vendredi 21 février 2014

ALGERIE : Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont donné leur vie n'est pas le FLN actuel

Entre le FLN en tant que mouvement de libération et le FLN en tant que parti politique il y a un Océan.
 
SANCTUARISATION DU FLN DU 1er NOVEMBRE 

Pour une révolution de l'intelligence    
«Le temps des armes n'est pas celui des lois.» Plutarque
L'Algérie célèbre demain le 57e anniversaire de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Avec toujours le même scénario et rituellement on présente une révolution qui, en son temps, avait marqué l'Histoire. Souvenons-nous de l'Appel du 1er Novembre:
«A vous qui êtes appelés à nous juger, notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l'indépendance nationale dans le cadre nord-africain. (...)Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l'étiquette de Front de libération nationale, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens, de s'intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. But: l'indépendance nationale par: la restauration de l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. (...) Algérien!(...) Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne». (Appel du Premier Novembre)
 
 Qu'on se le dise! Pour avoir souffert pendant 132 ans, soit environ soit plus de 48.000 jours de malheur, de sang et de larmes que nous gardons encore dans notre ADN et qui expliquent dans une large mesure notre errance actuelle, l'Algérien de ce temps, jeune plein d'idéal, élevé à la dure ou même jeune lettré décida que c'en était trop. Dans un environnement avec une chape de plomb qui paraissait durer mille ans, une vingtaine de patriotes décidèrent du déclenchement de la révolution. Ce fut l'épopée que l'on racontera encore dans cent ans. En effet, au bout d'un processus de près de 2800 jours de bombardements, d'exécutions sommaires, de tueries sans nom, l'envahisseur fut bouté hors du pays. Le Congrès de la Soummam fut l'acte fondateur de l'État algérien moderne et pilier déterminant qui permit la réussite de la Révolution algérienne. La stratégie adoptée par le Congrès de la Soummam dans le respect de la Déclaration du 1er Novembre 1954 s'oppose à toute forme de tutelle extérieure, notamment la mainmise du nassérisme sur la Révolution algérienne.

Le FLN a-t-il rempli sa mission historique?


N. Krim s'interroge à juste titre sur ce que fut la Révolution et sur la situation actuelle «(...) Evénement devenu épopée, la Guerre d'Algérie a fait école. (...) L'un dans l'autre, cette marginalisation de l'Histoire de la Révolution et de ses hommes a fait que la génération post-indépendance reste peu informée de la réalité de cette Révolution, de la bravoure d'hommes et de femmes qui ont révolutionné le concept même du combat libérateur. Ces hommes, ces femmes, qui sont-ils?
 
D'où viennent-ils? Qu'a-t-on fait pour les faire connaître au peuple algérien, plus particulièrement à une jeunesse sevrée de son passé, déboussolée et déstabilisée par les questions identitaires. Le «Front de libération nationale» lequel dirigea, orienta et mena à son terme la mission qu'il s'est donnée: libérer le pays, comment faire le distinguo entre le mouvement historique qui libéra l'Algérie et le parti politique d'aujourd'hui?
En son temps, le défunt président Mohamed Boudiaf affirmait que, justement, 
« la mission du FLN s'est achevée le 3 juillet 1962» au lendemain de l'indépendance de l'Algérie. (...) En réalité, beaucoup pensent tout bas, s'ils n'osent encore le dire tout haut, qu'il est grand temps de remettre ces trois lettres, symboles du patrimoine historique national, au Panthéon de l'Histoire. (...) Ce qu'il y a lieu de relever, est que les jeunes Algériens ont été éduqués pour croire, mais n'ont pas été formés pour savoir. La nuance, il n'y a pas lieu de la souligner, est énorme! Il est vrai aussi que la croyance peut être manipulée, et ce qui est véridique aujourd'hui, peut ne plus l'être demain. En revanche, le savoir est potentiellement dangereux car, celui-ci peut remettre en question ce qui est avancé aujourd'hui comme vérité. (...) Dès lors, est-il de bon sens de relever que l'Ecole algérienne - incapable d'inculquer aux enfants algériens les faits ayant contribué tout au long des années et des siècles à forger, et à asseoir la personnalité nationale algérienne - a échoué gravement dans la formation de l'Algérien de demain».
Justement, nous sommes en 2011. Trois Algériens sur quatre sont nés après l'Indépendance. Ils n'ont qu'un lointain rapport avec l'Histoire de leur pays qui, il faut bien le dire, a été mal enseignée et s'est contentée du dernier segment à savoir, la glorieuse révolution de Novembre
   
Le « FLN historique «  au musée avec les honneurs, et la patrie reconnaissante .

Sous Boumediene, le FLN devenu entre-temps parti d'avant-garde s'est mué en parti politique. Le FLN pris en otage par des personnes donne l'impression d'un spectre qui s'est démonétisé au cours du temps, Dans son dernier discours du 29 octobre, le responsable actuel du parti, devant une Coupole vide, s'est retrouvé seul face à une poignée de ses partisans. En dépit de l'ampleur de la crise que traverse le parti, Abdelaziz Belkhadem s'entête à la minimiser. Abdelaziz Belkhadem dénonce ce qu'il appelle «le complot» orienté contre le FLN. Il s'agit de l'envoi du FLN au musée de l'Histoire, tel que demandé par le secrétaire général de l'ONM, Saïd Abadou, et un groupe de députés à l'APN. «Ces appels à mettre le FLN au musée, on les a entendus après 1988. La demande a été formulée par le courant dit démocratique. Il n'a pas réussi. Aujourd'hui, la mission a été confiée à un autre parti, qui appartient au courant nationaliste», en faisant allusion au RND. Pourquoi le FLN dérange-t-il?»
   
Rassurons monsieur Belkhadem. Le FLN de la Révolution ne dérange pas, au contraire, le FLN historique, le FLN moteur de la Révolution de Novembre doit faire l'objet de toutes les attentions. Il ne doit plus constituer un fonds de commerce pour tous les professionnels de la politique qui ne savent faire rien d'autre que d'émarger au généreux râtelier de la République.
 
Ceci étant dit et à des degrés divers, tous les partis politiques prenant exemple sur le FLN post révolution, sont assistés par l’état,Honnêtement combien y-a t-il de militants sincères qui cotisent, qui prennent sur leur temps en dehors de leurs heures de travail pour militer et porter la bonne parole fruit de leur conviction et de leur amour pour le pays. En clair, quelle est la valeur ajoutée d'un militant, d'un chef de parti, d'un député outre le fait qu'ils attendent tous que l'Etat ne les oublie pas en fin de mois, qui du loyer d'un bâtiment du siège, loyer qui se chiffre pour certains, à plusieurs dizaines de millions, accaparés indûment au nom d'une capacité de nuisance réelle et d'une surface électorale supposée. Ce sont ces questions que se posent les jeunes qui sont à des années lumière du microcosme politicien marécageux, glauque. On l'aura compris, la révolution ne les inspire pas,ils ont d'autres préoccupations, d'autres ambitions, la plupart pensent à «s'évader» du pays par tous les moyens licites ou illicites.
On dit que vingt-deux députés veulent en finir avec la légitimité révolutionnaire et rompre avec l'exploitation politicienne d'un sigle, patrimoine de la nation, le Front de libération nationale en l'occurrence.
«Nous sommes à la veille de la révision de la loi sur les partis politiques et il est nécessaire de mettre à l'abri de toute utilisation partisane un patrimoine national qui est le sigle FLN. Une véritable transition démocratique, l'édification d'un Etat civil doivent intégrer le passage de la légitimité révolutionnaire à la légitimité des urnes, du suffrage universel.»
 
Le secrétaire général de l'Organisation nationale des moudjahidine lui-même se démarquant sur le tard, après avoir profité - appelant lui aussi à mettre le FLN au musée, veut participer à la curée anti-FLN dans sa version actuelle. Avant lui et avec une dignité et une propreté remarquables «L'architecte de la révolution» que fut le regretté Mohamed Boudiaf fut le premier à dire que le FLN avait rempli sa mission historique voulant dire qu'il ne devait pas être instrumentalisé. On dit aussi que le colonel Salah Boubnider «Sawt El Arab» l'a dit il y a 20 ans.

Dans une lettre prophétique qui n'a pas pris un pli et d'une rare lucidité, Ferhat Abbas le premier président du GPRA de l’Algérie combattante, parlait déjà du FLN et de son instrumentalisation. 
Nous lisons:  
«Pourquoi je ne suis pas d'accord avec le projet de Constitution établi par le Gouvernement? (...) A un mois de la fin de notre mandat, ce projet vient à peine de parvenir à l'Assemblée. Par contre, par la presse, par la radio, par les conférences, dites des cadres, par des déclarations ministérielles, on tente de l'imposer au peuple. (...) Or, le gouvernement vient de violer cette règle fondamentale. Il a soumis à de prétendus cadres d'un «parti qui, en fait, n'existe pas encore» [ souligné par nous], un projet de Constitution sans que l'Assemblée en ait été informée. Faire approuver par des militants qui n'ont reçu aucun de cet ordre un texte fondamental relevant des attributions essentielles des députés, c'est créer la confusion et violer la loi. (...) Le procédé relève de la mystification, de l'action psychologique.(...) Qui a choisi ces prétendus cadres? Selon quels critères ce choix a été fait? Pourquoi ces militants et pas d'autres? »  

Nous voyons que les procédés de co-optation au non d’une ‘acabbya mithyque des ‘ourouchia actuels et autres tribalismes  n’ont pas jailli du néant , il y a une paternité . Plus loin le président Abbas donne son avis sur ce que devrait être le FLN. Ecoutons le  
 
«Le FLN. ne doit pas être le parti d'une faction, mais celui du peuple»[souligné par nous] - de tout le peuple - de la même manière qu'il l'a été durant la lutte armée. (...) Ce retour aux divisions du passé est la négation même du FLN.»
 
 On le voit, les combines actuelles ne sont pas nouvelles! Là aussi il y a un héritage !  Ferhat Abbas décrit ce que devrait être le parti:
 
«Le Parti devant être la «Conscience» et le «Guide» de la nation, sa formation doit être entourée de toutes les garanties. (...) Nous ne sommes pas encore au stade d'un régime policier. Mais, si nous n'y prenons pas garde, nous y arriverons à brève échéance. Le FLN en n'étant que parti unique, (...) que pourrait-il être? On peut le prédire. Il sera condamné, par la nature des choses, à évoluer vers des structures fascistes.» Déjà, à l'époque, Ferhat Abbas dénonçait la vraie nature de certains responsables du parti: «Récemment, à Sétif, un responsable fédéral, dont le traitement, me dit-on, est de l'ordre de 100.000 francs par mois, et qui, depuis, a été révoqué, s'était attribué un appartement luxueux, une ferme de 200 hectares et l'exploitation d'un café-restaurant. A de rares exceptions près, c'est de cette manière que se manifeste le militantisme des pionniers du «socialisme algérien».(2)
 
Le président Abbas  s’adresse enfin,  à la jeunesse, d’une façon prémonitaire avec des mots qui n’ont pas pris une ride.(...)
 
Quant à notre jeunesse, elle sera condamnée à ne plus penser. Le régime fabriquera des robots, des opportunistes et des courtisans. Assurer le pain au peuple est, certes, un objectif primordial. Lui assurer cet autre pain qu'est la liberté de pensée et d'expression est également un bien précieux. (...) Nous jouons à «pile ou face» le sort du pays. Si le chef de l'État est un homme sage, modeste et clairvoyant, nos libertés seront sauvegardées. S'il a l'étoffe d'un Batista, le pays vivra sous la terreur. (...) Depuis l'Indépendance le peuple n'a pas encore été une seule fois librement consulté. Il est temps de le faire participer à la vie publique. Il est temps qu'il retrouve son enthousiasme et sa foi».(2)
 
Le refus de l'écriture de l'Histoire, toute l'Histoire, rien que l'Histoire, nous condamne ainsi chaque année à renvoyer aux calendes grecques la «mise sur rails du pays».  Comment peut-on avancer avec un système éducatif où, là encore, on fait dans la diversion? Quel avenir pour le pays en absence de stratégie énergétique qui compromet dangereusement l'avenir des générations futures? Comment redonner la parole au peuple pour qu'il soit acteur et non spectateur de son destin? Seuls le consensus, le dialogue, la parole désarmée, l'intérêt supérieur du pays permettront de réconcilier les Algériens et mettre fin à la guerre sourde de positions entre deux visions pour l'Algérie, celle d'une Algérie satellite d'une nation arabe qui n'existe pas et celle nostalgique de Fafa, d'un art de vivre type Quartier latin.

Basta!

 Avant toute chose, il nous faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert en en définitive  donné leur vie n’est pas le FLN actuel. C’est un hold up qui perpétue le malaise de la fausse direction dénoncée par le président Abbas lors de sa lettre  de démission , ne vouait plus cautionner la gabegie du président Ben Bella . Il est temps de restituer au glorieux FLN ses lettres de noblesses en l’extrayant de son instrumentalisation actuelle.  J'en appelle en tant qu'universitaire à un sursaut. Basta de l'instrumentalisation du FLN qui doit être un marqueur indélébile de la dignité et de l'Histoire de l'Algérie, il doit être revendiqué par toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non pour une évanescente famille révolutionnaire dont on ne connaît aucune prouesse capable d'être signalée sinon celle d'émarger et d'avoir une capacité de nuisance, notamment en monopolisant les médias lourds, s'intronisant les seuls dépositaires de l'immense Révolution algérienne

Par ailleurs, il est plus que temps de sortir de l’immobilisme en croyant gagner du temps. Il est dangereux de maintenir un statut quo.  Le gouvernement qui dos au mur  manipule et flatte à l'envi les pulsions sans lendemain des jeunes en termes d'amusement, de football est en train insidieusement de montrer que la voie de la réussite sociale n'est pas dans l'effort au quotidien d'un travail bien fait, d'une endurance sur plusieurs décennies pour mériter de la patrie, elle est dans la voie des pentoses dérivée en biochimie- celle qui permet à un football d'engranger en un mois le gain d'un universitaire qui doit se réincarner plusieurs fois pour atteindre ces sommes. Où allons-nous quand des footballeurs, des entraîneurs sont la nouvelle référence de la réussite et d'où vient l'argent qui leur est donné?  
 
Pourquoi l'école de la formation des hommes ne fait plus rêver? Pourquoi a-t-elle cessé d'être un ascenseur social au point où les parents d'élèves cherchent à dispenser des entraînements à leurs enfants dès l'école plutôt que de leur chercher des cours de soutien? C'est cela l'échec du pays! Stériliser la technologie dans le pays, faire tout pour tenir soigneusement l'université à l'écart et s'en remettre aux étrangers pour vivoter au jour le jour tant que le pétrole et le gaz coulent encore, c'est cela encore l'échec du pays.

 En cette veille du déclenchement de la Révolution du 1er novembre, l'Algérie de la IIe République-que nous appelons de nos vœux,  sera celle que l'on construira toutes tendances confondues. Une seule exigence: l'amour de l'Algérie. La vraie identité des Algériens est ce droit et ce devoir de «vivre ensemble que l'on soit de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Sud». Nous sommes un petit pays qui se cherche, nous sommes un pays rentier qui n'invente rien, qui se contente de gérer une rente et en tentant de calmer la société par une distribution de biens accentuant encore plus la certitude que dans ce pays, il ne faut pas travailler pour réussir socialement, il faut faire des émeutes, vous aurez un appartement, un prêt, bref, vous pouvez arracher des avantages qu'un fonctionnaire moyen ne peut pas se permettre même s'il met sous après sous, il ne pourra jamais avoir un logement par le circuit classique. Il lui reste l'émeute et là ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre.

À bien des égards, ce qui nous arrive, est arrivé parce que nous n'avons jamais placé l'intérêt supérieur du pays au-dessus des intérêts personnels. Ce n'est, certainement pas, utopique que militer pour une vision apaisée de l'Algérie.
A quand la légitimité de la compétence, du neurone, celle capable de faire sortir l'Algérie des temps morts et du piège du roukoud multiforme? La question est posée.

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
 
Sur Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-algerie-87772913.html




samedi 15 février 2014

Les médias….Dans cette très honorable profession (en fait un 4ème pouvoir sans réel contre pouvoir), où, ne l’oublions pas, règne le népotisme, l’amalgame …..


LES MEDIAS :
« On reconnaît un régime totalitaire par le fait que les médias sont contrôlés par le pouvoir politique.
On reconnait un régime libéral par le fait que les médias sont la propriété (et donc contrôles) des pouvoirs financiers. »
Le système médiatique que je dénonce comporte deux domaines particuliers imbriqués l’un dans l’autre créant ainsi l’amalgame et la confusion.
Le domaine de l’information nécessaire et utile aux citoyens. Avec ses investigations, ses enquêtes journalistiques révélatrices et ses vérités accusatrices prouvées.
Le domaine de la communication mercantile et people le spectacle permanent de la presse de caniveaux !
Avec :
Ses annonces spectaculaires,
Ses exclusivités factices ;
Ses vérités manipulées ou occultées parfois mensongères ;
Sa "sondagite" permanente sur tout et n’importe quoi ;
Sans oublier sa vision lucrative avec l’omniprésence de publicité sans scrupules ni morale.
Il existe bien des moyens pour contrôler leur pouvoir. Pour ma part, malgré le tollé que cela ne manquera pas de provoquer, j’en vois un qui serait, me semble-t-il, facile à mettre en œuvre il s’agirait de taxer les médias audio-visuels en fonction de la durée effective de programmes et des émissions qu’ils diffusent.
LES JOURNALISTES :
Dans cette très honorable profession (en fait un 4ème pouvoir sans réel contre pouvoir), où, ne l’oublions pas, règne le népotisme, l’amalgame et "l’anglomanie" étasunienne, il y a pour moi et pour bien d’autres citoyens, deux catégories de journalistes avec de réelles différences qui ne sont jamais ou rarement différenciées et pour cause !
1. Les journalistes d’investigation et de terrain qui sont en fait de vrais journalistes, utiles et efficaces qui risquent fréquemment leur vie. Nous les respectons particulièrement.
2. Les journalistes de "salon", les plus connus, généralement les portes serviettes des pouvoirs(politiques, financiers, lobbys etc .), s’appuyant fréquemment sur leur déontologie, des commerciaux le plus souvent classes à « droite », soucieux d’abord de leurs intérêts et qui ne risquent que leur mise à l’écart avec de bonnes indemnités.
Et pour terminer, ces commentaires très révélateurs de John Swaiton, l’éditeur du New York Times, lors de son discours d’adieu :
"La presse libre n’existe pas. Vous, chers amis, le savez bien, moi je le sais aussi. Aucun de vous n’oserait donner son avis personnel ouvertement. Nous sommes les pantins qui sautent et qui dansent quand ils tirent sur les fils. Notre savoir faire, nos capacités et notre vie même leur appartiennent. Nous sommes les outils et les laquais des puissances financières derrière nous. Nous ne sommes rien d’autre que des intellectuels prostitués".
Henri SERRES


vendredi 14 février 2014

La divulgation d'un appel téléphonique au sujet de l’Ukraine dévoile le banditisme de Washington… « Fuck the EU » [que l'UE aille se faire foutre]

Le médias américains ont manifesté un manque d’intérêt remarquable pour la bande-son de l’appel téléphonique entre Victoria Nuland, haut responsable du secrétariat d’Etat en charge des affaires européennes et eurasiennes, et l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, qui a été mis en ligne sur YouTube et est devenu le sujet d'une polémique internationale depuis jeudi dernier.
La couverture médiatique qui en est faite porte essentiellement sur l’emploi de la phrase pas vraiment diplomatique « Fuck the EU » [que l'UE aille se faire foutre] en ce qui concerne l’attitude de Washington sur le rôle joué par ses partenaires dans la crise qui affecte l’Ukraine depuis près de trois mois. L’autre présentation qui est faite de l’affaire reprend loyalement la propre tentative du Département d’Etat de minimiser toute controverse en qualifiant la diffusion publique d’une conversation privée de « nouveau point bas atteint par le savoir-faire russe. »
Le gouvernement russe a vigoureusement nié les accusations américaines selon lesquelles Moscou serait responsable de la divulgation. L’accusation est en tout cas plutôt osée de la part d’un gouvernement qui a été démasqué pour espionner les conversations téléphoniques de centaines de millions de personnes aux Etats-Unis et partout dans le monde.
La véritable signification politique de la conversation téléphonique entre Nuland et Pyatt est laissée en grande partie dans l’ombre. Ce n'est pas un hasard vu que cet appel représente une révélation dévastatrice du caractère criminel et impérialiste de la politique américaine pratiquée en Ukraine et démolit les fausses prétentions « démocratiques » du gouvernement Obama.
Dans son discours sur l’état de l’Union le mois dernier, Obama avait déclaré : « En Ukraine, nous soutenons le principe que chacun a le droit de s’exprimer librement et pacifiquement, et d’avoir son mot à dire dans l’avenir de son pays. »
Ce que la bande-son montre toutefois clairement c’est que Washington emploie des méthodes de banditisme international, y compris la violence, pour faire un coup d’Etat politique visant à mettre en place un régime qui soit totalement subordonné aux intérêts géostratégiques américains. Cette opération est aussi éloignée de la démocratie que l'étaient les coups d’Etat orchestrés par les Etats-Unis dans des pays comme le Chili et l’Argentine, il y a une quarantaine d’années.
L’objectif précis des efforts des Etats-Unis est de faire passer le pouvoir politique entre les mains d’un assortiment d’oligarques ukrainiens qui sont alignés sur l’Occident et qui se sont enrichis grâce à l’appropriation privée, c'est à dire le vol, de biens publics dans le cadre de la dissolution de l’Union soviétique en 1991 par la bureaucratie stalinienne. Ce faisant, ils visent à transformer l’Ukraine en une tête de pont à la frontière même de la Russie, et dont ils veulent aussi partager le territoire et le réduire à un statut néo-colonial. Cela fait partie intégrante de leur détermination à établir l’hégémonie américaine sur tout le continent stratégique de l’Eurasie.
La conversation entre Nuland et Pyatt tourne autour des détails pratiques de ce projet. Cela consiste à attiser les sentiments anti-russes du nationalisme ukrainien et à aider les forces politiques droitières qui servent de bélier contre le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch. L’évolution du président ukrainien en faveur d’un accord avec la Russie plutôt que d’une intégration à l’Union européenne a été l’étincelle qui a mis le feu à l’actuelle campagne en vue d’un changement de régime.
Nuland met en évidence qu'en coulisses, Washington est en train de dicter lesquels des dirigeants de l’opposition – décrits comme « les trois grands » – devraient entrer au gouvernement pour le faire basculer derrière Washington et quel rôle joueraient les autres. Arseny Iatseniouk, du parti Patrie et qui fut ministre de l’Economie et des Affaires étrangères dans le gouvernement tristement célèbre porté au pouvoir par la soi-disant Révolution orange orchestrée par Washington en 2004, est caractérisé par la secrétaire d’Etat adjointe comme « le gars qui a une expérience de l'économie et l’expérience de gouverner. »
Nuland propose que les deux autres dirigeants droitiers ayant de l'influence sur les protestations contre Ianoukovitch, l’ancien boxeur Vitali Klitschko, chef de l’Alliance ukrainienne démocratique pour la réforme ou UDAR (une abréviation signifiant « coup ») et Oleg Tyagnibok, chef du parti néofasciste Svoboda, restent « sur la touche » en continuant à attiser les foules. Iatseniouk, a-t-elle ajouté, aura « besoin de leur parler quatre fois par semaine. »
L’ambassadeur et elle parlent de deux de ces personnes en les appelant « Yats » et « Klitsch », le genre de noms habituellement réservés à des caniches.
Durant sa dernière visite à Kiev, qui a coïncidé avec la divulgation de l’appel téléphonique, Nuland a rencontré et s’est affichée publiquement avec les trois dirigeants de l’opposition mentionnés dans la conversation enregistrée – « Yats », « Klitsch » et l’homme qui est en train de jouer le rôle crucial dans l’organisation des violentes manifestations sur la place Maidan, le dirigeant de Svoboda, Tyagnibok.
Tyagnibok aurait fait l’objet l’année dernière d’une interdiction d’entrée aux Etats-Unis en raison de ses discours antisémites virulents qui félicitaient ses partisans d’intimider « la mafia judéo moscovite qui dirige l’Ukraine, » et chantaient les louanges des fascistes ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale pour s’être battus contre les « youpins » russes, allemands « et autres racailles ». Ceci n’a toutefois pas stoppé Nuland.
En décembre 2013, au cours de sa visite précédente en Ukraine, Nuland, qui est la petite-fille d’immigrants juifs réfugiés en Amérique pour échapper aux pogroms de la Russie tsariste, avait donné un spectacle exceptionnellement répugnant en offrant, sur la place Maidan, des biscuits à des nervis de Svovoda qui vénèrent les meurtriers de masse des SS de Hitler.
Nuland incarne la continuité de la politique étrangère américaine allant des crimes commis par le gouvernement Bush à l’intensification de ces crimes sous Obama. Elle a occupé les fonctions de principale conseillère en politique étrangère de Dick Cheney lorsque le vice-président de l’époque était le fer de lance de la politique de guerre agressive, des restitutions et de la torture pratiquée à l’étranger ainsi que de la mise en place de l’infrastructure d’un Etat policier à l’intérieur du pays.
Son mari est Robert Kagan, expert en politique étrangère droitière qui a été le président fondateur du Projet pour le Nouveau Siècle américain (Project for a New American Century), le groupe de réflexion néoconservateur de Washington qui a joué un rôle clé dans la préparation politique et idéologique des guerres contre l’Irak et l’Afghanistan.
Aujourd'hui elle promeut une politique similaire aux frontières même de la Russie qui est dotée de l’arme nucléaire. Les tensions que ceci a engendré se reflètent dans la remarque « Fuck the EU. » Dans les efforts déployés pour la poursuite de ses intérêts géostratégiques, Washington manifeste une impatience croissante au sujet du refus de l’Allemagne, à ce stade du moins, d’entrer dans une confrontation frontale avec Moscou.
Cette fois-ci, la politique agressive de l’impérialisme américain jouit du soutien de différents éléments de pseudo-gauche qui gobent totalement les slogans démocratiques et humanitaires qui vont du charlatan postmoderne Slavoj Zizek à l’International Socialist Organization (ISO) et qui réussit à publier un long rapport sur les événements qui se produisent en Ukraine sans mentionner une seule fois les manigances de Washington.
La politique incendiaire de Washington constitue une menace de guerre civile en Ukraine et accroît le danger d’une conflagration mondiale. La classe ouvrière ukrainienne est incapable de s’extirper elle-même de cette crise, en restant sous la tutelle soit d’Ianoukobitch ou de ses adversaires droitiers qui représentent des factions rivales d’oligarques et qui sont d’accord pour détruire le niveau de vie et les droits de la population laborieuse. Les travailleurs ne trouveront une voie pour aller de l’avant qu’en construisant leur propre mouvement socialiste de masse indépendant et qui soit implacablement opposé à l’impérialisme et déterminé à unir leurs luttes à celles des travailleurs de Russie, d'Europe et du reste du monde.
(Article original paru le 10 février 2014)
Source : WSWS

jeudi 13 février 2014

L'Ukraine et les intellectuels pro-impérialistes….. l'intervention de l'UE risque de faire basculer l'Ukraine dans la guerre civile et le désastre social…


La « lettre ouverte sur le futur de l'Ukraine » publiée par un groupe d'universitaires et d'acteurs de la politique étrangère occidentaux est une basse défense des manifestations d'extrême-droite qui se poursuivent en Ukraine avec le soutien de Washington et de l'Union européenne (UE). Elle continue le vieux mensonge, répété sur près d'un quart de siècle de guerres et d'interventions impérialistes en Europe de l'Est depuis la dissolution de l'URSS en 1991, que les États-Unis et l'UE ne seraient animés que par un amour désintéressé de la démocratie et des droits de l'Homme.
Elle affirme, « le futur des ukrainiens dépend surtout des ukrainiens eux-mêmes. Ils ont défendu la démocratie et leur futur il y a 10 ans, au cours de la Révolution orange, et ils se battent pour ces valeurs aujourd'hui. Avec la montée du désenchantement des Européens face à l'idée d'une Europe commune, les gens en Ukraine se battent pour cette idée et pour la place de leur pays en Europe. Défendre l'Ukraine contre les tentations autoritaires de ses dirigeants corrompus est dans l'intérêt du monde démocratique. »
L'identité des agents locaux des puissances impérialistes démolit la prétention de cette lettre ouverte que les puissances impérialistes se battent pour la démocratie. Elles s'appuient sur un noyau de quelques milliers de voyous fascistes de l'organisation « Secteur droit » et du parti Svoboda pour faire tomber le régime ukrainien dans une série de manifestations de rue, le remplacer par un régime pro-UE hostile à Moscou, et imposer des mesures d'austérité sauvages. Washington et l'UE ne se battent pas pour la démocratie, mais organisent une contre-révolution sociale.
En novembre, le président ukrainien Viktor Yanukovitch a fait marche arrière sur ses plans d'intégrer l'Ukraine dans l'UE et d'imposer des dizaines de milliards de dollars de coupes sociales contre les travailleurs pour rembourser la dette de l'Ukraine envers les grandes banques. Craignant une explosion des manifestations de masse, il a accepté un renflouage de la part de la Russie à la place. L'opposition d'extrême-droite a redoublé d'efforts alors que des manifestations opposées anti-gouvernement et anti-opposition se multipliaient; contre le gouvernement dans la partie ukrainophone et contre l'opposition dans la partie russophone du pays.
Alors que l'intervention de l'UE risque de faire basculer l'Ukraine dans la guerre civile et le désastre social, cette lettre ouverte met la réalité à l'envers, présentant les développements en Ukraine comme une menace contre l'UE : « il n'est pas trop tard pour nous de changer les choses pour le mieux et d'empêcher l'Ukraine d'être une dictature. La passivité face au tournant autoritaire de l'Ukraine et à la réintégration du pays dans une nouvelle sphère impérialiste russe en expansion crée une menace pour l'intégrité de l'Union européenne. »
En fait, ni l'Ukraine ni la Russie n'ont menacé d'attaquer l'UE. C'est l'Ukraine – avec son réseau énergétique, ses bases militaires stratégiques, et son industrie lourde – qui devient de plus en plus intéréssante dans le cadre de la campagne agressive des impérialismes américains et européens qui veulent piller la région et viser la Russie. Tout en menaçant d'attaquer les principaux alliés de Moscou au Moyen-Orient, la Syrie et l'Iran, ces impérialismes menacent aussi le principal allié de Moscou en Europe de l'Est, l'Ukraine, d'un changement de régime ou d'une partition du pays.
La dynamique d'imposition d'une domination impérialiste sans entraves sur l'Europe de l'Est, qui a commencé après la restauration du capitalisme avec des interventions et des guerres de plus en plus intenses de l'OTAN en Yougoslavie dans les années 1990, a atteint un stade très avancé. Elle a mis en branle la prochaine campagne pour un changement de régime et une partition selon des lignes ethniques en Russie où Washington est déjà en train d'étudier divers groupes ethniques – Tchétchènes, Tatars ou Circassiens – dont les doléances pourraient être mobilisées contre Moscou.
Cette question est soulevée assez directement dans une partie influente de la presse occidentale. Le Financial Times de Londres a écrit dimanche, « M. Yanukovitch et M. Poutine sont des chefs d'une même trempe et avec un modèle de gouvernement similaire. Si les Ukrainiens font tomber l'homme au pouvoir à Kiev, les Russes pourraient se demander pourquoi ils ne pourraient pas faire de même avec l'homme qui est au Kremlin. »
En s’alignant sur la campagne des États-Unis et de l'UE pour dominer l'Europe de l'Est, les signataires de cette lettre ouverte embrassent les objectifs historiques de l'impérialisme allemand. Berlin a envahi par deux fois l'Ukraine au 20e siècle, en 1918 et en 1941. Il est remarquable que les auxiliaires locaux de l'impérialisme en Ukraine aujourd'hui soient les descendants politiques des fascistes ukrainiens qui ont aidé les nazis à mener l'holocauste ukrainien – une politique d'extermination de masse destinée à vider l'Ukraine de sa population pour préparer sa colonisation par des colons allemands.
Dans le même temps, à la conférence de Munich sur la sécurité cette année, des responsables allemands de haut rang ont déclaré que Berlin veut abandonner les restrictions sur l'usage de la force militaire que l'Allemagne avait respecté depuis la fin de la seconde Guerre mondiale.
Les conséquences désastreuses de la politique auto-destructrice de la bureaucratie soviétique et de l'approche inconséquente de Michaël Gorbatchev quand il a dissout l'URSS – croyant que le concept d'impérialisme n'était qu'une fiction inventée par le marxisme – apparaissent clairement.
Trotsky avait prévenu que la dissolution de l'URSS ne ferait pas que restaurer le capitalisme, mais transformerait la Russie en un état inféodé aux puissances impérialistes : « Une Russie capitaliste ne pourrait pas à présent occuper même la position de troisième ordre à laquelle la Russie tsariste était prédestinée par le cours de la guerre mondiale. Le capitalisme russe aujourd'hui serait un capitalisme dépendant, semi-colonial sans aucune perspective. La Russie numéro 2 occuperait une position quelque part entre la Russie numéro 1 et l'Inde. Le système soviétique avec son industrie nationalisée et son monopole du commerce extérieur, en dépit de toutes ses contradictions et difficultés, est un système protecteur pour l'indépendance économique et culturelle du pays. »
C'est là l'agenda établi par l'impérialisme et ses auxiliaires fascistes : ramener la Russie et l'Ukraine à un statut semi-colonial par la subversion interne, la guerre civile ou les intervention militaires extérieures. Des processus qui risquent d'entrainer la mort de millions de gens sont mis en mouvement.
Mobiliser la classe ouvrière en lutte contre la guerre impérialiste et l'exploitation néo-coloniale est la tâche centrale en Europe de l'Est. Des mises en garde doivent être faites. En l'absence d'une telle lutte, étant donné la faillite et l'impopularité des régimes oligarchiques de la région, il y a toutes les raisons de penser que des gangs fascistes déterminés – soutenus par les gouvernements impérialiste et jouissant de la couverture poltique fournie par des universitaires et des diplomates pro-impérialistes – parviendront à faire renverser les régimes existants.
Cela souligne le rôle réactionnnaire des signataires de cette lettre ouverte. Certains sont des diplomates de haut rang ou des agents impérialistes « non-alignés » - comme les ex-ministres espagnole et français des Affaires étrangères Ana Palacio et Bernard Kouchner, ou Chris Stone et Areyh Neier de l'Open Society Institute fondé par le milliardaire George Soros et lié au ministère américain des Affaires étrangères. La plupart cependant sont des universitaires et des intellectuels qui prêtent leurs noms pour donner de la crédibilité à la réaction d'extrême-droite en Ukraine, par une combinaison pernicieuse d'ignorance feinte et d'aveuglement historique.
Certains des noms sur cette liste de signataires évoquent des regrets – comme Fritz Stern, un historien qui était par le passé capable d'écrire sérieusement sur les questions historiques.
D'autres, comme celui du charlatan post-moderne Slavoj Zizek, ne sont pas une surprise. Ils ne font que confirmer l'alignement de sections affluentes de la classe moyenne sur le brigandage impérialiste, et le rôle réactionnaire joué par la pseudo-gauche dans la formation de porte-paroles de l'impérialisme.
Après des décennies de guerre intellectuelle contre le marxisme dans les universités et les médias, la vie culturelle est dans un état désastreux. Hostile à la conception marxiste de l'impérialisme et des intérêts matériels qui animent sa politique, ces couches restent insensibles aux crimes impérialistes – la destruction de Falloudja durant l'occupation américaine de l'Irak ou la campagne de meutres par drones en Afghanistan. Mais leurs stylos entrent rapidement en action dès que les politiciens de l'UE secrètent leur salive morale et dénoncent des régimes désignés comme les prochaines cibles d'une intervention impérialiste. Ils peuvent être menés par le bout du nez, jusqu'à suivre des fascistes, avec quelques invocations creuses des droits de l'Homme.
(Article original paru le 5 février 2014)
Source : wsws

jeudi 6 février 2014

VIDEO – 1959 - Lettre à Djamila Bouhired - Chanson de Fayrouz en hommage à la revolutionnaire Djamila BOUHIRED

Une belle chanson à la gloire de Djamila et des révolutionnaires algériens, écrite en 1959 et chantée par la diva de la chanson libanaise Fayrouz.



mercredi 5 février 2014

Syrie - Genève 2 : Nous sommes venus vous mettre face à vos responsabilités !......l’Occident prétend lutter contre le terrorisme en public, mais le nourrit en secret.

À lire la presse française officielle de cette fin de semaine, nous sommes en droit de nous demander si « l’échec consommé », ou encore le « fiasco », de la Conférence internationale dite de Genève 2, concerne uniquement la Syrie. Il est clair, que ces courageux journalistes, qui se sont présentés en grand nombre à Montreux, n’ont pas cherché à savoir le contenu de l’intervention du chef de la délégation de la République arabe syrienne, M. Walid al-Mouallem, et si jamais ils ont fait cet effort, ils n’ont rien voulu entendre. Une fois de plus !

Pour mémoire, voici la traduction intégrale de cette intervention. [NdT].
Mesdames et Messieurs,
Je vous salue au nom de la délégation de la République arabe syrienne… « République laïque » que certains, présents dans cette salle, ont tenté de ramener au Moyen Âge… « République arabe » fièrement et fortement enracinée dans son arabité, malgré les agissements de certains arabes censés être des frères… Je vous salue au nom de « la Syrie » dont l’Histoire est sept fois millénaire !
Je n’ai jamais connu une situation aussi difficile que celle d’aujourd’hui. Sur mes épaules, et celles de la délégation syrienne, pèsent toutes les souffrances qu’a endurées mon pays depuis trois années, tout le sang des martyrs, toutes les larmes des veuves, tous les espoirs des familles qui endurent l’absence d’un proche enlevé ou porté disparu, tous les cris de chaque écolier tétanisé par les explosions visant son école, toutes les attentes d’une génération qui voit ses rêves d’avenir se fracasser, tout le courage des pères et mères qui ont envoyé leurs enfants défendre la patrie, toute la détresse des familles qui ont perdu leur foyer et se retrouvent déplacés ou réfugiés…
Sur nos épaules, Mesdames et Messieurs, pèsent les espoirs du peuple syrien pour les années à venir, le droit de chaque enfant de se rendre à l’école en sécurité, le droit de chaque femme de sortir de chez elle sans risquer d’être enlevée ou violée et assassinée, le droit de chaque jeune de construire son avenir comme il l’entend, le droit de chaque citoyen de pouvoir rentrer chez lui en toute sérénité.
Aujourd’hui, nous sommes face à un moment de vérité. Une vérité qu’on a systématiquement essayé de défigurer par la désinformation et les mensonges, jusqu’à en arriver aux meurtres et au terrorisme ! Une vérité que nous venons délivrer, debout, à tous les juges et censeurs ; nous, la délégation de la République arabe syrienne qui représentons son peuple, son gouvernement, ses institutions, son Armée, et son Président Bachar al-Assad.
Je regrette, Mesdames et Messieurs, oui… je regrette et le peuple de « la Syrie qui résiste » regrette que des représentants de pays ayant le sang syrien sur les mains soient ici présents… Pays qui ont exporté le terrorisme et qui se posent en distributeurs des indulgences, allant jusqu’à empêcher certains fidèles de se rendre à la Mecque ; comme si Dieu les avait chargés d’ouvrir le paradis à certains et de le fermer à d’autres…Pays qui ont encouragés les terroristes, les ont financés, les ont aidés, et ont décidé de la légitimité ou non des uns et des autres comme bon leur semblait… Pays qui ne se sont jamais souciés de leurs maisons de verre fêlées, mais qui se sont mis à lapider nos châteaux forts séculaires et à nous donner, toute honte bue, des leçons de démocratie, de développement et de progrès alors qu’ils sont plongés dans l’ignorance et l’arriération. Pays qui accordent, refusent, légitiment, renient, distribuent dons et gratifications à leur guise et par habitude ; l’habitude de ceux dont le pays appartient à un roi ou à un prince, qui en donne ce qu’il veut à qui il veut, et en prive qui il veut comme il veut !
Ils ont vilipendé la Syrie civilisée, souveraine et indépendante… Ils s’en sont pris à l’honneur et à la liberté de ses femmes et de ses filles, alors qu’eux-mêmes se noient dans la fange de leurs discriminations abominables et leur ignorance.
Ils ont commis tout cela… Mais maintenant que leurs masques sont tombés, la vraie vérité de leur dessein s’est dévoilée. Celui de déstabiliser la Syrie et de la détruire par l’exportation de leur produit national premier : le terrorisme ! Avec leurs pétrodollars, ils ont acheté les armes, recruté les mercenaires, inondé l’espace médiatique de leurs mensonges, pour dissimuler la sauvagerie de ce qu’ils font sous un voile qu’ils ont fini par appeler : « La Révolution syrienne voulue par le peuple syrien » !
Qu’est-ce que tout cela à a voir avec ce qui se passe en Syrie ? Comment un terroriste tchéchène, afghan, saoudien, turc, français ou britannique pourrait répondre aux aspirations du peuple syrien ? Comment ? En installant un État islamique qui ne connaît rien de l’Islam, mais se nourrit de la déviance de l’idéologie wahhabite !?
Qui vous a dit, et qui leur a dit, que le peuple syrien cherchait à revenir des milliers d’années en arrière ?
En Syrie, Mesdames et Messieurs, les femmes enceintes sont éventrées et les fruits de leurs entrailles sont assassinés… les femmes sont violées avant et après avoir été tuées, selon un rituel hideux et obscène qui n’est inspiré que par les exportateurs de cette idéologie !
En Syrie, Mesdames et Messieurs, les pères sont découpés à l’arme blanche devant leurs enfants au nom de la « révolution »… Pire encore, les propres enfants de ceux-là qui les découpent, soi-disant pour répondre à nos aspirations de Syriens, piaillent et dansent.
En Syrie, l’on dévore le cœur du Syrien en prétendant réaliser l’ambition de sa victime ; l’ambition d’une vie libre, prospère, tranquille et démocratique ! Quelle absurdité est-ce là ? Et de qui se moque-t-on ?
Au nom d’une prétendue « glorieuse révolution syrienne », on massacre des civils parmi les vieux, les femmes et les enfants… On pulvérise les infrastructures et les institutions sans même se soucier de l’orientation politique, idéologique ou intellectuelle de ses victimes… On brûle les livres et les bibliothèques… On farfouille dans les tombes… On vole les reliques et les trésors archéologiques…
Au nom de « la révolution », les enfants sont assassinés dans leurs écoles et les étudiants, dans leurs universités… On s’autorise à déshonorer la femme à travers toutes sortes de « fatwas perverses » légitimant le Jihad sexuel, l’inceste ou autres interdits… On bombarde les mosquées pendant que les fidèles sont en prière… On coupe les têtes qu’on exhibe dans les rues… On rôtit des personnes encore vivantes, en un véritable holocauste que l’histoire retiendra et que beaucoup de pays dénonceront, mais sans jamais parler d’antisémitisme !
Toujours au nom de la « révolution », un père en est réduit à se faire exploser avec femme et enfants pour échapper à des étrangers ayant pénétré dans sa maison. Des étrangers qui prétendent être venus lui offrir la démocratie et le libérer du joug et de l’oppression « du régime » !?
Mesdames et Messieurs ; vous, dont la plupart sont des parents, imaginez les sentiments qui poussent un père à tuer sa famille, de ses propres mains, pour les soustraire à des monstres déguisés en humains et qui disent se battre pour la liberté ! C’est ce qui s’est passé à Adra… Adra, où ces étrangers ont fait irruption dans la Cité et ont tué, pillé, pendu, découpé, brûlé des personnes bien vivantes.
Vous n’avez peut-être pas entendu parler de Adra, mais vous avez certainement entendu parler d’autres cités où ils ont commis les mêmes horreurs en désignant de leurs doigts accusateurs, dégoulinant du sang des innocents, l’État et l’Armée syrienne. Ce n’est qu’une fois que leur mensonge insensé n’a plus réussi à convaincre qu’ils ont arrêté de le raconter !
En cela, ces monstres ont exécuté ce qu’ils ont été chargés de faire par des États devenus aujourd’hui le fer de lance déchiquetant le corps syrien… Des États finalement arrivés au devant de la scène, après avoir écarté d’autres États… D’autres États qui ont essayé, moyennant tout autant le sang des Syriens, de s’imposer comme des puissances régionales, en achetant les consciences et les influences, en finançant ces monstres d’apparence humaine ; monstres imrégnés de la détestable idéologie wahhabite avant d’être lâchés à l’assaut de tout le territoire syrien.
Mais, me voici à cette tribune pour vous dire que vous savez, comme moi, qu’ils ne se contenteront pas de rester en Syrie, bien que nous sachions que certains des participants à cette assemblée ne veulent ni comprendre, ni entendre !
Mesdames et Messieurs, tout ce qui ce précède n’aurait pas été possible si, profitant de la crise, des pays voisins de la Syrie n’avaient dérogé aux relations de bon voisinage. Celui du Nord l’a poignardée dans le dos. Ceux de l’Ouest sont restés spectateurs et ont tu la vérité. Ceux du Sud ont dû obéir aux ordres parce que faibles. Alors que celui de l’Est est lui-même éreinté par tout ce qui a été programmé contre lui depuis de longues années, pour le détruire… avant de détruire la Syrie !
Tout ce qui précède n’aurait pas été possible si « le gouvernement Erdogan » n’avait usé du territoire turc pour accueillir, entraîner, armer, puis expédier les terroristes vers la Syrie. Un gouvernement qui a refusé de voir que la magie finirait par se retourner contre le magicien. Mais le voilà qui commence à goûter à la coupe de l’amertume, car le terrorisme n’a pas de religion et n’est fidèle qu’a lui-même. Le voilà passé de zéro problème avec ses voisins, à zéro en politique étrangère, en diplomatie internationale, en crédibilité politique et en toute chose ; ce qui ne l’empêche toujours pas de persister dans son ignoble agression.
Et ceci, parce que le gouvernement d’Erdogan s’est imaginé que le rêve historique d’Al-Qotb et de son prédécesseur, Mohamed Abdel Wahab, était sur le point de se concrétiser. D’où son offensive semant la corruption depuis la Tunisie, jusqu’en Libye, en Égypte et en Syrie, avec la ferme décision de réaliser une chimère qui n’existe que dans son cerveau malade. Un gouvernement qui, malgré l’échec et la nullité de ses ambitions, persiste et signe. Autant de comportements qu’on ne peut raisonnablement mesurer qu’à l’aune de la bêtise… Celui qui ne tire pas les leçons de l’Histoire perdra le présent… Celui qui allume le feu chez son voisin ne peut espérer rester en sécurité !
D’autres voisins ont contribué à allumer le feu, certains allant jusqu’à importer les terroristes du monde entier… Mais là, est apparu un paradoxe drôle, quoique des plus iniques. Quatre-vingt-trois nationalités se battent en Syrie, sans que nul ne s’en plaigne, ne dénonce, ne modifie son regard, ne cesse de parler effrontément de « la glorieuse révolution syrienne » ; alors que lorsque quelques dizaines de jeunes combattants de la Résistance se sont joints à l’Armée syrienne pour défendre certaines régions, tout ce petit monde s’est retrouvé sens dessus-dessous parlant d’« intervention étrangère » et exigeant la sortie de ceux qu’il a qualifiés de « troupes étrangères » venues violer « la souveraineté de la Syrie » !
Concernant la souveraineté syrienne, je vous affirme que la Syrie, pays libre et indépendant, fera tout ce qu’exige sa propre défense et par tous les moyens qu’elle jugera nécessaires. C’est une décision strictement syrienne, et elle le restera !
Malgré tout ce qui précède, le peuple syrien résiste. Il résiste, malgré les sanctions censées le faire plier en visant son pain quotidien et le lait des ses enfants. Il résiste, malgré les pillages, les destructions et les sabotages de sa nourriture, de ses usines de médicaments, de ses hôpitaux, de ses cliniques, de ses chemins de fer, de ses lignes électriques. Même ses lieux de culte, chrétiens et musulmans, n’ont pas été épargnés par les hordes terroristes !
Mais ils ont échoué… Et c’est à partir du moment où ils ont constaté leur échec que les États-Unis ont brandi leur menace d’attaquer la Syrie. Avec ceux qui en Occident et parmi les arabes partagent leurs convoitises, ils ont fabriqué de toute pièce l’histoire nous accusant d’avoir utilisé des armes chimiques ; histoire qui n’a pas convaincu leur propre peuple, pas plus qu’elle n’a convaincu le nôtre.
Autant de comportements qui, malheureusement, soulignent le fait que ces États prônant la démocratie, la liberté, et les droits humains ne disposent que d’un langage guerrier, sanguinaire, colonialiste et dominateur. Leur démocratie s’impose par le feu, leur liberté signifie frappes aériennes, leurs droits humains autorisent de tuer l’Humain ! Ils se sont habitués à l’idée qu’ils sont les maîtres du monde, que ce qu’ils veulent sera, et que ce qu’ils ne veulent pas ne sera pas !
Ils ont oublié, ou font semblant d’avoir oublié, que ceux qui se sont fait exploser à New York sont de la même veine que ceux qui se font exploser en Syrie… même idéologie… même source ! Ils ont oublié, ou font semblant d’avoir oublié, que ce terrorisme qui était hier aux États-Unis est aujourd’hui en Syrie, sans que l’on sache où il sera demain. Ce qui est sûr c’est qu’il ne s’arrêtera pas là. L’Afghanistan est un parfait exemple pour qui consentirait à retenir la leçon… pour qui consentirait… mais la plupart s’y refusent.
Ni les États-Unis, ni certains de leurs alliés occidentaux civilisés – dont celui qualifié de « Pays des Lumières » et celui qui pouvait autrefois s’enorgueillir d’être à la tête d’un « Empire où le soleil ne se couche jamais » – ne veulent y consentir. Et alors qu’ils ont tous goûté à l’amertume du terrorisme, les voilà qui se déclarent subitement solidaires d’un groupe de pays dits « Amis de la Syrie », au côté de quatre royaumes dictatoriaux et répressifs, ne sachant rien de la laïcité ou de la démocratie… Des pays qui autrefois ont colonisé la Syrie, l’ont pillée et l’ont disloquée voilà une centaine d’années ; mais des pays qui, aujourd’hui, se réunissent en congrès pour déclarer, haut et fort, leur amitié au peuple syrien, s’inquiéter de son horrible « situation humanitaire », pendant qu’ils l’assiègent, lui imposent toutes sortes de sanctions possibles, et soutiennent secrètement le terrorisme qui le frappe !
Mesdames et Messieurs, si vous êtes tellement inquiets de la situation humanitaire et des conditions de vie en Syrie, arrêtez donc l’afflux des armes… Arrêtez de soutenir les terroristes… Annulez vos sanctions… Levez le siège imposé au peuple syrien… Revenez à la raison et à la logique dans votre politique ! Dès lors, nous vous assurons que nous serons aussi bien que nous l’avons été et vous délivrerons de votre immense inquiétude à notre égard.
Maintenant, certains pourraient se demander si tout ce qui se passe en Syrie est de source étrangère. Non, Mesdames et Messieurs, ce n’est pas le cas ! Des Syriens, présents dans cette salle, ont contribué à tout ce qui précède. Ils ont exécuté et ont tout légitimé, sans pour autant être en accord les uns avec les autres ! Tout cela, aux dépens du sang syrien dont ils prétendent vouloir stopper l’hémorragie !
Ces Syriens se sont politiquement divisés une centaine de fois et leurs chefs se sont réfugiés aux confins de la terre. Ils se sont vendus à Israël et sont devenus ses yeux qui enregistrent et ses bras qui détruisent. Et lorsqu’ils ont échoué, Israël est intervenu directement pour leur éviter les coups de l’Armée syrienne et les aider dans l’exécution de ce qu’il a projeté pour la Syrie, depuis des décennies. De l’aveu même de leurs partisans sur le terrain, ils se prélassent dans les hôtels cinq étoiles pendant que notre peuple est saigné. Ils se sont opposés à partir de l’étranger. Ils se réunissent à l’étranger. Ils trahissent la Syrie à partir de l’étranger…
Celui qui veut parler au nom des Syriens est invité à venir en Syrie. Qu’il vive comme un parent syrien qui, tous les matins, embrasse son enfant en se demandant s’il rentrera de l’école ou sera emporté d’une bombe lancée par un révolutionnaire instrumenté par l’étranger… Qu’il vienne supporter la morsure du froid parce que nous sommes privés de pétrole… Qu’il fasse la queue pendant des heures pour nourrir les siens parce que les sanctions nous interdisent d’importer du blé, alors que nous étions des exportateurs… Celui qui veut parler au nom de la Syrie, qu’il vienne témoigner de la solidité de celui qui résiste face au terrorisme et le combat, depuis bientôt trois années. Une fois qu’il l’aura fait, qu’il revienne parler au nom des Syriens devant cette assemblée !
La République arabe syrienne – État et Peuple – a fait et continue de faire ce qu’on attendait d’elle ! Elle a ouvert notre territoire aux journalistes qui l’ont parcouru pour ensuite vous rapporter la réalité de ce qui s’y passe, mais toujours après être retournés à l’étranger ! Une réalité que nombre de médias occidentaux n’ont pu supporter, parce qu’elle ne correspondait pas à ce qu’il voulait dire ou filmer sur la Syrie. Nous avons autorisé l’entrée d’organisations internationales de secours, mais les instrumentalisés par l’étranger – dont certains sont ici présents – leur ont fait obstacle en les mettant en danger sous les tirs des terroristes ; quand nous, nous faisions notre devoir en les protégeant et en facilitant leur mission. Nous avons libéré, de façon répétée, un grand nombre de prisonniers dont certains avaient usé de leurs armes contre les citoyens, ce qui a suscité le mécontentement de beaucoup de Syriens « de l’intérieur » ; mais ils ont fini par comprendre et accepter l’idée que la Syrie étant plus précieuse que tout le reste, nous devons dépasser nos blessures et surmonter les haines et les rancunes.
Et vous qui prétendez parler au nom des Syriens, qu’avez-vous fait ? Quelle est votre vision pour ce merveilleux pays ? Quelles sont vos intentions et quel est votre programme politique ? De quels instruments disposez-vous sur le terrain, mis à part les groupes terroristes armés ? Je suis persuadé que vous ne disposez de rien du tout, ce qui est évident pour tout le monde et notamment dans les régions occupées par vos mercenaires, autrement dit « les régions libérées » selon votre étrange terminologie ?
Avez-vous vraiment libéré les habitants de ces régions ? Ou bien avez-vous dérobé leur culture tolérante pour imposer votre extrémisme répressif ? Avez-vous construit des écoles et des centres de soin ? Ou bien avez-vous détruit les hôpitaux et permis à la poliomyélite de ressurgir en Syrie, alors que nos enfants ont vécu indemnes de cette maladie depuis des décennies ? Avez-vous sauvegardé et protégé les trésors archéologiques et les musées de la Syrie ? Ou bien les avez-vous pillés et en avez tiré profit ? Avez-vous respecté les principes de la Justice et des droits humains ? Ou bien avez-vous exécuté des peines de mort par décapitation, et en public ?
Pour résumer, vous n’avez rien réalisé de bon, rien du tout ! Vous n’avez amené que le déshonneur et la honte en suppliant les États-Unis de lancer une attaque militaire contre la Syrie. Même l’opposition, dont vous prétendez être les maîtres et les gardiens, ne veut pas de vous ! Elle refuse votre gestion de vous-mêmes, avant même que de songer à ce que vous gériez le pays.
Ils veulent un pays d’une seule couleur !? Et je ne parle pas ici d’ethnie ou de confession, car toute personne qui n’est pas d’accord avec eux est autre, et cet autre est un infidèle, quelle que soit sa religion et son environnement. Ils ont donc tué des musulmans de toutes les branches de l’Islam et ont sévèrement ciblé les chrétiens. Mêmes les religieuses en habit ne leur ont pas échappé. Ils les ont enlevées après avoir frappé Ma’aloula, dernier endroit au monde où l’on parle encore couramment la langue du Christ, pour contraindre les Syriens chrétiens à quitter la Syrie !
Mais là aussi, ils ont échoué. Car tous les Syriens sont Chrétiens lorsqu’on s’attaque au christianisme ; tous les Syriens sont Musulmans lorsqu’on s’attaque aux mosquées ; et tous les Syriens sont de Raqqa, de Lattaquié, de Soueida, de Homs, ou d’Alep la blessée… quand l’une ou l’autre de ces régions sont frappées. D’où l’horreur devant leurs tentatives de semer la discorde et le sectarisme religieux, la pire des laideurs qu’un syrien ne peut tolérer. Bref, Messieurs, votre prétendue « grande révolution syrienne » n’a laissé aucune transgression condamnable ici bas, sans la commettre !
En revanche, derrière la noirceur de ce sombre tableau, la lumière est toujours restée tout au bout du chemin. Ceci, grâce à la détermination du peuple dans sa résistance, grâce à la détermination de l’Armée dans sa défense, et grâce à la détermination de l’État dans sa cohésion et sa continuité… Et aussi, parce que malgré tout, certains États se sont tenus à nos côtés et au côté du Droit et de la Justice. Parmi ces États, la Russie à qui je m’adresse au nom du peuple syrien pour lui exprimer ses plus sincères remerciements, la Chine que nous remercions tout autant que la Russie pour leur respect de la souveraineté et de la liberté de décision de la Syrie.
La Russie s’est comportée en véritable ami dans toutes les arènes internationales et a fermement défendu, en paroles et en actions, les principes de l’Organisation des Nations Unies quant à la souveraineté des États et les droits humains. La Chine et les pays du BRICS se sont tenus à ses côtés, ainsi que l’Iran, l’Irak, et certains États arabes musulmans, des États d’Afrique et d’Amérique latine. Autant d’États qui n’ont cessé de protéger, en toute honnêteté, les aspirations du peuple syrien, non celles d’autres États qui voudraient nous imposer ce dont nous ne voulons pas !
Oui, Mesdames et Messieurs, le peuple syrien aspire tout comme les autres peuples de la région à plus de liberté, de justice, et de droits humains. Il aspire à plus de pluralisme et de démocratie. Il aspire à une Syrie meilleure, une Syrie tranquille, prospère, et en bonne santé. Il aspire à un État fort reposant sur des institutions, non à la démolition des siennes. Il aspire à protéger ses monuments et ses sites archéologiques ainsi que son patrimoine national, non à leur pillage et leur destruction. Il aspire à ce que son Armée nationale reste forte pour protéger sa terre, son honneur et ses biens, défendre ses frontières, la souveraineté et l’indépendance de son pays ; non à une armée de mercenaires « libre » de kidnapper des civils et de les rançonner ou de les transformer en boucliers humains ; « libre » de s’accaparer les donations, de voler les pauvres et de vendre la partie ; « libre » de s’enrichir par le trafic d’organes prélevés sur des hommes, des femmes et des enfants bien en vie.
Une armée de mercenaires dont certains éléments mangent les cœurs et les foies humains, font griller les têtes d’humains sur des barbecues, recrutent des enfants soldats, violent les femmes sous la menace de leurs armes. Des armes expédiées par des États, ici présents, sous prétexte d’un prétendu « soutien aux groupes modérés ». De grâce, dites-nous où est la modération dans tout ce que je viens de vous exposer !
Où sont donc ces « éléments modérés », aux dénominations fumeuses, derrière lesquels vous vous cachez et que vous soutenez médiatiquement et militairement, notamment ceux que vous rebaptisez ? Des éléments préexistants sur le terrain, auxquels vous donnez une nouvelle peau, un nouveau nom, prétendant qu’ils combattent le terrorisme alors qu’ils sont encore pire que leurs prédécesseurs, pendant que vos médias retravaillent leur image après les avoir revêtus de l’habit griffé : « modération ». Ils savent, comme nous savons, qu’il s’agit du même extrémisme et du même terrorisme sous des noms différents. Ils savent, comme nous savons, que sous le prétexte du « soutien aux groupes modérés » on continue à armer ceux qui, finalement, appartiennent à Al-Qaïda et à plusieurs de ses organisations sévissant en Syrie, en Irak, et dans d’autres pays de la région.
Telle est la vérité, Mesdames et Messieurs. Réveillez-vous ! L’Occident soutient et certains arabes exécutent pour qu’en fin de parcours, les armes tombent aux mains d’Al-Qaïda. Par conséquent, l’Occident prétend lutter contre le terrorisme en public, mais le nourrit en secret. Celui qui ne voit pas cette vérité est aveugle ou ignorant. Ou alors, il ne veut pas la voir et a décidé de poursuivre dans cette voie !
Est-ce la Syrie que vous voulez malgré les milliers de martyrs, l’installation de l’insécurité, et les destructions systématiques ? Est-ce cela les aspirations du peuple syrien que vous voudriez réaliser ? Non, Mesdames et Messieurs, la Syrie ne restera pas dans cette situation. Et c’est pour vous le dire que nous sommes ici.
Nous sommes venus, malgré tout ce qui a été fait par certains d’entre vous.
Nous sommes venus pour sauver la Syrie, pour arrêter les décapitations, les bouffeurs de foie, de cœurs, et les éventreurs.
Nous sommes venus pour ramener les mères et leurs enfants chassés de leurs foyers par des terroristes.
Nous sommes venus pour protéger notre État laïc, notre civilisation, et l’avancée des Tatars et des Mongols dans notre région.
Nous sommes venus pour empêcher l’effondrement de l’ensemble du Moyen-Orient.
Nous sommes venus pour protéger la richesse et la diversité de notre culture, pour protéger le dialogue entre les civilisations et les religions, à la source même de ces religions.
Nous sommes venus pour protéger l’Islam tolérant qu’on a défiguré.
Nous sommes venus pour protéger et garder les Chrétiens du Moyen orient !
Nous sommes venus dire aux Syriens de l’étranger : revenez dans votre pays, car l’étranger reste un étranger, aussi proche soit-il, et le Syrien reste un frère pour le Syrien, quelle que soit l’intensité des adversités.
Nous sommes venus pour arrêter le terrorisme, comme l’ont fait tous les États du monde qui ont goûté sa douloureuse amertume. Certes, nous avons dit et nous continuons à dire que le dialogue entre les Syriens est la solution. Mais, nous avons agi et agissons comme tous les autres pays du monde lorsqu’ils ont été frappés par le terrorisme. Nous avons cherché et nous chercherons toujours à défendre notre peuple, car tel est notre devoir constitutionnel… Et, de cette tribune, je vous dis que nous continuerons à frapper le terrorisme qui a gravement nui à tous les Syriens, abstraction faite de leurs affiliations politiques.
Nous sommes venus vous mettre, tous, face à vos responsabilités. Car, tant que certains États que vous connaissez, et que nous connaissons, continueront à soutenir le terrorisme, cette conférence ne connaîtra pas le succès ; l’action politique et le terrorisme étant incompatibles lorsqu’il s’agit d’un même terrain. La politique implique « la lutte contre le terrorisme » et ne pousse pas dans son ombre !
Nous sommes venus en tant que représentants du peuple syrien. Oui… Monsieur Kerry… je dis que l’expérience prouve que personne au monde n’a le droit d’accorder, de conférer ou de retirer la légitimité à un président, à un État, à une Constitution, ou à quoi que ce soit, sauf les Syriens eux-mêmes !
C’est leur droit et leur devoir constitutionnel. Tout ce sur quoi nous pourrions nous accorder ici, et quoi qu’il en soit, sera soumis à un référendum populaire. Nous sommes ici pour faire savoir la volonté du peuple syrien, non pour décider de son avenir ! Par conséquent, celui qui ne veut pas entendre cette volonté ferait mieux de ne pas parler en son nom. Lui seul a le droit de décider de ses dirigeants, de son gouvernement, de son parlement, et de sa Constitution. Toute autre décision est inacceptable.
Pour conclure, je m’adresse aux personnes, ici présentes, ainsi qu’au monde entier qui nous regarde et nous écoute : en Syrie nous vivons une guerre contre le terrorisme !
Un terrorisme qui a beaucoup détruit et qui continue de détruire. Un terrorisme contre lequel la Syrie s’est dressée depuis les années quatre-vingt du siècle dernier tout en appelant, haut et fort, à former un front uni pour le combattre ; mais personne n’a voulu entendre.
Un terrorisme dont vous avez horriblement souffert aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, en Russie, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, et la liste ne fait que s’allonger, car le voici qui se répand partout. Coopérons tous ensemble, main dans la main, pour le combattre et stopper la noirceur de son idéologie obscurantiste, et terrifiante.
Quant à nous, les Syriens, dressons-nous comme un seul homme et concentrons-nous sur la Syrie pour commencer à la reconstruire humainement et structurellement. Certes, le dialogue est fondamental, comme je l’ai déjà dit. Mais, bien que nous remerciions ce pays qui nous accueille, nous disons que le vrai dialogue entre les Syriens doit avoir lieu en Syrie, sous le ciel de la patrie !
Il y’a un an, le gouvernement exposait sa vision de la solution, mais là aussi personne n’a entendu ! Que de vies innocentes auraient été épargnées si certains États avaient opté pour le langage de la raison, plutôt que pour celui de la terreur et de la destruction ! Une année entière que nous appelons au dialogue, alors que le terrorisme n’a cessé de frapper l’État syrien, ses institutions, son gouvernement et son peuple.
Mais, mieux vaut tard que jamais. Aujourd’hui, nous voici réunis pour prendre une très importante décision dont dépendra notre destin, la décision de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme tout en engageant le processus politique ; ce qui est d’autant plus opportun que tous sont là, aussi bien les arabes que les occidentaux !
Maintenant, si certains États, parmi vous, continuent à soutenir le terrorisme en Syrie, ce sera votre décision… Vous connaissez la nôtre. Sinon, écartons les obscurantistes et les menteurs qui vous tendent la main et vous sourient en public, mais nourrissent le terrorisme dans l’ombre. Un terrorisme qui frappe la Syrie, mais qui finira par se répandre pour nous brûler tous.
C’est donc l’instant de vérité et l’instant du destin, soyons à la hauteur du moment !
Je vous remercie.
Dr Walid al-Mouallem
Ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés
22/01/2014
Source : Sana / Syrie
http://sana.sy/print.html?sid=523707&newlang=ara
Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca