mardi 14 mai 2013

Sahara occidental : l'ONU mise devant ses responsabilités...un problème de décolonisation que l'ONU devrait régler, suivant le caractère pertinent et irréversible des principes de la Charte des Nations unies.

Alors que rien n'est fait par les Nations unies.
Alors que les droits de l'homme sont bafoués au quotidien par le Maroc au Sahara occidental. 
Alors que les résolutions du Conseil de sécurité sont sans cesse entravées par le gouvernement marocain, le SG du Front Polisario, M. Mohamed Abdelaziz, vient d'interpeller le SG de l'ONU pour mettre fin à cette colonisation marocaine en menaçant, le cas contraire, de recourir aux armes.  Cette menace intervient au moment précis où l'occupant marocain entretient le mythe d'une " intégrité territoriale " qui, du reste, est illusoire et de réduire à néant les " pistes " de résolution définitive de cette question. Au regard de ce nouvel épisode, pas un observateur impartial ne démentira les propos de M. Mohamed Abdelaziz lorsqu'il affirme: " Nous avons cru en l'ONU, mais si elle échoue dans l'organisation d'un référendum  d'autodétermination au Sahara occidental pour permettre au peuple sahraoui de retrouver son indépendance, nous reprendrons les armes pour libérer nos territoires".
En fin de compte, il y a un problème de décolonisation que l'ONU devrait régler, suivant le caractère pertinent et irréversible des principes de la Charte des Nation unies. Cela permettra, ainsi, de tourner une page " sombre " de cette occupation coloniale marocaine de ce territoire, notamment que le dossier des légitimes accusations du Front Polisario à l'égard du Palais royal est très lourd et donne l'occasion à l'ONU de le prendre en considération sans se référer aux arrière-pensées des alliés occidentaux du Maroc. Ces derniers avec le soutien qu'ils apportent à cette " invasion " marocaine du Sahara occidental, sont en réalité les vrais supports qui autorisent le gouvernement de Sa Majesté à la pratique de toutes les astuces pour se maintenir en véritable colonisateur et, de fait, participe à des tentatives de déstabilisation de la région.
Et ce ne sont pas des signes d'un intérêt véritable pour le maintien de la stabilité au Grand Maghreb. Et encore moins pour son unité, mais un jeu cousu de fil blanc auquel se livre le Maroc qui s'est fait une spécialité de la confusion et de l'amalgame à propos du Sahara occidental. Amalgame qui consiste à mettre l'Etat algérien au cœur même de ce conflit au lieu de se remettre au droit international. A ce sujet, l'Algérie n'a de cesse de donner tant d'exemples de sagesse et de lucidité" d'entrer en polémique politique avec son voisin, se remettant toujours à l'ONU pour intervenir dans ce conflit Maroc-Polisario.
En quoi les intérêts du Maroc et de l'Algérie sur le Sahara occidental sont-ils opposés ? Une première chose, essentielle que l'ensemble de la communauté internationale le confirme : l'Algérie soutient les droits imprescriptibles du peuple sahraoui à l'indépendance ; le Maroc y est opposé. Deuxièmement, l'Algérie est contre la perpétuation coloniale au Maghreb arabe, le Maroc est pour ", il n'y a là ni subjectivité, ni passion personnelle de la part des autorités nationales algériennes. " Il y a une constance dans les objectifs de la politique étrangère algérienne qui n'a jamais varié depuis le Message de Novembre 54.
Ce n'est pas aider à la réalisation de cet objectif que de prendre une position " alignée " sur les thèses illusoires du Maroc dans le conflit saharaoui, où des pays occidentaux y contribuent pour s'opposer avec le Palais royal à un peuple héroïque qui paie tous les jours un lourd tribut pour son indépendance, son
intégrité territoriale et son droit de vivre libre dans la dignité et le respect. " Ce n'est pas pour faciliter la paix et la concorde des pays des régions que de ''militer'' dans les couloirs des Nations unies et de l'Union Africaine, ou encore à Genève et dans diverses capitales, contre un combat qui soulève l'admiration ".

B. C.
SOURCE : LE MAGHREB

lundi 13 mai 2013

Bangladesh - Les sociétés mondiales et l’écroulement d’un immeuble du Rana Plaza

Le seul moyen de mettre un terme à cette perte tragique de vies et de santés est une lutte unifiée des travailleurs d’Asie, d’Europe, d’Amérique et du monde pour en finir avec le système capitaliste obsolète et établir une économie socialiste planifiée rationnellement au niveau mondial et qui satisfasse les besoins urgents de l’humanité.

Deux semaines après l’écroulement du bâtiment du Rana Plaza, les géants de la distribution qui font produire leur vêtements au Bangladesh, comme Walmart, Primark, Benetton et d’autres, se sont engagés dans une opération cynique de relations publiques dans le but de prendre leurs distances vis-à-vis de cette tragédie et de préserver leur image et leurs profits.
Le 7 mai, le bilan des victimes avait atteint 705 morts et des centaines de blessés, faisant de cet écroulement la pire catastrophe industrielle de l’histoire du pays et une des pires qui se soit jamais produites dans le monde. Le Rana Plazza est typique de milliers d’ateliers de misère mal construits et dangereux du Bangladesh, employant des ouvriers à 38 dollars par mois pour produire en masse les commandes de certaines des plus importantes sociétés dans le monde.
Une opération médiatique bien orchestrée s’est mise en route dès que la nouvelle de la catastrophe a commencé à se répandre le 24 avril. Les services de relations publiques bien dotés des sociétés directement ou indirectement impliquées ont publié des déclarations exprimant leur « choc » et leur « tristesse » devant les vies perdues. La plupart ont tenté de nier tout rapport avec les cinq usines de vêtements situées dans le bâtiment, sans aucun doute conseillés par leurs services juridiques, également bien équipés. Quelques-uns ont reconnu leurs rapports avec les fournisseurs du Rana Plaza.
Ces larmes de crocodile et déclarations exprimant le « choc » sont tout à fait hypocrites. La raison même pour laquelle certaines des marques internationales les mieux connues font produire leurs marchandises au Bangladesh, est que ce pays a les coûts les plus bas – non seulement en termes de salaire mais aussi pour ce qui est des frais généraux, dû au manque de réglementation. La sécurité et les normes de construction n’existent en grande partie que sur le papier, étant donné que le gouvernement utilise très peu d’inspecteurs pour faire appliquer les normes et ce, dans un pays qui est notoire pour sa corruption et le paiement de pots-de-vin.
De nombreuses sociétés montrent en façade qu’elles s’inquiètent des conditions en établissant pour leurs fournisseurs des règles soutenues par un système d’« audits » prétendument pour assurer que les normes soient remplies. La réalisation d’audits de sécurité et des conditions de travail est devenue une industrie en soi, dans laquelle sont engagées les ONG (organisations non gouvernementales). Les règles sont ignorées et les commandes généralement données en sous-traitance à des ateliers de misères plus petits. Les audits ne représentent guère plus que des embêtements occasionnels, les producteurs réduisant les coûts afin de respecter le prix demandé.
Un groupe de suivi, Business Social Compliance initiative, opérant à partir de Bruxelles a admis que ses auditeurs avaient approuvé deux des usines de vêtement du Rana Plaza pour leurs clients. Le bon état structurel du bâtiment ne se trouvait tout simplement pas sur la liste de contrôle.
L’amplitude même de la catastrophe du Rana Plaza, qui a horrifié les gens dans le monde entier, a forcé certains géants de la distribution à envisager de faire des affaires ailleurs. Le New York Times a souligné la semaine dernière que la société Walt Disney, le plus important donneur de licence au monde grâce à des ventes annuelles de plus de 40 milliards de dollars, avait émis une directive en mars demandant de mettre fin à la production de produits griffés au Bangladesh et dans d’autres pays. Des produits Disney avaient été trouvés dans les ruines de la fabrique de mode Tazreen qui fut détruite par le feu en novembre dernier, tuant 112 ouvriers.
À l’époque, l’incendie était la pire catastrophe industrielle du pays. Cependant, la directive de Disney de se retirer du Bangladesh était une décision purement commerciale. Le coût infligé à son image en tant que société dépassait tout simplement l’impact relativement faible sur ses profits, étant donné que seule une très faible partie de sa production est produite au Bangladesh. Dans sa déclaration, Disney annonça que la production serait progressivement retirée sur une période de plus d’un an. Cela laissait la porte ouverte à un retour, si les usines commençaient à coopérer avec le programme Better Work dirigé par l’Organisation internationale du travail (OIT) et la Société financière internationale, une structure de la Banque mondiale.
Les sociétés qui ne sont pas financièrement en mesure de se retirer on requis les services de l’OIT, des syndicats et de diverses ONG pour faire pression sur le gouvernement du Bangladesh et sur les producteurs afin qu’ils entreprennent des transformations superficielles. La semaine dernière, la BEGMA, l’Association des producteurs et exportateurs de vêtements du Bangladesh qui veut à tout prix garder ses clients internationaux, a rencontré des représentants de quarante acheteurs parmi lesquels H&M, JC Penny, Gap, Nike, Li & Fung et Tesco. Elle promit d’effectuer des inspections de construction de tous ses membres.
Certaines sociétés comme Primark promettent de payer des indemnité à hauteur d’environ 1200 dollars pour chacune des familles des victimes de la catastrophe du Rana Plaza. Walmart qui était directement impliqué dans la catastrophe du Tazreen Fashion, a refusé de payer ce qui représente le prix du silence, mais a fait un don de 1,6 millions de dollars envers un programme de formation à la sécurité incendie au Bangladesh. Ces sommes sont dérisoires est sans aucun doute calculées grâce aux méthodes de l’analyse coûts/bénéfices utilisée par Disney pour parvenir à sa décision.
L’Union européenne, (UE) agissant au nom des distributeurs européens a publié une déclaration la semaine dernière menaçant de retirer au Bangladesh l’accès commercial préférentiel aux marchés de l’UE. La dirigeante de la politique extérieure de l’UE, Catherine Ashton et le commissaire européen au commerce, Karel De Gucht, ont déclaré que l’UE envisageait une « action appropriée » afin d’inciter à la gestion responsable des chaînes d’approvisionnement dont font partie les pays du tiers monde. Quelque 60 pour cent des exportations de vêtements du Bangladesh vont en Europe.
La posture adoptée par l’UE n’a rien à voir avec une amélioration du sort des travailleurs du Bangladesh. Les responsables de l’UE ont déclaré au Financial Times que le fait de retirer la préférence commerciale serait une « mesure extrême » dont il était improbable qu’elle soit prise. Comme l’a dit un des responsables de la Commission européenne à ce journal, la déclaration adressé aux autorités du Bangladesh ne l’a été que pour « leur mettre un peu le feu sous les pieds ».
Si la préférence commerciale était retirée, ou si des grandes sociétés suivaient l’exemple de Disney, l’effet sur l’économie du Bangladesh serait catastrophique. L’industrie du vêtement représente environ 80 pour cent des exportations du pays et plus de trois millions d’ouvriers sont directement employés dans cette industrie. Beaucoup perdraient leur emploi, aggravant la pauvreté très répandue qui afflige déjà les masses du Bangladesh.
De plus, tout mouvement hors du Bangladesh de la part des sociétés ne se ferait qu’en direction d’une autre zone de travail à bon marché avec des coûts encore plus bas. On vante la Birmanie (Myanmar) comme une alternative possible où le régime dominé par l’armée garantirait une main-d’œuvre docile et peu de réglementation. La ruée pour satisfaire la nouvelle demande assurerait que des bâtiments soient construits à toute vitesse d’une façon tout aussi chaotique et bâclée. D’autres possibilité seraient le Pakistan ou près de 300 ouvriers sont morts dans l’incendie d’une usine de vêtement de Karachi en septembre dernier, ou encore les ateliers de misère de pays comme le Sri Lanka, le Cambodge ou Haïti.
Loin d’améliorer les normes de sécurité et les conditions de travail, les sociétés géantes sont engagées dans une concurrence féroce contre leurs rivales et qui s’intensifie dans le cadre de l’effondrement mondial du capitalisme. La course incessante aux profits mine la santé, la sécurité et le niveau de vie non seulement des ouvriers des pays en voie de développement mais aussi des nations économiquement avancées. Le seul moyen de mettre un terme à cette perte tragique de vies et de santés est une lutte unifiée des travailleurs d’Asie, d’Europe, d’Amérique et du monde pour en finir avec le système capitaliste obsolète et établir une économie socialiste planifiée rationnellement au niveau mondial et qui satisfasse les besoins urgents de l’humanité.
Peter Symonds
WSWS https://www.wsws.org/fr/articles/2013/mai2013/pers-m10.shtml
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ICIA (Inflation, Corruption, Insécurité et Autoritarisme) pour déstabiliser l’Amérique Latine

L’ICIA est un sigle qui pourrait synthétiser l’offensive actuelle des secteurs les plus conservateurs de la société sud-américaine. Il condenserait les étendards supposés « d’une lutte » des classes privilégiées, historiquement privilégiées, contre les avancées progressistes et démocratisantes promues surtout par les gouvernements d’Hugo Chávez, de Cristina Kirchner, d’Evo Morales et de Rafael Correa.
Les petits étendards de l’ICIA (« Inflation », « Corruption », « Insécurité » et « Autoritarisme ») forment le quadrilatère réactionnaire, oligarchique et droitier qui oriente les discours et les actions d’une partie de l’opposition de la région. On doit attirer l’attention sur le fait que le degré de « sensibilité » de ces quatre variables a une relation forte avec deux agents principaux :
1) les grands conglomérats industriels, financiers et commerciaux, contrôlés justement par les classes privilégiées et le capital étranger ; et
2) les médias hégémoniques, qui sont aussi sous l’intervention des élites locales et des multinationales.
On remarque que chacun de ces deux agents ont influencé de façon décisive la plus ou moins grande « gravité » de ces quatre problèmes. Les premiers, les groupes économiques, au fur et à mesure qu’ils contrôlent de vastes parts de marchés, tiennent un rôle crucial dans la détermination des prix des produits en bout de chaîne. En plus de cela, par le biais de l’accaparement et de la spéculation, ils peuvent générer le désapprovisionnement des biens, la pénurie et l’augmentation des prix qui en découle. Une telle « recette pour le chaos » a aidé à démolir le gouvernement de Salvador Allende en 1973. L’absence de produits dans les supermarchés et l’accroissement des prix de biens basiques comme le lait, le sucre, le riz et la farine, ont suscité des degrés d’insatisfaction sociale et la diminution de la popularité du gouvernement. C’est ce qui se trame, à des degrés relativement différents, au Venezuela, en Bolivie, en Équateur et en Argentine.
D’un autre côté, et de façon complémentaire, ces mêmes éléments déstabilisateurs résistent aux contrôles publics qui essaient d’agir contre leurs postures criminelles. Les grands conglomérats économiques accusent les gouvernements interventionnistes d’être autoritaires, adeptes de Hitler et de Mussolini. Ils hurlent contre l’action de l’État sur les taxes sur les profits, les taux d’intérêt, les taux de change, l’accès aux dollars et l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Leur argument central est le supposé « libre marché », qui est en vérité un rideau de protection pour la liberté de manœuvre de puissants groupes économiques.
La planification gouvernementale est traitée comme un « interventionnisme exagéré », un retour au « populisme irresponsable » ou, même, comme une « dictature castro-chaviste-communiste ». Sont déprimantes l’ignorance, la méconnaissance, et la culture de la haine présentes dans les manifestations et les concerts de casseroles des secteurs de l’opposition. Tout rappelle les momies chiliennes qui ont célébré le coup d’État d’Augusto Pinochet. Ils utilisent des concepts de façon primaire, composent des discours incompréhensibles déterrant des termes de la Guerre Froide contre la « menace rouge » et les « guérilleros marxistes ». Leur refrain favori est le quatuor ICIA.
Ceux qui manient un peu mieux les concepts affirment que retourner au national-développementisme des années trente, quarante et cinquante du siècle dernier est une très grave erreur. En réalité, ils proposent d’aller encore plus loin en arrière. Ils rêvent au premier libéralisme que le maître Adam Smith a si bien présenté, il y a 250 ans. Il est notoire que l’instauration du monde libéral qui a pu faire partie un jour des rêves des "honnêtes citoyens", s’est , depuis David Ricardo, transformée en proposition malfaisante, en théorie hypocrite, au seul bénéfice des plus grands et des plus forts. L’Allemand Friedrich List s’est rendu compte de cela et l’a dénoncé il y a 170 ans. Depuis cette époque même un perroquet n’y croirait pas.
En même temps, les puissants monopoles de désinformation et d’aliénation des masses, contrôlés par deux ou trois familles de nos pays, sont devenus les caisses de résonance de la « corruption » et de l’ « insécurité ». De cette façon, les quatre roues du carrosse de l’opposition deviennent des vérités, des preuves, des plaintes. Dans une action orchestrée, ils imposent l’ICIA. C’est pourquoi, en réalité, ce sont les médias qui sont autoritaires et qui torpillent la liberté d’expression. Ils se sont auto-proclamés défenseurs de la liberté individuelle, gardiens de la justice et des droits citoyens. mais ce sont les mêmes médias hégémoniques qui ont été créés et qui se sont tus pendant les dictatures militaires.
Pour défendre leurs intérêts économiques inavouables, ils dénoncent l’existence d’une « inflation galopante », la « plus grande corruption de l’histoire », « l’autoritarisme croissant » et « l’insécurité insupportable ». C’est la formule pour le chaos du XXIe siècle, fille du mariage entre monopoles économiques et monopoles de la communication. On l’observe, à des degrés divers, en Argentine, au Venezuela, en Bolivie et en Équateur. Au Brésil, cette campagne médiatique s’est déclenchée très nettement contre l’ex-président Lula. Les hésitations et les concessions croissantes du gouvernement de Dilma Rousseff aux grands groupes économiques nationaux et internationaux, maintiennent une paix aparente, seulement troublée par les pamphlets porte-parole de Washington qui circulent dans nos kiosques.
Enfin, il est fondamental que nous nous demandions jusqu’à quel point un gouvernement peut contrôler les niveaux d’inflation, d’insécurité et de corruption dans des économies si concentrées et avec une présence si importante des multinationales étrangères. Avec l’accaparement et la spéculation on génère de l’inflation et une croissance des taux d’intérêt, comme façon d’enrichir le système financier. Avec des actions terroristes et conspiratrices, avec des playboys brûlant des pneus et armés au volant, la violence augmente et avec elle, les degrés d’insécurité, jusqu’à des niveaux « intolérables ». Avec des shows de dénonciations et un pilonnage TV, radio, magazines et journaux on présente un climat de « corruption répandue partout » comme du « jamais vu ». Toute action de l’État pour faire face à l’inflation, à l’insécurité et à la corruption est appelée autoritarisme par les grands médias.
Par conséquent, il faut se demander jusqu’à ce quel point les niveaux de mesure de ces quatre variables répondent à l’influence des médias. Et jusqu’à quel point la perception par l’opinion de ces quatre problèmes est dirigée par les monopoles médiatiques. De notre point de vue, la conclusion est : il n’y a pas de façon d’avancer dans des processus progressistes, populaires et démocratisants sans la destruction de ces deux types de monopoles privés. Parce que, bien que cette combinaison de quatre facteurs que nous nommons ICIA soit éthérée, gazeuse et superficielle, elle a imposé des difficultés et généré des freins considérables aux processus progressistes.
La destruction de ces monopoles privés, économiques et médiatiques, est indispensable et génère une frayeur dans les élites et le capital étranger. Pour cette raison on critique de façon si forte toute tentative de développement du contrôle du pouvoir public, de l’État, sur ces deux structures. Plus vite les gouvernements progressistes s’apercevront de la gravité de cette situation et plus vite ils mettront en place des actions démocratisantes, plus grandes seront ses chances de succès. D’un autre côté, continuer à financer ces monopoles avec d’immenses et croissantes sommes d’argent public, en plus d’être un crime de trahison nationale, peut être considéré comme se tirer une balle dans le pied.
Luciano Wexell Severo
Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi http://www.elcorreo.eu.org/ICIA-pour-destabiliser-l-Amerique-Latine
URL de cet article 20582 

La Syrie détruit les illusions dominatrices d'Israël….les Israéliens sont devenus des partenaires à part entière dans l'agression contre la Syrie, après s'être réconciliés avec la Turquie, sous le parrainage du président américain Barak Obama.

En coordination avec leurs amis émiratis, qataris, saoudiens et jordaniens, les Israéliens sont devenus des partenaires à part entière dans l'agression contre la Syrie, après s'être réconciliés avec la Turquie, sous le parrainage du président américain Barak Obama. Les chambres d'opération installées sur le territoire turc jouent un rôle de premier plan dans la destruction de la Syrie.
Les centres de recherche israéliens ont estimé que les événements en Syrie ont imposé des changements stratégiques en faveur d'Israël. Les dirigeants sionistes se sont imaginés avoir éliminé les résultats des victoires de la Résistance au Liban et en Palestine, qui a imposé de nouvelles équations dissuasives stratégiques, surtout depuis la défaite d'Israël, en 2006.
Conformément à cette évaluation, les services israéliens se sont impliqués dans la guerre contre la Syrie en exécutant des opérations de sabotage contre le système de défense nationale syrien, et ont directement appuyé les groupes terroristes dans l'hinterland syrien. Dans le même temps, les troupes israéliennes s'activaient ouvertement sur la ligne de démarcation au Golan pour apporter des facilités aux terroristes et leur offrir une protection. En coordination avec leurs amis émiratis, qataris, saoudiens et jordaniens, les Israéliens sont devenus des partenaires à part entière dans l'agression contre la Syrie, après s'être réconciliés avec la Turquie, sous le parrainage du président américain Barak Obama. Les chambres d'opération installées sur le territoire turc jouent un rôle de premier plan dans la destruction de la Syrie.
C'est dans ce climat que les dirigeants israéliens ont organisé une série de manœuvres et d'entrainement militaires dans des buts offensifs contre le Liban et la Syrie et ont mené des exercices conjoint avec des troupes turques, jordaniennes et de pays du Golfe, avec la participation de troupes de l'Otan. Les prémices d'une vaste intervention militaire en Syrie sont apparus à l'horizon, après l'exhumation du prétexte des armes chimiques.
Cependant, la Syrie, grâce à son armée et à ses alliances régionales et internationales, a fait montre d'une grande immunité et résilience face aux projets d'intervention militaires. L'Occident et ses auxiliaires sont alors passés à une autre forme d'agression, et les raids aériens israéliens contre Damas ont constitué un test sur les capacités d'Israël à intervenir d'une manière permanente en Syrie sous une couverture américaine offerte par Obama en personne. Une sorte de guerre par procuration, car les Etats-Unis sont incapables de s'aventurer dans de nouveaux conflits après leur défaite en Irak et en Afghanistan. D'ailleurs, à cause des nouveaux rapports de force, Washington est plus enclin à conclure des compromis et à accepter l'accord de Genève sans conditions préalables.
La réponse stratégique syrienne aux raids israéliens va renforcer les rapports de forces au détriment d'Israël. La situation sera encore plus favorable pour l'axe de la résistance qu'elle ne l'était avant le début de la guerre mondiale contre la Syrie, il y a deux ans. Cette riposte se base sur le concept qui consiste à transformer la menace en opportunité, comme l'a si bien dit le leader de la Résistance, sayyed Hassan Nasrallah. Cette réponse repose sur des changements structurels des équilibres qui sous-tendent le conflit israélo-arabe: 1-Renforcement des capacités de dissuasion de la Résistance, après la décision syrienne de lui fournir des armes qualitatives, capables de changer le rapport de force avec Israël. 2-Lancement d'une résistance populaire pour la libération du Golan, qui bénéficiera de l'expérience, du soutien et des capacités de la Résistance libanaise. 3-Les instructions données aux forces stratégiques syriennes de riposter immédiatement, sans besoin de revenir au commandement suprême, à toute nouvelle agression israélienne. 4-La riposte syrienne a pavé la voie à une nouvelle ère dans la lutte nationale armée du peuple palestinien, à travers l'ouverture du front du Golan.
Dans une tentative désespérée de freiner ces changements dans les rapports de force, la Turquie est entrée en lice. Ankara tente d'instrumentaliser les attentats de la localité de Rihaniya, accusant la Syrie d'en être responsable, avant même la fin de l'enquête. Cette action montre que la coordination entre la Turquie et Israël a atteint des niveaux élevés. Mais là aussi, la riposte de l'axe de la Résistance et de ses alliés était rapide. la Russie a très vite réagi en affirmant que les accusations contre la Syrie visent à torpiller la conférence internationale sur la Syrie, convenu entre Moscou et Washington.
Puis le ministre syrien de l'Information a accusé le gouvernement turc d'avoir transformé les régions frontalières en sanctuaire pour le terrorisme international. Ankara facilite le trafic d'armes, d'explosifs, de voitures piégées, d'argent et de criminels à destination de la Syrie. Par conséquent, a ajouté Omrane al-Zohbi, le gouvernement turc et son chef assument un responsabilité directe, politique et morale, vis-à-vis des peuples turc et syrien, dans les violences qu'ils subissent. "La Syrie n'a pas commis et ne commettra jamais un tel acte car nos valeurs ne nous le permettent pas", a assuré le ministre, appelant au départ du Premier ministre turc Recep Tayyeb Erdogan, responsable, selon lui, des malheurs qui frappent la Syrie.
Ghaleb Kandil
Tendances de l’Orient

Egypte : la gravité de la crise pousse les travailleurs à se battre pour la réhabilitation du rôle du secteur public

Les luttes sociales en Egypte sont un peu éclipsées par les luttes politiques entre les tenants des idéologies obscurantistes et les défenseurs d’un système démocratique basé sur la séparation entre la religion et l’Etat.
Mais ces luttes sont intenses.
Les travailleurs mènent de façon opiniâtre leur combat pour exiger de meilleures conditions de travail et une vie plus digne. Rassemblements et manifestations, arrêts de travail et grèves de la faim se poursuivent sans discontinuer depuis deux ans. Tous les secteurs sont touchés : agriculture, industrie, transport, finances …
Dans de nombreux cas les protestations ont été réprimées par la police. Des heurts opposent les travailleurs aux forces répressives. Ce sont les travailleurs qui pâtissent le plus d’une crise économique qui secoue l’Egypte avec une force inégalée. C’est pour cette raison qu’ils sont décidés à ne plus reculer. Ils n’ont plus le choix. Ils sont touchés par des compressions à mort. Ils sont donc obligés de réagir. Leurs familles ont faim. Ils ont du mal à soigner leurs enfants et à joindre les deux bouts pour « survivre ».
L’Egypte a subi, depuis quelques années, dans un programme de privatisation à tout va qui a affaibli considérablement le secteur d’Etat. Des initiatives sont entreprises actuellement par des travailleurs et des syndicalistes pour remettre sur le devant de la scène le secteur public. Les travailleurs de l’entreprise de textile à Tanta (capitale du gouvernorat de Gharbeya) ont organisé une conférence pour exiger le retour du secteur public.
De nombreux militants des droits de l’homme, des dirigeants syndicaux et des hommes politiques, entre autres, le candidat aux dernières présidentielles, Khaled Ali, s’affirmant de gauche, ont soutenu les travailleurs dans leurs revendications. Lors des débats, les participants sont revenus sur les jugements prononçant la nullité des contrats de ventes de l’entreprise de tissus de Tanta, de la société de filage de Shebin El-Kom et de la société d’égrenage du coton de Zefti (Basse Egypte) et leur retour au secteur de l’Etat.
Diverses autres questions ont été abordées, entres autres la lenteur du gouvernement dans l’application de ces jugements et les appels introduits pour sauvegarder les intérêts des investisseurs.
Les ventes de ces entreprises, sous l’ère de l’ancien président Moubarak, s’étaient déroulées dans des conditions opaques et furent contestées par le Centre égyptien pour les doits économiques et sociaux (ECESR). Cet organisme a estimé que l’Etat a cédé ses entreprises en contrepartie de sommes ridicules, bien inférieures à la valeur réelle de leur biens immobiliers et terrains.
Alger Republicain

dimanche 12 mai 2013

Julian Assange - Tel père, tel fils (Altmedia)...WikiLeaks est bien plus qu’un site web – c’est un mouvement


Fin septembre 2006, l’organisation internationale à but non lucratif en ligne connue sous le nom de WikiLeaks a fait briller le flambeau de la transparence et mis en évidence la responsabilité des gouvernements du monde.
Fondé et dirigé par le journaliste et dissident australien Julian Assange, WikiLeaks a publié des centaines de milliers de câbles diplomatiques, des documents, des e-mails, des transcriptions et des lettres concernant tous les aspects de la gouvernance mondiale.
Le meurtre de civils innocents en Irak et en Afghanistan (« Collateral Murder »), les procédures secrètes opérant à Guantanamo Bay, les conspirations impérialistes américaines pour renverser des gouvernements sud-américains élus, les exécutions extrajuduciaires de la police kenyanne, la liste noire d’internet qu’a proposée le gouvernement australien – ceux-ci et beaucoup plus de secrets d’Etats ont été divulgués par ce qui a été décrit comme « le site web le plus dangereux du monde ».
Mais WikiLeaks est bien plus qu’un site web – c’est un mouvement. Et en Australie, au moins, ce mouvement vogue en territoire encore inexploré : WikiLeaks est maintenant un parti politique. Aux élections fédérales du 14 septembre, les citoyens australiens seront les premiers électeurs au monde à pouvoir voter pour WikiLeaks dans l’isoloir.
“Le travail se poursuit depuis un an, assemblant les idées et des gens,” explique John Shipton, architecte à la voix douce installé à Newton qui est aussi le secrétaire et le trésorier du parti de WikiLeaks et le père de M. Assange.
« Nos politiques – ou nos objectifs comme on les appelle plutôt – sont les mêmes que WikiLeaks : transparence et responsabilisation, » dit-il.
"La responsabilisation est la flèche tirée par l’arc de la transparence, et de ce que là vous obtenez une possibilité de justice ; si les gens sont tenus à rendre des comptes sur ce qu’ils font ou ne font pas, vous avez la justice. Et là où il y a de la justice, il y a une société productive. »
Ecouter M. Shipton parler, c’est comme entendre Julian Assange en écho depuis l’ambassade d’Equateur à Londres, où il s’est réfugié depuis les allégations fallacieuses d’agressions sexuelles suédoises dont beaucoup pensent qu’elles ont été concoctées par le gouvernement américain.
Les similitudes entre père et fils s’étendent à leur apparence et même à leurs manières.
M. Shipton parle quotidiennement à son fils par e-mail et au téléphone et a passé un mois avec lui en décembre dernier dans le petit refuge de l’ambassade.
« Il va très bien,” rapporte M. Shipton. « Il reste très occupé par son travail, et le personnel de l’ambassade est très gentil ».
« Mais cela reste difficile pour lui parce qu’il vit dans un petit espace, » dit-il.
« Il y a une table ronde, une bibliothèque, un lit et une fenêtre. Il ne peut pas regarder dehors parce que si des sympathisants savent que c’est sa chambre, ils pourraient jeter, qui sait, un gigot d’agneau ou quelque chose à travers. Et puis il y a des gens qui ne sont pas des sympathisants… »
L’asile politique a été octroyé à M. Assange depuis août de l’année dernière mais M. Shipton croit que le confinement de son fils à Londres dans l’ambassade d’Equateur ne pose aucun obstacle pour son élection au parlement en Australie.
« Earl Grey, des fameux thés Earl Grey, a été élu au parlement australien [le Parlement de NSW, en 1848] (NSW signifie New South Wales / Nouvelle-Galles du Sud – NdT) et a continué à contribuer à établir l’Etat de Victoria, malgré qu’il vivait à Londres, donc il y a un précédent », dit M. Shipton.
« Notre conseil juridique assure que la situation de Julian à Londres n’est pas une barrière ».

Mais M. Shipton croit que son fils sera en mesure de rentrer au pays pour occuper personnellement son poste de sénateur au parlement.
“Il est Australien et il veut revenir chez lui, dit M. Shipton. « Ce serait une belle manière pour Julian d’apporter une contribution structurelle à ce pays ».
Il ajoute : « Je ne veux pas en dire trop mais nous avons de bonnes raisons de croire que l’affaire suédoise est en bonne voie de désintégration et sera complètement annulée, ainsi nous espérons qu’il soit de retour en Australie à temps pour l’élection. »
« Il y aurait quelques problèmes à résoudre en Grand-Bretagne, en rapport avec la rupture des conditions de libération sous caution, mais nous gardons espoir qu’elles puissent être réglées. »
De toutes façons, M. Assange n’est pas le seul représentant du parti de WikiLeaks à se présenter au Sénat en septembre.
M. Assange, qui se présente pour le Sénat à Victoria, sera rejoint par un colistier, qui occuperait son poste au parlement s’il gagne mais qu’il doive rester à Londres.
In NSW, Kellie Tranter, avocate et activiste des droits humains, se présentera pour le Sénat et aura également un colistier.
Le parti de WikiLeaks peut également présenter des candidats à Queensland et à l’Ouest de l’Australie, dit M. Shipton.
Les pourvoyeurs du système politique bipartite dominant en Australie feront sans aucun doute tout ce qu’ils peuvent pour faire dérailler la première incursion de WikiLeaks au Parlement, avec la rhétorique de la Première ministre Julia Gillard riche d’enseignement sur les attitudes à Canberra – qui a auparavant catalogué M. Assange de « criminel ».
Mais si M. Shipton est inquiet, il ne le montre pas.
« Julian et WikiLeaks ont fragilisé la puissance des Etats-Unis, de la Suède et du gouvernement britannique. Alors quelques lèche-bottes pro-Américains à Canberra ne vont pas nous poser beaucoup de problèmes.
La stature du peuple australien a une belle envergure et nous croyons que si Julian ou d’autres représentants de WikiLeaks sont élus, la volonté du peuple prévaudra. »
Peter Hackney
Article paru le 9 mai 2013 sur : http://www.altmedia.net.au/wikileaks-goes-to-parliament/75063
Traduction : Romane.
* http://www.altmedia.net.au/wikileaks-goes-to-parliament/75063
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vendredi 10 mai 2013

Iran : la révolte des travailleurs


Le mouvement ouvrier iranien a une longue histoire derrière lui. Les ouvriers du pétrole, par exemple, ont joué un rôle non négligeable dans la chute du Shah en 1979. Les travailleurs engrangèrent ensuite des acquis avec le nouveau régime, comme la semaine de 40 h et la création d’un droit à l’allocation logement. Mais la guerre entre l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988 fit obstacle au développement de l’action syndicale, tandis que les partis de gauche qui avaient pris part à la révolution étaient démantelés, avec l’exécution de près de 30.000 opposants.
A la fin de la guerre, le gouvernement Rafsanjani inaugure le virage libéral du pays. Les importations ont mis à mal l’industrie locale, tandis que les programmes de privatisations ont profité aux membres du pouvoir et à leurs proches, sur fond de développement de la corruption. La politique libérale est poursuivie par les gouvernements qui se sont succédés ; Ahmadinéjad accélère la privatisation et s’attaque aux subventions des produits de première nécessité (essence, gaz, électricité, eau et aliments de base).
Répression et persistance des luttes
Le pouvoir favorise l’instauration de « Conseils islamiques du Travail » et de « Maisons des travailleurs », en lieu et place des syndicats qui n’ont plus droit de cité, même si leur création reste théoriquement possible selon la constitution. Le mouvement ouvrier est également affaibli par l’instauration de la précarité : les travailleurs sont embauchés sous des contrats temporaires, souvent par des entreprises de main-d’œuvre qui servent d’intermédiaire avec l’employeur réel.
Malgré une féroce répression, des syndicats indépendants font leur apparition pour répondre aux besoins des travailleurs de se défendre. Les leaders syndicaux sont emprisonnés, quelquefois libérés sous la pression internationale, suite aux campagnes de solidarité menés par le mouvement syndical international. C’est notamment le cas de Mansour Onsanlo, du syndicat des autobus de Téhéran (VAHED).
Plusieurs syndicalistes sont actuellement incarcérés, condamnés à de longues peines : Pedram Nasrollahi, Shahrokh Zamani, Reza Shahabi, Mohammad Jarahi, Behnam Ebrahimzadeh, Rasoul Bodaghi, Abdolreza Ghanbari, ce dernier étant passible de la peine de mort. Ces militants subissent mauvais traitements et tortures.
Récemment, des boulangers de la ville kurde de Sanandaj ont été arrêtés, pour avoir tenté d’organiser leurs collègues de travail. Plus couramment, les travailleurs qui tentent de porter des revendications collectives auprès de l’employeur sont purement et simplement licenciés.
Mais cette répression brutale n’a jamais suffi à étouffer totalement les efforts des travailleurs pour améliorer leur sort. A « Saaveh Rolled Tubes and Profile finally », une usine de composants métallurgiques, les travailleurs sont en lutte pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Cette usine produit essentiellement pour l’exportation, se fait payer en devises fortes, et paye à ses ouvriers des salaires de misère. L’entreprise, qui fait des profits considérables, a ouvert de nouvelles usines en Iran, mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne. En 1996, les travailleurs commencent à dénoncer leurs conditions de travail, responsables d’accidents du travail et de maladies professionnelles mortels. Une assemblée du personnel demande des améliorations techniques et de sécurité, ainsi que le droit d’avoir leur propre organisation. Douze représentants sont élus pour négocier ces revendications avec les propriétaires : ils sont licenciés dès le lendemain. Nouvelle tentative en 2006, après des mois de lutte, une pétition signée du personnel sur les mêmes revendications : les protestataires sont également licenciés immédiatement. Pour autant le combat n’est pas abandonné, mais déplacé sur un autre terrain : en octobre 2012, ils obtiennent des autorités qu’elles classent les 23 énormes ateliers de « Saaveh Rolled Tubes and Profile finally » dans la catégorie des établissements dangereux. Ce n’est qu’une étape dans la lutte, car l’employeur use de tous les moyens pour ne pas procéder aux aménagements nécessaires, et les travailleurs devront encore maintenir la pression pour parvenir à des résultats concrets.
Dans la pétrochimie, les salariés ont mené en octobre une grève d’avertissement pour obtenir la concrétisation des promesses qui leur ont été faites : la suppression des intermédiaires et des entreprises de main-d’œuvre « parasites ». En novembre, Bandar Imam Petrochemical Complex accepte la revendication des travailleurs de se passer d’intermédiaires et de signer des contrats directement avec les travailleurs.
Fin avril, la police intervient pour débloquer l’entrée d’une usine de cuivre : les salariés entendent protester contre le non respect des promesses qui leur sont faites, à savoir l’embauche directe et pérenne des travailleurs sous contrat précaire. Dix-huit mois plus tard rien n’a bougé. La lutte continue désormais à l’intérieur de l’usine.
Les coupeurs de canne saisonniers sont également dans une bataille de longue durée pour la reconnaissance de leurs droits. En octobre, 2000 coupeurs se mettent en grève, faisant suite à d’autres actions menées au cours de l’année, pour protester contre la faiblesse de leur salaire et le retrait de leur assurance retraite, et exiger la prise en compte de leur métier dans la classification nationale du travail, et. La revendication de la retraite est d’ailleurs commune à l’ensemble des 12.000 salariés de « Karoon Industrial Agriculture », de la région du Khouzistan, et de bien des travailleurs en Iran !
Signe de la crainte du pouvoir : depuis 2007 le pouvoir n’a plus autorisé aucun défilé pour le premier mai.
L’explosion du chômage et des arriérés de salaire
L’économie iranienne est prise en étau entre l’extraversion de son économie et les sanctions dont elle fait l’objet par la communauté internationale. L’inflation monte dangereusement depuis plusieurs mois.
Les salariés sont confrontés à des baisses de salaires et à des licenciements. Selon une étude du centre de recherche du parlement iranien, la production des entreprises a décru de 40% et l’emploi a diminué de 36%, tandis que le coût des matières premières a augmenté considérablement.­­ Les impayés de salaires explosent actuellement en Iran, déclenchant la colère des travailleurs qui n’ont plus désormais rien à perdre. L’Etat se révèle aussi mauvais payeur que le privé. Tous les secteurs et toutes les régions sont concernés. Les centres industriels, comme celui de Kaveh à proximité de Téhéran, sont sérieusement affectés.
Dix- huit mois de retard pour les ouvriers de l’usine à sucre d’Ahwaz, qui vient d’arrêter la production et de licencier ses ouvriers, à l’exception des techniciens de maintenance. Cette usine appartient à une banque, et pour l’instant personne ne se soucie des 500 salariés de l’usine, pas plus que de l’avenir des 2000 emplois induits. Absence de salaires également depuis 28 mois à l’usine textile de Mazanadaran : les salariés mettent en cause une « privatisation incontrôlée ». Les situations de salaires impayés se multiplient dans toute l’industrie manufacturière, le secteur de la métallurgie n’est pas épargné.
Des arriérés de salaires provoquant des arrêts de travail et des manifestations sont signalés l’agriculture et l’agro-alimentaire.
Les impayés provoquent l’arrêt des chantiers de travaux publics, en autre de construction de barrages, à Azad dans le Kurdistan, à Banir dans le Marivan, à Derek.
Les travailleurs afghans pris en otages
De nombreux afghans se sont établis en Iran, soit pour trouver un travail, soit pour fuir la guerre. Ils seraient 2,4 millions à occuper dans ce pays les postes les plus précaires et les plus dangereux. Certains sont arrivés illégalement, en payant de fortes sommes à des passeurs qui les aident à traverser la frontière.
Mais du fait de l’influence américaine en Afghanistan, de la rivalité régionale des deux pays, et du délabrement de l’économie iranienne, ces migrants ne sont plus vus d’un bon œil par le pouvoir qui n’hésite pas à en faire une monnaie d’échange. En mai 2012, l’Iran a menacé l’Afghanistan d’expulser tous ses ressortissants présents sur son territoire si ce pays signait un pacte de sécurité stratégique avec les Etats-Unis.
En attendant, tous les Afghans sans papier sont en voie d’expulsion ; selon l’agence de l’ONU qui les assiste à leur retour en Afghanistan, ils seraient près de 200.000 à être rentrés dans leur pays d’origine contraints et forcés. Sur les chantiers de construction où ils étaient employés en Iran, il arrivait qu’ils soient payés en opium ; certains en sont devenus dépendants, d’autres se livrent au trafic de drogue une fois rentrés au pays.
En Iran, les afghans doivent faire face à de nombreuses restrictions : ils ne peuvent résider que dans certaines provinces (12 sur 31), certains métiers leur sont interdits.
Par ailleurs, le gouvernement iranien a décidé de mettre fin au statut de réfugiés pour 700.000 afghans à l’horizon de mars 2015.
La résistance s’organise
En 2004 se crée le « Comité de coordination pour aider à la création d’organisations ouvrières » à partir de syndicats actifs engagés dans des luttes, comme le syndicat des autobus de Téhéran ou le syndicat de la sucrerie Haft-Tappeh. En 2012, ce comité dénonce des projets visant à réduire la protection sociale : recul de 5 ans de l’âge de départ à la retraite, augmentation des cotisations salariales, et d’autres mesures qui n’ont pas encore filtré de l’opacité où ces plans s’élaborent. Le Comité alerte les travailleurs et les appelle à se mobiliser.
Durant le deuxième semestre 2012, une pétition demandant une augmentation immédiate des salaires pour faire face à l’inflation et la suppression des articles régressifs de la nouvelle loi sur le travail recueille 30.000 signatures. Les organisateurs de la pétition ont organisé un sit-in aux abords du parlement. Ils ont pu être reçus par le président de la commission des affaires économiques du parlement pour discuter de la situation désastreuse à laquelle les travailleurs doivent faire face.
Cette détermination semble porter ses fruits. Le 24 avril, la plainte déposée par les travailleurs relative au salaire minimum fixé par le ministre du travail a été reçue par la Cour suprême d’administration (l’équivalent de notre conseil d’Etat). Les travailleurs font valoir que le salaire minimum doit être fixé en fonction de l’inflation, or celle-ci est de 30% selon la Banque centrale iranienne, alors que l’augmentation prévue pour le salaire minimum n’est que de 25%. Cette revendication est d’autant plus sensible que pour les travailleurs le taux réel de l’inflation est bien supérieur à celui fixé par la Banque centrale. Pour la soutenir, cent conseillers municipaux ont lancé une pétition demandant au gouvernement de reconnaître les légitimes revendications des travailleurs.
Une campagne très active à l’encontre du projet de loi sur le droit du travail, très défavorable aux travailleurs, a été menée tambour battant par des militants et les syndicats les pus actifs. Le texte a été décortiqué et sa nocivité démontrée, et l’opinion publique est convaincue de la dangerosité de ce projet. Le parlement iranien en a tenu compte en rejetant ce texte en l’état. C’est déjà une victoire ! Mais ce n’est qu’une étape du combat : ce texte est destiné à être représenté au parlement après que le ministre du travail lui ait apporté des modifications. Les militants iraniens sont vigilants et de nouvelles mobilisations sont à prévoir.
Le mouvement ouvrier iranien est fort de son histoire –une centrale syndicale s’est constitué dès 1917-, avec une longue habitude de la clandestinité et de la répression. Les militants syndicaux font preuve d’une infinie détermination et savent remettre sur le tapis des revendications que le pouvoir patronal et l’Etat tentent de balayer définitivement, sous les coups d’une répression qui ne fait pas dans la demi-mesure.
Celle-ci est toujours aussi redoutable, mais face à la situation économique de l’Iran, elle peut de moins en moins fonctionner comme le couvercle qui étouffe de façon efficace la colère populaire. La révolte devient plus forte que la peur. Les salariés qui sont sans salaires depuis de longs mois, voire des années, ne se posent plus la question de perdre un emploi qui ne les nourrit plus depuis longtemps. Quand dans une entreprise, un militant appelle à la rébellion, il trouve en face de lui un écho immédiat ; dans des entreprises, ses collègues empêchent les vigiles d’intervenir ; dans d’autres ce sont ces mêmes vigiles qui s’empressent de laisser faire. Le sentiment de ne plus avoir rien à perdre renforce les luttes, qui finissent par marquer des points. Dans les entreprises, des gains –toujours à défendre-, comme la remise en cause des intermédiaires entre le travailleur et l’entreprise utilisatrice de son travail, sont des avancées particulièrement significatives, même si elles ne sont actuellement le fait que de quelques entreprises. Dans le rapport avec le pouvoir politique, quelque chose semble bouger également, même si le rapport de forces reste fragile.
Il convient d’être attentif à ce qui se passe en Iran, grand pays de 78 millions d’habitants, pris dans des enjeux économiques et géopolitiques cruciaux : l’irruption d’une classe ouvrière en voie d’organisation peut changer la donne.
Le libéralisme est un totalitarisme
Bella Ciao