jeudi 18 juillet 2013

SOLIDARITÉ DES ÉTATS MEMBRES DE L’OEA AVEC LE PRÉSIDENT DE L’ÉTAT PLURINATIONAL DE BOLIVIE, EVO MORALES AYMA, ET LE PEUPLE BOLIVIEN [1 ][2 ]

Texte officiel de la Résolution adoptée par le Conseil Permanent de’OEA le 9 juillet 2013 : 

LE CONSEIL PERMANENT DE L’ORGANISATION DES ÉTATS AMÉRICAINS,
CONSIDÉRANT :
Que la Charte de l’Organisation des États Américains établit que “le droit international constitue la norme de conduite des États dans leurs relations mutuelles” ; et que “l’ordre international est basé essentiellement sur le respect de la personnalité, de la souveraineté et de l’indépendance des États ainsi que sur le fidèle accomplissement des obligations découlant des traités et des autres sources du droit international” ;
Qu’il est fondamental que tous les États respectent strictement les normes et les coutumes qui régissent l’immunité des chefs d’État, ainsi que les normes et règlements du droit international concernant l’utilisation de l’espace aérien pour les survols et les atterrissages ;
Que le Gouvernement de l’État plurinational de la Bolivie, par le truchement de sa Mission permanente près l’OEA, a fait savoir et dénoncé publiquement que le 2 juillet 2013, l’avion présidentiel immatriculé au FAB-001 qui transportait le Président Evo Morales Ayma vers La Paz, a été forcé de faire un atterrissage d’urgence à Vienne (Autriche), suite à l’annulation, au refus ou au retard des autorisations préalablement émises de survol et d’atterrissage dans les espaces aériens de la France, du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne, la sécurité du mandataire bolivien et sa suite et d’autre part, a violé le droit international régissant ces questions,
Que le Secrétaire général de l’Organisation a exprimé opportunément, par un communiqué de presse, le profond malaise que lui a causé la décision des autorités de divers pays européens qui ont empêché l’utilisation de l’espace aérien par l’avion qui transportait de Moscou à La Paz, le Président de l’État plurinational de Bolivie, Monsieur Evo Morales ; et qu’en même temps, il a demandé aux pays concernés des explications au sujet des motifs qui les avaient portés à prendre cette décision, notamment parce qu’elle mettait en danger la vie du premier mandataire d’un pays membre de l’OEA,
DÉCIDE :
1. D’exprimer la solidarité des États membres de l’Organisation des États Américains au Président de l’État plurinational de la Bolivie, Monsieur Evo Morales Ayma.
2. De condamner les actes qui ont violé les normes et principes de base du droit international, comme par exemple l’inviolabilité des chefs d’État.
3. De lancer un ferme appel aux gouvernements de la France, du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne pour qu’ils fournissent les explications nécessaires sur les faits survenus en relation avec le Président de l’État plurinational de Bolivie, Evo Morales Ayma, et pour qu’ils fassent les excuses pertinentes.
4. De lancer un appel en faveur de la poursuite d’un dialogue respectueux et constructif entre les parties, conformément au droit international et aux mécanismes de règlement pacifique des différends.
5. De renouveler la validité intégrale des principes, normes et coutumes internationales qui régissent les relations diplomatiques entre les États et garantissent la coexistence pacifique entre tous les pays qui forment la communauté internationale.
6. De charger le Secrétaire général de donner suite aux dispositions de la présente résolution.
NOTES DE BAS DE PAGE
1. Le Canada ne peut se joindre au consensus concernant cette résolution. Le Canada respecte les privilèges et immunités octroyés aux chefs d’État dans le droit international coutumier. Cependant, dans ce cas, il existe des interprétations contradictoires au sujet des faits entourant cet incident. De surcroît, l’octroi ou l’annulation présumée d’une autorisation de survol est une affaire bilatérale indépendante de la question des privilèges et des immunités accordés aux chefs d’État. Avant de soumettre ce point à l’Organisation, les États nommés dans la résolution devraient rechercher un règlement de la question à travers des filières diplomatiques.
2. Les États-Unis ne peuvent pas se joindre au consensus concernant cette résolution. Les faits pertinents concernant l’incident sous référence ne sont pas clairs et se prêtent à des rapports contradictoires. Il n’est donc pas approprié pour cette Organisation de faire des déclarations les concernant pour le moment. De surcroît, la question de l’octroi ou de l’annulation d’autorisations de survol ou d’atterrissage est une affaire bilatérale entre la Bolivie et les pays concernés. Il est inutile et inapproprié pour l’OEA d’essayer d’intervenir pour le moment.
URL de cet article 21495

Affaire Snowden - La FIDH et la LDH déposent plainte pour atteinte aux données personnelles

FIDH/LDH
Communiqué FIDH/LDH - La FIDH et la LDH ont saisi ce jour Monsieur le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris d’une plainte contre X en raison des faits révélés par Monsieur Edward Snowden.
Agissant tant en raison de leur objet social, qui les conduit à faire sanctionner les atteintes aux libertés individuelles en matière de traitement informatisé, qu’à titre personnel, la FIDH et la LDH ont déposé plainte sur le fondement des articles 323-1, 226-18, 226-1 et 226-2 du Code Pénal.
Ces dispositions concernent l’accès frauduleux à un système informatisé, la collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, l’atteinte volontaire à la vie privée et l’utilisation et la conservation d’enregistrements et de documents obtenus par l’atteinte à la vie privée.
Les révélations faites dans la presse par Monsieur Edward Snowden ont permis de dévoiler l’existence d’un programme américain dénommé PRISM (Planning Tool for Ressource Intégration Synchronization, and Management) collectant des renseignements sur les serveurs de différentes sociétés exerçant dans le domaine de l’Internet (Microsoft, Yahoo, Google, Paltalk, Facebook, Youtube, Skype, AOL et Apple).
Sous couvert de la lutte contre le terrorisme et de la criminalité organisée, ce système d’interception des données privées, qui concerne tout autant les citoyens américains que les associations et individus étrangers, a permis à la NSA et au FBI de collecter des données matérielles hébergées par les serveurs de ces sociétés incluant notamment les historiques de recherches et de connexions effectuées sur le net, le contenu d’e-mails, de communications audio et vidéo, des fichiers photos, des transferts de documents ainsi que le contenu de conversations en ligne.
L’essence même de ce système – donnant lieu à la surveillance d’un demi-milliard de communications par mois – est, notamment au travers de mots clés, d’appréhender non seulement l’origine d’un message privé mais aussi son destinataire ainsi que son contenu, quel que soit le moyen technique utilisé pour la transmission de ce message.
Cette intrusion sans contrôle dans la vie de chacun constitue un danger considérable pour les libertés individuelles qui doit être enrayé sous peine de voir disparaître l’État de droit.
La FIDH et la LDH saisissent donc aujourd’hui la justice française afin qu’une information judiciaire portant sur ces faits soit ouverte.
Paris, le 11 juillet 2013
Glenn Greenwald
URL de cet article 21405

Affaire Snowden : Échange de courriels entre Edward Snowden et l’ancien sénateur Républicain Gordon Humphrey - Glenn Greenwald (The Guardian)

« Je crois que vous avez fait une bonne action en exposant ce que je considère comme une violation massive de la Constitution des Etats-Unis ».
L’ancien sénateur Républicain aux deux mandats, Gordon Humphrey, du New Hampshire, a écrit un courriel à Edward Snowden hier [gras ajouté par mes soins] :
Monsieur Snowden,
A condition que vous n’ayez pas divulgué d’informations qui mettraient en danger un agent de renseignement, je crois que vous avez fait la bonne chose en exposant ce que je considère comme une violation massive de la Constitution des Etats-Unis.
Ayant servi les Etats-Unis au Sénat pendant douze ans comme membre de la Commission des Affaires Etrangères (Foreign Relations Committee), de la Commission des Forces Armées et la Commission Judiciaire (Armed Services Committee and the Judiciary Committee), je pense que j’ai une bonne base pour arriver à une telle conclusion.
Je vous souhaite bonne chance dans vos efforts pour obtenir l’asile et vous encourage à persévérer.
Je vous prie de bien vouloir accuser réception de ce message afin d’être certain que vous l’avez reçu.
Cordialement,
Gordon J. Humphrey
Ancien Sénateur des Etats-Unis
New Hampshire
Après avoir contacté le sénateur Humphrey pour qu’il me confirme l’authenticité de son message, il m’a écrit [gras ajouté par mes soins] :
Monsieur Greenwald,
Oui. C’est moi qui ai envoyé le courriel à Edward Snowden, le remerciant pour avoir dénoncé les violations surprenantes de la Constitution des Etats-Unis et pour l’encourager dans sa recherche d’un asile.
A ma connaissance, Monsieur Snowden a seulement révélé l’existence d’un programme et non pas des détails qui mettraient quiconque en danger. Je le considère comme un courageux lanceur d’alerte.
Je m’oppose à la campagne monumentalement disproportionnée menée par le gouvernement des Etats-Unis contre Edward Snowden, alors qu’aucun effort n’est fait pour identifier, démettre de ses fonctions et traduire en justice les officiels qui ont abusé du pouvoir, violant gravement et à plusieurs reprises la Constitution des Etats-Unis et les droits de millions de citoyens sans méfiance.
Les Américains préoccupés par l’arrogance croissante de notre gouvernement et de son caractère de plus en plus menaçant devraient agir pour aider Monsieur Snowden à trouver un asile. Les anciens membres du Congrès, en particulier, devraient prendre les devants et s’exprimer ouvertement.
Cordialement,
Gordon Humphrey
La réponse de Snowden au sénateur Humphrey :
Monsieur Humphrey,
Je vous remercie pour votre soutien. Je souhaite seulement qu’il y ait plus de nos législateurs qui partagent vos principes – les actions que j’ai entreprises n’auraient pas été nécessaires.
Les médias ont déformé mes actions et mes intentions pour faire oublier l’essentiel des violations constitutionnelles et à la place se focalisent plutôt sur les individus. Ils semblent croire que tout récit moderne a besoin d’un méchant. C’est peut-être le cas. Peut-être que dans ces moments-là, aimer son pays signifie être haï par son gouvernement.
Si l’histoire s’avère qu’il en est ainsi, je n’hésiterai pas à être haï. Je n’hésiterai pas à porter ces accusations d’infamie pour le reste de ma vie comme un devoir civique, pour permettre à quelques rares personnes de pouvoir qui n’ont pas osé le faire elles-mêmes à m’utiliser comme une excuse pour corriger ces erreurs.
Mon intention, que j’ai évoquée quand tout a commencé, est d’informer le public sur ce qui se fait en leur nom et ce qui se fait contre eux. Je maintiens mon engagement à ce sujet. Bien que les journalistes et les responsables puissent ne jamais y croire, je n’ai fourni aucune information qui pourrait nuire à notre peuple – agent ou pas – et je n’ai aucune intention de le faire.
En outre, aucun service de renseignement – pas même le nôtre – n’a la capacité de compromettre les secrets que je continue à protéger. Bien que les médias n’en ont pas parlé, une de mes spécialisations est d’enseigner aux agents des services de renseignement de l’armée comment éviter que de telles informations soient compromises même dans les environnements de contre-espionnage les plus menacés (à savoir la Chine).
Vous pouvez avoir l’esprit tranquille en sachant que je ne pourrais être forcé de révéler cette information, même sous la torture.
Avec mes remerciements pour votre service à la nation que nous aimons tous les deux,
Edward Snowden.
Glenn Greenwald

mercredi 17 juillet 2013

Lettre ouverte à Gérard Collomb, Maire de Lyon..."Israël entend détruire 36 villages et déplacer 70 000 Bédouins ! Il est temps de suspendre le Jumelage de Lyon avec Beer-Sheva"

Monsieur Le Sénateur Maire de Lyon Gérard Collomb.
Objet : Dénoncer la destructions de 36 villages Bédouins du Negev prévu par le "Plan PRAWER" par la suspension du partenariat Lyon – Be’er Sheva

Aujourd’hui 15 juillet 2013, les palestiniens d’Israël sont en grève contre la loi Prawer-Begin que le Parlement israélien a approuvé en première lecture, le 27 juin. Cette loi prévoit la destruction totale de 36 villages et le déplacement forcé des 70 000 Bédouins qui y vivent, pour les contraindre à s’installer dans les zones urbaines de 7 villes de regroupement.
Or, cette loi Prawer-Begin est en contradiction avec la recommandation du Comité des Nations unies sur les droits économiques, sociaux et culturels (2011), qui a demandé à Israël de renoncer à l’évacuation forcée des habitants bédouins et de cesser les démolitions de leurs maisons et villages dits « non reconnus ». En juillet 2012, le Parlement européen a également demandé à Israël de retirer le plan Prawer. [1]
Citoyen(ne)s lyonnais(es), nous ne pouvons cautionner de tels actes ; nous demandons que la ville de Lyon marque son attachement au droit international et son désaccord avec ce plan en prononçant officiellement la suspension de tout rapport avec la ville jumelée de Beer-Sheva qui se trouve au cœur géographique de ce déplacement forcé de populations arabes israéliennes.
Le Président du Collectif 69 de Soutien au Peuple Palestinien
[1] La résolution du Parlement européen du 5 juillet 2012 sur la politique de l’Union européenne à l’égard de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est (2012/2694(RSP)) dans l’article son 12 :
"demande la protection des communautés bédouines de Cisjordanie et du Néguev, et le respect plein et entier de leurs droits par les autorités israéliennes, et condamne toute violation (par exemple les démolitions de logements, les déplacements forcés, les restrictions dans les services publics) ; demande également, dans ce cadre, le retrait du plan Prawer par le gouvernement israélien ;"
Vous trouverez plus d'infos sur cette page : http://collectif69palestine.free.fr/spip.php?article614 
Collectif 69

Espionnage du Web par les services spéciaux américains : L’Amerique latine rappelle ses ambassadeurs d’Europe.

Les présidents des pays du Mercosur font front commun. Tous ont soutenu l'initiative du Venezuela, de la Bolivie et du Nicaragua d'octroyer l'asile politique à Edward Snowden, écrit le quotidien Kommersant du 15 juillet 2013.

Les dirigeants sud-américains ont demandé aux Etats-Unis de cesser leurs activités d'espionnage cybernétique et menacé de soulever cette question lors d'une prochaine réunion du Conseil de sécurité de l'ONU. Pour le moment ces pays envisagent de rappeler leurs ambassadeurs en Europe. 

Les chefs d'Etat sud-américains ont annoncé leur volonté d'accueillir l'analyste fugitif de la CIA lors du sommet du Mercosur à Montevideo. Ils ont notamment indiqué que l'asile constituait un "droit imprescriptible de tout pays que personne n'est en mesure de limiter ou d'enlever".

Le Mercosur est une entité économique et politique qui regroupe l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Venezuela - la Bolivie, la Colombie, le Pérou, le Chili et l'Equateur sont membres associés. L'objectif de l'organisation consiste à promouvoir le commerce libre et la circulation des marchandises, des populations et des devises entre les États-membres.

Les leaders du Mercosur jugent les actions des Etats-Unis pour obtenir l'extradition d'Edward Snowden comme "révoltantes et inacceptables". Le vice-président américain Joe Biden a déjà demandé début juin au président équatorien de refuser l'asile politique à Edward Snowden. Les autorités de la Bolivie, du Venezuela et du Nicaragua avaient ensuite reçu une requête officielle américaine concernant l'extradition d'Edward Snowden dans le cas où il arriverait sur leur territoire. Tout le monde a assisté au scandale de l'arrêt et de la fouille du président bolivien en Europe. "Nous condamnons résolument toutes les tentatives de pression, de menace et de criminalisation suite à des promesses d'asile. Toute personne demandant l'asile a le droit de se rendre dans le pays prêt à le lui octroyer", stipule la déclaration des leaders sud-américains.

Après avoir examiné les informations d'Edward Snowden, le quotidien brésilien O Globo a écrit la semaine dernière que les services secrets américains avaient suivi des correspondances électroniques et des conversations téléphoniques à l'intérieur du Brésil. La présidente Dilma Rousseff a souligné au cours du sommet qu'il fallait "mettre fin à cette pratique". Les membres du Mercosur devraient élaborer des mesures de contrôle de l'internet. Les participants ont chargé l'Argentine, qui a le statut de membre non-permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, d'ajouter la question de l'activité des services secrets américains à l'ordre du jour de l'Assemblée générale. Suite à l'incident de l'avion du président bolivien les membres du Mercosur ont décidé de rappeler pour consultation leurs ambassadeurs en Espagne, en France, en Italie et au Portugal. Ces diplomates ne reviendront à leurs postes qu'après des excuses officielles de la part de l'Europe. 
RIANOVOSTI

lundi 15 juillet 2013

SYRIE - L'agression israélienne : une dernière carte suicidaires

La résistance de la Syrie a constitué une puissante gifle qui a faussé les calculs américains et occidentaux.

Après les défaites successives subies par l'agression impérialiste contre la Syrie, le soulèvement du peuple égyptien contre le pouvoir des Frères musulmans, en Egypte, a provoqué un grand choc au sein des milieux américano-israéliens. Cela est apparu dans les déclarations et les commentaires confus qui ont suivi la destitution du président Mohammad Morsi par une intifada sans précédent aussi bien au niveau de la mobilisation populaire que des slogans brandis par les millions d'Egyptiens qui sont descendus dans la rue. La première réaction de Washington a été d'inciter l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis à délier, hystériquement, les cordons de la bourse pour remplir de milliards de dollars les caisses du Trésor égyptien.
Les stratèges américains ont pensé que la prise du pouvoir par les Frères musulmans dans certains pays arabes garantirait une nouvelle période d'hégémonie israélo-impérialiste d'au moins dix ans, sous un habit islamiste.  Ces prévisions se sont basées sur la tradition religieuse des populations arabes, sur les relations organiques tissées par les Frères musulmans avec les centres de décisions occidentaux ces dernières décennies, et sur des pronostics farfelus annonçant la victoire inéluctable des "Ikhwans" en Syrie et la pérennité de leur pouvoir en Egypte. Ces gouvernements établiraient alors, en coordination avec l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, un nouvel axe qui déclarerait la guerre à l'Iran et s'allierait ouvertement à Israël. La fitna serait son principal outil pour détruire l'axe de la résistance dans la région.
La résistance de la Syrie a constitué une puissante gifle qui a faussé les calculs américains et occidentaux. La résilience de la Syrie à l'agression universelle qui la cible est principalement due à la convergence entre une solide volonté populaire, un commandement profondément enraciné dans ses choix nationalistes et une institution militaire idéologique et patriotique. Cette équation a permis de redessiner un nouveau paysage international sur lequel s'est brisée la domination unilatérale des Etats-Unis.
Après l'échec des cartes qatarie et turque dans l'agression contre la Syrie, l'Occident a jeté dans la bataille ses cartes de réserve saoudienne et jordanienne, basées sur un armement massif des terroristes. Nouvel échec. Le troisième volet du plan était construit sur l'option du déploiement en Syrie d'un contingent militaire palestino-égyptien, à travers le front jordanien.
Alors que la résistance syrienne se raffermissait et que des changements intervenaient dans les rapports de force internationaux, le soulèvement populaire égyptien a éclaté, réduisant à néant les espoirs de Washington et de ses auxiliaires de mettre en œuvre le troisième plan.
La rapidité avec laquelle les pays du Golfe ont apporté une aide financière à l'Egypte s'inscrit dans le cadre d'une mesure préventive visant à empêcher l'établissement d'un nouveau réseau de relations entre Le Caire, Moscou, Pékin et Téhéran. Mais ce n'est qu'une vaine tentative de retarder l'évolution naturelle des nouveaux rapports de force internationaux.
Les Frères musulmans sont sortis du pouvoir et ne sont pas prêts d'y revenir. En Syrie, l'Etat prend le dessus sur les terroristes, et le rôle turc crépusculaire dans le complot contre la Syrie ne sera pas remplacé par une monarchie wahhabite vacillante, minée par les rivalités au sujet de la succession. L'issue suicidaire à cette quadrature du cercle sera-t-elle une agression israélienne contre la Syrie et le Liban?
Par Ghaleb Kandil
Source : TENDANCES DE L’ORIENT

QATAR : Conséquences et leçons du « putsch » familial de Doha…… Rien ne semblait en effet justifier cette transition brutale et inattendue dans une société où le respect de l’âge est fondamental, où les successions s’opèrent normalement par la voie fraternelle et où l’on ne peut s’affranchir de ces contraintes qu’au prix d’un véritable « coup d’État »…


Traité en mode mineur dans les rubriques « pipoles » de la presse occidentale, l’abdication le 25 juin 2013 de l’émir régnant du Qatar, Hamad bin Khalifah, en faveur de son fils Tamim âgé de 33 ans constitue en fait un véritable séisme politique tant à l’intérieur de l’Émirat que dans l’ensemble du monde arabe. Rien ne semblait en effet justifier cette transition brutale et inattendue dans une société où le respect de l’âge est fondamental, où les successions s’opèrent normalement par la voie fraternelle et où l’on ne peut s’affranchir de ces contraintes qu’au prix d’un véritable « coup d’État » comme l’avait fait Hamad bin Khalifah contre son propre père en 1995. Et, de fait, « l’abdication » de l’Émir semble avoir été obtenue au terme d’un conseil de famille houleux où la fronde a été menée par la Cheikha Mozah, mère du prince Tamim, souvent présentée comme le « Père Joseph » du régime qatari. Mais cette bronca privée n’a pas pour seule motivation les appétits de pouvoir de telle ou telle branche de la famille.
Le Qatar a bâti sa récente et colossale fortune sur la « monoculture » du gaz naturel. C’est cette fortune qui a permis à l’Émirat au cours des quinze dernières années de gérer son insertion difficile entre deux voisins puissants et dangereux. Au sud, l’Arabie Séoudite avec laquelle il est en rivalité sur le plan religieux et qui avait juré sa perte, en allant même demander sans succès aux Égyptiens d’en chasser l’Émir manu militari au tournant des années 2000. Au Nord, l’Iran chiite et ses 75 millions d’habitants, foncièrement hostile aux Wahhabites et qui partage avec l’Émirat l’exploitation de la même poche de gaz au fond du Golfe persique, situation à terme lourde de contentieux. Ainsi menacé, le Qatar a repris à son compte les stratégies mises en œuvre par son rival séoudien dans les années 1980 : d’une part, se concilier par l’argent et des investissements massifs l’appui politique et la protection armée des grandes puissances militaires d’Occident ; et, d’autre part, tenter de faire jeu égal et si possible de supplanter l’Arabie dans le contrôle de l’islam mondial à grand renfort de millions de dollars par le biais des Frères Musulmans et du djihadisme salafiste. C’est ainsi qu’on a pu voir la patte du Qatar sur tous les théâtres politiques et militaires de l’activisme islamiste, de Gaza au Mali, de la Syrie à la Libye, de la Tunisie à l’Égypte avec la complaisance ignorante, naïve ou intéressée de décideurs occidentaux.
La mise en œuvre de cette politique a été confiée à Hamad ben Jassem, cousin de l’Émir, nommé Premier Ministre en 2003 en sus du poste de Ministre des Affaires Étrangères qu’il occupait depuis 1992, connu à Paris sous l’acronyme familier de « Hachebéji » par le personnel politique français qui, toutes tendances confondues, allait se bousculer servilement à sa porte. Le problème est que pour constituer sa fortune, le Qatar a consenti des investissements énormes et parfois disproportionnés pour l’extraction et le transport de son gaz naturel. Compte tenu de l’état actuel et des perspectives défavorables d’évolution du marché mondial du gaz, il devenait difficile pour la famille régnante du Qatar d’assurer sa prospérité financière par des placements diversifiés et plus ou moins judicieux dans le monde entier et, dans le même temps, de financer sans retenue l’expression de l’islamisme politique sunnite fondamentaliste dans le monde arabe et musulman. Le conseil de famille a tranché la question en déposant l’Émir en titre, en limogeant son ministre activiste, en portant au pouvoir un jeune homme de 33 ans connu pour son goût des affaires, ses penchants pro-occidentaux, son peu d’appétence à soutenir le fondamentalisme salafiste et dont on espère bien que, compte tenu de son âge, il sera assez aisé de le contrôler. Et il est assez significatif de constater que l’une des premières décisions du jeune prince a été d’effectuer des changements voyants à la tête de la chaîne de télévision Al-Jazeera devenue au fil des dix dernières années l’instrument privilégié d’influence, de propagande et d’agitation politique fondamentaliste au service de la politique extérieure de l’Émirat.
Ces bouleversements qui s’analysent en fait comme une véritable révolution ont été immédiatement perçus comme tels dans l’ensemble du monde arabe où il ont sans délai suscité une cascade de remises en cause et des conséquences majeures. En Égypte d’abord où les Frères Musulmans, constants dans leur politique de double langage, faisaient exactement le contraire de ce qu’ils avaient promis et dont la gestion à la fois rapace et inepte les amenait en conflit frontal avec la nomenklatura militaire qui demeure le principal opérateur économique du pays. L’armée pouvait à la rigueur, en attendant l’inévitable sanction populaire, laisser aux Frères la bride sur le cou tant qu’ils drainaient l’argent qatari. Mais l’interruption prévisible du flux annoncée par la déposition de l’Émir, a précipité le mouvement et poussé le commandement militaire à mettre un terme à l’expérience de cogestion avec l’islamisme politique au prix d’un véritable putsch. Et, pour faire bonne mesure, la classe politique et médiatique égyptienne a aussitôt exigé et obtenu la fermeture des bureaux et infrastructures d’Al-Jazeera au Caire. Rivale du Qatar, appuyée par les Émirats arabes unis et le Koweït, l’Arabie Saoudite a tout aussi immédiatement témoigné sa satisfaction et son appui à la révolte en débloquant des aides et prêts de plusieurs milliards de dollars destinés à permettre à l’armée de tenir les Frères à l’écart des recompositions politiques à venir.
Les conséquences de la transition qatarie ne sont pas moins spectaculaires en regard de la rébellion syrienne dont l’Émirat soutenait publiquement sur les plans politique, financier et militaire, les factions les plus ouvertement islamistes. Lors de la réunion de la Coalition nationale syrienne qui s’est tenue en Turquie le 6 juillet pour décider du remplacement de Moaz al-Khatib, son nième chef démissionnaire, c’est le candidat de l’Arabie Séoudite, Ahmad Assi Jarba - que ses adversaires n’hésitent pas à présenter comme « le candidat Bandar » ( le prince Bandar, « chef des services spéciaux séoudiens ») - qui a été élu aux dépens de son rival Mustafa Sabbagh jusque là soutenu par les Qataris. Dans le même temps, Ghassan Hitto, premier ministre du gouvernement provisoire rebelle, imposé par Hamad ben Jassem en mars 2013 lors du sommet de Doha, préférait présenter sa démission. Et il fait peu de doute que la « défection » qatarie se traduira rapidement sur le terrain par des évolutions défavorables aux groupes djihadistes déjà fortement éprouvés.
L’onde de choc s’étend jusqu’au Maroc où le vieux parti bourgeois conservateur de l’Istiqlal qui avait accepté d’entrer dans un gouvernement de coalition avec le Parti « Justice et bienfaisance » (l’émanation locale des Frères sortis vainqueurs avec une majorité relative des dernières législatives), a rompu le 10 juillet le pacte de gouvernement en faisant démissionner ses ministres et en initiant une crise qui devrait déboucher sur de nouvelles élections. Elle s’étend aussi dans le monde islamique où s’exerçait l’activisme qatari. Le bureau de représentation des Talibans afghans ouvert à Doha le 18 juin dernier a précipitamment fermé le 9 juillet sans qu’on sache très bien s’ils ont préféré partir d’eux même ou s’ils ont été discrètement « invités » à déguerpir. En Turquie où le Premier Ministre Erdogan et le parti AKP, stimulés politiquement et sans doute financièrement par le Qatar, assistaient dans tous le domaines la rébellion syrienne et jouaient sur tout le pourtour méditerranéen la carte du soutien aux Frères et aux régimes islamistes, se retrouvent seuls au milieu du gué alors que se développent les difficultés intérieures illustrées par les récents débordements de la place Taksim.
Les conséquences d’une interruption annoncée des ingérences qataries devraient se faire sentir rapidement dans le reste du monde arabe. En particulier en Tunisie où la fin du soutien inconditionnel au parti En-Nahda pourrait contraindre ce dernier soit à transiger sur ses principes islamistes, soit à ouvrir plus largement le champ politique à des forces moins connotées sur le plan religieux. Ailleurs, notamment en Libye et surtout à Gaza, l’avenir semble plus incertain et plus sombre. En Libye parce que les groupes salafistes qui rivalisent pour le contrôle du terrain y disposent de sources de revenus qui peuvent leur permettre de survivre sans aide extérieure. À Gaza parce que l’interruption de la manne qatarie qui s’était substituée il y a un an de façon massive aux assistances concurrentes mais plus modestes de l’Arabie et de l’Iran ne manquera pas de susciter une redistribution sans doute violente des cartes du pouvoir au sein du Hamas.
Dans tous les cas, l’enseignement le plus clair du coup d’État feutré de Doha est que l’islamisme politique, sa domination sociale, son influence culturelle, son expression djihadiste violente existent d’abord et avant tout par l’assistance financière qu’il reçoit des pétromonarchies wahhabites et par la cécité, la tolérance, la complaisance, voire le soutien politique que ces monarchies « achètent » auprès des puissances occidentales. France en tête….
Alain Chouet [1]
Date de parution : 11/07/2013