mardi 25 septembre 2012

Libye : pétrole rouge sang....Un bon investissement, celui de la guerre.


Le second épisode de « Humanitarian War   », fameuse fiction washingtonienne sur la Libye, est sorti. Voici la bande-annonce : après avoir aidé les Libyens à se débarrasser du féroce dictateur, les gentils, conduits par l’héroïque Chris, continuent à les aider avec le même désintérêt ; mais les méchants –les terroristes encore nichés dans le pays- tuent Chris qui « risquait sa vie pour aider le peuple libyen à construire les bases d’une nouvelle et libre nation » (Hillary Clinton) et, « fait particulièrement tragique, ils le tuent à Benghazi, ville qu’il avait aidé à sauver (Barack Obama) ; le Président envoie  une « force de sécurité » en Libye, mais ce sont les habitants de Benghazi, descendus spontanément dans la rue avec des pancartes à la gloire de Chris, qui chassent les méchants de leurs tanières. En attendant le troisième épisode, jetons un coup d’œil sur la réalité. Chris Stevens, ambassadeur en Libye depuis mai dernier, avait été représentant spécial Usa au Cnt de Benghazi pendant la guerre : c’est-à-dire le metteur en scène de l’opération secrète par laquelle avaient été recrutées, financées et armées contre le gouvernement de Tripoli même des milices islamiques désignées comme terroristes peu de temps auparavant encore. Nouvel apprenti sorcier, Chris Stevens a été renversé par les forces qu’il avait lui-même crées quand, une fois le gouvernement de Tripoli abattu, il a dirigé en habit d’ambassadeur étasunien l’opération pour neutraliser les milices jugées par Washington non fiables, et intégrer  les fiables dans les forces gouvernementales. Opération extrêmement complexe : il y a en Libye au moins 100mille combattants armés, appartenant à toutes sortes de formations, y compris quelques unes fidèles à Kadhafi. Tripoli ne contrôle aujourd’hui qu’une partie mineure du territoire.
La désagrégation de l’état unitaire a commencé, fomentée par des intérêts partisans. La Cyrénaïque –où se trouvent les deux tiers du pétrole libyen- s’est de fait autoproclamée indépendante, et le Fezzan, où sont d’autres gros gisements, veut l’être aussi ; et ne resteraient à la Tripolitaine que ceux qui sont devant les côtes de la capitale. La balkanisation de la Libye entre dans les plans de Washington, s’il n’arrive pas à contrôler l’état unitaire. Ce qui est urgent pour les Etats-Unis et les puissances européennes c’est de contrôler le pétrole libyen : plus de 47 milliards de barils de réserves assertées, les plus grandes d’Afrique. Il est important pour eux de disposer aussi du territoire libyen pour le déploiement avancé de forces militaires. La force de déploiement rapide des marines, envoyée par Obama en Libye avec l’appui des drones de Sigonella (base aéronavale étasunienne en Sicile), officiellement comme réponse à l’assassinat de l’ambassadeur, n’est ni la première ni la dernière. Le Pentagone avait déjà envoyé des forces spéciales et des contractors pour surveiller les plus grandes plates-formes pétrolières, et il se prépare maintenant à une action « antiterroriste ». Il y a longtemps qu’ont débarqué les compagnies pétrolières qui, avec des accords officiels ou en sous-main (grâce à la corruption diffuse), obtiennent des contrats beaucoup plus avantageux que les précédents.
En même temps se prépare la privatisation de l’industrie énergétique libyenne. Participe aussi à la répartition du butin le Qatar qui, après avoir contribué à la guerre de Libye avec des forces spéciales infiltrées et des fournitures militaires, pour une dépense de plus de 2 milliards de dollars, a obtenu 49% (mais de fait le contrôle) de la Banque libyenne pour le commerce et le développement.
Un bon investissement, celui de la guerre.

Edition de mardi 25 septembre de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120925/manip2pg/14/manip2pz/329156/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Source : Mondialisation.ca

AFRIQUE DU SUD : La lutte héroïque des mineurs - Du sang, de la sueur… et des balles !

...un massacre permanent… organisé pour le profit des multinationales ...La lutte des mineurs doit dépasser la sphère syndicale et prendre un caractère plus ouvertement politique. Ce serait la meilleure façon de venger nos frères de classe abattus pour avoir lutté pour leurs droits !...

Haine de classe. Voilà ce que l’on ressent en voyant et revoyant les images terribles du lâche et sauvage massacre de 34 mineurs grévistes à Marikana en Afrique du Sud. C’est un crime contre tous les mineurs, contre tou-te-s les travailleur-euse-s d’Afrique du Sud. L’ensemble du mouvement ouvrier mondial est concerné aussi. Mais alors que cette brutale attaque cherchait à entamer le moral et la lutte de l’un des secteurs les plus exploités et opprimés du prolétariat, elle n’a fait que renforcer leur détermination en déclenchant même des grève similaires dans d’autres mines.
Haine et mépris de classe, c’est aussi ce qu’exprime la direction de la multinationale britannique Lonmin, où travaillaient les grévistes assassinés, qui deux jours après le bain de sang envoyait des télégrammes sommant les ouvriers de reprendre le travail au risque d’être licenciés ! Le gouvernement sud-africain n’est pas en reste. En effet, même s’il a fait pression sur la direction de Lonmin, qui emploie 38000 salariés, pour qu’elle retire son « ultimatum », sa police n’a de fait pas arrêté d’intimider et de harceler les grévistes, aussi bien avant qu’après la tuerie. C’est ainsi que le 16 août dernier plus de 500 membres des forces de répression de l’Etat, équipés d’armes automatiques, avec des hélicoptères et des véhicules lance-eau à l’appui, ont été envoyés pour briser la grève de plus de 3000 mineurs, ce qui a débouché sur l’assassinat des 34 ouvriers [1].
La sinistre décision de justice qui a suivi constitue une preuve de plus de la servilité du gouvernement de l’African National Congress (ANC) vis-à-vis du capital impérialiste. Appuyée sur une loi datant du temps de l’Apartheid, elle inculpait les deux cent soixante-dix mineurs arrêtés lors de la fusillade policière à Marikana du meurtre de leurs trente-quatre camarades ! Finalement, face au scandale et aux réactions d’indignation que cela a provoqué, l’inculpation a été « suspendue ».
Ce qui est certain c’est que malgré la fin officielle de l’Apartheid en 1994, le régime de mépris, d’exploitation et de violence contre les travailleurs et les masses, dans l’écrasante majorité Noires, s’est maintenu tout au long de ces années de domination de l’ANC. L’Afrique du Sud continue essentiellement à être une semi-colonie dominée par le capital impérialiste associé à la bourgeoisie Blanche et à une naissante mais toute aussi réactionnaire bourgeoisie Noire. La lutte héroïque et déterminée des mineurs de Marikana, qui s’est soldée par la mort de 43 ouvriers au total, en est une preuve irréfutable.

Le travail dans les mines : un massacre permanent… organisé pour le profit des multinationales

Le secteur minier est stratégique pour l’économie sud-africaine, dont il représente entre 5% et 8% du PIB. Dans la dernière période, l’augmentation de la demande des matières premières au niveau mondial, notamment dans les pays industrialisés, a accéléré l’exploitation des ressources minières du pays. Ainsi, on compte autour de six cent mille travailleurs dans le secteur, les principaux groupes au niveau mondial étant implantés en Afrique du Sud. Le profit moyen des neuf compagnies minières qui y sont présentes, après le payement des salaires et des impôts et des coûts fixes, est estimé à 3,6 milliards d’euros par an !
Dans le même temps, les travailleurs du secteur sont parmi les plus exploités et ont les conditions de travail et de vie les plus dures. En effet, « les mineurs travaillent dans des mines très profondes, où la chaleur est souvent intenable, la poussière très importante – qui se fixe aux poumons – et le sol glissant. Pour huit ou neuf heures de travail par jour, ils touchent en moyenne 4 000 rands (390 euros) par mois, ce qui est insuffisant par rapport à la dureté de leur labeur. La plupart d’entre eux vivent dans des taudis, parfois sans eau courante ni électricité » [2].
Cette situation ne constitue pas, en outre, une exclusivité sud-africaine, mais la norme du secteur au niveau mondial. Ainsi, « la grande visibilité des morts à Marikana et une série d’accidents industriels survenus récemment ont mis en évidence le coût humain de l’extraction et jusqu’à quel point plusieurs secteurs de l’industrie mondiale sont dépendants du travail des ouvriers des régions pauvres du monde. (…) Par exemple, au moins 60 mineurs ont été tués après l’effondrement d’un puits dans une mine d’or au nord-est de la République Démocratique du Congo (…) Et bien sûr, les 33 mineurs chiliens bloqués sous terre pendant 69 jours en 2010 qui ont attiré l’attention au niveau mondial. (…) La géographie des endroits où ces mines sont basées est en général à haut risque » [3]. En effet, les métaux extraits dans les pays pauvres sont fondamentaux pour les pays industrialisés : par exemple le platine, dont l’Afrique du Sud assure 80% de la production mondiale, est utilisé entre autres dans l’industrie automobile et dans la production de matériel informatique.
Cependant, la crise mondiale qui est focalisée, pour le moment, dans les pays impérialistes centraux, rend ce secteur très vulnérable. Ainsi les multinationales exportatrices de platine, « avec la chute des prix dans l’industrie automobile européenne, doivent réduire la production et licencier des milliers de travailleurs pour rendre rentable leur affaire -ce qui est tout simplement impossible dans le climat politique actuel » [4]. Il s’agit sans doute de l’un des facteurs qui expliquent la ligne dure adoptée par la direction de Lonmin face à la demande d’augmentation des salaires de la part des mineurs.

Des fissures dans le régime de l’ANC


« La tension se répand dans toute l’Afrique du Sud. Marikana n’est pas simplement un conflit local, ce n’est pas une tragique aberration. On a ouvert une boîte de Pandore et ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que la grande et indiscutable réussite depuis la prise du pouvoir par Nelson Mandela en 1994 : la paix. Les héritiers de Mandela dans le gouvernement de l’African National Congress (ANC) perdent le contrôle et leur crédibilité ; le risque que les révoltes sociales s’étendent dans tout le pays augmente » [5]. Autrement dit, les conditions misérables et humiliantes de vie et de travail des masses d’Afrique du Sud, entretenues et approfondies depuis 18 ans par l’ANC, ces conditions mêmes qui ont poussé les mineurs à la lutte, commencent à remettre en cause le « consensus social » imposé durant la période de « transition négociée ».
En effet, vers la fin des années 1980 la lutte de la population Noire contre le régime d’apartheid se développait et risquait de devenir une révolution ouvrière et populaire. Pour désactiver cette dynamique, l’impérialisme et la minorité Blanche au pouvoir ont mis en route une transition ordonnée et négociée avec l’ANC. Celui-ci était à la tête de la lutte anti-apartheid et, avec le Parti Communiste, constituait la médiation réformiste entre les masses et le régime. C’est l’alliance de ces deux forces, dont Mandela était la figure emblématique, qui a garanti l’impunité des responsables des crimes contre les masses Noires et surtout permis que les intérêts économiques de la bourgeoisie Blanche et de l’impérialisme ne soient pas touchés. En ce sens, la fin de l’apartheid et l’obtention des droits civiques pour l’écrasante majorité Noire, c’est la forme qu’a pris la déviation de la révolution prolétarienne en Afrique du Sud, une déviation en grande partie mise en musique par l’ANC.
Cependant, après presque deux décennies de politiques néolibérales et antipopulaires, de corruption, d’augmentation des inégalités et d’espérances populaires déçues, le mécontentement parmi les masses Noires commence à se faire sentir, ce qui montre le caractère purement formel des concessions faites à l’époque par les classes dominantes et l’impérialisme. Marikana n’est donc qu’un exemple paradigmatique de cette situation. Et cette fois la rage n’est pas seulement dirigée contre la bourgeoisie Blanche raciste, mais aussi contre une certaine élite Noire, dans une grande mesure liée à l’appareil d’Etat, qui a profité de la fin de l’apartheid pour s’enrichir. Plusieurs journaux citent ainsi l’exemple de Cyril Ramaphosa, fondateur du Syndicat National de Mineurs (NUM en anglais) en 1982 et principal négociateur de l’ANC « durant la période de transition à la démocratie au début des années 1990, devenu un magnat dont la fortune s’élève à des centaines de millions d’euros (…). Ramaphosa continue d’être une figure emblématique non seulement au NUM, mais un des barons les plus influents de l’ANC » [6]. Un autre exemple : le ministre de la Justice et haut dirigeant du Parti Communiste, Jeff Radebe (qui a joué un rôle central dans la répression des mineurs), est marié à Bridgette Radebe, la femme la plus riche d’Afrique du Sud, et propriétaire de la compagnie minière Mmakau Mining. Le beau-frère de Radebe est d’ailleurs l’homme le plus riche du pays.
Ce que l’on observe ici ne constitue évidemment qu’une tendance, qui en se développant pourrait approfondir la crise politique qui semble commencer à ébranler le régime « post-transition » en Afrique du Sud. En effet, « l’ANC est encore de loin le parti le plus puissant et populaire [du pays] (…) Aux dernières élections générales, en 2009, il a obtenu 66% des voix (…) contre seulement 17% pour le plus grand parti d’opposition, le libéral Democratic Alliance (DA) qui est encore perçu par la plupart des Noirs comme une organisation essentiellement dirigée par des Blancs. (…) Le DA est encore à des [kilomètres] de distance d’avoir une chance réelle de prendre le pouvoir. A long terme, l’ANC pourrait perdre le pouvoir s’il subissait une importante scission » [7]. L’exclusion en avril de cette année de l’ancien leader de la jeunesse de l’ANC, Julius Malema, est peut-être l’exemple le plus visible de ces tensions qui traversent le parti au pouvoir. Malema d’ailleurs n’a pas hésité à rendre visite aux mineurs de Marikana après le massacre en les exhortant à déclencher une « révolution minière » et en demandant « la nationalisation de la mine » ainsi que « la démission du président Jacob Zuma » [8]. Cependant, « en même temps qu’il dénonce Zuma et d’autres figures ponctuellement, Malema se garde d’accuser l’ANC elle-même, cherchant à laisser la porte ouverte à une possible réintégration dans l’organisation. Se référant à l’agitation populaire, Malema a déclaré au Mail and Globe qu’« il y avait un vide politique et nous avons occupé cet espace. Si nous n’avions pas réussi à le faire, de mauvais élément auraient pris cet espace » [9].

L’exemple des grévistes de Marikana fait tâche d’huile !


La principale revendication des mineurs de Marikana consistait en la demande d’augmentation des salaires. Comme on l’a vu, la rémunération moyenne actuelle des ouvriers et ouvrières de Lonmin se situe autour de 4000 rands (environ 400 euros) et les grévistes exigent un salaire de 12500 rands (1200 euros). Le courage et la détermination de ces travailleurs qui, même après la sauvage répression, ont continué et amplifié leur mouvement gréviste, ont servi d’exemple pour les mineurs d’autres compagnies dans tout le pays, qui se sont mis en grève aux cris de « nous aussi nous voulons 12500 rands » ! Ainsi, des mineurs de la Gold Fields, de la Royal Bafokeng Platinum, de l’AngloGold Ashanti et de l’Anglo American Platinium se sont mis en grève et ont commencé à revendiquer des augmentations de salaire. La direction de l’Anglo American Platinium a dû même faire un lockout pour soi-disant « protéger les salariés qui ne sont pas en grève des intimidations extérieures ».
La plupart de ces grèves sont menées contre l’avis de la bureaucratie syndicale. Chez Lonmin comme dans d’autres mouvements antérieurs similaires s’est en effet révélé un autre élément de crise dans le régime : le discrédit de la bureaucratie syndicale parmi certains secteurs du mouvement ouvrier. Ceci est un grave problème pour le gouvernement et les classes dominantes sud-africaines car la cooptation de l’appareil syndical est un élément fondamental du pouvoir de l’ANC depuis 1994. L’alliance avec la puissante confédération syndicale COSATU (Congress of South African Trade Unions) et le Parti Communiste a ainsi été une façon de contenir, de contrôler et de dévier le mouvement ouvrier sud-africain.
A Marikana la grève a été menée par un syndicat parallèle issu d’une scission du NUM (le syndicat le plus important de la COSATU), l’AMCU (Association of Mineworkers and Construction Union). Ce n’est pas un hasard si la direction de la multinationale, le gouvernement et la bureaucratie syndicale condamnaient à l’unisson cette grève en la qualifiant « d’illégale », terme qui a été repris par tous les médias impérialistes. En effet, « la rage des mineurs (…) trouve sa source non seulement dans le fait qu’ils touchent des salaires de misère mais aussi dans cette réalité que les leaders syndicaux vivent (…) comme des rois. Le président du NUM gagne par mois 25 fois plus que les mineurs qui ont rejoint l’AMCU. Lorsqu’il est allé à la mine de Marikana après le massacre, il n’a pas pu sortir de la voiture de police qui le transportait de peur qu’on le tue » [10].

Un accord qui mettra fin aux luttes et aux grèves ?


On apprenait finalement mercredi 19 septembre qu’un accord avait été trouvé entre les grévistes et Lonmin. Celui-ci, loin de satisfaire la demande de 12500 rands exigés par les mineurs et pour laquelle 43 travailleurs ont donné leur vie, stipule une augmentation d’entre 11% et 22% selon les catégories ainsi qu’une prime unique de 2000 rands. Toute une faune réactionnaire a participé aux négociations pour faire plier les mineurs : du clergé regroupé dans le South African Council of Churches (SACC) à la bureaucratie syndicale de la NUM, en passant par les “chefs traditionnels” du Congress of Traditional Leaders (Controlesa).
Avant la grève, on l’a dit, un mineur gagnait environ 6 700 rands bruts, c’est-à-dire 4600 rands nets. Après l’augmentation offerte par Lonmin, il faut compter 1800 rands de plus. Comme on le voit, on est très loin des 12500 rands revendiqués ! En effet, l’entreprise a essayé de tromper le monde et de discréditer la lutte des salariés en présentant des chiffres en brut, qui effectivement avec l’augmentation approchent des 11000 rands pour certaines catégories. Mais il est très clair que quand les ouvriers exigent le triplement de leur rémunération ils parlent du salaire net. Appuyés sur ces chiffres magouillés de l’entreprise, les médias ont parlé de « victoire ». Le comble du cynisme a été la déclaration d’Abey Kgotle, directeur exécutif pour les affaires générales de Lonmin, qui a dédié l’accord à « tous les employés décédés qu’il a fallu enterrer » !
On pourrait alors se demander pourquoi les mineurs ont accepté l’accord. Le fait est qu’ils ont subi beaucoup de pressions, qui se sont ajoutées à un mois de grève qui commençait à peser économiquement sur des travailleurs qui connaissent des conditions d’existance très précaires. La bureaucratie syndicale a lourdement pesé en ce sens. Un jeune mineur déclarait par exemple, qu’« il a accepté l’offre, non parce que cela lui semblait satisfaisant mais parce que ses dirigeants [syndicaux] lui avaient dit que la mine pourrait fermer » [11]. En effet, « dans un caucus qui excluait l’AMCU, les syndicats officiels ont essayé d’expliquer la facilité avec laquelle les travailleurs impliqués dans une grève non protégée pourraient être licenciés, à quel point Lonmin s’en sortait mal, comment une offre supérieure pourrait impliquer la perte de postes de travail… » [12].
Un autre facteur important pour comprendre le retour au travail à Marikana est la répression des forces de police qui depuis le 14 septembre avaient imposé un couvre-feu non avoué : « un mineur qui ne voulait pas être identifié a déclaré que la police avait imposé un couvre-feu dans les campements d’Ikineng, de Marikana et de Wonderkop samedi dernier et ‘qu’aucun homme n’avait le droit de sortir, seulement les femmes’. Il a dit que la police avait empêché les travailleurs d’organiser des meetings et les a prévenu que s’ils voyaient quatre ou plus mineurs ensemble ils seraient battus (…) Brian Mongale, un autre mineur, a déclaré que les mineurs avaient peur d’être réprimés par la police et sont retournés au travail. A la question de pourquoi ils avaient accepté l’offre de l’entreprise, Mongale répond sans hésiter : à cause de l’Etat d’urgence. C’est évident… » [13].
Même si pour l’instant cet accord a réussi à faire reprendre le travail aux mineurs de Marikana, d’autres mines à travers le pays continuent leur lutte pour les augmentations de salaires. Le jour même où les mineurs de Lonmin reprenaient le travail, ceux d’AngloGold Ashanti se mettaient en grève, une propagation qui effraie la bureaucratie syndicale : « notre plus grand souci c’est que si on est rentrés dans une voie où l’on aura des demandes sporadiques dans différents secteurs de l’industrie, les négociations collectives seront sapées et ce sera le chaos » [14], déclarait Lesiba Seshoka, porte-paroles de la NUM.

Ce qui s’est passé à Marikana pose bien plus qu’une question salariale !


Il serait erroné de penser que la lutte des mineurs de Marikana peut être réduite à la revendication salariale, et même à celle concernant l’amélioration des conditions de travail. A travers la demande de 12500 rands par mois s’exprimait un ras-le-bol des conditions humiliantes de vie. A côté des sites d’extraction, de production ou des chantiers s’entassent des millions de travailleuses et de travailleurs avec leur famille, dans des bidonvilles sans eau potable ni électricité, ni infrastructures de base comme le système d’évacuation des eaux usées, entre autres. Marikana remet sur le tapis la question de la lutte pour l’égalité, mais non simplement « l’égalité civique » mais aussi l’égalité sociale. Les travailleurs et les masses populaires Noires exigent des solutions à leur situation de misère structurelle. Ce n’est pas un hasard si des centaines de mineurs reprenaient les paroles de Malema quand il évoquait la question de la nationalisation des mines.
Le niveau de sauvagerie de la répression de l’Etat est proportionnel à la peur que la bourgeoisie locale, Blanche et Noire, et l’impérialisme ressentent face au mouvement ouvrier en lutte, même lorsque celui-ci n’exige qu’une partie infime de ce à quoi les masses ont droit. A présent que la crise entre dans une phase où les pays dits « émergents » seront de plus en plus durement touchés, il faut s’attendre à ce qu’il s’y développe une conflictualité sociale toujours intense. Il faut donc que le mouvement ouvrier soit prêt à faire face à de grandes luttes.
Dans le cas de l’Afrique du Sud il est clair qu’il faudra aller au-delà des limites imposées par le régime de l’ANC pour satisfaire les demandes fondamentales des travailleurs et des couches populaires. Il faut que le mouvement ouvrier et populaire s’organise indépendamment de la bourgeoisie nationale, de l’impérialisme et de la bureaucratie syndicale, pour exiger la nationalisation des mines et des richesses naturelles du pays ainsi que des secteurs stratégiques de l’économie nationale, sous contrôle et gestion des travailleurs et des masses populaires. Il faut également exproprier les grands propriétaires fonciers et partager la terre entre les paysans pauvres qui n’en possèdent pas. Cela permettrait de résoudre la question du chômage structurel (plus de 30% aujourd’hui), du développement du pays et de l’amélioration du niveau de vie de la population. Il est évident que pour mener à bien ces mesures les travailleurs doivent poser la question de la construction de leur propre pourvoir et de leur propre armement, contre le terrorisme de classe de la bourgeoisie Blanche et de ses laquais de l’ANC. Le changement bidon dirigé par l’ANC démontre que seulement le prolétariat, à la tête des masses opprimées et à travers son propre pouvoir, peut résoudre intégralement et effectivement les énormes problèmes démocratiques structurels qui pèsent sur les masses sud-africaines.
Dans l’immédiat, Il faut exiger la punition des responsables matériels et politiques du massacre de Marikana, qui jusqu’aujourd’hui jouissent d’une impunité totale, comme le montrent les intimidations qu’ils continuent à exercer sur les grévistes. La lutte des mineurs doit dépasser la sphère syndicale et prendre un caractère plus ouvertement politique. Ce serait la meilleure façon de venger nos frères de classe abattus pour avoir lutté pour leurs droits !
Philippe Alcoy
Source : http://www.ccr4.org/Du-sang-de-la-sueur-et-des-balles 
URL de cet article 17797

SYRIE : Stop à l’intervention occidentale... la Syrie paie le prix de son attachement à sa souveraineté nationale. C’est le dernier pays arabe capable de résister au courant néoconservateur qui déferle avec le soutien de l’Occident sur les pays de la région à la faveur du « printemps arabe ».

...Si la Syrie est aujourd’hui dans la ligne de mire de nos Etats, ce n’est certainement pas parce que le régime maltraite ses opposants. Nous avons vu en effet comment nos élites pouvaient faire preuve de compassion et d’indulgence envers leurs alliés régionaux qui ne sont pas moins violents comme le régime de Tel-Aviv, celui d’Ali Abdallah Saleh au Yémen, de Ben Ali en Tunisie, celui des Saoud au Royaume du même nom ou celui des Al Khalifa au Bahreïn....

Jadis, l’Occident menait la Guerre Sainte pour répandre le christianisme et la civilisation. Aujourd’hui, la religion nouvelle s’appelle « droits de l’Homme », « démocratie » ou « protection des civils ». Au nom de ses valeurs et de ses intérêts, l’Occident, États-Unis en tête, ne recule devant aucun sale coup : financement de groupes d’opposition et de filières terroristes, désinformation, opérations psychologiques (Psyops), livraison d’armes, formation de mercenaires, actions de sabotages et de déstabilisation, embargos et sanctions, attentats ciblés, attentats aveugles et au besoin, bombardements massifs.
Si la Syrie est aujourd’hui dans la ligne de mire de nos Etats, ce n’est certainement pas parce que le régime maltraite ses opposants. Nous avons vu en effet comment nos élites pouvaient faire preuve de compassion et d’indulgence envers leurs alliés régionaux qui ne sont pas moins violents comme le régime de Tel-Aviv, celui d’Ali Abdallah Saleh au Yémen, de Ben Ali en Tunisie, celui des Saoud au Royaume du même nom ou celui des Al Khalifa au Bahreïn.
D’abord, la Syrie paie le prix de son attachement à sa souveraineté nationale. C’est le dernier pays arabe capable de résister au courant néoconservateur qui déferle avec le soutien de l’Occident sur les pays de la région à la faveur du « printemps arabe ».
Ensuite, la Syrie subit des représailles pour son insoumission à Israël. L’alliance stratégique que Damas a tissée avec l’Iran et les organisations de la résistance libanaise et palestinienne est un crime grave et sans appel aux yeux de nos élites. Officiellement en état de guerre avec Israël, l’Etat syrien est de surcroît doté de la dernière armée arabe capable de résister à la superpuissance de Tsahal.
Tous les mémorandums altruistes de l’Occident sur la Syrie ne servent qu’à dissimuler ces deux réalités. Pour se rendre compte de l’imposture humanitaire, est-il besoin de rappeler l’aveu d’Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État sous le président Ford, affirmant que « les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts » (cf. Georges Soros, On Globalization, New York Review of Book, 2002, p. 12) ?
Nous aurions bien voulu croire que la mission de nos élites soit de répandre le Bien. Mais nous pensons avoir le droit d’être sceptique quant aux intentions et aux moyens mis en œuvre en Syrie par ceux-là même qui nous avaient tant promis l’avènement de la démocratie en Afghanistan, en Irak ou en Libye.
La Libye pour ne citer que cet exemple a curieusement disparu de nos écrans-radars alors que les milices y font régner la terreur et procèdent à une épuration ethnique et religieuse méthodique. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques accusés de loyauté envers l’ancien régime et d’émigrés subsahariens croupissent dans plusieurs prisons secrètes. Ces détenus sont quotidiennement torturés et parfois assassinés dans l’indifférence générale. Tous les jours, des attentats sont commis par des inconnus et des règlements de compte opposent des bandes rivales. Les tombeaux des saints considérés comme « hérétiques » sont détruits un à un sous le regard bienveillant des nouvelles forces de « sécurité » (cf. De Morgen, 30 août 2012). Bref, la Libye est en pleine voie de « somalisation ».
Depuis dix-neuf mois, un feu destructeur ravage la Syrie. Affirmer que ce feu est alimenté par la seule intransigeance et la seule brutalité du pouvoir syrien est parfaitement malhonnête. Car ce feu n’est ni une nouveauté ni exclusivement dû à des facteurs intérieurs. Ce feu est en effet entretenu sous forme de guerre larvée par les puissances occidentales depuis la libération de ce pays en 1946 du joug français.
Soucieuse de restaurer leur tutelle sur la Syrie, ces puissances coloniales ont indirectement contribué à la militarisation de ce pays en soutenant la création et l’expansion d’Israël (1948) ainsi que toutes les pétromonarchies du Golfe dont le discours religieux sectaire s’avérait utile face au panarabisme prôné entre autres par l’Égypte de Nasser et la Syrie baassiste.
En avril 1949, pour établir leur hégémonie sur la Syrie et soulager Israël, les USA ont soutenu le coup d’Etat du colonel Za’im.
En 1957, soit bien avant l’avènement de la Syrie d’Hafez el-Assad, l’axe américano-britannique a planifié d’assassiner trois dirigeants syriens jugés trop pro-soviétiques (cf. Ben Fenton, The Guardian, Macmillan backed Syria Assassination Plot, 27 septembre 2003). A l’époque, tous les plans de renversement du régime baassiste ont été envisagés par la CIA et le SIS (MI-6) : organisation de troubles, appels à l’insurrection, création d’un « Comité Syrie Libre », armement de l’opposition, « activation des Frères Musulmans à Damas ». Bien naïf serait celui qui nierait la similitude entre cet épisode de l’histoire syrienne et la situation actuelle.
Revenons un moment sur le traitement de l’information à propos des événements récents.
A partir de mars 2011, profitant de l’agitation naissante dans le pays, nos experts en communication ont exagéré le poids de l’opposition et l’ampleur de la violence d’État tout en minimisant le réel soutien populaire dont dispose le gouvernement de Damas ce que d’ailleurs l’ambassadeur de France en Syrie Éric Chevalier n’a pas manqué de reprocher à son ministre Alain Juppé.
On nous a sciemment caché la militarisation d’une partie de l’opposition syrienne et la présence de groupes terroristes s’infiltrant depuis le Liban, une réalité pourtant constatée dès le mois d’avril 2011 par des journalistes d’Al Jazeera, la chaîne qatarie. La censure imposée par le patron d’Al Jazeera alias émir du Qatar sur les événements qui révéleraient la conspiration anti-syrienne a contraint ces journalistes à faire « défection » pour utiliser un terme que l’on nous sert toujours à sens unique.
Qui plus est, à vouloir dénoncer systématiquement la propagande de l’Etat syrien, la presse mainstream occidentale a soit gobé soit alimenté la propagande de l’opposition radicale allant jusqu’à déguiser des massacres de soldats ou de civils par des terroristes en « crimes de la dictature » comme à Jisr-Al-Choughour (juin 2011), Houla (mai 2012), Deir Ez Zor (mai 2012) ou Daraya (août 2012).
On peut en conclure que l’Occident mène au moins une guerre psychologique contre la Syrie.
Est-il cependant raisonnable de croire que l’Occident n’est pas militairement engagé dans ce pays ?
En automne de l’année dernière, lorsque le gouvernement syrien a appelé les conjurés à déposer les armes, Victoria Nuland, porte-parole du département d’État US, a sommé ses protégés syriens de désobéir.
Parallèlement, les agents de la CIA et leurs acolytes européens ont incité les soldats syriens à passer dans les rangs d’une armée de mercenaires placée sous commandement de l’OTAN par le truchement de l’armée turque.
Sans surprise, les QG de l’Armée syrienne libre (ASL) installés au Hatay accueille désormais des terroristes du monde entier désireux d’en découdre avec les Syriens patriotes accusés d’être des « infidèles » à la solde de « l’ennemi chiite ». Ces terroristes y reçoivent une formation militaire, des armes, des pick-up surmontés de fusils-mitrailleurs, des MANPAD (systèmes portatifs de défense anti-aérienne) et des appareils de communication performants.
« Nous avons surtout récupéré des roquettes RPG9 puisées sur les stocks de l’armée saoudienne » jubile un rebelle dans les colonnes du Figaro (28 juin 2012) qui ajoute « Elles ont été acheminées par avion, jusqu’à l’aéroport d’Adana, où la sécurité turque a surveillé les déchargements avant de savoir à qui ces roquettes allaient être destinées ». Petits détails : l’armement saoudien est essentiellement américain et la base turque d’Adana dont parle le terroriste, est la base américaine d’Incirlik.
L’Occident s’est longtemps défendu de fournir des « moyens létaux » aux terroristes alors que des agents du Service fédéral de renseignement (BND) croisant au large de la Syrie transmettaient des informations concernant les mouvements des troupes syriennes aux services britanniques et US pour qu’elles parviennent aux rebelles (cf. Bild am Sonntag, 19 août 2012).
Selon le Sunday Times, les services britanniques basés à Chypre ont eux aussi aidé les insurgés à mener plusieurs attaques.
Le fait d’indiquer à ces derniers à quel moment et quel endroit ils doivent tirer sur les troupes syriennes ne revient-il pas de facto à participer militairement au conflit ? L’Occident semble donc loin d’être neutre et habité par de louables intentions. En cette époque de crise et de récession, il peut même se targuer de mener une guerre low cost dans laquelle les seules victimes sont des Arabes.
En rappelant ces faits, notre but n’est absolument pas de minimiser les responsabilités du gouvernement de Damas dans la terrible répression du mouvement de contestation syrien, les crimes d’État commis au nom de « la paix et la sécurité », le degré de corruption de certains hauts fonctionnaires de l’État, la cruauté de ses services de renseignement, ni l’impunité dont ils ont trop longtemps bénéficié. Tous ces facteurs internes de la tragédie syrienne font partie des éléments déclencheurs de la légitime révolte populaire lancée en mars 2011.
Nous réitérons au passage notre profonde indignation face au degré de violence du conflit syrien et souhaitons que le peuple syrien puisse accéder à l’improbable démocratie à laquelle il aspire légitimement.
En soulignant le rôle de l’Occident dans la militarisation de l’État syrien, nous tenons avant tout à renouveler cet avertissement à ceux qui croient en « la libération » du peuple syrien par la voie des armes : au-delà du caractère illégitime de l’action de nos pompiers pyromanes, celle-ci a pour seul résultat l’augmentation de la souffrance de ce peuple et entraîne inexorablement l’humanité dans une aventure aux conséquences que nul ne peut aujourd’hui mesurer.
Les show médiatique d’un Laurent Fabius qui appelle au meurtre du président syrien (en déclarant qu’il ne mérite pas de vivre), celui d’un Didier Reynders qui vient de plaider au sommet de Paphos pour « le devoir d’ingérence » en Syrie ou les déclarations scandaleusement violentes de l’administration Obama ne font que précipiter l’humanité vers ce chaos.
Hier -au nom du respect de la souveraineté des peuples, de l’humanisme et de la paix-, nous, avons dénoncé l’invasion de l’Afghanistan sans pour autant éprouver de sympathie pour les Talibans. Nous avons manifesté contre l’invasion de l’Irak sans pour autant défendre le président Saddam Hussein. Nous avons protesté contre l’ingérence occidentale en Côte d’Ivoire sans être des laudateurs du président Laurent Gbagbo. Nous nous sommes indignés de l’implication occidentale dans la guerre civile libyenne sans adorer le dirigeant Kadhafi. Et aujourd’hui, nous nous insurgeons contre l’intervention militaire en cours en Syrie sans pour autant être des partisans du président Bachar El-Assad.
Constatant que la destruction de la Syrie ne profite qu’à ses ennemis de toujours, conscients que seules les initiatives prônant la paix, le dialogue et la réconciliation pourront offrir une alternative digne et viable au peuple syrien, nous appelons tous les véritables amis de la Syrie à condamner l’ingérence de nos dirigeants dans les affaires intérieures de ce pays.
Dans le cadre du lancement de notre campagne pour la paix, le dialogue et la réconciliation en Syrie, nous appelons à protester contre l’ingérence militaire occidentale par un rassemblement devant l’ambassade des États-Unis à Bruxelles le mardi 25 septembre à partir de 18 heures.
Pour le Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS)
Bahar Kimyongür
comitesyrie [chez] hotmail.fr
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mardi 18 septembre 2012

Nous sommes Women Against Rape et Nous ne voulons pas que Julian Assange soit extradé (The Guardian)....Et ceux qui soutiennent son extradition vers la Suède se préoccupent-ils du risque qu’il soit extradé ensuite vers les Etats-Unis et torturé pour avoir révélé au grand public ce que nous avons besoin de savoir sur ceux qui nous gouvernent ?

....Qu’Assange soit coupable ou non de violence sexuelle, nous ne croyons pas que ce soit la véritable raison des poursuites engagées contre lui. Une fois de plus, la colère et la frustration des femmes devant le nombre de viols et autres violences sexuelles sont instrumentalisées par les pouvoirs politiques. Les autorités se préoccupent si peu des violences contre les femmes qu’elles manipulent les accusations de viol comme bon leur semble, généralement pour renforcer leurs pouvoirs, et dans le cas présent pour faciliter l’extradition d’Assange ou même sa restitution aux Etats-Unis....

Depuis des décennies, nous menons des campagnes pour que les violeurs soient arrêtés, inculpés et condamnés. Mais la poursuite d’Assange est politique.
Lorsque Julian Assange a été arrêté, nous avons été frappées par le zèle inhabituel avec lequel il a été poursuivi pour des allégations de viol.
A présent, il paraît encore plus évident les allégations ne sont qu’un écran de fumée derrière lequel un certain nombre de gouvernements tentent de sévir contre Wikileaks pour avoir audacieusement révélé au grand public leurs plans secrets de guerres et d’occupations et toutes les conséquences en matière de viols, d’assassinats et de destructions.
La justice pour un homme accusé de viol ne constitue pas un déni de justice pour ses accusatrices. Mais dans cette affaire, la justice est refusée à la fois aux accusatrices et à l’accusé.
La procédure judiciaire a été viciée. D’une part, les noms des femmes ont circulé sur Internet ; elles ont été calomniées, accusées d’organiser un piège et ont vu leurs accusations rejetées comme n’étant « pas un vrai viol ». D’autre part, Assange est traité par la plupart des médias comme s’il était coupable bien qu’il n’ait même pas été inculpé. Ce n’est pas à nous de décider si les allégations sont vraies ou fausses ni si les faits relèvent du viol ou de violence sexuelle – nous n’avons pas tous les éléments en main et tout ce qui a été dit jusqu’à présent est loin d’être probant. Mais nous savons que le droit des victimes de viol à l’anonymat et le droit des accusés à la présomption d’innocence jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie sont tous deux indispensables pour un procès équitable.
Les tribunaux suédois et britanniques sont responsables de la façon dont les accusations des femmes ont été traitées. Comme dans chaque affaire de viol, ce ne sont pas les femmes qui sont en charge de la procédure, mais les autorités.
Qu’Assange soit coupable ou non de violence sexuelle, nous ne croyons pas que ce soit la véritable raison des poursuites engagées contre lui. Une fois de plus, la colère et la frustration des femmes devant le nombre de viols et autres violences sexuelles sont instrumentalisées par les pouvoirs politiques. Les autorités se préoccupent si peu des violences contre les femmes qu’elles manipulent les accusations de viol comme bon leur semble, généralement pour renforcer leurs pouvoirs, et dans le cas présent pour faciliter l’extradition d’Assange ou même sa restitution aux Etats-Unis. Que les Etats-Unis n’aient pas encore présenté de demande pour son extradition à ce stade de l’affaire n’est pas une garantie qu’ils ne le feront pas une fois qu’il sera en Suède ni qu’il ne sera pas torturé comme Bradley Manning ou de nombreux autres, femmes et hommes. Women Against Rape ne peut pas ignorer cette menace.
En plus de trente années de travail auprès de milliers de victimes de viol qui cherchent asile en raison de viols et autres formes de torture, nous nous sommes heurtées à l’obstruction systématique des gouvernements britanniques. A maintes reprises, ils ont accusé les femmes de mentir et les ont déportées sans se préoccuper de leur sécurité. Nous travaillons actuellement avec trois femmes qui ont été à nouveau violées après avoir été déportées – l’une d’elles est maintenant dans la misère, se battant pour survivre avec l’enfant né de son viol ; une autre a réussi à revenir en Grande-Bretagne et a gagné le droit de rester et une troisième a obtenu une indemnisation financière.
Assange a fait clairement savoir pendant des mois qu’il acceptait d’être interrogé par les autorités suédoises, en Angleterre ou via Skype. Pourquoi refusent-elles cette étape essentielle pour leur enquête ? De quoi ont-elles peur ?
En 1998, le dictateur chilien Augusto Pinochet a été arrêté à Londres suite à une demande d’extradition de l’Espagne. Sa responsabilité dans les meurtres et les disparitions d’au moins 3000 personnes, et la torture de 30 000 personnes, incluant des viols et des abus sexuels de plus de 3000 femmes souvent en utilisant des chiens, ne fut jamais mis en cause. En dépit d’une longue procédure judiciaire et de manifestations quotidiennes devant le parlement par les réfugiés Chiliens, y compris les femmes qui ont été torturées sous Pinochet, le gouvernement britannique a failli à son obligation envers la Justice espagnole, et Pinochet a été autorisé à rentrer au Chili. Assange n’a même pas été inculpé ; et pourtant la détermination de l’extrader est bien plus grande qu’elle ne l’a été avec Pinochet. (Baltasar Garzón, dont la demande d’extradatiion de Pinochet fut rejetée, représente Assange). Et il y a aussi un passé historique en Suède (et en Grande-Bretagne) qui ont déjà extradé des demandeurs d’asile qui risquaient de subir la torture aux Etats-Unis.
Comme les femmes en Suède et partout ailleurs, nous voulons que les violeurs soient arrêtés, inculpés et condamnés. Nous menons des campagnes dans ce but depuis plus de 35 ans, avec des succès limités. Il nous arrive même de devoir mener campagne pour défendre des victimes de viols qu’on accuse de mentir et qui sont emprisonnées. Deux femmes qui ont rapporté des attaques visiblement violentes par des étrangers ont écopé de deux et trois années de prison.
Mais qui croit réellement que l’extradition d’Assange servira la cause des femmes ? Et ceux qui soutiennent son extradition vers la Suède se préoccupent-ils du risque qu’il soit extradé ensuite vers les Etats-Unis et torturé pour avoir révélé au grand public ce que nous avons besoin de savoir sur ceux qui nous gouvernent ?
Katrin Axelsson, Lisa Longstaff
Traduction par Romane de l’article “We are Women Against Rape but we do not want Julian Assange extradited” paru dans The Guardian le mardi 23 août 2012.
Source : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/aug/23/women-ag...
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jeudi 13 septembre 2012

SYRIE : Un été à Damas : la conjuration du "printemps arabe"...Qu’en est-il au juste de ces révoltes – « révolutions » – et insurrections dévoyées qui ont secoué les pays arabes des régions du Maghreb et du Machrek entre les années 2010 et 2012 ?

...Les prolétaires arabes et leurs alliés, ainsi que les prolétaires du monde entier et leurs alliés, doivent éradiquer l’impérialisme et la classe capitaliste monopoliste s’ils souhaitent simplement survivre comme espèce...
Les revendications légitimes de tous les peuples arabes et de toutes les minorités ethno-religieuses régionales, dans tout le sous-continent s’étendant du Maroc à l’Iran en passant par le Bahreïn, le Yémen, l’Égypte, le Liban, la Palestine occupée et la Syrie sont pourtant identiques : du pain, de l’eau, des logements, du travail, l’éducation des enfants, des soins pour les grands-parents et des conditions de vie humaines sans vilaines guerres « humanitaires » meurtrières. Bref, la satisfaction des conditions sociales de reproduction élargie de l’espèce humaine, ce que le système impérialiste moribond ne peut plus assurer et qu’il met en péril d’un point de vue simplement biologique et écologique....

Analyser le mouvement historique qui bouleverse depuis deux ans cette civilisation millénaire c’est comme d’étudier un organisme vivant – complexe – aux organes innombrables et aux fonctions multiples, inter reliées et interdépendantes. Une crise de croissance d’aussi grande ampleur ne peut être la résultante d’un seul facteur, d’un seul vecteur, ni ne peut provoquer une simple éviction immunitaire. Les variables qui orientent le « Printemps arabe » sont nombreuses et les conséquences multiples.
La civilisation arabe

Analyser le mouvement historique qui bouleverse depuis deux ans cette civilisation millénaire c’est comme d’étudier un organisme vivant – complexe – aux organes innombrables et aux fonctions multiples, inter reliées et interdépendantes. Une crise de croissance d’aussi grande ampleur ne peut être la résultante d’un seul facteur, d’un seul vecteur, ni ne peut provoquer une simple éviction immunitaire. Les variables qui orientent le « Printemps arabe » sont nombreuses et les conséquences multiples.
Qu’en est-il au juste de ces révoltes – « révolutions » – et insurrections dévoyées qui ont secoué les pays arabes des régions du Maghreb et du Machrek entre les années 2010 et 2012 ?
Le « Printemps arabe » ne s’est pas transformé en « Hiver salafiste » par mimétisme ou par atavisme. Aux forces sociales actives au sein des différentes sociétés nationales – ethniques – religieuses – tribales – néocoloniales peuplant ce sous-continent on imposa tout un processus de maturation, d’adaptation, de réaction et de récupération pour maintenir en place, sous une façade caméléon, la structure sociale antique-tétanisée correspondant au développement des forces productives capitalistes sous sujétion néocoloniales et aux rapports sociaux dégénérés qui perdurent dans ces différents pays sous-développés-dominés soumis aux puissances impérialistes (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, Russie, Chine).
Comme l’écrit cyniquement un agent secret français, porte-faix en partie responsable de cet état de fait : « Il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale et pluraliste, la démocratie et la liberté (sic) allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés. » (1).
Mais le « Printemps arabe » était-il une quête de démocratie électoraliste bourgeoise – une poursuite du crétinisme parlementaire ? De l’immolation désespérée d’un étudiant à Sidi Bouzid (17.12.2010) à la guerre mercenaire d’invasion de l’OTAN contre Damas et Alep (15.07.2012), l’organisme social appelé « Civilisation arabe » a été gros d’une révolution que les pétro-monarchies théocratiques du Golfe, assistées par leurs complices opportunistes, socialistes et chrétiens-démocrates, et autres intégristes fascistes turques, jordaniens, israéliens, libanais ; sous la houlette de leurs puissances impérialistes de tutelle, sont parvenues à contrer pour forcer l’accouchement d’un bébé mort-né – contraint de « voter pour choisir son potiche » – exterminant de ce fait – pensaient-elles ces puissances de tutelles – tout espoir de libération économique, politique et sociologique véritable des sociétés arabes.
Les puissances impérialistes de tutelle se trompaient cependant, car le mouvement social arabe (subsumant toutes disputes ethno-religieuses et claniques) trouve sa source directement dans les conditions économiques misérables des peuples de ces pays exsangues où se côtoient la misère dégradante, la famine humiliante, le bidonville crasseux, l’analphabétisme déprimant, le chômage endémique, le désœuvrement dépravant, le patriarcat rétrograde, l’impossibilité même pour les nouvelles générations de simplement s’accoupler pour se perpétuer biologiquement et sociologiquement.

Quand un peuple n’a plus rien à perdre

La source profonde de toutes ces révoltes arabes réside dans le désespoir qui porte tout naturellement la jeunesse puis le peuple tout entier à s’indigner, protester, quémander d’abord, puis à la fin exiger, non pas un bulletin de vote comme Hilary Clinton l’a insidieusement susurré, mais du pain, de l’eau, un logement et un avenir à partager pour en doter ses enfants.
Les contradictions insolubles et inéluctables du développement impérialiste mondial n’offrent aucun espoir aux prolétariats des pays dominants où la société de consommation des Trente Glorieuses commence à ressembler à un spectre évanescent – il n’y a que les « bobos » pour ne pas avoir remarqué que la crise économique récurrente détruit les fondements même de leur prospérité déclinante. Comment le développement capitaliste anarchique pourrait-il offrir un avenir aux prolétaires et aux travailleurs des pays arabes dominés-néo-colonisés ? Les révoltes arabes marquent la résurgence de ces mouvements de fond profonds qui bouleversent le monde impérialiste présent, tous continents confondus. Il est fort compréhensible que le maillon « arabe » faible de la chaîne d’oppression et de gouvernance impérialiste mondiale secoue le joug en avance.
N’ayez crainte cependant, en Europe, en Amérique, en Chine, en Inde et en Afrique les relais révolutionnaires s’accumulent et de grands cataclysmes sociaux se préparent. Regardez ce monde décadent trembler sur ses bases, terrifiant les possédants qui songent par instant à une guerre d’épuration raciale afin de trancher leurs différends, se repartager les marchés, les ressources minières, la biomasse, l’énergie et surtout les sources de plus-value pour davantage de profits et la reproduction élargie de leur système d’exploitation décadent.
Les révolutionnaires véritables seront-ils assez perspicaces et empressés pour préparer adéquatement leur « Printemps mondial » ? Saurons-nous anticiper le prochain épisode inéluctable de cette saga larvée afin de l’aider à survenir et à désintégrer ces sociétés paralysées ? Si nous faisons défaut d’orientation et d’organisation, nous nous condamnons à réécrire ce qui a déjà été écrit, convenu, vécu et perdu. La révolution empêchera leur guerre mondiale ou leur guerre universelle entraînera la révolution, c’est la seule solution.

Revendications légitimes insatisfaites

Les revendications légitimes de tous les peuples arabes et de toutes les minorités ethno-religieuses régionales, dans tout le sous-continent s’étendant du Maroc à l’Iran en passant par le Bahreïn, le Yémen, l’Égypte, le Liban, la Palestine occupée et la Syrie sont pourtant identiques : du pain, de l’eau, des logements, du travail, l’éducation des enfants, des soins pour les grands-parents et des conditions de vie humaines sans vilaines guerres « humanitaires » meurtrières. Bref, la satisfaction des conditions sociales de reproduction élargie de l’espèce humaine, ce que le système impérialiste moribond ne peut plus assurer et qu’il met en péril d’un point de vue simplement biologique et écologique. Les prolétaires arabes et leurs alliés, ainsi que les prolétaires du monde entier et leurs alliés, doivent éradiquer l’impérialisme et la classe capitaliste monopoliste s’ils souhaitent simplement survivre comme espèce.
La réponse des potentats arabes locaux a été partout la même : réprimer, matraquer, blesser, emprisonner, torturer et tuer sans vergogne, parfois, comme en Syrie, au motif avéré que l’opposition n’est qu’un ramassis de mercenaires assassins, criminels de guerre et terroristes soutenus par l’OTAN et exfiltrés de certains pays de « démocratures » (dictatures sorties des urnes par la magie des pétrodollars qataris et saoudiens). La voilà leur démocratie compradore adoubée par leurs maîtres dégénérés.

L’effroyable guerre de Syrie

La guerre de Syrie marque pourtant un tournant terrifiant. Depuis l’effondrement du social-impérialisme-soviétique en 1989, c’est la première guerre d’agression d’un peuple où les deux blocs impérialistes dominants s’affrontent indirectement pour le contrôle hégémonique d’un territoire déterminé et pour se jauger avant de se mesurer directement. Pour la première fois la Russie et ses alliés, l’Iran et l’Alliance de Shanghai tiennent tête à l’OTAN, aux américano-européens et à leurs sous-fifres du Golfe persique et du reliquat Ottoman.
Du résultat de cet affrontement inter-impérialiste dépend la suite des guerres d’agressions néocoloniales impérialistes. L’Iran et le Pakistan seront-ils les suivants, ou l’OTAN devra-t-elle revoir ses plans pour le réaménagement du Grand Moyen-Orient ? Cette question sera tranchée à Damas d’ici la fin de l’été (2). Ce que l’analyste Georges Stanechy a ainsi décrit : « Mis en perspective géopolitique, les vetos Russe et Chinois, contre l’invasion de la Syrie par les forces occidentales, n’ont donc rien à voir avec le maintien d’une base navale ou d’un marché quelconque pour leur commerce extérieur. C’est un coup de semonce à l’encontre d’une utopie géopolitique que la nomenklatura de l’Empire (Étatsunien NDLR), imbibée de mégalomanie, se refuse à entendre. » (3).
En tous lieux sur la terre arabe, incluant les zones ethnico-religieuses minoritaires et la terre palestinienne occupée-colonisée (l’appartenance religieuse étant dans ces pays sous-industrialisés et économiquement atrophiés un facteur identitaire retardataire), les puissances impérialistes mondiales ont joué leur va-tout déterminant au milieu de la tourmente, imposant ici un changement de la garde (Égypte-Tunisie-Yémen) ; requérant là des aménagements constitutionnels « démocratiques bourgeois démagogiques » ; montant parfois le chapiteau de la mascarade électorale propre à rasséréner les guignols-des-« in-faux » occidentaux ; s’en remettant souvent aux partis politiques intégristes salafistes-wahhabites-Frères musulmans – qui furent si longtemps gardés en réserve de la dictature républicaine – derniers remparts pour mâter la légitime vindicte populaire et ouvrière.
Washington, Paris, Berlin, Londres, Moscou et Pékin savent bien qu’il sera toujours possible de mettre fin à ces foucades électorales si jamais la situation se corsait ; ou de faire reprendre ad nauseam le vote aux insoumis ; ou alors qu’il sera toujours temps de rappeler l’armée aux commandes – cet État dans l’État, ce contre-pouvoir omnipotent – dans cette arabesque de néo-colonies spoliées.

Gauchistes et opportunistes pataugent dans le marécage électoral

Malheureusement, le passé et le présent de ces insurrections populaires larvées ont été écrits dans le sang versé par les forces révolutionnaires authentiques, qui partout dans ces pays de guerre ont été, par les années passées, systématiquement et soigneusement exterminées – éradiquées. Les groupuscules opportunistes, les malfrats révisionnistes et les pseudos socialistes ayant survécu aux razzias fascistes se sont récemment précipités vers les urnes, heureux d’embrasser ces autels de conspiration ouverts à leurs supplications serviles : « Nous obtiendrons bien quelques strapontins d’arrière banc législatifs », gémissent-ils tous en chœur trouvant là réconfort à poursuivre leur collaboration de classe dans l’indignité et la servilité consacrée.

Les tâches qui s’imposent

La tâche des véritables révolutionnaires arabes qui souhaitent changer l’ordre social existant et sortir définitivement leur classe sociale, leur peuple et leur nation de l’oppression néocoloniale impériale qui écrase ouvriers, paysans, étudiants, artisans, employés, fonctionnaires et leurs frères, est pourtant toute tracée.
Il leur faut patiemment et clandestinement reconstruire la solution de remplacement révolutionnaire qui s’est tapie sous le manteau de l’écheveau complexe des rapports inter-ethnico-religieux. L’ouvrier arabe, palestinien, druze, alaouite, chrétien, copte, sunnite et chiite est d’abord par sa praxis économique – comme instrument de la machine de production capitaliste – par son activité communautaire journalière – comme résident de son quartier de pauvreté – par sa pratique sociale quotidienne – comme aliéné un prolétaire exploité qui n’a que ses chaînes à perdre et tout un monde à conquérir. La liberté sociale de classe, désaliénée, n’est pas un slogan ou une marque de commerce et elle ne sera jamais l’aboutissement des urnes et des isoloirs ; c’est un objectif collectif radical que le prolétariat arabe devra conquérir par la lutte insurrectionnelle de classe.
Sans un parti révolutionnaire clandestin muni d’une conscience prolétaire et d’une science militaire dirigeant vigoureusement l’armée des enragés de ces pays arabes avancés (du point de vue de la praxis révolutionnaire du moins), alors ces peuples, ces ouvriers, sont condamnés à réécrire toujours semblable l’histoire de leurs espoirs asphyxiés (4). Le prolétariat arabe d’avant-garde a le devoir internationaliste de se poser en modèle révolutionnaire pour les prolétariats grecs, espagnols, italiens, britanniques, turcs, israéliens, français et américains.
Robert BIBEAU
URL de cet article 17708

mercredi 12 septembre 2012

Misèreux de nos jours, misèreux de toujours...au pied du podium, tout un peuple se bat ne serait-ce que pour monter d’une marche.

...Les miséreux sont les premiers à lutter contre la misère, coincés dans les rouages et les engrenages d’une société mal huilée. Ils sont au front, comme un soldat à la guerre sans fusil. Ce sont des résistants avec comme seule arme leur courage. Et engagés dans la société, ils le sont, pour preuve la solidarité mutuelle dont ils font preuve, et sans laquelle ils ne pourraient pas survivre.....

Aujourd’hui encore, j’entends, comme me le faisait découvrir mon professeur de collège en m’apprenant la révolution française, les trois classes sociales universelles dans lesquelles la population, non seulement d’un état mais du monde, se retrouve. Donc, comme nous l’expliquent dans leur livre les Pinçonc-Charlot, selon Bernard Gensane, dans un article du Grand Soir paru le 9 septembre 2012 : « (...) le monde est divisé en trois classes : un prolétariat qui subit des formes d’exploitations de plus en plus brutales, des classes moyennes, précarisées, divisées et déboussolées par la prétendue « crise », et la classe dominante, celle qui a gagné – comme disait Warren Buffet – la « guerre » des classes parce qu’elle est solidaire, organisée (...) »
Fort malheureusement, subsiste une quatrième classe sociale... celle qu’on ne voit pas, pourrait dire un peu trop radicalement Sartre. Une quatrième étiquette... que même ceux qui en font parti ne pourraient pas compléter, parce que beaucoup d’entre eux ne savent pas écrire. Une quatrième catégorie : le sous-prolétariat, autrement dit le quart-monde, qui souvent vit la misère de génération en génération. Bref, toutes ces personnes et familles appelés plus couramment les marginaux.
Si le prolétariat subit des formes d’exploitations de plus en plus brutales, que dire du sous-prolétariat : il est loin d’être exploité, il est souvent ignoré. Car il est convenu, eux-mêmes le croient à force de se l’entendre dire, que ce qui leur arrive est de leur faute...
Ignorons donc ces asociaux ! Ne parlons pas d’eux ! Tout ce que je ne vais pas faire, quitte à prendre la parole à leur place, ce qui n’est pas très démocratique je vous l’accorde.
Finissons-en avec « les marginaux », avec ce terme. Vécue de génération en génération, il est évident que la misère désocialise bien plus qu’elle ne rend marginale. Le quart-monde est un peuple dont nous avons honte... à qui nous jetons la pierre... parce qu’à vrai dire, il nous fait bien des misères ce peuple d’indigents : il dévoile le véritable visage de notre société élitiste.
Bien que le terme de « quart-monde » fut employé la première fois par Joseph Wrésinski, fondateur d’ATD Quart Monde en 1956 avec des familles d’un bidonville de Noisy le Grand, ce n’est pas vraiment sa trouvaille. En 1789, Dufourny de Villier écrivait "Les cahiers du quatrième ordre." ( http://humanities.uchicago.edu/images/cahier/contents.html ) Cette année-là, un évènement extraordinaire, mais pas moins à la hauteur des Hommes pour autant, aurait pu... oui, aurait pu... changer vraiment le cours des choses... de notre vie ensemble, mais qui par malheur fut tronquer à cause d’un manque de concertation général. Car justement, comme le préconisait ce révolutionnaire de Dufourny, nous devons construire notre société à partir des très pauvres. À défaut de, nous les incluons (et encore), dans nos raisonnements pour le changement, mais sans leur reconnaître ni ce don de connaissance profonde qu’est l’exclusion sociale, que leur condition de miséreux leur offre... ni la légitimité de remettre en question une civilisation peu civilisée... car nous le répétons assez souvent : « C’est de leur faute si les marginaux en sont arrivés là où ils en sont ! » Et si nous tendons l’oreille un peu plus loin, l’écho de la voix de Saint-Pierre surgit des cieux : « Les pauvres ce n’est pas le Bon Dieu qui les a créé ! » Là où il est, Joseph Wrésinski doit le regarder dans les yeux avec un air sûr de lui : « La misère est l’oeuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire. »
Les miséreux sont les premiers à lutter contre la misère, coincés dans les rouages et les engrenages d’une société mal huilée. Ils sont au front, comme un soldat à la guerre sans fusil. Ce sont des résistants avec comme seule arme leur courage. Et engagés dans la société, ils le sont, pour preuve la solidarité mutuelle dont ils font preuve, et sans laquelle ils ne pourraient pas survivre.
Parmi nos nombreuses initiatives contre l’urgence quotidienne, avec de larges sourires pour que les bénéficiaires (tu parles d’un bénéfice) ne se sentent pas mal à l’aise, « Nous leur donnons des asiles. Nous leur donnons à manger. On les lave. Nous leur donnons tout ce qu’ils ont besoin », comme disait Balkany. D’un point de vu sarcastique, je dirais plutôt que c’est cultiver la misère. Et oui, « L’humanitaire est une bonne affaire » Monsieur Kouchner. Il y a de l’avenir dans l’initiative charitable : les miséreux y ont été hier... y vont aujourd’hui... et y retourneront demain.
Beaucoup de ces initiatives n’en sont plus, car de tous temps. Cette urgence quotidienne, n’en est plus une non plus... car par définition, l’urgence exige d’être réglé sans délai, et non remise du jour au lendemain. Alors, pour régler définitivement le problème, ne devons-nous pas arrêter, interdire même, les divers aides d’urgence et caritatives pendant plusieurs générations ? Ainsi les miséreux mourront, et il n’y aura plus de misère !
Mais non, le changement n’est pas pour maintenant ! Faudrait-il encore user nos réservoirs sans fond de bonne conscience.
Je ne mets pas tous les oeufs dans le même panier. Nombre de bénévoles, d’associations, d’ONG, voir même d’hommes politiques ou de fonctionnaires se battent, non pour l’intégration, mais pour l’intégrité des très pauvres. Souvent l’action culturelle permet, non seulement de redonner confiance en soi, mais de trouver les mots pour revendiquer ses Droits. Des Droits fondamentaux qu’ils ne savaient à peine exprimer ; par peur, par honte, tant les mots leur manquaient.
Bien-pensants du trio de tête des classes sociales, observons bien au pied du podium, tout un peuple se bat ne serait-ce que pour monter d’une marche. Quart-monde, miséreux, marginaux, asociaux, désocialisés, pouilleux... Faisons attention à ce que nous disons, soyons fair-play ; si ce n’est que pour le respect des vaincus. Pour le peu, bien-sûr, que nous arrêtons de les ignorer.
Fred Caude
URL de cet article 17693