vendredi 3 février 2012

Bahrein : année de l’espoir pour les révolutions arabes, et de la fin de la dictature des Al Khalifa

lundi 2 janvier 2012
...« la monarchie de Bahreïn a écrasé l’opposition avec une brutalité qui a assuré sa survie immédiate, mais elle a perdu toute légitimité » Selon les mots du chroniqueur, Martin Fletcher du Times...

Alors que l’année se termine, la pensée des Bahreïnis va à ceux qui ont perdu leurs vies dans la lutte pour la liberté et la démocratie. Ils espèrent aussi que la nouvelle année verra la fin du régime brutal d’Al Khalifa, devenu l’ennemi N°1 de la population de Bahreïn.

Alors que le peuple poursuit sa lutte, manifestant dans les rues de plus de quarante villes et villages, le souvenir des plus de cinquante personnes assassinées - dont l’âge varie de six jours à plus de soixante ans - est toujours vivace dans sa mémoire. Leur sang a gardé plus que jamais intacte et lumineuse la flamme de la révolution.
Il n’est pas exagéré de dire que la révolution de Bahreïn a été parmi les plus actives au sein du printemps arabe. Jour après jour, les gens sont descendus nombreux dans les rues, bravant les attaques brutales des forces mercenaires d’Al Khalifa. Les deux principaux slogans qui sont criés dans chaque manifestation sont : « Le peuple veut un changement de régime » et « A bas Hamad, A bas Hamad » [Ahmad al-Khalifa].
En plus de ceux qui ont perdu leurs vies, des milliers d’autres ont été blessés et plus de soixante d’entre eux ont perdu soit un oeil soit les deux yeux. Des centaines sont toujours incarcérés dans des cellules immondes où ils sont tombés malades. Les cachots de la National Security Agency dirigée par le tortionnaire le plus notoire, Khalifa bin Abdullah Al Khalifa, sont le lieu des plus graves tortures qui ont entraîné à la mort d’au moins cinq prisonniers innocents. Au lieu de le traduire en justice, le dictateur a accordé une promotion significative à ce tortionnaire en le nommant président du Conseil suprême de la défense.
L’année se termine avec des souvenirs amers, pour beaucoup, mais avec une note d’espoir presque unanime. Nous ne permettrons pas que l’avenir soit une répétition du passé, le clan des al-Khalifa doit s’en aller. Il n’y a aucune possibilité qu’ils continuent à gouverner le pays après qu’ils aient ainsi prouvé qu’ils étaient son ennemi intérieur. La façon dont ils ont traité les manifestations pacifiques qui avait éclaté le 14 février ne peut ni être pardonnée ni oubliée. L’exécution sommaire de plusieurs des martyrs et les tortures infligés à des centaines de Bahreïnis ont radicalisé la situation comme jamais auparavant. Les Bahreïnis considèrent maintenant que les al-Khalifa sont leur ennemi dont le pouvoir doit être abrogé à n’importe quel prix.
Alors que les Bahreïnis étaient restés pacifiques et civilisés dans leurs manifestations, le dictateur et sa clique sont devenus de plus en plus cruels et vicieux.
Lorsque le clan au pouvoir a réalisé que le temps jouait contre lui, il a appelé l’armée saoudienne pour écraser la révolution populaire pacifique. Selon les mots du chroniqueur, Martin Fletcher du Times : « la monarchie de Bahreïn a écrasé l’opposition avec une brutalité qui a assuré sa survie immédiate, mais elle a perdu toute légitimité ». En effet, les al-Khalifa ont perdu la moindre légitimité et ils doivent s’en aller.
Quant aux amis des al-Khalifa, en particulier les Etats-Unis et le Royaume-Uni, leur attitude a été honteuse pour dire le moins. Au lieu de pactiser avec le peuple - surtout après que la propre commission d’enquête mise en place par le régime ait prouvé que la torture systématique avait été utilisées à l’encontre des détenus, ainqi qu’une force excessive à l’encontre des manifestants - ils ont offert au régime tout leur soutien politique, militaire et moral. Récemment ils ont dépêché deux policiers, un Américain et un Britannique, les deux ayant un passé très lourd, pour aider le régime bahreïni à écraser la révolution.
Les Etats-Unis et au Royaume-Uni sont conscients que pour améliorer la performance de la police et des forces de sécurité du régime, il n’est pas besoin de policiers étrangers. Mais ils ont besoin de renforcer la volonté des tortionnaires, à commencer par Khalifa bin Abdulla Al Khalifa et les deux fils du dictateur. Les deux policiers vont donc venus jouer le rôle qui avait été celui de Henderson quand il avait été expédié à Bahreïn : celui d’un tortionnaire plus agressif [Henderson est britannique et a été chargé d’organiser la répression au Bahrein dans les années 90. Il a été surnommé « le boucher de Bahrein » dans la presse britannique].
La montée de l’action révolutionnaire durant ces quatre dernières semaines a démontré la résilience des Bahreïnis et leur capacité à résister aux assauts terribles des al-Khalifa Al et des forces saoudiennes. Beaucoup de personnes ont été arrêtées la semaine dernière dans plusieurs villes et villages. L’utilisation d’armes chimiques par les occupants venus d’Arabie saoudite et par les dictateurs al-Khalifa ont eu pour effet d’enhardir les gens à poursuivre le conflit jusqu’à la fin, combien amer il puisse devenir.
Tous les liens avec les al-Khalifa ont été brisés et les gens veulent décider eux-mêmes de leur destin, rédiger leur propre constitution et former leur propre gouvernement. La dictature héréditaire est défunte et ceux de Washington et de Londres doivent accepter ce fait et soutenir ceux qui luttent pour instaurer la démocratie et le respect des droits humains dans leur pays. S’ils ne prennent pas une telle position, leur échec sera moral et politique.
Les révolutionnaires de Bahreïn vous souhaite une bonne et heureuse année.
Source : Info-Palestine.net

samedi 28 janvier 2012

Rêve de liberté (Dream of freedom) Fabienne Stein - Une ode à tous les peuples qui ont soif de liberté.


"Rêve de liberté", interpétée par Fabienne Stein. Une chanson écrite en hommage à Jan Palach, martyr du "Printemps de Prague". Une ode à tous les peuples qui ont soif de liberté. Un thème à la fois intemporel et d'actualité...

vendredi 27 janvier 2012

LIBYE : Les crimes de guerre des États-Unis et de l'OTAN

……Les bombes et les missiles de l'OTAN ont entre autres été dirigés contre des écoles, des bâtiments gouvernementaux, au moins un entrepôt alimentaire et des maisons privées…..

….Le viol de la Libye a été la réaction de l'impérialisme américain et européen aux soulèvements révolutionnaires qui ont renversé de vieux régimes Pro-Occident en Tunisie et en Égypte, deux pays à la frontière de la Libye. Le but de cette guerre impérialiste était d'avoir le contrôle total des ressources en pétrole du pays, de détourner et de réprimer la croissance des luttes de la classe ouvrière à travers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, et de porter un coup à la Chine et à la Russie, qui avaient établi d'étroites relations économiques avec le régime de Kadhafi…..

Un rapport publié la semaine dernière par des groupes de défense des droits de l'homme au Moyen-Orient montre en détail les crimes de guerre commis par les États-Unis, l'OTAN, et leurs forces interposées « rebelles », lors de la guerre en Libye l'an dernier qui a renversé le régime du colonel Mouammar Kadhafi. Le rapport, intitulé «  Report of the Independent Civil Society Fact-Finding Mission to Libya », dévoile les résultats d'une enquête menée en novembre dernier par l'Organisation arabe des droits de l'homme, le Centre palestinien pour les droits de l'homme ainsi que l' International Legal Assistance Consortium.

Basé sur des interviews avec des victimes de crimes de guerre, des témoins et des représentants de la Libye situés à Tripoli, Zawiya, Sibrata, Khoms, Zliten, Misrata, Tawergha et Syrte, le rapport appelle à une enquête sur les attaques de zones civiles par l'OTAN, lors desquelles de nombreuses personnes auraient été tuées ou blessées. Les bombes et les missiles de l'OTAN ont entre autres été dirigés contre des écoles, des bâtiments gouvernementaux, au moins un entrepôt alimentaire et des maisons privées.

Le rapport révèle aussi l'emploi systématique du meurtre, de la torture, de l'expulsion et de l'abus contre de présumés loyalistes de Kadhafi par les forces « rebelles » du Conseil national de transition (CNT), allié de l'OTAN. Il décrit l'expulsion par la force des habitants, majoritairement noirs, de Tawergha et la persécution, qui continue à ce jour, des travailleurs migrants subsahariens par les forces alliées au CNT et à son gouvernement de transition.

Les enquêteurs font état que des prisonniers, détenus sans avoir été accusés ou subi un procès, ont été sauvagement battus à maintes reprises et que des combattants pro-Kadhafi ont été sommairement exécutés. Des témoins ont rapporté que « des meurtres inconsidérés et de vengeance, y compris le "massacre" d'anciens combattants (on leur aurait tranché la gorge) ».

Le rapport révèle ainsi le caractère frauduleux des prétextes de droits humains et de démocratie utilisés par les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et leurs complices de l'OTAN pour mener une guerre de conquête de type colonial. Il montre clairement que la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies de mars dernier, qui a imposé à la Libye une zone d'exclusion aérienne et un embargo sur les armes pour supposément protéger les civils d'actes répressifs de Mouammar Kadhafi, a été utilisée en fait pour mener une guerre aérienne impitoyable, coordonnée avec les forces « rebelles » au sol.

Le rapport indique que peu de temps après l'éclatement de manifestations anti-Kadhafi à Benghazi et dans d'autres villes, les forces d'opposition ont pu profiter d'un entraînement donné par les forces armées occidentales et d'armes fournies par les puissances de l'OTAN et ses alliés parmi les États arabes. L'opposition populaire qui a fait éruption en février dernier, à la suite de la chute de Moubarak en Égypte, a rapidement été récupérée par les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et leurs agents en Libye afin de déclencher une guerre civile pro-impérialiste.

Comme le mentionne le rapport, « Selon des informations de première main recueillies par la Mission, et des sources secondaires, il semble que l'OTAN aurait participé à ce que l'on pourrait qualifier d'actions offensives entreprises par les forces d'opposition, y compris, par exemple, des attaques sur des villes et villages contrôlés par les forces de Kadhafi. De même, le choix de certaines cibles, comme un entrepôt alimentaire régional, soulève de prime abord des doutes sur le rôle de telles attaques quant à la protection des civils. »

Le rapport ne rend qu'une version diffuse d'une violente attaque dont le but principal était de ramener le pays 43 ans en arrière, aux conditions qui prévalaient sous le régime du roi Idris, laquais des États-Unis et de la Grande-Bretagne, qui a donné le contrôle des ressources pétrolières du pays aux conglomérats américains et britanniques et permis aux deux puissances de maintenir d'importantes bases militaires en territoire libyen. La destruction et la tuerie de masse, qui ont abouti à la démolition de Syrte et au lynchage de Kadhafi, ont rendu l'idée, défendue par l'ONU, d'une guerre pour « les droits de l'homme » et la « protection des civils » non seulement absurde, mais surtout obscène.

Le viol de la Libye a été la réaction de l'impérialisme américain et européen aux soulèvements révolutionnaires qui ont renversé de vieux régimes pro-Occident en Tunisie et en Égypte, deux pays à la frontière de la Libye. Le but de cette guerre impérialiste était d'avoir le contrôle total des ressources en pétrole du pays, de détourner et de réprimer la croissance des luttes de la classe ouvrière à travers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, et de porter un coup à la Chine et à la Russie, qui avaient établi d'étroites relations économiques avec le régime de Kadhafi.

La guerre a dévasté le pays. Le CNT, une coalition de dirigeants de l'ancien régime de Kadhafi, d'islamistes, dont certains qui entretiennent des liens avec Al-Qaïda, et de gens à la solde des agences de renseignement occidentales, estime lui-même que la guerre aurait fait 50 000 morts et blessé 50 000 personnes. La montée de conflits entre différentes factions au sein du CNT pourrait bien mener à l'éruption d'une guerre civile entre milices rivales.

Le week-end dernier, tandis que le président du CNT Moustafa Abdel Jalil mettait en garde contre la possibilité d'une guerre civile, un groupe exigeant la démission du gouvernement de transition a d'assaut les quartiers généraux du CNT à Benghazi. Abdel Hafiz Ghoga, vice-président du CNT, a rapidement quitté son poste.

Le rapport sur les crimes de guerre des États-Unis et de l'OTAN révèle encore une fois le rôle joué par les partis « de gauche », les intellectuels et les universitaires qui ont répété les prétextes de Washington et de l'OTAN, donnant ainsi un appui explicite ou implicite à la guerre en Libye. Il souligne que ces forces, que ce soit les sociaux-démocrates, les Verts et des ex-staliniens comme le parti La Gauche en Allemagne ou de faux radicaux comme le Nouveau Parti anticapitaliste en France et l'International Socialist Organization aux États-Unis, se sont rangées dans le camp de l'impérialisme.

Article original, WSWS, paru le 23 janvier 2012.
Articles de Barry Grey publiés par Mondialisation.ca


La présidence de la Ligue Arabe exercée actuellement par le Qatar, cherche à étouffer le rapport de ses experts en Syrie.

.....Le Qatar exerce actuellement la présidence de la Ligue ; non pas que son tour soit venu pour cela, mais parce qu’il a acheté à l’Autorité palestinienne son propre tour de présidence...
…Le risque pour l’Émirat wahhabite est énorme. Si par malheur le public occidental avait accès au rapport, c’est bien au Qatar et à ses relais qu’il risquerait de demander des comptes en matière de démocratie et d’implication dans le massacre de populations….

Depuis le début des événements qui endeuillent la Syrie, deux versions des faits s’opposent : pour les Occidentaux et leurs alliés du Golfe, le régime réprime dans le sang une révolution populaire, tandis que pour la Syrie et ses alliés du BRICS, le pays est attaqué par des groupes armés venus de l’extérieur.

Pour faire toute la lumière sur ces événements, la Ligue arabe a créé une Mission d’observation composée par des personnalités nommées par chaque État membre (sauf le Liban qui n’a pas souhaité participer). Cette diversité des experts garantit l’impossibilité de manipuler le résultat, leur nombre (plus de 160) et la durée de leur mission (1 mois) permet de dresser le tableau bien plus large que tous ceux dont on disposait précédemment. A ce jour, aucun organisme tiers ne peut prétendre avoir conduit une enquête aussi vaste et aussi rigoureuse, et par conséquent ne peut prétendre mieux connaître la situation en Syrie.

Le Comité ministériel de la Ligue Arabe, chargé du suivi du Plan arabe et composé de 5 États sur les 22 membres de la Ligue (Algérie, Égypte, Oman, Qatar, Soudan) a validé le rapport de la mission par 4 voix contre 1 (celle du Qatar) et a décidé de prolonger d’un mois la mission des observateurs.

Le problème c’est que le rapport confirme la version du gouvernement syrien et infirme celle des Occidentaux et des monarchies du Golfe. Notamment, il atteste qu’il n’y a pas eu de répression létale de manifestations pacifiques et que tous les engagements pris par Damas ont été scrupuleusement respectés. Il valide aussi le fait capital que le pays est déstabilisé par des groupes armés, responsables de centaines de morts parmi les civils syriens et de plusieurs milliers dans les rangs de l’armée, ainsi que plusieurs centaines d’actes de terrorisme et de sabotage.

C’est la raison pour laquelle le Qatar cherche désormais à empêcher la diffusion du rapport par tous les moyens. En effet, celui-ci se révèle être une véritable bombe pouvant se retourner contre lui et son dispositif de communication.

Le Qatar exerce actuellement la présidence de la Ligue ; non pas que son tour soit venu pour cela, mais parce qu’il a acheté à l’Autorité palestinienne son propre tour de présidence.

La présidence de la Ligue a donc décidé de ne pas diffuser le rapport de la Mission d’observation, de ne pas le traduire, et même de ne pas placer la version originale arabe sur son site internet.

Le risque pour l’Émirat wahhabite est énorme. Si par malheur le public occidental avait accès au rapport, c’est bien au Qatar et à ses relais qu’il risquerait de demander des comptes en matière de démocratie et d’implication dans le massacre de populations.

 Articles de Réseau Voltaire publiés par Mondialisation.ca

SYRIE : La révolution sera télévisée et manipulée


......Cette chaîne a un besoin urgent de revoir son propre code déontologique et de respecter son engagement de traiter son public « avec le respect qui lui est dû et de traiter chaque question ou récit avec le soin requis afin de présenter une information claire, factuelle et précise. » Oui, peut-être le régime syrien devrait être changé et peut-être une rébellion armée en Syrie prendra par la suite le pas sur le soulèvement non violent. Mais ce qu’il en sortira, ce n’est ni à moi, ni à Al jazeera, ni au New York Times ni à aucun autre journaliste ou journal d’en décider. La révolution appartient au seul peuple syrien et lui seul peut déterminer où elle le mènera.
Dans les derniers jours du conflit libyen, tandis que l’OTAN menait sa campagne de bombardements sans interruption, le comportement d’un correspondant de la télévision Aljazeera en arabe a provoqué plus qu’un simple froncement de sourcils. Il a également soulevé de sérieuses questions sur la responsabilité journalistique des médias arabes - ou en fait de tous les médias - en période de conflit.
La mobilisation massive au Yémen pour imposer le départ du dictateur Sale - ami des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite - a très peu droit aux honneurs d’Aljazeera
Utilisant un émetteur-récepteur tenu à la main, le journaliste a rediffusé en temps réel une communication entre un commandant libyen et ses troupes dans un quartier de la banlieue de Tripoli sous le coup d’un massif bombardement aérien. Des millions de personnes étaient à l’écoute, de même que l’était très certainement le renseignement militaire de l’OTAN pour des informations sensibles ainsi dévoilées par une armée dépassée et en grande partie défaite. Le siège [d’Aljazeera] basé à Doha voulait plus d’informations et le journaliste a fourni sans problème tous les détails qu’il connaissait.
Est-ce qu’Abdel-Azim Mohamed, un journaliste réputé pour ses reportages sans concession sur Fallujah en Irak, aurait violé les règles du journalisme en transmettant une information qui pouvait aider un camp par rapport à l’autre, et pire encore, coûter des vies humaines ?
Alors qu’il y a peu de doutes sur l’héritage impressionnant d’Aljazeera - et ses différentes et précieuses contributions de beaucoup de ses journalistes - des questions pressantes doivent être posées concernant sa couverture actuelle du ainsi-nommé Printemps arabe qui a commencé en décembre 2010.
Certains d’entre nous ont déjà mis en garde contre la tentation d’un style de reportage au contenu toujours identique. Un soulèvement populaire non violent est fondamentalement différent d’une rébellion armée et une révolution pacifique sur la Place Tahrir est différente d’une campagne militaire et politique menée par l’OTAN et par des pays arabes pour les éternels et mêmes objectifs en poussant au conflit sectaire (comme en Libye et maintenant en Syrie).
La couverture par Aljazeera de la révolution égyptienne était pour l’essentiel, impeccable. C’était un type de reportages qui reflétait bien la ferveur révolutionnaire ressentie dans tout le pays. Même lorsque l’ancien régime de Hosni Mubarak a censuré ces reportages d’Aljazeera, il a d’une certaine manière trouvé le moyen de traduire l’humeur du pays avec une clarté impressionnante.
Malgré le fait que certains soulèvements arabes sont par eux-mêmes plus complexes que d’autres (parce que les sociétés impliquées incarnent par exemple un aspect sectaire plus développé), Aljazeera continue à sauter d’un pays à l’autre comme s’il s’agissait d’aborder différentes formes d’un même sujet précis. Dans la couverture de la Libye, la campagne injustifiée de bombardement de l’OTAN n’a fait l’objet que de très peu de reportages. Les agressions contre les Africains noirs (couverts par quelques médias occidentaux et africains) n’ont mérité qu’une faible diffusion sur Aljazeera en langue arabe. Des invités toujours disponibles étaient immédiatement mis à contribution pour écarter toutes les informations faisant état de mauvais traitements à l’encontre des soldats capturés accusés d’être « des fidèles de Muammar Al-Qaddafi ». Aljazeera s’était en effet donné pour tâche de présenter le scénario parfait d’une révolution parfaite. Maintenant que le sentimentalisme de la révolution tend à se faner, une nouvelle réalité plus dure s’impose où il est question de nombreux groupes armés, de combats corps-à-corps et de pays occidentaux prêts à se partager le butin.
La priorité d’Aljazeera s’est maintenant déplacée de la Libye à la Syrie, un pays qui est dans le collimateur de Washington depuis de nombreuses années et qui contrarie Israël depuis longtemps par son appui aux organisations de la résistance libanaise et palestinienne.
D’un point de vue politique et humain, il n’y a aucun doute que la Syrie a besoin de réformes politiques qui touchent aux fondements de son système. De plus, la violence flagrante utilisée contre le soulèvement est tout simplement indéfendable. Cependant, à la différence de ce que Aljazeera et d’autres médias scandent heure après heure, il y a plus en Syrie qu’un « régime alawite » brutal et une nation en rébellion qui ne cessent d’exiger une « intervention internationale ». Il y a également la réalité des acteurs mal intentionnés qui ont leurs propres objectifs, comme isoler encore plus l’Iran, renforçer des alliés au Liban, affaiblir les organisations palestiniennes basées à Damas et aider leurs alliés des Etats-Unis à remodeler l’ensemble des pouvoirs dans la région.
On pourrait argumenter que quelque soient les ambitions qu’un certain petit pays arabe peut avoir, celles-ci ne devraient pas se réaliser aux dépens du peuple de Syrie qui veut une véritable démocratie dans un pays souverain, libre de toute intervention, des milices armées et des attentas inexpliqués à la voiture piégée. Le fait est que l’insécurité et l’incertitude politique seront l’avenir de la Syrie si un accord politique n’est pas trouvé entre le gouvernement - qui doit cesser sa violente répression contre les manifestations pro-démocratiques - et une opposition véritablement patriotique qui ne réclame ni intervention étrangère ni « zones d’exclusion aérienne ». Les zones d’exclusion aérienne sur l’Irak en 1991 et sur la Libye en 2011 étaient de simples prologues aux interventions militaires qui ont ensuite dévasté ces deux pays. Il y a peu de justification pour répéter ce scénario ; le peuple de Syrie ne s’est pas soulevé pour simplement voir son pays détruit.
Le 5 janvier, un puissante explosion a tué 26 personnes à Damas, exactement deux semaines après que deux explosions simultanées en aient tué 44. Entre les deux attentats, des centaines de Syriens ont été, semble-t-il, tués et blessés lors d’affrontements armés impliquant l’Armée Syrienne Libre. Vu les larges et poreuses zones frontalières de la Syrie avec l’Irak, la Turquie, le Liban et la Jordanie et la zone frontalière en conflit sur les Hauteurs du Golan sous occupation (illégalement annexées par Israël), on ne peut écarter la possibilité que la Syrie ait été infiltrée sur beaucoup de fronts. Mais ceci reste également non rapporté dans les médias.
Bien qu’on ne puisse avoir de la sympathie pour n’importe quel régime qui assassine brutalement des gens innocents, les journalistes sont cependant tenus de montrer un équilibre et de respecter les normes en matière d’humanité. Ils ne peuvent pas complètement écarter un camp et embrasser la cause de l’autre. Et c’est justement ce qu’a fait Aljazeera. Cette chaîne n’a pas su garder son indépendance et elle couvre de plus en plus les bouleversements dans le monde arabe à travers le prisme politique étroit de son pays d’accueil [le Qatar].
Aux premiers jours d’Aljazeera, de la moitié à la fin des années 1990, cette chaîne a traité des sujets tabous et a fièrement remis en cause le statu quo. Ceci s’est poursuivi avec la couverture de la guerre en Afghanistan et de la guerre en Irak, alors que les médias occidentaux du courant dominant désavouaient leurs propres règles déontologiques en matière d’objectivité et traitaient les Irakiens comme des gens négligeables dont les morts ne méritaient même pas un décompte.
Mais ces derniers mois, la chaîne Aljazeera a commencé à changer d’orientation. Elle a dévié de ses responsabilités journalistiques en Libye et elle est maintenant en train de perdre tout repère avec la Syrie.
Cette chaîne a un besoin urgent de revoir son propre code déontologique et de respecter son engagement de traiter son public « avec le respect qui lui est dû et de traiter chaque question ou récit avec le soin requis afin de présenter une information claire, factuelle et précise. » Oui, peut-être le régime syrien devrait être changé et peut-être une rébellion armée en Syrie prendra par la suite le pas sur le soulèvement non violent. Mais ce qu’il en sortira, ce n’est ni à moi, ni à Al jazeera, ni au New York Times ni à aucun autre journaliste ou journal d’en décider. La révolution appartient au seul peuple syrien et lui seul peut déterminer où elle le mènera.

Ramzy Baroud
Source : Mondialisation.ca

samedi 21 janvier 2012

BRESIL : Le Mouvement des Sans Terre : un mouvement qui reconstruit la vie.


A l´heure où, comme aujourd´hui, une crise s´abat sur les classes les plus défavorisées, incapables d´offrir une réponse solide pour stopper l´agression contre les droits sociaux et du travail, parler d´un mouvement social comme le MST est comme une bouffée d´air frais, et même si les circonstances diffèrent beaucoup, son exemple d´organisation, de lutte et d´éducation peut servir de source d´inspiration pour toutes et tous ceux qui s´indignent et cherchent de nouvelles voies vers cette société rêvée, plus juste et moins plus égale.
Le fait que depuis 1985 (année de la naissance du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terres, MST), ce mouvement n´a jamais cessé de croître et n´a jamais renoncé à ses principes, au point de devenir une référence au Brésil comme en Amérique Latine, jette une lueur d´espoir dans notre désert plein de rage et d´impuissance.
Avec son slogan : « Occuper, résister, produire », le MST organise les paysans privés de terre pour occuper des zones improductives. Pour cela peuvent se réunir de 300 à 3000 familles, en général des personnes qui vivent dans les quartiers pauvres des grandes villes après avoir été expulsées de la campagne. Sortir de la pauvreté et retourner vivre à la campagne est ce qui pousse ces familles à se regrouper au sein du MST et à commencer le processus d´occupation et de résistance.
Une fois que la zone, le jour et l´heure sont décidés, elles prennent possession collectivement de la terre. L´étape suivante est de la défendre. Parfois surgissent les sicaires. Parfois c´est l´armée. Les paysans n´ont pas d´armes et leur défense est la non-violence et l´abandon temporaire de la terre en cas d´expulsion, généralement violente, pour la réoccuper ensuite. .
Les familles montent les campements et initient le processus de légaliser l´occupation. La Constitution brésilienne reconnaît le droit que les terres improductives soient « susceptibles de Réforme Agraire ». Ainsi l´occupation est une forme de lutte et de pression pour obliger le gouvernement à mettre en pratique le mandat constitutionnel de réaliser la réforme agraire et de faire en sorte que les terres remplissent leur fonction sociale.
Ce processus de légalisation appuyé par une équipe d´avocats du mouvement lui-même, peut durer des mois, parfois des années. Dans 80 % des cas la démarche aboutit mais il y a des campements qui attendent depuis dix ans la fin du processus. Pendant toute cette période sont combinées actions légales, négociations, et mobilisations : marches, occupations d´édifices publics, etc.
Finalement, une fois établie la légalisation de l´occupation, la terre devient propriété de l´État qui la donne en usufruit aux familles qui l´ont occupée. Ainsi naît l´”asentamento”, la construction de maisons et les activités productives. Les personnes qui ont conquis la terre planifient les aspects relatifs à sa répartition, à l´organisation du travail, au lieu de construction des maisons, de l´école, etc.
C´est un processus démocratique, assembléiste, et participatif. La ligne politique du MST est d´impulser et de développer la production de manière collective, mais les décisions appartient aux personnes qui se sont établi(e)s sur les terres.
Une fois cet objectif atteint, le MST continue à chercher de nouvelles terres pour installer de nouveaux groupes de paysan(ne)s. Une partie de la production de ceux qui sont déjà établis permet d´appuyer les nouvelles occupations et l’expérience des uns sert à l’organisation des autres, dans un vaste cercle de solidarité qui permet son expansion.
Depuis le début, le mouvement n’a pas cessé d’occuper des terres, d´organiser la production, de construire des écoles et de former de nouveaux militants. Actuellement quelque deux millions de personnes vivent et travaillent sur les terres occupées et / ou légalisées. On compte des centaines d’associations paysannes et de coopératives de production.
En abril 2010 on comptait près de deux mille écoles dans les campements (« acampamentos ») et dans les unités de production qui en naissent (« asentamentos »). Par l´École Nationale Florestán Fernandes sont passés 16.000 jeunes pour se former politiquement et techniquement. Pendant ce temps quelques 60.000 familles campent dans l´attente de légaliser les terres occupées.
Comment ont-ils obtenu tant avec si peu ? Trois clefs sont à la base du succès du mouvement : la lutte constante, l´organisation comme construction de valeurs nouvelles et la formation comme garantie de continuité.
1. La lutte comme moteur
La lutte constante part de l´idée que la conquête de la terre par un groupe de familles est insuffisante ; la lutte continue avec la réforme agraire et avec une conception nouvelle de la production dans la campagne : sans latifundios, sans monocultures destinées à l´exportation, sans produits agrotoxiques, sans variétés transgéniques. Une agriculture qui permette aux paysans et aux paysannes de vivre dans la campagne et de la campagne, de produire sans détruire la nature, de cultiver pour la consommation interne et de garantir la souveraineté alimentaire pour toute la population. Tout cela implique un changement dans les structures de la propriété et un changement de modèle économique et politique du pays. Un grand changement structurel et de sytème pour atteindre une société plus juste et viable, tel est l´objectif ultime de ce mouvement. «  Nous ne voulons pas créer de petites îles fantastiques, nous voulons changer la société  » nous disait un jeune dirigeant.
Ainsi, la terre devient lutte et accumulation de pouvoir en trois sens : le premier, c´est la conquête de la terre et la défaite du latifundio ; Impressionnant spectacle que ces kilomètres et kilomètres sans maisons, sans habitants des grandes plantations d´eucalyptus, de maïs transgénique, puis soudain, comme dans une oasis, un campement productif doté de maisons, de jardins, de potagers, de garçonnets et de fillettes, d´animaux, d´écoles, en définitive de vie. Le deuxième sens, c´est d´obliger l´État à légitimer l´organisation et l´occupation des terres par cette quantité énorme de personnes et ainsi d´observer ses propres lois constitutionnelles. Et le troisième sens est qu´en conquérant la terre, l´organisation des Travailleurs Sans Terre devient une référence politique et sociale capable d´influencer l´espace géographique et social autour de ses communautés organisées.
La lutte, en outre, génère des coutumes et des aspects différents qui forgent l´identité de l´organisation. On occupe des terres, on lutte pour des crédits, on éduque les enfants, on enregistre des CDs, on proteste contre les privatisations, on mène des actions solidaires avec d´autres mouvements, on organise des rencontres, on réalise des marches, on édite des livres, et combien d´autres choses...
2. L´organisation comme base de la société future
Par la conquête de la terre, le MST démontre en outre qu´est possible une forme alternative d´organiser la vie : en tant que propriété et communauté. La propriété collective, la production sous forme de coopératives et l´organisation assembléiste de la communauté, permettent au mouvement de se maintenir et de croître. Selon des études de la FAO sur les campements productifs, les paysans bénéficiaires des occupations de terre gagnent trois fois plus qu´avant ; l´analphabétisme disparaît, ainsi que la mortalité infantile et les jeunes qui vivent là disposent d´un débouché, sur la base d´une formation technique, professionnelle et politique.
L´organisation dans les campements, dans les unités productives, dans les écoles et dans les autres structures du MST est une des grandes conquêtes et un levier de changement. Avec l´organisation des campements et le travail volontaire et collectif, est menée une « réforme dans la réforme ».
La vie dans les campements et unités productives reconstruit, réordonne la vie sociale : chaque groupe de dix familles forme un des “Noyaux de base” parmi lesquels on choisit un coordinateur et une coordinatrice (dans toutes les structures organisatrices la parité est une norme). On nomme des responsables pour les différents secteurs : Infrastructure, Education, Santé, Finances, Sécurité, Communication et culture, Production et Front de masses. Un groupe de cinq noyaux forme une brigade (soit 50 familles) dans laquelle se coordonnent les représentants des Noyaux des différents secteurs. Finalement, les coordinateurs et coordinatrices de chaque Brigade, avec les responsables de chaque secteur, forment la Coordination Générale du Campement initial (« Acampamento ») ou de l´Unité productive postérieure («  Asentamiento »).
Chaque semaine, normalement les samedi, tous les Noyaux de base et tous les secteurs se réunissent. Au terme de la réunion la Coordination générale évalue toutes les propositions et les décisions émanant des différentes réunions. De même le coordinateur et la coordinatrice de chaque campement et de chaque unité productive se réunissent avec les unités les plus proches : c´est une coordination locale qui avec d´autres coordinations locales forment la coordination territoriale, puis celle de chaque état, et finalement la coordination nationale.
Cette organisation depuis la base génère la participation et l´auto-organisation de la vie quotidienne des campements et des unités productives, favorise la vie en commun entre les diverses familles qui occupent une même terre et maintient en vie l´esprit de solidarité et de lutte. En même temps elle maintient en contact et en coordination constante les différentes structures du Mouvement lui-même, permettant de réunir les forces, d´additionner les luttes, d´échanger des expériences, d´unifier les slogans de lutte, ce qui rend le mouvement plus grand et plus fort. La démocratie, dit-on au MST, ne peut être comprise seulement comme la participation aux processus électoraux, elle doit s´enraciner dans toutes les dimensions de la vie sociale.
Tout cela permet, dès le premier jour de l´occupation, de résoudre les problèmes produits par la précarité et la vie en commun de milliers de personnes, qui ne se connaissent pas. En peu de jours se construisent des réservoirs d´eau, des baraques de bois et de plastiques, des rues et des éclairages, des toilettes et l´école. Conjointement on établit des normes de vie commune. Ainsi en peu de jours on réorganise la nouvelle forme de produire et de vivre. Le travail collectif, la participation démocratique créent une nouvelle culture sur la base de vertus nouvelles que l´organisation aide à développer. Des pères et des mères de familles qui jusqu´il y a peu étaient à peine nommés par leurs enfants, sont à présent appelés par les haut-parleurs pour participer aux réunions qui décideront du futur de leurs vies. Et en vérité il est étonnant de voir ces immenses rassemblements de personnes vivant ensemble sans besoin de représentation de l´État ni de forces policières.
Les portes des maisons sont ouvertes et elles n´ont pas de murs, la délinquance est inexistante, de même que le vol ou la violence (mon séjour dans ces campements, logée dans ces maisons sans portes, avec tous mes documents, bagages, argent à l´intérieur, n´a pas éveillé le moindre intérêt ni le plus petit problème). Les conflits sont traités collectivement et l´esprit de lutte est présent dans tous les actes quotidiens. Dans tous les campements et unités de production, le drapeau du MST est peint sur les murs des granges, des maisons, des écoles. Il n´y a pas une seule place d´une seule unité productive sans un drapeau rouge qui flotte et contraste avec le vert de la végétation. Les animaux domestiques se promènent parmi les enfants et devant chaque maison, quelque pauvre qu´elle soit, il y a un petit jardin et quelques fleurs d´ornement.
Les parents nous racontent leur satisfaction d´avoir éloigné leurs enfants “du climat de délinquance et de drogue des quartiers marginaux dans les grandes villes” et les plus petits manifestent leur sentiment d´être « plus libres et plus en sécurité”. La peur et l´exclusion semblent appartenir au passé.
L´intérêt porté à l´entretien et au nettoyage des espaces fait partie des valeurs. Le contact avec la terre et la beauté naturelle pour embellir le quotidien génèrent le sens esthétique, par l´usage des produits de la nature elle-même, éveille l´intérêt artistique : chanter, peindre, décorer, faire du théâtre, transmettre à partir de petites radios locales, tout fait partie des activités collectives. “La beauté des unités productives sert à montrer que nous avançons vers la reconstruction de la vie” dit-on avec fierté. La conscience écologique naît aussi du respect de la nature et de la volonté de reconstruire la production sans poisons ni variétés transgéniques, en respectant et en récupérant les espèces autochtones.
3. L´éducation comme semence du futur
Pour le MST éduquer est fondamental. Sa préoccupation pour l´école existe depuis le début du mouvement. La lutte pour l´école est la phase suivante de la lutte pour la terre : il s´agit d´assurer l´accès à l´éducation de tous les enfants en âge scolaire, l´alphabétisation des jeunes et des adultes et la formation technique et politique de la jeunesse.
Éduquer pour le MST signifie basiquement “former pour transformer la société” : il s´agit d´une éducation qui ne cache pas son engagement de développer la conscience de classe et la conscience révolutionnaire, tant parmi les participants que parmi les formateurs. L´école est conçue comme un espace où les enfants et les adolescents se forment comme êtres humains intégraux. L´organisation collective se conçoit comme un pilier fundamental de l´école et le travail comme la base de tout processus éducatif. L´auto-organisation des éducateurs et des participant(e)s ainsi que l´implication de toute la communauté sont aussi présentes dans l´éducation : depuis l´autoconstruction de l´école à la lutte pourla défendre et à la participation dans les conseils scolaires.
La première chose qu´on construit dans un campement, c´est l´école. Ensuite on cherche les jeunes les plus formés pour qu´ils se chargent d´éduquer les plus petits. Le pas suivant est la lutte pour l´école publique, pour exiger de l´administration (locale ou de l´état, selon qu´il s´agit de primaire ou de secondaire) la construction de l´école publique et l´adjudication de maîtres et maîtresses.
Pour le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre , la formation de ses propres enseignants est une question centrale, et ce pour deux raisons : la première est d´assurer la continuité de l´école, puisque tant les campements que les unités productives sont situées dans des zones éloignées et souvent, les enseignants qui ne font pas partie du mouvement abandonnent l´école ou ne veulent pas y travailler. La deuxième est de mettre en oeuvre sa conception de l´éducation liée à l´histoire du campement, de la lutte pour la terre et du travail agricole.
Quand on a obtenu l´installation d´une école publique dans le campement ou dans l´unité productive, le programme de formation est “officiel” et les maîtres ou maîtresses sont payé(e)s par la Municipalité ou par l´État. Dans la grande majorité de ces écoles on obtient que les jeunes du lieu, déjà formés, puissent occuper ces postes.
Tout ceci implique qu´ils doivent transmettre les contenus officiels. Mais il n´en restent pas là. Ils mettent en pratique leurs propres principes éducatifs : une méthodologie « émancipatrice », inspirée de Paulo Freire et d´une éducation théorico-pratique liée à la terre, avec jardins scolaires, soins des arbres et des fleurs, etc... Ainsi on élargit les contenus officiels avec des contenus propres et on élabore un matériel pédagogique alternatif. La “mystique” (chants, hymnes, slogans, poésie, représentations symboliques, etc.) est toujours présente dans les écoles, de même que l´éducation artistique et culturelle : musique, danse, théâtre, art. Ces écoles, situées dans les unités productives, sont souvent ouvertes au reste des enfants des villages voisins, de sorte qu´elles offent aussi un service à la communauté locale.
Par ailleurs le MST, en partenariat avec plusieurs universités, organise des cours techniques et pédagogiques pour ses jeunes. Ces cours fonctionnent toujours à temps partiel, combinant théorie et pratique : deux mois de formation dans le Centre éducatif et trois mois de travail dans l´unité productive, et ainsi de suite durant trois ans, au bout desquels on acquiert une formation et un titre universitaire qui leur permet de travailler dans les unités productives (« asentamentos ») comme professeurs des écoles publiques ou comme techniciens en agro-écologie ou en coopérativisme.
La conception de l´école au MST embrasse un grand nombre d´aspects : la planification, l´évaluation, la formation des professeurs, les matériels didactiques, la relation professeur/élève, le travail pédagogique, etc. En d´autres termes, l´école est repensée de manière intégrale et vise de nombreux objectifs : comme outil d´émancipation sociale, elle veut éliminer l´analphabétisme et rendre la culture accessible à tout le monde. En tant que promotion intellectuelle et technique, elle veut permettre aux jeunes de rester vivre sur place et de disposer d´un emploi. Elle cherche à transmettre des valeurs : amour de la terre, travail collectif, solidarité, discipline, créativité. Elle vise à améliorer la vie des unités de production et de leur environnement local : production, coopérativisme, agro-écologie.
Elle est aussi une manière de stimuler l´engagement : la lutte pour la terre, la récupération de l´histoire propre (celle de l´occupation, du campement) et collective (les luttes sociales et paysannes, les révolutions en Amérique Latine, etc.). Elle sert enfin à former les futurs cadres et dirigeants : la formation politique.
L´éducation se veut donc à la fois un processus de rétroalimentation du mouvement lui-même et un outil de transformation sociale.
Au cours de son quart de siècle d´existence, le MST a construit un vaste réseau d´écoles, dans leur majorité publiques, qui se situent dans les zones d´influence du Mouvement. Selon des données du secteur de l´éducation, en avril 2010, existaient dans les campements et dans les unités de production, près de deux mille écoles, basiquement d´éducation infantile et de primaire complète, et quelques unes d´enseignement secondaire. On compte 300.000 personnes étudiant dans des écoles publiques, depuis l´infantile jusqu´à l´universitaire, en pasaant par l´éducation de jeunes et d´adultes. Dans les écoles des campements et des unités de production travaillent 10.000 professeurs, plus 5.000 autres travailleurs de l´éducation, normalement des jeunes qui exercent cette fonction d´éducateurs sans en avoir le titre mais qui sont en formation dans les cours pédagogiques du MST.
Tout cela a permis de mettre un terme à l´analphabétisme, de disposer d´écoles dans tous les campements et unités productives, d´avoir des maîtres et des maîtresses jeunes, motivés et impliqués dans cette éducation comme projet global au-delà de la simple instruction. Et de compter des jeunes formés, munis de titres, et d´un ensemble d´étudiants motivés, avec peu de problèmes de discipline et un grand sens des responsabilités.
Autre résultat, jeunes et adultes possèdent un haut niveau de formation idéologique et politique, il n´y a qu´une faible désaffection des jeunes dans le Mouvement. L´enracinement renforcé dans les unités productives a permis d´augmenter la qualité de la production et de l´auto-organisation. Tout cela revient à continuer la lutte pour la terre et pour la transformation sociale tout en multipliant les opportunités de vie personnelle, professionelle, des paysan(ne)s sans terre.
L´École Nationale Florestán Fernandes (ENFF) : la connaissance libératrice de consciences
Avec l´éducation, la formation politique a toujours été un des piliers du MST, et c´est pourquoi a été créée l´Escuela Nacional Florestán Fernandez, en 2005. L´idée de cette école nationale est née à la fin des années 90 quand a surgi le besoin de disposer d´un espace de formation de la militance et d´échanger des expériences ou de mener des débats sur la transformation sociale en Amérique Latine.
Cette école est située à Guararema (à 90 KM. de Sao Paulo) et a pour objectif d´être un espace de formation supérieure plurielle dans les divers domaines de la connaissance, non seulement pour les militants du MST, mais aussi pour ceux d´autres mouvements sociaux, ruraux et urbains, du Brésil et d´autres pays d´Amérique Latine.
L´école a été construite à partir du travail volontaire de brigades venues des campements et d´autres mouvements sociaux. Plus de mille personnes ont collaboré à l´auto-construction de l´École, qui, en outre, se caractérise par une grande beauté et simplicité architecturale, ainsi que par un environnement bien entretenu. Elle compte des dortoirs pour 250 personnes, avec un grand réfectoire, una salle de projections, une salle pour les réunions et les assemblées, une bibliothèque, 15 classes, un grand jardin, une garderie d´enfants et de vastes espaces externes avec jardins et petites unités de production agricole.
Depuis 2005 sont passés par cette école plus de 16.000 jeunes, près de 500 professeurs volontaires de diverses universités du Brésil, d´Amérique et d´autres continents, et 2.000 visiteurs du monde entier. Les espaces de l´école servent aussi à l´organisation de diverses rencontres : de jeunes, de professeurs, d´autres mouvements sociaux comme la Via Campesina, le Mouvement Noir, le Mouvement des Sans Toit, etc., ainsi qu´à la réalisation de séminaires et d´autres évènements. Les principaux intellectuels de gauche sont passés par l´école au moins une fois, beaucoup y reviennent.
Les élèves ne paient rien et le professorat ne perçoit pas de salaire. La conservation du centre se fait à partir du travail des jeunes qui étudient et qui assument les tâches de nettoyage, de cuisine, de travail productif dans les potagers et de soins des animaux qui seront une partie fondamentale de leur propres repas. Ainsi l´École se soutient par ses propres forces et le travail collectif revêt une dimensión pédagogique et éducative fondamentale pour les étudiants.
La formation des militants, ou formation politique, combine des questions de théorie et de connaissance avec une formation éthique et morale, mettant l´accent sur la coopération, la solidarité, la fierté de classe, l´importance de l´étude, du travail et de la beauté. L´école se valorise par sa capacité à impulser la formation de militants, la formation à de nouvelles formes de travail dans la campagne et à des valeurs humanistes et socialistes.
Conclusion
En ces temps de néo-libéralisme radical et de pensée unique, le Mouvement des Sans Terre du Brésil montre qu´il est possible d´établir un nouveau type de propriété de la terre et de produire sans préjudices pour la nature, d´avancer et de perfectionner la démocratie et la solidarité, de participer dans toutes les luttes contre l´oppression et de mettre en pratique de nouvelles valeurs avec de nouveaux contenus.
De son organisation, de sa lutte, de sa ténacité pour une éducation émancipatrice, nous pouvons apprendre en tant qu´éducateurs et activistes de mouvements sociaux. L´Histoire n´est pas écrite mais il y a des voies tracées et cela vaut la peine de les explorer.
Dans la nuit, quand on les attend le moins, des légions de familles surgissent, juchées sur des camions prendre la route pour occuper des grandes plantations abandonnées, pour retrouver la possibilité de renaître comme êtres humains et politiques. En peu de temps le rouge des drapeaux brille comme un brasier et annonce que là-bas, des esclaves cherchent la liberté et invitent les autres à forger ensemble leur propre destin”. (Ademar Bogo :”Le MST et la culture”, Sao Pâulo 2009))
LUTTER EST LA MEILLEURE MANIÈRE D´ESPÉRER
Rosa Cañadell est professeur, porte-parole de l´USTEC•STE. Membre du Comité de soutien au MST, Barcelone (Catalogne). Membre de Socialisme 21.
Source : El Topo Viejo, http://www.elviejotopo.com/
Traduction française : Thierry Deronne, pour http://www.larevolucionvive.org.ve/
Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br
Pour une information continue en français sur les activités du MST, http://mouvementsansterre.wordpress.com/ 
Source : LA REVOLUCION VIVE