptienne et jordanienne repose sur le fait que depuis que ces deux pays ont signé respectivement les Accords de Camp David et de Wadi Araba, ils ont toujours adopté des positions essentiellement favorables à Israël. Ce fut le cas lors des conflits israélo-libanais et israélo-palestiniens, ainsi que du conflit réunissant les États-Unis, la Turquie et l’Arabie Saoudite contre la Syrie. Je ne pense pas que nous pourrions nous passer de citer tous ces cas.

Source : New Orient News ; le 10/09/2015
 Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal