mercredi 1 août 2012

La Résistance : Obliger les puissants à parler de la Palestine... instituer un apartheid pour établir un État exclusivement juif - dans un pays où presque la moitié des habitants sont des Palestiniens autochtones et que des millions d’exilés attendent de pouvoir rentrer chez eux...

...L’Internet est d’une grande aide. Si autrefois Israël manipulait les médias, des millions de gens peuvent désormais voir des vidéos et des témoignages qui montrent l’occupation israélienne dans toute son horreur - ou en lire. Des initiatives internationales comme la courageuse Flotte pour Gaza obligent les médias dominants eux-mêmes à fournir des informations, ne fût-ce que brièvement. En conséquence les gens veulent voir eux-mêmes ce qui se passe en Palestine et ils reviennent avec des expériences qui les ont profondément ébranlés....

Aujourd’hui on n’a plus d’excuses à ignorer la vérité sur la Palestine. Même en prenant en compte la désinformation propagée par les médias dominants, on a suffisamment d’aperçus sur la situation d’un peuple opprimé à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et elle devrait nous obliger à nous poser des questions. L’Internet est d’une grande aide. Si autrefois Israël manipulait les médias, des millions de gens peuvent désormais voir des vidéos et des témoignages qui montrent l’occupation israélienne dans toute son horreur - ou en lire. Des initiatives internationales comme la courageuse Flotte pour Gaza obligent les médias dominants eux-mêmes à fournir des informations, ne fût-ce que brièvement. En conséquence les gens veulent voir eux-mêmes ce qui se passe en Palestine et ils reviennent avec des expériences qui les ont profondément ébranlés.

Ils ont vu des files d’attente infinies aux points de contrôle - des soldats en armes décident de les autoriser ou non à passer ; des familles ruinées essaient de récupérer dans les décombres de leurs maisons quelques objets utilisables, pendant que des bulldozers se préparent à détruire la maison suivante; des paysans inconsolables pleurent leurs oliviers séculaires arrachés, et leurs vergers incendiés; des enfants déjà traumatisés se demandent quand la prochaine roquette ou la prochaine bombe va anéantir leur famille ou leurs amis; des gens terrorisés attendent le bruit des bottes de troupes venues arrêter Dieu sait qui aux petites heures du matin; et tout cela dans l’ombre du mur qui obscurcit le paysage et même coupe les Palestiniens du reste du monde et les enferme dans une sorte de prison.

Tout ceci ne représente que la partie émergée du projet israélien : instituer un apartheid pour établir un État exclusivement juif - dans un pays où presque la moitié des habitants sont des Palestiniens autochtones et que des millions d’exilés attendent de pouvoir rentrer chez eux.

Il aurait fallu sonner le tocsin lorsque ces informations ont transpiré, mais un mur de silence s’y oppose, tandis que nos dirigeants politiques assurent à Israël la fidélité du suzerain, ou s’en font inconsidérément honneur ou encore vont en visite en Israël aux frais de l’État. Et ce tocsin devrait sonner plus fort, lorsque les crimes de guerre d’Israël sont documentés par des défenseurs des droits humains et que des enquêtes officielles sont violemment attaquées puis oubliées.

Mais le monde manque de courage. Les gens ont peur d’être accusés d’antisémitisme. Même des Palestiniens, Sémites aux aussi, craignent d’en subir les inconvénients et d’être frappés d’exclusion dans des pays où ils ont trouvé refuge. Et les gens ne s’en tiennent pas à redouter les conséquences; le simple fait de dire ou entendre la vérité les inquiète. Ils craignent de que leur conscience alertée ne les pousse à agir, et donc enfoncent plus profondément encore la tête dans le sable, où il espèrent que même le silence se taira.

Et voilà le défi posé aux défenseurs du monde entier: comment amener les puissants à parler de la Palestine, si même les gens ordinaires n’osent en parler, par crainte des puissants ?

Face à des médias diffusant le sionisme jusqu’à saturation et aux nouvelles campagnes « Marque Israël », beaucoup de gens disposés à s’engager en faveur de la Palestine pourraient se décourager, mais nous constatons sans cesse combien un seul individu capable de dire la vérité aux puissants peut être efficace.

Edward Said , un scientifique et intellectuel récemment décédé, a montré mieux que personne qu’un individu isolé peut compter dans la défense de la Palestine. Il a vu en particulier que la voix des intellectuels trouve un « écho ».

Bien sûr il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel. Les mots de Said valent pour chacun de nous. Il dit que le silence est « blâmable » et l’a décrit comme cette attitude qui consiste « à se détourner d’une position fondamentale difficile à tenir, que l’on sait juste mais que l’on n’ose prendre. On ne veut pas sembler trop politisé, on craint de paraître controversable; il nous faut un chef, une autorité; on voudrait rester mesuré, objectif, modéré ; on espère ne pas quitter le mainstream responsable... »(1)

L’intellectuel Said disposait certes de ses travaux universitaires, de son point de vue de professionnel, de ses recherches et publications pour donner du poids à ses déclarations, mais il lui fallait tout autant de courage qu’à un autre pour braver le paradigme communément admis. La mise en question naît de la connaissance de la vérité ; le courage, du respect d’un principe face à une condamnation collective. Il en va de même face au tir de barrage des mensonges sionistes et aux déclarations de ceux qui, par intérêt personnel, sont prêts à flatter les puissants.

Lorsqu’en 1993 presque tous croyaient qu’une poignée de main sur les marches de la Maison Blanche scellerait les accords négociés à Oslo et garantirait enfin aux Palestiniens leur liberté et la paix à la région, Edward Said a vu que ces accords fourniraient à Israël le prétexte pour poursuivre son expansion coloniale et consolider l’occupation. Mais il savait que critiquer Oslo apparaîtrait en réalité comme une prise de position contre « l’espoir » et « la paix ». En décidant de le faire, il passait outre à la direction révolutionnaire palestinienne qui avait négocié son État.

Bien que cette opinion ait valu à Said nombre d’attaques, il n’était pas prêt à se laisser avoir par une  tromperie qui n’apporterait aux Palestiniens ni espoir ni paix, il le savait bien. Et, comme il l’avait prévu, cette « pacification » stérile finit par révéler, d’année en année, l’effrayante réalité d’Oslo : les Palestiniens devinrent les victimes de la « matrice de contrôle » israélienne, pour reprendre le terme du militant israélien Jeff Halper en 1999... (2) Et cette domination d’un peuple sur un autre, sans aucune intention de se pencher sur les injustices infligées aux Palestiniens qu’une purification ethnique avait chassés de leur pays, a immanquablement conduit Israël à pratiquer un apartheid.


Les Palestiniens ne possèdent plus rien qui puisse s’appeler un État. Sur tous les fronts leur existence est mise en péril. Mais des intellectuels, en accord avec les politiques, continuent à parler de la solution des deux États, un mantra que les médias dominants reprennent de façon peu critique, voire mensongère. Les gros bonnets des médias prétendent que l’existence d’Israël est menacée. Mais il est chaque jour plus évident que les Palestiniens n’ont aucune chance contre Israël: ce pays est armé jusqu’aux dents, armes nucléaires et conventionnelles. Les Palestiniens n’ont jamais eu d’armée ni de moyens suffisants pour lutter contre l’occupation de leur terre et leur propre spoliation. Rien d’étonnant si la solution des deux États est devenue une sorte de panacée pour le la lutte palestinienne à l’autodétermination.

Cet attachement à une idée depuis bientôt 20 longues années est sapé par le fracas des marteaux et engins de construction qui résonne depuis les colonies illégales à travers toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est et induisent à Gaza des fractures sociales catastrophiques. Ce fracas est désormais couvert par la rhétorique de la « paix économique », de la « mise en place d’institutions », de la « démocratie », de la « sécurité internationale » et de la « construction d’un État ». Il faut saisir toute occasion d’interroger ces termes, car, isolés de la réalité locale, ce ne sont pas seulement des mots, mais des concepts dangereux.


Quel sens a la « paix économique » si l’on ne comprend pas que les industries où travaillent les Palestiniens n’ont d’autre but que de pourvoir Israël en main d’œuvre esclavagiste et produits à bon marché. Pourquoi soutenir la « mise en place d’institutions » si Israël continue à saper et détruire les programmes qui s’efforcent déjà d’être au service de la société palestinienne. La « démocratie » n’est qu’un mensonge lorsque après les élections correctes de 2006 Israël et le reste du monde dénient au Hamas le droit de gouverner. C’est une pantalonnade d’accepter une « sécurité intérieure » quand les Palestiniens eux-mêmes sont armés et entraînés pour surveiller leur propre peuple - selon le schéma israélo-américain du « diviser pour régner ». « Construire un État » n’est que des mots creux, si Israël continue à voler la terre et à construire des colonies illégales, en enlevant aux Palestiniens leurs maisons et leurs moyens d’existence pour les entasser dans des ghettos isolés et entourés de murs.

Malheureusement, Edward Said avait raison.

C’est à nous, désormais,de dire la vérité et d’agir courageusement, sans égards pour la censure que nous subirons sans doute. On prête à Schopenhauer l’affirmation selon laquelle la vérité passe par trois stades: «D’abord on la ridiculise, ensuite on la combat, enfin on la trouve évidente ».  Nous en arrivons au troisième stade : les 11 millions de Palestiniens, qu’ils vivent dans les territoires occupés ou soient des citoyens israéliens de seconde zone, des réfugiés apatrides ou des membres de la diaspora, sont une réalité vivante. C’est là le talon d’Achille d’Israël, et Israël en est conscient. Les Palestiniens ne sont plus les humbles bergers et paysans que les forces armées sionistes ont chassés par la terreur pour faire place nette à Israël. Une nouvelle génération est là qui demande justice et la réclame avec des mots éloquents et une stratégie non-violente. Leur message c’est: pas de normalisation des relations avec Israël, tant que ce pays opprimera les Palestiniens, leur déniera leurs droits et violera le droit international. Et le boycott, le retrait des investissements et les sanctions sont des moyens légitimes d’affronter un pays qui s’arroge le droit à un état d’exception permanent et pour l’assurer recourt à des pratiques extrémistes et criminelles.

Bien sûr, on est toujours tenté de suivre la pente la plus facile, surtout si l’on est incapable de se mettre à la place de ceux que les médias occidentaux présentent sous un faux jour et démonisent avec tant de succès. Mais peu à peu le monde change et les gens s’aperçoivent qu’eux aussi sont vulnérables, depuis que les sociétés occidentales commencent elles aussi à se défaire sous le poids des forces gouvernementales, qui faute de contre-pouvoirs échappent à tout contrôle. Les principes et droits humains universels reconnus dans lois humanitaires internationales, naguère les piliers de la démocratie, ont été oubliés dans la panique de la « guerre contre le terrorisme » qu’il fallait mener à tout prix. Bien peu ont eu le courage de braver le système en place.
Nous pouvons tous effectivement «  faire jaillir la réalité de quelques-uns de ses possibles », selon le Professeur Ghassan Hage, de l’Université de Melbourne(3). Cela se produira à l’instant utopique où nous oserons affronter nos pensées, nos peurs et nos préjugés. C’est dans cet espace que gît la puissance inexploitée que nous recherchons pour pouvoir dire la vérité en toute justice. C’est dans cet espace que gît la possibilité dune mutation politique. C’est dans cet espace que se trouveront toujours ceux qui résistent et obligent les puissants à parler de la Palestine.

1. Edward Said, „Representations of the Intellectual.London“: Vintage.1994 p.74
2. Jeff Halper, “The 94 Percent Solution: The Matrix of Control”, Fall 2000, Middle East Report 216
3. Ghassan Hage ,“The Real, the Potential and the Political“, Conférence à la Res Artis Conference, Sydney,10.-16. août 2004

Sonja Karkar سونيا كركر

Traduit par 
Michèle Mialane 
Source : TLAXCALA

mardi 31 juillet 2012

Une atomisation du Monde arabe!...à qui profite la balkanisation de la Syrie?

...ladite «révolution» ou «printemps» arabe n'est qu'un vaste plan de fragilisation et de dislocation du Monde arabe dont le coup d'envoi a été donné en Libye et qui devait aboutir en Syrie...

Depuis seize mois, la Syrie fait face à une coalition internationale déterminée sinon à détruire le pays, du moins, c'est en fait l'objectif assigné, à la parcelliser en plusieurs Etats, selon les ethnies et les religions. L'exemple le plus probant d'une telle vision du futur de la région proche-orientale reste encore le Liban dont l'architecture repose sur le confessionnalisme. Le Liban est de fait un Etat confessionnel, sort qui attend à terme la Syrie, quand l'Irak y est déjà engagé, de facto découpé en provinces fondées sur la religion ou l'ethnie. Les Kurdes disposent d'ores et déjà de tous les matériaux d'un Etat souverain.
Revenons à la situation prévalant en Syrie et posons-nous la question: à qui profite la balkanisation de la Syrie? Vous ne voyez pas? Vraiment?
En effet, à qui profiterait un dépècement du Moyen-Orient si ce n'est à l'entité sioniste, Israël. Ce dépècement sera induit par une reconfiguration radicale des frontières du Moyen-Orient, portée par la fameuse «Initiative pour un Grand Moyen-Orient» (plus connu sous le sigle GMO) de l'ancien président US, George W.Bush. Même l'Arabie Saoudite, qui travaille à la chute de la Syrie, n'échappera pas à cette atomisation selon la nouvelle carte du Moyen-Orient mise au point par des experts de la CIA, du Pentagone et le plus secret des services américains, le NSA (National Security Agency). Aussi, ledit «Printemps arabe» ne fait que mettre à exécution un plan de division de la région en petits Etats (sunnite, chiite, druze, alaouite et chrétien - au Liban et en Syrie, 10% de la population syrienne est chrétienne). Le GMO, version «Printemps arabe» n'est en fait qu'un plan israélien datant de 1954 dont la mise en oeuvre avait commencé en 1982 au Liban et l'invasion de ce pays par les armées israéliennes. Alors, rafraîchissons les mémoires. En février 1982, paraissait dans le numéro 14 de la revue «Kivounim» (Orientation, éditée par l'Organisation sioniste mondiale), un article institué une «Stratégie pour Israël dans les années 1980». Texte éloquent du fait qu'il explicite ce qui se passe aujourd'hui dans cette région du monde quand l'objectif d'Israël était, reste, le démantèlement des Etats nationaux arabes. Nous reproduisons «in extenso» un passage significatif de ce document qui en dit long sur les vrais desseins d'Israël et donne un éclairage étonnant à ce qui se passe actuellement en Syrie. Rappelons que ce texte date de 1982 au moment de l'invasion du Liban par Israël. «La décomposition du Liban en cinq provinces, préfigure le sort qui attend le Monde arabe tout entier, y compris l'Égypte, la Syrie, l'Irak et toute la péninsule Arabe. Au Liban, c'est un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l'Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l'objectif prioritaire d'Israël, à long terme, sur son front Est; à court terme, l'objectif est la dissolution militaire de ces États. La Syrie va se diviser en plusieurs États, suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un État alaouite chi'ite; la région d'Alep un État sunnite; à Damas, un autre État sunnite hostile à son voisin du Nord; les druzes constitueront leur propre État, qui s'étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Hourân et en Jordanie du Nord. Cet État garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme: c'est un objectif qui est maintenant à notre portée.» Fin de citation.
C'est écrit noir sur blanc, nous en voyons les fruits aujourd'hui avec, certes, trois décennies de retard, mais le fait est là : ladite «révolution» ou «printemps» arabe n'est qu'un vaste plan de fragilisation et de dislocation du Monde arabe dont le coup d'envoi a été donné en Libye et qui devait aboutir en Syrie. Pour le moment, l'Etat national syrien résiste, mais jusqu'à quand? On peut comprendre qu'Israël tente d'annihiler les Etats arabes, peut-on, en revanche, comprendre le fait que deux Etats arabes (le Qatar et l'Arabie) participent activement à l'anéantissement de la Syrie alors qu'eux-mêmes seront à terme dans le collimateur d'Israël et de ceux qui cherchent à éliminer les pays arabes de la face du monde! No comment!
Source : L'Expression - Le Quotidien

Jeux Olympiques de Londres 2012 - Le drapeau olympique aux mains des militaires (Il Manifesto)...le gouvernement de Sa Majesté britannique a fait hisser le drapeau olympique aux cinq anneaux, symbole de paix, par un escadron de 16 militaires britanniques, choisis parmi ceux qui se sont le plus distingués dans les dernières guerres.

Puissent les Olympiades être "un moment d’amitié renouvelée dans laquelle forger la paix" : ainsi l’archevêque de Westminster a-t-il salué les athlètes venus à Londres du monde entier. C’est justement pour représenter cet esprit que dans la cérémonie d’ouverture le gouvernement de Sa Majesté britannique a fait hisser le drapeau olympique aux cinq anneaux, symbole de paix, par un escadron de 16 militaires britanniques, choisis parmi ceux qui se sont le plus distingués dans les dernières guerres.
A la tête de cet escadron, comprenant des militaires des trois armes, Tal Lambert, responsable des communications des bases aériennes de Lyneham et Brize Norton, engagées l’an dernier dans la guerre en Libye. Parmi les autres membres de la RAF (Armée de l’Air britannique - NdR), le sergent Raval, qui s’est distingué dans les guerres des Balkans et d’Irak.
Parmi ceux de la marine et des marines, l’officier Hiscock, décoré de la Queen’s Gallantry Medal pour ses actions dans l’invasion de l’Irak. Parmi ceux de l’armée de terre, le sergent Reains distingué dans les combats en Irak puis en Afghanistan où il a été blessé, et le caporal Rainey, qui a deux dangereuses missions à son actif.
Faire hisser par des militaires non seulement la drapeau britannique mais aussi la bannière olympique a été un geste hautement symbolique : la réaffirmation que les forces armées du Royaume Uni et des autres pays de l’Otan ne font pas des guerres d’agression mais des opérations de paix dans l’intérêt de toute l’humanité.
Grave est le fait que le Comité Olympique international ait autorisé un tel choix, qui devrait être interdit dans tout pays où se déroulent les Olympiades. Tout aussi grave qu’il ait été ignoré par la presse internationale, présente à Londres avec des milliers de journalistes. Engagés à décrire la chapeau de Sa Majesté, au moment où le drapeau olympique a été hissé par les militaires qui rénovent les gloires de l’empire britannique.
Manlio Dinucci
Edition de dimanche 29 juillet 2012 de il manifesto
Traduit de l’italien parMarie-Ange Patrizio
URL de cet article 17333 http://www.legrandsoir.info/le-drapeau-olympique-aux-mains-des-militaires-il-manifesto.html

Washington et les élections mexicaines....

Cette intervention de la part de celle qui fait le tour du monde pour vendre la démocratie ne surprend toutefois pas. Elle ne fait que confirmer ce que le monde sait depuis longtemps, à savoir que la seule démocratie qui compte est celle sur laquelle l’Administration étasunienne a plein contrôle. Le peuple n’est qu’un acteur de figuration, donnant à l’exercice électoral son caractère démocratique. Dans tous les cas, les résultats obtenus doivent confirmer les choix de Washington. Tous les moyens sont permis pour qu’il en soit ainsi : fraude, achat de votes, manipulation des comptages et recomptages, tricheries à tous les niveaux, mensonges à profusion, amplement diffusés par les médias, contrôle des principaux intervenants dans le processus électoral lui-même et, si nécessaire, l’assassinat déguisé en accident ou en règlements de compte. Si tous ces moyens n’aboutissent pas, ce sera alors la prise du pouvoir par la force, comme ce fut le cas au Honduras, en Irak, en Afghanistan, en Libye et comme c’est actuellement le cas en Syrie et éventuellement au Venezuela qui aura voté massivement pour Hugo Chavez, le 7 octobre prochain.

Au moment où le TRIBUNAL ÉLECTORAL DU POUVOIR JUDICIAIRE DE LA FÉDÉRATION mexicaine (TEPJF) étudie depuis plus d’une semaine les milliers de documents démontrant les fraudes électorales et la non-fiabilité des résultats de la dernière élection, la Secrétaire d’État des États-Unis, faisant fi de cette contestation devant les tribunaux, apporte, en date du 25 juillet, tout le soutien de son pays au candidat Enrique Pena Nieto, mis en cause dans cette enquête. Aucune réserve n’est apportée sur la validité de l’élection du candidat priiste. C’est tout simplement le bon candidat pour Washington. C’est, pour ainsi dire, la réplique du scénario de l’élection de 2006 qui donna la victoire au candidat Calderon, alors qu’Andres Manuel Lopez Obrador était donné gagnant par tous les sondages et cela jusqu’au dernier décompte qui ne fut jamais complété.
Cette intervention de la part de celle qui fait le tour du monde pour vendre la démocratie ne surprend toutefois pas. Elle ne fait que confirmer ce que le monde sait depuis longtemps, à savoir que la seule démocratie qui compte est celle sur laquelle l’Administration étasunienne a plein contrôle. Le peuple n’est qu’un acteur de figuration, donnant à l’exercice électoral son caractère démocratique. Dans tous les cas, les résultats obtenus doivent confirmer les choix de Washington. Tous les moyens sont permis pour qu’il en soit ainsi : fraude, achat de votes, manipulation des comptages et recomptages, tricheries à tous les niveaux, mensonges à profusion, amplement diffusés par les médias, contrôle des principaux intervenants dans le processus électoral lui-même et, si nécessaire, l’assassinat déguisé en accident ou en règlements de compte. Si tous ces moyens n’aboutissent pas, ce sera alors la prise du pouvoir par la force, comme ce fut le cas au Honduras, en Irak, en Afghanistan, en Libye et comme c’est actuellement le cas en Syrie et éventuellement au Venezuela qui aura voté massivement pour Hugo Chavez, le 7 octobre prochain.
Cette fois-ci, le peuple mexicain n’accepte plus d’être « le fou du roi ». À travers ses organisations sociales et ses partis politiques, regroupé dans une coalition progressive sous la responsabilité du principal candidat d’opposition, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), il a décidé de contester les résultats de cette élection par les voies constitutionnelles et judiciaires.
Le quotidien La Jornada dans son éditorial du 27 juillet signale ce qui suit :
« La validation par le TEPJF d’une élection manifestement irrégulière et faussée ainsi que la prise de possession par un politicien qui, selon toute vraisemblance, est rejeté par la majorité de l’électorat seraient, dans ces circonstances, un dur coup à la légalité et aux institutions d’État ainsi qu’à l’éthique républicaine et à l’harmonie sociale. » (Traduction libre de l’auteur)
Le peuple réclame le respect du seul vrai pouvoir dont il dispose, celui de décider librement et en pleine connaissance de cause de ses représentants pour gérer les pouvoirs de l’État dans le sens de ses intérêts. Toute usurpation de ce pourvoir par toute autre puissance ne peut être qu’antidémocratique et, à ce titre, condamnée par la communauté internationale.
On se souviendra qu’en Haïti, lors des élections présidentielles de 2009-2010, le candidat de Washington n’était pas parvenu à se classer pour le second tour de scrutin. Loin de se donner pour vaincues, les plus hautes autorités se mirent à l’œuvre pour corriger l’inacceptable. Tout a été fait par Washington et ses alliés pour modifier les résultats de manière à disqualifier le représentant du parti au pouvoir, élu pour le second tour. Il fallait qu’il soit remplacé par leur candidat. J’avais transmis, à ce moment, une lettre au ministre des Affaires extérieures du Canada pour dénoncer cette intervention. Rien n’y fit, les apôtres de la démocratie ne pouvaient lâcher prise. Il y avait évidemment le peuple haïtien, mais surtout ces milliards de dollars donnés pour la reconstruction du pays. Même le président en fonction, René Préval avait été menacé d’exil.
Tout un contraste de comportement chez ces « apôtres de la démocratie » d’avec ce qui se passe actuellement au Mexique. L’OEA n’a remarqué rien qui puisse altérer les résultats de cette élection qui se serait réalisée dans le plus grand calme et esprit démocratique. Les États-Unis et le Canada ont été au nombre des premiers à célébrer cette grande victoire de la démocratie et à y féliciter le vainqueur. Ils sont également les plus silencieux quant aux scandales qui y sont dénoncés non seulement par des perdants « frustrés » comme ils disent, mais par des milieux des plus respectables. Pourtant…
Lorsque le 7 octobre au soir, le Conseil électoral vénézuélien annoncera la victoire incontestable d’Hugo Chavez pour un troisième mandat, « ces apôtres de la démocratie » retrouveront soudainement la parole pour crier haut et fort à la fraude électorale. L’OEA sera mise à contribution pour disqualifier les résultats et on fera appel au Conseil de sécurité pour permettre la présence d’une force de paix afin de garantir la sécurité dans le pays. Nos journalistes reprendront la parole et leur clavier pour diaboliser autant faire se peut ce Chavez, dictateur et manipulateur. Radio-Canada, le Devoir, la Presse et toutes les agences internationales, serviles à l’Empire, participeront à cette mise en scène.
L’hypocrisie et la servilité à l’état pur.
Sauf que le Venezuela n’est ni Haïti, ni le Mexique, ni la Libye. Pas plus que l’Amérique latine n’est le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord. Qu’on se le tienne pour dit. Les fauteurs de troubles pourraient bien y rencontrer leur os. Le peuple vénézuélien n’est pas seul et Chavez a de nombreux appuis en Amérique latine, dans les Antilles et dans diverses régions du monde. Les peuples, toujours plus instruits et informés, savent distinguer avec plus de rigueur le vrai du faux, l’authentique du manipulateur et de l’hypocrite. En Amérique latine, il y a belle lurette que les États-Unis ne sont plus perçues comme les sauveurs du droit des peuples et encore moins de la démocratie. Ils en sont les pires ennemis. Tout chez eux se définit en fonction de leurs intérêts et de leur sécurité nationale.
Oscar Fortin
Québec, le 30 juillet 2012
http://humanisme.blogspot.com
URL de cet article 17327 http://www.legrandsoir.info/washington-et-les-elections-mexicaines.html

Israel : Ce que dit Dani Dayan et pourquoi c’est intéressant (The Palestine Chronicle)..."Les colons israéliens ne partiront pas"

...Il semble si étrange de lâcher une telle bombe de fumée au milieu d’une campagne électorale présidentielle déjà fort déroutante qu’on se demande si les chiens de garde du NY Times, normalement si vigilants, n’ont pas laissé par mégarde l’opinion dissidente Dayan radicalement opposée à la sagesse libérale conventionnelle de ce journal se glisser dans ses pages...
..Ce que Dayan dit en réalité au monde c’est que la réalité sur le terrain rend inutile l’hypocrisie de continuer à faire semblant qu’une paix négociée entre les deux camps soit, ou ait jamais été, une option politique..
L’article de Dani Dayan, "Les colons israéliens ne partiront pas" a été publié par le NY Times le 26 juillet. Dayan est le président du Yesha Council of Jewish Communities, et est connu depuis longtemps comme un des principaux porte paroles du mouvement des colons. La réaction habituelle à ce genre de déclaration d’un colon est de la balayer d’un revers de main en la qualifiant d’expression extrémiste de la position israélienne, ce qu’elle est certainement, mais ce serait une erreur de le faire avant de s’être intéressé de plus près à son contenu et à son timing. Les prémisses moraux et légaux sur lesquels Dayan fonde sa certitude que les colons ne quitteront jamais la Cisjordanie n’ont aucune valeur mais les arguments politiques qu’il avance sont si indéniables qu’on ne voit pas comment les réfuter. Il pourrait aussi être utile de se demander si Dayan n’a pas été encouragé par le camp de Netanyahu, connu pour être un des leaders israéliens les plus favorables au rêve des colons, à larguer cette bombe au milieu du tourbillon électoral américain comme une sorte de ballon d’essai.
Dayan commence par affirmer que le mouvement des colons a des droits sur le territoire conquis en 1967 parce que ce sont les Palestiniens qui à l’époque menaçaient Israël d’annihilation et que c’est seulement pour se défendre qu’Israël est entré en possession de la Cisjordanie et de l’ensemble de Jérusalem. C’est un argument sans valeur aux yeux de presque tous les spécialistes du droit international, de plus cette chronologie des évènements de 1967 est de plus en plus contestée par les historiens de la diplomatie et enfin la conquête a été politiquement rejetée immédiatement après les faits par la communauté internationale toute entière y compris les Etats-Unis. Ce rejet a été exprimé dans la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU votée à l’unanimité en 1967 qui demande expressément à Israël de se retirer des territoires occupés pendant la guerre des 6 jours. Aucun leader israélien n’a jamais ouvertement remis en question son interprétation bien que le mouvement des colons ait, depuis son origine, nourri en Israël le doute qu’un accord de paix soit vraiment dans leur intérêt s’il signifiait qu’il leur faudrait rendre les territoires occupés en 1067. Le compromis de facto des Israéliens a donc été de se rallier au consensus autour de la mise en place progressive de deux états tout en rendant cette solution de plus en plus impraticable sur le terrain.
On peut s’étonner que la plupart des gouvernements de la planète et des officiels les plus importants de l’ONU aient choisi d’ignorer cette évidence jusqu’à aujourd’hui. Ce que Dayan dit en réalité au monde c’est que la réalité sur le terrain rend inutile l’hypocrisie de continuer à faire semblant qu’une paix négociée entre les deux camps soit, ou ait jamais été, une option politique. De son point de vue, il y a maintenant trop de colons apparemment incorruptibles et déterminés à rester là : la preuve ils auraient pu faire, par le passé, des profits en revendant leurs biens dans les colonies et ne l’ont pas fait. Dayan souligne qu’il a été presque impossible au gouvernement Sharon d’évacuer 8000 colons de Gaza en 2005, et donc l’idée d’évacuer les 350 000 colons qui vivent maintenant en Cisjordanie (chiffre qui se montera à 400 000 en 2014), et dont 160 000 ne sont pas installés dans les conglomérats coloniaux relève de l’illusion ou comme le dit Dayan serait "proportionnellement de plus en plus difficile" et donc que leur présence "dans toute la Judée et la Samarie... est un fait irréversible". Une personne responsable peut-elle contester la force de l’argument de Dayan sur ce problème central ?
Dayan développe son argumentation en invoquant un mélange de "droits inaliénables" et de "realpolitik" favorable aux colons. Je trouve que Dayan est convaincant du point de vue de la realpolitik, étant donné l’équilibre actuel des pouvoirs entre Israël et la Palestine, dans la région et dans le monde, même si cela peut vite basculer. Par contre, quand il prétend que sa conception du Grand Israël repose sur des droits inaliénables, il est vraiment de parti pris et de mauvaise foi. Sa position contredit l’Article 49(6) de la Quatrième Convention de Genève qui interdit qu’une puissance occupante transfère sa propre population dans un territoire occupé ou modifie le caractère d’une société occupée. Dayan semble aussi ne pas se rendre compte qu’il est immoral de déplacer les Palestiniens qui vivent dans ce pays depuis des siècles même si on adhère au dogme sioniste que la Palestine historique est vôtre patrie. Le fait que les leaders palestiniens et les gouvernements arabes voisins aient rejeté le plan de partition décidé par l’ONU en 1948 ne signifie pas que le peuple palestinien ait du même coup perdu ou renoncé à son droit à l’autodétermination qui est absolument inaliénable. Et cela ne signifie certainement pas que les Palestiniens puissent être condamnés à vivre dans des conditions d’apartheid en tant que minorité (qui pourrait vite devenir une majorité) sans droits et sans pouvoirs d’autant plus que l’apartheid fait partie des crimes contre l’humanité dans les statuts du Tribunal International. Il existe sans aucun doute des droits inaliénables mais ce sont ceux des Palestiniens et non des colons.
Dayan emploie, pour parler de la Cisjordanie les termes de "Judée et Samarie" qui sont les noms bibliques dans la tradition juive, sans doute pour mettre l’opinion internationale devant le fait accompli du statut de ces territoires. On peut au moins reconnaître son insolente honnêteté, il ne se cache pas derrière des ambiguïtés linguistiques évasives comme l’ont généralement fait les diplomaties israéliens pendant toutes ces années chaque fois qu’ils devaient s’expliquer sur l’expansion continuelle des colonies, la création d’un coûteux réseau de routes au seul profit des colons et la construction du mur de séparation, tout en réaffirmant leur volonté de négocier la formation d’un état palestinien indépendant. Dayan ne mâche pas ses mots quand il affirme qu’un état palestinien entre le Jourdain et Israël aurait toujours été une catastrophe inacceptable pour la sécurité d’Israël. Un tel état palestinien tomberait vite sous le contrôle du Hamas et deviendrait le lieu de refuge des centaines de milliers de Palestiniens avides de vengeance qui ont vécu presque 65 ans dans des camps de réfugiés. Selon Dayan, un tel état palestinien serait un creuset d’extrémisme anti-israélien et il faudrait rapidement le réoccuper militairement. On comprend le raisonnement du point de vue de la realpolitik israélienne mais ses implications pour les Palestiniens sont tellement clairement inacceptables qu’on ne peut qu’y voir une déclaration de guerre totale et permanente contre les espoirs, les aspirations et les droits des Palestiniens. C’est peut-être pour cela que la façon de voir de Dayan a rarement été développée au dehors d’Israël.
Pour être honnête Dayan n’est pas complètement insensible au sort des Palestiniens. Il faut porter à son crédit le fait qu’il ne mentionne pas et qu’il soutienne encore moins le nettoyage ethnique pour garantir la pérennité de l’identité juive dans un régime démocratique. Dayan a l’air d’accepter l’éventualité d’une majorité palestinienne à condition que les Israéliens gardent le contrôle, en d’autres termes, la domination israélienne lui semble suffisante pour garantir la sécurité et c’est plus important que la recherche d’une légitimité démocratique. Sans soulever la question des droits des Palestiniens, Dayan affirme que l’Autorité Palestinienne n’est pas mécontente du statu quo et que le développement économique se poursuit dans les endroits qu’elle dirige spécialement à Ramallah et dans ses environs. De plus, si les Palestiniens acceptaient de renoncer à leur résistance inutile, la plupart des checkpoints pourraient être enlevés selon lui. Sa "solution" du problème des réfugiés est d’améliorer les conditions de vie dans les camps dont il reconnaît l’état déplorable. Le fait que Dayan pense que sa position est moralement, légalement et politiquement défendable montre à quel point il est loin de l’idée universelle de justice lorsqu’il cherche à nous convaincre que non seulement il n’y pas plus d’occupation mais qu’il est possible de faire en sorte que tout le monde soit content y compris les Palestiniens.
Pourquoi ne pas se contenter de considérer cette attaque contre la dignité humaine comme simplement une nouvelle confirmation de l’audace et de l’extrémisme du mouvement des colons et passer son chemin ? Elle mérite pourtant une réponse plus réfléchie pour plusieurs raisons. D’abord, l’analyse de Dayan fait exploser le cadre diplomatique en vigueur actuellement, cadre qui a enfermé les Palestiniens dans un cauchemar infini d’oppression et d’impuissance. En faisant cela, Dayan ouvre la voie au dialogue nécessaire pour définir ce qui peut remplacer la solution de deux états. D’une manière plus marginale, il donne de la crédibilité aux arguments de ceux qui, comme moi, considèrent le processus de paix comme un mensonge cruel dont les Palestiniens et l’opinion publique sont victimes au son du tic tac de la bombe coloniale que personne ne désamorce.
Il se peut aussi que, délibérément ou non, le NY Times, en publiant les opinions de Dayan qui sont l’extrême opposé de sa ligne éditoriale depuis des années, ait décidé tardivement de reconnaître que le conflit israélo-palestinien a pris une nouvelle dimension. Peut-être que cet auguste journal qui ne s’écarte jamais beaucoup de la ligne du Pentagone et de département d’Etat sur la politique étrangère au Moyen Orient a reçu un signe de Washington lui indiquant qu’il était temps d’entamer un nouveau débat sur la manière de décrire le conflit et même de s’attaquer à la tâche difficile d’imaginer les tenants et les aboutissants d’une nouveau processus de paix. D’un autre côté, il semble si étrange de lâcher une telle bombe de fumée au milieu d’une campagne électorale présidentielle déjà fort déroutante qu’on se demande si les chiens de garde du NY Times, normalement si vigilants, n’ont pas laissé par mégarde l’opinion dissidente Dayan radicalement opposée à la sagesse libérale conventionnelle de ce journal se glisser dans ses pages.
Richard Falk
Richard Falk est un spécialiste de droit international et de relations internationales qui a enseigné à Princeton University pendant 40 ans. Depuis 2002 il vit à Santa Barbara, en Californie, et enseigne les Etudes globales et internationales au campus local de l’université de Californie. Depuis 2005 il préside la Nuclear Age Peace Foundation. Visitez son site : http://richardfalk.wordpress.com/.
Pour consulter l’original : http://www.palestinechronicle.com/view_article_details.php?i...
Traduction : Dominique Muselet
URL de cet article 17319 http://www.legrandsoir.info/ce-que-dit-dani-dayan-et-pourquoi-c-est-interessant-the-palestine-chronicle.html

dimanche 29 juillet 2012

SYRIE : L’opposition syrienne : qui produit le discours ? (The Guardian)...C’est une histoire sur les membres les plus cités de l’opposition syrienne et leur connexion au business anglo-américain de fabrication d’oppositions..

...C’est l’histoire de la guerre en Syrie, mais une autre histoire doit être dite. Une histoire moins sanglante, mais néanmoins importante. C’est une histoire des faiseurs de contes : les portes paroles, les « spécialistes de la Syrie », les « militants démocrates. » Les faiseurs de déclarations. Les gens qui « exhortent, » et « avertissent »et « appellent à l’action. »...

Les médias ont été trop passifs au sujet des sources de l’opposition syrienne, sans s’intéresser à leur nature et à leurs affiliations politiques. Il est temps d’y regarder de plus près… 
C’est un cauchemar qui se déroule en Syrie, dans les maisons d’al-Heffa et dans les rues de Houla. Et nous savons tous comment l’histoire va finir : avec des milliers de soldats et de civils tués, des villes et des familles détruites, et le président Assad battu à mort dans un fossé.
C’est l’histoire de la guerre en Syrie, mais une autre histoire doit être dite. Une histoire moins sanglante, mais néanmoins importante. C’est une histoire des faiseurs de contes : les portes paroles, les « spécialistes de la Syrie », les « militants démocrates. » Les faiseurs de déclarations. Les gens qui « exhortent, » et « avertissent »et « appellent à l’action. »
C’est une histoire sur les membres les plus cités de l’opposition syrienne et leur connexion au business anglo-américain de fabrication d’oppositions. Les médias d’information grand public ont été, pour l’essentiel, remarquablement passifs au sujet des sources syriennes : en les présentant simplement comme « portes parole officiels » ou « militants pour la démocratie » sans, en général, examiner leurs déclarations, leurs trajectoires ou leurs affiliations politiques.
Il est important de le souligner : enquêter sur la trajectoire d’un porte-parole Syrien ne revient pas à mettre en doute la sincérité de son opposition à Assad. Mais une passion haineuse contre le régime Assad n’est en rien une garantie d’indépendance. En fait, in certain nombre de personnalités importantes du mouvement syrien d’opposition sont des exilés de longue date qui étaient subventionnés par le gouvernement US pour affaiblir le gouvernement Assad bien avant le déclenchement du Printemps arabe.
Même si la déposition du président Assad par la force n’a aps encore été ouvertement affichée par le gouvernement des Etats unis, ces portes parole plaident ouvertement pour une intervention militaire en Syrie et sont de ce fait des alliés naturels pour des néoconservateurs US bien connus qui avaient soutenu l’invasion de l’Irak par Bush et font maintenant pression sur l’administration Obama pour qu’elle intervienne. Et comme nous le verrons, plusieurs de ces portes parole ont trouvé un soutien auprès de ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, sont en faveur d’ une intervention militaire, et dans certains cas, ils ont développé d’anciennes et lucratives relations avec eux.
« Le temps est compté » [Le sable s’écoule dans le sablier] a déclaré Hillary Clinton dimanche. Il est donc grand temps, au moment où les combats en Syrie s’intensifient, et où des bateaux de guerre russes font route vers Tartous, de regarder de plus près ceux qui parlent au nom du peuple syrien.

Le Conseil National Syrien

Les porte-paroles d’opposition les plus cités sont les représentants officiels du Conseil National Syrien (CNS). Le CNS n’est pas la seule organisation d’opposition – mais il est généralement considéré comme « la principale coalition d’opposition » (BBC). Le Washington Times le décrit comme « une organisation qui coordonne des factions rivales basées hors de Syrie. » LE CNS est certainement l’organisation d’opposition qui a les relations les plus étroites avec les puissances occidentales – et a apelé à une intervention étrangère dès les premières phases du soulèvement. En février de cette année, à l’ouverture du sommet des Amis de la Syrie en Tunisie, William Hague [ministre britannique des affaires étrangères, NdT] avait déclaré : « Je rencontrerai les dirigeants du Conseil national Syrien d’ici quelques minutes… Nous, ainsi que d’autres nations, les traiterons et les reconnaîtrons en tant que représentants légitimes du peuple syrien. »
Le plus haut porte-parole officiel du SNC est l’universitaire Syrienne établie à Paris, Bassma Kodmani.

Bassma Kodmani du Conseil National Syrien par Carter Osmar
Bassma Kodmani
Kodmani est membre du bureau exécutif et chargée des affaires étrangères au Conseil National Syrien. Kodmani est proche du centre de la structure de pouvoir du CNS, et elle est un des porte-paroles du CNS les plus actifs. « Aucun dialogue n’est possible avec le régime en place. Nous ne pouvons discuter que de la manière d’aller vers un système politique différent, » a-t-elle déclaré cette semaine. On la retrouve, citée par le fil AFP : « L’étape suivante requiert une résolution sous le chapitre VII [de la charte de l’ONU] qui autorise l’usage de tous les moyens légitimes, de moyens coercitifs, d’un embargo sur les armes ainsi que l’usage de la force pour obliger le régime à se conformer » [à la résolution].
Cette déclaration se traduit dans la une suivante : « Les Syriens appellent à une force armée de maintien de la paix » (Herald Sun, Australie). Quand il est fait appel à une action militaire internationale de grande ampleur, il semble tout simplement raisonnable de demander : qui exactement fait cet appel ? Nous pouvons dire simplement, « un porte-parole officiel du SNC, » ou nous pouvons regarder d’un peu plus près.
Cette année, c’était le deuxième Bilderberg pour Kodmani. A la conférence de 2008, Kodmani était inscrite en tant que française ; en 2012 sa francité avait disparu et elle était inscrite simplement comme « internationale » – sa patrie était devenue le monde des relations internationales.
Quelques années en arrière, Kodmani travaillait pour la Ford Foundation au Caire, où elle était directrice de son programme de gouvernance et de coopération internationale. La Ford Foundation est une vaste organisation dont le siège est à New York et Kodmani avait déjà un rang assez haut placé. Mais elle était sur le point de monter d’une division.
Vers cette époque, e, février 2005, les relations syro-étatsuniennes s’étaient gravement détériorées, et le président Bush avait rappelé son ambassadeur à Damas. De nombreux projets d’opposition datent de cette période. « L’argent US pour des personnalités de l’opposition syrienne a commencé à affluer sous le président George W Bush après qu’il a effectivement gelé les relations politiques avec Damas en 2005, » explique le Washington Post.
En septembre 2005, Kodmani a été nommée directrice exécutive de l’Arab Reform Initiative (ARI)- un programme de recherche initié par une puissante organisation de lobbying, le Council on Foreign Relations (CFR).
Le CFR est un thinktank d’élite en matière de politique étrangère, l’Arab Reform Initiative est présenté sur son site web comme un « projet du CFR. » Plus précisément, l’ARI a été lancée par une organisation interne au CFR appelée le US/Middle East Project” – un groupe de diplomates de haut niveau, de financiers et d’officiels du renseignement, dont l’objectif affiché est d’entreprendre une « analyse politique » régionale de sorte « à prévenir les conflits et à promouvoir la stabilité. » L’ US/Middle East Project poursuit ces objectifs sous la supervision d’un conseil international présidé par le général en retraite Brent Snowcroft.

Peter Sutherland photographié à la conférence de Bilderberg
par Hannah Borno
 Brent Snowcroft (président émérite) est un ancien conseiller pour la sécurité nationale du président des Etats Unis – il avait succédé dans ce rôle à Henry Kissinger. A côté de Snowcroft dans le bureau international, nous trouvons son collègue en géostratégie Zbigniew Brzezinski qui lui avait succédé comme conseiller pour la sécurité nationale, et Peter Sutherland, le PDG de Goldman Sachs International. Donc, dès 2005, nous avions une partie du gratin de la banque et du renseignement en occident qui sélectionnait Kodmani pour diriger un projet de recherche sur le Moyen Orient. En septembre de cette année là, Kodmani avait été nommée directrice à plein temps du programme. Plus tôt en cette année 2005, le CFR avait assigné le « contrôle financier » du projet au Centre for European Reform (CER). C’est là que les Britanniques entrent en scène.
Le CER est supervisé par Lord Kerr ; le vice président de Royal Dutch Shell. Kerr est un ancien chef du service diplomatique et est conseiller principal à Chatham House (un thinktank qui réunit les meilleurs cerveaux de l’establishment diplomatique britannique).
En charge de la gestion au jour le jour du CER, nous avons Charles Grant, ancien rédacteur en chef de la rubrique défense de The Economist, et membre en ce moment de l’ European Council on Foreign Relations (ECFR), un « thinktank paneuropéen » rempli de diplomates, d’industriels, de professeurs et de premiers ministres. Dans la liste de ses membres, vous trouverez le nom : « Bassma Kodmani (France/Syrie) – Directrice Exécutive, Arab Reform Initiative. »
Autre nom sur la liste : George Soros – le financier dont l’organisation à but non lucratif ‘Open Society Foundations » est une des principales sources de financement de l’ECFR. A ce niveau, les mondes de la banque, de la diplomatie, de l’industrie, du renseignement et les divers fondations et instituts de stratégie politique se retrouvent tous ensemble et, là, au milieu de tout ça, se trouve Kodmani.
Ce qu’il faut relever, c’est que Kodmani n’est pas une quelconque « militante pro-démocratie » qui s’est retrouvée par hasard devant un microphone. Elle dispose de références diplomatiques impeccables : elle a le statut de directrice de recherche à l’Académie Diplomatique Internationale – « une institution indépendante et neutre qui a pour vocation de promouvoir une diplomatie moderne ». L’Académie est présidée par Claude Cousseran, un ancien chef de la DGSE – le service de renseignements extérieurs français.
L’image qui se forme est celle de Kodmani comme fidèle lieutenant de l’industrie anglo-américaine de promotion de la démocratie. Sa « province d’origine » (d’après le site internet du CNS) est Damas, mais elle a des relations professionnelles étroites et anciennes avec précisément ces mêmes puissances qu’elle appelle à intervenir en Syrie.
Et nombre de ses collègues porte-paroles ont également de bonnes relations.

Radwan Ziadeh

Un autre représentant du SNC souvent cité est Radwan Ziadeh – directeur des relations extérieures du Conseil National Syrien. Ziadeh a un CV impressionnant : senir fellow d’un thinktank de Washington financé par le gouvernement fédéral, l’ US Institute of Peace (le conseil d’administration de l’USIP est plein d’anciens du Département de la Défense et du National Security Council ; son président est Richard Solomon, ancien conseiller de Kissinger au National Security Council).
En février de cette année, Ziadeh s’est associé à un groupe de faucons de l’élite de Washington pour signer une lettre appelant Obama à intervenir en Syrie : parmi ses cosignataires figurent James Woolsey (ancien chef de la CIA), Karl Rove (le mentor de Bush junior), Clifford May (Committee on the Present Danger) et Elisabeth Cheney, ancienne directrice de l’ Iran-Syria Operations Group au Pentagone.
Ziadeh est un organisateur infatigable, un parfait initié de Washington en relation avec certains des plus puissants thinktanks de l’establishment. Les connections de Ziadeh s’étendent jusqu’à Londres. En 2009, il est devenu chercheur invité à Chatham House, et en juin de l’année dernière, il était présent dans le groupe d’experts d’un de leurs évènements – « Imaginer l’avenir politique de la Syrie » – partageant le plateau avec un autre porte-parole du CNS, Ausama Monajed (des informations sur Monajed ci-dessous) et un membre du CNS, Najib Ghadbian.
Le Wall Street Journal a identifié Ghadbian comme un des premiers intermédiaires entre le gouvernement US et l’opposition syrienne en exil : « Un premier contact entre la maison Blanche et le Front du Salut national (FSN) avait été assuré par Najib Ghadbian, un politologue de l’université de l’Arkansas. » C’était en 2005. Une année qui a marqué un tournant.
En ce moment, Ghadbian est membre du secrétariat général du CNS, et est au conseil de surveillance d’une organisation politique basée à Washington, le Syrian Center for Political and Strategic Studies (SCPSS) – une organisation dont il est le co-fondateur.
Ziadeh construit ce genre de relations depuis des années. En 2008, Ziadeh avait participé à une réunion avec des personnalités d’opposition dans des locaux gouvernementaux à Washington : une mini-conférence intitulée « Syria In-Transition ». La réunion avait été co-sponsorisée par un organisme basé aux USA appelé le Democracy Council et une organisation basée au Royaume Uni appelée le Movement for Justice and Development (MJD). Ce fut un grand jour pour le MJD – son président, Anas Al-Abdah, s’était déplacé de Grande Bretagne aux Etats Unis pour l’occasion avec son directeur des relations publiques. Ci-après, une description de cette journée tirée du site internet du MJD : « La conférence a vu une affluence exceptionnelle puisque la salle était bourrée à craquer d’invités de la Chambre des représentants et du sénat, ce représentants de centres d’études, de journalistes et dde Syriens expatriés aux USA. »
La journée avait débuté par un discours inaugural de James Prince, directeur du Democracy Council. Ziadeh participait à un groupe d’experts présidé par Joshua Muravchik (l’auteur ultra-interventionniste de la lettre ouverte « Bomb Iran » en 2006). Le thème de la discussion était « l’émergence d’une opposition organisée. » Assis à côté de Ziadeh danns ce groupe de discussion, se trouvait le directeur des relations publiques du MJD – un homme qui deviendra plus tard son collègue porte-parole au CNS – Ausama Monajed.

Ausama Monajed

Avec Kodmani et Ziadeh, Ausama (ou parfois Osama) Monajed est un des plus importants porte-paroles du CNS. Il y en a d’autres, bien sûr – le CNS est une structure énorme qui comprend les Frères Musulmans. Le spectre de l’opposition à Assad est très large, mais ce sont là quelques voix essentielles.
Il y a d’autres porte-paroles officiels qui ont une longue carrière politique, comme George Sabra du Parti Démocratique Populaire Syrien – Sabra a subi l’arrestation et un long séjour en prison pour son combat contre le « régime répressif et totalitaire en Syrie. » Et il existe d’autres vois d’opposition en dehors du CNS comme l’écrivain Michel Kilo, qui parle avec éloquence de la violence qui ravage son pays. « La Syrie est en cours de destruction – rue après rue, ville par ville, village après village. Qu’est-ce que ce genre de solution ? Pour le maintien au pouvoir d’un petit groupe, tout le pays est détruit. »

Mais il est hors de doute que la principale organisation d’opposition est le CNS et on constate que ce sont souvent Kodmani, Ziadeh et Monajed qui le représentent. Monajed apparaît souvent comme commentateur sur les chaînes télévisées d’informations. On le voit ici s’exprimant depuis son bureau à Washington. Monajed n’édulcore pas son message : « Nous voyons tous les jours à la télévision des civils assassinés et des enfants assassinés et tués, et des femmes violées »
Dans le même temps, sur al jazeera, Monajed parle de « ce qui se passe vraiment, en réalité, sur le terrain, » des « miliciens d’Assad » qui « viennent et violent les femmes, tuent les enfants et les personnes âgées. »
Monajed est devenu, depuis seulement quelques jours, blogueur sur le Huffington Post UK, où il explique en long et en large ; « Pourquoi le monde doit intervenir en Syrie » – appelant à une « assistance militaire directe » et à une « aide militaire étrangère. » Une fois de plus, la bonne question pourrait être : qui est ce porte-parole qui appelle à une intervention militaire ?
Monajed est membre du CNS où il est conseiller du président et il est, selon sa biographie au CNS, « le fondateur et directeur de Barada Television, » une chaîne satellitaire basée à Vauxhall, Londres sud. En 2008, quelques mois après avoir assisté à la conférence Syria In-Transition, Monajed était reparti pour Washington, invité à dîner avec George W. Bush avec d’autres dissidents bien en cour (on peut voit Monajed sur la photo souvenir, le troisième à partir de la droite, cravate rouge, non loin de Condoleeza Rice – à l’opposé de Garry Kasparov).
A cette époque, en 2008, le Département d’Etat US connaissait Monajed en tant que « directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD) qui dirige la lutte pour un changement démocratique et pacifique en Syrie. »
Examinons de plus près le MJD. L’an dernier, le Washington Post a sélectionné une information de Wikileaks qui a publié des quantités de communications diplomatiques piratées. Ces communications montrent qu’un important flux financier va du Département d’Etat US au Mouvement pour la Justice et le Développement dont le siège se trouve en Grande Bretagne. Selon l’article du Washington Post : « Barada TV est étroitement affiliée au Mouvement pour la Justice et le Développement, un réseau d’exilés Syriens établi à Londres. Les câbles diplomatiques américains classifiés montrent que le Département d’Etat a donné pas moins de 6 millions de dollars à cette organisation depuis 2006 pour qu’elle fasse fonctionner la chaîne satellitaire et pour financer d’autres activités à l’intérieur de la Syrie. »
Un porte-parole du Département d’Etat avait réagi à cet article en déclarant : « Essayer de promouvoir une transformation vers un processus plus démocratique dans cette société ne porte pas nécessairement atteinte au gouvernement en place ». » Et ils ont raison, « pas nécessairement. »
Questionné au sujet de l’argent du Département d’Etat, Monajed dit lui-même « ne pas pouvoir confirmer » un financement du Département d’Etat US pour Barada TV, mais déclare : « Je n’ai personnellement pas reçu un centime. » Malik al -Abdeh, tout récemment encore chef de la rédaction à Barada TV insiste : « Nous n’avons pas eu de liens directs avec le Département d’ Etat US. » La signification de cette phrase tourne autour du mot « directs ». Il convient de noter que Malik al -Abdeh, se trouve aussi être un des fondateurs du Mouvement pour la Justice et le Développement (destinataire de 6 millions de dollars du Département d’Etat selon le câble rendu public). Et il est le frère du président de la chaîne, Anas Al-Abdah. Il est aussi copropriétaire de la marque déposée du MJD : ce que Malik al Abdeh reconnaît, c’est que Barada TV reçoit une bonne part de ses financements d’une fondation américaine : le Democracy Council. Un des co-sponsors (avec le MJD) de la mini-conférence Syria In-Transition. Donc, ce que nous avons en 2008, lors de cette même réunion, ce sont précisément les dirigeants de des organisations identifiées dans les câbles Wikileaks comme étant le canal (le Democracy Council) et le bénéficiaire (le MJD) de grosses sommes d’argent du Département d’Etat.
Le Democracy Council (un pourvoyeur de subventions basé aux Etats Unis) cite le Département d’Etat comme étant une de ses sources de financement. Il travaille ainsi : le Democracy Council sert d’intermédiaire pour gérer des subventions en tant qu’intermédiaire entre la “Middle East Partnership Initiative” du Département d’Etat et des « partenaires locaux » (comme Barada TV). Comme l’explique le Washington Post :
« Plusieurs câbles diplomatiques émanant de l’ambassade à Damas révèlent que les exilés Syriens reçoivent de l’argent d’un programme du Département d’Etat appelé la Middle East Partnership Initiative. Selon ces câbles, le Département d’Etat a fait transiter l’argent à l’organisation en exil via le Democracy Council, une fondation dont le siège se trouve à Los Angeles. »
Le même article attire l’attention sur un câble de 2009 émis par l’ambassade US en Syrie qui indique que le Democracy Council a reçu 6,3 millions de dollars du Département d’Etat pour réaliser un programme concernant la Syrie, la “Civil Society Strengthening Initiative”. Le câble la décrit comme « un discret effort de collaboration entre le Democracy Council et des partenaires locaux » dans le but de produire, entre autres choses, « divers concepts de diffusion [des idées]. » Selon le Washington Post : « D’autres câbles indiquent clairement qu’un de ces concepts était Barada TV. »
Il y a encore quelques mois, la Middle East Partnership Initiative (MEPI)du Département d’Etat était supervisée par Tamara Cofman Wittes (elle est maintenant à la Brookings Institution – un thinktank influent de Washington). Selon elle, la MEPI a « créé une ‘image’ positive des efforts des USA pour promouvoir la démocratie. » Quand elle travaillait sur ce dossier, elle avait déclaré : « Il y a de nombreuses organisations en Syrie et dans d’autres pays qui veulent des changements dans leurs gouvernements… C’est un agenda auquel nous croyons et nous allons le soutenir. » Et par soutien, elle veut dire financier.

L’argent

Ce n’est pas nouveau. Revenez un moment au début 2006, et vous avez une annonce par le département d’Etat d’une nouvelle « opportunité de subventionnement » appelée le « Syria Democracy Program. » Avec une offre de subventions d’un montant de « 5 millions de dollars sur l’année fiscale fédérale 2006. » Le but de ces subventions ? « Accélérer le travail des réformateurs en Syrie. »
En ce moment, l’argent afflue encore plus vite que jamais. Au début juin 2012, le Syrian Business Forum a été lancé à Doha par des dirigeants de l’opposition, dont Wael Merza (secrétaire général du CNS). « Ce fonds a été établi pour soutenir toutes les composantes de la révolution en Syrie, » avait déclaré Merza. Le niveau de ce fonds ? Quelque 300 millions de dollars. La provenance de l’argent n’est pas claire du tout, quoique Merza « a fait allusion à un puissant soutien financier des Etats arabes du Golfe pour le nouveau fonds » (al Jazeera). A son lancement, Merza avait dit que quelque 150 millions de dollars avaient déjà été dépensés, en partie pour l’Armée Syrienne Libre (ASL).
L’organisation d’hommes d’affaires Syriens de Merza était présente à une conférence du Forum Economique Mondial intitulée « Plateforme pour la coopération internationale » qui s’est tenue à Istanbul en novembre 2011. Tout cela s’inscrit dans le processus par lequel le SNC a grandi en réputation, pour devenir selon les propres termes de William Hague, « un représentant légitime du peuple syrien » et être capable de gérer ouvertement ces sommes énormes.
Construire la légitimité – de l’opposition, de sa représentation, de l’intervention – est l’essentiel de bataille propagandiste.
Dans une lettre ouverte publiée en février de cette année par USA Today, l’ambassadeur Dennis Ross déclarait : « Il est temps de rehausser le statut du Conseil national Syrien. » Ce qu’il voulait, urgemment, était « la création d’une aura d’inévitabilité du CNS comme alternative à Assad. » L’aura d’inévitabilité. Gagner la bataille à l’avance.
Un combattant essentiel dans cette bataille pour les esprits et les cœurs est le journaliste Américain et blogueur pour le Daily Telegraph, Michael Weiss.

Michael Weiss

Un des experts de la Syrie les plus cités dans les médias occidentaux – et un enthousiaste d’une intervention occidentale – Michael Weiss fait écho à l’ambassadeur Ross quand il dit : Une intervention militaire en Syrie n’est pas tant une question de préférence que d’inévitabilité. »
Certains écrits interventionnistes de Weiss peuvent être trouvés sur le site web beyrouthin pro-Washington appelé ‘NOW Lebanon’ – dont la section ‘NOW Syria’ est une source importante d’actualités syriennes. NOW Lebanon a été créé en 2007 par Eli Khoury, un cadre de Saatchi & Saatchi. Khoury est présenté dans l’industrie publicitaire comme « un spécialiste de la communication stratégique, spécialisé dans le développement de l’image de marque des entreprises et des gouvernements. »
En mai dernier, Weiss avait déclaré à NOW Lebanon que grâce à la fourniture d’armes aux rebelles Syriens, « nous avons déjà commencé à voir quelques résultats. » Il avait montré une approbation semblable pour les développements militaires quelques mois auparavant dans un article pour le New Republic : « Au cours des dernières semaines, l’Armée Syrienne Libre et d’autres unités rebelles indépendantesont fait de gros progrès – à la suite de quoi, comme tout blogueur peut le faire, il avait présenté son « Plan d’action pour une intervention militaire en Syrie. »
Mais Weiss n’est pas seulement un blogueur. Il est aussi le directeur de la communication et des relations publiques de la Henry Jackson Society, un thinktank de politique étrangère ultra-ultra-belliciste.
Parmi les parrains de la Henry Jackson Society à l’international, figurent : James “ex-CIA boss” Woolsey, Michael “secrétaire à la sécurité intérieure” Chertoff, William “PNAC” [Project for a New American Century] Kristol, Robert “PNAC” Kagan’, Joshua “Bomb Iran” Muravchick, et Richard “Prince des Ténèbres” Perle. La société est dirigé par Alan Mendoza, conseiller en chef du groupe parlementaire interpartis sur la sécurité internationale et transatlantique.
La Henry Jackson Society est intransigeante sur sa « stratégie avancée » pour la démocratie. Et Weiss est chargé du message. La Henry Jackson Society est fière de la grande influence de son chef des relations publiques : « Il est l’auteur de l’influent rapport « Intervention en Syrie ? Une évaluation de la légalité, de la logistique et des risques, » qui a été repris et approuvé par le Conseil national Syrien. »
Le rapport original de Weiss a été rebaptisé “Safe Area for Syria” – et a fini sur le site web officiel syriancouncil.org, comme pièce de la littérature stratégique de leur bureau militaire. La reprise du rapport de la Hery Jackson Society a été orchestrée par le fondateur et directeur exécutif du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) – un certain Ausama Monajed
Donc, le fondateur de Barada TV, Ausama Monajed, a édité le rapport de Weiss, l’a publié via sa propre organisation (le SRCC) et l’a transmis au Conseil national Syrien avac le soutien de la Henry Jackson Society.
La relation ne pouvait pas être plus étroite. Monajed en vient même à traiter des demandes pour des « interviews de la presse avec Michael Weiss. » Weiss n’est pas le seul stratégiste à avoir esquissé une feuille de route pour cette guerre (de nombreux thinktanks y ont réfléchi, de nombreux faucons en ont parlé), mais certains des aspects les plus saillants sont le produit de sa réflexion.

L’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme

La justification pour « l’inévitable » intervention militaire est la sauvagerie du régime du président Assad : les atrocités, les bombardements, les violations des droits de l’homme. L’information est cruciale ici, et une source domine toutes les autres quant à la fourniture d’informations sur la Syrie. Elle est citée à chaque fois : « Le directeur de l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme (OSDH) a déclaré à la Voice Of America que les combats et les bombardements avaient tué au moins 12 personnes dans la province de Homs. »
L’OSDH est communément utilisé comme unique source pour d’informations et de bilans statistiques. Cette semaine, par exemple, l’AFP a publié cette dépêche : « Les forces syriennes ont bombardé les provinces d’Alep et de Deir Ezzor et au moins 35 personnes ont été tuées dimanche dans tout le pays, dont 17 civils, a annoncé un organisme d’observation. » Différentes atrocités ainsi que des chiffres de pertes sont énumérés, tous en provenance d’une seule source : « Rami Abdel Rahman, le directeur de l’Observatoire a déclaré par téléphone à l’AFP. »
Des statistiques plus horribles les unes que les autres parviennent en nombre de « l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme » (AP) Il est difficile de trouver une information de la prese sur la Syrie qui ne le cite pas. Mais qui sont-ils à l’OSDH ? « Ils », c’est Rami Abdulrahman (ou Rami Abdel Rahman), qui réside à Coventry.
Selon une dépêche Reuters de décembre de l’an dernier : « Quand il ne répond pas aux appels téléphoniques de la presse internationale, Abdulrahman n’est qu’à quelques minutes, plus bas dans la rue, à sont magasin de vêtements qu’il gère avec sa femme. »
Quand le blog Middle East live du Guardian avait cité « Rami Abdul-Rahman de l’ Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme, » il avait aussi proposé un lien vers un article sceptique du Modern Tokyo Times, un article qui invitait les organes d’information à être un peu « plus objectifs quant à leurs sources » quand ils citent « cette soi-disant entité, » qu’est l’OSDH.
Ce nom, « Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme », sonne si respectable, si inattaquable, si objectif. Et pourtant, quand Abdulrahman et sont « ONG basée en Grande Bretagne » (AFP/NOW Lebanon) sont la seule source pour de nombreuses informations sur un sujet aussi important, il pourrait sembler raisonnable de soumettre cet organisme à un ewxamen un peu plus approfondi que ce qui a été fait jusqu’à présent.
Cet Observatoire n’est en aucun cas la seule source syrienne d’informations à qui on pourrait faire confiance aveuglément ou presque…

Hamza Fakher

La relation entre Ausama Monajed, le CNS, les faucons de la Henry Jackson Society et un média accepté sans condition peut s’observer dans le cas de Hamza Fakher. Le 1er janvier, Nick Cohen écrivait dans l’Observer : « Pour avoir un aperçu du niveau de la barbarie, écoutez Hamza Fakher, un militant pour la démocratie qui est une des sources les plus fiables sur les crimes que cache le blackout du régime sur l’information. »
Il poursuit en reprenant les horribles récits de Fakher de tortures et de massacres. Fakher parle à Cohen d’une nouvelle technique de torture dont il a entendu parler, la plaque brûlante : « imaginez toute la chair fondant jusqu’à l’os avant que le prisonnier tombe sur la plaque. » Le lendemain, Shamik Das, écrivant sur la « base de preuves » dans le blog progressiste Left Foot Forward, cite la même source : « Hamza Fakher, un militant pour la démocratie, décrit l’affligeante réalité… » – répète le compte rendu de Cohen sur les atrocités.
Alors, qui est exactement le « militant pour la démocratie » Hamza Fakher ?
Il se trouve que Fakher est le co-auteur de Revolution in Danger, un « briefing de le Henry Jackson Society, » publié en février 2012. Il a co-rédigé ce document avec Michael Weis, le directeur de la communication de la Henry Jackson Society. Et quand il ne co-écrit pas des briefings de la Henry Jackson Society, Fakher est le directeur de la communication du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) basé à Londres. Selon leur site web, « Il a rejoint le centre en 2011 et a été chargé de la stratégie et des produits de communication du centre. »
Comme vous vous en souvenz sans doute, le SRCC est dirigé par Ausama Monajed : « M. Monajed a fondé le centre en 2010. Il est largement cité et interviewé dans la presse et les médias internationaux. Il travaillait auparavant comme consultant en communication en Europe et aux Etats Unis t a été directeur de Barada Television… »

Monajed est le patron de Fakher.

Si ce n’était pas suffisant, pour la touche finale de Washington, on trouvera au conseil d’administration du Strategic Research and Communication Centre, Murhaf Jouejati, profeseur à la National Defence University, à Washington – « la première institution de formation militaire interarmes (JPME oint Professional Military Education) qui est « sous l’autorité de son président, le chef d’état-major interarmes. »
Si vous aviez envie d’aller faire un tour au “Strategic Research and Communication Centre” de Monajed, vous le trouverez à cette adresse : Strategic Research & Communication Centre, Office 36, 88-90 Hatton Garden, Holborn, London EC1N 8PN.
Office 36 à 88-90 Hatton Garden est aussi l’endroit où vous trouverez le siège londonien de The Fake Tan Company, Supercar 4 U Limited, de Moola loans (une société de crédit), d’Ultimate Screeding (for tous vos besoins de nivelage), and The London School of Attraction – « un centre de formation londonien qui aide les hommes à développer les compétences et la confiance pour rencontrer et attirer les femmes. » Et encore une autre centaine d’entreprises. C’est un bureau virtuel. Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement approprié dans tout ça. Un « centre de communication » qui n’a même pas de centre, de local – un nom pompeux mais sans substance concrète.
C’est la réalité de Hamza Fakher. Le 27 mai, Shamik Das de Left Foot Forward a cité à nouveau un récit d’atrocités relaté par Fakher qu’il présente cette fois comme « le récit d’un témoin oculaire » (ce que Cohen n’a jamais affirmé) et qui maintenant s’est cristallisé comme étant « le dossier du régime Assad. »
Ainsi, un rapport sur des atrocités fourni par un stratégiste de la Henry Jackson Society qui est le responsable de la communication du service des relations publiques de Mosafed a prisl’envergure d’un « dossier » historique.
Je ne veux pas dire que les récits d’atrocités sont forcément faux, mais combien parmi ceux qui les prennent pour argent comptant s’intéressent à leurs origines ?
Et n’oublions pas, la déstabilisation qui a été entreprise dans le domaine de l’information et de l’opinion publique l’est encore plus sur le terrain. Nous savons déjà que (au minimum) « la CIA et le Département d’Etat… aident l’Armée Syrienne Libre de l’opposition à développer des routes logistiques pour acheminer des fournitures à l’intérieur de la Syrie et donnent une formation dans le domaine des [télé]communications. »
Les soutes à bombes sont ouvertes. Les plans ont été préparés.
Ces choses étaient en préparation depuis longtemps. L’énorme énergie et la planification méticuleuse qui ont été investies dans ce changement de régime – c’est à couper le souffle. La force de persuasion et les entrées politiques des grandes fondations et des thinktanks politiques sont considérables, mais l’examen des sources ne se contente pas de titres pompeux, de bourses de recherche et de « briefings de stratégie. » On doit demander : directeur exécutif de quoi exactement. Le fait d’avoir les mots « démocratie » ou « droits de l’homme » dans l’intitulé de votre job ne vaut pas dispense de ce contrôle.
Et si vous êtes un « responsable de la communication, » cela implique que vos paroles doivent être accueillies avec une prudence extrême. Weiss et Fakher, tous deux responsables de communication sont des professionnels des relations publiques. Lors de l’évènement de Chatham House en juin 2001, monajed était inscrit en tant que « directeur de la communication de la National Initiative for Change » et il était directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD). Le craéteuutr du site web d’informations NOW Lebanon, Eli Khoury, est un cadre publicitaire de Saatchi. Ces responsables de la communication travaillent dur pour créer ce que Tamara Witts appelait une [image de] « marque positive. »
Ils vendent l’idée d’une intervention militaire et d’un changement de régime, que la presse grand public est pressée d’acheter. Beaucoup de « militants » et de porte-paroles de l’opposition syrienne sont étroitement liés (souvent financièrement) aux Etats Unis et à Londres – ceux-là mêmes qui feraient l’ intervention. Ce qui veut dire que les informations et les chiffres donnés par ces sources ne sont pas nécessairement de la pure information – de sont des arguments de vente dans une campagne de relations publiques.
Mais il n’est jamais trop tard pour poser des questions, pour examiner des sources. Poser des questions ne fait pas de vous un admirateur d’Assad – c’est un argument spécieux. Cele vous rend seulement moins susceptible d’être induit en erreur par la propagande. La bonne nouvelle, c’est qu’il nait un sceptique par minute.
Charlie Skelton
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/jul/12/syrian-o...
traduit de l’anglais par Djazaïri http://mounadil.wordpress.com/2012/07/16/syrie-et-propagande...
URL de cet article 17255 http://www.legrandsoir.info/l-opposition-syrienne-qui-produit-le-discours-the-guardian.html