vendredi 27 juillet 2012

ASL - L’Armée syrienne libre : Révolutionnaire ou Contra ?...Le conflit syrien a été prémédité par les Occidentaux

Alors que la presse occidentale présente l’Armée syrienne libre comme une organisation révolutionnaire armée, Thierry Meyssan affirme depuis plus d’un an qu’il s’agit au contraire d’une formation contre-révolutionnaire. Selon lui, elle serait progressivement passée des mains des monarchies réactionnaires du Golfe à celle de la Turquie, agissant pour l’OTAN. Une telle affirmation à contre-courant requiert une démonstration argumentée…
Depuis 18 mois, la Syrie est en proie à des troubles qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à devenir un vaste conflit armé ayant déjà causé la mort d’environ 20 000 personnes. S’il y a consensus sur ce constat, les narrations et les interprétations divergent au-delà.
Pour les États occidentaux et leur presse, les Syriens aspireraient à vivre à l’occidentale dans des démocraties de marché. Suivant les modèles tunisien, égyptien et libyen du « printemps arabe », ils se seraient soulevés pour renverser leur dictateur Bachar el-Assad. Celui-ci aurait réprimé les manifestations dans le sang. Alors que les Occidentaux auraient souhaité intervenir pour faire cesser le massacre, les Russes et les Chinois, par intérêt ou par mépris de la vie humaine, s’y seraient opposés.
Au contraire, pour tous les États qui ne sont pas vassalisés par les USA et pour leur presse, les États-Unis auraient lancé une opération contre la Syrie qu’ils planifiaient de longue date. D’abord par le truchement de leurs alliés régionaux, puis directement, ils auraient infiltré des bandes armées qui ont déstabilisé le pays, sur le modèle des Contras du Nicaragua. Cependant ceux-ci n’auraient trouvé qu’un très faible soutien intérieur et auraient été mis en déroute pendant que la Russie et la Chine aurait empêché l’OTAN d’anéantir l’armée syrienne et de renverser ainsi l’équation régionale.
Qui dit vrai ? Qui se trompe ?

Les groupes armés en Syrie ne défendent pas la démocratie, ils la combattent

En premier lieu, l’interprétation des événements syriens comme un épisode du « printemps arabe » est une illusion car ce « printemps » n’a pas de réalité. C’est un slogan publicitaire pour présenter positivement des faits hétéroclites. S’il y a bien eu une révolte populaire en Tunisie, au Yémen et au Bahrein, il n’y en a pas eue, ni en Égypte, ni en Libye. En Égypte, les manifestations de rue se sont limitées à la capitale et à une certaine bourgeoisie, jamais, absolument jamais, le peuple égyptien ne s’est senti concerné par le spectacle télégénique de la place Tahrir [1]. En Libye, il n’y a pas eu de révolte politique, mais un mouvement séparatiste de la Cyrénaïque contre le pouvoir de Tripoli, puis l’intervention militaire de l’OTAN qui a coûté la vie à environ 160 000 personnes.
La station libanaise NourTV a connu un vif succès en diffusant une série d’émissions d’Hassan Hamade et Georges Rahme intitulée « Le printemps arabe, de Lawrence d’Arabie à Bernard-Henri Lévy ». Les auteurs y développent l’idée que le « printemps arabe » est un remake de la « révolte arabe » de 1916-1918 orchestrée par les Britannique contre les Ottomans. Cette fois, les occidentaux ont manipulé les situations pour renverser une génération de leaders et imposer les Frères musulmans. De fait, le « printemps arabe » relève de la publicité mensongère. Désormais, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, et Gaza sont gouvernés par une confrérie qui d’un côté impose un ordre moral, et de l’autre soutient le sionisme et la capitalisme pseudo-libéral, c’est-à-dire les intérêts d’Israël et des Anglo-Saxons. L’illusion s’est dissipée. Certains auteurs, comme le Syrien Said Hilal Alcharifi raillent désormais le « printemps otanien ».
Deuxièmement, les dirigeants du Conseil national syrien (CNS) comme les commandants de l’Armée syrienne libre (ASL) ne sont aucunement des démocrates, au sens qu’ils seraient favorables à « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », suivant la formule d’Abraham Lincoln reprise dans la Constitution française.
Ainsi, le premier président du CNS fut l’universitaire parisien Burhan Ghalioun. Il n’était aucunement « un opposant syrien persécuté par le régime » puisqu’il venait et circulait librement dans son pays. Il n’était pas non plus un « intellectuel laïque » comme il le prétend, puisqu’il était le conseiller politique de l’Algérien Abbassi Madani, président du Front islamique du salut (FIS), aujourd’hui réfugié au Qatar.
Son successeur, Abdel Basset Syda [2], n’est entré en politique qu’au cours des derniers mois, et s’est immédiatement affirmé comme un simple exécutant des volontés états-uniennes. Dès son élection à la tête du CNS, il s’est engagé non pas à défendre la volonté de son peuple, mais à appliquer la « feuille de route » que Washington a rédigé pour la Syrie : The Day after.
Les combattants de l’Armée syrienne libre ne sont pas plus des militants de la démocratie. Ils reconnaissent l’autorité spirituelle du cheikh Adnan al-Arour, un prêcheur takfiriste, qui appelle à renverser et à tuer Bachar el-Assad non pour des motifs politiques, mais uniquement parce qu’il est de confession alaouite, c’est-à-dire hérétique à ses yeux. Tous les officiers identifiés de l’ASL sont sunnites et toutes les brigades de l’ASL portent des noms de figures historiques sunnites. Les « tribunaux révolutionnaires » de l’ASL condamnent à mort leurs opposants politiques (et pas seulement les partisans de Bachar el-Assad) et les mécréants qu’ils égorgent en public. Le programme de l’ASL est de mettre fin au régime laïque installé par le Baas, le PSNS et les communistes au profit d’un régime confessionnel sunnite pur.

Le conflit syrien a été prémédité par les Occidentaux

La volonté occidentale d’en finir avec la Syrie est connue et elle suffit largement à expliquer les événements actuels. Rappelons ici quelques faits qui ne laissent aucun doute sur la préméditation des événements [3].
La décision de faire la guerre à la Syrie a été prise par le président George W. Bush lors d’une réunion à Camp David, le 15 septembre 2001, juste après les attentats spectaculaires de New York et Washington. Il était prévu d’intervenir simultanément en Libye pour montrer la capacité d’action sur un double théâtre d’opération. Cette décision a été attestée par le témoignage du général Wesley Clark, ex-commandeur suprême de l’OTAN, qui y était opposé.

Dans la foulée de la chute de Bagdad, en 2003, le Congrès a adopté deux lois donnant instruction au président des États-Unis de préparer une guerre contre la Libye et une autre contre la Syrie (le Syria Accountability Act).
En 2004, Washington a accusé la Syrie de cacher sur son sol les armes de destruction massive que l’on ne parvenait pas à trouver en Irak. Cette accusation a fait long feu lorsqu’il a été admis que ces armes n’avaient jamais existé et n’étaient qu’un prétexte pour envahir l’Irak.
En 2005, après l’assassinat de Rafik Hariri, Washington a tenté d’entrer en guerre contre la Syrie, mais n’y est par parvenu car elle a retiré son armée du Liban. Les États-Unis ont alors suscité des faux témoignages pour accuser le président el-Assad d’avoir commandité l’attentat et ils ont créé un tribunal international d’exception pour le juger. Mais ils ont en définitive été contraints de retirer leurs fausses accusations après que leurs manipulations aient été mises à jour.
En 2006, les États-Unis ont commencé à préparer la « révolution syrienne » en créant le Syria Democracy Program. Il s’agissait de créer et de financer des groupes d’opposition pro-occidentale (comme le Mouvement pour la Justice et le Développement). Au financement officiel du département d’État s’est ajouté un financement secret de la CIA via une association californienne, le Democracy Council.
Toujours en 2006, les États-Unis ont sous-traité à Israël une guerre contre le Liban, dans l’espoir d’y impliquer la Syrie et de pouvoir intervenir. Mais la rapide victoire du Hezbollah a fait échouer ce plan.
En 2007, Israël a attaqué la Syrie, bombardant une installation militaire (Opération Orchard). Mais là encore, Damas a gardé son sang-froid et ne s’est pas laissé entraîner dans la guerre. Des vérifications ultérieures de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont montré qu’il ne s’agissait pas d’un site nucléaire, contrairement à ce qui avait été affirmé par les Israéliens.
En 2008, lors de la réunion que l’OTAN organise annuellement sous le titre Groupe de Bilderberg, la directrice de l’Arab Reform Initiative, Bassma Kodmani, et le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, Volker Perthes, exposèrent brièvement au Gotha américano-européen les avantages économiques, politiques et militaires d’une possible intervention de l’Alliance en Syrie.
En 2009, la CIA a mis en place des outils de propagande à destination de la Syrie comme la chaîne BaradaTV, basée à Londres, et OrientTV basée à Dubai.
À ces éléments historiques, ajoutons qu’une réunion s’est tenue au Caire, la seconde semaine de février 2011, autour de John McCain, Joe Lieberman et Bernard-Henry Lévy, des personnalités libyennes comme Mahmoud Jibril (alors numéro 2 du gouvernement de la Jamahiriya) et des personnalités syriennes comme Malik al-Abdeh et Ammar Qurabi. C’est cette réunion qui donna le signal des opérations secrètes qui débutèrent à la fois en Libye et en Syrie (le 15 février à Benghazi et le 17 à Damas).
En janvier 2012, les départements US d’État et de la Défense constituèrent le groupe de travail The Day After. Supporting a democratic transition in Syria qui rédigea à la fois une nouvelle constitution pour la Syrie et un programme de gouvernement [4].
En mai 2012, l’OTAN et le CCG mirent en place le Working Group on Economic Recovery and Development of the Friends of the Syrian People, sous co-présidence allemande et émiratie. L’économiste syro-britannique Ossam el-Kadi y élabora un partage des richesses syriennes entre les États membres de la coalition, à appliquer le « jour d’après » (c’est-à-dire après le renversement du régime par l’OTAN et le CCG) [5].

Révolutionnaires ou contre-révolutionnaires ?

Les groupes armés ne sont pas issus des manifestations pacifiques de février 2011. Ces manifestations dénonçaient en effet la corruption et réclamaient plus de libertés, tandis que les groupes armés —nous l’avons vu plus haut— ressortent de l’islamisme.
Au cours des dernières années, une terrible crise économique a frappé les campagnes. Elle était due aux mauvaises récoltes, qui ont été à tort appréhendées comme des malheurs passagers alors qu’elles étaient la conséquences de changements climatiques durables. À cela se sont ajoutées des erreurs dans la mise en œuvre de réformes économiques qui ont désorganisé le secteur primaire. Il s’en est suivi un fort exode rural auquel le gouvernement a su faire face, et une dérive sectaire de certains paysans que le pouvoir a négligé. Dans de nombreuses régions, l’habitat rural n’était pas concentré en villages, mais dispersé sous forme de fermes isolées, personne n’a mesuré l’ampleur du phénomène jusqu’à ce que ses adeptes se regroupent.
En définitive, alors que la société syrienne incarne le paradigme de la tolérance religieuse, un courant takfiriste s’est développé en son sein. Il a fourni la base des groupes armés. Ceux-ci ont été richement financés par les monarchies wahhabites (Arabie saoudite, Qatar, Sharjah) [6].
Cette manne a suscité le ralliement de nouveaux combattants parmi lesquels on trouve des parents de victimes de la répression massive du sanglant coup d’État manqué des Frères musulmans, en 1982. Leur mobile est souvent moins idéologique que personnel. Il ressort de la vendetta.
De nombreux voyous et repris de justice appâtés par l’argent facile se sont ajoutés : un « révolutionnaire » est payé 7 fois le salaire moyen.
Enfin, des professionnels ayant combattu en Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie ou Irak ont commencé à affluer. Au premier rangs desquels les hommes d’Al Qaida en Libye, conduits par Abdelhakim Belhaj en personne [7]. Les médias les présentent comme des jihadistes, ce qui est inapproprié, l’islam ne concevant pas de guerre sainte contre des coreligionnaires. Ce sont avant tout des mercenaires.
La presse occidentale et du Golfe insiste sur la présence de déserteurs dans l’ASL. C’est certain, mais il est par contre faux qu’ils aient fait défection après avoir refusé de réprimer des manifestations politiques. Les déserteurs en question rentrent presque toujours dans les cas que nous avons précédemment cités. Au demeurant, une armée de 300 000 hommes a forcément parmi elle ses fanatiques religieux et ses voyous.
Les groupes armés utilisent un drapeau syrien à bande verte (au lieu de la bande rouge) et à trois étoiles (au lieu de deux). La presse occidentale le qualifie de « drapeau de l’indépendance », car il était en vigueur au moment de l’indépendance du pays, en 1946. En réalité, il s’agit du drapeau du mandat français qui resta en vigueur lors de l’indépendance formelle du pays (1932 à 1958). Les trois étoiles représentent les trois districts confessionnels du colonialisme (alaouite, druze et chrétien). Utiliser ce drapeau, ce n’est certainement pas brandir un symbole révolutionnaire. Au contraire, c’est affirmer vouloir prolonger le projet colonial, celui de l’Accord Sykes-Picot de 1916 et du remodelage du « Moyen-Orient élargi ».
Au cours des 18 mois d’action armée, ces groupes armés se sont structurés et plus ou moins coordonnés. En l’état actuel,la grande majorité sont passés sous commandement turc, sous le label Armée syrienne libre. De fait, ils sont devenus des supplétifs de l’OTAN, le quartier général de l’ASL étant même installé sur la base aérienne de l’OTAN à Incirlik. Les islamistes les plus durs ont formé leurs propres organisations ou ont rejoint al-Qaida. Ils sont sous le contrôle du Qatar ou de la branche sudeiri de la famille royale saoudienne [8]. De facto, ils sont rattachés à la CIA.
Cette constitution progressive, qui part de paysans pauvres pour se terminer avec un afflux de mercenaires, est identique à ce que l’on a connu au Nicaragua lorsque la CIA organisa les Contras pour renverser les sandinistes, ou que l’on avait connu à Cuba lorsque la CIA organisa le débarquement de la Baie des cochons pour renverser les castristes. Précisément, c’est de ce modèle que les groupes armés syriens se revendiquent aujourd’hui : en mai 2012, les Contras cubains ont organisé à Miami des séminaires de formation à la guérilla contre-révolutionnaire pour leurs homologues syriens [9].
Les méthodes de la CIA sont partout les mêmes. Ainsi les Contras syriens ont concentré leur action militaire d’une part sur la création de bases fixes (mais aucune n’a tenu, même pas l’Émirat islamique de Baba Amr), puis sur le sabotage de l’économie (destruction des infrastructures et incendie des grandes usines), enfin sur le terrorisme (déraillement de trains de passagers, attentats à la voiture piégée dans des sites fréquentés, assassinat de leaders religieux, politiques et militaires).
Par conséquent, la partie de la population syrienne qui pouvait avoir de la sympathie pour les groupes armés au début des événements, pensant qu’ils représentaient une alternative au régime actuel, s’en sont progressivement désolidarisés.
Sans surprise, la bataille de Damas a consisté à faire converger vers la capitale les 7 000 combattants dispersés dans le pays et des armées de mercenaires en attente dans les pays limitrophes. Des dizaines de milliers de Contras ont tenté de pénétrer le pays. Ils se sont déplacés simultanément en nombreuses colonnes de pick-up, préférant traverser les déserts que prendre les autoroutes. Une partie d’entre eux a été stoppée par des bombardements aériens et a du rebrousser chemin. D’autres après s’être emparés de postes-frontière sont parvenus à la capitale. Il n’y ont pas trouvé le soutien populaire escompté. Au contraire, ce sont les habitants qui ont guidé les soldats de l’Armée nationale pour les identifier et les déloger. Au final, ils ont été contraints de battre en retraite et ont annoncé qu’à défaut de prendre Damas, ils prendraient Alep. Au demeurant, cela montre qu’ils ne sont ni des Damascènes en révolte, ni des Alepains, mais des combattants itinérants.

Infiltration de Contras via le désert près de Dera


L’impopularité des groupes armés doit être comparée avec la popularité de l’Armée régulière et des milices d’auto-défense. L’Armée nationale syrienne est une armée de conscription, c’est donc une armée populaire, et il est impensable qu’elle puisse servir à une répression politique. Depuis peu, le gouvernement a autorisé la constitution de milices de quartiers. Il a distribué des armes aux citoyens qui se sont engagés à consacrer chaque jour 2h de leur temps pour défendre leur quartier, sous encadrement militaire.

Des vessies pour des lanternes

En son temps, le président Reagan rencontra quelques difficultés pour présenter ses Contras comme des « révolutionnaires ». Il créa pour cela une structure de propagande, le Bureau de la diplomatie publique, dont il confia la direction à Otto Reich [10]. Celui-ci corrompit des journalistes dans la plupart des grands médias US et ouest-européens pour intoxiquer le public. Il lança entre autres une rumeur selon laquelle les sandinistes disposaient d’armes chimiques et risquaient de les utiliser contre leur propre peuple. Aujourd’hui la propagande est dirigée depuis la Maison-Blanche par le conseiller de sécurité nationale adjoint chargé des communications stratégiques, Ben Rhodes. Il applique les bonnes vieilles méthodes et a ressorti contre le président el-Assad la rumeur des armes chimiques.
En collaboration avec le MI6 britannique, Rhodes a réussi a imposer comme principale source d’information des agences de presse occidentales une structure fantôme : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les médias n’ont jamais questionné la crédibilité de cette signature, alors même que ses affirmations ont été démenties par les observateurs de la Ligue arabe et par ceux des Nations Unies. Mieux, cette structure fantôme, qui n’a ni locaux, ni personnel, ni expertise, est également devenue la source d’information des chancelleries européennes depuis que la Maison-Blanche les a convaincues de retirer leur personnel diplomatique de Syrie.

En attendant le direct, le correspondant d’Al-Jazeera Khaled Abou Saleh téléphone à sa rédaction. Il prétend que Baba Amr est bombardé et organise les bruitages. M. Abou Saleh était invité d’honneur de François Hollande à la 3e Conférence des Amis de la Syrie.
Ben Rhodes a également organisé des spectacles pour journalistes en mal d’émotions. Deux tours operators ont été mis sur pied, l’un au cabinet du Premier ministre turc Erdogan et le second au cabinet de l’ex-Premier ministre libanais Fouad Siniora. Les journalistes qui le souhaitaient étaient invités à entrer illégalement avec des passeurs en Syrie. On offrait durant des mois un voyage depuis la frontière turque dans un village témoin situé en montagne. On pouvait y réaliser des séances photos avec des « révolutionnaires » et « partager le quotidien des combattants ». Puis, pour les plus sportifs, on pouvait depuis la frontière libanaise aller visiter l’Émirat islamique de Baba Amr.
Fort étrangement, nombre de journalistes ont observé eux-mêmes d’énormes falsifications, mais ils n’en ont tiré aucune conclusion. Ainsi, un célèbre reporter-photographe a filmé les « révolutionnaires » de Baba Amr brûler des pneus pour dégager de la fumée noire et faire accroire à un bombardement du quartier. Il a diffusé ces images sur Channel4 [11], mais a continué à affirmer qu’il avait été témoin du bombardement de Baba Amr relaté par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme.

Ou encore, le New York Times a relevé que des photos et vidéos transmises par le service de presse de l’Armée syrienne libre et montrant de valeureux combattants étaient des mises en scène [12]. Les armes de guerre étaient en réalité des répliques, des jouets pour enfants. Le quotidien a néanmoins continué à croire en l’existence d’une armée de déserteurs de près de 100 000 hommes.

Lecture d’une déclaration de l’Armée syrienne libre. Les fiers « déserteurs » sont des figurants qui portent des armes factices.

Selon un schéma classique, les journalistes préfèrent mentir que reconnaître qu’ils se sont fait manipuler. Une fois bernés, ils participent donc consciemment au développement du mensonge qu’ils ont découvert. Reste à savoir si vous, lecteurs de cet article, préférerez aussi fermer les yeux ou si vous déciderez de soutenir le peuple syrien contre l’agression des Contras.
Réseau Voltaire
       

Ils nous refont le coup des armes de destruction massive ! cette fois en Syrie....L’Arabie saoudite et le Qatar se sentent menacés par les armes chimiques.

...Mais on peut aisément comprendre l’acharnement des monarchies du Golfe persique: une probable victoire militaire du régime syrien et ses alliés va se traduire par une déstabilisation de ces marionnettes. D’où la panique de ces émirs...

L’Arabie saoudite et le Qatar se sentent menacés par les armes chimiques et nucléaires syriennes et iraniennes, mais ne pipent pas un mot sur l’arsenal d’ADM dont dispose l’entité sioniste: " Israël "et le Pakistan!
Déçus par le double veto russe et chinois, les deux monarchies wahhabites du Golfe persique, des dictatures protégées par l’Occident démocratiques, vont proposer à l’Assemblée générale de l’ONU une résolution faisant référence à la menace chimique brandie par Damas. Rien de moins !
Ce projet de résolution sera soumis dans les prochains jours et pourrait être voté « probablement au début de la semaine prochaine », a précisé Abdallah al-Mouallimi, l’ambassadeur saoudien à l’Onu, à un groupe de journalistes. Cette « initiative » de l’Arabie saoudite – qui soutient l’opposition syrienne comme d’autres pays du Golfe persique– fait suite au dernier échec au Conseil de sécurité d’une résolution occidentale menaçant Damas de sanctions et qui a été bloquée par un veto russo-chinois.
Interrogé pour savoir si le texte saoudien, soutenu par le Qatar et soufflé par les mal nommés « Amis du Peuple syrien », mentionnerait la prétendue menace brandie par le régime syrien d’utiliser ses armes chimiques, en cas d’ d’agression étrangère, l’ambassadeur a répondu qu’il « ferait référence à toutes les questions significatives dans la situation syrienne ». Selon d’autres diplomates à l’ONU, la résolution pourrait demander aux 193 pays membres d’appliquer les mêmes sanctions économiques que celles décidées contre la Syrie par la Ligue arabe. Ces mêmes diplomates prévoient qu’en ce cas la Russie et la Chine voteront contre le texte. La résolution pourrait aussi exiger un accès humanitaire libre aux régions de Syrie où les combats font rage, ont-ils ajouté.
Les résolutions de l’Assemblée ne sont pas contraignantes comme celles du Conseil, mais elles sont adoptées à la majorité sans possibilité de veto. « Les pays arabes sont frustrés par le manque d’action internationale sur la Syrie, en particulier par les vetos de la Russie et de la Chine », a commenté un diplomate.
L’objectif recherché par les monarchies du Golfe persique et leurs protecteurs en saisissant une assemblée générale de l’Onu qui n’a aucun pouvoir est, on l’aura compris, purement médiatique. Après avoir échoué sur le plan diplomatique et militaire, il s’agit maintenant de donner l’illusion à une opposition armée et hétéroclite sur la défensive et en voie d’être battue, que le « combat continue…mais à l’ONU et sur les chaines satellitaires arabes. Ce n’est pas la première fois que l’AG de l’Onu est saisie de la question syrienne, sans résultat. Mais on peut aisément comprendre l’acharnement des monarchies du Golfe persique: une probable victoire militaire du régime syrien et ses alliés va se traduire par une déstabilisation de ces marionnettes. D’où la panique de ces émirs que le casse-tête syrien est en train de leur gâcher leurs vacances sur la Côte d’Azur, en Suisse, au Maroc et aux Etats-Unis, le Liban, trop dangereux, leur étant désormais interdit.
Source : Media libre

jeudi 26 juillet 2012

USA : Élections US-américaines : Bayer sponsorise les Républicains...Le noble idéal de la Constitution des USA - « un homme, une voix » - a fait désormais place au méprisable principe « Un dollar, une voix »...

...« les lobbyistes et des gros bailleurs de fonds tiennent la politique américaine à la gorge, ce qui bloque tout progrès en faveur des consommateurs et de l’environnement. Le bien public est oublié. Le noble idéal de la Constitution des USA - « un homme, une voix » - a fait désormais place au méprisable principe « Un dollar, une voix ». La CBG réclame l’interdiction des dons faits par des entreprises à des partis, politiciens et «think tanks ».
La firme Bayer est l’un des principaux sponsors étrangers aux élections US-américaines. En ce moment Bayer se bat, comme par le passé, aux côtés des Républicains. Ses dons - 261 000 dollars - font de cette entreprise le premier donateur allemand des Républicains, suivi par Deutsche Telekom avec 193.500 dollars et BASF avec 128.000. Mais Bayer ne met pas tous ses œufs dans le même panier : elle verse 119 000 dollars aux Démocrates.
Il en allait de même il y a 4 ans, Bayer ayant versé 152 000 dollars aux Républicains contre 115 000 aux Démocrates. À l’époque Bush, 79% du budget électoral de la multinationale étaient allés aux Républicains.
Selon Philipp Mimkes de la Coordination contre les méfaits de BAYER (CBG), « les lobbyistes et des gros bailleurs de fonds tiennent la politique américaine à la gorge, ce qui bloque tout progrès en faveur des consommateurs et de l’environnement. Le bien public est oublié. Le noble idéal de la Constitution des USA - « un homme, une voix » - a fait désormais place au méprisable principe « Un dollar, une voix ». La CBG réclame l’interdiction des dons faits par des entreprises à des partis, politiciens et «think tanks ».
Aux élections de mi-mandat en 2010 Bayer, BASF et Eon, le géant allemand de l’énergie, avaient ciblé des candidats qui nient le changement climatique ou bloquent les lois garantissant une protection efficace du climat. BAYER fait également partie des sponsors de l’ « Institut Heartland », qui nie le changement climatique et a contribué à l’ascension du très réactionnaire « Tea Party ». Cet institut démarche les industriels pour obtenir des subsides dont il se sert pour financer notamment des blogs et organisations qui, sous une apparence de neutralité, répandent des doutes sur la réalité du changement climatique.
Aux USA il est certes interdit d‘effectuer un don direct à un parti ou à un candidat. Mais a fondation de « comités d’action politique » (PACs) est en revanche autorisée; ceux-ci quêtent en faveur des candidats auprès de hauts responsables d' entreprises et de partenaires commerciaux.
Source : Tlaxcala
Original: US-Wahlkampf: BAYER spendet an Republikaner

mardi 24 juillet 2012

Observer la Syrie et se souvenir du Nicaragua (Liberation News)....les Etats-Unis ne soutiennent jamais les véritables révolutions mais les attaquent violemment...

L’histoire démontre que les Etats-Unis ne soutiennent jamais les véritables révolutions mais les attaquent violemment.
Le 18 juillet, une énorme explosion a tué ou gravement blessé plusieurs hauts officiels de la sécurité syrienne. Tandis que « l’Armée Syrienne Libre » revendiquait l’attentat à Damas, l’opération hautement sophistiquée portait la marque non pas d’une opération organisée par un groupe paramilitaire crée récemment, mais celle de la CIA ou du Mossad.
L’attentat fut salué par le Secrétaire à la Défense US Leon Panetta comme le signe d’un « véritable élan » pour l’opposition soutenue par l’occident. Le New York Times, dans un article daté du 19 juillet en première page, exaltait les auteurs de l’attentat pour le « perfectionnement » de leur technique. La Maison Blanche et le Département d’Etat ont aussi exprimé une satisfaction à peine voilée.
Il serait impossible d’imaginer de tels propos dans la bouche des responsables politiques de Washington et New York et leurs propagandistes des grands médias devant un véritable mouvement progressiste ou révolutionnaire.
Le 19 juillet était aussi le 33ème anniversaire de la victoire d’une véritable révolution, celle dirigée par le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) au Nicaragua .
A l’époque, il n’y a eu aucun louange adressé au FSLN, ni dans les couloirs du Congrès ni dans les médias capitalistes. L’administration Carter fit tout son possible pour empêcher le FSLN de prendre le pouvoir contre le régime brutal et totalement corrompu d’Anastasio Somoza qui avait régné pendant plus de quarante ans. La fin de la dictature Somoziste ne fut obtenue que grâce à l’esprit combattif, l’organisation et le sacrifice des Sandinistes.
Les prouesses héroïques des combattants sandinistes contre la Garde Nationale de Somoza, créée et armée par les Etats-Unis, ne furent jamais exaltées dans les grands médias. Aucun article ne fut publié pour saluer comment les jeunes combattants du FSLN « perfectionnaient » leur technique à tel point qu’ils furent capables, pratiquement sans aucune aide de l’extérieur, de battre une Garde Nationale beaucoup mieux armée.
Au contraire, s’il y avait des divergences d’ordre tactique au sein des cercles dirigeants – reflétées dans différents journaux, télévisions et radios concurrents – le consensus sur les objectifs était total et ce dès le début : il fallait détruire la révolution sandiniste.
Le 10 juillet 1979, un article du New York Times a ouvertement qualifié le rôle des Etats-Unis comme « arbitre décisif de l’avenir politique du Nicaragua ». L’article ajoutait que l’administration Carter, « a fait savoir que la démission du Général Somoza ne prendrait effet que lorsque les Etats-Unis seront satisfaits de la composition et du programme politique du régime qui succédera... Les Etats-Unis ont convaincu Somoza de retarder son départ jusqu’à ce qu’il ait, selon les termes d’un officiel US, « neutralisé » les éléments radicaux de l’opposition. »
Au mois de juillet 1979, le nombre de morts s’élevait à un peu moins de 50.000 - la plupart des civils victimes de la Garde Nationale - dans un pays de moins de 2.5 millions d’habitants. La majorité du pays était en ruines. Mais l’administration Carter n’a eu aucun scrupule à prolonger les combats, et ajouter encore plus de morts à un bilan déjà épouvantable, afin d’atteindre ses objectifs : maintenir la domination des Etats-Unis en Amérique centrale.
Lorsque le nouveau gouvernement du FSLN refusa de courber l’échine devant les diktats de Washington, le peuple du Nicaragua fut soumis pendant dix ans à une punition extrême. Les Etats-Unis ont autorisé Somoza à vider les caisses d’un pays dévasté lorsqu’ils lui accordèrent l’asile.
Des sanctions économiques sévères furent imposées au Nicaragua, un des pays les plus pauvres du continent. Le port principal du pays fit miné par la marine US et un embargo total imposé en 1985.
La CIA créa, finança et arma une armée paramilitaire sanglante de contre-révolutionnaires connue sous le nom de la Contra. Plus de 50.000 Nicaraguayens ont été tués dans les années qui ont suivi. La tactique employée par les Contras était le meurtre, le viol, la torture et la destruction. Ils tuaient des médecins, des infirmières, des enseignants ; ils incendiaient les cliniques, les écoles, les coopératives. Leurs dirigeants étaient de voyous choyés par le Congrès et les Présidents américains.
Aujourd’hui, la CIA coordonne l’armement et de nombreuses opérations de « L’Armée Syrienne Libre », et décide quelles sont les forces qui doivent recevoir des armes (New York Times, 21 juin 2012). Les services de renseignement US ainsi que ceux des pays ex-colonisateurs du Moyen-Orient, la Grande-Bretagne et la France, avec les Israéliens, font sans doute beaucoup plus.
Le Conseil National Syrien, un groupe composé principalement d’opposants de longue date et généralement inconnus, sont traités par les Etats-Unis et ses alliés comme le futur gouvernement légitime.
Les dirigeants US appuient totalement la révolte ALS/CNS en Syrie pour la même raison qu’ils se sont opposés à la révolution sandiniste et ont soutenu les Contras au Nicaragua. Ils sont confiants que la victoire de l’opposition syrienne sera aussi leur victoire, et un pas de plus vers une domination totale des Etats-Unis au Moyen-Orient.
Richard Becker
http://www.pslweb.org/liberationnews/news/watching-syria-rem...
Traduction « l’ennemi de mon ennemi n’est pas forcément mon ami, mais l’ami de mon ennemi est généralement mon ennemi. Je répète... » par VD pour le Grand Soir avec probablement le fautes et coquilles habituelles
URL de cet article 17279 http://www.legrandsoir.info/observer-la-syrie-et-se-souvenir-du-nicaragua-liberation-news.html

La géopolitique américaine, de l’endiguement du communisme au confinement de l’islamisme

Hasard de l’histoire ou non, l’effondrement du communisme, du moins en Europe, coïncida avec la montée de l’islamisme....Le Royaume Saoudien et le Qatar sont à l’heure actuelle les propagandistes les plus zélés de l’islamisme, les plus généreux aussi. 

Jusqu’à l’effondrement du mur de Berlin et l’éclatement de l’empire soviétique, la géopolitique de la républicaine américaine s’articulait, pour l’essentiel, autour de l’endiguement du communisme. Le terme est dû à l’historien, politologue et diplomate américain George F. Kennan qui publia en 1947 un article dans Foreign Affairs soutenant que « le principal élément de toute politique des États-Unis vis-à-vis de l’URSS doit être un endiguement des tendances expansives de la Russie, à long terme, avec patience, mais fermeté et vigilance ». L’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan au début des années quatre-vingt changea la donne.

A l’endiguement, les USA ajoutèrent le harcèlement et la diatribe : guerre des étoiles et discours messianique sur l’empire du mal. Le but de la guerre des étoiles était d’entraîner l’URSS dans une course poursuite technologique et économique que l’on savait incapable de soutenir afin de précipiter son implosion de l’intérieur. Parallèlement, le discours américain est devenu sectaire et manichéen, le bien étant les USA et le monde libre, le mal l’URSS et ses satellites. C’est en raison de cette vision que les néoconservateurs américains, Georges W. Bush en tête, ont considéré que le mal n’a pas disparu avec l’effondrement du bloc soviétique. Pour eux, le mal réside dans tout « ennemi » des USA et de la démocratie dans le monde. Or les USA comptaient alors plusieurs dictatures de droite parmi leurs amis et protégés. Les néoconservateurs firent alors valoir avec une extraordinaire mauvaise foi que les dictatures de droite, contrairement à celle de gauche, sont capables de s’auto réformer au point de se muer en démocraties libérales.
Hasard de l’histoire ou non, l’effondrement du communisme, du moins en Europe, coïncida avec la montée de l’islamisme. Contrairement à certaines idées reçues, les USA se sont bel et bien préoccupés du phénomène avant le 11 Septembre 2011. En effet, le vivrier classique dans lequel la politique étrangère américaine puise ses conceptions de base, c’est-à-dire le milieu universitaire, avait balisé le terrain bien avant le 11 Septembre.
Par tradition, la politique étrangère américaine fait l’objet de débats académiques poussés entre universitaires et chercheurs (les très influents conseillers pour la sécurité nationale et Secrétaires d’État Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Condoleezza Rice par exemple appartenaient à ce sérail). La question islamiste n’échappa pas à la règle. Deux écoles s’affrontèrent. La première dite des « confrontationalist » considéra que les USA n’ont d’autre choix que la confrontation directe avec les islamistes puisque ceux-ci constituent, de leur point de vue, un facteur de déstabilisation et une source de danger pour les intérêts américains. L’école considéra que la distinction entre islamistes radicaux et modérés est factice dans la mesure où les deux poursuivent un même objectif : l’établissement d’un État théocratique. La seconde école de pensée dite des « accomodationists » établit, au contraire, une distinction entre islamistes modérés et islamistes radicaux. Pour elle, l’islamisme constitue une force politique avec laquelle les USA doivent compter. Il faut donc discuter avec les plus modérés d’entre eux, d’autant que ceux-ci ne manifestent aucune hostilité à l’égard des USA. C’est cette école de pensée qui semble inspirer davantage la politique étrangère américaine à l’heure actuelle.
Pour les USA, il y a néanmoins islamisme et islamisme. Le chiisme fût considéré tout de suite comme l’ennemi mortel. Hormis les attentats commis au Liban, on ne connaît pourtant pas d’attentats attribués à la mouvance chiite sur le sol américain ou ailleurs. Il faut donc croire que c’est la position ferme des chiites vis-à-vis d’Israël qui constitue l’explication de leur défiance. De fait, la politique américaine vis-à-vis de l’islamisme a été construite sur l’idée que le sunnisme est un moindre mal et que dans la mesure où l’arrivée au pouvoir des islamistes modérés dans plusieurs pays était pour ainsi dire inscrite dans l’ordre naturel des choses (ce qui reste à démontrer), les USA avaient intérêt à établir les bases d’un dialogue avec eux. Dans cette concordance, il y a évidemment le dit et le non dit, le clair et l’obscure.

Les concordances et les ambiguïtés

A l’instar de tous les partis politiques d’essence religieuse, les partis islamistes sont des libéraux au sens économique du mot. Quand on connaît l’aversion maladive des américains à l’égard de l’étatisme et du socialisme, le fait que les islamistes soient des libéraux de stricte observance, économiquement parlant, constitue pour eux un réel motif d’entente. Le second point de concordance est corollaire du premier. Le communautarisme, consubstantiel de l’organisation sociale et politique américaine dès l’origine, constitue une valeur partagée entre les USA et les islamistes. Les uns et les autres consacrent la primauté de la communauté sur la Nation. Les uns et les autres entendent réduire le rôle de l’État à ses fonctions exclusivement régaliennes et lui dénient tout interventionnisme et toute fonction de régulation.
Voyons maintenant l’étendue des ambiguïtés. L’un des axes majeurs de la politique des États-Unis au Proche-Orient est l’alliance stratégique avec Israël. Il est évidemment absurde d’expliquer la solidité de cette alliance par la seule influence de la communauté juive américaine et du lobby pro israélien à Washington. Quel que soit le dynamisme de ces groupes de pression, cela n’aurait pas pesé lourd devant les intérêts vitaux de la république américaine. Les choses étant ce qu’elles sont, l’État hébreux est apparu aux yeux des USA comme un allié fiable et relativement docile. Après tout, Israël est un État isolé au Moyen-Orient. Il a donc besoin lui-même d’un allié surpuissant et protecteur. Les États-Unis se sont offerts de jouer ce rôle à charge pour Israël de jouer le rôle du gendarme régional en leur faveur. Or aucun islamisme sunnite non jihadiste, hormis le Hamas et pour cause, ne remet plus ouvertement en cause l’existence de l’État hébreux. Ce n’est évidemment pas le cas de l’islamisme chiite.
Le second point concerne évidemment le pétrole. Pour les USA, qui tient le pétrole tient l’économie mondiale. Premier consommateur et premier importateur de pétrole dans le monde, les États-Unis ont toujours exercé le premier rôle dans le développement et l’orientation de l’industrie pétrolière. Cela vaut pour le Moyen-Orient en général, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe plus particulièrement. Or, depuis 1986, les réserves pétrolières des États-Unis ont commencé à chuter, de sorte que la part des importations en pétrole dans la consommation intérieure américaine a dépassé la part de la production nationale. Dans la mesure où les États-Unis entendent préserver leurs propres réserves en pétrole, il leur fallait « pomper » plus et le moins cher possible ailleurs. Cette stratégie devait conduire les USA à exercer un contrôle encore plus strict sur les zones de production, les chemins maritimes et terrestres d’acheminement et les prix. Pour cela, la diplomatie ne suffit plus. La présence militaire s’imposait.
Le Moyen-Orient occupe le centre de la géopolitique américaine du pétrole. Conscients que le nationalisme arabe n’est plus en mesure de les contrecarrer comme par le passé, se rendant compte que seul l’islamisme est capable de leur nuire, les USA ont jugé qu’il leur fallait se montrer plus accommodant avec une idéologie somme toute dominée, alimentée et soutenue par l’argent du pétrole. Très curieusement, mais est-ce véritablement le cas, l’islamisme présente la particularité d’avoir été favorisé par la politique américaine au Proche-Orient tout en bénéficiant de son soutien actif ou discret. Or remarquera, là aussi, que hormis quelques groupuscules, l’immense majorité des islamistes sunnites s’accommode d’une présence militaire américaine qui n’a pour but que la protection des gisements du pétrole et la pérennisation de ses rentiers de l’Arabie et du Golfe.

Les bras séculiers de l’islamisme sunnite et la géopolitique américaine

Le Royaume Saoudien et le Qatar sont à l’heure actuelle les propagandistes les plus zélés de l’islamisme, les plus généreux aussi. A bien y réfléchir, cela constitue une anomalie au regard de leur poids démographique et de leur rayonnement culturel et intellectuel.. L’explication de leur islamisme militant se trouve donc ailleurs.
Les États-Unis d’Amérique ont été le premier pays à avoir reconnu le pouvoir de Cheikh Hamad Al-Thani, actuel émir du Qatar, et à cautionner sa révolution de palais. Peut importe les déclamations du Qatar quant à son indépendance politique et diplomatique, ce qui ne supporte pas de contestation est le fait qu’un accord mutuel de défense lie les deux pays et que le Qatar abrite à l’heure actuelle le plus grand dépôt d’armes américaines hors du sol des USA. Au dehors, la politique extérieure du Qatar ne semble pas systématiquement alignée sur la politique américaine. Le Qatar entretient, par exemple, d’excellentes relations avec « le diable » iranien pour des raisons qui tiennent à l’exploitation de la poche de gaz du North Dome, une poche souterraine qui s’étend justement jusqu’à la frontière iranienne. Mais au-dedans, le Qatar épouse parfaitement les positions américaines en ce qui concerne le processus de paix au Moyen-Orient et la géopolitique américaine du pétrole notamment. Reste la question d’Al-Jazira et le sens caché de ses messages subliminaux.
Hormis le téléspectateur arabe, mal informé et ignorant des arcanes et des subtilités de la politique étrangère mondiale, plus personne de sérieux ne se méprend sur l’orientation réelle d’Al Jazira ou sur son instrumentation par le Qatar. Cela ne remet évidemment pas en cause l’indépendance ou le professionnalisme de ses journalistes. Il se trouve tout simplement que les Al Thani nourrissent une ambition politique et diplomatique que d’aucuns estiment mégalomaniaque. Pour ce faire, l’argent et la protection américaine ne suffissent pas. La création d’un bras armé médiatique s’imposait. Al-Jazira est ce bras. Certes, la station a grandement servi la cause de la démocratie dans le monde arabe et a permis une ouverture d’esprit des arabes vers l’extérieur, mais sa fonction première est de servir de podium et de vitrine médiatique au Qatar. Or le Qatar est coincé entre deux puissances régionales antagonistes à tous les points de vue, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Il lui faut donc se ménager les bonnes grâces de Washington tout en se montrant « indépendant » pour recueillir les bonnes grâces du téléspectateur arabe. L’intelligence et la subtilité des Al Thani ont fait le reste. C’est ce que les américains ont fini par comprendre et cautionner. En somme, le Qatar représente pour les américains le chaînon manquant.
Les relations américano saoudiennes sont d’une toute autre nature. Le Royaume Saoudite est pour ainsi dire né dans le giron des américains et des sociétés pétrolières américaines. Onze ans seulement après l’édification du royaume dans ses frontières actuelles, le Roi [] Abdelaziz ben Abderrahmane Al-Saoud se réunissait avec le Président américain Roosevelt à bord du croiseur Quincy, d’ou le pacte du même nom (14 Février 1945). Ce pacte spécifie que la stabilité et la protection de l’Arabie saoudite font partie des “intérêts vitaux” des États-Unis, à charge pour le Royaume de garantir l’accès des américains à ses champs pétrolifères. Le pacte pétrole contre protection tint en dépit de quelques ratés : la création de l’État d’Israël, la crise pétrolière de 1973, la politique panarabe du Roi Fayçal auquel on ne rendra jamais assez l’hommage qu’il mérite.
La seconde guerre américaine contre l’Irak ébrécha l’édifice. A cette occasion, l’Arabie Saoudite refusa de servir de base terrestre à l’invasion de l’Irak, ce qui contraignit les États-Unis à s’installer au Qatar. Mais l’édifice ne se fissura très sérieusement que le 11 Septembre 2001. L’implication de certains ressortissants saoudiens dans les attentats installa de la méfiance et conduit certains dirigeants américains à présenter l’Arabie Saoudite comme un ennemi et non plus comme un allié (Rapport de L. Murawiec, expert de la Rand, devant le Pentagone, préconisant un tel changement de stratégie et Rapport devant le congrès sur la faillite des systèmes de renseignement américains).
En fait, les USA prirent conscience que l’islamisme propagé et encouragé par les Saoudiens pourrait, à la longue, être dangereux pour les intérêts américains. En effet, l’Arabie Saoudite mène une action politique, culturelle, diplomatique et caritative en faveur du “wahhabisme”, ce qui revient à encourager les courants salafistes. Or le salafisme recouvre deux réalités. Il y a d’une part un salafisme jihadiste comme Al-Qaïda, d’autre part un salafisme « soft », à la saoudienne, un salafisme qui accepte la royauté à défaut du khalifat et qui ne remet pas en cause la position américaine au Moyen-Orient, du moins pas ouvertement. Les deux se rejoignent cependant pour réclamer l’application stricte de la charia et pour honnir le régime républicain. Les deux ne diffèrent donc pas sur l’objectif à atteindre, seulement sur les moyens pour y parvenir.

Conclusion

A défaut de s’entendre avec l’islamisme salafite non jihadiste, les États-Unis laissent l’Arabie Saoudite le financer pour mieux le contrôler. Après tout, ni la mainmise américaine sur le pétrole arabe, ni l’existence et la sécurité d’Israël ne sont frontalement mis en cause par l’islamisme sunnite non jihadiste. Sur ce point, il existe une concordance tacite entre la république américaine et des pays comme le Qatar et l’Arabie Saoudite. En fermant les yeux sur le non respect des droits de l’homme dans les pays où le salafisme non jihadiste domine et en se montrant bienveillant à l’égard de l’arrivée au pouvoir d’un islamise soft dans certains pays, les USA veulent en fait se prémunir contre toute tentation terroriste contre leur territoire. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif des États-Unis est de confiner l’islamisme à l’intérieur de ses frontières « naturelles » afin que les dégâts collatéraux ne puissent plus atteindre le sol américain.
Ici, le mot confinement est choisi à dessein. En effet, le confinement décrit mieux la politique étrangère américaine vis-à-vis de l’islamisme que l’endiguement. Le confinement signifie tout aussi bien l’isolement d’un prisonnier ou d’un homme convaincu de désordre dans une forteresse. Mais il signifie aussi l’interdiction d’un malade de quitter la chambre ou le maintien d’un animal dans un espace restreint et clos. C’est très exactement la doctrine américaine vis-à-vis de l’islamisme. Pour les USA, même les plus modérés d’entre les islamistes doivent être considérés comme des malades contagieux, des fouteurs de désordre et en tout cas comme des entités à fréquenter de loin et avec moult précautions. Pour les USA, les islamistes doivent donc être isolés dans leur propre espace afin qu’ils ne transmettent plus la maladie à autrui, entendez le terrorisme ou le prosélytisme. Le calcul des américains est simple : laissez-les s’entretuer entre eux afin qu’ils n’aient plus la tentation, la justification ou les moyens de commettre d’actes terroristes aux USA. Il sera temps d’aviser plus tard.
Il reste qu’en dépit des efforts que font les USA et ses amis islamistes pour cacher les véritables motifs de leur collusion, le jeu des États-Unis au Moyen-Orient et dans le monde arabe reste viscéralement hostile à la nation arabe. De ce point de vue, le rapprochement entre islamistes modérés et nationalistes arabes constitue une hérésie et un non sens historique. Jamal Abdennasser et Michel Aflak s’en retourneraient dans leur tombe. Tant que Washington n’aura pour buts affichés dans le monde arabe que sa mainmise sur le pétrole arabe et son alliance stratégique avec Israël, le pro américanisme de certains islamistes est à condamner avec la plus grande rigueur. Aucun des objectifs majeurs américains dans la région ne correspond aux intérêts stratégiques des Arabes. En cherchant à s’entendre coûte que coûte avec Washington sur le dos des intérêts vitaux arabes, les islamistes « accommodants » commettent « un crime, pire une faute ».

vendredi 13 juillet 2012, par Habib Touhami
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

lundi 23 juillet 2012

L’intervention "humanitaire" a provoqué une catastrophe humanitaire en Libye (Liberation News)..."La situation des Droits humains est bien pire aujourd’hui que sous le Colonel Kadhafi" selon l’Observatoire Libyen des droits de l’homme.

Des milices armées, employées par le CNT pour combattre les partisans de Kadhafi, continuent de sillonner le pays, pillant les villages et se livrant à des assassinats, enlèvements et tortures.
Neuf mois après le renversement par l’OTAN et les Etats-Unis de Mouammar Kadhafi en Libye, le pays est toujours la proie de la violence et du désordre, et les violations des droits humains y sont monnaie courante.
En fait, selon Nasser al-Hawary de l’Observatoire Libyen des droits de l’homme : "La situation des Droits humains est bien pire aujourd’hui que sous le Colonel Kadhafi." (Inter Press Service, 14 juillet). Cette déclaration est d’autant plus significative qu’elle provient d’un opposant politique de l’ancien gouvernement.
Le Conseil National de Transition, l’organe pro-impérialiste qui gouverne la Libye, s’est révélé incapable de faire respecter son autorité dans le pays. Des milices armées employées auparavant par le CNT pour combattre les supporters de Kadhafi continuent de parcourir le pays, pillant les villages et torturant, tuant et enlevant des gens sur leur passage.
Les Libyens à la peau noire et les immigrants africains sont les premières victimes de la terreur que les milices font régner. Les violences racistes ont été un élément central de la "révolution" libyenne qui s’est déclenchée le 17 février 2011.
Avant le soulèvement, la Libye accueillait environ 1 million de travailleurs immigrés. La propagande que les rebelles produisaient avec un talent particulier, a diaboliquement ciblé les immigrés noirs présentés comme des "mercenaires" du gouvernement Kadhafi de sorte que les Africains noirs ont été lynchés, torturés et emprisonnés parce qu’ils étaient noirs. Ce racisme dure toujours. En mars dernier, on a diffusé une vidéo qui montrait des Africains noirs détenus dans un zoo de Benghazi par des rebelles qui les torturaient et les forçaient à manger le drapeau de l’ancien pouvoir.
Le CNT retient encore en prison plus de 6000 personnes dans le pays. Dans le désert autour de Sabha, au sud-ouest de la Libye, plus de 1300 immigrés, la plupart d’Afrique sub-saharienne, sont détenus dans des prisons à ciel ouvert. Les détenus dorment à même le sol sans abri et sans matériel de couchage et l’eau et la nourriture manquent.
La situation des droits humains en Libye aujourd’hui n’est pas seulement pire que sous Kadhafi, comme dit al-Hawary ; c’est le jour et la nuit.
De fait, un rapport du 4 janvier 2011 du Conseil des droits humains de l’ONU de l’Assemblée Générale a donné une appréciation globalement positive de la situation des droits humains sous le gouvernement de la Jamahiriya et de Kadhafi. On lit dans la conclusion de ce rapport : "Plusieurs délégations ont aussi noté avec plaisir la détermination du pays à faire respecter les droits humains sur le terrain." La grande majorité des 46 délégations qui ont participé à l’étude ont félicité le gouvernement de la Jamahiriya de sa détermination à faire respecter les droits humains et de ses progrès dans ce domaine.
La répression politique dans la Libye "libre"
Les médias impérialistes ont applaudi les élections du 7 juillet comme le signe de la naissance d’un nouvel état démocratique. Ils n’ont quasiment pas signalé toutefois que, comme l’a reconnu lui-même le CNT, presque 40% des électeurs ont boycotté l’élection. De plus, les membres de l’ancien gouvernement qui n’avaient pas rallié le camp impérialiste n’ont pas été autorisés à se présenter aux élections. Et des dizaines de Libyens ont été exclus des listes électorales à cause de leur soutien au gouvernement de la Jamahiriya.
Sans surprise, Mahmoud Elwarfally Jibril, l’ancien premier ministre du CNT, a été déclaré vainqueur.
Plus tôt dans l’année, le CNT avait mis en place une loi dite "loi de glorification" qui permettait de mettre en prison les gens qui disaient du bien du gouvernement de Kadhafi ou critiquaient le soulèvement contre Kadhafi. Bien que la loi ait été abrogée en juin, elle a toujours de l’effet. Les enseignants en Libye hésitent à parler de l’histoire des 42 dernières années de leur pays par crainte des représailles et il semblerait que des livres d’histoire aient été censurés en vertu de cette loi.
Ce qui se passe aujourd’hui en Libye est un autre exemple de la "liberté" et de la "démocratie" que les bombes de l’OTAN et des Etats-Unis procurent.
Derek Ford
Pour consulter l’original : http://www.pslweb.org/liberationnews/news/human-rights-disas...
Traduction : Dominique Muselet
URL de cet article 17277 http://www.legrandsoir.info/libye-l-intervention-humanitaire-a-provoque-une-catastrophe-humanitaire-liberation-news.html

samedi 21 juillet 2012

De Montréal à Tokyo, des citoyens révoltés, indignés… et bastonnés....« Les mouvements d'Occupy Wall Street, de Madrid ou du Printemps érable ont été associés aux révoltes du Printemps arabe. Il y a certes des thèmes communs, le constat que les systèmes économiques et politiques ont failli et sont créateurs d'injustices et de vulnérabilité...

« En démocratie, le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de résister,
et donc de désobéir. »

Montréal, New York, Madrid… La violence s'est abattue sur les mouvements de désobéissance civile. La répression serait-elle la seule réponse possible de nos démocraties ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier.


Le 21/07/2012 à 00h00
Weronika Zarachowicz - Télérama n° 3262
Montréal, Madrid, New York, Tokyo... : depuis 2011, les mouvements de révolte de la jeunesse ont essaimé au cœur même de nos démocraties. Par-delà les doléances spécifiques, un même cri : ça ne va pas, nous voulons retrouver une voix, un espace. Et un esprit commun : les manifestants du Printemps érable ou du parc Zuccotti, à New York, n'ont pas fait la révolution, ils ont inventé une contestation souvent festive, démocratique et non violente, faite de concerts de casseroles, d'AG de milliers de personnes sans leader et d'occupations des places publiques... Face à eux, la réponse des gouvernants aura été répressive (409 arrestations à Oakland en janvier 2012, 700 à New York en octobre 2011, durcissement du droit de manifester au Québec, etc.). Comment expliquer cette réaction ? Nos démocraties seraient-elles incapables de gérer de nouveaux types d'exigences démocratiques ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier, professeure à Paris I et coauteure d'un essai précieux, Pourquoi désobéir en démocratie ?

1/ « Les mouvements d'Occupy Wall Street, de Madrid ou du Printemps érable ont été associés aux révoltes du Printemps arabe. Il y a certes des thèmes communs, le constat que les systèmes économiques et politiques ont failli et sont créateurs d'injustices et de vulnérabilité. Il y a certes une demande démocratique de la jeunesse, qui demande à avoir une voix, une expression et un espace. Mais la comparaison s'arrête là : les contestations en Espagne, aux Etats-Unis, au Québec ou au Japon montrent que les démocraties sont confrontées à leurs limites. Que nos démocraties, dont nous sommes si fiers, ne sont pas si démocratiques que cela et qu'on peut s'interroger sur la réalité de l'expression de chacun. Ces mouvements posent aussi des questions essentielles : n'y a-t-il pas des formes de résistance possibles, et nécessaires, en démocratie ? Doit-on avoir peur de la démocratie lorsque celle-ci exige de respecter pleinement la voix de chaque citoyen ?
« La politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens.Une guerre masquée qui ne dit pas son nom. »
Michel Foucault
2/ "Occuper" signifie qu'on n'a pas d'espace, pas de place dans la société actuelle. D'où l'idée d'occuper le seul espace disponible, l'espace public. Cette revendication de "public" est essentielle : comme l'entend le philosophe John Dewey, elle exprime l'intérêt général, l'idée simple que le citoyen a son mot à dire sur des choix politiques qui concernent sa propre vie et sont devenus l'apanage des politiques et des experts. Ambiance festive, marches pacifiques, manifestations presque nus... : le contraste est frappant entre le caractère non violent et démocratique des manifestants de Montréal ou de New York et l'intensité de la répression.

Car la violence est, pour l'instant, du côté de l'Etat. Les manifestants de 2011 et 2012 s'inscrivent dans la tradition de désobéissance civile pensée par le philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862) : choisir le pacifisme pour mieux dévoiler la violence cachée de l'Etat ou de la société, et provoquer un débat public. Cette vulnérabilité exhibée, chez les manifestants qui se laissent traîner par des policiers surarmés ou chez les petits vieux ou les mères de famille qui manifestent contre le nucléaire au Japon, a une puissance émotionnelle, car elle montre la violence qui leur fait face. Cette répression a été peu commentée. Tout se passe comme si les élites occidentales étaient entrées dans une forme de guerre contre toute revendication générale de partage des ressources, contre toute vraie contestation de la situation d'inégalité. Pour reprendre Michel Foucault inversant Clausewitz, la politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens. Une guerre masquée qui ne dit pas son nom.
3/ La réponse répressive est la marque de sociétés qui se protègent contre une désobéissance interne, perçue comme violente : l'occupation de l'espace par les manifestants, revendiquant que tout n'est pas la propriété des entreprises ou des personnes privées. Cette répression dit aussi qu'il faudrait apprendre à revendiquer comme il faut, qu'il y a une "bonne" contestation et une mauvaise, qui met en danger notre fonctionnement démocratique. Tout est fait pour décrédibiliser ces mouvements, en les présentant comme "irresponsables" et "illégitimes". Pour être un interlocuteur "respectable", il faut accepter des règles, passer par des canaux traditionnels : militer dans un parti, rallier un syndicat, participer à des forums civiques, intervenir dans la blogosphère... Mais, comme le dit le philosophe américain Stanley Cavell, il n'y a pas de règle qui nous dise comment revendiquer ("how to stake a claim"). C'est ce principe de la démocratie radicale que ces mouvements nous rappellent.
4/ Nous sommes face à des organisations horizontales, non hiérarchiques, a-partisanes, sans programme et sans dirigeant, et qui, du coup, ne sont pas toujours efficaces pour faire avancer leurs exigences. Mais leur pertinence se trouve ailleurs : dans leur capacité à contester l'organisation verticale de nos modes d'expression politiques, où la parole est réservée à certains et cantonnée, pour le plus grand nombre, au moment des votes. L'élection ne suffit plus à rendre compte des aspirations des gens. On retrouve ça dans tous les mouvements, cette espèce de refus de la hiérarchie, de la délégation des pouvoirs et de la démocratie représentative. Même au Japon, pourtant peu coutumier de ce type de révolte. On peut y voir le symptôme d'une perte de confiance dans les structures du pouvoir. L'Etat n'étant plus à même d'assurer des conditions de vie minimales pour tous, de compenser l'injustice, pourquoi accepterait-on cette organisation verticale ?
/ Resté embryonnaire, le mouvement “Occupy la Défense” n'a pas eu le même impact. Pourtant les mouvements de contestation ont proliféré dans la France de la fin des années 2000, mais sous la forme d'actions de désobéissance civile, reprenant le principe de Thoreau et Emerson : en démocratie, le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de résister, et donc de désobéir, lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Le refus de suivre une loi, un décret ou une circulaire tenus pour indignes ou injustes semble devenu une forme courante d'action politique.

La liste des groupes qui s'engagent dans ce genre de protestation s'allonge, au-delà de la fonction publique où ils ont émergé : membres du Réseau éducation sans frontières (RESF, voir leur site ici) qui cachent des élèves étrangers menacés d'expulsion ; arracheurs volontaires d'OGM ; agents de Pôle Emploi qui refusent de communiquer des noms de chômeurs susceptibles de radiation ; fonctionnaires qui refusent d'appliquer la tarification à l'acte à l'hôpital ; instituteurs qui refusent de faire passer des évaluations à l'école primaire... Ils sont le symptôme de l'état dans lequel se trouvent les pratiques de la démocratie dans l'Europe contemporaine, face à l'exceptionnelle disparité du rapport de pouvoir entre capital et travail qui règne aujourd'hui dans le monde. Mais traduisent aussi le maintien d'une ferme vigilance démocratique de la part des citoyens, d'un combat permanent, celui de la démocratie radicale, qui se livre sur toutes sortes de champs de bataille. »
Source : Télèrama.fr