vendredi 24 février 2012

Homs dans l’enfer des groupes armés « De Misrata nous sommes venus en Syrie Libre ! »

Homs n’est malheureusement plus qu’un sinistre champ de bataille où les soldats du gouvernement affrontent des groupes armés qui, selon des témoins non alignés sur la rébellion, lancent des obus à l’aveugle, tuent pour tuer et ensuite font croire au monde que c’est uniquement le gouvernement qui pilonne.
Les médias occidentaux continuent, eux, de rapporter, comme des preuves établies, les dires de Comités locaux qui diffusent la propagande des « opposants » armés ; en coordination avec l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) basé à Londres, un organe créé et financé par les forces liées à la rébellion [1].

Pour comprendre ce qui se passe en Syrie, on ne peut donc pas se fier à l’OSDH ou à des bloggeurs qui sont partie prenante dans cette rebellion ; ni aux envoyés spéciaux dont nous constatons qu’ils se rangent systématiquement du côté d’« opposants » armés qu’ils qualifient de « héros » et qui présentent la bataille qui divise et déchire le peuple syrien sous un angle manichéen : le combat entre une opposition « luttant pour la démocratie » et un méchant dictateur.
Or les choses ne se présentent pas ainsi. Comme cela a encore été démontré par un sondage récent et les manifestations massives de soutien au véto russe et chinois, la grande majorité du peuple syrien ne veut pas de cette rébellion armée que cherchent à légitimer les puissances de l’OTAN et certains États arabes -eux-mêmes fort peu démocratiques- notamment le Qatar.
S’il doit y avoir des « héros » en Syrie il faut prendre en compte tous les côtés de la souffrance, pas uniquement les « héros » que l’Occident reconnaît…

Combien de missiles Milan ont-ils été livrés aux rebelles ?

Très nombreux sont les citoyens syriens qui en appellent à leur président afin que les forces du gouvernement interviennent. À Homs notamment, où la situation est des plus alarmantes pour des secteurs importants de la population, pris en otage par ces groupes qui occupent plusieurs secteurs de leur ville -Baba Amr, Khaldiyeh, Karm el-Zeytoun- les gens appelaient depuis des mois Damas à les protéger [2].
Leur sort est devenu encore plus angoissant depuis que les rebelles font usage des mêmes lance-missiles antichar Milan qui avaient été livrés en Libye aux rebelles libyens, il y a moins d’une année, par la France et le Qatar. On se souvient comment BHL et Sarkozy avaient alors trompé l’opinion publique en attribuant aux forces de Kadhafi l’usage de ces missiles Milan qui faisaient des victimes en Libye.
C’est le même scénario inquiétant qui se répète en Syrie. Les politiques, les ONG et les journalistes, prennent encore une fois fait et cause pour le camp de la guerre que des groupes instrumentalisés par des puissances étrangères provoquent. Ils attribuent -comme hier en Libye, sans aucune vérification sérieuse- aux forces du gouvernement les actes de barbarie perpétrés par des « opposants » armés qui effrayent la grande majorité de la population.
Depuis trois semaines les commentateurs répètent qu’Homs est pilonnée unilatéralement par l’armée syrienne. Or ses patrouilles, attaquées par des missiles Milan, auraient subi de nombreuses pertes dès le début de leur intervention. Il demeure difficile de savoir si les autorités de Damas parviendront à déloger ces groupes dotés d’armes de guerre de tous les quartiers et les villes où ils se sont infiltrés.

Le gouvernement syrien peut-il rester sans réagir ?

Il a été maintes fois démontré -dès le début de leurs faits d’armes- que ces « opposants » armés sont entraînés, encadrés et formés par des forces spéciales étrangères ; qu’il y a parmi les opposants des éléments étrangers qui agissent pour le compte de puissances dont l’implication en Syrie est patente. La télévision syrienne a diffusé il y a quelques jours les images prises récemment à Homs par un « photographe de guerre » étranger qui a suivi et filmé dans un quartier de Homs ces « opposants » armés -que les « grands reporters » glorifient- qui tirent des roquettes ou des missiles à tout va. Une image a retenu l’attention : à l’intérieur d’un immeuble, où les escaliers étaient maculés de sang et le mobilier avait été détruit, il y avait sur un mur cette inscription surprenante et lourde de signification : « De Misrata, depuis la Lybie libre, nous sommes venus en Syrie Libre ! »

Qui est responsable des massacres à Homs et pour quel objectif ?

Ces groupes armés, dont les exactions les plus odieuses sont attribuées aux soldats d’el-Assad qui sont conduits à les affronter, sont systématiquement présentées par la presse occidentale comme des « opposants » luttant pour la « démocratie ».
Pourquoi les « grands reporters » ne font-ils jamais état des témoignages de Syriens qui sont victimes de kidnappings, de tortures, d’assassinats de la part de ces « opposants » armés ?
Pourquoi, tout récemment, le président de Médecins sans frontières a-t-il ajouté à l’intoxication en livrant comme avérés aux médias les témoignages d’anonymes, situés du côté de la rébellion, -les visages masqués et dont certains n’avaient pas un accent syrien mais probablement du Golfe- présentés comme Syriens, qui tous attribuaient aux forces d’el-Assad et aux médecins des hôpitaux des actes de tortures inqualifiables sur des blessés, des enfants, etc ? [3]
Qui peut croire qu’il serait dans l’intérêt de Bachar el-Assad, de torturer son peuple, de violer des enfants et des jeunes filles. Etc ? Qui peut croire que le peuple syrien continuerait à soutenir majoritairement Bachar el-Assad s’il était le tortionnaire sanguinaire que l’on présente en Occident à des fins de propagande de guerre ?
Ces incessantes campagnes qui prennent la défense d’« opposants » violents, et non du peuple que ces « opposants » terrorisent et oppriment, sont dangereuses. Elles apportent de l’eau au moulin aux puissances –France, Grande Bretagne, États-Unis, appuyées par le Qatar et l’Arabie Saoudite- qui, depuis des mois, préparent en secret le terrain pour intervenir militairement en Syrie et n’attendent plus que le feu vert d’Obama.

Silvia Cattori

Silvia Cattori est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Silvia Cattori publiés par Mondialisation.ca

VENEZUELA : Hugo Chavez, un homme à abattre,La majorité de la presse occidentale le diabolise.

Un homme à abattre … Cette expression évoque de mauvais souvenirs pour les Burkinabè. Pourtant, il ne s’agit ni de Thomas Sankara ni de Norbert Zongo, ni même d’un Africain. L’homme dont il est question est l’actuel Président du Venezuela, Hugo Chavez. La majorité de la presse occidentale le diabolise. Il est qualifié de dictateur fou, de clown sinistre, de « populiste belliqueux », on l’accuse d’antisémitisme et d’ « anti-américanisme primaire ». On lui reproche de censurer les médias de l’opposition. On blâme sa politique économique, la nationalisation du pétrole vénézuélien, la criminalité en hausse dans son pays, ses amitiés sulfureuses avec Amadjinedja d’Iran ou le Hamas palestinien. Tout est bon pour le discréditer. Pourtant, son combat a produit des résultats dont peuvent s’inspirer bien de peuples. C’’est peut-être à cause de cela qu’il dérange certains milieux.
La campagne de dénigrement contre le président Chavez a porté ses fruits empoisonnés jusque dans le parti socialiste français qui s’est joint à « la chorale des diffamateurs ». L’influence négative de la presse française a joué en retour sur l’opinion africaine, les partis de l’opposition restant indifférents, et ceux du pouvoir se méfiant comme de la peste de ce leader charismatique (ce qui expliquerait que la langue espagnole ne soit quasiment plus enseignée au Burkina Faso). Pourtant, cet homme qui, en 2009, au IIème sommet Afrique-Amérique latine, a rendu hommage au dirigeant martyr Thomas Sankara, a de quoi susciter notre intérêt.
« La fermeté dans nos relations avec le monde africain est (…) un de nos piliers culturels. Nous avons davantage à faire avec notre continent frère, la Mère Afrique, après avoir fixé nos yeux sur l’univers occidental et capitaliste. Caracas doit devenir un pont pour toutes sortes de coopération culturelle et économique entre l’Afrique et l’Amérique Latine. », avait-il déclaré.
Pourquoi le président Hugo Chavez fait-il l’objet d’un tel déchainement de haine ? Une investigation moins partisane ne peut que provoquer de la surprise. Malgré ses difficultés persistantes, le Venezuela va nettement de l’avant. Ainsi apprenons-nous que : « 71,8% des Vénézuéliens décrivent comme positive l’administration du président Hugo Chavez, selon les résultats de l’enquête menée par l’Institut vénézuélien de données (IVAD) entre le 24 septembre et 2 octobre 2011. » et que : « 63,8 % jugent que la gestion du gouvernement dans les 11 dernières années a été positive ». Les prochaines élections auront lieu en octobre 2012. « Si elles avaient lieu aujourd’hui, toujours selon l’IVAD, Hugo Chavez serait crédité de 53,7% des voix en sa faveur contre 34,6 % à son principal concurrent ». Seulement 53,7% des voix ? C’est peu pour un dictateur… Par ailleurs, personne n’a jamais accusé de fraude ou d’irrégularités les quatre scrutins qui de 1998 à 2006 ont maintenu Chavez au pouvoir.
Le Venezuela avant Chavez
Pour comprendre le rôle de Chavez, il faut rappeler dans quel état se trouvait le Venezuela lorsqu’il a été élu, et évoquer quelques jalons de l’histoire de l’Amérique latine « découverte » par Christophe Colomb vers 1500. Les « Conquistadors » espagnols et portugais, au nom du Christ, pillèrent le continent sans vergogne et massacrèrent férocement les indiens, s’emparant de l’or et de richesses fabuleuses qu’ils rapatriaient en Espagne. L’inépuisable butin contribua à la rapide prospérité de la bourgeoisie européenne au détriment de l’aristocratie. Par la suite, quand la main d’oeuvre indienne -et gratuite- fut décimée, les navires négriers prirent la relève pendant trois siècles. Plus de 50 millions d’Africains furent victimes de ce trafic, et environ une dizaine de millions d’esclaves furent débarqués en Amérique. On peut faire remonter les débuts du capitalisme à ce commerce, car cet enrichissement prodigieux dû à un « libre-échange » sans limites est à l’origine des grandes banques dont certaines existent toujours : La Lloyd Bank, la Barclay’s Bank… Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Plus tard, le style changea mais le pillage des ressources continua. Les futurs Etats-Unis, affranchis de la tutelle de l’Angleterre, prirent la place laissée par une Espagne en déclin. L’Amérique du Sud devint le pourvoyeur d’un nouvel empire impitoyable. Les Etats-Unis n’eurent pas de mal à corrompre la bourgeoisie locale, blanche et héritière des espagnols. C’est ainsi que les populations indigènes, changeant de maitres, furent exploitées par des présidents entièrement acquis aux multinationales états-uniennes. « Les Etats-Unis qui n’ont que la « démocratie » à la bouche ont ensanglanté l’Amérique latine par le nombre incroyable de dictatures qu’ils ont mis en place ».
Amérique latine
L’ascension de la famille Cisnéros est exemplaire. A la tête d’une petite compagnie de transports, Diégo Cisnéros obtient en 1940 la concession sur les ventes de Pepsi Cola. Par des manœuvres maffieuses (accidents, incendies, sabotages), il élimine la concurrence et fait fortune. Il se lie aux dirigeants états-uniens, devient l’ami du très puissant David Rockefeller (« Tout ce qui n’appartient pas à Rocke appartient à Feller » selon un adage connu) fait main basse sur les médias, sur les centres commerciaux, les compagnies d’aviation, l’agriculture. Et par-dessus tout sur le pétrole, première ressource du pays dont les réserves dépassent même celles de l’Arabie Saoudite. Il est surtout grassement récompensé pour avoir vendu son pays – et le pétrole - aux Etats-Unis. Résultat, la plus profonde misère et la criminalité se partagent un pays pourtant gorgé de richesses et qui comporte le plus grand nombre de millionnaires en Amérique latine.
Le tournant de 1998 avec l’élection de Hugo Chavez
Brièvement brossé, tel est le tableau du Venezuela lorsqu’Hugo Chavez gagne le pouvoir par des élections démocratiques en 1998. L’étincelle est venue, en 1989, d’émeutes de la faim sauvagement réprimées par un gouvernement qui sera bientôt renversé par l’armée. Chavez, un officier issu du peuple (ses deux parents sont instituteurs), organise la résistance. Emprisonné, sa popularité grandit à mesure que la crise s’aggrave. Enfin libéré, il propose la tenue d’une Assemblée constituante pour redéfinir les bases et l’avenir du pays, et permettre aux couches populaires de reprendre leur destin en main. En 1998, élu avec 56% des voix, il proclame la « République Bolivarienne » en mémoire du grand libérateur Simon Bolivar et se met aussitôt au travail. Ses premières mesures consisteront à récupérer les secteurs clés de l’économie dont les profits filaient à l’étranger. Soutenu par le peuple, haï par la bourgeoisie « apatride », il échappera à plusieurs attentats et à un putsch organisé en 2002, lorsqu’il se réappropriera le pétrole. Bien qu’une partie des médias acquis à l’oligarchie pro américaine ait juré sa perte, Chavez maintiendra la liberté de la presse. On comprend l’importance de l’enjeu et l’âpreté de la bataille : 60% du pétrole vénézuélien partait aux Etats-Unis. L’occident ne lui pardonnera pas de vouloir développer son pays et de parvenir à rembourser la dette qui l’enchainait au FMI (qu’il surnomme « Dracula ») et à la Banque Mondiale…
Les résultats de la réappropriation des ressources nationales
Le pétrole vendu enfin à un juste prix va pouvoir financer des projets sociaux, et même aider les pays voisins. Dans le domaine de la santé, un accord « pétrole contre médecins » passé avec Cuba permettra à des médecins cubains de venir soigner gratuitement la population dans les nouveaux centres de santé. L’exode rural résultant de l’abandon des terres au profit de l’industrie du pétrole avait généré d’immenses bidonvilles à la périphérie des villes. Chavez met en œuvre une réforme agraire et redistribue aux paysans environ 3 millions d’hectares de terres accaparées par les grands propriétaires fonciers. Cette mesure vise à réduire la pauvreté et à parvenir à la souveraineté alimentaire, objectif difficile à atteindre. Dans un souci de préserver l’environnement et la diversité biologique, la culture des OGM est interdite, ainsi que la pêche intensive le long des côtes. La rente pétrolière a aussi contribué à éradiquer peu à peu l’analphabétisme et à scolariser tous les enfants, cette scolarité s’accompagne de la distribution de repas quotidiens aux élèves, faisant ainsi disparaître la malnutrition. Le chômage a considérablement diminué. L’armée, issue des classes populaires, reste fidèle et participe aux efforts du gouvernement « bolivarien ».
Les difficultés de la tâche
Si les inégalités ont fortement diminuées, il reste des problèmes très difficiles à résoudre. Chavez pensait qu’en améliorant le niveau de vie du peuple, la criminalité allait baisser automatiquement. Erreur : l’abondance des biens en circulation au contraire a fait monter la délinquance. De plus, la multiplicité des polices existantes, leur allégeance aux notables, la corruption endémique rendent bien de nouvelles lois inefficaces. Changer les mentalités forgées par des siècles d’asservissement n’est pas une mince affaire. L’hostilité virulente de la grande bourgeoisie alliée à Washington et aux multinationales états-uniennes menace sans cesse de renverser Chavez. Attaché aux valeurs démocratiques, il ne veut pas s’opposer directement à elle. Il tente de se protéger en s’alliant avec des pays voisins eux aussi gouvernés à gauche (Cuba, Chili, Brésil, Equateur, Bolivie, Argentine, Nicaragua…) et avec des pays producteurs de pétrole. Chavez est menacé aussi dans sa santé : nul ne sait si le cancer dont il souffre est véritablement en voie de guérison.
Les points faibles de Chavez : son populisme théâtral, sa tendance à attribuer des postes importants à sa famille, ses alliances stratégiques avec des dictateurs reconnus, sa difficulté à réduire l’inflation monétaire et à réguler les importations, sont réels, mais les médias occidentaux les amplifient outrageusement au détriment de l’espoir que Chavez représente pour tous les oubliés de la terre, tant les dirigeants qui se soucient vraiment de leur peuple sont rares. Derrière la caricature qu’on nous présente, il y a un grand homme sensible, intelligent et profondément pacifique.
Françoise Gérard
http://www.lefaso.net/spip.php?article46514

SYRIE : Les Etats-Unis ont reconnu l’infiltration d’Al-Qaida en Syrie... Quelles en sont les conséquences ? (As-Safir)

Suite à James Clapper, une déclaration similaire est venue du chef d’état-major des forces armées américaines (19 février Ndt), le général Martin Dempsey, qui a précisé sur CNN :
« les attentats à Alep et Damas portaient la marque d’Al-Qaïda, que cette organisation a infiltré l’opposition syrienne divisée, et que le régime est toujours capable de se maintenir au pouvoir ».
« Il ya des informations selon lesquelles le réseau terroriste d’Al-Qaïda est impliqué et cherche à soutenir l’opposition… Tant que nous n’aurons pas une vision plus claire de ce qu’est ce mouvement et de qui le compose… je pense qu’il est prématuré de prendre la décision d’armer l’opposition en Syrie »…Il a ajouté : « Une intervention en Syrie sera difficile, car elle est désormais l’arène où se jouent les intérêts de plusieurs intervenants internationaux, comme la Turquie, la Russie et l’Iran… » [1].
Si le ministre de l’Intérieur syrien avait voulu faire une déclaration sur les armes et les groupes armés sévissant en Syrie, il n’aurait pas mieux fait que le patron du renseignement américain James Clapper ; ce dernier ayant affirmé, la semaine dernière (jeudi 16 février Ndt), que « les attentats à Alep et Damas portaient la marque d’Al-Qaïda, que cette organisation a infiltré l’opposition syrienne divisée, et que le régime est toujours capable de se maintenir au pouvoir ».
Suite à James Clapper, une déclaration similaire est venue du chef d’état-major des forces armées américaines (19 février Ndt), le général Martin Dempsey, qui a précisé sur CNN : « Il ya des informations selon lesquelles le réseau terroriste d’Al-Qaïda est impliqué et cherche à soutenir l’opposition… Tant que nous n’aurons pas une vision plus claire de ce qu’est ce mouvement et de qui le compose… je pense qu’il est prématuré de prendre la décision d’armer l’opposition en Syrie »…Il a ajouté : « Une intervention en Syrie sera difficile, car elle est désormais l’arène où se jouent les intérêts de plusieurs intervenants internationaux, comme la Turquie, la Russie et l’Iran… » [1].
L’inquiétude des États-unis est donc de plus en plus grandissante face au phénomène salafiste observé en Syrie. Les hauts responsables de la sécurité à Washington se rendent compte que les salafistes sont à l’avant-scène de la rue syrienne. Par conséquent, si les barbus continuent à occuper le paysage politique et sécuritaire, cette préoccupation américaine pourrait changer le cours des choses. En effet, il est difficile pour Washington d’accepter la mainmise des salafistes sur le pouvoir en Syrie, et il lui est encore plus difficile d’accepter l’encerclement d’Israël par une telle ceinture armée « salafisto-qaidienne ». D’autant plus, qu’il est de notoriété publique que les groupes armés grignotent peu à peu l’opposition politique syrienne et pourraient contribuer à l’éliminer. Autrement dit, la vision sécuritaire américaine se rapproche de celle de la Russie et oblige à la recherche d’une troisième voie ; puisqu’au bout de 11 mois, le régime syrien est toujours aussi difficile à abattre, et l’incapacité de l’opposition à unifier ses rangs toujours aussi évidente. Haytham Manna (responsable 
à l’étranger 
du Comité national 
de coordination pour le changement démocratique [CNCD], l’une des branches de l’opposition syrienne. Ndt) ; critiquant les autres partis de l’opposition après avoir surveillé de près les progrès de l’armée syrienne à Baba Amr, Homs et Idlib ; a déclaré : « Si l’opposition syrienne transforme ses objections en une bataille militaire, la possibilité de son échec ou de sa réussite ne dépendra plus que du militaire ; et demain, même s’il n’y a plus de manifestations armées mais que notre bataille est devenue militaire, nous devrons nous incliner devant le vainqueur ». Quant à Michel Kilo, il s’est écrié : « Est-il possible qu’une révolution puisse être une vraie réussite si elle est décérébrée ou si elle s’est, elle-même, bousillée le cerveau par des interdits ? »
Russie : le feu vert militaire
Des informations fiables et disponibles confirment que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, n’a pas fixé de délai limite à l’opération militaire des autorités syriennes. Au contraire, lors de sa rencontre d’il y a quelques jours avec le Président Bachar al-Assad, il a confirmé le feu vert de la Russie pour une telle opération, à condition qu’elle soit associée à des avancées politiques. Depuis, l’armée syrienne a poursuivi ses opérations ; Al-Assad a lancé le processus référendaire pour la nouvelle Constitution, et bientôt de nombreux sujets seront débattus au sein du Congrès du Parti Baas…
A la visite de Lavrov a succédé celle du vice ministre chinois des Affaires étrangères Zhai Jun (18 février Ndt). Ses déclarations ont été reprises par la l’agence de presse Chine Nouvelle « Xinhua » : « La résolution pacifique de la crise doit se faire par le dialogue entre l’opposition syrienne et le gouvernement », position soutenue après ses multiples rencontres avec des responsables russes et des personnalités de l’opposition syrienne. Cette position chinoise s’est révélée encore plus ferme une fois qu’il a quitté Damas. En effet, le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste chinois, a été un peu plus précis : « Si jamais les pays occidentaux continuaient à soutenir les forces de l’opposition syrienne, une guerre civile pourrait éclater… la position de la Chine est d’inviter le gouvernement, les opposants, et les individus armés à l’arrêt immédiat des violences ».
Ces deux visites ont coïncidé avec plusieurs autres événements : des drones militaires américains auraient surveillé en permanence la Syrie ; deux navires de guerre iraniens sont arrivés au port de Tartous via le Canal de Suez, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a annoncé que la ville turque d’Istanbul sera l’hôte des prochains pourparlers de l’Iran avec le « Groupe 5+1 » [2]. Cette annonce aurait été précédée d’un échange de courriers entre le Haut négociateur iranien Saïd Jalili et la Haute représentante de la politique étrangère de l’Union européenne, Catherine Ashton. La Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a, quant à elle, remercié l’Iran sur pour son dernier message concernant ces négociations : « Nous croyons que c’est un pas très important et nous sommes satisfaits de ce discours ». Elle a aussi donné ses indications sur les conditions susceptibles de mener à un accord avec Téhéran, déclarant que c’est aux iraniens de « montrer leur volonté de travailler et de faire des concessions pour aboutir. Ils doivent respecter leurs obligations au niveau international » !
Iran : entre guerre et transactions
Hilary Clinton s’est entretenue de ce sujet avec Catherine Ashton, pendant que le conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison-Blanche Tom Donilon et le patron du renseignement américain James Clapper rencontraient, ce week-end, les dirigeants politiques et militaires en Israël pour les dissuader de s’engager dans une aventure militaire contre l’Iran [3]. Ce dernier a déclaré : « Une frappe israélienne ne parviendrait pas à atteindre les objectifs visés pour le long terme, mais contribuerait à l’instabilité de la région et serait une initiative mal calculée ». Une mise en garde similaire est ensuite venue du ministre britannique des Affaires étrangères William Hague : « Toute action militaire menée par Israël contre Téhéran ne serait pas une sage décision. Il faut donner une chance réelle aux sanctions économiques et aux négociations, pour convaincre Téhéran de renoncer à ses ambitions nucléaires ».
L’implication américaine dans la région, qui s’étend du Yémen jusqu’à Israël, a trois objectifs : le premier est la sécurité d’Israël et d’arriver à la persuader de patienter au sujet de l’Iran ; le second est de continuer à contenir les révolutions arabes pour en profiter et tisser des liens avec ses islamistes ; le troisième est de limiter la propagation d’Al-Qaïda et des organisations salafistes. Pour tous ces dossiers les Américains n’ont d’yeux que pour la Syrie et son avenir.
Des sources sûres affirment que les Américains, qui il y a 6 mois se sont précipités pour demander la démission d’Al-Assad, se rendent compte aujourd’hui que l’écarter par la force n’est pas si facile ; tout comme ils réalisent qu’en s’appuyant sur des groupes salafistes, islamistes, ou Al’Qaida pour atteindre cet objectif, ils risquent d’aboutir à une situation encore plus dangereuse pour eux que le régime syrien lui-même. Ils disent qu’ils ne s’attendaient pas à une telle expansion des forces salafistes en Libye, en Tunisie, et en Égypte ; observent avec inquiétude la montée du mouvement salafiste en Jordanie ; le craignent au Yémen… Qu’en sera-t-il si les salafistes arrivaient à dominer la Syrie et y établissaient des Emirats pour Al-Qaida ou d’autres ?
Le facteur russe est également sur la ligne. Moscou semble tenir, plus que jamais, à ce que le régime syrien reste en place tout en l’encourageant à aller de l’avant et à poursuivre les réformes. Le Premier ministre russe Vladimir Poutine (vraisemblablement vainqueur des élections présidentielles dans deux semaines) a déclaré, dans un article publié hier, que la concurrence avec l’Occident n’est pas une question de tactique et que la Russie allait s’armer comme jamais auparavant. Il a parlé de « nouvelles menaces locales et régionales » disant : « Nous voyons d’autres tentatives pour susciter de nouveaux conflits à proximité de nos frontières ou de celles de nos alliés… ». Par conséquent, il ne fait aucun doute que la Syrie est devenue un puissant allié de Moscou et qu’elle est concernée par ces déclarations
Guerre des intérêts
Nous sommes désormais à un carrefour où se télescopent les intérêts cruciaux des États. Les fondamentaux s’écartent pour laisser place à de nouvelles orientations. L’Iran a décidé des modalités de sa négociation avec les pays occidentaux sur son programme nucléaire et cherche à élargir le cadre de la négociation pour arriver à une transaction raisonnable. Ce faisant, l’Iran réfléchit aussi sur la Syrie, l’Irak, le Liban et la région en général. Il n’est plus question de traiter ces dossiers séparément. L’Iran a suffisamment haussé le ton ces derniers temps. Il a menacé de fermer le détroit d’Ormuz. Il a envoyé ses navires de guerre vers Tartous avec le feu vert indiscutable de la Russie et de la Chine, lesquels sont passés par le port de Djeddah puis à travers le Canal de Suez. Le défi était clair, signifiant qu’il est impératif d’élargir le cadre des négociations. L’Iran n’acceptera pas la chute du régime syrien quoi qu’il en coûte. Les iraniens considèrent que la Syrie fait face à une guerre dirigée contre eux-mêmes. La Syrie est donc leur première ligne de défense contre cette guerre.
Toujours dans le langage des intérêts, la Turquie a réglé son problème de gazoduc avec la Russie. Le projet « South Stream » remplace désormais le projet « Nabucco » [4]. Le gazoduc traversera la mer Noire en direction du marché européen et passera par les eaux turques jusqu’à la Bulgarie. L’alliance turco-russe met l’Europe à la merci du gaz russe. Cet accord est intervenu quelques semaines après la colère turque contre la France, en raison d’une loi criminalisant la négation du génocide arménien. Il intervient aussi suite à la visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Chypre, pour des négociations qui ouvriront la voie à une lutte acharnée sur les gisements gaziers découverts en mer Méditerranée. Est-il raisonnable de dissocier les intérêts de la Russie en Syrie de ses intérêts pour la prospection de gisements gaziers ? Pourrait-elle les abandonner au seul profit des Américains et Européens ?
Dans ce contexte diplomatique régional et international chauffé à blanc sur mer et dans les airs, se tient à Islamabad une réunion entre Iran, Pakistan et Afghanistan. Les dirigeants de ces trois pays ont annoncé leur intention d’empêcher toute ingérence étrangère dans leurs affaires. L’Iran envoie beaucoup de signaux vers l’Egypte, et annonce sa volonté de lier le Liban, la Syrie et l’Irak par un réseau électrique dont elle serait la base. L’Iran dit ce qu’elle a à dire au milieu des déclarations répétées sur son combustible nucléaire et ses centrifugeuses !
En face, les contre-mesures se déchaînent. Des rapports sont publiés insistant sur la détermination des pays occidentaux à faire pression en faveur des mouvements d’opposition aux gouvernements russe et iranien ; les des deux pays se dirigeant vers des élections. Plusieurs incidents ont eu lieu au Kazakhstan en Décembre 2011. Le gouvernement russe craint les tentatives visant à saper la stabilité en Asie centrale… En 10 ans, ont été construits plus de 1500 mosquées au Kazakhstan et 19 écoles coraniques au Tadjikistan qui, chaque année, délivrent 400 diplômes… En Ouzbékistan les Tablighis appellent pour un califat islamique… C’est toute cette réalité qui était sous entendue dans l’article de Poutine parlant de menaces. Il est tout aussi conscient du fait que le bouclier antimissile de l’OTAN n’est pas moins dangereux que le bouclier islamiste.
Les dirigeants russes s’activent dans plusieurs directions à la fois pour accélérer et renforcer leur projet d’ « Union Eurasiatique » [5]. L’« Organisation du traité de sécurité collective » qui comprend la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan décide « d’interdire toute présence militaire étrangère sur les territoires des pays de cette organisation à moins d’obtenir le consentement de tous ses membres ». Le nouveau géant russe s’avance vers les pays lointains et dresse, au Conseil de sécurité, un barrage face aux résolutions occidentales.
Washington tente d’affaiblir le rôle de la Russie. Les responsables américains se succèdent en Turquie sous prétexte de commémorer l’anniversaire de la fondation de l’OTAN. Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu insiste sur l’importance de l’alliance. Le journal israélien « Haaretz » souligne que « compte tenu de la détérioration des relations entre la Turquie et Israël, et en l’absence d’une nouvelle initiative visant à résoudre cette crise, Israël sera forcé d’abandonner un trésor vital (les radars implantés en Turquie). Cette précision intervient suite aux multiples signaux envoyés par Ankara qui s’inquiète des interventions de Netanyahu à Chypre. Israël estime que la Turquie la traite avec trop de condescendance depuis qu’elle a pris le contrôle des Frères Musulmans dans nombre de pays arabes.
Les émissaires américains se répandent dans les pays arabes, très inquiets de l’éventuelle réussite du modèle russe en Syrie et plus qu’anxieux de voir l’alliance Iran - Syrie - Hezbollah reprendre ses positions en Irak et au Liban. Abattre Al- Assad était le moyen efficace pour briser cette alliance, mais la scène a changé. Le spectre salafiste s’est invité… et les États-Unis ont du souci à se faire. Il se dit que des tentatives de rapprochement avec la Russie sont en cours et qu’il ne serait pas inutile que l’Iran et la Turquie y participent pour trouver la sortie.
Des sources sûres indiquent que les États-Unis, qui haussent le ton contre Al-Qaida, pourraient paver la voie à quelque chose d’autre. Les scénarios se multiplient. Le principal étant celui qui envisage un accord sur la période de transition en Syrie de telle sorte que le régime reste tel qu’il est, mais que le Président cède le pouvoir à une personnalité issue du cœur même du régime. La Russie rejette cette proposition. Un deuxième scénario stipule que le Président reste en place mais que le régime s’ouvre à d’autres partis et change de nature. Les États-Unis et la France rejettent cette proposition, parce qu’il leur est très difficile de battre en retraite en cessant de réclamer la démission du Président syrien. D’où un troisième scénario qui met l’accent sur la nécessité du dialogue, entre les autorités actuelles présidée par Bachar al-Assad et l’opposition, pour aboutir à un consensus sur un gouvernement d’Union Nationale et sur une période de transition qui assurerait la tenue d’élections libres et garantirait leur intégrité. C’est sur ce dernier scénario que travaillent la Russie, la Chine et l’Iran ; avec Téhéran qui espère amener Ankara à s’y associer.
Al-Qaïda : invention américaine ?
Une autre possibilité, non moins dangereuse, existe. Il se dit que les États-Unis pourraient fermer les yeux sur les salafistes et Al-Qaida pour accélérer la chute du régime syrien. Dans cette optique, ils coordonneraient leurs efforts avec certaines parties de l’opposition en vue d’accroître leur armement et d’élargir les zones des attentats et assassinats… Beaucoup soulignent le rôle du Qatar, surtout depuis que Doha a cherché à réunir les Talibans et certains responsables américains sur son sol. Certains journaux britanniques ont d’ailleurs souligné la possibilité d’un tel accord entre Al-Qaida et les États-Unis. Il se dit beaucoup de choses… mais la vérité est une ... la Syrie est désormais l’arène d’une lutte d’un autre genre… nombreux sont les intervenants impliqués dans ce jeu sanglant.
Quant aux Arabes qui, comme d’habitude, se sont égarés dans le marasme des équilibres régionaux et internationaux, ils s’escriment à vouloir unir l’opposition et à l’aider politiquement et militairement. Ainsi, bien avant que les responsables américains ne prétendent avoir abandonné l’idée d’armer l’opposition, ils ont annoncé la tenue d’une conférence des « Amis de la Syrie » prévue en Tunisie le 24 Février courant. Si elle a lieu, elle précisera si les américains ont réellement abandonné leur idée d’armement ou bien s’ils ont décidé de le faire sous la table. En effet, il n’est pas exclu que les volontés convergent et que l’objectif des États-Unis et des pays du Golfe demeure centré sur la chute d’Al-Assad.
Les États-Unis continuent à faire pression sur les arabes pour continuer à faire pression sur la Syrie et l’Iran. Les pressions de la guerre menée sur le terrain syrien accentuent la fragmentation de ces mêmes arabes face à la crise syrienne. L’Égypte rappelle son ambassadeur à Damas. Après la Tunisie, c’est au Maroc d’adresser une invitation officielle à l’opposition syrienne. L’Arabie saoudite reprend la main après avoir délégué le Qatar contre la Syrie. Les salafistes s’agitent en Jordanie. Rien ne pourrait les arrêter si ce n’est une coordination étroite entre les organes de sécurité syriens et jordaniens… irakiens, turcs et libanais. Et… ils ont quand même réussi à empêcher Damas de participer au sommet de la Ligue arabe en Irak.
Quelles sont les possibilités ?
Désormais, le véritable désaccord entre la Russie et les États-Unis se concentre sur le Président et non sur le régime syrien. Sarkozy, Obama, et d’autres… accepteraient-ils que le Président syrien reste en poste si cela pouvait garantir de frapper Al-Qaida et les salafistes tout en permettant à l’opposition de partager le pouvoir, ou bien persisteront-ils à vouloir appliquer leur solution yéménite ?
En attendant la réponse, la direction syrienne accélère ses frappes contre les groupes armés, tandis que les insurgés tentent de la contourner par l’escalade des attentats et assassinats qui pourraient se multiplier dans différentes villes, en particulier à Damas et à Alep dans le but de généraliser le désordre et ainsi, embarrasser le régime. La crise syrienne est passée d’une simple demande de réformes à un conflit armé, sectaire, ou se sont glissés les puissances régionales et internationales, et rien n’indique sa fin, aussi longtemps que le dossier iranien reste lui aussi au cœur du conflit et des ajustements exigés, si jamais ils ont lieu !
Rien ne pourra sauver la Syrie si ce n’est le dialogue sérieux pour la mise en œuvre des réformes fondamentales, dialogue parrainé par les Russes et les Chinois avec la participation de l’Iran et de la Turquie, et sous couverture non déclarée de l’Occident pour sauver la face de tous les intervenants. Tant que ce dialogue n’aura pas lieu, la Syrie reste condamnée à verser encore plus de sang.
Sami KLEIB 21/02/2012
Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal (Biologiste) le 22/02/12
Sources :
http://www.laulan.fr/
http://www.assafir.com/Article.aspx?EditionId=2081&ChannelId=49545&ArticleId=2083&Author=سامي 
URL de cet article 15927 http://www.legrandsoir.info/les-etats-unis-ont-reconnu-l-infiltration-d-al-qaida-en-syrie-quelles-en-sont-les-consequences.html

mercredi 22 février 2012

Khader Adnane : Un homme de "principes qui s'accrochera à sa lutte" même "au prix de sa vie". C’est par ces termes que son épouse, Randa, a décrit hier Khader Adnane..

Avec 66 jours sans s'alimenter, il détient le record de la plus longue grève de la faim de l'histoire du conflit israélo-palestinien .
Un homme de "principes qui s'accrochera à sa lutte" même "au prix de sa vie". C’est par ces termes que son épouse, Randa, a décrit hier Khader Adnane, saluant la "victoire" de son mari.
Ce militant du Jihad islamique, qui a observé la plus longue grève de la faim de l'histoire du conflit israélo-palestinien, n'en était pas à sa première grève de la faim quand il a commencé à refuser de s'alimenter au lendemain de son arrestation le 17 décembre dernier.
Boulanger de métier, Khader Adnane, né le 24 mars 1978 dans le village d'Arabeh (nord-est de la Cisjordanie), a rejoint les rangs du Jihad islamique en 1996, alors qu'il était étudiant en mathématiques à l'université de Bir Zeit, près de Ramallah.
Arrêté une première fois par les Israéliens en mars 1999, il passe quatre mois en détention administrative. Huit mois plus tard, il est interpellé par l'Autorité palestinienne pour avoir incité d'autres étudiants à jeter des pierres sur le Premier ministre français Lionel Jospin en visite. Il observe alors une première grève de la faim, qui dure 10 jours.
A partir de décembre 2002, il passe un an en détention administrative et six mois après sa remise en liberté, il est à nouveau arrêté puis placé à l'isolement. Il proteste contre cette mesure en refusant de s'alimenter pendant 28 jours, jusqu'à ce que les services pénitentiaires israéliens le remettent avec les autres détenus.
A nouveau arrêté en août 2005, il est emprisonné 15 mois puis passe six mois en détention administrative à partir de mars 2008.
Porte-parole du Jihad islamique depuis 2000, ses activités politiques lui valent d'être à nouveau arrêté par l'Autorité palestinienne en octobre 2010.
Cette grève de la faim emblématique a jeté la lumière sur la détention administrative, une procédure héritée du mandat britannique sur la Palestine.

Maroc : Le Mouvement du 20 février, une année de combat et d’espoir....Par ce mouvement, les masses opprimées s’opposent obstinément à un système archaïque, sclérosé et figé qui les opprime...

Une année déjà ! Une année chargée de luttes, de sacrifices et surtout d’espoir. Espoir de voir enfin le Maroc débarrassé du joug du Makhzen, de la torture, de la corruption, de l’ignorance et de la misère...
Une année de marches dans la dignité ! Hommes, femmes et enfants marchent des heures durant à travers tout le Maroc, soudés et unis par cette foi inébranlable dans une société meilleure. Par ce mouvement, les masses opprimées s’opposent obstinément à un système archaïque, sclérosé et figé qui les opprime. Ni la nouvelle constitution octroyée par le Palais, ni les élections législatives organisées par le Ministère de l’intérieur, ni le départ des islamistes d’Al Adl Wal Ihsane ( Justice et bienfaisance) des rangs du Mouvement du 20 février n’ont pu arrêter ces marcheurs de la dignité.
Répartition équitable des richesses, démocratie, dignité etc. exigent les contestataires. « Vive le peuple, à bas le Makhzen », « à bas la dictature » scandent à l’unisson et sans relâche les manifestants. Ce cri collectif jaillit des décennies d’esclavage social, d’humiliations et de frustrations.
L’antagonisme du Mouvement du 20 février et du Makhzen reflète, en dernière analyse, l’opposition entre les oppresseurs et les opprimés. Le grand mérite du Mouvement réside dans son existence même. Il a ravivé une lutte de classes que le pouvoir croyait révolue. Jamais l’histoire récente du Maroc n’a connu une période aussi riche et aussi chargée de luttes populaires intenses même si le combat contre le Makhzen ne date pas du 20 février 2011. Le Mouvement a libéré la vitalité et la créativité des masses opprimées qui ont fait preuve d’une grande maturité politique et organisationnelle. Dans la lutte, elles ont aussi appris à relever la tête et à se dresser contre leur ennemi de classe. Les contestataires n’ont désormais plus peur d’exposer à la face du régime leurs revendications et leurs buts. Ils sont prêts à soutenir une lutte de longue halène. Ces « damnés de la terre » savent que le pouvoir ne lâchera rien sans combat et sans sacrifices. Ils sont en quelque sorte condamnés à marcher, à se battre, à offrir des martyrs, des blessés et des prisonniers. Ce sont les masses qui font l’histoire !
En parallèle des marches pacifiques hebdomadaires, éclatent ici où là des révoltes populaires spontanées : Taza, Salé, Al hoceima, Khouribga, Beni Mellal, etc. Les villes marocaines, phénomène nouveau, deviennent de plus en plus solidaires les unes des autres car elles subissent les mêmes problèmes de chômage, de la hausse continue du coût de la vie, de la dégradation des services publics et, d’une manière générale, de la marginalisation des classes populaires.
Des hommes et des femmes, poussés par des injustices et des humiliations insupportables, vont jusqu’à mettre le feu à leur propre corps se transformant ainsi en torches humaines. Le souvenir de Mohamed Bouazizi est toujours vivant dans la mémoire collective et individuelle. Ainsi se poursuit un combat permanent, multiformes et parfois tragique contre le despotisme et la misère malgré la répression, les intimidations et les manœuvres en tout genre du pouvoir et de ses alliés de classes.
Face au Mouvement, se dressent, en plus du Makhzen et son appareil répressif et médiatique, toute une kyrielle de partis politiques anciens et nouveaux, tous domestiqués par le Palais depuis longtemps : le Parti de l’Istiqlal (conservateur), l’Union Socialiste des Forces Populaires (social-démocrate), le Parti de la Justice et du Développement (islamiste) installé aujourd’hui au gouvernement par le Palais, le Parti du Progrès et du Socialisme (ancien parti communiste) et un ensemble de partis créé de toutes pièces par le Makhzen au gré des élections qu’il fabrique régulièrement depuis l’indépendance politique du Maroc en 1956. Contrairement à la Tunisie de Ben Ali ou à l’Égypte de Moubarak qui ont éliminé ou poussé à la clandestinité les organisations politiques (en dehors des Frères Musulmans en Égypte), le régime marocain, lui, multiplie le nombre de partis qui servent ses intérêts, consolidant ainsi son hégémonie et sa domination de classe.
Le Mouvement est également combattu par l’impérialisme et les monarchies pétrolières du Golfe(1). Le soutien de ces forces ennemies du progrès et de la démocratie au Makhzen est total. En France par exemple, le Maroc est présenté comme un modèle à suivre. Les aspirations du peuple marocain à la démocratie et à la modernité ne pèsent pas lourd face aux intérêts économiques de la bourgeoisie française au Maroc (2). Les médias bourgeois occidentaux, quasiment tous entre les mains d’industriels et de financiers, et Al Jazeera propriété du « grand démocrate », l’émir du Qatar, se taisent lamentablement sur les manifestations pacifiques qui se déroulent depuis plus d’un an non seulement au Maroc, mais aussi à Bahreïn, au Yémen, en Jordanie, en Arabie Saoudite etc. Le silence de ces médias sur ces luttes n’a d’égal que l’hystérique propagande contre la Syrie et l’Iran.
Le citoyen européen, américain, canadien etc. n’a droit qu’à la propagande grossière qui le rabaisse et le prive des liens de solidarité et de fraternité avec les peuples réellement en lutte contre l’absolutisme. Il risque de se trouver ainsi dans une position qui peut l’amener à soutenir les manœuvres impérialistes de son propre gouvernement.
Le Mouvement du 20 février doit montrer aux masses populaires que la lutte contre le Makhzen ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée par un combat anti-impérialiste. L’impérialisme est partout l’ennemi des peuples et du progrès. Il tente d’écraser les soulèvements authentiques des peuples du monde arabe contre des régimes d’un autre âge, soit pour maintenir au pouvoir ces régimes, qui servent ses intérêts, soit pour renverser des gouvernements qui ne lui sont pas totalement soumis. Ainsi il a écrasé dans le sang la révolte du peuple de Bahreïn par l’intermédiaire d’une « grande démocratie », l’Arabie Saoudite(3). Il a détruit tout un pays, la Libye pour y installer un nouveau régime lui permettant de pomper allègrement le pétrole du peuple libyen. La Libye aujourd’hui ressemble à un vaste centre de torture que même les ONG comme Médecins sans Frontière (MSF) rechignent à devenir « l’auxiliaire des tortionnaires ». « L’intervention militaire avait été conduite en 2011 au nom de la « protection des civils », mais voilà que l’image du « combat pour la liberté » mené en particulier par la France et le Royaume Uni, apparaît terni par les exactions que commettent des anciens rebelles » écrivait dans son édition du 19/20 février 2012 Le Monde, journal bourgeois par excellence et ardent défenseur de l’intervention de l’OTAN en Libye. L’impérialisme tente aujourd’hui d’envahir la Syrie, comme hier il a envahi l’Irak, pour asservir son peuple et pour mieux peut-être affaiblir demain l’Iran (4).
Le Mouvement du 20 février doit également accorder une large place dans ses revendications à l’émancipation de la femme marocaine notamment dans le domaine économique et scolaire. Dans le Maroc d’aujourd’hui, l’accès des femmes au marché du travail reste faible (28 femmes contre 84 hommes) et plus de la moitié d’entre elles ne sait ni lire ni écrire. Leur revenu est quatre fois inférieur à celui des hommes (5). Mais sans la participation massive des travailleurs, des précaires, des chômeurs et des paysans pauvres, il sera difficile pour le Mouvement d’élever le niveau et l’intensité de la lutte des classes et, partant, d’élargir le champs de ses revendications.
Malgré ses faiblesses, le Mouvement du 20 février reste un événement majeur dans l’histoire des luttes de classes au Maroc. Il a pu courageusement tenir tête à tous ses ennemis, à commencer par le puissant Makhzen. Les masses populaires opprimées n’espèrent pas des miracles du Mouvement. D’autres étapes et d’autres combats l’attendent. Elles savent que la lutte sera dure et la marche vers cette forme de vie supérieure sera longue. Mais elles savent également que le processus de changement et de transformation sociale est enclenché.
Par ses manifestations hebdomadaires pacifiques, le Mouvement du 20 février a redonné considération, dignité et espoir à toutes celles et ceux qui, hier encore, étaient sans espoir.
Mohamed Belaali
URL de cet article 15910
http://www.legrandsoir.info/maroc-le-mouvement-du-20-fevrier-une-annee-de-combat-et-d-espoir.html

mardi 21 février 2012

Lettre à une journaliste...je ne soutiens aucun régime-je soutiens une politique de non ingérence..

....En réalité, je ne soutiens aucun régime-je soutiens une politique de non ingérence, c’est-à-dire que non seulement je rejette les guerres humanitaires, mais aussi les élections achetées, les révolutions colorées, les coups d’état organisés par l’Occident etc.....
 ....Mais la gauche occidentale a été complètement convaincue par les arguments en faveur de l’ingérence humanitaire et, en fait, critique très souvent les gouvernements occidentaux parce qu’ils ne s’ingèrent pas assez à leur goût.....

Une journaliste (dont je ne mentionnerai ni le nom ni le journal pour lequel elle travaille) m’a posé une question à propos de mon « soutien aux dictateurs » (en particulier Assad), de l’ingérence dans les affaires intérieures de pays comme la Syrie que ce soutien représenterait, de mes liens avec l’extrême droite ainsi qu’avec des sites « conspirationnistes » et de la « caution » rationaliste et progressiste que je leur apporterais.
Voici ma réponse :

Vous soulevez deux questions importantes : mon « soutien aux dictateurs » et mes « liens avec l’extrême droite ». Ces questions sont importantes, non parce qu’elle seraient pertinentes (elles ne le sont pas), mais parce qu’elles sont au coeur de la stratégie de diabolisation des modestes formes de résistance à la guerre et à l’impérialisme qui existent en France. C’est grâce à ce genre d’amalgames que mon ami Michel Collon a été interdit de parole à la Bourse du travail à Paris, suite à une campagne menée par de soi-disant anarchistes.
Tout d’abord, puisque vous parlez de rationalisme, pensons au plus grand philosophe rationaliste du 20ème siècle : Bertrand Russell. Que lui est-il arrivé lors de la Première Guerre mondiale, à laquelle il était opposé : on lui a reproché de soutenir le Kaiser évidemment. L’astuce qui consiste à dénoncer les opposants aux guerres comme soutenant la partie à laquelle on fait la guerre est vieille comme la propagande de guerre. Dans les dernières décennies, j’ai ainsi « soutenu » Milosevic, Saddam Hussein, les talibans, Kadhafi, Assad et peut-être demain Ahmadinedjad.
En réalité, je ne soutiens aucun régime-je soutiens une politique de non ingérence, c’est-à-dire que non seulement je rejette les guerres humanitaires, mais aussi les élections achetées, les révolutions colorées, les coups d’état organisés par l’Occident etc. ; je propose que l’Occident fasse sienne la politique du mouvement des pays non alignés, qui, en 2003, peu avant l’invasion de l’Irak, souhaitait « renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire en respectant pleinement la Charte des Nations Unies » et réitéraient « le rejet par le mouvement des non alignés du soi-disant droit d’intervention humanitaire qui n’a aucune base dans la Charte des Nations Unies ou dans le droit international. » C’est la position constante de la majorité de l’humanité, de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de l’Amérique Latine, de l’Union africaine. Quoi que vous en pensiez, cette position n’est pas d’extrême droite.
Comme j’ai écrit un livre sur ce sujet (Impérialisme humanitaire Aden, Bruxelles), je ne vais pas expliquer en détail mes raisons ; je noterai simplement que si les Occidentaux sont tellement capables de résoudre les problèmes de la Syrie, pourquoi ne résolvent-ils pas d’abord ceux de l’Irak, de l’Afghanistan ou de la Somalie ? Je ferai également remarquer qu’il y a un principe moral élémentaire qu’il faudrait respecter quand on s’ingère dans les affaires intérieures des autres pays-en subir les conséquences soi-même. Les Occidentaux évidemment pensent qu’ils font le bien partout, mais les millions de victimes causées par les guerres d’Indochine, d’Afrique australe, d’Amérique centrale et du Moyen-Orient voient sans doute les choses différemment.
Pour ce qui est de mes liens avec l’extrême droite, il y a deux questions distinctes : que veut-on dire par liens et que veut dire extrême droite ? Je ne demanderais pas mieux que de manifester avec toute la gauche contre la politique d’ingérence, comme je pense qu’elle devrait le faire. Mais la gauche occidentale a été complètement convaincue par les arguments en faveur de l’ingérence humanitaire et, en fait, critique très souvent les gouvernements occidentaux parce qu’ils ne s’ingèrent pas assez à leur goût. Donc, les rares fois où je manifeste, je le fais avec ceux qui sont d’accord pour le faire, qui ne sont pas tous d’extrême droite, loin de là (à moins évidemment de définir comme étant d’extrême droite le fait de s’opposer aux guerres humanitaires), mais qui ne sont pas non plus de gauche au sens usuel du terme, vu que le gros de la gauche appuie la politique d’ingérence. Au mieux, une partie de la gauche se réfugie dans le « ni-ni » : ni l’Otan, ni le pays attaqué au moment donné. Personnellement, je considère que notre devoir est de lutter contre le militarisme et l’impérialisme de nos propres pays, pas de critiquer ceux qui se défendent par rapport à eux, et que notre position n’a rien de neutre ni de symétrique, contrairement à ce que suggère le slogan « ni-ni ».
Par ailleurs, j’estime avoir le droit de rencontrer et de parler avec qui je veux : il m’arrive de parler avec des gens que vous qualifieriez comme étant d’extrême droite (même si je ne suis, dans la plupart des cas, pas d’accord avec cette qualification), mais bien plus souvent avec des gens d’extrême gauche et plus souvent encore avec des gens qui ne sont ni l’un ni l’autre. Je m’intéresse aux Syriens qui sont opposés à la politique d’ingérence, parce qu’ils peuvent me fournir éventuellement des informations sur leur pays allant à l’encontre du discours dominant, alors que je connais évidemment, à travers les médias, le discours des Syriens pro-ingérence.
Pour ce qui est des sites, je m’exprime là où je peux — de nouveau, si le NPA, le Front de gauche ou le PCF veulent m’écouter ou même débattre de façon contradictoire avec moi sur la politique d’ingérence, je suis prêt à le faire. Mais ce n’est pas le cas. Je note que les sites « conspirationnistes » comme vous dites, sont bien plus ouverts puisqu’ils savent en général que je ne partage pas leurs analyses, en particulier sur le 11 septembre, et m’acceptent quand même. Par ailleurs, les individus que je connais et qui publient sur ces sites ne sont nullement d’extrême droite et le simple fait d’être sceptique par rapport au récit officiel sur le 11 septembre n’a rien, en soi, d’extrême droite.
Le monde est bien trop compliqué pour garder une attitude « pure », où l’on ne rencontre et parle qu’avec des gens de « notre bord ». N’oublions pas qu’en France c’est la Chambre élue lors du Front populaire qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain (après l’exclusion des députés communistes, et avec le concours des sénateurs). Et l’opposition à la collaboration réunissait les staliniens (à l’époque les communistes l’étaient vraiment) et les gaullistes, dont beaucoup étaient, avant guerre, très à droite. La même chose se produisait pendant la guerre d’Algérie ou du Vietnam, l’opposition à celles-ci rassemblant, entre autres, communistes, trotskistes, maoïstes, chrétiens de gauche, pacifistes-à propos, est-ce que Staline, le FLN algérien et Ho Chi Minh étaient démocrates ? Avait-on tort de les « soutenir », c’est-à-dire de s’opposer avec eux au nazisme ou au colonialisme ? Et dans les campagnes anticommunistes des années 80, la gauche des droits-de-l’homme ne faisait-elle pas cause commune avec toute une série de nationalistes extrêmes ou d’antisémites (Soljenitsyne par exemple) ? Et aujourd’hui, les partisans de l’ingérence en Libye et en Syrie ne font-ils pas cause commune avec le Qatar, l’Arabie Saoudite et une série de mouvements salafistes ?
Ensuite, j’ai un problème avec la définition « d’extrême droite ». Je sais bien ce que vous entendez par là, mais pour moi ce qui compte, ce sont les idées, pas les étiquettes. Agresser des pays qui ne vous menacent pas (ce qui est l’essence du droit d’ingérence) pour moi c’est une idée d’extrême droite. Punir des gens à cause de leurs opinions (comme le fait la loi Gayssot), pour moi c’est une idée d’extrême droite. Enlever à des pays leur souveraineté et par conséquent le fondement de la démocratie, comme le fait de plus en plus la « construction européenne », pour moi c’est une idée d’extrême droite. Dire « qu’Israël est très critiqué parce que c’est une grande démocratie », comme s’il n’y avait pas d’autre raison de critiquer Israël, pour citer celui pour qui presque toute la gauche votera au 2ème tour (François Hollande), pour moi c’est une idée d’extrême droite. Opposer de façon simpliste l’Occident au reste du monde, en particulier à la Russie et à la Chine (comme une bonne partie de la gauche le fait aujourd’hui au nom de la démocratie et des droits de l’homme), pour moi c’est une idée d’extrême droite.
Si vous voulez trouver un endroit où je serais sans hésitation en accord avec la « gauche », voyagez un peu, et allez en Amérique latine. Là vous verrez toute une gauche qui est anti-impérialiste, populaire, souverainiste et démocratique : des dirigeants comme Chavez, Ortega et Kirchner sont élus et réélus avec des scores impensables ici, y compris pour la « gauche démocratique », et ils font face à une opposition médiatique bien plus dangereuse qu’un simple Faurisson (cette opposition va jusqu’à appuyer des coups d’état), mais qu’ils ne penseraient jamais interdire.
Malheureusement, en Europe et surtout en France, la gauche a capitulé sur beaucoup de choses, la paix, le droit international, la souveraineté, la liberté d’expression, le peuple, et le contrôle social de l’économie. Cette gauche a remplacé la politique par la morale : elle décide, dans le monde entier, qui est démocrate et qui ne l’est pas, qui est d’extrême droite et qui est fréquentable ou non. Elle passe son temps à bomber le torse en « dénonçant » les dictateurs, leurs complices, les phrases politiquement incorrectes, ou les antisémites, mais elle n’a en réalité aucune proposition concrète à faire qui puisse rencontrer les préoccupations des populations qu’elle prétend représenter.
Ces abandons multiples de causes progressistes ouvrent effectivement un boulevard à une certaine extrême droite, mais la faute en incombe à ceux qui ont accompli et accepté ces changements, pas à ceux qui tentent modestement de résister à l’ordre du monde.
Jean Bricmont
URL de cet article 15904 http://www.legrandsoir.info/lettre-a-une-journaliste.html

lundi 20 février 2012

Réhabilitons Rosa Luxemburg...ou le second meurtre de la rose rouge

.....Le problème lorsque l’on assassine un(e) théoricien(ne), c’est que son œuvre reste vivante. Ainsi, il serait intéressant de faire une autopsie du second assassinat (intellectuel cette fois-ci) de Rosa Luxemburg par l’Histoire française afin de réhabiliter la mémoire de celle que la comédienne Anouk Grinberg nomme assez justement « Rosa, la vie ».....

« Nous assistons à l’effondrement du vieux monde qui croule par pans entiers, jour après jour. Ce qui est le plus surprenant, c’est que la plupart des gens ne s’en aperçoivent pas et croient marcher encore sur un sol ferme. » (Rosa Luxemburg – Lettres de prison, 1916-1918)

À l’étranger, la France est connue pour ses manifestations et son histoire révolutionnaire. De 1789 à la révolution de 1830 et aux Canuts lyonnais de 1831, de 1848 à la Commune de Paris de 1871 – dans laquelle Marx et Engels voyaient l’exemple de la dictature du prolétariat, des grèves de 1936 à Mai 1968. Aujourd’hui, alors que la fin de l’Histoire a été proclamé de tous les côtés, il y a un fort sentiment d’avoir fait le tour de la question révolutionnaire et la rébellion a fait place à la résignation.
Cependant, un paradoxe de l’histoire française fait qu’aujourd’hui un nom reste trop mal connu : celui de Rosa Luxemburg. En effet, Rosa Luxemburg utilise abondamment l’histoire française dans ses textes (notamment la révolte des canuts à Lyon et la commune de Paris), elle parlait également très bien le français (allant même jusqu’à traduire certains discours de Jean Jaurès). La relation de Luxemburg à la France est donc très forte, cependant l’inverse ne semble pas vrai. Alors que le président de la République actuel appelle à copier une Allemagne qui assassine les classes populaires et moyennes, il serait plus intéressant de s’inspirer d’une certaine culture révolutionnaire allemande qui reste bien vivante à travers le souvenir de Rosa Luxemburg. Après son arrestation – avec Karl Liebknecht – en 1919, elle est sauvagement assassinée par des corps francs (Freikorps) sous les ordres d’un social-démocrate Gustav Noske (qui a également violemment réprimé la révolte spartakiste). Le problème lorsque l’on assassine un(e) théoricien(ne), c’est que son œuvre reste vivante. Ainsi, il serait intéressant de faire une autopsie du second assassinat (intellectuel cette fois-ci) de Rosa Luxemburg par l’Histoire française afin de réhabiliter la mémoire de celle que la comédienne Anouk Grinberg nomme assez justement « Rosa, la vie ».
Une militante de son vivant.
En France, Rosa Luxemburg était plutôt connue pour son militantisme de son vivant et pas tellement pour ses écrits. En effet, les événements révolutionnaires berlinois interpellaient une certaine presse française et surtout le journal L’Humanité. Cependant, son nom disparaissait derrière celui de Karl Liebknecht (fils de Wilhelm, fondateur du SDAP – Sozialdemokratische Arbeiterpartei – ancêtre du SPD). L’Humanité écrivait en effet sur le « groupe Liebknecht » et le nom de Luxemburg était très rarement cité. Les lecteurs du journal fondé par Jaurès connurent donc Luxemburg au moment de son assassinat alors que le journal consacra un article entier sur le sujet (en reprenant cependant la thèse des assassins de Liebknecht et Luxemburg). Ainsi, de son vivant elle était surtout connue par une poignée de militants qui assistaient aux congrès de l’Internationale (notamment celui de Paris en 1900). En tant que théoricienne, Luxemburg était principalement connue par l’intelligentsia sachant lire l’allemand, puisque de son vivant un seul de ses textes fut traduit en français (même si d’autres textes furent écrits directement en français – notamment un texte sur Alexandre Millerand) : il s’agit de l’un des articles composant l’ouvrage Réforme sociale ou révolution (Sozialreform oder Revolution ? – publié en allemand en 1899) dans lequel elle combat le révisionnisme de Eduard Bernstein (qui semble avoir pris le pouvoir de la pensée social-démocrate en Europe aujourd’hui).
La phase principale de l’anéantissement intellectuel de Luxemburg en France : la stalinisation du Parti Communiste.
Le 30 Décembre 1920, presque deux ans après l’assassinat de Luxemburg et Liebknecht, la S.F.I.O se réunit au congrès de Tours pour discuter de l’attitude à adopter face aux événements de Russie et au parti bolchévique. À ce congrès, étaient présents beaucoup de révolutionnaires étrangers, notamment la féministe et amie de Luxemburg Clara Zetkin ou encore le révolutionnaire italien Antonio Gramsci. Lors de ce congrès eu lieu la scission la plus importante du socialisme français (entre ceux qui adhéraient aux thèses du parti bolchévique de Lénine et rejoindront ensuite la III. Internationale et les autres – menés par Léon Blum). Si la création du parti communiste français est primordiale pour la compréhension de la mauvaise réception de Rosa Luxemburg en France, l’évolution de la Russie est encore plus importante. Lorsque Lénine mourut (au début des années 1920), malgré ses recommandations, Staline devint secrétaire général du parti (à partir de 1922) et imposa de plus en plus sa vision contre-révolutionnaire. Ainsi, Trotsky se retrouva très vite isolé et les bolchéviques de 1917 se retrouvèrent emprisonnés ou assassinés. Dès la stalinisation de l’URSS, le parti communiste français se fixa donc dans la même ligne que l’URSS et restera très longtemps un parti stalinien très important (même après la mort de Staline en 1953). Ainsi, après sa mort, Rosa Luxemburg n’était lue que par une poignée de militants antistaliniens en France. Cependant, à partir de 1924, le peu de lecteurs de Luxemburg se fit exclure du PCF. Même Boris Souvarine, l’un des fondateur du parti fut exclu et il déclara d’ailleurs : « Rosa Luxemburg n’étant plus de ce monde pour recevoir leurs outrages, c’est à sa mémoire que s’en prirent les léninistes de 1924 ». En effet, on peut parler d’un second assassinat de Luxemburg qui n’avait pas laissé le temps à l’oeuvre de Rosa de se frayer un chemin (puisque la campagne de calomnie de Luxemburg commença très peu de temps après sa mort biologique).
Le coup fatal à la réception française de Luxemburg porté par le Front Populaire.
Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir en Allemagne en 1933, le biographe de Rosa Luxemburg, Paul Fröhlich (qu’elle avait connu au cours du SPD – et qui avait été exclu du Parti communiste allemand, KPD, en 1928 à cause de son opposition à Staline) voulut fuir vers la Norvège (avec un certain Frahm, futur Willy Brandt) mais fut arrêté et enfermé au camps de concentration de Lichtenburg). Ayant réussi à s’enfuir, il gagna la France ou il fut hébergé par Simone Weil. On pourrait penser que la France du Front Populaire soutenait ce type d’exilés politiques, mais ce serait s’éloigner de la réalité. En effet, la peur que le Front Populaire avait de la révolution (rappelons que c’est pour cela que le Front Populaire français a refusé d’aider les Républicains espagnols), le poussa à se méfier des personnages comme Fröhlich, qualifié « d’élément perturbateur ». Non seulement Fröhlich fut surveillé, mais il n’avait droit qu’à des titres de séjour provisoires qu’il devait constamment faire renouveler (environ tous les 3 mois). Fröhlich cherchait à l’époque une maison d’édition afin de publier un livre sur Rosa Luxemburg, mais cette recherche n’aboutit pas. C’est seulement en 1939, qu’il réussit à publier la biographie de Rosa Luxemburg dans une maison d’édition parisienne, mais le livre était en allemand et s’il fut traduit dans beaucoup de langues, il fallut attendre 1965 afin de pouvoir le lire en français. Décidément, la France n’était pas prête à accueillir l’oeuvre de l’une des théoricienne les plus importantes du XX. siècle. Finalement, Fröhlich vivra aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale et mourut en R.F.A au début des années 1950. Il est inutile de préciser que la France de Vichy ne portait pas l’oeuvre de Luxemburg dans son cœur et ne favorisa pas sa lecture pour le public français. On peut même parler d’un front uni URSS/Allemagne nazie contre Luxemburg, Trotsky (qui était qualifié par Staline d’agent d’Hitler), etc. …
L’après 1945
Après la Seconde Guerre Mondiale, le PCF étant devenu le 1er parti de France (aux législatives de 1946, il obtint même pas loin de 29% des sièges) et était sagement rentré dans le Système en participant au gouvernement. À partir de ce moment là, on peut clairement dire que Rosa Luxemburg était foutue et ne rencontrerait jamais un lectorat français. Jusque dans les années 1960, la gauche était clairement incarnée par le seul PCF qui imposa une sorte de diktat intellectuel dénué de toute pensée critique. Dans son autobiographie, Une lente impatience, Daniel Bensaïd explique comment il s’est fait renvoyer du PCF après avoir réclamé – avec ses camarades – la réédition de Luxemburg et Trotsky (après tout, Staline était mort). C’est justement, les renvois et l’immobilisme du PCF qui offriront un nouveau souffle à Luxemburg. puisque des alternatives au PCF apparurent (comme la LCR – fondé par Krivine et Bensaïd – actuel N.P.A). À partir de la fin des années 1960, Luxemburg commença ainsi à se faire une (très petite) place dans les bibliothèques des militants français. C’est donc le mouvement de 1968 (qui aurait peut-être pu se retrouver dans les écrits de Luxemburg sur les grèves de masse) qui a offert une renaissance à Luxemburg.
La crise que traverse l’Europe actuellement, crise où il y a une sorte de consensus entre la droite et la gauche pour faire passer des mesures honteuses comme les privatisations ou la baisse des salaires en Grèce (alors que les Grecs sont en train d’en mourir) offre une nouvelle actualité à Rosa Luxemburg. Le socialisme par les réformes que proposait Eduard Bernstein semble inefficace et les « possibilités d’adaptations » (« Anpassungsfähigkeiten ») du capitalisme (à travers le crédit entre autres, selon Bernstein) ont prouvé leur caractère destructeur. De la même manière, le repli nationaliste dans lequel plonge l’Europe devrait être combattu à partir d’armes théoriques (et pratiques) qu’offre Rosa Luxemburg. En 2010, une plaque Rosa Luxemburg a été inaugurée à Paris à l’endroit où elle vivait (21 Rue Feutrier ).
Mais dans la situation actuelle, il faudrait plus qu’une plaque.
Sélim Nadi
URL de cet article 15890 http://www.legrandsoir.info/rehabilitons-rosa-luxemburg.html