L’idéologie
démocratique bourgeoise a détourné la colère ouvrière vers la défense de la
dictature démocratique capitaliste, lors du « Printemps arabe » par
exemple. Il se joue en ce moment un combat idéologique extrêmement important
aux conséquences historiques.
L’utilisation
de ces « arguments philosophico-politiques » est très répandue, surtout lorsque
la censure, le ’black-out’ des luttes grévistes, et la déformation des
informations ne réussissent plus à mystifier les ouvriers.
La
classe ouvrière opposée à la pseudo démocratie
L’utilisation
de ces « arguments philosophico-politiques » est très répandue, surtout lorsque
la censure, le ’black-out’ des luttes grévistes, et la déformation des
informations ne réussissent plus à mystifier les ouvriers. « La défense de la
démocratie » comme l’écrit Lénine, c’est-à-dire l’idéologie démocratique
bourgeoise, accompagne les attaques contre les conditions de vie du prolétariat
international et vise à l’enchaîner derrière le convoi des États-nations
capitalistes. Dans un premier temps, la bourgeoisie a réussi à étouffer les
luttes de résistance grévistes, et maintenant elle cherche à nous entraîner
dans des guerres impérialistes. Aujourd’hui, ces « arguments
philosophico-politiques » se concrétisent au travers des campagnes
antiterroristes (Al Quaida et EIL) et sur les « dangers » de la montée des
partis d’extrêmes droites que la bourgeoisie stipendie.
L’utilisation
des exactions et des menaces terroristes ne sert pas uniquement à fournir des
prétextes pour renforcer la surveillance et la mise en place de lois
répressives anti-ouvrières. Ces montages médiatiques à propos des menaces
terroristes justifient et crédibilisent aux yeux de la population les mesures
policières répressives, selon l’argument de la défense et de la protection du
peuple que seul l’État démocratique (sic) serait en mesure d’assurer alors même
que les actions terroristes sont directement suscitées et manipulées, voire
organisées, par les services de police de ces États pseudos démocratiques (1).
Les
activités terroristes sont le résultat des manipulations et des provocations
des services spécialisés des rivaux impérialistes qui se disputent le contrôle
des marchés et des ressources. De même, la mise en avant du danger fasciste et
de l’extrême droite – en Europe en particulier – vise à renouveler la mystique
démocratique bourgeoise de l’antifascisme ; celle-là même qui a entraîné le
prolétariat dans la Deuxième Guerre impérialiste mondiale et promue la
contre-révolution anti ouvrière (1929-1945). Non seulement on voit des partis
d’extrême droite, racistes et xénophobes, promus lors des élections européennes
(en France, en Hongrie, en Grande-Bretagne, en Belgique), mais on constate de
quelle façon la bourgeoisie grecque, conseillée et dirigée par ses consœurs de
l’Union européenne, a fait « gonfler » le groupe fasciste Aube Dorée et avec
lui le faux antagonisme démocratie bourgeoise versus dictature capitaliste au
moment même où la lutte gréviste ouvrière montante était liquidée par la gauche
bourgeoise. La mystique dichotomique « démocratie-dictature » accentue le sentiment
d’impuissance des ouvriers en obviant le véritable et fondamental antagonisme
de classes entre le capital et le travail, entre capitalistes et prolétaires.
La mystification consiste à présenter une faction de la bourgeoisie comme
démocratique et conciliatrice et une autre faction comme dictatoriale et
hystérique, imposant à la classe ouvrière de se ranger au service de la faction
pseudo démocratique pour un moindre mal. La classe ouvrière ne doit pas
soutenir la dictature démocratique bourgeoise contre la
dictature-hystérique-bourgeoise. La classe ouvrière doit mener ses propres
luttes anticapitalistes non pas pour obtenir des réformes et des avantages
éphémères mais pour résoudre les contradictions insolubles du capitalisme en le
renversant.
Néanmoins,
même si le prolétariat international reste globalement soumis à l’idéologie
démocratique bourgeoise, même si les luttes ouvrières ne sont pas conséquentes
avec les attaques reçues et ne font pas reculer le capital, même si les partis
de la gauche bourgeoise et l’industrie du syndicalisme d’affaires maintiennent
leur contrôle sur les luttes ouvrières et les sabotent, il n’en reste pas moins
qu’une fraction significative de la classe résiste aux pièges démocratiques
bourgeois. Cette résistance se manifeste au cours de grèves, de mobilisations,
par le refus de céder aux sirènes appelant à faire confiance à la démocratie
bourgeoise, à se ranger derrière l’État pseudo démocratique et à abandonner le
combat de classe. Les ouvriers sont nombreux à refuser de participer aux
élections bidon.
L’exemple
de la lutte ouvrière en Grèce et au Brésil
Ce fut le
cas en Grèce lors des mobilisations de 2008-2012, lorsque des manifestants
ouvriers tentaient d’encercler et d’envahir le Parlement afin d’interdire aux
parlementaires bourgeois d’adopter des mesures d’austérité contre les ouvriers.
La milice du PC stalinien grec vint à la rescousse de l’État bourgeois malmené
car ce n’est pas l’extrême droite « Aube Doré » qui en aurait été capable . Ce
fut aussi le cas au Brésil en 2013-2014 à l’occasion de l’organisation de la
Coupe du monde de football, véritable mythe nationaliste réactionnaire. Au
moment où la classe ouvrière du Brésil était soumise à une propagande
permanente à propos de la fierté de l’organisation de la Coupe, ce dernier a
tenu à résister à ces frauduleux appels à l’unité nationale (sic) et ce fut
dans la plus grande confusion que la compétition sportive a débuté. Assistée
par l’ensemble de la bourgeoisie internationale (interventions de la Fédération
internationale de football ), la classe capitaliste impérialiste brésilienne,
dirigée par le Parti des Travailleurs (sic), a utilisé la répression violente
pour éviter le déploiement de la révolte ouvrière ; en particulier, lorsque les
travailleurs du métro de Sao Paolo se sont mis en grève à peine quelques jours
avant l’ouverture de la Coupe du monde. Cette grève aurait pu paralyser la
tenue des matchs et amorcer une grève générale dans l’ensemble du pays.
Dans
plusieurs autres pays, l’idéologie démocratique bourgeoise a détourné la colère
ouvrière vers la défense de la dictature démocratique capitaliste, lors du «
Printemps arabe » par exemple. Il se joue en ce moment un combat idéologique
extrêmement important aux conséquences historiques. La mystification
démocratique bourgeoise ne se limite pas à l’obéissance à l’État capitaliste ;
ni au respect de la démocratie politique bourgeoise formelle (élections,
parlementarisme, etc.) ; ni à nier la réalité de la lutte des classes.
L’idéologie démocratique bourgeoise individualiste et narcissique tend à imprégner
tous les instants et tous les espaces de la vie sociale au détriment de la
vision et de l’action collectives de la classe prolétarienne.
Les
médias sociaux égalitaristes, démocratiques et participatifs (sic)
L’accélération
et l’extension de la circulation du capital financier et des marchandises ; le
développement des nouveaux médias (télévision numérique, Internet et réseaux
sociaux), ont permis de relancer les valeurs individualistes et démocratiques
bourgeoises sous le slogan « un homme, une voix » selon l’utopie que chacun
avait désormais accès à une information objective, non manipulée, sans censure
et en temps réel, et le rêve que chacun pouvait désormais s’exprimer comme il
le voulait, sans entrave, grâce aux médias numériques et aux « réseaux sociaux
». Enfin, grâce aux nouvelles technologies de communication et de l’Internet la
démocratie bourgeoise, participative, citoyenne, égalitaire serait advenue !
Tout ceci n’est que fumisterie. Un milliardaire, propriétaire de 40% des
médias, aura toujours une voix et une voie prépondérante par rapport à celle
d’un ouvrier d’usine, du moins tant que ce dernier restera esseulé. Toutefois,
les communistes révolutionnaires doivent maîtriser ces médias et ces
technologies numériques afin de les utiliser au bénéfice de l’insurrection.
À tous les
niveaux de la vie sociale l’offensive idéologique bourgeoise se déchaîne.
L’idéologie démocratique bourgeoise est adaptée pour contrer le développement
des luttes de la classe ouvrière contre la bourgeoisie et son État (Front uni
antifasciste comme dans les années 1930, combat antiterroriste, défense de la
démocratie bourgeoise, etc.) Le danger de cette offensive généralisée apparaît
lorsque des groupes de la Gauche communiste se font les apologistes de
mouvements tels que les « indignés » et « Occupy » et servent de relais à la
propagande sur « l’autogestion », et sur le primat de l’expression individuelle
sur l’expression collective de classe.
Bâtir
sur le collectif, anti-individualiste, pour renforcer la lutte de la classe
ouvrière
Partir de
l’unité-individu pour en tirer des déductions sociales et échafauder des plans
de société, ou même pour nier la société, c’est partir d’un présupposé irréel
qui, même dans ses formulations les plus modernes, n’est au fond qu’une
reproduction modifiée des concepts de la révélation religieuse, de la création,
et de la vie spirituelle indépendante des faits de la vie naturelle et
organique( ...) Cette conception religieuse et idéaliste n’est modifiée qu’en
apparence dans la doctrine du libéralisme démocratique ou de l’individualisme
libertaire : l’âme en tant qu’étincelle de l’Être suprême, la souveraineté
subjective de chaque électeur, ou l’autonomie illimitée du citoyen de la
société sans lois sont autant de sophismes qui, aux yeux de la critique
marxiste, pèchent par la même puérilité, aussi résolument “matérialistes”
qu’aient pu être les premiers libéraux bourgeois et les anarchistes.’ (Le
principe démocratique, Bordiga pour le PC d’Italie, 1922).
La lutte
théorique et de propagande contre l’idéologie démocratique bourgeoise est au
centre des leçons et de l’expérience du mouvement ouvrier, de Marx à Lénine, de
celui-ci à la Gauche communiste (Italienne en particulier). Cet héritage et
cette expérience théoriques et politiques sont essentiels aux combats
historiques entre les classes antagonistes. Selon que le prolétariat restera
soumis ou non à cette idéologie, il réussira ou non à se sortir du bourbier
capitaliste et à dégager sa propre perspective révolutionnaire. Voilà pourquoi
il lui appartient de ne pas céder aux pseudo campagnes antiterroristes et de
Front populaire antifasciste ou anti-extrême-droite. Le terrorisme et le
fascisme sont sont d’abord les monstrueux enfants du capitalisme et de sa «
démocratie bourgeoise ». Pour contrer les menaces terroriste et fasciste, le
prolétariat doit combattre le capitalisme et le renverser une fois pour toutes.
Pour avoir nié ce précepte marxiste, les Fronts unis et les Fronts populaires
antifascistes des années 1930 ont mené directement à la Deuxième Guerre
mondiale. Guerre ou Révolution voilà l’alternative.
par
Robert Bibeau (son site)
(Inspiré
d’un article publié sur http://igcl.org : 9 septembre 2014)
(Le Monde.fr avec AFP , 21.07.2014)


