jeudi 30 mai 2013

« Le Monde » : journal de référence du mensonge !....Manque de professionnalisme encore, mais cette fois, dans l’art de la manipulation.

On n’a pas construit toute cette histoire d’armes chimiques pour la voir démolir par une Carla Del Ponte ou par qui que ce soit. La communauté internationale veut des preuves ? Eh bien qu’à cela ne tienne, on va leur en trouver (fabriquer). Et voilà les vaillants reporters de la maison, au mépris du danger, au milieu des mercenaires, risquant leur vie à tout moment pour confondre Bachar Al Assad.
Mais risquent-ils vraiment leur vie ? Premier constat, les armes chimiques de la Syrie ne tuent pas. C’est un scoop. Après, disent-ils, plusieurs bombardements avec ces armes, au point que les stocks d’atropine se sont épuisés, pas un seul mort. Dommage pour les preuves tant attendues. Quelles belles images ils auraient jetées à la face du monde pour étayer enfin ce que tout le monde conteste.
Non seulement il n’y a pas de morts, mais ceux qui sont ‘’touchés’’ (et filmés) sont en bonne santé. Tout au plus éprouvent-ils, devant la caméra, une petite gêne respiratoire qui n’égale même pas celle d’un fumeur passif. Ce n’est pas facile de simuler l’étouffement ! À défaut de morts et de crises respiratoires aigües, ils auraient pu nous montrer quelques lésions cutanées ou ne serait-ce qu’une toute petite rougeur. Rien. En revanche le ‘’journaliste’’ nous récite ses notes tirées de Wikipédia décrivant toute la symptomatologie des gaz sarin et autres gaz toxiques. Cette récitation monotone rappellerait plutôt celle d’un étudiant en médecine à l’oral d’un examen de toxicologie.
Les armes chimiques de M. Assad seraient-elles donc inoffensives ? Les Syriens ont dû trouver une nouvelle technologie pour des armes qui ne laissent aucune trace, que l’on n’entend pas venir, qui n’ont ni odeur ni couleur, invisibles, qui n’existent finalement que sur le bout de papier que le courageux reporter est en train de déchiffrer.
À moins que le photographe du Monde ne déclassifie les photos prises le jour où il a assisté à une attaque, comme le reportage le prétend. Il aurait même été touché, puisqu’il ‘’ souffrira, quatre jours durant, de troubles visuels et respiratoires’’. Un petit examen sanguin aurait détecté la présence de produits toxique dans son sang. La publication de ces résultats, même falsifiés, aurait été la bienvenue. Là non plus, rien de rien. Quel manque de professionnalisme, pour des journalistes d’un journal de référence !
La moindre des choses auraient été de faire apprendre leur leçon aux mercenaires. Une petite répétition n’aurait pas fait de mal. Quand on dit inodore, ça fait tache quand un témoin ressort ses souvenirs olfactifs. De même quand on décrit un bruit de canette de Pepsi qu’on ouvre, le djihadiste doit atténuer les bruits d’explosion qu’il a dans sa tête. Manque de professionnalisme encore, mais cette fois, dans l’art de la manipulation.
Du vent ! Que du vent dans ce reportage qui ne repose que sur le narratif. Des mots, rien que des mots. Rien de concret. C’est ça le journalisme de référence.
Avic / Réseau International
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(Interview de Carla Del Ponte) Syrie : Couper aux spin-doctors le chemin de la guerre....« Du sarin en mains des rebelles »

Carla Del Ponte rend les rebelles responsables de l’utilisation de gaz toxiques en Syrie – « Du sarin en mains des rebelles »
Au moment où certains médias amnésiques s’emballent et accusent l’armée syrienne d’usage d’armes chimiques contre les rebelles, il est utile de rappeler les déclarations de la procureure Carla Del Ponte accusant l’opposition armée de de l’utilisation de gaz toxiques en Syrie – « Du sarin en mains des rebelles ».

Interview de Carla Del Ponte

Un autre grand souci international à propos de la Syrie concerne l’utilisation d’armes chimiques. On en parle depuis des semaines. Le monde entier observe avec grande préoccupation les arsenaux du régime, mais la situation sur place pourrait être bien différente.
Pour la première fois, Carla Del Ponte (*) dévoile dans une interview de RSI (Radiotelevisione svizzera) que la commission d’enquête de l’ONU concernant la Syrie, dont elle fait partie, dispose d’indices concrets et sérieux que les rebelles ont utilisé des armes chimiques. Resy Canonica a rencontré Madame Del Ponte.
Carla Del Ponte : Lors de notre enquête – c’est-à-dire que notre équipe d’enquête interroge dans les pays voisins les diverses victimes ainsi que les médecins dans les hôpitaux de campagne sur place – j’ai lu la semaine dernière dans un rapport qu’il y a des indices concrets, même s’ils ne sont pas encore prouvés de façon irréfutable, que du sarin a été utilisé. On peut déduire cela de la façon dont les victimes ont été traitées. Et qu’il a été utilisé par les opposants, donc par les rebelles, et non pas par le gouvernement. Cela me semble significatif. Ce n’est pas étonnant, car des combattants étrangers se sont infiltrés au sein de l’opposition, des gens qui viennent de l’extérieur, des guérilleros etc. Donc, bien que nous ne menions actuellement pas d’enquête spécifique sur les armes chimiques, nous avons des indices que si des armes chimiques ont été utilisées, cela s’est fait du côté de l’opposition.
Madame Del Ponte, le travail de la commission conduira-t-il à des résultats concrets ?
Je dis souvent que nous représentons un alibi pour la communauté internationale. Cela veut dire que nous poursuivons nos enquêtes, nous les faisons bien, nous travaillons bien. Mais si ensuite personne ne se soucie de donner à un tribunal la compétence de sanctionner ces crimes, notre travail est inutile. Donc entre temps, après plus de deux ans, il serait temps que la communauté internationale, le Conseil de sécurité, se décide à transmettre ces cas à la Cour permanente de justice, afin que notre travail puisse être présenté dans le domaine judiciaire.
Mais pendant ces deux ans de conflit, ce ne sont que les armes qui ont parlé. La diplomatie, a-t-elle échoué ?
Savez-vous de qui dépendent d’éventuelles négociations de paix ? Cela dépend des Etats-Unis et de la Russie. Si les Etats-Unis et la Russie se mettent à une table et trouvent un accord, nous pourrions avoir la paix en Syrie. Malheureusement, cela ne s’est pas encore réalisé, mais il y a toujours encore un petit espoir.
Radiotelevisione svizzera RSI, 5/5/13
(*) En tant qu’ancienne procureure générale de la Confédération et procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte ne s’est pas fait que des amis. Il est possible qu’elle s’exprime parfois de façon trop énergique, comme certains médias internationaux pensent le croire. Qu’elle ait, en tant que membre de l’« UN-fact-finding-mission » qui a la tâche de prouver si du gaz toxique a été utilisé en Syrie, rendu responsables les rebelles, tout en admettant ne pas avoir de preuves irréfutables, peut paraître quelque peu précipité. Certainement du point de vue de ceux qui auraient – avec la « preuve » de l’utilisation de gaz toxiques par le gouvernement – enfin obtenu la « justification » pour une intervention. La menace de Barack Obama que l’utilisation de gaz toxiques représenterait le « dépassement de la ligne rouge » et provoquerait « une intervention militaire inévitable » reste imminente.
Tout cela nous fait penser à des exemples historiques connus : l’attaque du destroyer étatsunien Maddox dans le golfe du Tonkin par le Viêt-Nam du Nord, inventée de toute pièce par les Etats-Unis. La « résolution du Tonkin », que le Congrès américain adopta avec une seule voix d’opposition, déclencha une guerre sanglante pendant dix ans en Indochine avec plusieurs millions de victimes. Il n’est pas étonnant qu’Adolf Hitler, lui aussi, se soit servi de telles méthodes : avec l’attaque de l’émetteur de Gliwice, organisée par lui-même, il tenta de justifier la guerre d’agression contre la Pologne et déclencha ainsi la Seconde Guerre mondiale.
Par ses déclarations, Carla del Ponte a pour l’instant déjoué l’option d’une telle opération sous fausse bannière (« False flag-operation ») et a mis les bâtons dans les roues de ceux qui veulent absolument intervenir militairement en Syrie.
En 2003, n’étaient-ce pas les prétendues armes nucléaires de l’Irak, dites capables d’atteindre Londres en 45 minutes, qui ont servi de prétexte inventé à l’« alliance des volontaires » pour envahir l’Irak ? Ce n’était pas seulement « précipité », mais entièrement contourné, car les faits prouvant cette affirmation d’alors n’existent toujours pas, même 10 ans après la conquête de l’Irak par l’« alliance des volontaires » – mais elle a provoqué des centaines de milliers de victimes innocentes. La prise de position univoque d’un inspecteur onusien n’aurait-elle pas pu éviter ce désastre ?
Nous remercions Madame Carla Del Ponte pour son acte au profit de la paix, car ainsi l’on peut éventuellement encore éviter une nouvelle opération sous fausse bannière qui causerait des millions de victimes innocentes.
Traduction Horizons et débats
Source : http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3953
26 MAI 2013
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La police turque a trouvé du gaz sarin chez les terroristes d’Al Nosra ....les terroristes auraient avoué vouloir acheminer le gaz sarin vers les zones de combat en Syrie.


Hier matin, à l’aube, la Direction générale de la Sécurité (Emniyet Genel Müdürlügü) a mené une opération à Adana, dans la Sud de la Turquie, contre des cellules de l’organisation terroriste Jabhat Al Nosra, fer de lance de l’insurrection en Syrie.
Après avoir saisi plusieurs plans d’attentats, les unités antiterroristes de la police turque ont mené des perquisitions à douze adresses différentes et procédé à des contrôles routiers à divers points d’accès vers la ville.
La police turque a découvert 4 kg de gaz sarin.
Au cours de leur interrogatoire, les terroristes auraient avoué vouloir acheminer le gaz sarin vers les zones de combat en Syrie.
La police enquête actuellement sur les pistes qui ont permis aux terroristes de se procurer cette arme chimique.
cette arme chimique.
Cette information émane du journal Zaman, un quotidien pro-gouvernemental turc.Voir : [1].
Par Bahar KIMYONGUR
30 mai 2013

[1] http://www.zaman.com.tr/gundem_adanada-el-kaide-operasyonu-12-gozalti_...
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mardi 28 mai 2013

SYRIE : La journaliste syrienne Yara Abass assassinée par des terroristes...Elle est morte, mais au moins pour une cause juste. Elle disait : « Je donnerai ma vie pour ma Syrie. » Elle est morte car elle n’a pas été de ceux qui ont vendu leur terre aux monarchies des pétrodollars !


Elle disait : « Je donnerai ma vie pour ma Syrie. » Elle est morte car elle n’a pas été de ceux qui ont vendu leur
Vaincre ou mourir était l’objectif qu’elle s’était tracé, sa patrie était sa priorité, lutter contre les terroristes était sa seule conviction. Yara Abass, une figure emblématique de la chaîne satellitaire Al-Ikhbarya Al Souria, est tombée hier, en martyr, au champ d’honneur.
Des terroristes lui avaient tendu une embuscade au moment de la réalisation d’un reportage à Qousseïr près de Homs, alors qu’elle accompagnait l’Armée arabe syrienne dans ses multiples opérations contre les renégats.
Plusieurs membres de son équipe ont été blessés. Elle est partie le coeur meurtri pour son pays. Dévouée à son métier de reporter, Yara affrontait la mort tous les jours et, contre vents et marées elle imposait la vérité par l’image et rapportait la seule réalité du terrain.
On l’a assassinée car elle a dit non à l’occupation, à la violence et au terrorisme. Elle est morte, mais au moins pour une cause juste. Elle disait : « Je donnerai ma vie pour ma Syrie. » Elle est morte car elle n’a pas été de ceux qui ont vendu leur terre aux monarchies des pétrodollars !
Dans ses reportages, où elle frôlait la mort, elle dénonçait sans réserve les actes de barbarie des terroristes qu’on aime appeler « opposition ! » Elle n’est plus là depuis hier et, ce n’est certainement pas le mufti du diable, Al-Qaradhaoui, qui a appelé à l’assassinat des intellectuels, des ouléma et savants, qui va essuyer les larmes de sa maman, soulager le chagrin de son papa ! Ce n’est certainement pas l’administration de Obama, le gouvernement du Cameroun et les élus de l’Elysée qui vont présenter leurs condoléances à la famille de la victime. Encore moins les néodémocrates des pays du Golfe. Pour eux, c’est une illustre inconnue, mais pour nous, Yara est le symbole de la liberté, d’un courage exemplaire, d’une détermination édifiante, Pour nous, Yara est l’emblème de la paix ! Elle nous laisse orphelins, elle qui n’était jamais fatiguée pour surgir sur l’écran et nous informer sur les derniers événements du terrain.
Hier, quelques heures auparavant, elle s’adressait à nous ; aujourd’hui, elle a disparu, laissant derrière elle l’amertume et la tristesse. Par téléphone, sur son réseau social, à l’écran, elle nous a démontré sa loyauté et son patriotisme.
Derrière cette femme, dont beaucoup ne connaissent pas l’âge, se cachait pourtant toute l’innocence d’un être très sensible et fragile qui n’aspirait qu’à vivre en symbiose avec son pays pour lequel elle sacrifiera sa vie. Elle-même avait vécu un énorme chagrin lors de l’enlèvement de sa consoeur Yara Salah par un groupe terroriste plusieurs mois plus tôt, mais elle viendra l’accueillir chaleureusement après sa libération suite à un assaut de l’AAS contre les ravisseurs.
Yara Salah, comme nous tous, doit faire ses adieux à son amie. Adieu Yara Abass, tu resteras cette femme différente des autres. Tu seras présente par tes reportages. Tu vivras dans nos pensées, malgré ceux qui t’ont assassiné, malgré les prêches diaboliques et malgré cette néodémocratie qu’on impose par la force et la violence.
 http://www.lexpressiondz.com/internationale/174828-yara-abass-assassin...
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SYRIE : Les rebelles en difficulté - Les services de renseignement allemands voient les forces loyalistes reprendre la main (Der Spiegel)


Il n’y a pas même un an de cela, les services de renseignement extérieurs allemands prédisaient que le régime syrien […] allait bientôt s’effondrer. Maintenant, l’agence estime plutôt que les rebelles sont en difficulté. Les troupes gouvernementales sont sur le point de faire des progrès significatifs, prédisent-ils.
L’agence de renseignements extérieurs allemande, le Bundesnachrichtendienst (BND), a fondamentalement changé sa vision de la guerre […] en Syrie. Der Spiegel a appris que le BND croit maintenant que l’armée syrienne [loyaliste] est plus stable qu’elle ne l’a été depuis longtemps et est capable d’entreprendre avec succès des opérations contre les unités rebelles à l’avenir. Le responsable du BND, Gerhard Schindler a informé des politiciens autorisés de la nouvelle évaluation de l’agence lors d’une réunion confidentielle.
Il s’agit d’une remarquable volte-face. Pas plus tard que l’été dernier, Gerhard Schindler indiquait aux représentants du gouvernement et à des parlementaires qu’il estimait que le régime [syrien] s’effondrerait vers le début de 2013. Il avait réitéré ce point de vue dans des interviews avec les médias.
À l’époque, le BND soulignait une situation d’approvisionnement précaire de l’armée syrienne et un grand nombre de désertions qui comprenaient des membres du noyau dirigeant. Le renseignement allemand parlait d’une "phase de fin du régime".
Depuis lors, cependant, la situation a radicalement changé pense le BND. Gerhard Schindler a présenté des graphiques et des cartes afin de démontrer que les troupes [loyalistes] possèdent à nouveau des sources d’approvisionnement efficaces pour se fournir en quantités suffisantes d’armes et en autres matériels. Les réserves de carburant pour les chars et les avions militaires, qui s’étaient avérées problématiques, sont à nouveau disponibles en quantité suffisantes, rapporte Gerhard Schindler. La nouvelle situation permet aux troupes [loyalistes] de lutter contre des attaques surprises des rebelles et même de reprendre des positions qui avaient été auparavant perdues. Le BND ne croit pas que l’armée [syrienne] soit assez forte pour vaincre les rebelles, (1) mais qu’elle peut en faire suffisamment pour améliorer sa position dans l’impasse actuelle.
Rompre les sources d’approvisionnement des rebelles.
L’évaluation semble être compatible avec les rapports récents en provenance de Syrie, où les troupes gouvernementales ont pu reprendre le dessus dans la région qui s’étend de Damas à Homs, y compris les zones côtières près de Homs. En outre, les combattants [loyalistes] ont fait battre en retraite les combattants rebelles de plusieurs quartiers de la périphérie de Damas et coupé leurs lignes d’approvisionnement vers le sud. Actuellement, le régime est également en train de couper les sources d’approvisionnement des rebelles à l’ouest.
Pendant ce temps, le BND estime que les forces rebelles, qui comprennent plusieurs groupes de combattants islamistes ayant des liens avec al-Qaida, sont confrontées à des difficultés extrêmes. Gerhard Schindler indique que différents groupes rebelles se battent entre eux pour atteindre une suprématie dans différentes régions. En outre, les troupes du régime ont réussi à couper les sources d’approvisionnement en armes et les voies d’évacuation pour les combattants blessés. Chaque nouvelle bataille affaiblit encore les milices, déclare le chef du BND.
Si le conflit continue comme il s’est déroulé au cours des dernières semaines, dit Gerhard Schindler, les troupes gouvernementales pourraient reprendre toute la moitié sud du pays vers la fin de 2013. Cela cantonnerait les combattants insurgés seulement au nord, où les rebelles kurdes ont resserré le contrôle sur leurs territoires. […]
Matthias Gebauer,
Le 22 mai 2013.

NdT : Dans un souci évident d’hygiène mentale publique, la traduction du texte a été expurgée de son contenu purement propagandiste, pour s’en tenir aux faits & rien qu’aux faits.
(1) Mais le BND a démontré ses hautes capacités en matière de prédictions…
Source : German Intelligence Sees Assad Regaining Hold
* http://www.spiegel.de/international/world/german-intelligence-believes...
URL de cet article 20726

Tunisie : Le mouvement ouvrier à la croisée des chemins....L’économie tunisienne est très dépendante des puissances impérialistes, des marchés extérieurs (tourisme, sous-traitance, exportation de matières premières) et des dettes contractées auprès des pays riches et des institutions internationales.


L’assassinat de Chokri Belaïd (6 février 2013), secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifiés et dirigeant du Front populaire (FP), a montré à quel point les forces de la réaction ont pris de l’assurance et la situation est devenue critique en Tunisie. En deux ans, la bourgeoisie a su réorganiser et maintenir son pouvoir politique. Quant au mouvement ouvrier, il se retrouve face à des choix historiques qui conditionneront l’évolution de la situation.
Tous les moteurs de la mobilisation sociale sont encore là. La crise économique s’approfondit et aucune réponse acceptable n’est faite aux travailleurs. Le chômage atteint plus de 17 % dont une moitié (350 à 380 000) de diplômés. L’inflation s’élève à 7-9 %, étrangle les familles modestes et fait ressentir à la petite-bourgeoisie son déclassement progressif. La réponse apportée par le gouvernement islamiste est la répression violente et de plus en plus fréquente des mobilisations  : agression des manifestations, attaque des locaux syndicaux et politiques, arrestations arbitraires et, dans de nombreux cas, actes de torture sur les militants arrêtés. Aucune concession n’est faite aux travailleurs, satisfaisant ainsi la bourgeoisie locale, les concurrents «  modernistes  » d’Ennahdha et les puissances impérialistes.
L’économie tunisienne est très dépendante des puissances impérialistes, des marchés extérieurs (tourisme, sous-traitance, exportation de matières premières) et des dettes contractées auprès des pays riches et des institutions internationales. Ennahdha a donc besoin de la bienveillance de ces acteurs. Si son projet de société réactionnaire se traduit au quotidien par des atteintes graves aux libertés – notamment celles des femmes –, il est donc bridé par la nécessité d’assurer un minimum de stabilité politique pour préserver les intérêts des investisseurs.
Ennahdha tente ainsi de maîtriser les diverses milices islamistes, pour que la violence, suffisamment élevé pour maintenir sur le terrain cette présence terrorisante qui inhibe les mobilisations sociales, tout en imprimant à la société une teinte islamiste, reste en même temps à un niveau suffisamment bas pour ne pas gêner les intérêts capitalistes. Et si certaines milices tentent de la dépasser, elle n’hésite pas à les réprimer. Un affrontement entre police et salafistes le 13 avril s’est achevé par la mort d’un salafiste par un tir à balle réelle, montrant la détermination d’Ennahdha à contrôler la situation. Les choix économiques d’Ennahdha
Sur le plan économique, Ennahdha multiplie les garanties aux puissances impérialistes. Un avant-projet de nouveau code de l’investissement a été présenté par le ministre des finances devant les élus français, avant de l’être devant l’assemblée constituante tunisienne  ! Il prévoit pour les capitalistes étrangers la possibilité de posséder jusqu’à 30 % des terres agricoles tunisiennes et de bénéficier, en cas d’activités totalement exportatrices, de cadeaux fiscaux de taille ainsi que d’un financement par l’Etat tunisien des salaires des ouvriers agricoles. Le gouvernement s’est aussi engagé à mener un énième plan d’ajustement structurel, condition d’accès à un nouveau crédit du FMI qui s’élèverait à 1, 75 milliard de dollars.
La contrepartie de ces garanties commence à se voir au niveau européen  : l’Allemagne s’apprête à faire de nouveaux investissements dans le pays. Le gouvernement français multiplie les rencontres avec les responsables d’Ennahdha, révélant l’hypocrisie des déclarations de Valls sur la montée d’un fascisme islamiste en Tunisie. Il faut dire qu’avec de telles garanties pour leurs intérêts, les impérialistes sont tranquilles.
On ne doit donc pas s’étonner du soutien apporté par les anciens dirigeants benalistes au mouvement islamiste Ennahdha. On retrouve à leur tête Béji Caïd Essebsi. Cet ancien ministre de l’intérieur de Bourguiba et ancien président de l’assemblée nationale sous Ben Ali a été premier ministre du 27 février au 23 octobre 2011. Il est aujourd’hui le chef de file des «  modernistes  » regroupés dans Nidaa Tounes («  Appel de la Tunisie  ») et s’opposant à Ennahdha sur le thème de la laïcité. Mais quand il était au pouvoir courant 2011, et même après l’élection de l’assemblée constituante, il les a ouvertement soutenus par moments. La bourgeoisie était en fait à la recherche d’une organisation pour la représenter dans les institutions et les benalistes ont été un temps obligés de se faire discrets.
Le «  modernisme  » affiché par Essebsi n’est donc qu’un vernis publicitaire pour un contenu politique réactionnaire et ultralibéral. Au fond, il est aussi compatible avec l’islam politique qu’Ennahdha est soluble dans l’ordre mondial impérialiste. Les divergences affichées ne correspondent qu’à une compétition pour représenter la bourgeoisie et ses intérêts. Dans cette compétition, Ennahdha s’avère être une organisation politique efficace qui parvient à gérer les difficultés, réussit à maintenir son pouvoir et à bénéficier de la bienveillance des puissances impérialistes, à chaque fois que l’ennemi commun – la classe ouvrière – révèle son potentiel. De leur côté, les «  modernistes  » ont déjà fait la preuve, quand Essebsi était premier ministre, de leur détermination à réprimer le mouvement ouvrier. C’était ce qu’ils appelaient alors le maintien du «  prestige de l’Etat  ». Les conséquences politiques de l’assassinat de Belaïd
C’est dans ce contexte que les attaques sont devenues de plus en plus fréquentes et violentes contre le mouvement ouvrier et ses représentants.
Chokri Belaïd recevait des menaces de mort – certaines publiques – depuis des mois, comme bien des militants politiques, syndicaux et associatifs. Les violences étaient devenues courantes, de même que les attaques de milices diverses contre les locaux des organisations, les meetings de l’opposition (même bourgeoise), les écoles, universités, hôpitaux, etc. Certaines de ces milices sont directement et ouvertement liées à Ennahdha, d’autres bénéficient au moins de la bienveillance du ministère de l’intérieur. Le contexte était donc tout à fait propice à un tel assassinat, dont les inconnues étaient la date et l’identité de la victime. Quand le 6 février au matin la nouvelle de la mort de Belaïd a commencé à se propager, des manifestations et rassemblements spontanés ont eu lieu dans plusieurs villes. Le jour de l’enterrement, la journée de grève-deuil d’abord appelée par le FP, puis approuvée par le syndicat patronal (UTICA) avant d’être confirmée par la direction de l’UGTT et protégée par l’armée, a été massivement suivie. Des centaines de milliers de personnes ont pris part à cette journée de deuil dans la capitale et un peu partout dans le pays, pour exprimer leur rejet de cette violence ultime contre les opposants politiques.
A ce moment-là, Ennahdha est apparue isolée mais n’était pas à terre. D’abord, elle a su gérer – notamment en tirant profit de sa diversité – les pressions internationales qui rappelaient que leur soutien était conditionné à une certaine respectabilité. Le premier ministre Hamadi Jebali s’est mis en avant comme un modéré opposé à l’extrémisme du chef d’Ennahdha Rached Ghannouchi. Beaucoup ont accepté d’oublier les crimes de Jebali, dont les tirs à la chevrotine contre les manifestants de Siliana (décembre 2012). Parmi les «  modernistes  », on a bien voulu voir en lui ce rassembleur qui allait sortir le pays de la crise par la composition d’un nouveau gouvernement de technocrates associant l’opposition. Mais après lui avoir tendu la main, l’opposition «  moderniste  » ne s’est finalement pas associée au gouvernement, entre autres à cause du rejet massif d’une fraction de son électorat potentiel (une partie de la petite-bourgeoisie).
La riposte des organisations ouvrières n’a pas été non plus d’une ampleur suffisante pour accentuer la crise politique. Au lendemain de l’enterrement, il n’y a pas eu d’appels à la grève, par exemple, qui auraient permis de maintenir un niveau de pression fort. Au contraire, la direction de l’UGTT a encore une fois ramené la centrale syndicale à un rôle de médiateur, en remettant aussitôt sur le tapis son initiative de dialogue national incluant les partis de gouvernement. Cela a contribué à redonner une légitimité à Ennahdha.
Les organisations du FP étaient quant à elles tiraillées entre une volonté d’indépendance vis-à-vis des partis bourgeois et la tentation d’un front large contre Ennahdha. Le Front populaire regroupe tous les partis de la gauche tunisienne, les partis nationalistes arabes, des associations et des indépendants. Il s’est constitué en octobre 2012 dans le but de représenter «  une alternative pour un vrai gouvernement et dépasser par là la fausse dualité prétendant opposer ‘‘deux pôles’’ qui, en fait, se rencontrent autour du maintien des mêmes orientations économiques, acquises aux milieux libéraux et soumises aux sphères étrangères, même si l’un se drape de la couverture ‘‘religieuse’’ et l’autre d’une couverture ‘‘moderniste’’  ». Certains militants reprochent justement à leurs directions de ne pas avoir permis au FP d’apparaître à ce moment-là comme porteur de cette alternative nettement distincte et indépendante des «  modernistes  ».
Un nouveau gouvernement a finalement été constitué, avec l’ancien ministre de l’intérieur comme premier ministre et des «  technocrates  » dans certains ministères. Le nouveau ministre de l’intérieur, présenté comme un modéré, n’a pas tardé à ressortir la chevrotine (27 mars) contre les chômeurs de Mdhilla, pendant une manifestation contre les résultats de la dernière campagne de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa. En quelques semaines, Ennahdha a donc réaffirmé son pouvoir. Des organisations ouvrières hésitantes
Sans spéculer sur les auteurs et les commanditaires du meurtre de Chokri Belaïd, on constate en tout cas que sa conséquence immédiate est un début de retour de la peur, un affaiblissement du front populaire (FP) et par extension du mouvement ouvrier, au moins sur le court terme.
Car si les luttes continuent, elles sont affaiblies. Les grèves sectorielles se poursuivent mais sont essentiellement défensives et rarement victorieuses. L’exemple le plus récent est celui de la grève de 80 % des 6 000 salariés de Téléperformance (TP) entre le 1er et le 3 avril, contre les licenciements abusifs, les conditions de travail inacceptables et le refus de la direction de tenir son engagement d’une augmentation des salaires de 4 %.
Cette grève est assez représentative de la situation actuelle. Elle a été la preuve de la capacité de mobilisation encore importante mais aussi du faible niveau d’auto-organisation. Elle a démarré par une grève de la faim, signe de démoralisation, et ne s’est transformée en mouvement organisé qu’avec l’intervention directe des directions syndicales qui ont réussi à négocier un accord avec la direction de TP. Celui-ci arrache les augmentations de salaires et la réintégration de salariés virés pour avoir participé à la grève. Mais le syndicat a fait une concession  : il s’engage à «  favoriser la paix sociale au sein de Téléperformance  » et limite les possibilités de mobilisation des salariés.
Contre la politique hostile aux travailleurs menée par le gouvernement et le patronat, les militants du FP s’inscrivent dans les mobilisations existantes et les animent. Le FP met aussi en avant un plan d’urgence exigeant l’échelle mobile des salaires, la réduction du temps de travail, la suspension du paiement de la dette extérieure de l’Etat, contre les politiques d’austérité et les plans d’ajustement structurels imposés par le FMI.
Cependant, depuis l’assassinat de Belaïd, les discussions au sein de la direction du FP tournent autour de l’initiative de l’UGTT d’un dialogue national sur la non-violence, la mise en place d’une instance électorale indépendante, la finalisation de la Constitution et l’établissement d’un agenda électoral. Ce débat sur les rythmes institutionnels ne risque-t-il pas de profiter à Ennahdha qui pourrait ainsi gagner du temps pour installer encore plus ses serviteurs dans les rouages de l’Etat  ? Et à l’autre face de la réaction, Nidaa Tounes, qui n’a aucune réponse crédible à apporter aux travailleurs  ?
Certains militants du FP reprochent à leurs directions de ne pas discuter plutôt de la riposte à la violence politique et de comment l’organiser concrètement, puisque que les travailleurs et la population ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se protéger. En effet, il ne semble pas encore envisagé de développer une politique de défense active du mouvement ouvrier. Des militants des différentes organisations du FP considèrent qu’il serait pourtant possible de mobiliser autour de cette question, vu la précédente expérience de comités de défense des quartiers fin janvier 2011, qui maintient présente dans les esprits l’idée de la possibilité d’une autodéfense.
Les militants qui ont cette préoccupation pointent une question importante de la situation. Si les organisations ouvrières arrivent à construire cette politique d’autodéfense active et assumée, y compris en la proposant aux autres composantes de l’opposition politique (les mettant ainsi face à leurs contradictions), si elles arrivent à remettre au cœur de leur intervention la défense des intérêts des travailleurs, elles n’en seront que plus crédibles aux yeux de ces derniers, représentant ainsi une alternative crédible, militante, concrète et révolutionnaire au système actuel. A ce moment là, même l’aile «  moderniste  » de la petite-bourgeoisie pourrait basculer. Mais on n’en est pas là. Les organisations ouvrières apparaissent plutôt comme des mouvements revendicatifs, pas assez indépendants des directions syndicales et de leurs inerties.
Si le mécontentement populaire reste aussi profond mais qu’en même temps le niveau d’auto-organisation des luttes reste aussi faible et les organisations ouvrières aussi hésitantes, cela profitera aux classes dirigeantes. L’alternative serait alors  : la montée encore plus brutale de la réaction, ou la normalisation bourgeoise où islamistes et «  modernistes  » alterneraient au pouvoir avec la bénédiction des impérialistes, pour poursuivre les mêmes politiques hostiles aux travailleurs et maintenir voire amplifier le climat de terreur actuel. q
Sarah Bernard et Wafa Guiga BERNARD Sarah, GUIGA Wafa
* Publié dans : Revue Tout est à nous ! 43 (mai 2013).

vendredi 24 mai 2013

Les pauvres et la dictature des marchés : Se soulever ou mourir (Truthdig)....Il y a des lois pour nous et d’autres lois pour une puissante élite qui fonctionne comme une mafia sans frontières.

Pour écrire notre livre Days of Destruction, Days of Revolt (Jours de destruction, jours de révolte), Joe Sacco et moi avons passé deux ans à enquêter sur les endroits les plus pauvres des États-Unis. Nous sommes allés dans les "misérables zones sacrifiées" de notre pays – les premiers endroits obligés de s’agenouiller devant la dictature des marchés – pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme dérégulé et l’expansion économique illimitée s’en donnent à coeur joie.
Nous voulions montrer les conséquences de l’exploitation sans foi ni loi des multinationales sur les familles, les communauté et la nature. Nous voulions pourfendre l’idéologie régnante du mondialisme et du laissez-faire capitaliste en montrant ce que devient la vie quand les êtres humains et l’écosystème ne sont plus que des marchandises à exploiter jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ni personne. Et nous avons voulu mettre en lumière l’impuissance des institutions libérales et gouvernementales officielles autrefois capables de diriger mais qui n’ont plus aujourd’hui assez de pouvoir pour contrecarrer l’assaut des multinationales.
Ce qui s’est passé dans ces zones sacrifiées – les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l’ouest de la Virginie où les compagnies minières ont fait exploser le sommet des montagnes, les réserves indiennes où le projet dément de l’expansion et l’exploitation économiques sans fin a causé ses premiers dégâts et la culture intensive où les travailleurs sont traités quasiment comme des esclaves – est en train se propager au reste du pays. Ces zones sacrifiées sont tombées les premières. C’est maintenant notre tour.
Les multinationales font les lois. Elles contrôlent nos médias. Elles gèrent le théâtre politique des élections et imposent les programmes éducatifs. Le système judiciaire est à leur service. Elles ont détruit les syndicats et les autres organisations indépendantes de masse, et elles ont acheté le Parti Démocrate qui défendait autrefois les droits des travailleurs. Comme il n’y a plus de réformes au fur et à mesure des besoins – c’était le rôle principal des institutions libérales démocratiques – nous sommes laissés sans protection contre le pouvoir des multinationales.
La saisie secrète par le ministère de la Justice de deux mois de conversations téléphoniques entre des reporters et des rédactions de l’Associated Press est le dernier avatar d’une série d’assauts sans précédents contre nos libertés civiles. Le ministère de la Justice tentait de tracer le ou les officiels du gouvernement qui avaient transmis secrètement des informations à l’AP sur un complot visant à faire sauter un avion de voyageurs qui avait été déjoué. Des informations enregistrées sur les téléphones des agences de l’AP de New York, Washington, D.C., et Hartford, Connecticut, ainsi que sur les portables et les téléphones fixes privés de plusieurs chefs de rédaction et reporters ont été confisquées. Cet incident, ajouté aux mesures comme l’emploi du Espionage Act contre les lanceurs d’alerte va porter un coup fatal à toutes les enquêtes indépendantes sur les abus du gouvernement et des multinationales.
La saisie des appels téléphoniques fait partie d’un effort plus large de l’État-entreprise pour faire taire tous ceux qui contestent la narrative officielle, la Novlangue étatique, et pour cacher au public le fonctionnement interne, les mensonges et les crimes de l’empire. La personne, ou les personnes, qui a transmis à l’AP de l’information classifiée sera, si elle est arrêtée, sûrement poursuivie en vertu de l’Espionage Act. Cette loi, quand elle a été promulguée en 1917, n’était absolument pas destinée à museler les lanceurs d’alerte. Et de 1917 jusqu’à la présidence d’Obama en 2009 elle a été utilisée seulement trois fois contre des lanceurs d’alerte, la première fois contre Daniel Ellsberg qui avait fait fuiter les Papiers du Pentagone en 1971. L’Espionage Act a été utilisé six fois par l’administration Obama contre des lanceurs d’alerte gouvernementaux comme Thomas Drake.
La violente persécution de la presse par le gouvernement – menée par un grand nombre d’agences gouvernementales liguées contre WikiLeaks, Bradley Manning, Julian Assange et des militants comme Jeremy Hammond – se combine avec l’emploi de la loi de 2001 autorisant à se servir de l’armée pour assassiner des citoyens étasuniens ; et avec l’emploi du FISA Amendments Act, qui légalise après coup ce que notre Constitution ne permettait pas autrefois : la surveillance et la mise sur écoute sans mandat de dizaines de millions de citoyens étasuniens ; et avec l’emploi de la Section 1021 du National Defense Authorization Act qui permet au gouvernement de se saisir de citoyens étasuniens, de leur retirer tous leurs droits et de les maintenir indéfiniment en détention. Toutes ces mesures prises ensemble sonnent le glas de presque toutes nos libertés civiles.
Une poignée d’oligarques internationaux du monde des affaires concentre tout – la richesse, le pouvoir et les privilèges – et le reste d’entre nous doit lutter pour survivre à l’intérieur d’une vaste classe de sous-citoyens de plus en plus pauvres et réprimés. Il y a des lois pour nous ; et d’autres lois pour une puissante élite qui fonctionne comme une mafia sans frontières.
Nous assistons impuissants au désastre. Le droit de vote ne nous sert à rien contre la puissance des multinationales. Les citoyens n’ont pas les moyens d’attaquer en justice les banquiers et les financiers de Wall Street pour fraude, ni les officiels de l’armée et des services secrets pour torture et crimes de guerre, ni les officiers de surveillance et de sécurité pour atteinte aux droits de l’homme. La réserve Fédérale n’a plus pour seule fonction que d’imprimer de la monnaie qu’elle prête aux banques et aux organismes financiers à 0% d’intérêt, pour que ces entreprises privées nous la prêtent ensuite à des taux usuraires qui vont jusqu’à 30%. Je ne sais même plus quel nom donner à ce système. Ce n’est certainement pas du capitalisme. C’est plutôt de l’extorsion. L’industrie fossile pendant ce temps saccage sans relâche l’écosystème pour faire du profit. La fonte de 40% des glaces de l’Arctique est une excellente affaire pour les multinationales. Elles s’y ruent pour en extraire les derniers restes de pétrole, de gaz naturel, de minéraux et de poissons, sans se soucier des soubresauts de la planète moribonde. Ces mêmes entreprises toutes puissantes qui nous régalent de feuilletons interminables en lieu et place d’informations dignes de ce nom, du dernier procès impliquant O.J. Simpson aux croustillants détails du procès pour meurtre de Jodi Arias, ont fait monter les taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à plus de 400 parts par million. Elles nous fascinent avec leurs hallucinations électroniques pendant que nous tombons, paralysés par la terreur à l’instar des marins d’Ulysse, de Charybde en Scylla.
On ne trouve rien en 5000 ans d’histoire économique pour justifier la croyance que les sociétés humaines doivent adapter leur conduite aux fluctuations du marché. C’est une idéologie aussi absurde qu’utopique. Les promesses désinvoltes de l’économie de marché se sont toutes révélées mensongères. Les entreprises ont délocalisé réduisant à néant notre capacité de production. Les salaires ont baissé, appauvrissant la classe laborieuse et ravageant la classe moyenne. Des secteurs entiers de la population – y compris les étudiants – ont été obligés de contracter des emprunts qu’ils mettront des décennies à rembourser. Des paradis fiscaux se sont créés permettant à des compagnies comme General Electric de ne pas payer d’impôts. Les multinationales emploie une main d’oeuvre esclavagisée au Bengladesh et en Chine et en tirent des profits obscènes. Elles aspirent les dernières ressources des communautés et du monde naturel en laissant derrière elles, comme Joe Sacco et moi avons pu le constater dans les zones sacrifiées, des humians en grande souffrance et des paysages morts. Plus la destruction est importante, plus l’appareil s’emploie à écraser la protestation.
Plus de 100 millions d’Étasuniens – un tiers de la population – vit sous le seul de pauvreté et de ce qu’on appelle "quasi-pauvreté". Pourtant le sort de ces pauvres ou quasi-pauvres et leurs souffrances sont rarement évoqués par les médias aux mains des multinationales – Viacom, General Electric, News Corp. de Rupert Murdoch, Clear Channel et Disney. Les souffrances des sous-citoyens, tout comme les crimes de l’élite pervertie, sont passés sous silence.
Dans la réserve des Indiens Dakota à Pine Ridge, S.D., le second comté le plus pauvre des États-Unis, l’espérance de vie d’un homme est de 48 ans. C’est la plus basse espérance de vie de l’hémisphère occidental en dehors de Haïti. Près de 60% des maisons de Pine Ridge, dont la plupart sont des huttes en tourbe, n’ont pas d’électricité ni d’eau courante ni d’isolation ni d’égouts. Dans les vieux camps miniers du sud ouest de Virginie, l’eau, l’air et le sol sont si empoisonnés que le cancer y est endémique. Il n’y a pas de travail. Et les montagnes Appalaches d’où provient l’eau d’une grande partie de la côte est, sont parsemées d’énormes bassins artificiels remplis de métaux lourds et de boues toxiques. Pour pouvoir respirer les enfants vont à l’école avec des inhalateurs. Les habitants, coincés à l’intérieur de villes en ruine, souffrent d’une misère et d’une violence assortie d’emprisonnements de masse si grandes qu’ils sont brisés émotionnellement et psychologiquement. Et les travailleurs agricoles de la nation, qui n’ont droit à aucune protection légale, sont souvent obligés de travailler sans être payés, comme des serfs. Voilà comment se décline l’épouvantable domination des multinationales. C’est ce qui nous attend tous. Dans cette course accélérée vers l’abîme, nous finirons tous serfs ou esclaves.
Il faut se rebeller. Même si nous échouons, même si nous ne réussissons pas à vaincre les forces d’exploitation du capital, nous auront au moins sauvé notre dignité en tant qu’être humains. Nous aurons défendu ce qui est sacré. Se rebeller c’est entrer en résistance permanente. C’est résister comme Bradley Manning et Julian Assange, comme Mumia Abu-Jamal, le journaliste radical à qui Cornel West, James Cone et moi avons rendu visite en prison la semaine dernière à Frackville, Pa. C’est refuser de céder à la peur. C’est refuser de s’avouer vaincu, même si comme Manning et Abu-Jamal, on vous met en cage comme un animal. C’est dire non. Etre en sécurité, être "innocent" aux yeux de la loi à cette époque de l’histoire, c’est se rendre complice d’un mal diabolique. Quand il a écrit son poème de résistant, "Si nous devons mourir", Claude McKay savait que les Afro-américains qui s’opposaient à la suprématie blanche n’avaient quasiment aucune chance, mais il savait que résister à la tyrannie sauve nos âmes. Et il a écrit :
Si nous devons mourir – que ce ne soit comme porcs
Traqués parqués dans un coin déshonorant
Alors qu’autour de nous, les chiens affamés,
Se moquant de notre sort maudit, aboient de rage.
Si nous devons mourir, – oh, que ce soit dignement,
Que notre sang précieux ne soit pas versé
En vain ; car, s’ils sont obligés d’honorer
Notre mort, nous défierons même des monstres !
Oh, mes Frères ! Affrontons notre ennemi commun ;
Bien que beaucoup moins nombreux, soyons courageux,
Et à leurs multiples coups répondons d’un coup fatal !
Qu’importe si devant nous s’ouvre une tombe ?
Comme des hommes, nous braverons la lâche meute meurtrière
Dos au mur, mourants, mais en se défendant !
Il est temps de construire des mouvements de masse radicaux qui s’opposent sans concessions aux centres officiels de pouvoir. Il est temps d’employer le langage brut de la rébellion ouverte et de la lutte des classes. Il est temps de marcher au son de nos propres tambours. La loi a toujours été un outil très imparfait pour obtenir justice, comme le savent les Afro-américains, mais aujourd’hui elle est toute entière au service des puissances d’argent qui nous oppriment ; elle est devenue l’arme de l’injustice. Ce sont les grandes entreprises qui nous contrôlent qui ont déclaré la guerre. Pas nous. Si nous nous révoltons nous serons qualifiés de criminels. Nous serons repoussés dans l’ombre. Mais si nous ne nous révoltons pas, nous ne pourrons plus prononcer le mot "espoir".
Dans son livre Moby Dick, Herman Melville a imagé le diabolisme du capitalisme global. Nous sommes tous à bord du navire maudit, Pequod, dont le nom est celui d’une tribu indienne éradiquée par génocide, et Achab est aux commandes. "Tous les moyens que j’emploie sont sains", dit Achab, "mes motivations et mon but sont fous". Nous voguons compulsivement vers l’auto-destruction et ceux qui nous dirigent même s’ils voient ce qui nous attend, n’ont plus la capacité ni la volonté de l’empêcher. Ceux, sur le Pequod, qui avaient une conscience, comme Starbuck, n’ont pas eu le courage de s’opposer à Achab. Ce sont les habitudes, la lâcheté et l’arrogance qui ont causé la perte du bateau et de son équipage. Nous devons écouter Melville. Et nous soulever ou mourir.
Note :
*.... "Lundi l’AP a révélé que les enregistrements téléphoniques saisis par la justice pouvait impliquer 100 employés qui ont utilisé les lignes de téléphones sur lesquelles porte l’enquête – qui semble ne concerner qu’une seule information de l’AP datant du 7 mai 2012 selon laquelle la CIA avait déjoué un complot d’Al-Qaida dans la péninsule arabique visant à faire exploser en vol un avion de voyageurs en route pour les États-Unis. Pourtant il s’est avéré plus tard que le complot était en réalité un piège monté de toutes pièces par la CIA. Comme l’a récemment confirmé le directeur de la CIA, John Brennan, "Nous avions le contrôle du complot qui n’a jamais représenté une menace pour le public étasunien."
Alors pourquoi l’administration Obama cible-t-elle des reporters et des chefs de la rédaction qui ont travaillé sur une nouvelle qui selon l’aveu même de la CIA n’avait rien à voir avec un réel danger pour la sécurité nationale ? "Il y a une guerre plus large contre [ceux qui révèlent] des informations" a répondu Radack. "Les lanceurs d’alerte, les hackers et tous les dissidents. C’est une attaque en règle contre ceux qui contrôlent l’information".
Chris Hedges