Il y a deux ans, on m'aurait annoncé que le Qatar et l'Arabie Saoudite seraient un jour les promoteurs officiels de la démocratie dans le monde arabe, j'aurais cru à une blague grotesque et improbable.
Les relations entre les présidents et les monarques arabes n'ont jamais été au beau fixe. Et cette tension était perceptible surtout à l'occasion de sommets de la ligue arabe que l'actualité leur imposait.
Le citoyen arabe restait tout pantois devant ces spectacles kafkaïens et désolants auxquel il assistait impuissant lors desquels un Kadhafi, un Hamad Ben Khalifa Al Thani ou un Abdallah ( la liste est longue) échangeaient des mots d'oiseau, se faisaient des menaces explicites ou sortait carrément leurs flingues comme de vulgaires gangsters.
Généralement, un ou deux chefs d'état exaspérés finissent par claquer la porte. On met fin au sommet avant l'heure. L'incident est clos. Chacun regagne son bled et en principe tout rentre dans l'ordre. Mais les ressentiments, eux, restent.
L'avènement du "Printemps arabe" a brouillé toutes les cartes et a réveillé de vieux démons. La naissance de troubles dans certains pays ont fait en effet le bonheur de certains chefs d'état, en particulier celui de l'émir Hamad Ben Khalifa Al Thani et à moindre mesure celui du Roi Abdallah Ben Abdelaziz Al Saoud.
C'était l'occasion rêvée pour mettre à exécution leurs vengeances. L'émir du Qatar, par exemple, s'était toujours senti mal aimé par ses pairs arabes en raison de la manière indigne par laquelle il avait accédé au pouvoir en montant un coup d'état blanc contre son propre père qui se trouvait alors en visite privée en Suisse.
Le Roi Abdallah d'Arabie Saoudite, lui, représentait pour la majorité de ses pairs l'image du traître par excellence en raison de sa promiscuité plus que douteuse avec Washington. Avec l'émir du Qatar, il forme un binôme de larbins de service pour la Maison Blanche, tout juste bons à exécuter les basses besognes.
Dans ce "Printemps arabe" pré-fabriqué et taillé sur mesure, l'émir et le roi ont joué des rôles décisifs dans l'abandon du pouvoir par Moubarrak , dans les départs de Ben Ali et d'Ali Abdallah Saleh , et enfin dans la déroute de leur ennemi commun: Kadhafi.
Les Assad père et fils ont quant à eux toujours été mis à l'écart dans le monde arabe en raison de leur appartenance à cette minorité alaouite qui prône un islam proche du chiisme iranien, en complète opposition avec le wahhabisme sunnite diffusée par la monarchie saoudite qui a engendré 14 des 19 terroristes impliqués dans les attentats du 11 Septembre.
L'action du Qatar et de l'Arabie Saoudite contre les autres régimes arabes n'est pas uniquement une affaire de vengeance ou de différence religieuse. Elle s'inscrit aussi dans un vaste projet de démocratisation du monde arabe initié par Georges Bush et les néo-conservateurs, et complété par Obama.
L'Arabie Saoudite et le Qatar représentent eux-mêmes les pires dictatures du monde arabe. Comme de vulgaires indics à la solde des USA, ils ont activement collaboré à la chute de plusieurs régimes arabes. Mais ce qu'ils ne savent pas ou plutôt feignent de ne pas savoir c'est que viendra le jour où ils subiront eux aussi le même sort.
Telle est la volonté américaine. Tous les moyens sont bons pour l'accomplir. L'objectif ultime de l'administration américaine est de se débarrasser de tous les despotes arabes afin d'instaurer la démocratie et de lutter contre le terrorisme. Mais en armant des groupes salafistes elle prend le risque qu'un jour ces mêmes armes se retournent contre elle. Sur mon blog du Monde: http://ahfir.blog.lemonde.fr/2012/08/12/le-qatar-et-larabie-saoudite-ou-la-guerre-des-dictatures/ Par Rachid Barbouch Source : MEDIAPART






