dimanche 24 juin 2012

SYRIE : Le soutien de la CIA à l’opposition syrienne pour les massacres de civils

Le soutien direct de l’Armée Syrienne Libre (ASL) par l’Arabie Saoudite, le Qatar, la CIA, Le MI6, le Mossad et les armées britanniques et américaines, commence à avoir les résultats désirés, à savoir les assassinats de masse de supporteurs du gouvernement syrien.
Vendredi, l’agence d’informations syrienne SANA a rapporté qu’au moins 25 personnes ont été tuées et leurs corps mutilés par l’ASL ou un groupe terroriste affilié dans le nord de la Syrie. Les victimes ont été kidnappées à Darat Izza dans la province d’Alep. “Les groupes terroristes ont commis un massacre brutal de citoyens à Darat Azzeh, personnes qu’ils avaient kidnappées plus tôt dans la journée”, a dit l’agence SANA.
L’affaire a été virtuellement totalement ignorée par les médias de l’establishment américain.
Mercredi dernier, un diplomate des Nations-Unies, le Major General Robert Mood, a félicité l’ASL pour son “efficacité”. Mood est un général de l’armée norvégienne et est à la tête de la mission “de paix” de l’ONU en Syrie. Il a suspendu les opérations parce que la Syrie insistait sur le fait de vouloir maintenir sa souveraineté.
La ministre des affaires étrangères américaine Hillary Clinton a dit à Charlie Rose dans la semaine que les Etats-Unis travaillent avec l’ASL et d’autres groupes d’opposition afin de les transformer en une force capable de renverser le régime Al-Assad. “Nous travaillons d’arrache-pied pour booster et mieux organiser l’opposition. Nous avons passé beaucoup de temps là-dessus. C’est toujours en développement.” A t’elle dit.
La CIA admet maintenant publiquement qu’elle travaille avec l’ASL. Elle lui procure des armes automatiques, des lance-grenades, des munitions et des armes anti-chars, d’après un rapport publié par le New York Times. Le Times a dit que la CIA considère donner à l’ASL des images satellites et autres détails de renseignement sur les endroits où se trouvent les troupes syriennes et ses mouvements. Le ministère des affaires étrangères américain a autorisé une aide de 15 millions de dollars pour une “aide non léthale” à des “groupes d’opposition civile” en Syrie, d’après ce même rapport.
En 1987, l’ancien chef de station de la CIA en poste en Angola en 1976, John Stockwell, a dit que la CIA était responsable de dizaines de milliers d’opérations secrètes et de programmes de déstabilisation depuis qu’elle a été créée par le congrès par le vote de la loi sur la sécurité nationale de 1947. A cette époque (1987), Stockwell estimait qu’environ 6 millions de personnes avaient été tuées dans des opérations secrètes de la CIA.

Article original en anglais :
http://www.infowars.com/cia-supported-syrian-opposition-massacres-civilians/print/

Traduction : Résistance 71

samedi 23 juin 2012

Etats-Unis - Les Etats-Unis étalent leur hypocrisie : Washington dénonce l’armement de la Syrie par la Russie tout en armant le Bahreïn (Forbes)....Et il est temps que les responsables politiques américains cessent leur petit jeu international de « faites ce que je dis et pas ce que je fais »....

...Si Washington veut armer des régimes oppressifs, il ne peut pas à la fois préserver sa crédibilité et protester si Moscou en fait autant. Y compris en Syrie...

Il n’y a pas si longtemps, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton disait que le Président Bashar Assad était une force de réforme. Maintenant elle se dit scandalisée par la Russie accusée de soutenir Assad en lui livrant des armes. Au même moment, les Etats-Unis sont en train d’armer le gouvernement de Bahreïn, qui opprime sa minorité Chiite.
La duplicité et l’hypocrisie sont peut-être inévitables en diplomatie, mais une duplicité et hypocrisie flagrantes ne le sont pas. Dénoncer solennellement Moscou parce qu’il se comporte comme Washington ternit l’image internationale de l’Amérique.
La Syrie est une tragédie, une guerre civile où la majorité de la population tente de renverser une dictature familiale. Mais contrairement à la Libye, une partie importante de la population soutien Assad ou s’oppose à une révolution qui pourrait déboucher sur une vague de violences contre les minorités ethniques et religieuses. L’avenir est sombre et il n’y a pas grand-chose que Washington puisse faire.
Par ailleurs, il n’y a là aucun enjeu pour la sécurité des Etats-Unis, ni même d’enjeu quelconque, qui puisse justifier une intervention militaire de plus dans un pays Musulman et Arabe. L’humanitaire n’est pas non plus une justification acceptable. L’Irak devrait ouvrir les yeux à tous ceux qui pensent que la guerre peut être un outil sophistiqué pour mener de délicats changements sociaux à l’étranger. Avec au moins 200.000 Irakiens tués au cours de la « splendide petite guerre » de George W. Bush, Barack Obama serait bien inspiré de garder les troupes à la maison.
Et il est temps que les responsables politiques américains cessent leur petit jeu international de « faites ce que je dis et pas ce que je fais ». Ca fait longtemps déjà que l’on assiste à un groupe de diplomatiques de Washington qui parcourent le monde pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme tandis qu’un autre groupe s’attelle à promouvoir la stabilité et la sécurité nationale. C’était particulièrement évident pendant la Guerre Froide. Les Etats-Unis défendaient tout ce qui était juste et bon, sauf dans les cas de la Corée du Sud, du Pakistan, de l’Egypte, du Nicaragua, du Chili, du Zaïre, de l’Iran, de la Somalie, de l’Irak, de l’Arabie Saoudite, et d’autres dictatures dans le tiers-monde.
La disparition de l’Union Soviétique a ôté à l’Amérique son apparent besoin de violer ses principes afin de les sauver. Puis la dénommée guerre globale contre le terrorisme a rapproché Washington du Pakistan, l’Arabie Saoudite et les voyoucraties d’Asie centrale. Plus récemment, l’administration Obama a eu du mal à réagir devant le Printemps Arabe parce qu’elle avait soutenu le dictateur égyptien Hosni Mubarak et se montrait parfaitement accommodant avec le dictateur syrien Bashar Assad.
Entretemps, Washington a retrouvé sa voix contre Assad, jugé de manière très opportune comme le probable perdant. Le Président Barack Obama a récemment déclaré « nous défendons des principes qui englobent les droits universels pour tous les peuples et des réformes politiques et économiques justes ». Au moins en ce qui concerne la Syrie.
Au moment même où l’administration fait campagne contre Assad, elle continue de soutenir l’autocratie du Bahreïn et son principal soutien autocrate, l’Arabie Saoudite. A la manière qui n’appartient qu’à eux, les officiels Américains ont appelé les deux camps à faire preuve de retenue – les Bahreïnis qui manifestent pour la Démocratie et les Bahreïnis qui tirent sur ceux qui manifestent pour la Démocratie.
Il ne fait aucun doute que la situation en Syrie est pire qu’à Bahreïn. Et aucune hypocrisie de Washington ne saurait justifier le comportement de Damas. Néanmoins, le comportement de l’administration Obama ridiculise toutes les proclamations du gouvernement américain en faveur de la démocratie et des droits de l’homme.
Le Bahreïn, comme la plupart des états du Golfe, est essentiellement une dictature monarchique. Une royauté sunnite manipule le système à l’avantage de la population sunnite minoritaire. La population chiite est défavorisée et réprimée. L’année dernière, les chiites se sont soulevés et ont connu la répression brutale des dirigeants de Manama qui ont fait une démonstration de leur pouvoir. Des manifestants pacifiques furent attaqués. Il y a eu de nombreux morts. Beaucoup ont été arrêtés, y compris des médecins qui soignaient des manifestants blessés. Le Bahrain Youth Society a documenté de nombreux morts et brutalités à l’encontre des manifestants au cours de l’année écoulée. Une enquête indépendante sur les droits de l’homme a révélé que la torture était une « pratique systématique ».
Selon le dernier bilan sur les droits de l’homme au Bahreïn du Département d’Etat : « les problèmes les plus flagrants relevés en 2011 sont l’incapacité pour les citoyens de changer de gouvernement par des moyens pacifiques ; le licenciement et l’expulsion des travailleurs et des étudiants engagés dans des activités politiques ; l’arrestation et détention arbitraire de milliers de personnes, y compris des médecins, des militants des droits de l’homme et des personnalités politiques, dont certains seront torturés et/ou tués en prison ; et l’absence d’état de droit. »
Ce n’est pas tout. Le Département d’Etat ajoute : «  Parmi d’autres préoccupations il y a les privations de vie arbitraires (sic – NdT) ; détention de prisonniers d’opinion ; violations de la vie privée et des libertés civiques, dont la liberté d’expression, de presse, de rassemblement, d’association et certaines pratiques religieuses. Dans certains cas, le gouvernement a imposé et renforcé les restrictions sur les déplacements des militants politiques. » En ce qui concerne la religion, explique le Département d’Etat, « la population musulmane sunnite jouit d’un statut privilégié et la population chiite est discriminée. » Et le Département d’Etat poursuit. Les chiites de Bahreïn n’ont pas subi uniquement la répression de Bahreïn. Le régime a naturellement accusé l’Iran d’avoir fomenté les troubles sans présenter de preuve quant à une implication de Téhéran. Cependant, d’autres états du Golfe, menés par l’Arabie Saoudite, ont envoyé des troupes pour venir en aide à la royauté bahreïnie. La Maison de Saoud est à la fois une kleptocratie familiale et une dictature sunnite. Riyad n’a certainement aucun respect pour les droits de l’homme. Le dernier rapport sur les droits de l’homme du Département d’Etat y signale : « parmi les problèmes figurent l’absence de droits ou de moyens légaux pour la population de changer de gouvernement ; des restrictions sur des droits universels tels que la liberté d’expression, y compris l’accès à Internet, et la liberté d’assemblée, d’association, de mouvement et de religion ; l’inégalité des droits pour les femmes et les enfants ainsi que pour les travailleurs. »
Le rapport mentionne aussi «  la torture et autres abus, des conditions de détention déplorables, l’arrestation et détention de prisonniers politiques, l’absence d’état de droit et les arrestations et détentions arbitraires, des violations arbitraires de la vie privée, des habitations et du courrier.  » Sur le plan de la vie privée, notamment les pratiques religieuses, le système est totalitaire. Les Etats-Unis sont allés en guerre contre l’Irak en s’alliant avec l’Arabie Saoudite mais le sort d’une femme chrétienne aurait été beaucoup plus enviable à Bagdad qu’à Riyad.
Les royaux saoudiens savent qu’ils mènent la belle vie et ils sont prêts à verser tout le sang qu’il faudra pour préserver leur système. Ce qui signifie étouffer la révolte chiite dans l’état voisin de Bahreïn. En fait, Riyad a proposé un quasi mariage à ses petits voisins, ce qui naturellement horrifié les chiites bahreïnies. On ne peut pas dire que la brutalité saoudienne empêche les présidents américains de dormir. Ces derniers ont régulièrement loué les dirigeants de la Maison de Saoud. En réalité, le mot « démocratie » a rarement été prononcé par un diplomate américain devant un prince saoudien.
Il faut reconnaître que Washington a été embarrassé par les protestations à Bahreïn. Il a froncé les sourcils devant la répression brutale des manifestations pro-démocratie et a déclaré que la famille royale al-Khalifa devait se montrer plus gentille envers la population qu’elle massacrait. Récemment l’administration Obama s’est déclarée « très déçue » par la décision de Bahreïn de confirmer les condamnations des médecins qui ont soigné les manifestants : «  ces condamnations semblent se baser, du moins en partie, sur les critiques émises par les accusés contre la politique et les actions du gouvernement ». Qui l’eut cru ?
Mas le Roi Hamad de Bahreïn a récemment menacé l’opposition pour avoir « insulté » l’armée, qui est le principal rempart du régime. Il a annoncé que les « services exécutives devaient prendre les mesures légales nécessaires pour mettre fin à ces violations. » Ce qui, selon l’expérience passée, signifie l’arrestation, la torture et la emprisonnement, et même la mort, pour les coupables. Pourtant, Washington persiste à jouer les équilibristes. Au début du mois, la porte-parole du Département d’Etat Victoria Nuland a dit : « Nous appelons toutes les parties à œuvrer ensemble pour mettre fin aux violences et s’abstenir de toute provocation. » Si seulement les chiites cessaient de critiquer leurs oppresseurs, ils ne se feraient peut-être pas tirer dessus.
Le dilemme de l’administration est évident. La 5ème flotte US est basée à Manama. Et les Etats-Unis ne veulent pas que des peccadilles telles que des violations des droits de l’homme par un état viennent entacher une si belle amitié.
Cependant, les Etats-Unis ne cessent d’acquiescer devant la famille royale bahreïnie, ses pillages et ses tortures. Washington est activement en train de renforcer le régime. L’année dernière, sous pression du Congrès, l’administration Obama avait suspendu à contrecœur les ventes d’armes. A présent, Washington est en train de libérer 53 millions de dollars pour « du matériel déjà prévu et nécessaire à la défense de Bahreïn et le soutien aux opérations de la 5ème flotte. » D’autres assistances en matière de sécurité restent suspendues, du moins pour le moment. « Bahreïn est un partenaire et allié important en matière de sécurité dans la région et fait face à d’énormes défis, » explique Nuland. Peu importe comment l’administration tente de justifier sa décision, celle-ci sera perçue comme un soutien à la dictature d’al-Khalafi. Et ce que Manara comprendra, c’est « Vous devriez vraiment être plus gentils avec les gens que vous réprimez et, ah, au fait, voici les armes qui vous attendiez. » Un militant des droits de l’homme bahreïni, Mohammed al-Maskati, a protesté : « C’est un message clair de soutien aux autorités et de non-soutien à la démocratie à Bahreïn, de non-soutien aux manifestants de Bahreïn. »
L’administration reconnaît comment ses actions sont perçues. Un officiel US qui n’a pas été nommé a déclaré au (magazine) Christian Science Monitor : « Nous avons pris cette décision conscients du fait qu’il persiste un certain nombre de violations graves des droits de l’homme à Bahreïn et nous espérons que le gouvernement de Bahreïn se penchera sur la question. » C’est sûr, après avoir rempli son arsenal, le roi se fera un plaisir de se pencher sur la question.
Tom Malinowski, directeur à Washington de Human Rights Watch, tout en prenant acte que Washington affirme soutenir une réforme politique, déclare que «  le premier intérêt de sécurité nationale à Bahreïn à l’heure actuelle n’est pas la fiabilité des F-16 mais de s’assurer que des réformes soient mises en œuvre pour garantir la stabilité à long terme de la relation . »
La révélation sur la vente d’armes américaine a coïncidé avec l’attaque virulente de l’administration contre Moscou, accusé d’avoir fourni des hélicoptères à la Syrie. Une telle chose, a dit la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, « ferait escalader le conflit d’une manière tout à fait dramatique ». Elle a appelé Moscou à « couper totalement ses relations militaires » puisque « l’heure est venue pour toute la communauté internationale, y compris la Russie… de parler d’une seule voix à Assad et d’insister que la violence doit cesser.  »
Les accusations des Etats-Unis, délivrées avec le ton sentencieux habituel, se révélèrent fausses. Les hélicoptères étaient syriens et avaient été envoyés en Russie pour réparation. Apparemment, Moscou n’a pas vendu d’hélicoptères à Damas depuis les années 90. Le Ministre des Affaires Etrangères Sergei Lavrov a dit que son pays était « en train de finaliser des contrats signés et payés il y a longtemps. Ce sont tous sont des contrats qui ne concernent que des systèmes de défense aériens. »
Nuland a tenté de rattraper la bourde de Washington en déclarant que des hélicoptères, neufs ou réparés, pouvaient être employés contre des manifestants. Mais un officiel anonyme du Pentagone a déclaré au New York Times que la secrétaire d’Etat « manipulait l’affaire pour tenter de mettre les Russes en difficulté. » Ce qui aurait peut-être pu fonctionner avant qu’il ne devienne évident que le gouvernement représenté par la Secrétaire Clinton était en train d’armer la famille royale bahreïnie malgré son comportement brutal.
Le Barheïn n’est pas le seul exemple. Washington a joyeusement échangé des armes américaines contre du cash saoudien malgré les violations par Riyad des droits de l’homme. L’Egypte s’éloigne de la démocratie mais continue de recevoir l’aide de l’étranger. Beaucoup de fonds US vont à l’armée pakistanaise, qui est la principale barrière à une véritable démocratie au Pakistan. Israël reste un partenaire privilégié malgré la mise sous coupe de millions de Palestiniens et l’occupation de la Cisjordanie. Les dirigeants américains ne laissent que rarement les droits de l’homme venir troubler le commerce des armes.
Ironiquement, des armes Russes à Damas pourraient contribuer à mettre fin à la guerre. Apparemment, la Russie a fourni à la Syrie quelques armes de défense aériennes et navales. Le chef de la société d’état d’exportation d’armes de la Russie a affirmé qu’elles permettraient à la Syrie de prévenir de toute attaque. Et Damas a bien plus de bonnes raisons que le Bahreïn pour chercher à se défendre. Ces derniers serait très certainement protégés par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis dans l’éventualité peu probable d’une attaque, supposément de l’Iran. Par contraste, des gens influents à Washington et dans les capitales européennes poussent à une attaque contre la Syrie. Des officiels de l’administration Obama ont déclaré à CNN que l’armée US avait complété ses plans pour une intervention en Syrie.
Le monde serait meilleur avec Bashar Assad et ses alliés dans les poubelles de l’histoire. Mais personne ne sait qui le remplacera, ni si le monde s’en porterait mieux. L’expérience de l’Amérique dans d‘autres aventures militaires folles indiquent que Washington devrait ne pas s’en mêler. Les Etats-Unis n’ont pas besoin d’une nouvelle guerre inutile et imprévisible dans le monde musulman. Dans le même temps, les responsables américains devraient cesser de jouer les donneurs de leçons. La moralisation sans fin a depuis longtemps miné la politique étrangère des Etats-Unis. Si Washington veut armer des régimes oppressifs, il ne peut pas à la fois préserver sa crédibilité et protester si Moscou en fait autant. Y compris en Syrie.
Doug Bandow
Source : http://www.forbes.com/sites/dougbandow/2012/06/18/u-s-hypocr...
Traduction « Forbes - la magazine des milliardaires et la voix des opprimés ! » par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.
URL de cet article 17030 http://www.legrandsoir.info/les-etats-unis-etalent-leur-hypocrisie-washington-denonce-l-armement-de-la-syrie-par-la-russie-tout-en-armant-le-bahrein-forbes.html

lundi 18 juin 2012

Le conflit syrien risque de dégénérer en guerre mondiale....La continuation des violations du droit international par l’OTAN et le CCG risque désormais d’ouvrir un conflit mondial.

Lors de la célébration de la victoire contre le nazisme, le 9 juin dernier, le président Vladimir Poutine a insisté sur la nécessité pour la Russie de se tenir prête à un nouveau sacrifice.

La crise syrienne a changé de nature. Le processus de déstabilisation qui devait ouvrir la voie à une intervention militaire légale de l’Alliance atlantique a échoué. Ôtant leur masque, les États-Unis ont publiquement évoqué la possibilité d’attaquer la Syrie sans l’aval du Conseil de sécurité, comme ils le firent au Kosovo. C’était feindre d’ignorer que la Russie de Vladimir Poutine n’est pas celle de Boris Eltsine. Après s’être assuré du soutien chinois, Moscou a tiré deux coups de semonce en direction de Washington. La continuation des violations du droit international par l’OTAN et le CCG risque désormais d’ouvrir un conflit mondial.

Le président Vladimir Poutine a placé son troisième mandat sous le signe de l’affirmation de la souveraineté de son pays face aux menaces directement lancées contre la Fédération de Russie par les États-Unis et l’OTAN. Moscou a maintes fois dénoncé l’élargissement de l’OTAN, l’installation de bases militaires à ses frontières et le déploiement du bouclier antimissile, la destruction de la Libye et la déstabilisation de la Syrie.
Les jours suivant son intronisation, M. Poutine a passé en revue l’industrie militaire russe, ses forces armées, et son dispositif d’alliance [1]. Il a poursuivi cette mobilisation en choisissant de faire de la Syrie la ligne rouge à ne pas franchir. Pour lui, l’invasion de la Libye par l’OTAN est comparable à celle de la Tchécoslovaquie par le IIIe Reich, et celle de la Syrie —si elle devait avoir lieu— serait comparable à celle de la Pologne qui déclencha la Deuxième Guerre mondiale.
Toute interprétation de ce qui se passe actuellement au Levant en termes intérieurs syriens de révolution/répression est non seulement faux, mais dérisoire au regard des vrais enjeux et relève de la simple communication politique. La crise syrienne est avant tout une étape du « remodelage du Moyen-Orient élargi », une nouvelle tentative de détruire « l’Axe de la Résistance », et la première guerre de «  la géopolitique du gaz » [2]. Ce qui se joue actuellement en Syrie, ce n’est pas de savoir si Bachar el-Assad parviendra à démocratiser les institutions qu’il a reçues en héritage ou si les monarchies wahhabites du Golfe parviendront à détruire le dernier régime laïque de la région et à imposer leur sectarisme, mais quelles frontières séparent les nouveaux blocs, OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord) et OCS (Organisation de coopération de Shanghai) [3].
Certains de nos lecteurs ont probablement sursauté à la lecture de la phrase précédente. En effet, depuis des mois, les médias occidentaux et du Golfe leur martèlent à longueur de journées que le président el-Assad incarne une dictature sectaire au profit de la minorité alaouite, tandis que son opposition armée incarne la démocratie pluraliste. Un simple regard sur les événements suffit à discréditer cette présentation mensongère. Bachar el-Assad a convoqué successivement des élections municipales, un référendum et des élections législatives. Tous les observateurs se sont accordés à dire que les scrutins se sont déroulés de manière sincère. La participation populaire a atteint plus de 60 % alors même que les Occidentaux les ont qualifiés de « farces » et que l’opposition armée qu’ils soutiennent a empêché les citoyens de se rendre aux urnes dans les quatre districts qu’ils contrôlent. Dans le même temps, l’opposition armée a multiplié les actions non seulement contre les forces de sécurité, mais contre les civils et tous les symboles de la culture et du multi-confessionnalisme. Ils ont assassiné les sunnites progressistes, puis tué au hasard alaouites et chrétiens pour contraindre leurs familles à fuir. Ils ont brulé plus de mille cinq cents écoles et églises. Ils ont proclamé un éphémère Emirat islamique indépendant à Baba Amr où ils ont institué un Tribunal révolutionnaire qui a condamné à mort plus de 150 mécréants, égorgés un à un en public par leur bourreau. Et ce n’est pas le pitoyable spectacle de quelques politiciens dévoyés, réunis au sein d’un Conseil national syrien en exil, affichant un projet démocratique de façade sans rapport avec la réalité de terrain des crimes de l’Armée « syrienne » libre, qui masquera plus longtemps la vérité. Au demeurant, qui peut croire que le régime laïque syrien, dont l’exemplarité était célébrée il y a peu, serait devenu une dictature confessionnelle, tandis que l’Armée « syrienne » libre, soutenue par les dictatures wahhabites du Golfe et obéissant aux injonctions de prédicateurs takfiristes serait un parangon du pluralisme démocratique ?
L’évocation par des dirigeants US d’une possible intervention internationale hors mandat de l’ONU, à la manière dont l’OTAN avait démembré la Yougoslavie, a suscité inquiétude et colère à Moscou. La Fédération de Russie, qui jusqu’ici se tenait en position défensive, a décidé de prendre l’initiative. Ce changement stratégique est dû à l’urgence de la situation du point de vue russe, et à l’évolution favorable sur le terrain en Syrie [4].
Moscou a proposé de créer un Groupe de contact sur la Syrie qui réunirait l’ensemble des États concernés, c’est-à-dire à la fois les Etats voisins, les puissances régionales et internationales. Il s’agit de substituer un forum de dialogue à l’actuel dispositif belliqueux mis en place par les Occidentaux sous le vocable orwellien de « Conférence des Amis de la Syrie ».
La Russie continue à soutenir le Plan Annan —qui est en fait la reprise à peine modifiée du plan présenté par Sergey Lavrov à la Ligue arabe—. Elle déplore que ce plan ne soit pas appliqué, mais rejette la culpabilité sur la faction de l’opposition qui a pris les armes. Selon A.K. Lukashevich, un des porte-parole du ministère des Affaires étrangères, l’Armée « syrienne » libre est une organisation illégale au regard du droit international. Bien qu’elle assassine chaque jour 20 à 30 soldats syriens, elle est publiquement soutenue par les États de l’OTAN et du CCG en violation du Plan Annan [5].
Se posant en faiseur de paix face à une OTAN faiseur de guerre, Vladimir Poutine a demandé à l’OTSC de se préparer à déployer des « chapkas bleues » en Syrie, à la fois pour séparer les belligérants syriens et pour combattre les forces étrangères. Nicolai Bordyuzha, secrétaire général de l’OTSC, a confirmé qu’il dispose de 20 000 hommes formés pour ce type de mission et immédiatement disponibles [6]
Ce serait la première fois que l’OTSC déploierait une force de paix hors de l’ancien espace soviétique. Piqué au vif, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a tenté de saboter cette initiative en proposant soudainement d’organiser lui aussi un Groupe de contact.
Réunissant à Washington le groupe de travail sur les sanctions de la Conférence des Amis de la Syrie, la secrétaire d’Etat US Hillary Clinton a fait fi de la proposition russe et a surenchéri en faveur d’un changement de régime [7].
En Turquie, des parlementaires d’opposition ont visité les camps de réfugiés syriens. Ils ont constaté l’absence de plus d’un millier de réfugiés enregistrés par les Nations Unies dans le principal camp et, au contraire, la présence d’un arsenal dans le camp. Ils ont alors interrogé à l’Assemblée le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan exigeant qu’il révèle le montant de l’aide humanitaire accordée aux réfugiés fantômes. Les députés considèrent que le camp de réfugiés est une couverture pour une opération militaire secrète. Il abrite en réalité des combattants, principalement libyens, qui l’utilisent comme base arrière. Les députés ont émis l’hypothèse que ces combattants sont ceux qui se sont introduits dans le district de Houla lorsque le massacre a été perpétré.
Ces informations confirment les accusations de l’ambassadeur russe au Conseil de sécurité, Vitaly Churkin, selon lesquelles, le représentant spécial de Ban Ki-moon en Libye, Ian Martin, a utilisé des moyens de l’ONU destinés aux réfugiés pour acheminer en Turquie des combattants d’Al Qaeda [8].
En Arabie saoudite, la fracture entre le roi Abdallah et le clan des Sudeiris s’est à nouveau manifestée. À l’invitation d’Abdallah Ier, le Conseil des oulémas a publié une fatwa stipulant que la Syrie n’est pas une terre de jihad. Mais, dans le même temps, le prince Fayçal, ministre des Affaires étrangères appelait à armer l’opposition contre « l’usurpateur alaouite ».
La journée du jeudi 7 juin a été riche en événements. Alors que Ban Ki-moon et Navi Pillay, respectivement secrétaire général et Haut-commissaire aux Droits de l’homme, dressaient leur réquisitoire contre la Syrie devant l’Assemblée générale de l’ONU, Moscou a procédé à deux tirs de missiles balistiques intercontinentaux.
Le colonel Vadim Koval, porte-parole du RSVN, a admis le test d’un Topol —lancé depuis un silo près de la Caspienne—, mais n’a pas confirmé celui d’un Boulava depuis un sous-marin en Méditerranée. Cependant, le tir a été observé dans tout le Proche-Orient, d’Israël à l’Arménie, et il n’existe aucune autre arme connue qui puisse laisser de telles traces dans le ciel [9].
Le message est clair : Moscou est prêt à la guerre mondiale, si l’OTAN et le CCG ne se plient pas aux obligations internationales telles que définies par le Plan Annan, et persistent à alimenter le terrorisme.
Selon nos informations, ce coup de semonce avait été coordonné avec les autorités syriennes. De même que Moscou avait encouragé Damas à liquider l’Émirat islamique de Baba Amr sitôt l’autorité du président el-Assad confirmée par le référendum constitutionnel, de même il a encouragé le président à liquider les groupes de mercenaires présents dans le pays sitôt le nouveau Parlement et le nouveau Premier ministre installés. L’ordre a été donné de passer d’une stratégie défensive à une action offensive pour protéger la population du terrorisme. L’armée nationale est donc passée à l’attaque des bastions de l’Armée « syrienne » libre. Les combats des prochains jours s’annoncent difficiles, d’autant que les mercenaires disposent de mortiers, de missiles anti-chars et désormais de missiles sol-air.
Pour faire baisser la tension, la France a immédiatement accepté la proposition russe de participation à un Groupe de contact ad hoc. Washington a dépêché en urgence Frederic C. Hof à Moscou. Contredisant les propos tenus la veille par la secrétaire d’État, Hillary Clinton, M. Hof a à son tour accepté l’invitation russe.
Il n’est plus temps de se lamenter sur l’extension des combats au Liban, ni de pérorer sur une possible régionalisation du conflit. Depuis 16 mois qu’ils déstabilisent la Syrie, l’OTAN et le CCG ont créé une situation sans issue qui peut désormais dégénérer en guerre mondiale.

SYRIE : URGENT - L’OTAN prépare une vaste opération d’intoxication

Des États membres de l’OTAN et du CCG préparent un coup d’État et un génocide sectaire en Syrie. Si vous voulez vous opposer à ces crimes, agissez dès maintenant : faites circuler cet article sur le Net et alertez vos élus.
Dans quelques jours, peut-être dès vendredi 15 juin à midi, les Syriens qui voudront regarder les chaînes nationales verront celles-ci remplacées sur leurs écrans par des télévisions créées par la CIA. Des images réalisées en studio montreront des massacres imputés au gouvernement, des manifestations populaires, des ministres et des généraux donnant leur démission, le président el-Assad prenant la fuite, les rebelles se rassemblant au cœur des grandes villes, et un nouveau gouvernement s’installant au palais présidentiel.
Cette opération, directement pilotée depuis Washington par Ben Rhodes, conseiller adjoint de sécurité nationale des États-Unis, vise à démoraliser les Syriens et à permettre un coup d’État. L’OTAN, qui se heurte au double veto de la Russie et de la Chine, parviendrait ainsi à conquérir la Syrie sans avoir à l’attaquer illégalement. Quel que soit le jugement que l’on porte sur les événements actuels en Syrie, un coup d’État mettrait fin à tout espoir de démocratisation.
Très officiellement, la Ligue arabe a demandé aux opérateurs satellitaires Arabsat et Nilesat de cesser la retransmission des médias syriens, publics et privés (Syria TV, Al-Ekbariya, Ad-Dounia, Cham TV etc.). Il existe un précédent, puisque la Ligue avait déjà œuvré à la censure de la télévision libyenne pour empêcher les dirigeants de la Jamahiriya de communiquer avec leur peuple. Il n’y a pas de réseau hertzien en Syrie où les télévisions sont exclusivement captées par satellite. Mais cette coupure ne laissera pas les écrans noirs.
En effet, cette décision publique n’est que la partie émergée de l’iceberg. Selon nos informations plusieurs réunions internationales ont été organisées cette semaine pour coordonner l’opération d’intoxication. Les deux premières, d’ordre technique, se sont tenues à Doha (Qatar), la troisième, politique, s’est tenue à Riyad (Arabie saoudite).
Une première réunion a rassemblé les officiers de guerre psychologique « embedded » dans quelques chaînes satellitaires, dont Al-Arabiya, Al-Jazeera, BBC, CNN, Fox, France 24, Future TV, MTV — On sait que depuis 1998 des officiers de l’United States Army’s Psychological Operations Unit (PSYOP) ont été incorporés dans la rédaction de CNN ; depuis, cette pratique a été étendue par l’OTAN à d’autres stations stratégiques—. Ils ont rédigé à l’avance de fausses informations, selon un « storytelling » élaboré par l’équipe de Ben Rhodes à la Maison-Blanche. Une procédure de validation réciproque a été mise au point, chaque média devant citer les mensonges des autres pour les rendre crédibles aux yeux des téléspectateurs. Les participants ont également décidé de ne pas uniquement réquisitionner les chaînes de la CIA pour la Syrie et le Liban (Barada, Future TV, MTV, Orient News, Syria Chaab, Syria Alghad), mais aussi une quarantaine de chaînes religieuses wahhabites qui appelleront au massacre confessionnel au cri de « Les chrétiens à Beyrouth, les alaouites au tombeau ! »
Le second meeting réunissait des ingénieurs et des réalisateurs pour planifier la fabrication d’images de fiction, mêlant une partie en studio à ciel ouvert et une partie d’images de synthèse. Des studios ont été aménagés durant les dernières semaines en Arabie saoudite pour reconstituer les deux palais présidentiels syriens et les principales places de Damas, Alep et Homs. Il existait déjà des studios de ce type à Doha, mais ils étaient insuffisants.
La troisième réunion regroupait le général James B. Smith, ambassadeur des États-Unis, un représentant du Royaume-Uni, et le prince Bandar Bin Sultan (que le président George Bush père désignait comme son fils adoptif, au point que la presse états-unienne l’a surnommé « Bandar Bush »). Il s’agissait de coordonner l’action des médias et celle de « l’Armée syrienne libre » dont les mercenaires du prince Bandar forment le gros des effectifs.
L’opération qui était en gestation depuis des mois a été précipitée par le Conseil de sécurité nationale des États-Unis après que le président Poutine ait notifié à la Maison-Blanche que la Russie s’opposerait par la force à toute intervention militaire illégale de l’OTAN en Syrie.
Cette opération comprend deux volets simultanés : d’une part déverser de fausses informations et d’autre part censurer toute possibilité d’y répondre.
Le fait d’interdire des TV satellitaires pour conduire une guerre n’est pas nouveau. Ainsi, sous la pression d’Israël, les États-Unis et l’Union européenne ont successivement interdit des chaînes libanaise, palestiniennes, irakiennes, libyennes, et iraniennes. Aucune censure n’a été effectuée envers des chaînes satellitaires provenant d’autres régions du monde.
La diffusion de fausses nouvelles, n’est pas non plus une première. Cependant, quatre pas significatifs ont été franchis dans l’art de la propagande au cours de la dernière décennie.
• En 1994, une station de musique pop, la Radio libre des Mille Collines (RTML) a donné le signal du génocide rwandais en appelant à « Tuer les cafards !  ».
• En 2001, l’OTAN a utilisé des médias pour imposer une interprétation des attentats du 11-Septembre et justifier les attaques de l’Afghanistan et de l’Irak. À l’époque déjà, c’est Ben Rhodes qui avait été chargé par l’administration Bush de rédiger le rapport de la Commission Kean/Hamilton sur les attentats.
• En 2002, la CIA a utilisé cinq chaînes, Televen, Globovision, Meridiano, ValeTV et CMT, pour faire accroire que des manifestations monstres avaient contraint le président élu du Venezuela, Hugo Chavez, à démissionner, alors qu’il venait d’être victime d’un coup d’État militaire.
• En 2011, France 24 faisait de facto office de ministère de l’Information du Conseil national libyen, avec qui il était lié par contrat. Lors de la bataille de Tripoli, l’OTAN a fait réaliser en studio et diffuser par Al-Jazeera et Al-Arabiya des images des rebelles libyens entrant sur la place centrale de la capitale, alors qu’ils étaient encore loin de la ville, de sorte que les habitants, persuadés que la guerre était perdue, cessèrent toute résistance.
Désormais, des médias ne se contentent plus de soutenir la guerre, ils la font.
Ce dispositif viole des principes de base du droit international, à commencer par l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme relatif au fait « de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Surtout, il viole les résolutions de l’Assemblée générale des Nations-Unies, adoptées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour prévenir les guerres. Les résolutions 110, 381 et 819 interdisent « les obstacles au libre-échange des informations et des idées » (en l’occurrence la coupures des chaînes syriennes) et «  la propagande de nature à provoquer ou encourager toute menace à la paix, rupture de la paix, ou tout acte d’agression ». En droit, la propagande de guerre est un crime contre la paix, le plus grave des crimes, puisqu’il rend possible les crimes de guerre et les génocides.

SYRIE : Du bon côté de l’Histoire....Nous avons la certitude que les autres formules impliquant une intervention extérieure en Syrie, qui vont du blocage des chaînes de télévision déplaisantes aux yeux de certains, à l’accroissement des livraisons d’armes aux groupes d’opposition, voire à des frappes aériennes, n’apporteront la paix ni à ce pays, ni à la région dans son ensemble....

....Ceux qui affirment que la Russie « est en train de sauver » Bachar al-Assad ont tort. Je souhaite insister sur le fait que c’est le peuple syrien lui-même qui choisit le système politique et les dirigeants de son pays. Nous n’essayons d’aucune façon de blanchir les nombreuses erreurs et mauvais calculs de Damas, notamment l’usage de la force contre des manifestations pacifiques aux prémices de la crise....
La propagande occidentale ne cesse de caricaturer la position de la Russie face à la crise syrienne. Elle reproche à Moscou de soutenir Damas pour des motifs mercantiles, voire par solidarité criminelle. Sergey Lavrov ne traite pas ici des choix stratégiques russes, mais des principes auxquels s’astreint sa diplomatie. Il répond patiemment aux inepties des médias occidentaux, rappelant l’attachement de Moscou au droit international et sa préoccupation de soutenir les peuples. M. Lavrov oppose d’une part le soutien populaire massif dont dispose le président el-Assad et, d’autre part, l’illégitimité d’une opposition armée à caractère sectaire, soutenue de l’étranger.

Au cours de l’année ou de l’année et demie passée, les événements qui se sont enchaînés en Afrique du Nord et au Proche-Orient ont pris une place prépondérante parmi les questions politiques à l’ordre du jour au niveau mondial. Ils sont fréquemment qualifiés d’épisode le plus saillant dans la vie internationale de ce jeune 21è siècle. Des experts évoquent depuis longtemps déjà la fragilité des régimes autoritaires des pays arabes, ainsi que les confrontations sociales et politiques potentielles.
Il était cependant difficile de prédire l’ampleur et la vitesse de la vague de changement qui a déferlé sur la région. En corollaire de la crise qui se fait sentir dans l’économie mondiale, ces événements ont clairement démontré que le processus menant à l’émergence d’un nouveau système international est entré dans une période de turbulences.
À mesure que d’importants mouvements sociaux apparaissaient dans les pays de la région, il devenait plus urgent de savoir, pour les acteurs extérieurs et l’ensemble de la communauté internationale, quelle politique poursuivre. De nombreuses discussions d’experts sur cette question, puis les actions concrètes mises en œuvre par les États et les organisations internationales, ont fait ressortir deux approches principales : soit aider les peuples arabes à déterminer leur avenir par eux-mêmes, ou alors tenter de façonner une nouvelle réalité politique en fonction de ce que l’on souhaite, tout en tirant parti de l’affaiblissement des structures étatiques qui s’avéraient depuis longtemps trop rigides. La situation continue d’évoluer rapidement, ce qui impose à ceux qui jouent un rôle de premier plan dans les affaires régionales de consolider enfin leurs efforts, plutôt que de les disperser dans des directions différentes comme le feraient les personnages d’une fable d’Ivan Krylov.
Permettez-moi de récapituler les arguments que je développe régulièrement en ce qui concerne l’évolution de la situation au Proche-Orient. Tout d’abord, la Russie, conjointement avec la majorité des pays dans le monde, encourage les aspirations des peuples arabes à une vie meilleure, à la démocratie et à la prospérité, et elle est disposée à soutenir ces efforts. C’est pour cela que nous avons bien accueilli l’initiative du Partenariat de Deauville lors du sommet du G8 en France. Nous nous opposons fermement au recours à la violence dans le cadre des bouleversements en cours dans les États arabes, en particulier contre les civils. Nous savons pertinemment que la transformation d’une société est un processus complexe et généralement long, qui s’opère rarement en douceur.
La Russie connaît probablement mieux le véritable prix des révolutions que la plupart des autres pays. Nous sommes parfaitement conscients du fait que les changements révolutionnaires s’accompagnent toujours de revers sociaux et économiques, de pertes de vies humaines et de souffrances. C’est exactement pour cela que nous défendons une optique évolutive et pacifique pour la mise en œuvre des changements attendus de longue date au Proche-Orient et en Afrique du Nord.
Cela étant dit, quelle doit être la réponse dans l’éventualité que l’épreuve de force entre les autorités et l’opposition prenne la forme d’une confrontation violente et armée ? La réponse semble évidente : les acteurs extérieurs doivent faire tout leur possible pour d’une part mettre fin à l’effusion de sang, et d’autre part soutenir un compromis impliquant toutes les parties du conflit. En décidant de soutenir la résolution 1970 du Conseil de Sécurité de l’ONU et en ne faisant aucune objection à la résolution 1973 sur la Libye, nous estimions que ces décisions contribueraient à limiter l’usage excessif de la force et poseraient les fondations d’un règlement politique du conflit.
Malheureusement, les actions entreprises par les pays membres de l’OTAN dans le cadre de ces résolutions ont conduit à une grave violation de ces dernières, et au soutien à l’un des belligérants de la guerre civile, avec comme objectif de renverser le régime existant, en écornant au passage l’autorité du Conseil de Sécurité.
Il est inutile d’expliquer aux gens accoutumés à la politique que le diable est dans les détails, et que les solutions drastiques impliquant l’usage de la force ne peuvent aboutir à un règlement viable à long terme. Et dans les circonstances actuelles, alors que la complexité des relations internationales s’est considérablement accrue, il devient évident que le recours à la force pour résoudre les conflits n’a aucune chance d’aboutir. Les exemples abondent. On citera notamment la situation compliquée en Irak et la crise en Afghanistan, loin d’être terminée. De nombreux éléments tendent par ailleurs à indiquer que la Libye, après le renversement de Mouammar el-Kadhafi, est loin de bien se porter. L’instabilité s’est propagée au-delà, vers le Sahara et la région du Sahel, engendrant une dramatique aggravation de la situation au Mali.
L’Égypte constitue un autre exemple : ce pays est loin d’être arrivé à bon port, bien que le changement de régime ne se soit pas accompagné d’importantes flambées de violence et qu’Hosni Moubarak, qui avait gouverné le pays pendant plus de trente ans, ait quitté le palais présidentiel de son plein gré peu de temps après le début des mouvements de protestation. Comment ne pas s’inquiéter, entre autres problèmes, des informations faisant état d’une augmentation des affrontements confessionnels et de violation des droits de la minorité chrétienne.
Ainsi, les raisons poussant à adopter l’approche la plus équilibrée vis-à-vis de la crise syrienne, qui est la plus aigüe de la région aujourd’hui, sont plus que suffisantes. Il était clair que suite aux événements en Libye, il était impossible de suivre le Conseil de Sécurité de l’ONU pour prendre des décisions qui ne soient pas assez explicites et qui permettraient aux responsables de leur mise en œuvre d’agir selon leur propre jugement. Tout mandat confié au nom de l’ensemble de la communauté internationale doit être aussi clair et précis que possible afin d’éviter l’ambigüité. Aussi est-il important de comprendre ce qui se passe réellement en Syrie, et comment aider ce pays à franchir cette douloureuse étape de son histoire.
Malheureusement, les analyses qualifiées et honnêtes des développements en Syrie et de leurs conséquences potentielles manquent cruellement. Bien souvent, s’y substituent des images primitives et des clichés de propagande en noir et blanc. Depuis plusieurs mois, les principales sources d’informations internationales reproduisent des articles sur un régime dictatorial corrompu matant brutalement l’aspiration de son propre peuple à la liberté et la démocratie.

Il semble néanmoins que les auteurs de ces articles n’aient pas pris la peine de se demander comment le gouvernement pouvait parvenir à se maintenir en place sans soutien populaire depuis plus d’un an, en dépit des sanctions étendues qui sont imposées par les principaux partenaires économiques du pays. Pourquoi une majorité du peuple a-t-elle approuvé par vote le projet de constitution proposé par les autorités ? Pourquoi, après tout, la plupart des soldats sont-ils demeurés fidèles à leurs supérieurs ? Si la seule explication est la peur, alors pourquoi cette dernière n’a-t-elle pas bénéficié à d’autres régimes autoritaires ?
Nous avons déclaré à de nombreuses reprises que la Russie ne défendait pas le régime actuellement en place à Damas et qu’elle n’avait aucune raison politique, économique ou autre de le faire. Nous n’avons jamais été un partenaire commercial ou économique important pour ce pays, dont le gouvernement a communiqué principalement avec les capitales des pays ouest-européens.
Il n’en demeure pas moins clair, tant à nos yeux qu’à ceux des autres, que la principale responsabilité pour la crise qui secoue le pays repose sur le gouvernement syrien, qui a échoué à emprunter le chemin de la réforme en temps voulu ou à tirer les conclusions des bouleversements profonds que connaissent les relations internationales. Tout cela est vrai. Il existe néanmoins d’autres faits. La Syrie est un État multiconfessionnel : y vivent, en plus des musulmans sunnites et chiites, des alaouites, des orthodoxes et chrétiens d’autres confessions, des druzes et des kurdes. Durant les quelques dernières décennies de gouvernance laïque du parti Ba’as, la liberté de conscience a été respectée en Syrie, et les minorités religieuses craignent que, si le régime était détruit, cette tradition pourrait prendre fin.
Lorsque nous affirmons que ces inquiétudes doivent être entendues et prises en compte, nous sommes parfois accusés de prendre des positions équivalant à de l’anti-sunnisme et, plus généralement, à de l’anti-islamisme. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. En Russie, des gens de diverses confessions, la plupart d’entre eux des chrétiens orthodoxes et des musulmans, vivent côte à côte depuis des siècles. Notre pays n’a jamais mené de guerre coloniale dans le monde arabe, mais à l’inverse a continuellement soutenu l’indépendance des nations arabes et leur droit à un développement indépendant. Et la Russie n’a pas de responsabilité à assumer pour les conséquences de la domination coloniale, marquée par les bouleversements des structures sociales qui ont amené les tensions persistant encore à ce jour.
Mon propos est différent. Si certains membres de la société s’inquiètent de potentielles discriminations sur la base de la religion et de la nationalité d’origine, alors les garanties nécessaires devraient être fournies à ces personnes, conformément aux standards humanitaires internationaux généralement acceptés.
Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales a historiquement constitué, et continue de constituer, un problème majeur pour les États du Proche-Orient ; il est en outre l’une des principales causes des « révolutions arabes ».
Or la Syrie n’a jamais fait figure de mauvais élève dans cette région, avec son niveau de libertés civiques incommensurablement plus élevé que celui de certains autres pays qui entendent aujourd’hui donner des leçons de démocratie à Damas. Dans l’un de ses derniers numéros, le magazine français Le Monde Diplomatique a présenté une chronologie des violations des droits de l’homme commises par un grand État du Proche-Orient, qui comprenait, entre autres, l’application de 76 condamnations à mort pour l’année 2011 uniquement, et notamment pour des accusations de sorcellerie. Si nous souhaitons réellement promouvoir le respect des droits de l’homme au Proche-Orient, nous devons ouvertement affirmer cet objectif. Si nous proclamons que le fait de mettre un terme à l’effusion de sang est notre principal souci, alors nous devrions nous concentrer précisément là-dessus ; en d’autres termes, nous devons faire pression pour obtenir un cessez-le-feu dans un premier temps, puis promouvoir l’initiation d’un dialogue inter-syrien impliquant toutes les parties et avec pour objectif la négociation d’une formule de règlement pacifique de la crise par les Syriens eux-mêmes.
La Russie exprime ces messages depuis les premiers jours des troubles en Syrie. Il apparaissait assez clairement à nos yeux et, je suppose, aux yeux de toute personne qui dispose de suffisamment d’informations sur ce pays, qu’exercer des pressions pour que Bachar al-Assad soit immédiatement évincé, à l’encontre du souhait d’un segment considérable de la société syrienne qui s’appuie sur ce régime pour sa sécurité et son bien-être, reviendrait à plonger la Syrie dans une guerre civile sanglante et prolongée. Les acteurs extérieurs responsables devraient aider les Syriens à éviter ce scénario et à instiguer des réformes évolutives plutôt que révolutionnaires au sein du système politique syrien, par le biais d’un dialogue national plutôt que d’une coercition exercée depuis l’extérieur.

Si l’on tient compte des réalités actuelles de la Syrie, force est d’admettre que le soutien unilatéral à l’opposition, en particulier à sa composante la plus belliqueuse, ne conduira pas à la paix dans ce pays dans un avenir proche, entrant donc en opposition avec l’objectif de protection des populations civiles. Ce qui semble ainsi prévaloir dans ce choix, ce sont les efforts visant à susciter un changement de régime à Damas dans le cadre d’une stratégie géopolitique régionale plus large. Il ne fait aucun doute que ces projets ciblent l’Iran, sachant qu’un regroupement important de pays comprenant les États-Unis, d’autres pays membres de l’OTAN, Israël, la Turquie et certains États de la région semblent enclins à affaiblir le positionnement régional de ce pays.
L’éventualité d’une frappe militaire contre l’Iran est un thème sujet à beaucoup de débats aujourd’hui. J’insiste régulièrement sur le fait qu’une telle option aurait des conséquences graves, et même catastrophiques. La tentative de trancher le nœud gordien de problèmes anciens est vouée à l’échec. Rappelons-nous à cet égard que l’invasion militaire de l’Irak par les États-Unis fut par le passé considérée comme une « occasion unique » pour transformer les réalités politique et économique du « Proche-Orient élargi » de manière rapide et décisive, en faisant ainsi une région alignée sur le « modèle européen » de développement.
En faisant abstraction des questions relatives à l’Iran, il reste que, de toute évidence, le fait d’attiser les troubles intra-syriens est susceptible de déclencher des processus qui auraient un impact sur la situation d’un vaste territoire entourant la Syrie, et ce de manière négative, avec des conséquences dévastatrices tant pour la sécurité régionale que pour la sécurité internationale. Parmi les facteurs de risques figurent la perte de contrôle de la frontière israélo-syrienne, l’envenimement de la situation au Liban et dans d’autres pays de la région, des armes tombant dans de « mauvaises mains », notamment dans celles d’organisations terroristes et, peut-être le plus dangereux, une aggravation des tensions et contradictions interconfessionnelles au sein du monde islamique.

***

Si l’on remonte aux années 90, Samuel Huntington soulignait dans son essai Le choc des civilisations la tendance qu’avait la notion d’identité basée sur la civilisation et la religion à gagner en importance dans l’ère de la mondialisation ; il démontrait en outre de façon convaincante la relative diminution de la capacité de l’Ouest historique à étendre son influence. Il serait certainement exagéré de tenter d’élaborer un modèle des relations internationales modernes en se basant uniquement sur de tels postulats. Il est pourtant aujourd’hui impossible d’ignorer cette tendance. Elle est soutenue par un éventail de facteurs distincts, notamment des frontières nationales moins hermétiques, la révolution de l’information qui a mis en lumière l’inégalité socio-économique manifeste, et le désir croissant des peuples d’une part de préserver leur identité dans de telles circonstances, et d’autre part d’éviter de se voir inscrits dans la liste historique des espèces menacées d’extinction.
Les révolutions arabes démontrent sans conteste une volonté de retour aux racines de la civilisation, volonté qui se manifeste par une large adhésion populaire aux partis et mouvements agissant sous l’étendard de l’Islam. Cette tendance n’est pas apparente que dans le monde arabe. On pourrait citer la Turquie, qui se positionne plus activement comme acteur majeur de la sphère islamique et de la région environnante. Des pays asiatiques, dont le Japon, affirment plus haut leur identité.
Une telle situation atteste encore davantage du fait qu’à un schéma binaire simple (sinon simpliste) datant de la Guerre froide, décrit en termes de paradigmes Est-Ouest, capitalisme-socialisme, Nord-Sud, vient se substituer une réalité géopolitique multidimensionnelle qui ne laisse pas de place à l’identification d’un facteur dominant unique. La crise financière et économique mondiale a mis en valeur les discussions sur le fait qu’un quelconque système puisse occuper une position dominante dans un quelconque domaine que ce soit, qu’il s’agisse de l’économie, de la politique ou de l’idéologie.

Il ne fait plus aucun doute que dans le cadre élargi qui définit le développement de la plupart des États et qui se caractérise par la gouvernance démocratique et une économie de marché, chaque pays choisira indépendamment son propre modèle politique et économique, en accordant la place qui leur est due aux traditions, à la culture et à l’histoire qui sont les siennes. En conséquence de cela, le facteur de l’identité basée sur la civilisation exercera vraisemblablement une influence plus importante sur les relations internationales.
Sur le plan pratique de la politique, ces conclusions ne peuvent suggérer qu’une chose : les tentatives d’imposer son propre ensemble de valeurs sont totalement futiles et ne risquent de conduire qu’à une dangereuse aggravation des tensions entre les civilisations. Cela ne sous-entend aucunement que nous devons renoncer complètement à nous influencer les uns les autres et à promouvoir une bonne image de notre pays sur la scène internationale.
Néanmoins, cela devrait être fait en employant des méthodes honnêtes et transparentes qui stimuleront la diffusion de la culture, de l’éducation et de la science nationales tout en faisant preuve d’un respect total vis-à-vis des civilisations des autres peuples, en guise de mesures de protection de la diversité mondiale et d’estime de la pluralité dans les affaires internationales.
Il apparaît clairement que les espoirs visant à appliquer des technologies de pointe pour la dissémination des informations et la communication, notamment les réseaux sociaux, afin de changer la mentalité d’autres peuples, créant de fait une nouvelle réalité, sont à long terme condamnés à l’échec. L’offre, sur le marché des idées d’aujourd’hui, est bien trop diversifiée, et des méthodes virtuelles ne sauraient engendrer qu’une réalité virtuelle, à moins bien entendu que nous nous en remettions à une mentalité du type Big Brother de George Orwell, et dans ce cas nous pouvons renoncer d’emblée à la notion de démocratie dans son intégralité, non seulement dans les pays qui sont soumis à une telle influence, mais également dans ceux qui l’exercent.
Le développement d’une échelle universelle de valeurs et de préceptes moraux devient une question politique de premier plan. Une telle échelle pourrait constituer les fondations d’un dialogue respectueux et fructueux entre les civilisations, basé sur l’intérêt commun qu’est la réduction de l’instabilité accompagnant la création d’un nouveau système international, et visant à finalement établir un ordre mondial solide, efficace et polycentrique. Dans cette perspective, nous ne pouvons garantir la réussite qu’en excluant les approches en noir-et-blanc, ce qui implique de traiter autant la question des préoccupations exagérées au sujet des droits des minorités sexuelles, qu’au contraire les efforts visant à faire remonter au niveau politique d’étroits préceptes moraux qui satisferaient un groupe et violeraient les droits naturels d’autres citoyens, en particulier ceux d’autres confessions.

***

Les crises, dans les relations internationales, atteignent une certaine limite qui ne peut être franchie sans porter atteinte à la stabilité mondiale. C’est pourquoi le travail visant à éteindre les incendies régionaux, y compris les conflits intérieurs aux États, devrait être réalisé de façon aussi considérée que possible, sans qu’un quelconque double standard soit appliqué. L’emploi du « bâton des sanctions » mène toujours dans l’impasse. Toutes les parties prenantes dans les conflits intérieurs doivent être assurées du fait que la communauté internationale formera un front uni et agira conformément à des principes stricts afin de mettre fin à la violence aussi rapidement que possible et d’aboutir à une solution mutuellement acceptable par le biais d’un dialogue impliquant toutes les parties.

À l’égard des crises intérieures, la Russie n’obéit qu’à de tels principes, ce qui explique nos positions sur la situation en Syrie. C’est pourquoi nous avons apporté notre soutien total et sincère à la mission de l’envoyé spécial pour l’ONU et la Ligue Arabe, Kofi Annan, visant à trouver un compromis mutuellement acceptable aussi rapidement que possible. Les déclarations de la présidence et les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU à ce sujet reflètent les approches que nous avons défendues depuis le début des troubles en Syrie ; ces idées sont en outre reflétées dans notre déclaration conjointe avec la Ligue des État Arabes adoptée le 10 mars 2012.
Si nous parvenions à mettre en application ces approches en Syrie, elles pourraient devenir un modèle d’assistance internationale pour la résolution des futures crises.

Le fondement des « six principes » de Kofi Annan est de garantir la fin des violences, peu importe d’où elles émanent, et d’initier un dialogue politique conduit par la Syrie et dont la mission serait de répondre aux préoccupations et aux aspirations du peuple syrien. Ce dialogue aurait pour but d’aboutir à une nouvelle configuration politique en Syrie qui tiendrait compte des intérêts de tous les groupes qui constituent sa société multiconfessionnelle.
Il est nécessaire d’encourager la préparation et la mise en application d’accords destinés à résoudre le conflit sans prendre partie, de récompenser ceux qui les respectent et de nommer clairement ceux qui s’opposent au processus de paix. Pour y parvenir, un mécanisme d’observation impartial est impératif, et un tel mécanisme a été mis en place conformément aux résolutions 2042 et 2043 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Des observateurs militaires russes sont présents au sein de l’équipe internationale d’observation.
Malheureusement, le processus de mise en œuvre du plan de Kofi Annan pour la Syrie progresse avec de grandes difficultés. Le monde s’est ému de massacres de civils désarmés, dont la tragédie qui s’est déroulée dans le village de Houla le 25 mai 2012 et les terribles violences ultérieures dans les environs de Hama. Il est important de clarifier les responsabilités dans ces événements, et d’en punir les responsables. Personne n’a le droit d’usurper le rôle de juge et d’utiliser ces événements tragiques pour atteindre ses propres objectifs politiques. Le fait de renoncer à de telles tentatives permettra de mettre un terme à la spirale de violence en Syrie.
Ceux qui affirment que la Russie « est en train de sauver » Bachar al-Assad ont tort. Je souhaite insister sur le fait que c’est le peuple syrien lui-même qui choisit le système politique et les dirigeants de son pays. Nous n’essayons d’aucune façon de blanchir les nombreuses erreurs et mauvais calculs de Damas, notamment l’usage de la force contre des manifestations pacifiques aux prémices de la crise.
À nos yeux, la question de savoir qui est au pouvoir en Syrie n’est pas primordiale ; il est impératif de mettre fin aux morts de civils et d’initier un dialogue politique dans des conditions où la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité du pays seront respectées par tous les acteurs extérieurs. Aucune violence ne saurait être justifiée. Le bombardement de zones résidentielles par les troupes gouvernementales est inacceptable, mais cette condamnation ne doit pas valoir indulgence vis-à-vis des actes terroristes perpétrés dans les villes syriennes, des meurtres commis par les insurgés qui s’opposent au régime, y compris ceux d’Al-Qaïda.
La logique dictant la nécessité de rompre le cercle vicieux de la violence s’est manifestée par le soutien unanime des membres du Conseil de sécurité de l’ONU au plan Annan. Nous nous offusquons des déclarations et actions de certains acteurs impliqués dans la crise syrienne, qui font preuve de leur intérêt à voir les efforts de l’Envoyé spécial échouer. Parmi elles figurent les appels de la direction du Conseil national syrien (CNS) pour une intervention étrangère. Comment de telles déclarations seraient susceptibles d’aider les soutiens du CNS à réunir l’opposition syrienne sous leur égide, rien n’est moins clair. Nous cautionnons l’intégration de l’opposition syrienne uniquement sur la base d’un dialogue politique avec le gouvernement, en totale conformité avec le plan Annan.
La Russie continue, de façon quasi-quotidienne, à travailler conjointement avec les autorités syriennes, les pressant de se conformer intégralement aux six points proposés par Kofi Annan et de renoncer définitivement à leur illusion selon laquelle la crise politique syrienne s’éteindra par elle-même d’une façon ou d’une autre. Nous travaillons également aux côtés de représentants de pratiquement toutes les branches de l’opposition syrienne. Nous sommes convaincus que si nos partenaires s’activent dans le même état d’esprit, sans mobiles cachés ni doubles standards, un règlement pacifique de la crise syrienne est possible. Nous devons peser de tout notre poids sur le régime et sur l’opposition pour les amener à interrompre les hostilités et à se réunir à la table des négociations. Nous considérons qu’il est important de mettre collectivement en œuvre des initiatives en ce sens, et de réunir une conférence internationale des États directement impliqués dans la crise syrienne. C’est avec à l’esprit le même objectif que nous entretenons des contacts rapprochés avec Kofi Annan et d’autres partenaires.
Ce n’est qu’en agissant de la sorte que nous pourrons éviter que le Proche-Orient ne sombre dans l’abysse des guerres et de l’anarchie et, comme il est de bon ton de l’affirmer, que nous pourrons rester du bon côté de l’Histoire. Nous avons la certitude que les autres formules impliquant une intervention extérieure en Syrie, qui vont du blocage des chaînes de télévision déplaisantes aux yeux de certains, à l’accroissement des livraisons d’armes aux groupes d’opposition, voire à des frappes aériennes, n’apporteront la paix ni à ce pays, ni à la région dans son ensemble. Ce qui signifie que ces solutions ne seront pas justifiées par l’Histoire.

vendredi 8 juin 2012

SYRIE : Provocations et guerres "humanitaires"…..

Le massacre de Houla en Syrie pourra-t-il servir à justifier une nouvelle guerre « humanitaire » des Etats-Unis et de leurs alliés européens ?

Le risque est sérieux car il ne faut jamais oublier que la doctrine militaire américaine envisage comme partie intégrante de ses objectifs l'exploitation d'évènements produisant un nombre important de victimes notamment de civils innocents.

OPERATION « NORTHWOODS »
Cette doctrine date de 1962 avec l’opération connue sous le nom de code Northwoods.

Planifiée par le Pentagone, sous l'autorité du général Lemnitzer, l’opération secrète Northwoods prévoyait différents scénarios : l’assassinat de civils de la communauté cubaine de Miami en Floride, la simulation de l'attaque d’un avion de ligne américain par les forces aériennes cubaines, l’explosion d’un navire américain dans les eaux territoriales cubaines... [1]

Son but visait à gagner le soutien de l’opinion publique à une guerre contre Cuba en déclenchant une vague d’indignation accusant le gouvernement révolutionnaire d'actions terroristes.

Les auteurs du plan intitulé « Justification pour une intervention militaire à Cuba » avaient même envisagé de causer des pertes dans les rangs de l’armée américaine. Ils écrivaient : « Nous pourrions faire exploser un navire de guerre dans la baie de Guantanamo et en accuser Cuba. [...] les listes des victimes dans les journaux américains causeraient immanquablement une vague d’indignation très utile ».

Ce document secret du Pentagone a été déclassifié en 2001 et peut-être consulté. [2]

A l’époque, le ministre de la Défense Robert McNamara et le président J.F. Kennedy n’ont pas donné suite à ce plan. Mais sa base fondamentale, à savoir l’utilisation de morts civils comme prétexte à une intervention « humanitaire », a été appliquée à plusieurs reprises.

LE « MASSACRE » DE RACAK (KOSOVO)

Le 15 janvier 1999, 45 cadavres sont découverts regroupés dans le village de Racak au Kosovo central.

Les Occidentaux, notamment les observateurs de l’OSCE présents sur place, imputent immédiatement à la police serbe la responsabilité d'un massacre de masse en dépit des dénégations du gouvernement yougoslave.

Pour les accusateurs, les corps découverts sont des Albanais de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) qui auraient été exécutés d’une balle dans la nuque, certains d’entre eux même mutilés après leur mort.

Toutefois, deux expertises en médecine légale contredisent cette version. L’une conclut qu'il ne s'agit pas d'un massacre et que les corps ont été mutilés a posteriori pour faire croire à une exécution, l’autre se refuse à confirmer, d'une part, qu'il s'agit d'un massacre de civils, d'autre part, que les victimes sont ou non mortes au combat.

Le rapport de la seconde expertise, établi sous la responsabilité d’un médecin finlandais, le docteur Ranta Helena, ne répondant pas aux attentes des chefs militaires américains ne sera publié qu’avec deux ans de retard.

Dès le 19 janvier, le Conseil de sécurité de l’ONU condamne le massacre et entérine la version  selon laquelle les morts seraient des civils.

De son côté, le gouvernement des Etats-Unis et la presse occidentale mènent une virulente campagne pour accuser Milosevic et le gouvernement yougoslave.

Cependant, d’autres gouvernements, dont l’Allemagne et l’Italie, contestent cette thèse et considèrent qu’à la lumière de leurs informations, les corps de Racak « n’étaient pas des victimes d’un massacre serbe de civils » mais ceux de combattants de l’UCK tués au combat.

Malgré tout, la mise en scène des cadavres de Racak est exploitée par les Occidentaux pour lancer un ultimatum inacceptable au gouvernement yougoslave lors des négociations de Rambouillet en février 1999. Le refus prévisible de ce dernier servira de prétexte à 78 jours de bombardements terroristes d’objectifs militaires et civils de la Serbie. Bilan : 2.000 morts.

Le 19 mars 1999, annonçant la décision de l’OTAN de lancer les frappes aériennes sur la Yougoslavie, Bill Clinton déclare : « Au moment où nous nous préparons à agir, nous devons nous rappeler des leçons apprises dans les Balkans. Nous devons nous souvenir de ce qui est arrivé dans le village de Racak en janvier - des hommes innocents, des femmes et des enfants ont été arrachés à leurs foyers, amenés dans un ravin, forcés à s’agenouiller dans la boue et mitraillés - pas pour quelque chose qu’ils auraient fait, mais simplement pour ce qu’ils étaient ». Mensonges !

C’est à n'en pas douter un scénario semblable qui se prépare pour la Syrie.

[1] Le 15 février 1898, l'explosion du cuirassé américain USS Maine dans la rade de La Havane - faisant 260 morts - avait servi de prétexte au gouvernement des Etats-Unis pour déclarer la guerre à l'Espagne. On peut penser que ce précédent inspirait les docteurs Folamour du Pentagone.


Jean-Pierre Dubois - blanqui.29@orange.fr

jeudi 7 juin 2012

EGYPTE : Le premier tour des élections présidentielles

Le premier tour des élections présidentielles a été organisé de manière à produire le résultat que Washington et le pouvoir égyptien poursuivent, c'est à dire renforcer l'alliance entre les deux piliers du système : le haut commandement de l'Armée et les Frères musulmans.

Dans un précédent document intitulé « La révolution arabe : un an plus tard" (14/3/2012), j’expliquais les raisons principales qui ont conduit à la victoire des Frères musulmans dans les élections parlementaires de janvier. On pouvait y lire :

« Le succès de l'islam politique exige en outre des précisions sur la relation entre la réussite de la mondialisation impérialiste, d'une part et la montée des slogans de la Confrérie d'autre part. »

La détérioration qui a accompagné cette mondialisation a engendré une prolifération des activités du secteur informel de l’économie et de la vie sociale. Ce secteur représente la principale source de revenus pour la majorité des gens en Egypte (les statistiques disent 60%).
Les organisations de la Confrérie ont un réelle capacité à travailler dans ces conditions, si bien que le succès de la Confrérie dans ces secteurs a lui-même à son tour engendré une plus grande inflation de ces activités pour ensuite assurer sa reproduction sur une plus grande échelle.
La culture politique offerte par la Confrérie est connu pour sa grande simplicité. Cette culture se limite à conférer une « légitimité » islamique au principe de la propriété privée et aux relations du « libre » marché, sans considérer la nature des activités concernées. Or ce sont des activités rudimentaires (Bazaar) qui sont incapables de pousser vers l’avant l’économie nationale et de la mener vers son développement.

En outre, la mise à disposition de fonds importants par les pays du Golfe a permis le boom de telles activités puisque ces Etats ont alimenté les fonds requis sous forme de petits prêts ou de subventions. Cela s’ajoute aux travaux de charité (cliniques, etc) qui ont accompagné ce secteur gonflé, toujours grâce à l'appui des Etats du Golfe. Les Etats du Golfe n'ont pas l'intention de contribuer au développement des capacités productives de l'économie égyptienne (construction d'usines, etc), mais seulement de contribuer au développement de cette forme de « lumpen développement ». En effet, la relance de l'Egypte comme pays en voie de développement mettrait fin à la domination des Etats du Golfe (qui est basée sur l'acceptation du slogan de l'islamisation de la société), à la domination des États-Unis (qui implique que l'Egypte soit un Etat compradore infecté par l'aggravation de la pauvreté), et à la domination d'Israël (ce qui implique une Egypte impuissante face à l'expansion sioniste).

Cet axe entre d’une part une autorité qui se cache derrière les slogans « islamiques » tout en succombant devant le capitalisme impérialiste qui prévaut et d’autre part l'appauvrissement de la population n'est pas spécifique à l'Egypte. Il s'agit d'une caractéristique commune à la plupart des sociétés arabes et islamiques. Cet axe est à l'œuvre en Iran, où le khomeinisme a assuré la domination de « l'économie de bazar » depuis le début. Il est également la cause de la catastrophe somalienne, où l’Etat a été supprimé de la liste des Etats du monde « contemporain ».

Le premier tour des élections présidentielles (23/24 mai) a été organisé de manière à produire le résultat que Washington et le pouvoir égyptien poursuivent, c'est à dire renforcer l'alliance entre les deux piliers du système : le haut commandement de l'Armée et les Frères musulmans. Et d'assurer que « rien ne sera changé ». Cela suppose également que les deux partenaires doivent trouver une solution à leur compétition pour décider qui sera "aux commandes" ou semblera l'être.

Les deux candidats sélectionnés pour le plan en œuvre étaient Mohamed Morsi (Frères musulmans) et Ahmad Chafiq (l'ancien Premier ministre de Moubarak). Les deux ont bénéficié d'un soutien financier massif et d'accès à des moyens pour leur campagne que les autres candidats ne pouvaient pas obtenir, en particulier Hamdeen Sabbahi, le meilleur représentant du mouvement pour la démocratie, le progrès social et l'indépendance nationale. Ce candidat n'est donc pas acceptable pour Washington.
Les résultats officiels ont donné 24,7% à Morsi, 23,6 à Chafiq et 20,7% à Sabbahi. Ces résultats ont été organisés de manière à éviter que Sabbahi puisse se présenter au second tour. Ces pratiques malhonnêtes de la soi-disant démocratie ont été ignorées par les médias occidentaux. Le peuple égyptien est pleinement conscient que la lutte doit continuer. Voyons ce qui va se passer...

Dessin : Carlos Latuff
Source orginale : Pambazuka
Traduit de l'anglais par Investig'Action
Source : Investig'Action