dimanche 13 octobre 2013

Maroc - Israël : Le collier de la reine, un tribut de vassalité à un suzerain ?

Un collier en or aurait été offert par Lalla Salma, épouse du Roi du Maroc, à Tzipi Livni, le co-ordonnateur de la guerre de destruction israélienne de Gaza (2007-2008). Un cadeau offert en 2009 à l’occasion d’une visite de l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères au Maroc, un an après la fin de la guerre israélienne contre l’enclave palestinienne.
Cette information explosive a été démentie de piètre façon par le Maroc, par un communiqué laconique du ministère des affaires étrangères publié le 26 juillet, soit deux semaines après la fuite du Maariv. Le journal israélien précisait, pourtan, dans son édition en date du 13 juillet 2011, que le parlement israélien avait pris la décision de dévoiler une liste de cadeaux offerts aux officiels et parlementaires israéliens par des personnalités étrangères, liste où figurerait «Lalla Salma» pour un «collier en or» à Tzipi Livni lors de sa visite au Maroc en 2009 à l’invitation de l’Institut Amadeus pour le Forum MEDays organisé à Tanger.
Dans ce qui apparait comme un geste d’apaisement destiné à détourner le courroux de l’opinion publique, la communauté juive du Maroc a volé au secours du Trône, lui emboitant le pas, endossant le même jour la responsabilité de ce cadeau. Non pas par un communiqué franc et précis qui aurait coupé court à toutes les spéculations mais par un procédé oblique, en des termes alambiqués, des propos confus faisant état d’ une indication d’un membre de la communauté juive, à l’identité non définie, se dévouant pour confier à un site électronique marocain que Mme Livni «n’a rencontré aucune princesse du Maroc, uniquement des personnalités marocaines et des responsables de la communauté juive» et que «le collier a pu lui être offert par la communauté juive» .
Sauf à y voir la marque d’un travail de sophistication journalistique, un tel amateurisme dans la gestion de cette affaire pourrait avoir eu un effet inverse de confirmer plutôt que d’infirmer cette information.
Un effet pervers
Selon Maariv, pourtant, Lalla Salma n’aurait pas été la seule à couvrir de bijoux la ministre israélienne. La Fédération des Juifs du Maroc lui aurait aussi offert «un collier d’or serti de diamants et de pierres précieuses assorties de deux bagues». Soit, en fin de compte, deux colliers et deux bagues. Une belle pioche pour un voyage si controversé d’un si sinistre personnage.
Au delà du démenti formel, le pouvoir marocain a incontestablement commis un impair dans sa communication de crise, d’autant moins explicable que le sujet est d’une grande volatilité, accréditant l’idée d’un malaise par sa réaction tardive et son laconisme. Le démenti marocain, de même que la revendication indirecte de la communauté juive n’évacuent pas pour autant le débat sur le bien fondé de ce geste de courtoisie à l’égard d’une belliciste coresponsable de deux guerres contre des objectifs arabes, le Liban en juillet 206, et Gaza, en 2007, ni même sur sa présence au Maroc un an après la guerre de Gaza. Pas plus Tzipi Livni que son collier n’avaient de raison d’être au Maroc. Le service minimum sur un sujet de grande controverse porte la marque d’une désinvolture et pointe désormais du doigt le rôle ambigu de l’Institut Amadeus, initiateur de ce projet frappé de suspicion.
Quelqu’en soit le bienfaiteur, au-delà des démentis de circonstance, le cadeau parait placer la Monarchie dans l’embarras en ce qu’il peut être ressenti, à juste titre, par une large fraction de cette population nationaliste comme un geste d’une gratuité provocante, une humiliation vécue comme un tribut de vassalité envers un suzerain.
I - La légitimité du Judaïsme marocain et son instrumentalisation pour une impunité du trône 
Le laxisme traditionnel marocain à l’égard d’Israël, à contre courant de la position officielle arabe, est généralement expliqué par les rapports historiques qu’entretient la dynastie alaouite avec le judaïsme marocain (3), particulièrement du fait de la position du sultan du Maroc, sous le régime de l’Etat français de Vichy, dont le refus de faire appliquer sur son territoire les lois racistes du gouvernement collaborationniste, notamment le port de l’étoile jaune pour les ressortissants de l’Empire, lui a valu la gratitude éternelle de ses sujets de confession juive.
Une autre interprétation, moins valorisante mais plus conforme à la realpolitik, explique ce lien privilégié par le souci du futur Roi Mohamad V de contourner l’ostracisme français à son égard, sous le protectorat, par une alliance avec le judaïsme marocain, avec l’appui américain, en vue de contraindre la France à renoncer à son rival, le Glaoui de Marrakech, et à rompre son exil malgache, permettant ainsi aux Etats-Unis de prendre pied dans ce qui était à l’époque une chasse gardée française.
Au delà de ses interprétations polémiques, un fait demeure. Le judaïsme marocain dispose d’une place légitime au Maroc, par son ancrage et son apport. Mais cette légitimité ne saurait impliquer une légitimation d’Israël, par extension, sans règlement préalable de la question palestinienne, ni l’instrumentalisation de cette équation pour camoufler le partenariat stratégique souterrain entre la dynastie alaouite et l’ennemi officiel du Monde arabe, Israël, à l’effet d’aménager l’impunité du pouvoir chérifien qui en découle.
Cinquante ans après son indépendance, sous une solidarité de façade, le Maroc apparait comme un tire-au-flanc de la stratégie arabe au même titre que la Jordanie et l’Arabie saoudite, au point de se retrouver dans une configuration inique de trois royaumes arabes dotés, chacun, d’une légitimité sacrale constituant un cordon sanitaire autour d’Israël, au détriment de la cause palestinienne, supposée être leur cause prioritaire, du fait de la sacralité de leur pouvoir; le commandeur des croyants alaouite en sa qualité de président du comite «Al Qods» de la conférence islamique; le gardien wahhabite des Lieux Saints de l’islam, en raison de sa responsabilité particulière à l’égard de Jérusalem, le 3 me haut lieu saint de l’Islam; le hachémite, enfin, de par sa descendance directe de la tribu des Koraïchites, la tribu du Prophète. Trois royaumes, l’Arabie saoudite, la Jordanie et le Maroc, désormais liés au sein d’une confédération disparate des pétromonarchies du Golfe, dans une fusion contre nature qui révèle, face à la contestation de l’ordre établi dans le Monde arabe, leur préoccupation d’assurer la survie de leur trône, plutôt que la promotion du Monde arabe, encore moins la Libération de la Palestine.La presse internationale abonde de la connivence israélo-marocaine sous le règne de Hassan II, de la fuite des Juifs marocains vers Israël, à la collaboration des services secrets des deux pays dans l’affaire Ben Barka, à la guerre du Sahara, aux escales techniques des unités israéliennes dans les ports marocains durant la guerre de juin 1967 , à la germination hormonale, enfin, du jeune prince héritier de l’époque envers une compatriote de confession juive qui donna par la suite deux soldats à l’armée israélienne .
Mais le fait nouveau est la pérennisation de cette connivence sous le nouveau Roi Mohamad VI, au point de faire du Maroc une enclave diplomatique d’Israël, dans des conditions outrageusement méprisantes pour le peuple palestinien et ses nombreux sympathisants à travers le monde. Au risque d’exposer à l’opprobre public, pour la première fois dans les annales du Royaume, la propre épouse du Souverain.
A moins d’impérieuses nécessités d’intérêt national touchant au règlement du conflit israélo palestinien, à quel besoin répondait le fait d’exposer sa propre épouse à l’opprobre, dans un geste malvenu auprès de l’opinion publique marocaine et arabe, en honorant une belliciste impénitente. Tzipi Livni (6), l’officier traitant du Mossad en France dans une décennie qui a vu la décapitation des principaux dirigeants palestiniens en poste en Europe et non Rachel Corrie, la pacifiste américaine broyée par un tracteur pour la défense de la terre palestinienne contre la confiscation israélienne. Tzipi Livni, objet d’un mandat d’arrêt de la justice britannique pour les crimes contre l’humanité» commis par son gouvernement à Gaza et non Rony Brauman, le franc tireur courageux pourfendeur du blocus de Gaza. Sauf à y voir la marque d’une perfidie complémentaire, à quel besoin répondait le souci du bénéficiaire de révéler son présent, sinon à embarrasser son hôte prévenant? A l’ombre de la révolte arabe du printemps 2011, gageons que pareille gracieuseté ne saurait se reproduire sans exposer son auteur à un tollé généralisé.
II - L’Institut Amadeus sur le grill
Quiconque connaît la tétanie qui frappe tous les acteurs politiques du royaume à l’égard du trône alaouite, le séjour de Mme Livni ne relevait pas du domaine du fortuit et ne répondait à aucun besoin de dialogue tant sont permanents les canaux de communications entre Rabat et Tel Aviv. Officiellement un «think tank» marocain, indépendant, l’Institut Amadeus, dirigé par le propre fils du ministre marocain des Affaires étrangères, Brahim Fassi-Fihri, aura servi de paravent au séjour de Mme Livni au Maroc. Crée en 2008, l’institut est soutenu par les entreprises traditionnellement perméables aux intérêts occidentaux, notamment l’hebdomadaire Jeune Afrique, le support médiatique des états africains pro occidentaux prospères. Le mandat d’arrêt lancé le 14 décembre 2009 par la justice britannique à l’encontre de Mme Tzipi Livni pour sa responsabilité dans la guerre de destruction israélienne de Gaza a retenti comme un désaveu du Maroc, un camouflet d’autant plus cinglant que le Roi Mohamad VI préside le comité chargé de préserver les Lieux saints musulmans de Jérusalem, une ville en voie de judaïsation rampante et quasiment annexée par Israël.
En vertu de quel passe droit, un institut élitiste s’arroge-t-il le droit de prendre, seul, sans l’aval d’une autorité légitiment investie, l’initiative d’engager lourdement son pays sur un point essentiel de sa diplomatie? Que de surcroît, face au tollé, ce même institut, visiblement déconnecté des réalités au Maroc, mais révélée par un site communautaire juif aux Etats-Unis. Si, là aussi, l’objectif était la paix, pourquoi la distinction s’est portée sur un belliciste du lobby juif américain et non sur Jeremy Ben Ami, le directeur de «J Street», le contre lobby juif américain favorable à un règlement négocié.
D’autres indices tendent à confirmer la permanence du primat israélien dans la stratégie marocaine. Le cas le plus flagrant aura été le licenciement par la Sofrecom, filiale du groupe France Télécom au Maroc, d’un ingénieur, Mohamed Benziane, après neuf ans de service pour «faute grave», laquelle, en la circonstance, à consister à refuser de participer à la formation dispensée par un prestataire de services israélien. Le vendredi 11 décembre 2009, la police marocain imposera donc sans ménagement la normalisation par le bâton aux salariés de l’entreprise conformément aux choix diplomatiques d’une monarchie alaouite n’hésitant pas à privilégier les intérêts économiques des entreprises françaises implantées sur son sol au détriment des besoins démocratiques de ses « sujets », qui, contrairement aux Iraniens, n’ont pas la « chance » de faire l’objet de la compassion occidentale ni d’aucune espèce de vaste mise en scène médiatique. Ce licenciement abusif d’un élément de main-d’œuvre -de surcroît, indigène- qui a eu l’outrecuidance de penser par lui-même et d’obéir à une loi morale qui n’arrange ni les multinationales, ni le gouvernement marocain, a répondu à une double injonction: l’injonction néo libérale, d’une part, et l’injonction autoritaire du Makhzen, d’autre part, qui se renforcent mutuellement dans le prolongement d’une logique coloniale .
A quelle logique obéit ce besoin de tirer constamment contre son propre camp? Quel besoin pressant à pousser le Maroc à inviter officieusement un personnage si controversé dans la foulée du traumatisme de Gaza? Sauf à masquer un dessein machiavélique, pourquoi privilégier systématiquement la distinction des plus anti palestiniens et xénophobes des dirigeants israéliens? La cause de la paix gagne-t-elle devant tant de complaisance? Comment expliquer cette inversion des valeurs qui fait que de prestigieux militants marocains de confession juive, l’ingénieur Abraham Sarfati et le mathématicien Sion Assidon, auront croupi longtemps dans les geôles royales pour leur soutien à la cause palestinienne, quand, en contrechamps, tenaient table ouverte à Tanger et Marrakech des figures de proue du sionisme exacerbé, le philosophe du botulisme Bernard Henri Levy et le priapique Dominique Strauss Khan, sans que nul au Royaume ne pipe mot sur cette incohérence, en recommandant par exemple à ces zélés sionistes de vivre leur passion dans le pays de leur premier choix et non en terre arabe, dont ils dénigrent tant la cause majeure?
Quelle aubaine que la «sacralité» de la personne du Roi consacrée par la constitution qui dispense ainsi le monarque de toute critique de ses sujets, mais le prive, par voie de conséquence, d’un garde fou. L’hospitalité arabe, quoique légendaire, ne relève pas de la niaiserie. Elle obéit à de codes rigoureux qu’aucun monarque, ni président ne saurait enfreindre sans s’exposer, à plus ou moins long terme, à une réplique. Le gauleiter de Gaza, Hosni Moubarak, le vassal par excellence des Israéliens au Moyen Orient, en a payé le prix fort au terme d’un règne de 32 ans bercé par le cantique des laudateurs occidentaux, auparavant son prédécesseur Anouar el Sadate, de même que le Roi Abdallah 1 er de Jordanie, le fondateur de la dynastie hachémite et Gardien des lieux saints de Jérusalem, son neveu Faysal II d’Irak, ainsi que l’iranien, au titre ronflant, Chahin Chah Araymehr, «Sa Majesté Impériale, le Roi des Rois, lumière des aryens», renvoyé dans les ténèbres de l’histoire.
Que le souverain prenne garde. Le cortège des laudateurs fait entendre, à son tour, son concert de louanges au Maroc, tressant ses couronnes, à coup de poncifs, sur l’ingéniosité royale d’un pays promu nouveau rempart contre l’intégrisme depuis l’éviction du dictateur tunisien Zine el Abidine Ben Ali. Sa réforme constitutionnelle est encensée par une cohorte de plumitifs parasitaires, sans le moindre regard critique comparatif entre l’orignal et la copie, alors que la nouvelle version ne fait qu’amplifier les tares autoritaires du régime. Le oui l’aurait emporté avec plus de 98% pour un taux de participation de près de 73%. Est-ce vraiment raisonnable ce score à la Nicolas Ceausescu, du nom du dictateur roumain passé par le peloton d’exécution à la chute du communisme? Ne s’agit pas plus tôt d’un triomphe en trompe l’œil, à la Pyrrhus, jusqu’à la chute finale. Devant tant de congratulations empressées, il serait judicieux que sa Majesté veuille bien garder en mémoire cette maxime de Jean de La Fontaine qui veut que «tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute» .sociales, se dispense de la moindre explication, accentuant ainsi la suspicion sur l’ensemble de la galaxie royale en ce que le silence de cette coterie de technocrates ne manquera d’alimenter le mécontentement et les supputations, s’agissant d’un acte éminemment diplomatique à portée morale.
Que l’initiative soit le fait du propre fils du ministre des affaires étrangères pose la question de savoir si l’héritier présomptueux a pu y procéder sans la caution des autorités marocaines. Auquel cas, la sanction est inévitable au double titre d’une infraction au fonctionnement démocratique des institutions du pays, au titre d’exemple ensuite, pour sanctionner le mépris d’Amadeus envers les sentiments profonds du peuple marocain et son aventurisme suspect. Dans le cas contraire, l’aval du pouvoir à son initiative rendrait le démenti officiel, sans objet et non avenu.
En l’absence d’une mise au point -mise au clair- de l’institut Amadeus, l’Affaire Tzipi Livni accrédite cette singulière institution comme le sous traitant diplomatique des sujets épineux du Royaume. En un mot, Amadeus assumerait pour la compte de la diplomatie marocaine ce que la rendition était à la torture, la première entreprise de délocalisation de la politique étrangère du Maroc, et sur le plan de la bataille pour la conquête de l’opinion internationale, une opération de ravalement cosmétique destinée à pérenniser le trône auprès des chancelleries occidentales.
En plein printemps arabe, une telle affaire, en tout état de cause, est très malvenue tant pour le Trône que pour ses parrains occidentaux d’autant que, si elle était confirmée, elle placerait les officiels marocains dans un embarras d’autant plus grand qu’elle survient dans la foulée d’une affaire autrement plus consternante qui concerne cette fois le roi en personne. Mohammed VI avait en effet décerné une distinction honorifique à un dirigeant du lobby juif américain dans la foulée de l’intervention israélienne de Gaza. Dans un geste controversé, en septembre 2009, le monarque avait remis le titre de Chevalier de l’ordre du trône du royaume du Maroc à Jason F. Isaacson, directeur des affaires internationales du Comité américano-juif (AJC), qui se trouve être un des fervents soutiens à l’équipée militaire israélienne contre l’enclave palestinienne. L’information sur la remise du titre n’avait pas été annoncée officiellement
III - Le Maroc, destination préférée des politiciens français
Une quarantaine de personnalités françaises de premier plan ont opté pour le Maroc pour leurs vacances de fin d’année lors de la révolte arabe de 2010. De l’ancien président Jacques Chirac, à Taroudant, dans le sud du pays, à son successeur Nicolas Sarkozy, qui y a passé des vacances de Noël en 2009 et en 2010, à la résidence royale de Jnane Lekbir, à 3 kms de Marrakech, à son ancienne adversaire socialiste de 2007, Ségolène Royal, qui y a séjourné en 2010, avec son compagnon André Hadjez, au sein d’un « palace de Ouarzazate », dans le sud du pays, à Jean Louis Borloo, ministre de l’écologie, au couple Balkany, Isabelle et Patrick Balkany, maire de Levallois, à Hervé Morin (et 18 membres de sa famille à l’hôtel Es-Saâdi de Marrakech), à Brice Hortefeux et naturellement Philippe Douste Blazy, ancien ministre des Affaires étrangères qui fit l’objet d’un scandale.
La «tribu Maroc» s’étend bien au-delà de ces attaches. De Bernard-Henri Lévy à Thierry de Beaucé, à Dominique Strass Khan et Anne Sinclair, à Elizabeth Guigou et Dominique de Villepin, nombre de dirigeants politiques, chefs d’entreprise, intellectuels médiatiques et célébrités du showbiz ont à Marrakech ou ailleurs une résidence secondaire. Le «plus beau pays du monde», comme le veut la publicité de l’Office marocain du tourisme, devient ainsi un lieu de rendez-vous culte pour la classe politique française, où la délocalisation d’un Conseil des ministres serait presque envisageable durant les fêtes de fin d’année. La Mamounia est la carte maîtresse de cette politique de séduction du Makhzen, le pouvoir féodal marocain. Tous y sont reçus avec les attentions particulières que sait déployer le Maroc pour ses hôtes de marque. Les invitations spéciales sont l’atout maître de l’arsenal diplomatique du royaume chérifien pour séduire les politiques français. La pratique est érigée en politique d’Etat.
Quoique l’on dise, quoique l’on fasse, le collier de la reine à Tzipi Livni constitue une faute politique impardonnable, qui fera tache; une tache que rien ne saurait gommer de la mémoire des peuples en lutte ce qu’elle sera éternellement ressentie comme une prime à une belliciste impunie qui compte à son actif deux guerres, l’une, en 2006 contre le Liban, l’autre, en 2007-2008 contre Gaza.
Avec l'Etat policé, le Maroc est aussi un état policier et son parc hôtelier, comme il se doit de l’être, est sonorisé et scanné, témoin muet des galipettes des uns, des roucoulades des unes, des valses hésitations des uns et des autres, de leurs chapardages et de leurs chuchotements, qui fait dire à un diplomate français que «la France est captive de la diplomatie marocaine», tout comme le monarchie marocaine est tributaire de sa survie de son allégeance israélienne.
Le Royaume se gangrène de tant de dérives. De tant de licences. Lupanar des pétromonarchies du Golfe, enclave diplomatique israélienne, mercenaires sous traitant de la stratégie américaine en Afrique dans le cadre du «Safari Club» chargé de la protection des dictatures africaines pro occidentales, notamment le Zaïre du général Joseph Désiré Mobutu, sur fond de corruption, de népotisme et d’autoritarisme bureaucratique. A n’y prendre garde, le royaume pourrait en porter les stigmates indélébiles avec à sa tête un commandeur de peu, d’un royaume déserté de ses oiseaux migrateurs de mauvais augure, les vacanciers parasitaires envolés vers d’autres cieux à la recherche de nouvelles pitances.
Et si le Maroc, par la somptuosité de son accueil, le nombre des bénéficiaires de ses prestations, ses abus et ceux de ses invités, ses dérives et les leurs, le silence complice des observateurs occidentaux, n’était en fin de compte que la plus grande mystification politico-médiatique de l’époque contemporaine, un syndrome tunisien sur une plus grande échelle? Sur les débris de son trône ne subsistera alors au souverain qu’à méditer la fin pitoyable du dernier roi de Grenade, l’infortuné Bouabdil, raillé par sa mère «de pleurer comme une femme ce qu’il n’a su défendre comme un homme».
Aux lecteurs arabophones
Le référendum du 1er juillet 2011 sur la Constitution marocaine a permis au roi Mohammed VI de donner au moins, dans le contexte des révoltes arabes, l’illusion d’une démocratisation.
Etude comparative du texte original de la Constitution marocaine et du nouveau texte adopté par la réforme. Une réforme en trompe l’œil en ce que les pouvoirs du Roi sont encore plus étendus.
Maroc: Etude comparative de Droit constitutionnel.
Références
1-Le collier de la Reine: L’affaire du collier de la reine est une escroquerie qui eut pour victime, en 1785, le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, et qui éclaboussa la réputation de la reine Marie Antoinette.
2- Harissa.com http://www.harissa.com/news/article/le-maroc-d%C3%A9ment-avoir-offert-un-collier-en-diamants-%C3%A0-tzipi-livni?page=8
3- Sur la problématique du judaïsme marocain cf. à ce propos, l’analyse de Abraham Sarfati http://www.renenaba.com/jordanie-et-maroc-additif/
- Sur le partenariat stratégique entre Israël et le Maroc, Cf. à ce propos La Jordanie et le Maroc, deux voltigeurs de pointe de la diplomatie occidentale
-1re partie: Hassan et Hussein, le modernisme au service de l’archaïsme http://www.renenaba.com/hassan-et-hussein-le-modernisme-au-service-de-l%E2%80%99archaisme/
-2eme partie La Cia de l’un, le Mossad de l’autre http://www.renenaba.com/la-jordanie-et-le-maroc-deux-voltigeurs-de-pointe-de-la-diplomatie-occidentale/
4-Abdel Monein Diouri, dans son livre «A qui appartient le Maroc» (Editions l‘Harmattan), chapitre IV «Une diplomatie captive», page 103, soutient que «durant la guerre de juin 1967, des navires israéliens ont fait de discrètes escales techniques dans les ports marocains. Les bases américaines au Maroc ont servi de ponts aériens entre les Etats-Unis et Israël. Les bateaux marocains de pêche en haute mer (propriété du Roi) étaient équipés pour servir au Mossad de système d’écoute des communications téléphoniques, via le détroit de Gibraltar, point de passage des communications internationales entre l4Europe et l4Afrique. Les renseignements recueillis par ce système servaient aussi bien Israël que le Maroc». De son côté, Agnès Bensimon, auteur eu célèbre «Hassan II et les Juifs», affirme que c’est parce que les services secrets israéliens ont fourni des renseignements très précis quant à un complot visant à tuer le prince héritier en février 1960 que les relations entre le Maroc et Israël ont débuté. L’historien Yigal Bin-Nun dément une telle version des faits. Pour lui, c’est en 1963 que la coopération officielle entre les deux pays a commencé. Quel intérêt pour Hassan II? Les Israéliens avaient contacté Emile Benhamou, un ami d’enfance de Mohamed Oufkir, afin qu’il les fasse entrer en contact avec le chef des services de sécurité marocains. Après plusieurs tentatives, la rencontre est finalement arrangée en février 1963 chez Benhamou lui-même, rue Victor Hugo à Paris, entre l’agent Yaakov Karoz et Oufkir. Les Marocains craignaient qu’un membre de l’opposition ne se fasse passer pour un représentant du Palais pour acheter des armes. Le Mossad confirmera plus tard qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Les relations entre le Maroc et Israël deviennent dès lors officielles. Hassan II craignait que son trône ne soit menacé par le panarabisme. Il faisait mine de sympathiser avec la vague nassérienne qui submergeait le monde arabe ; en réalité, il le faisait pour ne pas se laisser distancer par l’opposition. Selon Yigal Bin-Nun, le Roi a peut-être voulu se rapprocher d’Israël parce qu’il était attiré par ce qu’on appelait alors le «miracle israélien». Beaucoup étaient fascinés par la capacité qu’avait eue ce jeune Etat à « fleurir le désert », selon l’expression consacrée. L’inexistence des relations israélo-arabes était propice à un rapprochement entre le Palais et les dirigeants israéliens, d’autant plus que Ben Gourion avait décidé d’opter pour la politique dite des Etats périphériques : il fallait développer une ceinture d’Etats lointains mais conciliants. L’intrusion du Mossad au Maroc s’est faite par des voyages clandestins de nombreux agents du Mossad et de leur chef Isser Harel, entre 1958 et 1960. Le premier eut lieu le 1er septembre 1958. Si les autorités marocaines eurent vent de sa visite, elles n’en laissèrent rien paraître, préparant ainsi le terrain à « l’accord de compromis » conclu entre le Palais et Israël favorisant l’exode des Juifs marocains. Plus tard, les officiers Oufkir, Dlimi et bien d’autres se rendirent clandestinement en Israël et des politiques et militaires israéliens firent durant de longues années le chemin inverse. Les archives nationales d’Israël regorgent de documents historiques qui retracent ces liens. Les Marocains auraient souvent demandé aux Israéliens de les renseigner sur les Etats arabes favorables à un renversement de la monarchie alaouite. Israël aurait aussi soutenu le Maroc dans sa « Guerre des Sables » avec l’Algérie en livrant des blindés. Des officiers de l’armée et du Mossad ont formé et encadré la jeune armée royale et les services de sécurité dont le célèbre Cab-1, l’embryon de la DST. En retour, et malgré l’envoi de troupes au Golan jugé « anecdotique », le Maroc n’a eu de cesse de normaliser l’existence de l’Etat hébreu auprès du monde arabe ou ouvrir à Rabat et à Tel-Aviv des antennes diplomatiques. Israël aurait continué à aider « technologiquement » le Maroc au Sahara, notamment dans la sécurisation du Sud par la construction du Mur de défense, ceinture modernisée de la fameuse ligne Barleev expérimentée dans le Sinaï.
http://www.mamfakinch.com/au-maroc-en-2011-mieux-vaut-militer-pour-israel-que-pour-la-democratie-ou-la-palestine/
5- Selon une dépêche AFP 19 août 2005: La juive israélienne Hedva Selaa, 53 ans, ancienne, soldate de l´armée israélienne, aujourd’hui réceptionniste dans un hôtel à Eilat, dit être la fille naturelle du « commandeur des croyants » Hassan II et sœur du « nouveau commandeur des croyants » marocains! C’est le « scoop » présenté- le 19 août 2005 – à la Une d’un supplément du quotidien israélien à grand tirage Yediot Aharonot. Sous le titre « le roi et moi », Hedva (Selaa est le nom de son mari) pose avec une photo du roi défunt – un cliché censé souligner leur ressemblance. Intitulé « une princesse marocaine », l’article raconte la romance qu’aurait eue Anita Benzaquen, la mère de Hedva, en 1952, avec le prince héritier Moulay Hassan, alors âgé de 23 ans. Deux enfants seraient nés des amours illégitimes du prince Hassan (future Hassan II) et de sa maîtresse juive Anita, nièce de Léon Benzoïque, figure de la communauté juive marocaine et futur ministre des PTT du premier gouvernement marocain sous Mohamed V. Si Jacky, l’aîné, refuse toujours de parler à la presse, Hedva, la cadette, a décidé de « tout révéler » 8 ans après le décès de sa mère Anita, en 1997. Une mère que Hedva n’hésite pas à qualifier de femme frivole et multipliant les aventures. « Un test ADN n’est pas envisageable, admet Hedva, et mon frère Jacky a brulé toutes les archives de notre mère après sa mort ».
Son récit s’appuie sur des recoupements familiaux. La réceptionniste ne demande rien, et notamment pas d’argent. Son unique souhait, dit-elle, est de « rencontrer mon demi-frère, le roi Mohammed VI ». Pour tenter de donner suite à cette demande, Yediot Aharonot a, contacté Badreddine Radi, un fonctionnaire du ministère de la Communication à Rabat. Après « 24 heures de réflexion », dit le quotidien israélien, le marocain a décliné l‘offre.
6- Quand le Maroc offre de «généreux cadeaux» aux criminels de guerre israéliens. Selon le quotidien israélien Maariv, du mercredi 13 juillet 2011, le parlement israélien a pris la décision de dévoiler une liste de cadeaux offerts aux officiels et parlementaires israéliens par des personnalités étrangères. Maariv révèle ainsi que «Lalla Salma» a offert un «collier en or» à Tzipi Livni lors de sa visite au Maroc en 2009. Madame Tzipi Livni, a séjourné au Maroc à l’invitation de l’Institut Amadeus pour le Forum MEDays organisé à Tanger, du 19 au 21 novembre 2009, le think tank de Brahim Fassi Fihri, fils du ministre marocain des Affaires étrangères Taib Fassi Fihri. La famille royale marocaine compte parmi les plus «généreux donateurs» de cadeaux aux responsables de l’Etat hébreu. En 1981, pour remercier Shimon Peres de sa venue au Maroc pour rassurer le régime des soutiens juifs américains. Le Commandeur des croyants lui avait offert une cargaison complète de vin de bon cru de ses vignes personnelles, chargée à bord de l’avion qui le transportait en Israël ! URL courte: http://www.demainonline.com/?p=6338theHebrew-languagedailyMaariv reported Thursday http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/145701
Tzipi Livni, dont la famille originaire de Pologne, est la fille du chef des opérations de l’Irgoun. A ce titre, en 1946 et sur ordre de Menahem Begin, il avait organisé le célèbre attentat à la bombe contre l’hôtel King David, où se trouvait le QG britannique, et qui a coûté la vie à 91 Anglais, Arabes et Juifs.  
Plus tard et toujours aux côtés de Begin, Livni père a été l’un des architectes de la naissance du Likoud et de la victoire du parti qui a porté Begin au pouvoir en 1977. Au décès de son père, Tzipi Livini a cherché à succéder à son paternel à la Knesset sur le ticket du Likoud, optant pour un slogan bien particulier: «Mon nom est une institution» Un slogan lourd de sens car, en hébreu, le mot «institution» signifie Mossad, le nom des services secrets israéliens, en référence à son passage au Mossad, où elle fut un agent clé en Europe pour quatre ans, dans les années 80. Et notamment en France -elle est francophone- où elle a dirigé une «safe house» (maison sécurisée servant de base arrière ou de lieu de repli) pour ses collègues du Mossad au moment où le service entamait une campagne d’assassinats en Europe. Elle était notamment en poste en France en 1980, lorsqu’un scientifique égyptien spécialisé dans le nucléaire et travaillant pour Saddam Hussein a été assassiné dans la chambre de son hôtel parisien par le Mossad. Le gouvernement israélien a refusé de confirmer officiellement que le service était derrière cet assassinat mais le Premier ministre de l’époque, Menachem Begin, a glissé un jour à un journaliste américain qu’il espérait que la France qui aidait l’Irak avait«appris la leçon». Tzipi Livni était toujours en poste en Europe lorsque un dirigeant de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), Mamoun Meraish, a été tué par des balles tirées par un agent du Mossad à Athènes, en Grèce, en 1983. Un assassinat où, pour le Times de Londres en date du 1er juin 2008, Tzipi Livni était impliquée. A la suite du meurtre de Mamoun Meraish, Livni est rentrée en Israël pour reprendre ses études de droit. En cause selon le Times, de trop fortes « pressions » dans son boulot d’agent secret. Etait-elle elle-même l’un des tueurs dans cet assassinat et dans d’autres, comme le prétend la presse britannique? Lorsqu’elle se lance dans la politique au sein du Likoud, elle devient vite une disciple d’Ariel Sharon, l’homme qu’une commission officielle israélienne a désigné comme étant «personnellement responsable» du massacre dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila, au Liban, en 1982. Par la suite, elle sera sous le patronage de Sharon ministre de la Coopération régionale, ministre de l’Agriculture, ministre de l’Absorption des immigrés et ministre de la Justice. Elle suivra Sharon lorsqu’il claque la porte du Likoud en 2005 pour fonder Kadima. Quand Ehud Olmert succède à Ariel Sharon comme Premier ministre, Tzipi sera nomme vice premier ministre et ministre des Affaires Etrangères..
7- L’Institut Amadeus: Créé en 2008, basé à Rabat, Amadeus est un «think tank» marocain, indépendant, qui se présente comme un centre d’expertise, de réflexion, de conseil, de proposition et de consultation, une plateforme d’échanges, de rencontres et de coopération Nord-Sud et Sud-Sud. Amadeus bénéficie du partenariat d’une vingtaine d’entreprises notamment Alsthom, la chaine hôtelière Movenpick, l’Hebdomadaire Jeune Afrique, Maroc Telecom Et Medi1 SAT. Animé par une équipe de quinze personnes composées de managers, de chercheurs et d’experts avec des pôles de compétence et des horizons culturels diversifiés, il se propose de consolider l’image de marque du Maroc et de la région du Maghreb, au niveau international, en menant des actions de lobbying. 
L’équipe dirigeante est composée des trois personnalités suivantes:
-Brahim Fassi-Fihri: Diplômé en sciences politiques de l’Université de Montréal, le président de l’Institut Amadeus a effectué de nombreux travaux de recherche dans le domaine des relations internationales. Brahim fonde l’association Amadeus en 2005. En 2007, il approfondit sa connaissance des enjeux euro-méditerranéens en intégrant la Direction Générale des Relations Extérieures de la Commission Européenne. Il est nommé durant cette période responsable du comité d’organisation de la 11eme conférence ministérielle Euromed de la Transition économique. En tant que Président de l’Institut Amadeus, Brahim coordonne l’ensemble des activités de l’Institut et apporte son expertise des enjeux politiques et géostratégiques contemporains. Il est l’initiateur et le créateur des MEDays, un forum international organisé chaque année à Tanger. Brahim a développé un réseau international de personnalités de la sphère politique et économique et des medias, faisant des MEDays le rendez-vous annuel des pays den la région sud.
-Mekki Lahlou : Diplômé en sciences politiques de l’Université de McGill à Montréal, titulaire d’un Master en relations internationales et droit international à Sciences Po Paris et doctorant en droit aérien Mekki est un spécialiste des relations internationales. Il a travaillé dans la fonction publique internationale et s’est par la suite spécialisé dans les problématiques de la libéralisation et de la déréglementation du transport aérien international, notamment lors de son séjour à l’Association du Transport Aérien International à Genève. A l’Institut Amadeus, Mekki s’occupe plus particulièrement des relations extérieures, et notamment des partenariats et du financement des activités de l’Institut.
-Younès Slaoui: Vice-président et co-fondateur de l’Institut Amadeus Issu de l’Ecole Nationale d’Administration française (ENA), promotion Jean-Jacques Rousseau, et diplômé de l’EM Lyon, Younes est spécialisé en administration publique, en stratégie et en finance d’entreprise. Ses expériences à Calyon et DTZ lui ont permis de participer à des opérations de financement d’entreprises et de conseil financier. Au cours de son expérience au sein de la Direction Générale française de l’Énergie et du Climat, il a intégré l’équipe du Plan Solaire Méditerranéen de l’Union pour la méditerranée (UPM) et a été chargé d’un rapport sur le financement du nucléaire. Younes a également collaboré à la réflexion stratégique et à l’étude du développement international du groupe EM Lyon en tant que chargé de mission auprès du directeur général de cette institution. Au niveau associatif, Younes a occupé en 2006 la fonction de Président de l’AMGE Lyon et Vice-président régional de l’AMGE (Association des Marocains des Grandes Ecoles). Younes apporte ses connaissances des enjeux et problématiques de développement économique et social, et est un acteur de premier rang dans l’élaboration.
8 – Sentence philosophique du blog «Princesse de Clèves islamo-gauchiste».
9 – Alexandre Adler, Rachida Dati, le Maroc et les chantres de la démocratie «contrôlée» blog du monde diplo lundi 4 juillet 2011, par Alain Gresh http://blog.mondediplo.net/2011-07-04-Alexandre-Adler-Rachida-Dati-le-Maroc-et-les
René Naba
Source : Mondialisation.ca. 


Tragédie de Lampedusa : Europe où sont tes "valeurs" ?.... Une tragédie, une de plus a endeuillé 350 familles des 350 disparus de Lampedusa victimes à la fois des marchands de mort qui les ensardinent dans des rafiots, mais aussi des pays riverains qui font tout pour les éloigner des côtes quitte à ne pas les secourir...


Mais pourquoi t’obstines-tu à partir. A traverser les mers en nous laissant Tu t’aventures à mettre en péril ta précieuse vie. Pour t’exiler, en renonçant à nous Ce voyage n’est pas légal.Et sa fin peut être malheureuse L’embarcation est petite et en bois pourri. Et tu risques de te noyer sans pouvoir nous revenir » - Merzak Ouabed (Poèmes, les raisons de lacolère)
Un excellent poème qui, mieux que mille discours nous décrit la tragédie de ceux qui risquent leur vie pour une vie meilleure. Une tragédie, une de plus a endeuillé 350 familles des 350 disparus de Lampedusa victimes à la fois des marchands de mort qui les ensardinent dans des rafiots, mais aussi des pays riverains qui font tout pour les éloigner des côtes quitte à ne pas les secourir... Il y a une semaine, en effet, des damnés de la Terre sont morts à un kilomètre de la terre promise, en l’occurrence le rivage de l’île de Lampedusa, une île italienne, d’une superficie de 20,2 km2 et peuplée par moins de 6 000 habitants. Elle se trouve à 205 km de la Sicile, 167,2 km de la Tunisie, 220 km de Malte et 355 km de la Libye.
La proximité de la Tunisie et de la Libye qui bordent le canal de Sicile font de l’île un point d’entrée privilégié pour les immigrés irréguliers qui veulent gagner l’Europe. Ceux-ci tentent la traversée au péril de leur vie dans des embarcations de fortune venant de Gabès, Zarzis, Sfax, Mahdia, ou de la côte libyenne. L’île de Lampedusa s’est faite connaître plusieurs fois notamment. Ce phénomène a commencé en 1992 et n’a cessé de s’amplifier. 31 700 migrants sans papiers sont arrivés sur l’île entre les 11 et 13 février 2011, plus de 5 000 Tunisiens sans papiers sont arrivés sur l’île, profitant d’un relâchement de surveillance douanière et policière suite à la Révolte tunisienne du 14 janvier 2011. Cette fois, un bateau transportant environ 500 migrants a fait naufrage, jeudi 3 octobre, près de Lampedusa. Selon les médias italiens, seuls 150 passagers ont été sauvés jusqu’à présent. Les naufragés avaient passé déjà plusieurs heures dans l’eau. Selon le Corriere della Sera, « une trentaine d’enfants et trois femmes enceintes » feraient partie des personnes toujours dans l’eau. Ils seraient partis du port libyen de Misrata.
Une première polémique a éclaté après que plusieurs survivants ont affirmé qu’au moins trois bateaux de pêche étaient passés à proximité du navire en difficulté sans s’arrêter. Cela rappelle l’affaire Zenzeri et Bayoudh (2007) dans laquelle deux capitaines de pêche ayant secouru des boat people en détresse se sont vus accusés d’aide à l’entrée irrégulière sur le territoire du fait des lois Bossi-Fini. Les migrants venant d’Afrique noire et qui meurent en traversant le Sahara pour venir s’embrocher sur les barbelés dans le Maroc espagnol sont aussi à plaindre que ceux qui tentent la traversée par mer.
Les remords tardifs : des larmes de crocodile
À l’unanimité, la presse européenne a poussé des cris d’orfraie ! Scandale ! Ce n’est pas permis ! Il faut faire quelque chose ! Le même discours depuis vingt ans avec la même indifférence une fois que l’actualité passe à autre chose. « Le massacre des immigrants, l’Italie en deuil », titre le Corriere della Sera. Dans l’article principal du quotidien de Milan, Gian Antonio Stella rappelle le grand nombre de personnes qui se sont noyées en tentant de traverser la Méditerranée depuis 1988 : au moins 19 142 selon le blog Fortress Europe. Stella rappelle aussi que peu de temps avant cette tragédie, le Conseil de l’Europe avait accusé l’Italie d’attirer l’immigration à cause de ses systèmes de dissuasion inadéquats, alors que d’autres institutions européennes critiquent régulièrement les politiques « dissuasives ». [...] C’est l’affaire de tous. [...] Bruxelles devrait venir à Lampedusa et compter les morts. C’est aussi les siens. Pour le Spiegel Online, le naufrage de Lampedusa, est « l’échec de l’Europe ». Il y a certainement eu des scènes apocalyptiques : 500 personnes qui tombent d’un bateau en feu, nombreux d’entre eux ne sachant pas nager. Ce qui est arrivé fait trembler toute l’Europe. [...] La petite île se sent seule et ce n’est pas la première fois. Depuis 1999, plus de 200.000 personnes venant d’Afrique et d’Asie, fuyant la guerre, la faim et la misère, se sont échouées là-bas. On estime que 10 à 20.000 personnes sont mortes pendant la traversée. Depuis janvier 2013, 22 000 réfugiés ont atteint Lampedusa. Cette île est un symbole. Un symbole de l’échec de la politique d’immigration européenne. La plupart des naufragés venaient de Somalie et d’Erythrée, et fuyaient la faim et la guerre. Des survivants ont déclaré que malgré les appels au secours, trois bateaux sont passés sans se dérouter pour leur porter secours. Pour El País, « la crise de ces hommes en fuite ébranle l’Europe » : Il a fallu ce grand naufrage - et celui-ci est un des plus importants jamais vu- pour que les yeux se tournent vers les 5000 habitants de l’île [Lampedusa] dont la maire [Giusi Nicolini], épuisée par la surdité des autorités italiennes et européennes, a envoyé une lettre à l’Union européenne, en février 2013, dans laquelle elle pose cette question : « Quelle taille le cimetière doit-il atteindre sur mon île ? » »
Sous le titre « Lampedusa coule », Gazeta Wyborcza constate que « le détroit sicilien est devenu le tombeau des Africains qui rêvent du paradis européen ». [...] Ni les Italiens ni les Européens ne veulent d’immigrés illégaux, sans éducation et pauvres. Rendre le système de surveillance de la mer Méditerranée, supervisé par Bruxelles, plus efficace pour sauver des gens de la noyade est une tâche ardue. Dans De Volkskrant, la chroniqueuse Sheila Sitalsing s’indigne de l’hypocrisie qui règne en Europe. Elle déplore que la politique d’immigration de l’UE se résume ainsi : se disputer, se déculpabiliser et détourner les yeux. Cela fait des années que les pays du sud de l’Europe essaient avec la plus grande peine de mettre leurs problèmes colossaux d’immigration à l’agenda de Bruxelles, en avertissant : « Nous ne pouvons pas continuer à les accueillir, mais nous ne pouvons pas non plus les laisser mourir, et nous ne pouvons pas les renvoyer, donc, aidez-nous ! » Et les pays du Nord répondent : « Il faut les repousser quoi qu’il en soit, bon sang ! » Dans son éditorial, le quotidien de Lisbonne titre : « Lampedusa et la honte de l’Europe ». Público poursuit : La Méditerranée, cette mer qui fut la route et le centre des civilisations depuis l’Antiquité, s’est transformée en camp d’extermination. Il n’y a pas de miracle. Mais une Europe tourmentée par la peur et la crise qui se renferme sur elle-même ne sera plus longtemps l’Europe si elle ne comprend pas que la mort en Méditerranée est également sa propre mort ».
La réglementation inhumaine et drastique de la forteresse Europe
Il vient que la forteresse Europe, véritable miroir aux alouettes pour les jeunes du Sud, se barricade plus que jamais. Notamment depuis une certaine Directive de la Honte sous la houlette du commissaire européen portugais qui, décidément, a la mémoire courte : il ne se souvient pas que ses aînés. anciens immigrés dans le bas de l’échelle, étaient appelés, dit-on – suprême injure – les Arabes de l’Europe ! Cette Europe qui a mis en place le Sives qui permet de surveiller les côtes espagnoles de Ceuta et Mellila et qui permet de les voir, aussitôt qu’elles quittent l’Afrique. Cette Europe qui met en place une marine et une aviation de guerre Frontex pour repérer à l’avance les embarcations maudites et les rediriger sur leur pays d’origine. Cette Europe, qui sponsorise dans certains pays d’Afrique du Nord des camps de rétention, sous-traitant ainsi sa sale besogne pour venir choisir sur place ceux qui ont le meilleur génome, le meilleur diplôme, ce qui n’est pas sans nous rappeler les négriers qui choisissaient ceux qui avaient la meilleure dentition.
Qu’est-ce qu’un harraga ? Mot originaire de l’arabe maghrébin harrâg, « qui brûle » (les papiers) migrant clandestin qui prend la mer depuis l’Afrique du Nord. On comprend sans peine le désespoir de ces migrants qui font des milliers de km pour venir, pour certains, du fond de l’Afrique, mourir d’une façon tragique, noyés et restant sans sépulture ou encore enterrés d’une façon anonyme parce que rejetés sur une plage.
On se souvient avec colère et impuissance de l’image de cette harraga gisant sur une plage espagnole, couverte d’un carton, pendant que des jeunes filles et garçons s’ébattaient dans l’eau à quelques mètres de là. Non, le monde n’est pas juste. »
C’est justement lit-on sur Press Europe, l’augmentation des contrôles aux frontières qui oblige les migrants à prendre des itinéraires plus dangereux et qui les a rendus de plus en plus dépendants des trafiquants d’êtres humains pour passer la frontière. Les itinéraires sont devenus plus longs et plus dangereux et de ce fait, les migrants sont devenus plus dépendants des trafiquants d’êtres humains. Pendant deux décennies, on a investi des fortunes dans les contrôles aux frontières et on a mis de plus en plus d’argent dans Frontex (l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures), mais même cela n’a pas arrêté les migrations. Prendre sa responsabilité signifie pour les gouvernements européens qu’ils doivent donner aux réfugiés l’accès aux procédures de demande d’asile au lieu de les pousser vers la mort. Cela peut signifier par exemple, que ledit Règlement Dublin doit être modifié. Ce règlement dit que les réfugiés ne peuvent demander un droit d’asile que dans le premier pays d’arrivée. La modification de ce règlement permettrait de créer la possibilité de demander l’asile dans d’autres pays européens. » (3)
La responsabilité de l’Europe dans le drame des migrants
Avec sa lucidité coutumière, Manlio Dinucci dénonce à la fois l’hypocrisie de l’Italie et plus globalement de l’Europe. Il écrit : « Honte et horreur » : ce sont les termes utilisés par le président de la République, Napolitano, à propos de la tragédie de Lampedusa. Ils devraient plus exactement être utilisés pour définir la politique de l’Italie à l’égard de l’Afrique, en particulier de la Libye d’où provenait le bateau de la mort. D’abord, le gouvernement Prodi, le 29 décembre 2007, souscrit l’Accord avec la Libye de Khadafi pour « faire obstacle aux flux migratoires illégaux ».
L’accord prévoit des patrouilles maritimes conjointes devant les côtes libyennes et la fourniture à la Libye, d’un système de contrôle militaire des frontières terrestres et maritimes. On constitue à cet effet un Commandement opérationnel inter-forces italo-libyen. La Libye de Khadafi devient ainsi la frontière avancée de l’Italie et de l’UE pour bloquer les flux migratoires d’Afrique. Des milliers de migrants venant d’Afrique subsaharienne, bloqués en Libye par l’accord Rome-Tripoli, sont contraints de retourner dans le désert, condamnés à une mort certaine. Sans que personne à Rome n’exprime honte et horreur. On passe ensuite à une page plus honteuse encore : celle de la guerre contre la Libye. (...) Grâce à un actif commercial de 27 milliards de dollars annuels et un revenu par habitant de 13.000 dollars, la Libye est avant la guerre le pays africain où le niveau de vie est le plus élevé, malgré les disparités, et se trouve félicitée par la Banque mondiale pour « l’utilisation optimale de la dépense publique, y compris en faveur des couches sociales pauvres ».
Dans cette Libye, environ un million et demi d’immigrés africains trouvent du travail. Quand en mars 2011 commence la guerre États-Unis/Otan contre la Libye (avec 10.000 missions d’attaque aérienne et de forces infiltrées, les premières victimes sont les immigrés africains en Libye, qui, persécutés, sont contraints de s’enfuir. Rien qu’au Niger 200-250 000 migrants reviennent dès les premiers mois, en perdant la source de revenus qui entretenait des millions de personnes. Nombre d’entre eux, poussés par le désespoir, tentent la traversée de la Méditerranée vers l’Europe. Ceux qui y perdent la vie sont eux aussi des victimes de la guerre voulue par les chefs de lOccident. »
La réalité au-delà des larmes de crocodile « La grande majorité écrit Marcelle Padovani du Nouvel Observateur, des responsables politiques ne se soucient pas de ce problème - car c’est un sujet très complexe. Nous sommes dans une période où le populisme progresse avec une montée des identités nationales. Certains dirigeants européens rêvent de faire de l’Europe « une petite Suisse protégée ». La tragédie de Lampedusa pose avec acuité le problème de l’arsenal législatif qui accompagne l’arrivée des migrants en Italie. En question : la loi Bossi-Fini, votée en 2002 pour faire plaisir à l’aile xénophobe du centre droit, elle criminalise tout candidat à l’entrée en Europe en instaurant le délit d’immigration clandestine. Elle favorise aussi la lâcheté de ceux qui croisent ces bateaux surchargés et ne leur portent pas secours : (...) L’absurde de cette situation est que ces candidats à l’expatriation qui déboulent sur le territoire italien et qui voudraient bien aller rejoindre leurs familles ou leurs connaissances dans d’autres pays, sont contraints d’attendre indéfiniment, parfois dans des conditions épouvantables, dans les Centres de permanence temporaire (CPT), des papiers qui leur permettront de circuler dans l’Union européenne.
Après avoir asservi les peuples africains, les avoir dévitalisés en les pillant et en adoubant des potentats à demeure qui perpétuent un néo-colonialisme, la forteresse Europe, notamment sous la poussée des élites populistes de droite ou de gauche se barricade, et empêche ces épaves humaines d’accéder au supermarché ou ce qu’il en reste. Comme solution ; toujours les mêmes recettes : renforcer le dispositif de traque grâce à Frontex, des avions, des bateaux de guerre des marines contre des pateras.
Elle pense aussi s’entendre avec des gardes chiourmes sur les côtes africaines comme elle l’a fait avec El Gueddafi, elle pense enfin à donner des miettes pour un hypothétique à même de freiner l’arrivée des hordes chez elle.
Il est vrai qu’il n’y a pas de solution évidente, surtout que l’austérité, le chômage et la malvie commencent à envahir l’Europe. Naturellement, l’allogène est mal vu. Cela ne dédouane pas pour autant l’Europe va-t-en guerre qui a déstabilisé en démolissant les États libyen, et syrien et en s’en lavant les mains par la suite. Assurément, les valeurs de l’Europe étaient factices. Il faut espérer – encore un voeu pieux – que la Méditerranée qui a été le carrefour de tant de civilisations ne soit pas un cimetière pour les damnés de la terre et qu’elle puisse rassembler dans le cadre d’un codéveloppement qui a pour vertu ultime le partage, l’empathie, la solidarité. Les ressources existent en Afrique ; qui empêcherait une coopération win-win de l’égale dignité ? Il faut pour cela une seule petite condition que l’Europe et plus globalement se départisse de la sensation d’appartenir à la race des élus, mais à celle d’une Eve commune qui a pris son essor, justement dans la Corne de l’Afrique pour féconder les autres continents, il y a de cela quelques millions d’années. Mais cela est une autre histoire...

mercredi 9 octobre 2013

SYRIE : Documentaire – Comment la révolte fut fabriquée !

Le documentaire « Fabriquer la contestation » (« Manufacturing Dissent ») met en lumière la guerre psychologique fomentée par les médias dits mainstream afin de faciliter le renversement du gouvernement syrien selon l'agenda occidental et dans l’intérêt de la politique étrangère occidentale et israélienne.
Le documentaire « Fabriquer la contestation » (« Manufacturing Dissent ») met en lumière la guerre psychologique fomentée par les médias dits mainstream afin de faciliter le renversement du gouvernement syrien selon l'agenda occidental et dans l’intérêt de la politique étrangère occidentale et israélienne. Il montre comment les médias ont contribué directement à l'effusion de sang en Syrie.
Ce documentaire comprend :
La preuve de faux rapports diffusés par la chaîne américaine CNN, l’anglaise BBC, la qatarie al-Jazeera, la saoudienne al-Arabiya et d'autres encore.
Des entretiens avec un échantillon de la population syrienne : un acteur*, un artisan, un journaliste, un résident de Homs et un militant qui ont en commun d’avoir tous été touchés par la crise syrienne.
Rami Allouch, né à Hama et étudiant en médecine en Russie, apprend qu’il a été tué par les forces de sécurité syriennes en regardant une vidéo sur al-Jazeera, sur Facebook et sur YouTube !
À propos des massacres de Houla (108 morts le 25 mai 2012), la BBC a utilisé une photo irakienne pour illustrer le massacre syrien : « J’ai ouvert la page de BBC sur ce qui s’était passé en Syrie. J’ai failli tomber de ma chaise, quelqu’un utilise exprès la photo d’un autre pour faire de la propagande » raconte le photographe.
* L’acteur syrien d’origine palestinienne Mohammed Rafea, interviewé dans le documentaire, a été froidement assassiné par une brigade terroriste le 2 novembre 2012… « A Dieu nous sommes, et à Dieu nous retournerons »
Regardez la vidéo :


Scandale en Arabie Saoudite : La securité du hajj assurée par la sociétè Israélienne G4S

G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes.
Outre l’intérêt financier de ces contrats, G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.
On aura tout vu… Le quotidien libanais Al-Akhbar vient de révéler que la sécurité du pèlerinage à La Mecque – le Hajj - est assurée depuis 2010 par la filiale d’une société israélienne de sécurité: Al-Majal G4S, dirigée par un certain Khaled Baghdadi *. Le cheikh Ekrima Sabri, président du Conseil islamique suprême de Jérusalem et imam de la mosquée Al-Aqsa a confirmé que cette société intervient dans les territoires occupés et a déclaré : « Ceux qui aident l’occupation sont responsables ou complices de ses crimes ». En effet, G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes.
Sur le papier, Al-Majal G4S appartient à une compagnie brito-danoise. Il n’empêche qu’en Israël, G4S cite d’autres activités en Arabie à Djeddah lors du transfert des pèlerins vers La Mecque. D’après le site Internet Asrar Arabiya – Secrets arabes – G4S a passé une annonce, en 2011, pour recruter des employés pour une mission de 7 jours dans la ville sainte au moment du Hajj.
Mercredi 2 octobre, la Campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) a demandé aux autorités saoudiennes de rompre immédiatement leur contrat avec Al-Majal G4S. On verra si elles obtempèrent, mais ce n’est que la face visible des activités de G4S dans le monde arabe où elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de  Dubaï. Outre l’intérêt financier de ces contrats, G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.
*Saudi Hires Occupation-Friendly Company for Hajj Security, par Orouba Othman (Al-Akhbar – 7/10/13)
http://english.al-akhbar.com/content/saudi-hires-occupation-friendly-company-hajj-security
Source : Afrique Asie

FRONTEX : Surveiller ou sauver des vies …. On ne peut à la fois « surveiller » les migrants en tant que flux à stopper et « veiller sur » les migrants en tant qu’humains ayant besoin de protection.

Six jours après le « drame de Lampedusa », alors que le nombre de victimes ne cesse d’augmenter et que les recherches en mer continuent, la commissaire européenne aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, transmet un message hypocrite et mensonger : la solution pour prévenir les morts en mer serait d’accélérer la mise en place d’Eurosur pour mieux surveiller les bateaux de réfugiés, et d’investir des ressources supplémentaires afin de lancer une grande opération de sauvetage en Méditerranée sous l’égide de l’agence Frontex.

Mais à quoi sert Frontex ? Pourquoi aucun secours n’a-t-il été porté au bateau qui a fait naufrage le 3 octobre à quelques miles marins de Lampedusa ? Comment, avec neuf patrouilles de la Guardia Costiera, plusieurs patrouilles de la Guardia di Finanza, des bateaux militaires et des avions de surveillance, aucune information n’est-elle arrivée à temps sur l’île ? Jusqu’au 1er octobre 2013, un navire de la Guardia Civil espagnole mouillait à Lampedusa. Faisait-il partie de l’opération Hermes coordonnée par l’agence Frontex, le matin du drame ? Et si oui, que faisait-il pendant que des centaines de réfugiés se noyaient ?
Au lieu de poser ces questions, l’Italie et les institutions européennes indiquent qu’il est temps de « réévaluer » le rôle de l’agence Frontex et de lui donner plus de moyens. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! L’agence Frontex a pour mandat la lutte contre l’immigration dite « clandestine » et non le sauvetage en mer. Augmenter ses opérations dans le canal de Sicile ne réduira pas le nombre de morts en mer : 3.300 personnes auraient déjà trouvé la mort aux abords de l’île de Lampedusa [1] depuis 2002, alors que l’agence est en fonction depuis 2005 et que ses moyens sont passés de 19 millions d’euros en 2006 à environ 85 millions d’euros en 2013.
Même si les opérations d’interception en mer de Frontex sont souvent couplées à des opérations de sauvetage, le manque de transparence sur les activités de l’agence ne permet pas de savoir si ses patrouilles ont déjà véritablement sauvé des vies, ou si elles se sont contentées de signaler aux autorités les plus proches des embarcations en détresse. Au-delà, le partage des tâches entre l’Union européenne et les États membres est sciemment laissé dans l’opacité. Qui doit prendre en charge les migrants interceptés ou sauvés ? Qui, des États membres, de l’UE ou de Frontex, est garant du respect du droit d’asile et du principe international de non refoulement ? Ces incertitudes, et l’absence de procédures clairement définies, fragilisent gravement les opérations de sauvetage en laissant dans l’ombre la question des responsabilités.
La proposition de renforcer la présence de Frontex en Méditerranée, couplée à celle d’un renforcement de la coopération avec la Libye, révèle la volonté d’augmenter les patrouilles de l’agence européenne au large des côtes de Tripoli tout en externalisant la gestion des frontières. Cette politique entraînera un refoulement indirect des réfugiés vers la Libye où les droits humains des personnes migrantes sont notoirement bafoués [2]. Une façon de reléguer loin des yeux offusqués de l’opinion européenne les futurs « drames de l’immigration ».
À l’heure où, une fois de plus, les responsables politiques des États membres et de l’Union européenne considèrent que la leçon à retenir du naufrage survenu à Lampedusa le 3 octobre est la nécessité de renforcer la surveillance des frontières, il est temps de s’élever contre cette fuite en avant et d’affirmer haut et fort : « surveiller » n’est pas « veiller sur ». On ne peut à la fois « surveiller » les migrants en tant que flux à stopper et « veiller sur » les migrants en tant qu’humains ayant besoin de protection. Dès lors, jamais une politique de lutte contre l’immigration dite « clandestine » ne pourra être une politique respectueuse des droits des personnes.
Source : Afrique Asie

Italie : Après la mort de centaines d’immigrés à Lampedusa….Une tragédie ? Un massacre plutôt.

Indignation feinte et fausses larmes du gouvernement italien et de l’Union Européenne
Les images des corps inanimés des migrants « clandestins » repêchés en mer puis alignés à Favarolo, sur la jetée du port de Lampedusa, ont fait le tour du monde, suscitant horreur et indignation. Une tragédie ? Un massacre plutôt.
L’incendie du 3 octobre, au large de Lampedusa, d’une embarcation partie du port libyen de Misurata et qui transportait à son bord 500 réfugié-e-s originaires, pour la plupart, d’Erythrée, de Somalie et du Ghana, a fait plus de 100 morts alors que 250 personnes sont toujours portées disparues. Parmi les survivants, nombreux sont ceux qui témoignent de l’absence de secours, dans un premier temps, de la part de bateaux de pêche qui auraient vu l’embarcation des migrants se retourner puis couler à pic sans pour autant intervenir, cela comme conséquence de la législation anti-immigration qui empêche aux embarcations civiles d’apporter de l’aide aux « clandestins » l’arrivée des garde-côtes.
La population de petite île italienne de Lampedusa, entre la Tunisie et la Sicile, est désespérée. Elle l’a fait savoir en descendant dans la rue pour dénoncer le fait que Lampedusa vit dans la douleur et porte sur ses épaules le poids de l’indifférence du reste du monde. « Lampedusa veut accueillir les migrants en vie, et non pas lorsqu’ils sont morts », pouvait-on lire sur certaines pancartes. Le cimetière de l’île est, pour ainsi dire, complet. Les cadavres sont transférés dans un hangar de l’aéroport et le centre de rétention de l’île tourne au-delà de ses capacités, avec plus de 1350 réfugiés qui s’y entassent.
Pendant ce temps, une journée de deuil national a été décrétée par le gouvernement italien de coalition gauche-droite. « Plus jamais ça ! », s’est étranglé Enrico Letta, le président du Conseil. « C’est une honte », a aussitôt renchéri le Pape François qui avait choisi de se rendre, en juillet, à Lampedusa pour son premier déplacement en dehors de Rome. Sans vergogne, pour le coup, Angelino Alfano, actuel ministre de l’Intérieur et ancien bras-droit de Silvio Berlusconi, a proposé la candidature de Lampedusa au prix Nobel de la Paix, en disant regretter le peu de collaboration de l’Union Européenne par rapport à la gestion des flux migratoires.
Des frontières blindées pour défendre la « Forteresse Europe »
Il est vrai que l’UE n’a pas développé jusqu’à présent de législation parfaitement homogène sur cette question et chaque pays continue à appliquer son propre arsenal législatif (et répressif). Pour ce qui est de l’Italie, c’est la loi Bossi-Fini de 2002 (du nom des ministres Ligue du Nord et Alliance Nationale du gouvernement Berlusconi de l’époque) qui continue à être appliquée et qui prévoit notamment l’expulsionimmédiate des immigrés clandestins lorsque ils sont arrêtés. La loi a été renforcée en 2009 à travers le « Paquet sécurité » [‘Pacchetto Sicurezza’], dont la principale « innovation » a été l’introduction dans le droit pénal du « délit de clandestinité », mesure qui a été condamnée y compris par la Cours de Justice européenne en 2011 comme parfaitement contraire aux droits fondamentaux.
Même si l’UE ne compte pas une législation uniforme, cela ne veut pas dire que les pays de l’UE ne se coordonnent pas pour renforcer les contrôles et les expulsions sensés garantir la « sécurité » des frontières de l’Union. Depuis une quinzaine d’années, les centres pour l’identification et l’expulsion des candidats à l’immigration se sont multipliés dans tous les pays méditerranéens. Il en existe aujourd’hui prés de 500, tandis que, le budget de Frontex s’élève à 88 millions d’euros par an. Cette agence européenne, mise en place en 2004 pour surveiller les frontières de l’UE, dispose en effet de 26 hélicoptères, 22 avions, 113 bateaux sans compter des dizaines d’équipes d’intervention, tout cela pour mieux défendre la « Forteresse Europe ». Cela n’a pas non plus empêché les pays du Sud de l’UE de continuer à demander davantage de subventions à Bruxelles pour blinder un peu plus leurs frontières, une opération aussi injuste qu’inutile lorsque l’on sait que l’objectif affiché est de bloquer les flux de migrants.
Sous-traitance du contrôle et de la répression des flux de réfugiés
La stratégie consistant à sous-traiter aux pays du Sud de la Méditerranée les questions migratoires, à travers la construction de prisons en Libye et de systèmes de contrôle dans le Sahara est le complément de ces politiques. Human Rights Watch a accusé Tripoli à plusieurs reprises d’arrestations arbitraires et d’actes de torture dans des centres de détentions financés par le gouvernement italien. Rome finance également des vols charters d’expulsés, qui partent de la Libye avec à leur bord des migrants, ainsi que des moyens logistiques facilitant ces expulsions par voie terrestre.
Pleurer sur la tragédie de Lampedusa comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle signifie ignorer les causes systémiques qui produisent ce genre d’événements. Il s’agit, par ailleurs, d’un événement qui n’a rien d’exceptionnel comme le montrent les données officielles sur les « voyages du (des)espoir » des vingt dernières années. Prés de 20.000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée, dont 6.200 dans le seul Canal de Sicile, entre le Maghreb et l’Italie. Quelques heures avant le naufrage de Lampedusa, toujours au large de l’île, une embarcation avec à son bord 463 migrant-e-s avait accosté, et le premier octobre, à Scili, dans la province de Raguse, treize migrants avaient trouvé la mort par noyade après avoir dû se jeter à la mer à partir d’une embarcation qui transportait 160 Erythréens. Le massacre de Lampedusa est donc loin d’être un cas à part.
L’industrie de la clandestinité fonctionnelle au capitalisme européen
Crier au scandale au nom du fait que des dizaines de personnes perdent la vie, tous les jours, en essayant de se rendre en Europe pour tenter d’échapper à des conditions de (sur)vie insoutenables dans leur pays d’origine démontre l’hypocrisie la plus complète de l’impérialisme européen et de ses gouvernements qui font semblant d’oublier leurs responsabilités par rapport à la mise en place de ce que l’on pourrait appeler « l’industrie de la clandestinité ».
En effet, dans le meilleur des cas, les migrants qui ne se noient pas en Méditerranée mais débarquent en Europe et échappent à la détention à leur arrivée, deviennent des travailleurs serviables et corvéables à merci, victimes du racisme institutionnel, soumis au chantage de patrons petits et gros qui les font travailler dans des conditions souvent proche de l’esclavage, et tout ça est totalement fonctionnel à l’économie européenne. Les événements de Rosarno, dans le Sud de l’Italie, nous le rappellent, lorsqu’en 2010, des centaines d’ouvriers agricoles sans-papiers de Calabre s’étaient rebellés, avaient fait éclater le scandale de ces hommes et femmes vivant entassés dans des hangars ou sous des tentes et travaillant comme saisonniers pour quelques euros par jour. Ce sont là les conditions conditions que connaissent une bonne partie des travailleurs sans-papiers en Europe, et pas seulement dans la plaine agricole de Gioia Tauro d’où viennent les oranges que l’on retrouve sur nos tables. Là encore, le gouvernement italien avait crié au scandale comme si ce qui se passait à Rosarno était une exception, en non la règle. Là encore, les fausses larmes et l’indignation feinte occultaient la logique systémique qui préside à l’économie de la clandestinité. Une fois de plus, elles transforment en une mauvaise farce ce qui est une tragédie quotidienne.
Jamila Al-Mukhtar, le 05/10/13


mardi 8 octobre 2013

Italie. Lampedusa : lois et politiques meurtrières….la politique « de contrôle des flux migratoires » des gouvernements italiens qui ont fait de ce détroit un terrifiant cimetière pour des milliers de migrant•e•s.

« Honte » et « horreur », voilà les deux termes retenus, depuis trois jours, par l’essentiel des médias italiens suite au naufrage, le 3 octobre 2013 à l’aube, du navire qui « transportait » 518 enfants, femmes et hommes. Il était parti depuis la ville libyenne de Misrata. Cinq cent dix-huit êtres humains qui cherchaient un refuge pour se protéger de la guerre, de la faim, de la maladie, de tortures, de semi-esclavage. Or, à 800 mètres des côtes de l’île de Lampedusa, dans le détroit de Sicile, 252 d’entre eux furent condamnés à mort.
Les termes de honte et d’horreur, prononcés respectivement par le nouveau pape François et le président de la République italienne depuis 2006, Giorgio Napolitano, devraient s’appliquer à la politique « de contrôle des flux migratoires » des gouvernements italiens qui ont fait de ce détroit un terrifiant cimetière pour des milliers de migrant·e·s.
La « gauche » criminalise les réfugiés
Un bref rappel est nécessaire pour ensevelir l’hypocrisie dans laquelle s’ébattent les membres des partis gouvernementaux.
En effet, en mars 1998, une loi est adoptée en vue de « régler organiquement toute la question de l’immigration ». Elle est connue sous le nom de loi Turco-Napolitano. Elle introduit et officialise la notion d’immigration clandestine qui implique une procédure de criminalisation du réfugié, du demandeur d’asile, sa concentration dans des « centres de rétention temporaires » (art. 12) pour tous ceux et toutes celles qui seront soumis à un jugement d’expulsion de l’Italie.
• Livia Turco était membre jusqu’en 1991 du Parti communiste italien (PCI), puis du Parti démocratique de la gauche (PDS) jusqu’en 1998, puis des Démocrates de gauche (DS) jusqu’en 2007, puis du Parti démocratique (PD) du gouvernement actuel d’Enrico Letta. Ces partis aux différents noms ne sont rien d’autre que des filiations sans cesse plus dégénérées du PCI. De ce Parti communiste italien qui, en 1943-44, passait un accord avec le maréchal Pietro Badoglio, ancien chef militaire de la guerre fasciste d’Ethiopie. Un militaire qui ne recula pas devant l’utilisation d’armes chimiques, avant d’entrer à Addis-Abeba le 5 mai 1936. Or, la quasi-totalité des exilé·e·s défunts et de ceux qui survivent, avec de profondes et irrémédiables blessures, vient de ces terres, anciennes colonies de l’Italie fasciste : la Somalie, l’Erythrée, l’Ethiopie. Honte et horreur s’appliquent à cette histoire et à la politique des partis auxquels a adhéré Livia Turco qui verse aujourd’hui des larmes de crocodile dans L’Unita des 4 et 6 octobre 2013.
• Giorgio Napolitano, ce sage sanctifié par la bourgeoisie italienne, a un parcours politique identique si ce n’est que ses responsabilités dans le PCI étaient d’un autre ordre. Il fut un des animateurs de la transition du PCI vers le PDS. Il sera ministre de l’Intérieur sous le gouvernement Prodi, c’est-à-dire le premier ministre de l’Intérieur issu des rangs « communistes ». Ses mérites seront reconnus par l’ancien gouverneur de la Banque d’Italie Carlo Azeglio Ciampi (de 1973 à 1993) qui nomma Giorgio Napolitano sénateur à vie une fois qu’il avait acquis (1999) le statut de président de la République.
En résumé, deux ex-communistes (Turco-Napolitano) ont pavé la voie juridique à la « chasse aux clandestins », autrement dit aux demandeurs d’asile, cela sous les auspices du gouvernement considéré comme progressiste de Romano Prodi.
Condamner le mort clandestin : la honte
C’est dans cette foulée qu’a été instaurée la loi dite Bossi-Fini adoptée par le parlement en juillet 2002, sous le deuxième gouvernement de Berlusconi (2001-2005).
Cette loi porte le nom du xénophobe dirigeant de la Lega Nord, Umberto Bossi, et du dirigeant de l’Alleanza Nazionale, Gianfranco Fini, réformateur-modernisateur du parti fasciste Mouvement social italien (MSI) de Giorgio Almirante au milieu des années 1990. Après une période de succès, Fini est aujourd’hui un naufragé sur la scène politique.
La loi Bossi-Fini prévoit le renvoi immédiat des migrant·e·s dits « clandestins » par les forces de police après avoir été conduits dans un centre de rétention temporaire tel qu’instauré par la loi Turco-Napolitano. Dans ce centre, ils sont censés être identifiés. Pour avoir un permis de séjour il faut disposer d’un permis de travail et pour avoir un permis de travail il faut disposer d’un permis de séjour. Comme le dit Ignazio Fonzo, le procureur adjoint de la ville d’Agrigente (en Sicile), un des deux procureurs chargés de l’enquête du naufrage du 3 octobre : « Pour la loi italienne, à peine les migrants mettent le pied sur le sol italien, ils commettent le délit d’immigration clandestine. » Puis, le procureur adjoint souligne que « même s’il leur était concédé finalement un statut de réfugié politique, la procédure pour délit se poursuivrait, y compris en se concluant par un non-lieu ». (L’Unita, 6 octobre 2013) Ce qui pour ce juriste révèle la nature strictement criminalisante de la législation Bossi-Fini. Ce d’autant plus qu’a été introduite une peine de 5000 euros (art. 10bis de la loi Bossi-Fini) pour délit de clandestinité… qui sera imposée à « un clandestin » qui est censé être expulsé immédiatement d’Italie.
L’autre horreur de la loi Bossi-Fini réside dans la condamnation pour complicité de délit de clandestinité des personnes qui aideraient un a priori supposé clandestin à mettre le pied « sur la terre d’Italie ». Ainsi, les pêcheurs de Lampedusa qui aident une personne en train de se noyer peuvent se voir confisquer leur bateau, leur instrument de travail, et être condamnés. Ce qui va complètement à l’encontre de la Convention des Nations unies sur les réfugiés et du droit international de la navigation. Ainsi, Giorgio Bisagna, expert du droit de l’immigration, avocat à Palerme, affirme : « Dans le cas du naufrage de Lampedusa, le délit pourrait être commis par ceux qui ne sont pas intervenus pour porter secours à des réfugiés se trouvant en mer. »
Frontex organise les naufrages
Un débat, suite à cette tragédie, s’effectue sur « l’efficacité » de la loi Bossi-Fini pour « la régulation des flux migratoires ». Autrement dit, la prétendue gauche, du PD à d’autres forces, fait silence sur la vaste opération d’externalisation mise en place dans le cadre de Frontex, cette agence européenne de « surveillance des frontières extérieures des Etats de l’UE », dès 2004-2005. Symboliquement, le siège de Frontex se trouve à Varsovie.
Dans le cadre de Frontex et avant Frontex, le gouvernement italien a passé des accords avec la dictature de Kadhafi en Libye pour arrêter aux frontières libyennes les personnes cherchant à échapper aux pires persécutions et misères dans divers pays subsahéliens ou dans la corne de l’Afrique, entre autres. Le 29 décembre 2007, le gouvernement Prodi a signé un premier accord complet. Puis, le gouvernement Berlusconi, le 4 février 2009, a complété cet accord, entre autres sur le système de contrôle militaire des frontières maritimes et terrestres.
Cet accord a été renouvelé, le 4 juillet 2013, lors d’une rencontre entre Giorgio Alfano, ministre de l’Intérieur, et Mohamed Emhemmed, Abdelaziz, ministre des Affaires étrangères de Libye.
Les refoulements brutaux par la police libyenne sont monnaie courante depuis longtemps, les incarcérations et les brutalités (viols, tortures, etc.), les extorsions d’argent. Tout cela a fait l’objet de plusieurs rapports d’ONG. L’aide financière et technique du gouvernement italien (corvettes, radars, communications satellitaires) doit permettre un travail conjoint aux deux « polices des frontières ».
En fait, depuis des années, un mur policier a été élevé dans le détroit maritime de Sicile. Les gouvernements d’Europe et l’Union européenne, à chaque « tragédie », cette fois encore, soulignent la nécessité « d’améliorer le fonctionnement de Frontex », de renforcer son budget, comme le proposent aussi bien le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius que le président du Conseil italien Enrico Letta.
Or, c’est précisément parce que Frontex fonctionne que des migrants arrivés en Libye – autrement dit celles et ceux qui ont échappé à la mort ou au refoulement – sont contraints à prendre tous les risques et à s’embarquer à plus de 500 sur un rafiot, dans l’espoir d’atteindre les côtes de l’île de Lampedusa. Et cela bien qu’au cours de la dernière décennie 5000 migrant·e·s aient été condamnés à une mort par noyade. Le profond désespoir nourrit l’espoir – car rien d’autre ne semble possible – de franchir ce mur. Il faut être confiné dans des enclos administratifs pour ne pas le comprendre ou refuser de le comprendre.
Dès lors, une cible est à portée de main : les organisations semi-mafieuses qui « organisent » le transport des migrant·e·s désespérés contre des sommes qui conduisent leurs familles à un endettement, souvent sans fin, et menant plus d’une fois à un esclavage pour dette dans le pays de départ et aussi dans le pays d’arrivée (travail clandestin, prostitution, etc.).
On peut poser une question simple pour tout historien : est-ce la prohibition aux Etats-Unis entre 1920 et 1933 qui a facilité le développement de la mafia ou est-ce la mafia qui est la cause de la prohibition ? Ou encore : pour être certain d’arriver à bon port, combien de touristes européens paient les services d’un tour-opérateur, dont les réseaux et les tarifs voisinent souvent avec l’escroquerie ? Dès lors, dans une situation de départ marquée par l’insécurité totale, une réfugiée somalienne ou érythréenne n’a d’autre choix que de « se confier » à un réseau de « transport », dont les traits mafieux rejoignent plus d’une fois ceux qui n’hésitent devant aucune escroquerie alimentaire, sanitaire, etc.
Aussi répugnants soient-ils, ces réseaux mafieux de transport sont nourris indirectement par des lois telles que celle dite Bossi-Fini ou par des institutions comme Frontex.
De plus, au-delà des mythologies sur les flux migratoires (ceux du Sud-Sud sont massivement plus importants que ceux du Sud-Nord), les réactions gouvernementales servent tout d’abord à camoufler la mise au travail « au noir » et contrainte des clandestins dans les dits pays d’accueil. Ensuite, les gouvernements et classes dominantes impérialistes, en jonction avec diverses « lumpen bourgeoisie » junior partners, peuvent travestir l’ensemble des mécanismes économiques, sociaux et militaires à l’origine des migrations. Un exemple : l’extraction minière massive est aujourd’hui un facteur de militarisation et de guerres dans de nombreuses régions et pays.
En outre, une étrange amnésie frappe les partis institutionnels d’Italie. Le 28 mars 1997, une corvette de la marine militaire, intervenant dans le canal d’Otrante (reliant la mer Adriatique à la mer Ionienne) pour « protéger les frontières sacrées de l’Italie », avait embouti une petite embarcation et provoqué le décès de 81 personnes. Après une très longue enquête, bien qu’un appel ait été interjeté en cassation et ne soit pas encore tranché, la responsabilité unilatérale de la marine militaire a été largement documentée. Les conversations entre les diverses instances de commandement militaires fournissent à ce sujet des éléments de preuve plus que sérieux. Tout cela n’a pas empêché que cette première grande tragédie soit passée par pertes et profits. Or, Frontex n’est qu’une version plus sophistiquée de ce blocus naval qui commença sous le gouvernement de l’Ulivo – coalition dite de centre gauche formée en 1995 et dirigée par Romano Prodi – conjointement à une campagne médiatique instaurant une phobie face à une prétendue invasion de l’Italie par des migrants venant de différentes régions de l’Afrique. Cela bien que toutes les statistiques, jusqu’à maintenant, indiquent que le nombre de migrants en Italie par rapport à la population est « au bas de l’échelle » des pays de l’UE.
L’honneur anonyme contre l’hypocrisie institutionnelle
La « honte » a gagné en splendeur lors de la visite à Lampedusa, le 4 octobre, d’Angelino Alfano, l’homme de Berlusconi qui occupe toujours, suite à la crise gouvernementale, la place de vice-premier ministre et de ministre de l’Intérieur. Il a osé proposer que « Lampedusa reçoive le Prix Nobel ». Cela lui a valu une réponse cinglante des habitants de Lampedusa.
Le « jour de deuil national » a été appelé par une grande partie de la population « jour de grève » (Il Manifesto, 5 octobre 2013). La maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, déclara : « Ce sont ces lois, ces politiques qui sont à l’origine de telles tragédies. » Elle a ajouté : « L’Italie a des lois inhumaines : trois pêcheurs se sont éloignés du lieu du drame parce que notre pays a intenté des procès à des pêcheurs, qui pourtant ont sauvé des vies humaines, pour délit d’encouragement à l’immigration clandestine. » Le curé de la paroisse Stefano Nastasi a utilisé les paroles les plus dures contre l’hypocrisie et le mensonge qui règnent, et la macabre comptabilité des morts alors que les causes réelles « de cette guerre » ne sont pas abordées.
Des termes plus réalistes et plus nobles que les déclarations de la présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini (SEL-Gauche, écologie et liberté), qui a certes dénoncé la loi Bossi-Fini, mais qui était depuis longtemps au fait de la situation puisqu’elle avait le poste de commissaire de l’ONU pour les réfugiés.
Deux pêcheurs amateurs ont sauvé 12 réfugiés. Huit amis sur une barque en ont sauvé 47 – 46 hommes et une femme – aux alentours de 3 heures du matin. Ils ont demandé l’aide d’autres embarcations et comme ils le disent : « Une véritable chaîne humaine d’aide s’est mise en place pour sauver ces jeunes gens entre 16 et 24 ans ; désespérés, nus, pleurant et nous disant : “Sauvez les enfants, ils ne doivent pas mourir.” » (Il Fatto Quotidiano, 4 octobre 2013)
A elles seules, ces deux initiatives suffisent à dénoncer la politique officielle des gouvernements. Encore plus lorsqu’on lit les déclarations de responsables des garde-côtes qui, devant l’aide demandée par les deux pêcheurs cités, leur ont répondu : « Nous ne pouvons rien faire, nous devons attendre la confirmation du protocole à suivre. » Quant à d’autres responsables de la marine militaire, ils ont insisté sur leur manque de moyens en termes de télécommunications et autres technologies de pointe.
La gauche radicale se doit de définir, fort concrètement, une politique qui valorise l’interculturalité et l’unité de classe pour la défense des droits démocratiques et sociaux qui sont un enjeu important de la guerre sociale en cours, une guerre dont les migrant·e·s constituent une légion de « soldats inconnus » pour les dominants et dont le visage, l’histoire, les douleurs et les luttes doivent devenir les familiers d’une voie commune de classe à construire. (6 octobre 2013)
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE !