vendredi 24 avril 2015

Naufrages de bateaux de migrants en Méditerranée, La honte de l’Europe. L’UE adresse au monde un terrible message : continuez à mourir chez vous ou en mer, l’UE sera là pour assurer le service mortuaire.



Les résultats du Conseil européen qui s’est tenu le 23 avril 2015 ne peuvent que susciter la colère.
Une fois de plus, l’Union européenne se refuse à traiter la question des migrants et des réfugiés sous un autre angle que celui d’une forteresse qui serait assiégée par des hordes d’étrangers, tout en versant de chaudes larmes sur ces pauvres victimes des passeurs.
Nier ainsi la responsabilité essentielle de l’Europe dans ce scandale, c’est faire preuve de cynisme et d’hypocrisie.
Dans ce concert, la France a pris toute sa place en se bornant à promettre de recevoir quelques centaines de réfugiés syriens. En se contentant de mesures quantitatives, même si elles sont utiles, en ne changeant pas de politique migratoire, en refusant de mettre en œuvre les moyens nécessaires à l’accueil des réfugiés, en donnant le pitoyable spectacle d’un manque de solidarité et de pays cherchant à en faire moins que le voisin, l’UE adresse au monde un terrible message : continuez à mourir chez vous ou en mer, l’UE sera là pour assurer le service mortuaire.
Les Européens peuvent avoir honte de leurs gouvernements, les Français en particulier.

mercredi 22 avril 2015

Yémen : Echec saoudien, Cet échec aura des répercussions importantes sur les rapports de force régionaux au détriment du royaume wahhabite.



L'Arabie saoudite a annoncé, mardi soir, la fin de sa campagne aérienne contre le Yémen, presqu'un mois après son lancement, sans avoir atteint aucun des objectifs qu'elle s'était fixée. Cet échec aura des répercussions importantes sur les rapports de force régionaux... au détriment du royaume wahhabite.

Presque un mois après avoir lancé sa campagne aérienne contre le Yémen, l'Arabie saoudite a subitement annoncé, mardi soir, la fin des raids, arguant du fait que les opérations militaires avaient atteint leurs objectifs. Le porte-parole saoudien, le général Ahmed al-Assiri, a expliqué que la campagne a été stoppée «à la demande du gouvernement et du président du Yémen», Abed Rabbo Mansour Hadin, réfugié à Riyad. Selon le ministère saoudien de la Défense, les raids aériens sont parvenus «avec succès à éliminer les menaces pesant sur la sécurité de l'Arabie saoudite et des pays voisins». Il a fait état de la «destruction d'armes lourdes et de missiles balistiques, qui avaient été saisis par la milice Houthie et les forces de (l'ex-président) Ali Abdallah Saleh dans des bases et camps de l'armée».
Ce sont de bien maigres résultats comparés à ceux qui avaient été affichés au tout début de la guerre, le 25 mars dernier. Lorsque l'Arabie saoudite a lancé ses avions contre son voisin, elle s'est fixée trois objectifs. Le premier, rétablir la «légitimité», représentée par le président démissionnaire Hadi. Le deuxième est le désarmement d'Ansarullah. Le troisième, enfin, empêcher l'Iran (à travers ses alliés) d'arriver à Bab al-Mandab, par où transitent tous les jours 3,8 millions de pétrole brut ou raffiné. Vingt-huit jours et 2500 sorties aériennes plus tard, aucun de ces objectifs n'a été atteint. Abed Rabbo Mansour Hadi est toujours réfugié à Riyad après avoir fui Aden. «Nous allons bientôt retourner dans notre patrie, à Aden et à Sanaa», a-t-il assuré. Mais si les avions saoudiens ont été incapables de le réinstaller au pouvoir, il ne pourra certainement pas rentrer par ses propres moyens. Par ailleurs, l'armée yéménite, appuyée par Ansarullah et les comités populaires, ont étendu leur contrôle à de larges pans du territoire, y compris dans le sud du pays, notamment à Aden, Chabwa, Maareb, Taëz et Dhaleh. Ce mercredi, l'armée et ses alliés se sont même emparés du camp d'une brigade fidèle à Hadi, dans la province de Taëz, à l'issue de violents affrontements ayant fait «des dizaines de morts et de blessés» de part et d'autre, a indiqué à l'AFP un officier. Enfin, l'Armée yéménite et ses alliés sont arrivés à Bab al-Mandab et comptent bien y rester. Les centaines de raids aériens ne les ont pas délogés et n'ont pas réussi à enrayer leur progression.

Cessez-le-feu annoncé par l'Iran

Mais la gifle la plus forte assénée au royaume wahhabite est venue d'Iran. En effet, l'Arabie saoudite avait annoncé le déclenchement de la campagne «Tempête décisive» à partir de Washington. Mais c'est de Téhéran que le cessez-le-feu a été annoncé. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Hussein Abdollahian avait révélé, dès mardi matin, que la cessation des raids serait décrétée dans les heures qui viennent. La suite des événements lui a donné raison.
Dans cette guerre, l'Arabie saoudite a commis une série d'erreurs d'appréciation et de jugement qui lui coûteront énormément sur la scène régionale. Profondément imprégnée par la doctrine israélienne de la supériorité aérienne, elle a sous-estimé la capacité de résistance des Yéménites et leur détermination à défendre leur pays, quels que soient les sacrifices. Pendant que les avions saoudiens détruisaient l'infrastructure du Yémen et tuaient les civils, l'armée yéménite et Ansarullah ont décidé que la meilleure riposte à l'agression était d'affermir leur contrôle sur le terrain, notamment dans le sud.
De plus, Riyad a cru pouvoir entrainer de grands «pays sunnites» dans «sa» guerre, et a pensé que les armées du Pakistan et de l'Egypte seraient de simples mercenaires au service des Saoud. Or Islamabad a officiellement opté pour la neutralité et Le Caire n'a offert qu'un appui verbal. La tentative de donner à la «Tempête décisive» la dimension d'un conflit entre sunnites et chiites a échoué.
Enfin, les images des civils tués par centaines et des infrastructures détruites ont provoqué un vif émoi au sein de l'opinion publique mondiale. La situation humanitaire a en effet atteint un niveau alarmant. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde mardi contre un effondrement imminent des systèmes de santé, en raison de pénuries de médicaments et de coupures permanentes d'électricité. L'OMS a fait état d'un bilan de 944 morts et 3487 blessés, des civils en majorité, jusqu'au 17 avril.
L'échec saoudien aura aussi des répercussions sur les équilibres internes au sein de la famille des Saoud. Il s'agit d'une défaite personnelle pour le nouveau ministre de la Défense, Mohammad Ben Salman, adepte de la manière forte. Le décret royal demandant à la Garde nationale, dirigée par Meteeb Ben Abdallah, de défendre les frontières du royaume, est une sorte de réhabilitation du représentant de l'aile rivale au sein de la dynastie.
Dès le premier jour du conflit, le leader d'Ansarullah, Abdel Malek al-Houthie, mais aussi le leader de la révolution iranienne, l'Ayatollah Ali Khamenei et le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avaient prévu l'échec de l'agression saoudienne. Ils ont eu raison, et Riyad a été contraint de revenir à l'option politique.
L'aventure yéménite des Saoud a abouti à l'élargissement de «l'axe de la résistance», qui compte désormais un nouveau pays. Le Yémen a bien mérité sa place, au prix de milliers de morts et de blessés.
Source : French.alahednews

Ukraine : trois journalistes tués en un jour, rien dans les médias ! Et "Reporters sans frontières" qui peut être très bavard selon son desiderata !



Trois journalistes ont été tués en Ukraine en un jour ! Quatre assassinats politiques sur deux journées ! Où sont les activistes des droits de l’homme ? Où sont les allocutions de Merkel, Obama, Cameron, etc. ? Où est le tumulte des médias occidentaux ?
KIEV 15 Avril
Oleg Kalashnikov, l’ancien député parlementaire du Parti des Régions, a été tué a Kiev, comme le service de presse du Ministère de L’Interieur Ukrainien l’a confirmé ce mercredi.
Il avait appelé à de larges commémorations du 70ème anniversaire de la victoire dans la Grande Guerre Patriotique. Kalashnikov était connu pour ses positions anti-Maidan. Il organisait également des rassemblements contre les autorités en Ukraine.
KIEV 16 Avril
Un journaliste Ukrainien bien connu, Sergey Sukhobok, a été tué a Kiev. Sukhobok, un natif du Donbass, en Ukraine de L’Est, région en guerre, avait travaillé comme journaliste depuis 1998. Il était auparavant un analyste de l’hebdomadaire Delovoy Donbass (Finance Donbass). Il avait récemment travaillé en tant que journaliste freelance. L’Ukrainskiye Novosti (Nouvelles Ukrainiennes), révèle que Kalashnikov avait reçu des menaces de mort peu de temps avant d’être tué.
KIEV 16 Avril
Olga Moroz, la rédactrice en chef du journal local, a été tuée en Ukraine. Son corps a été trouve avec des traces d’une mort violente.
KIEV 16 Avril
Un journaliste renommée, Oles Buzina, a été tué ce jeudi a Kiev, la capitale du pays. Dans sa dernière interview accordé à Radio Vesti, il avait accusé les autorités nationales d’avoir abandonné de façon inconditionnelle les intérêts de L’Ukraine.
“Les formations politiques qui ont pris le pouvoir en Ukraine comme la conséquence d’un coup d’État ont choisi une voie strictement pro-Occidentale", avait affirmé Buzina.
’Naturellement, tous nos liens de coopération avec la Russie dans la construction navale, l’aviation et la construction industrielle, furent instantanément démantelés. Aujourd’hui le pays est en proie au chômage et beaucoup de gens n’ont plus d’argent. Toutes les promesses de Maidan se sont avérées être de la pure fiction. Cette partie de l’élite ukrainienne qui s’appelle pro-occidentale abandonne tout simplement les intérêts nationaux de L’Ukraine”.
Buzina, un journaliste reconnu, écrivain et présentateur TV, a été tué par balle près de sa maison a Kiev depuis une Ford Focus bleu foncé avec des plaques d’immatriculation étrangères. Il était l’auteur de deux ouvrages, incluant “Taras Shevchenko le Vampire” et “L’union de la Charrue et du Trident”. Buzina était le rédacteur en chef du journal Segodnya mais avait quitté son poste au mois de mars dernier en raison de la censure.
Source : http://euro-dreams.blogspot.ru/2015...

La Méditerranée, une mer cruelle ? …. Elle s’est convertie, en une « énorme fosse commune ».



Combien de milliers de morts en Mer Méditerranée ?
La compassion et la solidarité continueront, comme toujours, de s’exprimer devant les caméras. Mais quelque temps après, tandis que les larmes d’un jour appartiennent déjà au passé, le rejet des demandes d’asile, la répression, la détention, l’insuffisance de l’aide, les renvois immédiats, s’imposent de nouveau autour des frontières.

En moins d’un an, plus de trois milles migrants sont morts en mer Méditerranée et dans l’Union européenne tandis que les demandes d’asile ont augmenté de 24% entre les premiers semestres 2013 et 2014. Le langage politique repris par les medias fait des raccourcis qui effacent finalement la réalité. On insiste sur les risques que courent les migrants qui se lancent dans une mer dangereuse sur des embarcations de fortune. Et on cache ainsi la réalité. Tout d’abord, parce que la migration est présentée comme une décision individuelle, comme s’il ne s’agissait pas d’une contrainte subie. Et ensuite, parce que les causes et les conséquences sont confondues, comme si la décision politique n’était pas responsable de l’augmentation de ces risques. Le remarquable travail réalisé par l’APDHA remet les choses à leur place : si la Méditerranée s’est convertie, comme le formule l’APDHA, en une « énorme fosse commune », c’est parce que les politiques développées par l’Union européenne et par les Etats membres visent à fermer hermétiquement les frontières d’un espace considéré par les migrants comme leur unique espoir de survie.
 
Un « état de nécessité »
Pour empêcher complètement l’accès aux frontières, l’Union européenne construit des murs, des barrières, des zones interdites et les Etats ouvrent des centres de détention, organisent les retours forcés, multiplient les expulsions, criminalisent des femmes et des hommes… Et pourtant les personnes continuent de migrer !
En réalité, cette politique de l’Union européenne-forteresse fait oublier le fait que ces personnes ont quitté leur pays par nécessité. Les Syriens fuient la guerre et les exactions des fondamentalistes islamiques ; les Iraquiens craignent l’horreur des crimes de Daesh ; les Somaliens sont privés de l’ensemble de leurs ressources et de leurs libertés publiques ; les subsahariens veulent éviter les massacres, la famine ou la misère ; les raisons sont multiples et toutes légitimes. Face à cet « état de nécessité » reconnu à plusieurs reprises par les législations et juridictions nationales comme une circonstance explicative et suffisante pour justifier une action positive, la politique d’immigration européenne est double.
D’une part on encourage les lamentations sur la situation de ces « pauvres gens », on verse des larmes dramatiques quand un naufrage provoque plusieurs centaines de mort d’un coup, on ne ménage pas les efforts pour fustiger les trafiquants et empêcher qu’ils profitent de ces « pauvres gens », on promet de lutter contre l’utilisation inhumaine de clandestins comme main d’œuvre qui ne dispose d’aucun droit.
Et d’autre part, on contrôle les frontières, on limite la délivrance de visas, en temps et en durée, on refuse la grande majorité des demandes d’asile, on multiplie les répressions policières, on construit des murs et des prisons pour immigrants, on externalise dans les pays d’origine les centres de concentration, lieux horrifiques où règnent « la répression, le racisme, la mort », comme le rappelle l’APDHA.

Des mots et des chiffres
On parle parfois de « migrations », parfois de « flux migratoires ». Et puis on remplace bien trop souvent ces expressions par l’expression « arrivées massives de migrants ». La droite et l’extrême-droite parlent d’ « invasion », de « clandestins », d’« illégaux », de « fraudeurs » ou de « profiteurs » : ces qualificateurs péjoratifs justifient des mesures contre eux. L’accent est mis sur le passage de la frontière, vu comme une faute. Par mer ou par terre, ce moment est extrêmement dangereux pour les personnes qui le subissent. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) souligne que durant le premier semestre 2014, 216.300 personnes ont sollicité la protection de l’Union européenne, soit 24% de plus qu’au premier semestre 2013. A ce rythme, on peut s’attendre à atteindre les 700.000 demandes d’asile dans les quarante-quatre pays industrialisés d’ici à la fin de l’année. Une autre réalité : en moins d’un an, plus de trois milles personnes sont décédées en mer. Et il s’agit là uniquement d’un recensement macabre puisque les appels des familles des « harragas » à la recherche de leurs enfants partis de leurs pays laissent à penser qu’ils seraient davantage, comme le confirme le dernier rapport de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) : les chemins terrestres pour arriver en Europe, par le Sinaï, le Sahara, les frontières de Lybie, d’Algérie et du Maroc, forment des pièges mortels. Parmi ces exilés, les Syriens sont désormais les plus nombreux, suivis des Iraquiens, des Afghans et des Erythréens.

La Syrie : une situation emblématique
Depuis le début du conflit en 2011, les Etats membres n’ont accueilli que 4% des 3,2 millions de réfugiés syriens, pour la plupart installés dans les pays limitrophes de la Syrie. C’est seulement à la mi-août 2014 que dix-sept Etats européens se sont engagés à recevoir 26.300 Syriens supplémentaires. Le Conseil européen avait pourtant souligné dès le mois de décembre 2013 l’importance de ce programme de réinstallation adopté par l’Union européenne.
Or, le nouveau système d’asile est mis à l’épreuve par cette affluence de demandeurs. Il présente en effet certaines brèches dans lesquelles les Etats peuvent s’engouffrer au moment de transposer le droit européen à leur législation nationale. Et le risque est alors que les droits des demandeurs ne soient pas respectés. Par exemple, bien qu’elle soutienne depuis trois ans le Bureau Européen d’Appui pour l’asile (EASO), la Grèce ne garantit pas de dignes conditions d’accueil des exilés. D’après des témoignages d’ONG, la Grèce renvoie encore illégalement des migrants dans leurs pays d’origine. La Bulgarie également. Ou encore, récemment à Chypre, des Syriens ont refusé de débarquer car ils savaient qu’ils allaient être maltraités et qu’ils ne pourraient obtenir le statut de réfugié. En Espagne, des ONG et des parlementaires européens dénoncent le fait que les migrants ne puissent pas solliciter la protection internationale quand ils arrivent à Ceuta et Melilla – enclaves qui ne sont pas n’appartenant pas à l’espace Schengen-. Alors qu’on mentionne moins ce pays que ceux du sud de l’UE, l’Espagne détient en réalité le record de refus d’entrée : 61% des 317.340 demandeuses s’y sont vues refuser l’entrée à l’Union européenne en 2013.

Trafics et politiques de sécurité européenne
Les trafiquants qui ont été dénoncés lors du récent drame le long des côtes italiennes doivent être poursuivis et condamnés. Mais ils ne sont pas les seuls responsables de ces massacres en masse : les trafics n’existent qu’en réponse à la politique de sécurité européenne qui profite à ceux qui abusent de la misère des autres. Paradoxalement, ceux qui condamnent ces trafics et réclament plus de sécurité, plus de contrôle des procédures et des visas, semblent ignorer qu’à chaque nouvel obstacle ajouté sur la route de l’exil, les tarifs du voyage ainsi que les risques augmentent pour les migrants qui n’ont pourtant pas d’autre solution. Pour beaucoup d’entre eux, les dangers d’une traversée maritime constituent la seule alternative à une vie de violences ou à la mort, dans les pays en conflit.
La question centrale n’est donc pas de développer une politique européenne d’asile et d’immigration. Officiellement, elle n’existe pas. Mais pour les défenseurs des Droits de l’Homme, cette « politique » est inacceptable parce qu’elle laisse à chaque Etat des marges d’interprétation et la possibilité d’applications législatives toujours plus restrictives et punitives.

De « Mare Nostrum » à « Triton »
Les 10 et 11 novembre 2014, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) organisait sa conférence annuelle à Rome. Certains représentants de Frontex ont souligné que oui, il existe bien un principe de non-refoulement et de sauvetage des personnes, mais que leur unique mission est de garantir l’inviolabilité des frontières. « Triton » n’a rien à voir avec les droits fondamentaux. Le futur logique de la politique d’immigration, telle qu’elle est définie, se fera selon trois axes pour empêcher le plus possible l’arrivée de migrants : éviter leur arrivée aux zones maritimes ou terrestres sous contrôle européen ; restreindre les demandes d’accueil et d’asile ; construire de plus en plus de centres de détention. Durant cette rencontre, des membres du HCR et de l’OIM, ainsi que des représentants d’associations se sont indignés contre ces méthodes. Parmi eux, l’AEDH a mis en évidence le lien entre le principe de non-refoulement et le sauvetage et a dénoncé le fait que dans la pratique, la protection des frontières signifient l’emprisonnement des migrants.

L’Union européenne « gère-t-elle » vraiment les « flux migratoires » ?
Le 10 octobre 2014, le Conseil Justice et d’Affaires Intérieures (JAI) du Conseil de l’Union européenne a adopté des conclusions intitulées « Prendre des mesures en vue de mieux gérer les flux migratoires » qui se fondent sur trois piliers :
1. la coopération avec les pays tiers, c’est-à-dire le travail en collaboration et le renforcement d’actions destinées à lutter contre le trafic de migrants, l’amélioration des capacités des pays tiers pour la gestion des frontières, la participation volontaire des Etats membres en matière de politique du retour mais également de réinstallation ;
2. le renforcement du contrôle des frontières externes et de Frontex, particulièrement en ce qui concerne le budget de Frontex qui connaît une augmentation régulière et la mise en route rapide de l’opération conjointe Triton, en coordination avec les mesures prises par les autorités italiennes (avec l’objectif de mettre fin à l’opération Mare Nostrum) ;
3. le relevé systématique des empreintes digitales par les Etats membres pour éviter que ne s’applique le règlement EURODAC relatif au transfert des migrants en situation irrégulière d’un Etat membre à un autre.
Nous remarquons une fois de plus que l’accent est mis sur la sécurité plus que sur les droits des migrants. Nous déplorons que même s’il est fait mention de la possibilité pour l’opérateur de Frontex d’ « examiner les personnes vulnérables ou ayant besoin d’une aide sanitaire pour des besoins basiques lors du débarquement », les conclusions du Conseil ne prévoient pas d’authentique opération de sauvetage pour remplacer l’opération Mare Nostrum, ni même la possibilité de satisfaire les besoins des personnes vulnérables avant de débarquer. Et même si la volonté de favoriser la réinstallation dans les Etas membres paraît être un point positif, la participation des Etats membres dans ce domaine reste cantonnée à une action volontaire et, dans les faits, très limitée.

La politique de l’Union européenne est-elle réellement nouvelle ?
Dans une communication du 4 mars 2015, la Commission européenne dit vouloir intensifier les efforts déployés par l’UE, améliorer tous les instruments existants et promouvoir une meilleure coopération dans le domaine de la gestion des flux migratoires provenant des pays tiers. On constate que la sécurité continue d’être l’objectif principal au détriment des droits des personnes. Quatre principes ont été fixés :
 Le développement « cohérent » à la fois du régime du droit d’asile et de la réflexion sur les « causes profondes de l’immigration ». Celle-ci devrait « faire partie intégrante de la conception des stratégies de développement » ;
 La création d’une « nouvelle politique européenne en matière d’immigration légale », pour attirer les « talents nécessaires pour renforcer la compétitivité européenne au niveau mondial ». Cela implique une « révision de la directive sur la carte bleue européenne », afin d’atteindre une « vision plus horizontale de la politique en matière d’immigration légale » ;
 L’intensification de la « lutte contre l’immigration illégale et l’exploitation d’êtres humains », en privilégiant des actions dans les pays et les « itinéraires prioritaires », en développant les « accords de réadmission » et la coopération au sujet des « processus de Rabat, Khartoum ou Budapest » ;
 La sécurisation des frontières extérieures, « dans le plein respect des droits fondamentaux ». Le contrôle de ces frontières a « une importance fondamentale pour tous », le rôle le plus important étant attribué à Frontex (en termes de budget, de moyens, de personnel) pour « répondre au mieux à l’évolution des situations auxquelles l’Union Européenne est confrontée ». Ceci implique également de développer « davantage les échanges entre les ressources des Etats membres », y compris pour la mobilisation des « équipes européennes de garde-frontières ».
Finalement, les nouveautés n’existent qu’à un niveau sécuritaire. Une fois de plus, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt.

Combien de milliers de morts en Mer Méditerranée ? 

Protégé par les frontières étroitement surveillées par Frontex, par le mur érigé entre la Grèce et la Turquie, par les barrières de Ceuta et Melilla, il est clair qu’au Nord de la « frontera sur », chacun pleure les milliers d’exilés qui ont perdu la vie sur les côtés de Lampedusa, de la Lybie ou du Maroc.
La compassion et la solidarité continueront, comme toujours, de s’exprimer devant les caméras. Mais quelque temps après, tandis que les larmes d’un jour appartiennent déjà au passé, le rejet des demandes d’asile, la répression, la détention, l’insuffisance de l’aide, les renvois immédiats, s’imposent de nouveau autour des frontières.
Il est inacceptable qu’année après année, à cause d’une terreur fantasmagorique de se voir un jour envahir par une “foule” d’exilés, les leaders européens maintiennent la même politique de renforcement des mesures de sécurité dans le périmètre de l’Eldorado formé par les vingt-huit Etats membres : barrières, murs, déploiement de patrouilles maritimes ou aériennes, drones pour surveiller les eaux internationales…
Mais ces drames ne concernent pas les pays pris individuellement. Ce n’est pas le problème de Malte, de la Grèce, de l’Italie ou de l’Espagne. C’est un sujet pour l’ensemble de l’Union européenne. C’est à elle que revient –en plus des pays pris individuellement- la responsabilité de la mort de milliers d’être humains sur ses côtes et frontières.
Pour répondre à la nécessité de sauver ces vies et dans le même temps tenir compte de l’inévitabilité des migrations internationales, phénomène historique, les gouvernements et les institutions européennes doivent impérativement changer de paradigme.
Dominique Guibert, président de l’Association européenne de défense des droits de l’Homme (AEDH)
Source : BELLACIO