vendredi 27 mars 2015

YEMEN : Les USA et les Saoud au secours de Daech et Al Qaeda ……les Saoud ont décidé de lancer leurs bombardiers contre la résistance anti-Daech.



Dans le monde arabe et musulman, rien de nouveau. On se bat entre Arabes et musulmans au plus grand bonheur de leurs ennemis américains et israéliens. Les USA et les Saoud sont à l’offensive dans tous les pays qui leur résistent principalement en Syrie, en Irak et au Yémen.
En Syrie, les forces saoudiennes attaquent sur 2 fronts : le Nord et le Sud.
Au Nord, la ville loyaliste et majoritairement sunnite d’Idlib est encerclée par des milices liées à Al Qaeda. Ces milices utilisent des armes américaines notamment des missiles TOW pour venir à bout de la résistance de l’armée syrienne et des forces populaires qui défendent leur ville et leurs terres. L’un des commandants Al Qaeda de l’opération d’Idleb est un cheikh saoudien dénommé Abdallah al Mouhaisni.
Au Sud, c’est la ville antique de Bosra al Cham au cœur de laquelle trône un amphithéâtre romain, qui vient de tomber aux mains d’une coalition de groupes djihadistes pilotés par le Front al Nosra, filière d’Al Qaeda en Syrie.
Alors que le commandement US se gargarise de discours antiterroristes, aucun avion de l’Axe US/UE/CCG (*) n’a été aperçu dans le ciel syrien au-dessus d’Idleb ou de Bosra al Cham.
Comme le révèle la dépêche Reuters du 23 mars dernier signée Tom Perry, les armées occidentales ont même intensifié leurs livraisons d’armes à Al Qaeda sur le Front Sud. C’est par la frontière jordano-syrienne que ces armes, pour la plupart offertes par l’Arabie saoudite, le plus grand importateurs d’armes au monde, parviennent à la coalition anti-Assad du Front Sud. Israël n’est pas en reste puisque des sources officielles reconnaissent désormais fournir de l’aide aux forces anti-Assad dont Al Qaeda dans le Mont Bental sur le plateau du Golan (Yaroslav Trofimov, Wall Street Journal, 12 mars 2015).
Ainsi donc, nos belles âmes occidentales éprises d’art et de raffinement, celles-là même qui se lamentent des destructions des musées et du patrimoine de l’Orient par les djihadistes de Daech ont offert à al Qaeda, Bosra al Cham, une ville antique classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
En Irak, les USA sentent qu’ils perdent pied dans la résistance contre Daech. Forces kurdes, chiites et sunnites appuyées par le voisin et allié iranien ont réussi à former une alliance antiterroriste qui porte ses fruits.
Plusieurs villes et villages des provinces de Salaheddine et Anbar ont ainsi pu être libérés de la présence terroriste. Craignant cette unité supra-ethnique et supra-confessionnelle, l’aviation US a bombardé cette nuit les positions de Daech dans la ville de Tikrit par crainte de perdre pied dans ce pays devenu allié de l’Iran.
Cette intervention US à Tikrit a été conspuée par les milices chiites qui rejettent toute forme d’alliance avec Washington.
Certains miliciens liés à l’Armée du Mahdi de Moqtada Sadr et aux Brigades du Hezbollah irakien ont même décidé de se retirer des combats.
Sur le front de Tikrit, il y a donc non pas assistance comme le laissent entendre de nombreux analystes mainstream mais concurrence entre l’Iran et les USA, un peu comme celle qui exista entre l’Armée soviétique et les troupes du général Patton face à l’Empire hitlérien.
Par hostilité atavique envers l’Iran, les Saoud ont longtemps encouragé Daech. Aujourd’hui, la dynastie wahhabite cultive l’attentisme avec une crainte grandissante face au prestige accumulé par Téhéran parmi les populations de Syrie et d’Irak vivant sous le joug de Daech.
C’est finalement au Yémen, leur arrière-cour, que les Saoud ont décidé de lancer leurs bombardiers contre la résistance anti-Daech.
Naguère terrain d’affrontement entre marxistes et panarabes d’une part et forces réactionnaires pro-Saoud d’autre part, le Yémen est aujourd’hui le théâtre d’une guerre entre les milices houthistes d’inspiration chiite d’une part.
Ces derniers jours, les milices houthistes d’Ansar Allah ont mené une avancée spectaculaire vers Aden, la grande ville du Sud du Yémen où s’est refugié le président déchu et agent soudien Abd Rabbo Mansour Hadi.
Contrairement à ce qu’affirment les médias occidentaux, les milices houthistes ne mènent pas une politique confessionnaliste mais remplissent une mission patriotique.
Malgré leur identité confessionnelle, ils cultivent une vision panislamique et panarabe, gagnant ainsi de la sympathie d’une large frange de l’armée nationale yéménite, y compris de la Garde républicaine et de nombreuses tribus sunnites, ce qui explique leur incroyable progression.
Alors que Daech a massacré près de 200 chiites dans une quadruple attaque kamikaze visant les mosquées vendredi dernier, alors qu’Al Qaeda dans la Péninsule arabique (AQPA) massacre à tour de bras, cette nuit, le régime wahhabite a lancé une opération militaire aérienne contre les forces rebelles du Yémen.
Ce n’est pas le ministre saoudien de la défense, le prince Mohammed Bin Salman ou le Roi d’Arabie saoudite Salman Ben Abdel Aziz qui a annoncé l’entrée en guerre de son pays contre la souveraineté du Yémen mais l’ambassadeur saoudien à Washington. Le scénario est digne d’un film arabe de série B.
Pour l’heure, les médias arabes, notamment Al Mayadeen, parlent d’une vingtaine de civils yéménites massacrés par les bombardements saoudiens.
Du temps du héros tiers-mondiste égyptien Jamal Abdel Nasser, le régime collabo et décadent des Saoud combattait les forces de gauche arabes (marxistes, nationalistes, panarabes) avec l’appui US.
Après avoir détruit les derniers vestiges du socialisme arabe, les Saoud s’en prennent à présent aux seules forces de résistance panarabes encore debout, du Hezbollah libanais à Ansar Allah yéménite en passant par le Baas syrien.
Dans un article alarmiste paru dans le Washington Post le 23 novembre 2012, la secrétaire d’Etat US de l’ère Bush Condoleezza Rice qualifiait l’Iran de « Karl Marx d’aujourd’hui ».
Si l’Iran équivaut à Marx comme l’affirme la fauconne de l’impérialisme US, le régime des Saoud, lui, incarne depuis sa création en 1744 la contre-révolution et la tyrannie d’Adolphe Tiers, le fossoyeur de la Commune de Paris.
Bahar Kimyongür
Source : INVESTIG’ACTION

France : Le FN est un parti du capital tel que l’UMP ou le PS ! Les partis du capital font alors monter le FN pour que les travailleurs de France votent pour la droite ou la gauche.



Mais qu’est-ce que le Front National ?
L’UMP et le PS sont des partis du capital et ont une politique subordonnée à la celle des multinationales. La France est une dictature du capital et la forme politique de la dictature est un pouvoir par alternance droite/gauche ; c’est-à-dire que les deux grands partis du capital, l’UMP et le PS se partagent le pouvoir. En effet, dans les deux cas, c’est la politique du profit maximum des multinationales et la conservation du mode de production capitaliste qui est leur objectif essentiel.
Les difficultés des travailleurs s’accroissent toujours plus : le logement, la santé, les emplois, l’éducation, la précarité, l’incertitude sur l’avenir de nos enfants, etc. Ces difficultés sont un terreau fertile pour les pensées révolutionnaires. Ces pensées révolutionnaires deviennent dangereuses pour le capitalisme monopoliste, c’est-à-dire l’impérialisme qui se sent alors menacé. Le capital a donc besoin d’une tactique pour conserver son mode de production capitaliste.
Le mode de production capitaliste n’est pas la seule réalité objective possible et qu’est-ce qui se passera quand les masses en prendront conscience ?
C’est alors que les partis du capital (UMP et PS) mettent en avant le FN qui est alors leur outil de conservation de leur pouvoir ; l’objectif est clair...la conservation de la dictature du capital. Avec l’aide de leurs médias corrompu, les partis du capital pointent du doigt la « montée du FN » en disant : « Attention chers compatriotes, ne votez pas pour le FN et votez pour la droite ou la gauche, c’est toujours mieux que le FN ! ». Les partis du capital font alors monter le FN pour que les travailleurs de France votent pour la droite ou la gauche.
On se souvient en 2002, lors des élections présidentielles, quand le FN accéda au second tour. Beaucoup d’électeur ne voulait ni de Chirac, ni de Le Pen à L’Elysée et un « front républicain anti-FN » avait été créé afin de faire voter les gens pour le « moindre mal ».
C’est ainsi que chez les jeunes des slogans s’articulaient comme par exemple : « Votons pour l’escroc et pas pour le facho ! ». C’est exactement ce que les partis du capital (UMP et PS) veulent atteindre, ils veulent un « front républicain » qui ferait alors voter tout le monde, même à contre cœur, pour les deux grand partis du capital. Ils peuvent compter sur une réserve de suffrage qu’est l’abstentionnisme et qui partiront voter pour un front républicain si le FN basculait au second tour de l’élection présidentielle. Même s’ils votaient à contre cœur, l’UMP ou le PS serait alors sous la légitimité du suffrage exprimé.

Le FN accuse : les immigrés et l’UE
Sur les immigrés :
Les multinationales ont réalisé, en 2013, un profit s’élevant à 80 milliards d’euros, dont 42 milliards ont été reversés aux actionnaires. Les 500 familles les plus riches de France ont vu leurs revenus s’élever de 15% en 2014, atteignant ainsi le chiffre effrayant de 390 milliards d’euros !
Le salaire de Bernard Arnault, le patron de LVMH, est égal à plus de 300 années de salaire de smicard ! Et ce n’est pas le seul évidemment.
Est-ce que ce sont les familles immigrés et pauvres qui doivent faire soigner leurs enfants qui coutent le plus cher ? Évidemment non.
L’objectif du FN est pourtant clair : il a besoin d’un bouc émissaire pour déresponsabiliser le capital.
Concernant la question de l’UE : Le FN voudrait alors déresponsabiliser le capitalisme national en créant des illusions sur un alter capitalisme.....plutôt notre capitalisme que le leur !
La question de la sortie de l’UE doit être subordonnée aux conditions qui assureraient à la lutte anticapitaliste sa victoire pour le socialisme. Que cela soit le capitalisme de l’UE ou le capitalisme national, le système serait toujours conditionné par l’exploitation d’une classe sur une autre.
Le FN a compris que les travailleurs sont orphelins d’un véritable parti révolutionnaire communiste ; il veut alors rallier à lui les couches populaires, mais aussi la jeunesse exploitée et populaire afin de la subordonnée au capital et empêcher de ce fait le développement des pensées révolutionnaires. Le FN peut alors compter sur des éléments comme « la réconciliation nationale », le parti d’Alain Soral ; ce mouvement a pour objectif d’appuyer la politique du FN de l’extérieur, afin de rallier les couches populaires aux idées d’extrême droite. Ils sont aidés dans leur processus par des conditions historiques où le PCF a perdu de son influence dans les masses et qu’il n’y a pas de parti véritablement révolutionnaire.

Le FN est un parti du capital tel que l’UMP ou le PS !
La véritable cause de tous les problèmes en France provient de la dictature du capital qui lance son rouleau compresseur sur les travailleurs précaires, les lycéens, les étudiants, les chômeurs, etc., tous ces travailleurs qui sont seuls dans la vie et qui n’ont que pour horizon social un avenir incertain.
Les masses en France doivent comprendre qu’il lui faut se battre contre la dictature du capital. Qu’il lui faut briser les partis du capital que sont le PS, l’UMP et le FN.
En avant dans la lutte de classe armée de notre guide idéologique, le Marxisme-léninisme, selon les classiques Marx et Engels.
A bas le Front National !
Source : Le Grand Soir

jeudi 26 mars 2015

France : Après le premier tour des élections départementales. …Seule la présence d’un parti ouvrier peut faire des élections un moyen, non pas de changer la société, mais de s’exprimer, de se retrouver et de renforcer le camp des exploités face à celui de leurs exploiteurs.



Ils sont tous contents, les grands partis ! L’UMP et ses acolytes de la droite, parce qu’ils arrivent largement en tête de ce premier tour des élections départementales. Le Front national, parce qu’il s’installe comme l’un des trois grands partis du pays en décrochant des positions de notables et en se rapprochant de la mangeoire. Et même le Parti socialiste !
Ce dernier se sait tellement vomi par son propre électorat, après trois ans de gouvernement, qu’il s’attendait au pire. Même s’il paiera au second tour les conséquences de son recul électoral, avec 20 % le Parti socialiste sauve la face.
Les urnes ne sont même pas encore rangées que le PS appelle à voter au deuxième tour pour les candidats de la droite qu’il appelle « républicains », lorsque ses propres candidats ont été écartés ou ne sont pas en position de gagner.
Toute honte bue, le PS souligne une fois de plus qu’il n’y a aucune différence entre sa politique et celle de la droite, ce dont l’électorat populaire a amplement l’occasion de se rendre compte.
Ils sont tous contents, les grands partis, mais l’électorat populaire n’a aucune raison de l’être.
Hollande n’a pas du tout l’intention, malgré cette sanction électorale, de changer de politique. Il continuera à exécuter servilement les quatre volontés de la grande bourgeoisie et des banquiers. Il poursuivra cette politique qui, pour consacrer toujours plus d’argent à ceux qui en ont déjà beaucoup, vide les poches de ceux qui travaillent, de ceux qui font vivre le pays, jusques et y compris les plus démunis.
Si les élections départementales n’ont pas la possibilité de changer les équipes qui gouvernent le pays, elles servent aux partis de tremplin pour les élections nationales et surtout pour l’élection présidentielle de 2017. Mais on sait que ceux qui auront une chance de l’emporter face à Hollande ne valent pas mieux que lui.
En ce qui concerne le revenant Sarkozy, le monde du travail a eu le temps de vérifier et de revérifier qu’il était violemment anti ouvrier. Quant au FN, il n’y a pas besoin de le voir à l’œuvre pour comprendre qu’en plus d’être réactionnaire, il veut dresser les travailleurs les uns contre les autres, ceux en activité contre les chômeurs accusés d’être des assistés, les Français contre les étrangers.
Le mouvement ouvrier, au temps où il était communiste et révolutionnaire, défendait l’idée que le seul droit que la bourgeoisie consent aux opprimés dans le cadre de sa démocratie et des élections est d’élire celui qui les opprimera pendant la période à venir.
La principale et pour ainsi dire la seule utilité des élections a toujours été, pour le mouvement ouvrier, de lui donner la possibilité de s’exprimer, de lui permettre de défendre les exigences et les perspectives de la classe ouvrière devant l’ensemble de la population.
Dans les élections qui viennent d’avoir lieu, il n’y avait même pas cette possibilité à l’échelle du pays. Seuls les grands partis ont été présents dans la majorité des cantons. Et ils ont en commun de représenter les intérêts de la grande bourgeoisie, de l’argent et de ceux qui en possèdent.
Les jeux sont faits d’avance : face, les classes populaires perdent ; pile, la bourgeoisie gagne !
Alors, les élections se succèdent et se répètent. Et l’électorat populaire, tel un écureuil, en est réduit à faire tourner la roue dans laquelle il est enfermé. Ceux qui nous exploitent voudraient bien que cela soit éternellement ainsi.
Mais la crise, le chômage, l’aggravation de l’exploitation finiront par faire surgir parmi les exploités des femmes, des hommes, des jeunes qui n’accepteront plus cette situation et qui se donneront pour objectif de créer une force politique qui soit la leur, qui s’oppose clairement à la grande bourgeoisie possédante, avec pour perspective ultime de renverser sa domination sur la société.
Ce futur parti renouera fièrement avec les traditions du mouvement ouvrier, avec la volonté de mener la lutte de la classe ouvrière contre la bourgeoisie, dont la constante préoccupation est de s’enrichir malgré la misère qui monte.
Les élections resteront des péripéties sans importance et sans intérêt pour l’avenir des exploités tant qu’il n’existera pas de parti capable d’intervenir au nom des intérêts des travailleurs.
Seule la présence d’un parti ouvrier peut faire des élections un moyen, non pas de changer la société, mais de s’exprimer, de se retrouver et de renforcer le camp des exploités face à celui de leurs exploiteurs.
Éditorial des bulletins d’entreprise du 23
Source : Lutte Ouvrière

Syrie : il est grand temps que l’Occident reconnaisse ses torts… Après trois ans de guerre et près de 200.000 morts, elle est devenue sanctuaire du djihadisme mondial.



Les Occidentaux ne semblent toujours pas avoir tiré des conclusions des échecs en Afghanistan, en Libye, en Syrie, en Irak, au Liban, au Pakistan ou ailleurs, de cet abîme stratégique dans lequel ils se sont aveuglement jetés sous la houlette des USA après les attentats du 11 septembre 2001.
Aussi curieux que cela puisse paraître, il est impossible de trouver une réponse à la question « que faire? » en ignorant « qui est coupable? ». Les Occidentaux ne semblent toujours pas avoir tiré des conclusions des échecs en Afghanistan, en Libye, en Syrie, en Irak, au Liban, au Pakistan ou ailleurs, de cet abîme stratégique dans lequel ils se sont aveuglement jetés sous la houlette des Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.
Aujourd'hui, c'est la Syrie qui est à l'ordre du jour. Après trois ans de guerre et près de 200.000 morts, elle est devenue sanctuaire du djihadisme mondial. Comment l'Occident a-t-il pu se tromper à ce point? — Avons-nous demandé à Frédéric Pichon, arabisant et chercheur associé à l'université de Tours, auteur du livre « Syrie: Pourquoi l'Occident s'est trompé ».
« Il y a trois principales erreurs de l'Occident, précise-t-il.
La première — c'est d'avoir totalement sous-estimé les capacités de résistance, de résilience du gouvernement syrien qui jouissait du soutien des minorités certes, dont les alaouites, communauté à laquelle appartient le président Bachar el-Assad, mais au-delà d'une bonne partie de la population sunnite ce qui, d'ailleurs, explique qu'aujourd'hui encore de 60 à 70 pour cent de la population syrienne est contrôlée par le gouvernement.
La deuxième erreur, selon moi, concerne le cadre international. Nous n'avons pas compris que nous n'étions plus dans les années 90 et que l'Occident ne pouvait plus intervenir à sa guise, selon ses propres critères, au nom du droit d'ingérence et que, notamment, il y avait des contre-pouvoirs dans les relations internationale avec la Russie, en particulier. Je crois que l'affaire libyenne où la Russie s'était abstenue avait donné son accord pour une intervention des Nations Unies. Cette affaire libyenne qui a tourné en changement de régime, ce qui n'était absolument pas prévu, c'est-à-dire une violation flagrante du droit international, a convaincu la Russie que, décidément, on ne pouvait pas faire confiance à l'Occident et donc elle s'est arqueboutée sur la question syrienne pour, essentiellement, des questions de principe.
La troisième erreur — c'est de nous avoir vendus, à nous, opinion publique occidentale, la fiction d'une révolution démocratique qui venait conforter nos propres fantasmes alors qu'en même temps, on comptait sur les puissances comme l'Arabie Saoudite et la Qatar pour faire progresser la démocratie en Syrie, ce qui est quand-même un pari perdu d'avance.
Beaucoup de nos élites, surtout en Europe et en particulier en France, n'ont pas compris que le monde avait changé, qu'il était devenu multipolaire et que, par conséquent, le recours à l'émotion, aux valeurs et aux droits de l'homme ne faisait pas une politique étrangère.
Dans mon livre, je m'en prends surtout à la politique de la France. Pourquoi s'est-on trompé? Cela tient à la médiocrité du personnel politique et même du personnel diplomatique qui, depuis une dizaine d'années, n'est plus ce personnel traditionnel que nous avions connu, que les pays du monde connaissaient, des diplomates français chevronnés capables de dialoguer, de faire jouer à la France ce rôle qu'elle a toujours joué, c'est-à-dire un rôle de grande puissance moyenne, capable de parler avec tout le monde. Et là, c'était inverse, je crois qu'on s'est mis à faire une diplomatie de cow-boy et je reprendrai l'expression grecque d'hybris (« démesure ») par rapport à notre rôle réel. »
Le géo politologue belge Luc Michel a poussé son analyse plus loin. Selon lui, Washington « a voulu, planifié et organisé la déstabilisation de la Syrie ». Ces propos que certains jugeraient de « théories de complot » ne sont pas infondés. Lors d'une interview à Vice News, le président américain Barack Obama a annoncé que l'essor du Daesh pouvait être directement lié à l'incursion des Etats-Unis en Irak sous l'administration de George Bush: « Deux choses: l'une c'est que Daesh est une excroissance directe d'Al-Qaïda en Irak qui a émergé de notre invasion. C'est un exemple de conséquences inattendues. C'est pourquoi nous devons viser avant de tirer». Quant à notre expert réputé Frédéric Pichon, bien qu'il « ne soit pas a priori très convaincu par les idées de complot », il reconnaît « qu'il y a des tas de gens qui avaient intérêt à ce que cela finisse comme cela, notamment, parce que derrière la Syrie, il y a aussi l'Iran, une puissance qui se profile, et que certains avaient intérêt à vouloir ligoter. »
« Le bilan est catastrophique, conclut Frédéric Pichon. Ce que j'ai envie de dire, c'est une expression un peu triviale mais « tout ça pour ça ». C'est-à-dire, qu'au bout de quatre ans et 200.000 morts, on commence à se rendre compte qu'il aurait fallu écouter les Russes dès le début, il aurait fallu intégrer l'Iran dans les négociations, il aurait fallu une transition politique, il aurait fallu, ce que vient de dire John Kerry, négocier avec Bachar Al-Assad. Il y a vraiment un sentiment de gâchis. La Syrie est retournée 40 ans en arrière du point de vue de son infrastructure, du point de vue de son PIB.
En ce qui concerne l'Etat islamique, on se retrouve avec un monstre enfanté par les calculs cyniques des puissances régionales, que ce soit l'Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie. Tant qu'on ne sera pas capable de mettre la pression sur ces pays pour régler le problème du financement et de la circulation des combattants, on ne pourra pas résoudre le problème de l'Etat islamique par des bombardements. »