jeudi 13 septembre 2012

SYRIE : Un été à Damas : la conjuration du "printemps arabe"...Qu’en est-il au juste de ces révoltes – « révolutions » – et insurrections dévoyées qui ont secoué les pays arabes des régions du Maghreb et du Machrek entre les années 2010 et 2012 ?

...Les prolétaires arabes et leurs alliés, ainsi que les prolétaires du monde entier et leurs alliés, doivent éradiquer l’impérialisme et la classe capitaliste monopoliste s’ils souhaitent simplement survivre comme espèce...
Les revendications légitimes de tous les peuples arabes et de toutes les minorités ethno-religieuses régionales, dans tout le sous-continent s’étendant du Maroc à l’Iran en passant par le Bahreïn, le Yémen, l’Égypte, le Liban, la Palestine occupée et la Syrie sont pourtant identiques : du pain, de l’eau, des logements, du travail, l’éducation des enfants, des soins pour les grands-parents et des conditions de vie humaines sans vilaines guerres « humanitaires » meurtrières. Bref, la satisfaction des conditions sociales de reproduction élargie de l’espèce humaine, ce que le système impérialiste moribond ne peut plus assurer et qu’il met en péril d’un point de vue simplement biologique et écologique....

Analyser le mouvement historique qui bouleverse depuis deux ans cette civilisation millénaire c’est comme d’étudier un organisme vivant – complexe – aux organes innombrables et aux fonctions multiples, inter reliées et interdépendantes. Une crise de croissance d’aussi grande ampleur ne peut être la résultante d’un seul facteur, d’un seul vecteur, ni ne peut provoquer une simple éviction immunitaire. Les variables qui orientent le « Printemps arabe » sont nombreuses et les conséquences multiples.
La civilisation arabe

Analyser le mouvement historique qui bouleverse depuis deux ans cette civilisation millénaire c’est comme d’étudier un organisme vivant – complexe – aux organes innombrables et aux fonctions multiples, inter reliées et interdépendantes. Une crise de croissance d’aussi grande ampleur ne peut être la résultante d’un seul facteur, d’un seul vecteur, ni ne peut provoquer une simple éviction immunitaire. Les variables qui orientent le « Printemps arabe » sont nombreuses et les conséquences multiples.
Qu’en est-il au juste de ces révoltes – « révolutions » – et insurrections dévoyées qui ont secoué les pays arabes des régions du Maghreb et du Machrek entre les années 2010 et 2012 ?
Le « Printemps arabe » ne s’est pas transformé en « Hiver salafiste » par mimétisme ou par atavisme. Aux forces sociales actives au sein des différentes sociétés nationales – ethniques – religieuses – tribales – néocoloniales peuplant ce sous-continent on imposa tout un processus de maturation, d’adaptation, de réaction et de récupération pour maintenir en place, sous une façade caméléon, la structure sociale antique-tétanisée correspondant au développement des forces productives capitalistes sous sujétion néocoloniales et aux rapports sociaux dégénérés qui perdurent dans ces différents pays sous-développés-dominés soumis aux puissances impérialistes (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, Russie, Chine).
Comme l’écrit cyniquement un agent secret français, porte-faix en partie responsable de cet état de fait : « Il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale et pluraliste, la démocratie et la liberté (sic) allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés. » (1).
Mais le « Printemps arabe » était-il une quête de démocratie électoraliste bourgeoise – une poursuite du crétinisme parlementaire ? De l’immolation désespérée d’un étudiant à Sidi Bouzid (17.12.2010) à la guerre mercenaire d’invasion de l’OTAN contre Damas et Alep (15.07.2012), l’organisme social appelé « Civilisation arabe » a été gros d’une révolution que les pétro-monarchies théocratiques du Golfe, assistées par leurs complices opportunistes, socialistes et chrétiens-démocrates, et autres intégristes fascistes turques, jordaniens, israéliens, libanais ; sous la houlette de leurs puissances impérialistes de tutelle, sont parvenues à contrer pour forcer l’accouchement d’un bébé mort-né – contraint de « voter pour choisir son potiche » – exterminant de ce fait – pensaient-elles ces puissances de tutelles – tout espoir de libération économique, politique et sociologique véritable des sociétés arabes.
Les puissances impérialistes de tutelle se trompaient cependant, car le mouvement social arabe (subsumant toutes disputes ethno-religieuses et claniques) trouve sa source directement dans les conditions économiques misérables des peuples de ces pays exsangues où se côtoient la misère dégradante, la famine humiliante, le bidonville crasseux, l’analphabétisme déprimant, le chômage endémique, le désœuvrement dépravant, le patriarcat rétrograde, l’impossibilité même pour les nouvelles générations de simplement s’accoupler pour se perpétuer biologiquement et sociologiquement.

Quand un peuple n’a plus rien à perdre

La source profonde de toutes ces révoltes arabes réside dans le désespoir qui porte tout naturellement la jeunesse puis le peuple tout entier à s’indigner, protester, quémander d’abord, puis à la fin exiger, non pas un bulletin de vote comme Hilary Clinton l’a insidieusement susurré, mais du pain, de l’eau, un logement et un avenir à partager pour en doter ses enfants.
Les contradictions insolubles et inéluctables du développement impérialiste mondial n’offrent aucun espoir aux prolétariats des pays dominants où la société de consommation des Trente Glorieuses commence à ressembler à un spectre évanescent – il n’y a que les « bobos » pour ne pas avoir remarqué que la crise économique récurrente détruit les fondements même de leur prospérité déclinante. Comment le développement capitaliste anarchique pourrait-il offrir un avenir aux prolétaires et aux travailleurs des pays arabes dominés-néo-colonisés ? Les révoltes arabes marquent la résurgence de ces mouvements de fond profonds qui bouleversent le monde impérialiste présent, tous continents confondus. Il est fort compréhensible que le maillon « arabe » faible de la chaîne d’oppression et de gouvernance impérialiste mondiale secoue le joug en avance.
N’ayez crainte cependant, en Europe, en Amérique, en Chine, en Inde et en Afrique les relais révolutionnaires s’accumulent et de grands cataclysmes sociaux se préparent. Regardez ce monde décadent trembler sur ses bases, terrifiant les possédants qui songent par instant à une guerre d’épuration raciale afin de trancher leurs différends, se repartager les marchés, les ressources minières, la biomasse, l’énergie et surtout les sources de plus-value pour davantage de profits et la reproduction élargie de leur système d’exploitation décadent.
Les révolutionnaires véritables seront-ils assez perspicaces et empressés pour préparer adéquatement leur « Printemps mondial » ? Saurons-nous anticiper le prochain épisode inéluctable de cette saga larvée afin de l’aider à survenir et à désintégrer ces sociétés paralysées ? Si nous faisons défaut d’orientation et d’organisation, nous nous condamnons à réécrire ce qui a déjà été écrit, convenu, vécu et perdu. La révolution empêchera leur guerre mondiale ou leur guerre universelle entraînera la révolution, c’est la seule solution.

Revendications légitimes insatisfaites

Les revendications légitimes de tous les peuples arabes et de toutes les minorités ethno-religieuses régionales, dans tout le sous-continent s’étendant du Maroc à l’Iran en passant par le Bahreïn, le Yémen, l’Égypte, le Liban, la Palestine occupée et la Syrie sont pourtant identiques : du pain, de l’eau, des logements, du travail, l’éducation des enfants, des soins pour les grands-parents et des conditions de vie humaines sans vilaines guerres « humanitaires » meurtrières. Bref, la satisfaction des conditions sociales de reproduction élargie de l’espèce humaine, ce que le système impérialiste moribond ne peut plus assurer et qu’il met en péril d’un point de vue simplement biologique et écologique. Les prolétaires arabes et leurs alliés, ainsi que les prolétaires du monde entier et leurs alliés, doivent éradiquer l’impérialisme et la classe capitaliste monopoliste s’ils souhaitent simplement survivre comme espèce.
La réponse des potentats arabes locaux a été partout la même : réprimer, matraquer, blesser, emprisonner, torturer et tuer sans vergogne, parfois, comme en Syrie, au motif avéré que l’opposition n’est qu’un ramassis de mercenaires assassins, criminels de guerre et terroristes soutenus par l’OTAN et exfiltrés de certains pays de « démocratures » (dictatures sorties des urnes par la magie des pétrodollars qataris et saoudiens). La voilà leur démocratie compradore adoubée par leurs maîtres dégénérés.

L’effroyable guerre de Syrie

La guerre de Syrie marque pourtant un tournant terrifiant. Depuis l’effondrement du social-impérialisme-soviétique en 1989, c’est la première guerre d’agression d’un peuple où les deux blocs impérialistes dominants s’affrontent indirectement pour le contrôle hégémonique d’un territoire déterminé et pour se jauger avant de se mesurer directement. Pour la première fois la Russie et ses alliés, l’Iran et l’Alliance de Shanghai tiennent tête à l’OTAN, aux américano-européens et à leurs sous-fifres du Golfe persique et du reliquat Ottoman.
Du résultat de cet affrontement inter-impérialiste dépend la suite des guerres d’agressions néocoloniales impérialistes. L’Iran et le Pakistan seront-ils les suivants, ou l’OTAN devra-t-elle revoir ses plans pour le réaménagement du Grand Moyen-Orient ? Cette question sera tranchée à Damas d’ici la fin de l’été (2). Ce que l’analyste Georges Stanechy a ainsi décrit : « Mis en perspective géopolitique, les vetos Russe et Chinois, contre l’invasion de la Syrie par les forces occidentales, n’ont donc rien à voir avec le maintien d’une base navale ou d’un marché quelconque pour leur commerce extérieur. C’est un coup de semonce à l’encontre d’une utopie géopolitique que la nomenklatura de l’Empire (Étatsunien NDLR), imbibée de mégalomanie, se refuse à entendre. » (3).
En tous lieux sur la terre arabe, incluant les zones ethnico-religieuses minoritaires et la terre palestinienne occupée-colonisée (l’appartenance religieuse étant dans ces pays sous-industrialisés et économiquement atrophiés un facteur identitaire retardataire), les puissances impérialistes mondiales ont joué leur va-tout déterminant au milieu de la tourmente, imposant ici un changement de la garde (Égypte-Tunisie-Yémen) ; requérant là des aménagements constitutionnels « démocratiques bourgeois démagogiques » ; montant parfois le chapiteau de la mascarade électorale propre à rasséréner les guignols-des-« in-faux » occidentaux ; s’en remettant souvent aux partis politiques intégristes salafistes-wahhabites-Frères musulmans – qui furent si longtemps gardés en réserve de la dictature républicaine – derniers remparts pour mâter la légitime vindicte populaire et ouvrière.
Washington, Paris, Berlin, Londres, Moscou et Pékin savent bien qu’il sera toujours possible de mettre fin à ces foucades électorales si jamais la situation se corsait ; ou de faire reprendre ad nauseam le vote aux insoumis ; ou alors qu’il sera toujours temps de rappeler l’armée aux commandes – cet État dans l’État, ce contre-pouvoir omnipotent – dans cette arabesque de néo-colonies spoliées.

Gauchistes et opportunistes pataugent dans le marécage électoral

Malheureusement, le passé et le présent de ces insurrections populaires larvées ont été écrits dans le sang versé par les forces révolutionnaires authentiques, qui partout dans ces pays de guerre ont été, par les années passées, systématiquement et soigneusement exterminées – éradiquées. Les groupuscules opportunistes, les malfrats révisionnistes et les pseudos socialistes ayant survécu aux razzias fascistes se sont récemment précipités vers les urnes, heureux d’embrasser ces autels de conspiration ouverts à leurs supplications serviles : « Nous obtiendrons bien quelques strapontins d’arrière banc législatifs », gémissent-ils tous en chœur trouvant là réconfort à poursuivre leur collaboration de classe dans l’indignité et la servilité consacrée.

Les tâches qui s’imposent

La tâche des véritables révolutionnaires arabes qui souhaitent changer l’ordre social existant et sortir définitivement leur classe sociale, leur peuple et leur nation de l’oppression néocoloniale impériale qui écrase ouvriers, paysans, étudiants, artisans, employés, fonctionnaires et leurs frères, est pourtant toute tracée.
Il leur faut patiemment et clandestinement reconstruire la solution de remplacement révolutionnaire qui s’est tapie sous le manteau de l’écheveau complexe des rapports inter-ethnico-religieux. L’ouvrier arabe, palestinien, druze, alaouite, chrétien, copte, sunnite et chiite est d’abord par sa praxis économique – comme instrument de la machine de production capitaliste – par son activité communautaire journalière – comme résident de son quartier de pauvreté – par sa pratique sociale quotidienne – comme aliéné un prolétaire exploité qui n’a que ses chaînes à perdre et tout un monde à conquérir. La liberté sociale de classe, désaliénée, n’est pas un slogan ou une marque de commerce et elle ne sera jamais l’aboutissement des urnes et des isoloirs ; c’est un objectif collectif radical que le prolétariat arabe devra conquérir par la lutte insurrectionnelle de classe.
Sans un parti révolutionnaire clandestin muni d’une conscience prolétaire et d’une science militaire dirigeant vigoureusement l’armée des enragés de ces pays arabes avancés (du point de vue de la praxis révolutionnaire du moins), alors ces peuples, ces ouvriers, sont condamnés à réécrire toujours semblable l’histoire de leurs espoirs asphyxiés (4). Le prolétariat arabe d’avant-garde a le devoir internationaliste de se poser en modèle révolutionnaire pour les prolétariats grecs, espagnols, italiens, britanniques, turcs, israéliens, français et américains.
Robert BIBEAU
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mercredi 12 septembre 2012

Misèreux de nos jours, misèreux de toujours...au pied du podium, tout un peuple se bat ne serait-ce que pour monter d’une marche.

...Les miséreux sont les premiers à lutter contre la misère, coincés dans les rouages et les engrenages d’une société mal huilée. Ils sont au front, comme un soldat à la guerre sans fusil. Ce sont des résistants avec comme seule arme leur courage. Et engagés dans la société, ils le sont, pour preuve la solidarité mutuelle dont ils font preuve, et sans laquelle ils ne pourraient pas survivre.....

Aujourd’hui encore, j’entends, comme me le faisait découvrir mon professeur de collège en m’apprenant la révolution française, les trois classes sociales universelles dans lesquelles la population, non seulement d’un état mais du monde, se retrouve. Donc, comme nous l’expliquent dans leur livre les Pinçonc-Charlot, selon Bernard Gensane, dans un article du Grand Soir paru le 9 septembre 2012 : « (...) le monde est divisé en trois classes : un prolétariat qui subit des formes d’exploitations de plus en plus brutales, des classes moyennes, précarisées, divisées et déboussolées par la prétendue « crise », et la classe dominante, celle qui a gagné – comme disait Warren Buffet – la « guerre » des classes parce qu’elle est solidaire, organisée (...) »
Fort malheureusement, subsiste une quatrième classe sociale... celle qu’on ne voit pas, pourrait dire un peu trop radicalement Sartre. Une quatrième étiquette... que même ceux qui en font parti ne pourraient pas compléter, parce que beaucoup d’entre eux ne savent pas écrire. Une quatrième catégorie : le sous-prolétariat, autrement dit le quart-monde, qui souvent vit la misère de génération en génération. Bref, toutes ces personnes et familles appelés plus couramment les marginaux.
Si le prolétariat subit des formes d’exploitations de plus en plus brutales, que dire du sous-prolétariat : il est loin d’être exploité, il est souvent ignoré. Car il est convenu, eux-mêmes le croient à force de se l’entendre dire, que ce qui leur arrive est de leur faute...
Ignorons donc ces asociaux ! Ne parlons pas d’eux ! Tout ce que je ne vais pas faire, quitte à prendre la parole à leur place, ce qui n’est pas très démocratique je vous l’accorde.
Finissons-en avec « les marginaux », avec ce terme. Vécue de génération en génération, il est évident que la misère désocialise bien plus qu’elle ne rend marginale. Le quart-monde est un peuple dont nous avons honte... à qui nous jetons la pierre... parce qu’à vrai dire, il nous fait bien des misères ce peuple d’indigents : il dévoile le véritable visage de notre société élitiste.
Bien que le terme de « quart-monde » fut employé la première fois par Joseph Wrésinski, fondateur d’ATD Quart Monde en 1956 avec des familles d’un bidonville de Noisy le Grand, ce n’est pas vraiment sa trouvaille. En 1789, Dufourny de Villier écrivait "Les cahiers du quatrième ordre." ( http://humanities.uchicago.edu/images/cahier/contents.html ) Cette année-là, un évènement extraordinaire, mais pas moins à la hauteur des Hommes pour autant, aurait pu... oui, aurait pu... changer vraiment le cours des choses... de notre vie ensemble, mais qui par malheur fut tronquer à cause d’un manque de concertation général. Car justement, comme le préconisait ce révolutionnaire de Dufourny, nous devons construire notre société à partir des très pauvres. À défaut de, nous les incluons (et encore), dans nos raisonnements pour le changement, mais sans leur reconnaître ni ce don de connaissance profonde qu’est l’exclusion sociale, que leur condition de miséreux leur offre... ni la légitimité de remettre en question une civilisation peu civilisée... car nous le répétons assez souvent : « C’est de leur faute si les marginaux en sont arrivés là où ils en sont ! » Et si nous tendons l’oreille un peu plus loin, l’écho de la voix de Saint-Pierre surgit des cieux : « Les pauvres ce n’est pas le Bon Dieu qui les a créé ! » Là où il est, Joseph Wrésinski doit le regarder dans les yeux avec un air sûr de lui : « La misère est l’oeuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire. »
Les miséreux sont les premiers à lutter contre la misère, coincés dans les rouages et les engrenages d’une société mal huilée. Ils sont au front, comme un soldat à la guerre sans fusil. Ce sont des résistants avec comme seule arme leur courage. Et engagés dans la société, ils le sont, pour preuve la solidarité mutuelle dont ils font preuve, et sans laquelle ils ne pourraient pas survivre.
Parmi nos nombreuses initiatives contre l’urgence quotidienne, avec de larges sourires pour que les bénéficiaires (tu parles d’un bénéfice) ne se sentent pas mal à l’aise, « Nous leur donnons des asiles. Nous leur donnons à manger. On les lave. Nous leur donnons tout ce qu’ils ont besoin », comme disait Balkany. D’un point de vu sarcastique, je dirais plutôt que c’est cultiver la misère. Et oui, « L’humanitaire est une bonne affaire » Monsieur Kouchner. Il y a de l’avenir dans l’initiative charitable : les miséreux y ont été hier... y vont aujourd’hui... et y retourneront demain.
Beaucoup de ces initiatives n’en sont plus, car de tous temps. Cette urgence quotidienne, n’en est plus une non plus... car par définition, l’urgence exige d’être réglé sans délai, et non remise du jour au lendemain. Alors, pour régler définitivement le problème, ne devons-nous pas arrêter, interdire même, les divers aides d’urgence et caritatives pendant plusieurs générations ? Ainsi les miséreux mourront, et il n’y aura plus de misère !
Mais non, le changement n’est pas pour maintenant ! Faudrait-il encore user nos réservoirs sans fond de bonne conscience.
Je ne mets pas tous les oeufs dans le même panier. Nombre de bénévoles, d’associations, d’ONG, voir même d’hommes politiques ou de fonctionnaires se battent, non pour l’intégration, mais pour l’intégrité des très pauvres. Souvent l’action culturelle permet, non seulement de redonner confiance en soi, mais de trouver les mots pour revendiquer ses Droits. Des Droits fondamentaux qu’ils ne savaient à peine exprimer ; par peur, par honte, tant les mots leur manquaient.
Bien-pensants du trio de tête des classes sociales, observons bien au pied du podium, tout un peuple se bat ne serait-ce que pour monter d’une marche. Quart-monde, miséreux, marginaux, asociaux, désocialisés, pouilleux... Faisons attention à ce que nous disons, soyons fair-play ; si ce n’est que pour le respect des vaincus. Pour le peu, bien-sûr, que nous arrêtons de les ignorer.
Fred Caude
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CHILI - 11 Septembre 1973 : Salvador Allende, "président-martyr" du Chili, est renversé par un coup d'Etat

Salvador Allende, "président-martyr" du Chili, est renversé le 11 Septembre 1973 par un coup d'Etat organisé par un complot de la CIA s'appuyant sur l'armée aux ordres du général Pinochet. Bilan de la dictature : 2279 morts et disparus, 27.255 torturés, 150.000 prisonniers politiques. Ce sont les premiers pas du néolibéralisme.

VIDEO - LA DERNIERE INTERVENTION DE SALVADOR ALLENDE

mardi 11 septembre 2012

CHILI - 11 septembre 1973 - Mort d'Allende et répression sanglante - Une manoeuvre made in USA,SOUVENONS-NOUS ET N'OUBLIONS PAS !

IL Y A 46 ANS,COUP D'ETAT MILITAIRE AU CHILI,FORMENTE PAR LA CIA,CONTRE LE GOUVERNEMENT D'UNITE POPULAIRE.
SOUVENONS-NOUS ET N'OUBLIONS PAS !


Le 11 septembre 1973, le gouvernement socialiste du président Salvador Allende était brutalement renversé lors d'un coup d'État militaire mené par le général Augusto Pinochet. Ce jour-là, refusant toute reddition aux militaires putschistes, Salvador Allende, dernier représentant de la démocratie chilienne, trouvait la mort sous les assauts répétés de l'armée, lancée contre le palais présidentiel où, en compagnie de sa garde personnelle, le président a tenté de résister jusqu'à la fin. Les arrestations, la torture et les milliers d'assassinats qui suivirent la chute du gouvernement Allende firent de cette journée de septembre 1973 le début d'une série noire qui laissa, dans le cœur des Chiliens, une plaie qui peine à se refermer, aujourd'hui encore.

ALLENDE MEURT LES ARMES À LA MAIN

Retranché dans la Moneda, le palais présidentiel, le président chilien refuse toute offre d'asile. Il s'adresse une dernière fois à son peuple à la radio Magallanes et réaffirme son refus de céder. La Moneda est bombardée, puis prise d'assaut, et Salvador Allende tué d'une rafale de mitraillette. Le régime Pinochet parle alors d'un suicide. Beaucoup ont des doutes.

Le fil des événements

Tout a commencé la veille du 11 septembre 1973, quand des troupes d'infanterie de la marine chilienne, qui avaient passé la journée en mer en compagnie de bateaux américains, sont revenues au pays et ont coupé les communications dans la ville côtière de Valparaíso, où elles s'emparèrent de la ville. Tous les sympathisants du gouvernement Allende ont été emprisonnés sur des bateaux ancrés dans le port de la ville. L'armée, fidèle au général Augusto Pinochet, a gagné les villes du pays une à une sans rencontrer trop de résistance. Mais c'est à Santiago, capitale du pays, que tout devait se jouer.
Le 11 septembre au matin, le président Salvador Allende se retranche dans le palais présidentiel (la Moneda) en compagnie d'une quarantaine de soldats de la garde présidentielle. Ces hommes ont beau être bien armés et occuper une position forte, ils ne sont toutefois pas de taille contre les blindés et l'aviation de l'armée chilienne, désormais totalement sous le contrôle de Pinochet. Invité à se rendre et à fuir le pays par un vice-amiral de Pinochet, le président Allende refuse catégoriquement de céder le pays à la junte militaire. Quelques instants plus tard, le palais présidentiel est bombardé à la roquette par l'aviation chilienne. Puis les militaires donnent l'ordre aux blindés de prendre la Moneda. L'édifice est assiégé de toutes parts.
Deux heures plus tard, au terme d'une série d'attaques, le président Allende est retrouvé dans une pièce de la Moneda tué d'une rafale de mitraillette. Des versions contradictoires prétendront plus tard qu'il s'agissait d'un suicide tandis que d'autres prétendront qu'Allende aurait été tué par un commando de l'armée. À 14 h 40, le palais présidentiel est complètement investi par les troupes de Pinochet, qui devient, dès ce moment, maître absolu du pays.
Dans les semaines qui suivent le coup d'État, une véritable chasse aux sorcières est engagée par les militaires qui arrêtent, torturent et assassinent par centaines les sympathisants de Salvador Allende, les membres de la gauche et même de simples opposants à la dictature de Pinochet. En toute impunité et avec la bénédiction de Washington, la junte se « débarrassera » ainsi de plusieurs milliers de personnes afin de s'assurer que la gauche socialiste ne renaisse pas de ses cendres dans ce pays. Bien que, dans les années qui ont suivi, cette sanglante répression fut maintes fois dénoncée sur la scène internationale et que le régime fut l'objet de plusieurs sanctions internationales, la dictature fasciste du général Pinochet survivra à la tête de l'État chilien jusqu'en 1989.

Une manoeuvre made in USA

Commandité et soutenu par Washington par l'entremise de Henri Kissinger, directeur du Conseil de sécurité nationale, et de la CIA, ce coup d'État au Chili avait pour but premier d'éliminer le gouvernement socialiste d'Allende, premier et seul gouvernement de gauche à avoir vu le jour en Amérique latine à cette époque.

Craignant alors que les Soviétiques ne profitent de l'élection d'un gouvernement socialiste au Chili en 1970 pour installer un régime communiste dans le continent sud-américain, Henry Kissinger, John Mitchell et Richard Helms, du cabinet Nixon, avaient décidé d'agir secrètement avec la CIA pour tenter de renverser Salvador Allende et lui substituer un homme de droite fidèle aux principes de la doctrine américaine. Les principales ressources minières du pays comme le cuivre étant à l'époque contrôlées par des multinationales américaines, on craignait également aux États-Unis, avec la venue d'un président socialiste, la nationalisation de ces importantes ressources minières.


Choisis parmi les officiers de l'armée chilienne opposés à Allende, Augusto Pinochet et plusieurs autres officiers ont été commandités et soutenus en secret par Washington dans l'élaboration du coup d'État. Ne restait plus qu'à attendre le bon moment pour lancer l'opération. Les importantes grèves qui paralysèrent le pays à cette époque, dont celle des camionneurs en 1973, ont fourni aux militaires le climat politique et le prétexte qui leur manquaient pour lancer le renversement du gouvernement, entraînant les conséquences qu'on connaît.

lundi 10 septembre 2012

SYRIE : Quand l'ASL torture un citoyen - VIDEO extrêmement pénible à regarder. Mais ne doit-on pas avoir le courage de regarder la vérité en face ?

 Cette vidéo montrant les prétendus « combattants pour la liberté et la démocratie » – selon le vocabulaire de la presse internationale et des chefs d’État qui leur apportent un soutien financier et militaire – en train de torturer un citoyen syrien accusé d’être chiite et partisan de Bachar al-Assad.
Silvia Cattori
Source : Afrique Asie.fr

mardi 4 septembre 2012

AFRIQUE DU SUD : Le massacre des mineurs grévistes à Marikana : un tournant ? ...Le gouvernement de l’ANC est impliqué dans ces meurtres commis en défense du capital minier blanc.

.....Une accumulation de preuves indique que ce n’est pas une police paniquée qui a fait feu sur des travailleurs dont elle croyait qu’ils l’attaquaient armés de bâtons et de machettes. Pourquoi, sinon, avoir laissé un espace étroit dans la ligne de fer barbelé ? Pourquoi les travailleurs tués étaient-ils en train de s’enfuir des positions tenues par la police ? Il s’agissait d’un meurtre prémédité d’une police militarisée destiné à écraser la grève. Cet écrasement a dû être ordonné au plus haut sommet de la chaîne de commandement. Cela est confirmé par les autopsies qui ont révélé que les travailleurs ont été abattus dans le dos (Cape Times, 27 août 2012) (3)....

Le massacre de 34 mineurs en grève à Marikana (auxquels s’ajoutent sans doute d’autres), ainsi que les blessures infligées à plus de 80 mineurs, le 16 août dernier, a provoqué un choc et une vague de colère à travers l’Afrique du Sud qui s’est étendue au monde entier. Ce massacre pourrait être un tournant décisif dans l’histoire post-apartheid de notre pays.

Marikana est une ville située dans un veld [terme afrikaans signifiant « champ », il désigne les plaines arides parsemées d’arbustes et de maigre végétation des plateaux d’Afrique du Sud] aride, parsemé d’herbes brunes en hiver et découpé par quelques affleurements rocheux (les kopjes, petites collines surmontées de rochers). Les trois mines — Karee, West et East Platinum — appartenant à Lonmin (1) sont situées à la périphérie de la ville. Autour de deux d’entre elles se trouve un campement de cabanes aux parois de zinc, sur lesquels sont accrochés des fils servant à faire sécher le linge. C’est là, à Enkanini, que vivent la plupart des mineurs.
Les bâtiments de surface de la mine surplombent le campement de cabanes. A côté s’élève un gigantesque transformateur électrique vers lequel aboutissent d’énormes pylônes électriques courant à travers le veld. Cet ensemble constitue un « complexe minéral-énergétique » du type de ceux qui dominent l’économie sud-africaine depuis les années 1890 et qui sont fondés sur l’exploitation de la « main-d’oeuvre bon marché ». La seule différence est qu’aujourd’hui le platine a remplacé l’or comme métal figurant au centre de ce système extractif. L’Afrique du Sud produit les trois quarts du platine du monde (le platine est utilisé dans l’automobile comme composant des pots catalytiques des véhicules et en bijouterie) et elle est passée du premier au cinquième rang dans la production de l’or. Les travailleurs du sous-sol à Marikana proviennent toujours majoritairement de la province du Cap-Oriental, zone qui a été la plus atteinte par le système d’apartheid de migration du travail. Un tiers sont des travailleurs sous contrat, employés par des « courtiers en travail » pour les mines, recevant de bas salaires et sans aucune protection sociale, des retraites aux soins médicaux.
Inégalités accrues

Les mineurs de platine, les foreurs de la pierre, travaillent sous terre avec des températures oscillant entre 40°C et 45°C, en des lieux étroits, humides et faiblement ventilés où des pierres chutent tous les jours. Ils risquent la mort à chaque fois qu’ils descendent dans les puits. 3.000 mineurs étaient et sont en grève à Marikana pour obtenir des augmentations de salaire de 4.000 à 12.500 rand (de 378 à 1.183 euros) par mois.
La juxtaposition du complexe minéral-énergétique avec Enkanini — où des toilettes extérieures sont partagées par 50 personnes, où quelques robinets ne laissent couler qu’un mince filet d’eau, où les eaux usées répandent les maladies au gré des tuyaux percés et où les enfants récupèrent ce qu’ils peuvent des tas d’ordures — symbolise les énormes inégalités de la société sud-africaine actuelle (2).
Ces inégalités se sont accrues depuis 1994 avec le gouvernement post-apartheid de l’African National Congress (ANC). Les PDG gagnent des millions de rands en salaires et bonus alors que près d’un tiers des gens vivent avec 432 rands par mois ou moins (à peine 40 euros). Les trois top managers de Lonmin gagnaient 44,6 millions de rands (4,2 millions d’euros) en 2011 (Sunday Independent, 26 août 2012).
A partir de 1994, des Noirs ont été introduits par le capital blanc dans les conseils d’administration à la suite d’un accord avec le gouvernement et se sont lancés dans une consommation ostentatoire. L’ancien secrétaire général de la National Union of Mineworkers (NUM, syndicat national des mineurs), Cyril Ramaphosa, qui est actuellement à la direction de Lonmin, entre autres fonctions à la tête de nombreuses entreprises, a récemment acheté un buffle rare pour une somme de 18 millions de rands (plus de 1,7 millions d’euros), un fait qui a été souligné avec mépris par les travailleurs de Marikana lorsqu’il a fait un don de 2 millions de rands (189 120 euros) pour les dépenses des funérailles des mineurs tués. Le chômage réel en Afrique du Sud atteint 35 % à 40 % de la population active et il est encore plus élevé parmi les jeunes et les femmes, ce qui en fait un des taux les plus importants au monde.
Assassinats prémédités

Les médias ont filmé la police tirant avec des armes automatiques sur les mineurs en grève qui couraient vers eux depuis la colline rocheuse, où ils campaient, et les corps tombant au sol, fatalement atteints. La police avait érigé une ligne de fer barbelé tout en laissant un espace libre étroit de 5 mètres par lequel les mineurs ont tenté, fuyant les gaz lacrymogènes et les jets d’eau dirigés sur eux par-derrière, de retourner à Enkanini.
Des chercheurs de l’Université de Johannesburg (et non les journalistes, pour leur plus grande honte) ont révélé que les meurtres les plus importants ne se sont pas déroulés là. La plupart des grévistes se sont dispersés dans la direction opposée du campement d’Enkanini, essayant de fuir la police. Sur une colline située derrière le camp on voit encore les restes de mares de sang. Les marques de peinture jaune de la police sur cette « colline assassine » indiquent où les cadavres se trouvaient : il y a des étiquettes allant au moins jusqu’à la lettre « J » (ce qui signifie qu’il y avait au moins 7 personnes tuées à cet endroit). Il y a eu des tirs destinés à tuer d’autres travailleurs en fuite depuis des hélicoptères. Certains grévistes, selon les mineurs, ont été écrasés par des véhicules blindés datant de l’époque du système d’apartheid, les Nyalas de la police. La zone entière a été, dans les jours qui ont suivi, nettoyée par la police des balles en caoutchouc, des douilles et des canettes de gaz lacrymogène. Seuls des cercles d’herbes brûlées sont encore visibles, traces laissées par les feux de la police dans le but de faire disparaître les preuves des assassinats.
Des travailleurs ne sont toujours pas enregistrés dans la comptabilisation officielle du nombre de morts. Le nombre de décès est sans aucun doute supérieur à 34.
Une accumulation de preuves indique que ce n’est pas une police paniquée qui a fait feu sur des travailleurs dont elle croyait qu’ils l’attaquaient armés de bâtons et de machettes. Pourquoi, sinon, avoir laissé un espace étroit dans la ligne de fer barbelé ? Pourquoi les travailleurs tués étaient-ils en train de s’enfuir des positions tenues par la police ? Il s’agissait d’un meurtre prémédité d’une police militarisée destiné à écraser la grève. Cet écrasement a dû être ordonné au plus haut sommet de la chaîne de commandement. Cela est confirmé par les autopsies qui ont révélé que les travailleurs ont été abattus dans le dos (Cape Times, 27 août 2012) (3).
En raison de la crise capitaliste mondiale, qui a entraîné une chute dans la demande de nouveaux véhicules automobiles, le prix du platine a diminué, restreignant les importants profits de Lonmin. Lonmin a refusé de négocier avec les mineurs en grève et, à la place, a menacé de procéder à des licenciements massifs, ce qui est l’arme favorite des patrons miniers. La production de platine a diminué de 2 500 onces par jour, représentant plus de 3,5 millions de dollars (2,78 millions euros). Il était donc dans l’intérêt de Lonmin d’écraser la grève. On rapporte la citation d’un PDG du secteur du platine qui déclare que si la revendication de l’augmentation des salaires à 12 500 rands était obtenue, cela signifierait « que l’ensemble du secteur minier du platine serait contraint de fermer » (New Age, 20 août 2012). 
Le massacre est revenu à la face des entreprises minières comme un boomerang. Il a attisé la colère des mineurs de Marikana et renforcé leur détermination à poursuivre la grève. « Nous mourrons plutôt que de renoncer à notre revendication » a affirmé quelqu’un lors d’un meeting de protestation qui s’est tenu à Johannesburg, le 22 août. Des travailleurs de la Royal BaFokeng Platinum et de l’Anglo American Platinum ont, en outre, rejoint la grève après le massacre, bien qu’il semble aujourd’hui (27 août) que l’on ait persuadé au moins certains travailleurs à reprendre le travail.
Un jour avant le massacre, le chef de la police, Riah Phiyeaga, a visité la police à Marikana. Le jour du massacre, un porte-parole de la police a déclaré : « Malheureusement ce jour est le jour-J » (Business Report, 17 août 2012). Phiyeaga a déclaré, après les assassinats, que « c’était la chose juste à réaliser » (The Star, 20 août 2012). Le gouvernement de l’ANC est impliqué dans ces meurtres commis en défense du capital minier blanc.
Perte de légitimité de l’ANC

Le massacre a, certes, fortement endommagé l’autorité morale que l’ANC a hérité de la lutte de libération contre l’apartheid. Le président Jacob Zuma, depuis le 16 août, a frayé sa voie en se distanciant des assassinats. Il a déploré la tragédie, visité le site six jours plus tard — où il a reçu l’accueil froid des mineurs, déclaré une semaine de deuil et établi une commission d’enquête. Il espère restaurer son image et celle de l’ANC avant qu’il n’ait à affronter une réélection à la présidence de l’ANC lors de sa conférence de Mangaung en décembre 2012. La commission a cinq mois pour rendre son rapport — délai que le président espère suffisant pour étouffer les discussions sur les événements jusqu’à la fin de la conférence de Mangaung. « Attendez les conclusions du rapport avant de former un jugement définitif » constituera le mot d’ordre de l’ANC et de ses alliés au cours des prochains mois.
Les mineurs, méfiants vis-à-vis de la commission officielle, ont appelé à la constitution d’une commission d’enquête indépendante ainsi qu’au retrait des charges retenues contre les 259 travailleurs qui ont été arrêtés. « La même personne qui a donné l’ordre de tirer est celle qui a nommé la commission », a déclaré un travailleur (Business Day, 23 août 2012).
L’ancien président exclu de la Ligue de jeunesse de l’ANC, le populiste Julius Malema, a profité du massacre pour visiter Marikana, dénoncer Zuma et offrir son assistance aux familles des travailleurs décédés. Comme des mouches s’agitant au-dessus d’un cadavre, l’ensemble des dirigeants de l’opposition parlementaire se sont rendus en délégation à un meeting à Marikana le 20 août pour offrir leurs condoléances. Au cours du même meeting, une procession de plus de 20 prêtres a tenté de revendiquer le haut-parleur.
Les médias ont affirmé que la violence a été précipitée par la rivalité entre la NUM et l’Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU). Cela ne tient pas : lorsque les mineurs de fond de Marikana sont partis en grève, ils voulaient négocier directement avec le management et non qu’un quelconque syndicat les représente. C’est une chose qui a été rendue tout à fait claire lors des réunions à Marikana qui se sont tenues après le massacre et lors du meeting de protestation du 22 août (y compris par le secrétaire général de l’AMCU).
La grève était violente. Au cours de la semaine qui a précédé le massacre 10 personnes ont été tuées (six mineures, deux gardiens de sécurité de la mine et deux policiers).
NUM and AMCU

La National Union of Mineworkers, qui comprend actuellement quelque 300.000 membres, née dans la lutte contre l’apartheid, représente historiquement les mineurs. Elle a une fière histoire de luttes, dont la grève des mineurs conduite par Cyril Ramaphosa en 1987. La collusion entre la NUM et le patronat n’a eu de cesse de s’accroître depuis 1994. La NUM a conclu un accord de deux ans pour des augmentations de 8 % à 10 % de salaire avec Lonmin.
Lorsque les mineurs sont entrés en grève pour que leurs salaires soient plus que doublés, la NUM a tenté de les empêcher. Les grévistes affirment que la NUM a été responsable de la mort de deux d’entre eux au début de la grève. Frans Baleni, secrétaire général de la NUM, a déclaré deux jours avant le massacre que les grévistes étaient « un élément criminel » (Business Report, 15 août 2012). Baleni a affirmé, depuis le massacre, que cela était « regrettable » mais il n’a pas condamné la police, seulement les « forces obscures qui détournent les travailleurs » (4). Baleni gagne 77 000 Rands (7 275 euros), soit 10 fois plus que ce que gagne un mineur. A Marikana, les membres de la NUM ont déchiré et jeté leurs tee-shirts. Lors du meeting de protestation du 22 août à Johannesburg, un orateur de la NUM a été jeté dehors par les mineurs de Marikana.
L’AMCU est la bénéficiaire de tout cela. Elle ne comptait que 7.000 membres à Karee, une des trois mines de Marikana, où les travailleurs n’ont pas fait grève (ses membres ont été entraînés par un dirigeant mécontent de la section de la NUM après une grève l’année dernière). Des travailleurs de West and East Platinum rejoignent actuellement l’AMCU.
L’AMCU a été formée après que son président actuel, Joseph Mathunjwa, a été, en 1999, licencié d’une mine de charbon à Mpumalanga puis réengagé à la suite d’une protestation des travailleurs, mais il a alors subi un entretien disciplinaire de la NUM parce qu’il « créait des désordres dans le syndicat ». Il a alors été exclu de la NUM (dont Gwede Mantashe, le président d’alors est, ironiquement, l’actuel secrétaire général de l’ANC) et a créé l’AMCU.
L’AMCU revendique aujourd’hui quelque 30.000 membres. Elle représente des travailleurs des mines de charbon, de chrome et de platine à Mpumalanga et des mines de charbon à KwaZulu-Natal. Elle a des membres dans les mines de chrome et de platine à Limpopo et recrute dans les mines de fer et de manganèse autour de Jathu et de Hotazel dans la province du Cap-Nord. Elle a centré son activité en direction des vulnérables travailleurs sous contrat. A la suite d’une grève de six semaines à l’immense mine Impala Platinum à Rustenburg (un complexe minier comprenant 14 puits et 30 000 travailleurs) à laquelle ont participé 4 300 travailleurs en février-mars de cette année (et au cours de laquelle 4 personnes sont mortes), l’AMCU a gagné des membres. Il est aujourd’hui difficile de savoir si elle est en capacité de construire une solide organisation des travailleurs du platine ou si elle se limitera uniquement à une rhétorique populiste.
L’AMCU est affiliée au National Council of Trade Unions (NACTU), fédération syndicale rivale de la Congress of South African Trade Unions (COSATU), forte de 2 millions de membres. Ces deux fédérations sont nées dans les luttes contre l’apartheid. La COSATU est toutefois une alliée de l’ANC, ce qui fait qu’elle est partiellement compromise en raison de ses relations avec le gouvernement.
Les grèves dans le secteur du platine et le massacre se déroulent peu avant le onzième Congrès de la COSATU, qui se tiendra les 17-19 septembre 2012. La COSATU a depuis longtemps des divergences avec l’ANC au sujet de la politique économique. Au cours de la période récente, en outre, elle est traversée par des divergences internes croissantes sur ces questions ainsi que sur celle de savoir si Zuma devrait ou non obtenir un second mandat comme président de l’ANC et, par suite, être le probable président du pays s’il remporte les élections de 2014. Sdumo Dlamini, le président de la COSATU, soutenu par la NUM et par la National Education, Health and Allied Workers’ Union (NEHAWU – le plus important syndicat du secteur public), se déclare en faveur de Zuma. Le soutien du secrétaire général Zwelenzima Vavi, aux côtés de la National Union of Metalworkers of South Africa (NUMSA) et de la South African Municipal Workers Union (SAMWU), est moins vif au sujet de la réélection de Zuma. Les autres syndicats sont divisés.
On peut lire dans le rapport politique que Vavi destine au Congrès qu’il y a un « dysfonctionnement complet de l’État » (en raison de l’incapacité du gouvernement de l’ANC à fournir des manuels aux écoles de la province de Limpopo) et déclare qu’il y a « une distanciation sociale croissante entre la direction et les membres de la base » de l’ANC (Mail and Guardian, 10-16 août 2012).
Contrôle ouvrier ?

Lors de son Congrès de juin, le syndicat des métallurgistes NUMSA a adopté une résolution sur la nationalisation de l’industrie dans laquelle il est déclaré que : « Si nous voulons éviter de sombrer dans l’anarchie et la violence en raison des conséquences cruelles de la pauvreté, du chômage et des inégalités extrêmes qui traversent actuellement la société sud-africaine, la nationalisation sans compensation de la Banque centrale (Reserve Bank), des mines, de la terre et des industries stratégiques et monopolistes doit être réalisée sans délai. » Une telle politique pourrait mettre un terme rapide aux inégalités et à la pauvreté en Afrique du Sud si elle était réalisée sous le contrôle et la gestion des travailleurs (5).
La NUM est moins enthousiaste au sujet de la nationalisation. Ainsi que l’a déclaré un porte-parole de la NUM récemment : « Nous sommes pour la nationalisation, mais nous ne sommes pas pour une nationalisation qui engendre le chaos. » Dans un document qu’elle a émis en juin, la NUM a critiqué « la démagogie populiste (…) qui réclame la nationalisation et la présente comme la solution aux (…) défis » que sont les conditions sociales et économiques ainsi que les échecs de l’industrie minière à effectuer des changements ou à se plier aux exigences de la charte minière (6) (miningmx, 19 août 2012).
Dans son rapport politique cité plus haut, Vavi se penche aussi sur « la distance croissante entre les dirigeants et les membres » au sein des syndicats de la COSATU (Mail and Guardian, 10-16 août 2012) : un constat qui s’applique également, par exemple, à la NUM. Lors d’une rencontre privée récente, le secrétaire général de la NUM a averti Vavi que s’il ne cessait pas sa « croisade solitaire » il ne siégerait pas lors du Congrès de la COSATU.
L’onde de choc provoquée par le massacre aura des répercussions au sein du Congrès. Les divergences pourront alors s’approfondir. Certains observateurs prédisent même que la COSATU se fractionnera pendant ou après le Congrès. Les deux fractions au sein de la direction de la COSATU doivent toutefois faire face à la menace de l’érosion de la NUM et à la croissance de l’AMCU ainsi que d’autres syndicats qui attirent des membres mécontents de la COSATU.
Une déclaration de la COSATU du 23 août 2012 parle d’une « stratégie politique coordonnée, utilisée par d’anciens dirigeants syndicaux mécontents, faisant usage de l’intimidation et de la violence dans le but de créer des “syndicats” séparés, de diviser et d’affaiblir le mouvement syndical. » Elle poursuit en disant que le Congrès de la COSATU aura « à discuter de la façon dont nous pouvons détruire cette tentative de diviser et d’affaiblir les travailleurs, sur comment nous pouvons faire […] pour couper l’herbe sous le pied à ces “syndicats” séparés fantômes et de leurs soutiens financiers et politiques. » La menace contre l’unité des travailleurs constitue un puissant bâton qui permettra de réunifier les fractions de la COSATU. Cette stratégie sera soutenue par le Parti communiste d’Afrique du Sud, qui a de l’influence au sein de la COSATU. C’est, bien entendu, la direction de la NUM qui divise la classe laborieuse en raison de son échec à représenter les travailleurs de manière satisfaisante, ce qui les amène à quitter le syndicat. 
Si une scission s’opérait à la COSATU et si l’AMCU et d’autres syndicats dissidents pouvaient créer des liens avec ce qui résultera de cette scission, des conditions favorables seraient alors créées pour le lancement d’un parti des travailleurs de masse partageant un programme de gauche qui pourrait défier l’ANC sur le terrain du pouvoir. Une telle situation résulterait de la combinaison entre des scissions au sein des organisations traditionnelles des travailleurs et l’émergence de nouvelles organisations. Ce n’est toutefois pas là le scénario immédiat le plus probable.
Les conséquences de la conférence de Mangaung pour Zuma ne sont pas prévisibles. Elles dépendent de la manière dont les réactions au massacre se dérouleront au cours des prochains mois. La presse rapporte déjà que des membres de l’exécutif national de l’ANC se sont révoltés contre Zuma (Sunday Times, 26 août 2012). Si l’ANC n’est pas en capacité de contrôler avec succès la situation, les vagues de choc et de colères provoquées par le massacre pourraient catalyser le début de la fin de la domination de l’ANC. Plus rien ne sera certainement pareil.
Martin Legassick
Martin Legassick est actif sur les questions du logement dans la province du Cap Occidental. Il est membre du Front démocratique de gauche, un front anticapitaliste. Il a visité Marikana après le massacre. Cet article a été traduit en français et publié par la revue électronique A L’Encontre (http:// http://alencontre.org/).
Inprecor

Dommages Collatéraux : la face cachée d’un terrorisme d’État...cette notion de « dommages collatéraux » cache en réalité un terrorisme d’État , un terrorisme de masse, un terrorisme occidental..

...la plupart de ces actes de guerre ayant détruit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, en Libye ces dernières années [1], ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense....   

Lors des guerres menées par les États-Unis depuis la chute du mur de Berlin au nom d’une certaine idée de leur puissance, est apparue une notion, celle de « dommages collatéraux », qui a été utilisée par les organes des relations publiques du Pentagone pour justifier et faire accepter aux opinions occidentales des actes de guerre provocant des victimes civiles. Ces dommages collatéraux ne seraient pas souhaités par la puissance militaire qui déplore ces tragiques erreurs, fruits de renseignements erronés ou d’une technologie défaillante.
Or, a y regarder de plus près, on s’aperçoit que la plupart de ces actes de guerre ayant détruit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, en Libye ces dernières années [1], ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense.
On pourrait se demander dans quels buts de telles horreurs seraient entreprises. La doctrine militaire répond : pour imposer la terreur source de toute obéissance.
La doctrine militaire dément ici brutalement la propagande politique : faire souffrir les populations civiles est un des moyens de gagner la guerre ; torturer leur corps est un des moyens de courber leur échine ; atteindre leur conscience est un des moyens de gagner leur âme (les bombardements des Alliés à la fin de la seconde guerre mondiale l’attestent amplement - la question de savoir si la fin justifie les moyens est un autre débat).
Vous doutez encore et pensez que de tels moyens ne feraient qu’inciter des non-combattants à prendre les armes et à renforcer l’armée des ombres [2]. Les soldats du monde entier le savent bien et répondent impunément : les victimes de la terreur humaine ne se vengent pas ; elles souffrent en silence et ne rêvent que de paix pour pouvoir enterrer leurs morts et faire leur deuil.
Cela va même plus loin : les innocentes victimes finissent souvent par réclamer protection à leurs bourreaux. À bout, démoralisées par tant de souffrance et de violence, elles saisissent la main que leur tend leur ennemi à l’autre bout du fusil.
C’est au cours de la guerre d’Algérie que les militaires français (principalement les Colonels Trinquier et Lacheroy) ont élaboré une doctrine mettant au centre des conflits armés les populations civiles [3] (les Anglais avaient déjà appliqué cette démarche au Kenya au début des années 50, massacrant volontairement des villages entiers de non-combattants, mais ils n’avaient pas eu l’idée d’en faire une doctrine digne d’être enseignée dans les écoles militaires).

Non plus cibles involontaires d’une guerre inhumaine, les populations civiles deviennent l’objectif militaire à conquérir et à détruire au nom d’objectifs humains, trop humains.
La torture, les exécutions sommaires, les bombardements de civils ne sont plus seulement des crimes de guerre, mais des moyens militaires au service d’une cause politique. Les Colonels Trinquier et Lacheroy exporteront cette doctrine dans les écoles militaires américaines qui sauront en faire bon usage dans les pays d’Amérique Latine, et tout particulièrement en Amérique Centrale, dans les cinquante années suivant la guerre d’Algérie [4].
Les légions atlantistes parties, sous l’égide de l’Otan, à l’assaut de l’ex-Yougoslavie, de l’Afghanistan et de la Libye ont également appliqué cette doctrine pour tenter d’imposer l’American Way of Life et le libéralisme triomphant aux populations réfractaires. La doctrine militaire du shock and awe (choc et effroi) appliquée par les États-Unis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 n’est que la réactivation de cette doctrine par des théoriciens soucieux de rafraîchir le corpus doctrinaire militaire américain. Les auteurs de cette resucée, Harlan Ullman et James Wade [5], prennent pour exemple les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis en août 1945 et décrivent sans ambiguïté l’effet recherché : il s’agit d’infliger des destructions massives, de nature humaine ou matérielle, afin d’influencer une société donnée dans le sens recherché par celui qui met en œuvre le choc et l’effroi, plutôt que s’attaquer directement à des objectifs purement militaires [6].
On le voit, cette notion de « dommages collatéraux » cache en réalité un terrorisme d’État , un terrorisme de masse, un terrorisme occidental dont les médias occidentaux s’accommodent aisément puisqu’il est l’œuvre de leurs maîtres atlantistes. Ils font plus que s’en accommoder à vrai dire : ils commettent un crime médiatique lorsqu’ils utilisent le terme de « dommages collatéraux » pour masquer les actions terroristes de leurs dirigeants aux mains sales.
Il est intéressant de constater que ce terrorisme d’État occidental est, pris globalement, plus meurtrier que le terrorisme islamique (qui n’a pas plus de justification à nos yeux), terrorisme islamique qui peut être, par ailleurs, comme en Libye et en Syrie, le précieux relais des objectifs géostratégiques des Occidentaux et de leurs élites.
Ainsi, le terrorisme semble être au cœur de la doctrine et des stratégies militaires des démocraties occidentales. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, ce que nos dirigeants prétendent s’acharner à faire, il faudrait oser engager toute notre ardeur combattante contre nous-mêmes. À défaut de quoi, la mort de la démocratie sera (si ce n’est pas déjà le cas) le dommage collatéral de notre cynisme et de notre tartuferie.
Guillaume de Rouville
auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012.
URL de cet article 17619 http://www.legrandsoir.info/dommages-collateraux-la-face-cachee-d-un-terrorisme-d-etat.html