mardi 20 septembre 2011

La méthode "Libyenne",une grande menace pour l'Amérique latine

Mardi 20 septembre 2011
On essaie, avec la formule déployée par l’OTAN dans l’agression contre la Libye, de façonner un nouveau modèle applicable à d’autres pays -avec quelques variantes.

D’après les déclarations de Ben Rhodes, vice-chef du Conseil de sécurité nationale des États-Unis [1], lors d’une entrevue avec Foreign Affairs [2], la « méthode » utilisée par l’administration d’Obama dans le pays nord-africain est « plus efficace » que le grand déploiement de troupes appliqué par Bush en Irak et en Afghanistan. Il conviendrait de rajouter : … et poursuivi par l’actuel locataire de la Maison-Blanche, et encore augmenté dans le deuxième pays -mais ne nous laissons pas distraire. La question fondamentale concerne à présent la grave menace de répétition de ce schéma fallacieux et retors envers d’autres pays qui représentent, par leurs ressources, un intérêt stratégique pour Washington et ses alliés, ou qui revendiquent une autonomie politique inacceptable -comme certains pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
Rhodes -un nom, à propos, de pure souche coloniale- note: « Le fait est que la marche des Libyens dans Tripoli non seulement fournit une base de légitimité mais aussi un contraste comparé à une situation où un gouvernement étranger est l’occupant. » Selon lui, Obama a mis l’accent, dès le début de l’intervention en Libye, sur deux principes.

D’abord, il était beaucoup « plus légitime et efficace » pour le « changement de régime » que celui-ci soit recherché par un mouvement « autochtone » -et non par les États-Unis.

Deuxièmement, [il fallait] mettre l’accent sur un « partage de la charge » et recevoir une contribution internationale « significative » au lieu d’assumer le gros de l’effort. L’aveu d’une partie dispense de la preuve. Si bien que la zone d’exclusion aérienne pour « protéger la population » –réclamée avec insistance par Obama, Sarkozy et Cameron afin d’obtenir l’approbation de la Résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU– était un grossier mensonge, puisque le véritable objectif -avoue Rhodes- était le changement de régime. Bien sûr, il fallait beaucoup de naïveté pour croire au prétexte de la « protection de la population », mais la Russie et la Chine, avec une perspective stratégique discutable, ont opté pour l’abstention. Sans parler des porte-parole rénumérés, il n’a pas manqué d’intellectuels ni d’analystes naïfs pour porter de l’eau au moulin de l’agression en minimisant, par des prêches dans le désert, le principe de non-intervention.


Une fois la résolution arrachée à l’exclusif et sélect club qui contrôle l’ONU, l’OTAN l’a mise en pièces à force de tuer des civils et de détruire, par des bombardements non autorisés, une grande partie de l’infrastructure de la Libye -toujours dans le but de raser les lieux par où devait passer la bande de Bengazi. Il est clair également qu’ils pensent à la « reconstruction » par des compagnies de pays de l’Alliance atlantique elle-même, mais qu’ils ne reconstruisent rien -tout en gagnant beaucoup d’argent. Non contente avec cela, l’OTAN a enfreint de manière grossière une interdiction expresse de la résolution, en entraînant et armant les rebelles et en rentrant en guerre avec des moyens militaires terrestres des États-Unis, de la France, de l’Angleterre, des monarchies jordanienne et contre-révolutionnaires du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) [3]. En résumé, la prétendue intention de protéger la population libyenne s’est convertie en une intervention militaire étrangère d’une ampleur considérable envers cette même population. Cela bien sûr présenté, moyennant stratagèmes et montages médiatiques détestables, comme une idyllique prouesse des idéalistes « rebelles » libyens. Pour comble, les forces qui ont occupé Tripoli ne sont pas formées par l’anarchique et aventurière troupe de Bengasi, mais par des combattants aguerris libyens d’Al Quaeda appuyés par des tribus berbères des montagnes de Nafusa et entraînés par des forces spéciales usaméricaines.

On nous rabâche les oreilles avec la ressemblance entre Kadafi et Chávez, d’aucuns nous invitant ouvertement à appliquer, par exemple à Cuba, la solution « libyenne » qu’ils lient, de manière saugrenue, avec un 15-M. En réalité, il s’agit de répéter, principalement –mais pas uniquement– contre les pays de l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) le scénario de la « rébellion réprimée par le dictateur » et de l’opération aérienne destinée à protéger la population. Comme un tel scénario ne va pas se produire dans des pays où le peuple est protagoniste du pouvoir, la viabilité de l’intervention dépend du montage d’une réalité virtuelle, profitant du contrôle médiatique monopolistique de Washington. Il est transcendantal pour l’indépendance et la paix de notre Amérique et du monde de le dénoncer, de le mettre à nu dès à présent et de se préparer à y faire face sur tous les terrains.

 
Ángel Guerra Cabrera
traduction Thierry Pignolet  
Cuba debate  
Sur Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-methode-libyenne-menacel-amerique-latine-84634575.html

lundi 19 septembre 2011

Libye : Quelles sont les raisons d’un carnage qui ramène un pays quarante  ans en arrière ?

On sait aujourd’hui ce qu’on devait comprendre dès le début de l’affaire libyenne  : les bombardements des « manifestants pacifiques » par Kadhafi, et les milliers de victimes qui ont « justifié » l’intervention militaire occidentale étaient une macabre invention, lancée par la télévision du Qatar (Al Djazira). Les témoignages des expatriés européens, l’observation satellitaire russe, et les rapports d’Amnesty et de la mission dirigée par le préfet Bonnet, ancien directeur de la DST, ne laissent aucun doute  : le bombardement des civils par Kadhafi n’a jamais eu lieu. Le régime avait les moyens militaires pour le faire. Il a choisi de ne pas les utiliser. L’Otan, le Qatar et les rebelles, eux, bombardent depuis des mois des villes pacifiques en massacrant des civils coupables de ne pas partager leur avis. Un détail encore. Au moment de la « sanglante répression », le ministre de la Justice (patron des procureurs) et le ministre de l’Intérieur (patron de la police) étaient Jalil et Younès, qui deviendront ensuite, respectivement, le chef politique et le chef militaire (assassiné depuis) des « insurgés »  : les chefs de la répression à la tête des réprimés  ? Une résolution a été arrachée au Conseil de sécurité des Nations unies par des allégations mensongères, et elle a été dévoyée pour réaliser ce qu’elle était fictivement censée empêcher  : le bombardement de civils innocents.
On sait aujourd’hui que l’histoire des mercenaires noirs utilisés par Kadhafi était une sanglante invention. Elle a été le prétexte d’un crime contre l’humanité commis contre les femmes et les hommes de couleur vivant en Libye, violées et massacrés systématiquement par les « libérateurs ».
On sait aujourd’hui que les « rebelles » (le CNT) ne seront pas en mesure de gouverner la Libye, dont l’organisation tribale n’est pas près de plier. On sait que les seules forces « révolutionnaires » à avoir pris des positions grâce aux bombardements de l’Otan sont les islamistes affiliés à al-Qaida, sanguinaires armés par les Occidentaux, acharnés à replonger, en notre nom, des millions de femmes libyennes dans l’obscurité de laquelle elles étaient péniblement sorties sous l’administration intertribale coordonnée par Kadhafi.
On sait aujourd’hui que chez nous, dans « l’Europe des droits de l’homme », la pluralité des médias ne garantit pas le pluralisme de l’information. On sait que notre « démocratie » peut créer en quelques semaines un monolithe totalitaire conduisant en trois étapes au massacre d’un peuple pacifique  : diabolisation du régime, invention d’une menace, habillage humanitaire des bombes.
On sait aujourd’hui que l’entreprise libyenne est un échec qui pèsera lourdement sur notre avenir commun. Elle est l’échec de notre « modèle démocratique », qui se révèle belligène et totalitaire. La France, avec ses alliés, a détruit l’ensemble des infrastructures civiles du pays le plus développé d’Afrique (selon l’indice de développement humain de l’ONU), en le ramenant en quelques mois quarante années en arrière. Mais cette puissance s’arrête au massacre et à la destruction. Elle s’accompagne de l’incapacité d’obtenir quoi que ce soit d’autre en Libye  : elle est impuissance politique et vide moral. Dans un pays dont on a diabolisé le régime, en ignorant délibérément l’originalité de la structure intertribale, on voit le résultat  : la tête est coupée, le gouvernement libyen est chassé de Tripoli… et pourtant le CNT ne contrôle à peu près rien en Libye, et ne peut même pas s’installer dans « sa » capitale. Pourquoi continue-t-on à massacrer les Libyens, à bombarder quotidiennement les villes, si « le dictateur est en fuite » et « le peuple avec les insurgés »  ? Contre qui combat l’Otan, si ce n’est contre les tribus libyennes, c’est-à-dire contre les populations civiles, coupables de ne pas vouloir se plier à ses bombes humanitaires  ? Il n’y a pas d’objectif, et donc aucune chance de « gagner » cette guerre  !
On se perd en conjectures sur les « vraies » raisons de la guerre (puisque, on le sait aujourd’hui, les raisons humanitaires alléguées étaient fictives). On a découvert que la France s’était vu promettre 35% du pétrole pour soutenir ce coup d’État meurtrier. On a constaté que Sarkozy reprenait la méthode Bush  : provoquer une guerre et profiter du monolithe médiatique en faveur de la guerre (on est tous d’accord pour intervenir  ; on est tous derrière le chef de guerre  ; on votera tous pour lui). On vient d’apprendre également que c’était une opération d’asservissement et de prédation néocoloniaux planifiée et organisée bien en amont. Et alors  ? Pourquoi cherche-t-on encore les « raisons » des guerres  ? Quel apaisement espère-t-on de cette rationalisation  ?
On sait pourtant comment s’organise la guerre auprès de l’« opinion », auprès de nous. La guerre est toujours la déshumanisation de l’ennemi  : le sang des Libyens ne vaut rien pour nous. Je ne prétends évidemment pas qu’il fallait défendre le régime dans l’« opinion publique », mais simplement ne pas transformer l’analyse critique en une propagande monstrueuse. La guerre est possible car les enfants, les femmes, les vieillards et les adultes qui meurent ne sont pas des nôtres, car ils sont arabes, africains (et, pour la plupart, réputés « du côté » d’un régime dont les soutiens cesseraient ipso facto d’appartenir au genre humain). Sans cruauté et racisme, il n’y a pas de guerre. Il est donc urgent de crier que nous n’en sommes pas, que nous ne voulons pas ce sang sur nos mains.
jeudi 15 septembre 2011, par Carlo Santulli, Professeur à l’Université Paris-II (Panthéon-Assas) 
Frantz Fanon International

Défendre sa terre et la nature

Dimanche 18 septembre 2011
.....L’Algérie, mon pays, dont l’indépendance a été arrachée par la guerre, est sortie victorieuse de nombreuses confrontations et défis lancés à son endroit, particulièrement à la suite de la nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971. Mon pays avait alors subit un embargo en signe de représailles à sa décision souveraine portant sur la nationalisation de ses hydrocarbures....

« Mais qu’ont-ils ces gens là à s’intéresser au sable », m’avait dit un griot au Mali.
Dès qu’on touche aux intérêts de l’impérialisme ou du colonialisme, dès que les états pauvres ou les petits états montrent des velléités  à demander  des droits de regards concernant leur devenir, dès que se manifeste une volonté pour que cela change, il se met en branle toute une panoplie de rétorsion pour juguler la contestation contre l’abus et l’injustice.
C’est ce qui s’était passé au Pérou où les péruviens des forets amazoniens se battent pour que soient sauvegardés leur identité, leurs forêts et leur honneur.
C’est ce qui se passe également en Libye aujourd’hui, où le sable a englouti les forêts d’époques lointaines, ce sable qui semble intéresser les conquérants onusiens et otanesques, plus pour s’y enfoncer et pomper dans les profondeurs pétrolières que de se bronzer sur les plages de Syrte ou de Tripoli. Les Libyens, comme les amazoniens devront eux aussi se battre pour que soient sauvegardés leur identité, leur sable, leur pétrole et leur honneur.
L’Algérie, mon pays, dont l’indépendance a été arrachée par la guerre, est sortie victorieuse de nombreuses confrontations et défis lancés à son endroit, particulièrement à la suite de la nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971. Mon pays avait alors subit un embargo en signe de représailles à sa décision souveraine portant sur la nationalisation de ses hydrocarbures. Cela avait ouvert une brèche dans le camp impérialiste et avait permis aux pays africains et sud américains d’entreprendre également les revendications pour la défense des peuples à disposer de leurs propres richesses.
En Iran du temps de Mossadegh en 1953, au Chili hier, en Irak et en Libye aujourd’hui, au Venezuela, dans les pays du Sahel (prochaine zone de confrontation pour les richesses minières) les forces occultes n’ont  de cesse pour fomenter des troubles afin de donner l’occasion aux puissances étrangères d’intervenir. Et quand les conquérants armés de feu et de haine débarquent dans ces pays sans défense,  après la comptabilité des morts, des veuves et des orphelins, c’est la désolation sur des territoires convoités devenus cimetières. On a assisté par le passé à la disparition de civilisations et de peuplades : les bochimans, les Kikuyus en Afrique, les incas au Pérou. Aujourd’hui, c’est en Irak, en Afghanistan - quoiqu’on dise, parce que les afghans ne sont pas tous des talibans - en Somalie et au Soudan, c’est dans ces pays convoités que disparaissent des tribus et des civilisations construites patiemment depuis des millénaires, vivant en paix jusqu’à l’arrivée du Diable : le dollar ou l’euro.
La Libye va bientôt servir de laboratoire pour tester les nouvelles formes de conquêtes plus sophistiquées. Et l’Algérie ne sera pas épargnée, puisque déjà s’insinuent dans les réseaux du web des rumeurs inquiétantes.
C’est ainsi que s’infiltrent déjà dans l’Amazonie péruvienne, des sociétés pétrolières voraces, la Perenco, la Pétrolifera et autres Petrobas, pétrissant d’arrogantes conquêtes tels des piranhas échappés aux lois de la pesanteur, allant mordillant dans la chair des indiens, ce qui restent de leurs biens, la forêt et les rivières. Assisterons-nous, par la réaction des indiens massacrés le 8 juin 2009 à l’éclosion d’un mouvement qui rappelle celui  du Sentier Lumineux de 1980, que les pays occidentaux avaient alors diabolisé. Les Indiens manifestent depuis deux mois contre une série de lois qui ouvrent leurs forêts communautaires aux compagnies pétrolières. L’Amazonie a été divisée en concessions et la récente découverte de plusieurs gisements importants menacent de détruire la plus grande partie des forêts vierges où vivent les Indiens. Des projets similaires ont déjà eu un effet dévastateur en Equateur et ont entraîné une pollution chronique et de graves conséquences sanitaires sur les Indiens, c’est ce que dénonce Survival.
C’est ce qui se passera en Libye : l’application du plan de partage par les multinationales, plan concocté depuis longtemps par les cabinets spécialisés.
Comme les palestiniens, les Indiens péruviens sont contraints de prendre des mesures désespérées pour tenter de sauver les terres spoliées. Comme les palestiniens, les Libyens devront eux aussi se mobiliser pour protéger leur pays et défendre leur honneur.
Le seul moyen de défense contre cette pratique nouvelle des conquêtes par l’argent et la compromission c’est l’éveil des consciences des ‘damnés de la terre’ selon le mot de Fanon. Et tout d’abord, il faut que les peuples rejettent cette idée de mondialisation sous-tendue par l’argent et la technologie pour s’ouvrir aux autres par la culture. Ils doivent s’accrocher à leur culture comme le font les péruviens qui veulent sauver leurs forêts et leurs manières de vivre. Les Libyens, les algériens, tous les africains devront s’accrocher aux lègues de leurs ancêtres pour protéger leur pays et leur culture. Ils devront sauvegarder les acquis obtenus par leur travail depuis des millénaires, afin de ne pas subir ce qu’ont subit, les palestiniens, les irakiens et les Libyens. La résistance devra s’organiser autour des gens connus pour leur attention au genre humain et à la paix,  rallier les intellectuels honnêtes et désintéressés et aux leaders plébiscités par leur peuple ; les leaders qu’ils connaissent et avec qui ils vivent avec eux et non pas ceux téléguidés d’occident par des réseaux occultes.
C’est ce que font les palestiniens qui ont su,  en maintenant l’esprit de leur idéal et les valeurs de leur peuple par la voix de leurs poètes, Mahmoud Darwich, Hanna Abou Hanna, Samir El Qacim, poursuivre un combat qui dure depuis 1948 face à  l’armée la plus puissante du monde, celle d’Israël.
Le 28 mars 2009, à l’occasion de la célébration en Algérie  de l’année de la culture arabe, dont El Qods a été désignée capitale, notre ministre de la Culture, Madame Khalida Toumi a rendu hommage à tous les poètes palestiniens, aux femmes et aux hommes de ce pays,  qui ont pu sauvegarder leur personnalité, sauver également l’honneur des pays arabes qui perdurent dans la mollesse. La ministre avait alors déclaré, en parlant des états-majors israéliens qui avaient refusé l’organisation de cette manifestation dans la ville sainte : « Ils ont voulu faire taire la voix culturelle de la Palestine. Ils ont commis un autre crime. Ils ont prouvé au monde entier, par leur esprit colonial, leur peur de la culture. Ils ne veulent pas reconnaître qu’El Qods est une réalité arabe…Nous ne céderons pas. Plus de compromission. Pas de normalisation. La résistance doit continuer ». Sur l’exemple des palestiniens, la résistance devra également se poursuivre partout où le libéralisme sauvage tentera de s’imposer afin que les droits des gens humbles soient respectés.
L’histoire l’enseigne. Dès lors que la patrie ou une communauté se trouvent en péril, menacées dans leur existence ou leur devenir, elles ne trouvent pas seulement des soldats pour combattre l’envahisseur ou des populations qui  se rebellent contre l’injustice. Des artistes, des poètes se rallient et chantent pour perpétuer et sauvegarder les vertus du peuple et du sol. Ce qu’avaient fait Neruda, Darwich et Kateb Yacine.
Ces peuples, ces communautés qui défendent leurs doits doivent-ils tendre la main aux multinationales qui cherchent à gagner les sympathie par des promesses fallacieuses et des ruses qui ne trompent personne ? Doivent-ils accorder leur confiance à des gouvernements inféodés aux banques et qui reviennent sur les promesses déjà faites à leur peuple ? Ces multinationales, ces gouvernements feront semblant d’agir dans notre intérêt et  souhaitent notre progrès. Ils nous peindront leurs erreurs sous les traits de la vérité pour nous abuser plus sûrement. Ils substitueront des points de vue qui les arrangent à nos idées clairement exposées de sorte que nous finirons à les adapter et nous en servir jusqu’à ce que nous devenions entre leurs mains un instrument dont ils peuvent user efficacement, ensuite le calme revenu, ils nous dépouillent de nos propres droits, nous humilient et consolident leurs positions en veillant à leurs intérêts. En Palestine, en Irak comme au Pérou et en Libye, quelque soit la dimension des conflits, l’homme étant un, les intérêts des uns ne sont pas nécessairement ceux des autres. Surtout quand les intérêts sentent le pétrole, l’uranium ou sont régis par l’argent.

La véritable histoire de ces dernières décennies, celle qui s’écrira et que nos enfants retiendront, c’est celle de la conquête de petits pays sans défense par l’ordre impérialiste et néocolonial. Malgré une médiatisation manipulée, orientée et abrutissante pour cacher la vérité, nos enfants comprendront car la réalité finit toujours par s’imposer.

Abderrahmane Zakad, urbaniste, écrivain.

dimanche 18 septembre 2011

Sabra et Chatila 16 au 18 Septembre 1982 : Le massacre inoubliable, impardonnable des Israéliens contre des Palestiniens

29ème commémoration de ces massacres

« Je ne vous pardonnerai jamais d’avoir bouleversé un pays que j’aimais, dans une débauche monstrueuse de bêtise et de mort. Dans les camps de Sabra et Chatila, mon père et ma mère, que j’ai perdus dans l’holocauste, ont été assassinés pour la seconde fois. » écrivait peu de temps après le massacre, Itzhak Orpaz, romancier.

Du 16 au 18 septembre 1982, l’horreur s’est abattue dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth. Durant plus de 40 heures, des centaines de Palestiniens ont été décimés par des miliciens phalangistes libanais armés et protégés par les forces d’occupation israéliennes (1) . Un massacre planifié, orchestré et mis en œuvre par l’état major de l’armée israélienne qui bouleversa le monde entier.
Le peu d’empressement dont font montre les instances internationales et en premier lieu l’Organisation des Nations Unies pour mettre un terme à l’impunité dont bénéficient les responsables des massacres nourrit chez les palestiniens un profond sentiment d’injustice. En effet, aucune enquête internationale n’aura été mise en œuvre pour déterminer les responsabilités des massacres, il en résulte qu’aucune accusation n’a pu être prononcée. C’est d’une véritable démission de la communauté internationale dont il est question. L’enquête établie par le juge israélien Kahan (et dont les conclusions ont été publiées en 1983) avait abouti à la mise en cause personnelle de l’actuel Premier ministre israélien Ariel Sharon, alors ministre de la défense et à sa responsabilité indirecte dans les tueries (2). En conséquence, Ariel Sharon a été contraint à la démission mais en réalité, il n’a jamais cessé d’exercer des responsabilités politiques au sein du gouvernement israélien.
  
Du 16 au 18 septembre 1982, l’horreur s’est abattue dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth. Durant plus de 40 heures, des centaines de Palestiniens ont été décimés par des miliciens phalangistes libanais armés et protégés par les forces d’occupation israéliennes

A l’impunité dont bénéficient les responsables israéliens, il faut ajouter l’impéritie de la justice internationale, comme le démontre l’insuccès de la procédure judiciaire engagée contre Ariel Sharon en Belgique et dont les débats auront été marqués par une grande confusion.

Ce sentiment d’injustice est d’autant plus aigu que les Palestiniens bénéficient au Liban d’un statut de citoyens de « seconde zone ». Le déni de justice s’accompagne ainsi d’un véritable ostracisme dont souffrent les réfugiés palestiniens au Liban.
Les 12480 survivants de Sabra et Chatila ainsi que leurs descendants ne bénéficient d’aucune nationalité , ni palestinienne ni libanaise. Le même triste sort d’apatrides est réservé aux quelques 380000 Palestiniens établis au Liban. Les instance internationales auront failli à leurs responsabilités rappelées dans une résolution votée en décembre 1948, laquelle reconnaît le droit inaliénable du peuple palestinien à disposer de sa terre en affirmant « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre avec leurs voisins ».

En 2001, le déficit budgétaire de l’agence de l’ONU en charge des réfugiés, l’UNRWA s’élevait à 65 millions de dollars, soit 21% du budget total, du fait du refus des Etats membres d’honorer leurs contributions financières. De fait, la situation économique des réfugiés palestiniens n’a cessé de se détériorer de façon dramatique, les secteurs de la santé et de l’éducation étant particulièrement sinistrés.
Entre rêve de retour et exigences de dignité, les Palestiniens subissent, selon l’expression de l’écrivain libanais Elias Khoury, une"situation suspendue".
Le 11 Octobre dernier, nous sommes allés à la rencontre des réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila afin de recueillir leurs témoignages, alors que le monde célèbre le 20e anniversaire des massacres. 
A Beyrouth, les quartiers de Sabra et Chatila concentrent une vaste zone d’habitations insalubre située à Beyrouth Ouest, entre l’aéroport international et le centre de la capitale.
Ce vendredi 12 octobre est jour de marché. Des étals disposés dans les rues sont couverts de tout un bric à brac d’objets hétéroclites, vieux postes de télévisions , cassettes, appareils électroménagers... Une foule bigarrée et nombreuse se presse au milieu de maisons dont l’état de délabrement avancé témoigne de la paupérisation et de la mal-vie qui prévaut ici. A Sabra et Chatila vivent des réfugiés palestiniens, mais aussi des immigrés venus d’Asie ou d’Ethiopie et des Libanais déshérités. La pauvreté est le lot de tous. Nous marchons dans des rues étroites jonchées de détritus, les canalisations sont apparentes et des fils électriques courent à même le sol.
Mon guide libanais me conduit vers la maison d’Ahmad Hussein, seul rescapé d’une famille de huit enfants.
Ahmad HUSSEIN
« Le mercredi 15 septembre, on a appris que Béchir (Gémayel) avait été assassiné. On se doutait que Sharon allait prendre cet assassinat pour prétexte afin de s’attaquer aux camps, et c’est exactement ce qui s’est passé. Les Israéliens prétendaient pourchasser des militants mais il n’y avait aucun combattant dans les camps, et ils le savaient bien sûr, puisqu’ils étaient tous partis conformément aux accords et au cessez-le feu conclus par les Israéliens, l’OLP et les Américains. Sharon avait prémédité les massacres. La preuve, c’est que le mercredi les avions israéliens ont effectué des vols de reconnaissance, des raids fictifs au dessus des camps. Dans la nuit de mercredi à jeudi, ils ont cerné les camps, pour préparer l’assaut final des kataëbs (phalangistes alliés à Israël NDLR). Les miliciens ont fait leur entrée à Chatila par le Sud et le Sud Ouest le lendemain vers midi. Ils sont rentrés dans des jeeps de l’armée israélienne. Tous les hommes en armes étaient partis, nous étions pris au piège. Faits comme des rats. Les hommes du camp se sont rassemblés pour préparer la résistance. L’un d’entre eux connaissait l’existence d’une cache d’armes laissée par les hommes d’Arafat. On a alors organisé une distribution d’armes. Ce n’était que des armes de poing, pas vraiment de quoi opposer une résistance suffisante aux assaillants, mais au point où nous étions, tout était bon pour nous défendre. Mais le soir du jeudi et durant toute la nuit, les bombardements se sont intensifiés, une pluie de bombes nous tombait dessus, alors nous nous sommes découragés. Franchement, que pouvions nous faire face à leurs bombes à fragmentation, au napalm, au phosphore ? Nous avions compris que nos armes légères ne nous permettraient pas de défendre la vie de nos familles. Alors, dans la panique, le désespoir, nous avons décidé de dynamiter la cache d’armes pour donner à nos ennemis l’illusion que nous avions les moyens de leur résister. Le vacarme de l’explosion, ajouté au bruit des bombardements, c’était infernal, on aurait dit la fin du monde.
Les pères se sont réunis et ont décidé que la seule façon d’éviter le bain de sang, c’était de se rendre. Alors les plus vieux sont partis à bord d’un véhicule auquel ils avaient accroché un drapeau blanc en signe de paix. On ne les a jamais revus. Ils nous étaient Impossible de fuir. Les soldats israéliens qui cernaient le camp avaient pour ordre de tirer à vue sur toute personne qui tenterait de fuir les camps.
Dans la nuit, on y voyait comme en plein jour grâce aux fusées éclairantes que tiraient les soldats israéliens pour faciliter la tâche de leurs alliés phalangistes. Des Israéliens criaient dans un haut parleur "rendez-vous et votre vie sera épargnée". Alors je suis sorti de mon abri pour implorer la vie des miens, d’autres personnes sont sorties aussi tenant un linge blanc à la main. Et j’ai vu de mes propres yeux ces hommes tomber un à un, abattus par des francs tireurs. J’ai réussi à fuir mais je me suis retrouvé un peu plus loin face à une patrouille. C’était des hommes des FL (les Forces libanaises NDLR) et des soldats israéliens. Ils m’ont conduit avec d’autres personnes à la Cité sportive. Les gens étaient hagards, hébétés, beaucoup pleuraient. Certains récitaient tout haut des versets du Coran. J’ai vu un homme embrasser sa femme et ses enfants pour leur dire adieu. Au petit matin, ils ont séparé les hommes des femmes et des enfants. Ils ont conduit les gens par groupe et ont commencé à les fusiller les uns après les autres, en commençant par les hommes, parfois ils les achevaient à coups de hache. J’ai moi même été blessé, je me suis effondré, j’ai été inondé par le sang d’un autre homme tué net, tombé sur moi. Je m’attendais d’une seconde à l’autre à recevoir un coup de hache mais rien ne s’est passé, alors je suis resté immobile faisant le mort. Peut-être que le sang d’un autre dont j’étais couvert devait laisser croire que je l’étais bien. Je suis resté comme ça des heures. Puis des gens du Secours m’ont ramassé et conduit à l’hôpital de Gaza. Là bas, c’était l’apocalypse. J’entendais des cris, des hurlements, les couloirs étaient jonchés de cadavres, noirs, certains.
étaient brûlés. Des miliciens étaient venus achever les malades. Un médecin m’a raconté en pleurant que des centaines de personnes avaient réussi à fuir mais elles avaient dû rebrousser chemin sous la menace des soldats israéliens qui avaient dirigé leur canon vers eux. Alors ils avaient dû retourner à l’hôpital où les tueurs les attendaient pour les fusiller et les achever à la hache et au couteau. Je n’avais qu’une obsession, retrouver ma mère, mes frères et sœurs et les conduire à l’abri, à Beyrouth-Ouest. Lorsque je suis arrivé chez moi, il n’y avait personne. Un voisin m’a dit que ma mère et les petits avaient été conduits à Orsal. Tout au long du chemin, j’ai buté sur des cadavres. J’ai reconnu des voisins, des amis. Il y avait des jeunes femmes dont les corps étaient dénudés, pieds et poings liés, des cadavres étaient disposés en croix, d’autres dans des postures obscènes. Il y en avait qui n’avaient plus de tête. C’était l’horreur absolue. La vue du sang, l’odeur de chair brûlée, l’épouvante. Mes jambes ne me portaient plus, j’ai fini par marcher à quatre pattes, me frayant un passage entre les cadavres. S’il n’y avait pas tout ce sang, j’aurais cru ma mère endormie. Deux de mes petites sœurs n’avaient plus de visage, je les ai reconnues à leurs vêtements. Qu’Allah me pardonne, je voulais mourir… »
Ahmad voudrait continuer à parler mais il ne peut plus. D’un geste, il nous indique que notre entrevue est terminée. Lorsque nous le quittons, Ahmad reste assis, figé, il pleure doucement.
Zahiyé DONO a perdu un enfant et dix personnes de sa famille proche (cousins, oncles, tantes et neveux).
« Mon fils était un gentil garçon. Il n’était pas politisé et n’avait jamais servi dans une aucune armée, aucune milice. Il en aurait été incapable. Je n’étais pas à Chatila quand ça c’est passé. J’étais sortie pour quelques jours. Vous laissez un enfant, des proches et vous retrouvez des cadavres. Quand je suis rentrée, je ne pouvais pas y croire. J’avais laissé un enfant plein de vie, on m’a rendu un cadavre. Des morts, il y en avait partout dans les rues. Des fosses béantes remplis de cadavres empilés les uns sur les autres. Beaucoup de gens étaient restés cloîtrés chez eux et on trouvé un spectacle d’horreur en sortant. Comme mes enfants qui sont restés terrés dans notre maison, terrorisés, ils entendaient les bombes, les cris, les coups de feu et s’attendaient à chaque instant à voir entrer des miliciens venir les fusiller ou les emmener pour les violer et les tuer comme c’est arrivé pour des voisins. En partant, nos combattants avaient reçu l’assurance que nous serions protégés. (3) Sinon, ils ne seraient jamais partis.
Ma vie n’est pas ici et ne l’a jamais été. Chaque jour, je caresse l’espoir de rentrer chez moi en Palestine. Cet espoir, c’est tout ce qui me retient à la vie. Si je perds cet espoir, il vaudrait mieux que je meure tout de suite. »
Mahmud SCHEHADE, 32 ans marié et père de deux enfants (Léna et Fadi).
« La vie ici est très difficile. Etant libanais, je pourrais m’installer ailleurs. Mais depuis que je me suis marié avec Fathia qui est palestinienne, mon sort est lié à celui des Palestiniens de ce camp. Ce qui est pénible à vivre, c’est le quotidien. Le problème de l’eau, les coupures d’électricité. Je suis comptable de formation mais j’ai beaucoup de mal à trouver du travail. Pourtant, je suis obligé de travailler car avec mon salaire, je ne fais pas seulement vivre ma femme et mes enfants mais aussi la famille de ma femme, sa mère, ses frères et sœurs. Alors je suis obligé d’accepter n’importe quel travail, même si les conditions de son exercice sont précaires et le salaire très faible. Je n’ai pas le choix.
Depuis que je vis avec les Palestiniens et que je partage leur quotidien, je me suis engagé en politique car je suis révolté par leurs conditions de vie. Je milite au sein du Parti communiste libanais. Le mouvement auquel j’appartiens s’appelle Jamaa Chaabiyé. On essaye avec de faibles moyens de venir en aide aux jeunes de notre quartier, les aider afin qu’ils trouvent un travail et un logement, pour qu’ils puissent avoir une vie digne. La surpopulation ici est un problème particulièrement préoccupant. Des milliers de personnes s’entassent dans des camps dont la superficie ne dépasse pas quelques hectares. Il n’y a pas d’assainissement, ce qui est la cause de graves problèmes d’hygiène qui mettent la santé des gens en péril.
Il y a un autre mouvement de gauche aussi qui s’appelle Ittihad Chaabat Democracy de Ghassan Ejazi. Les gens de cette organisation sont aussi très sensible à la mal-vie des Palestiniens. Malheureusement, nos moyens sont très limités car tout changement éventuel est tributaire de la bonne volonté de l’Etat libanais. »
Abu Mohamed
« On vit ici les uns sur les autres. Saviez vous que l’Etat libanais nous interdit de nous agrandir ? De nous rassembler au sein d’associations ? Il y a même une liste de plus de 70 professions qu’il nous est interdit d’exercer ! Nos maisons qui tombent en ruines, on a pas le droit de les acheter. Je ne vous ai pas dit le meilleur : à chaque fois que l’on sort des camps, on est surveillé par l’armée !
Je vous dis, ça c’est pas une vie !
J’ai l’impression qu’on gène ici, ça pue, c’est sale. Les Libanais ont un peu honte de nous avoir ici, on gâche d’une certaine façon l’image qu’ils voudraient donner de leur pays, celle d’une « Suisse du Moyen-Orient » ! Alors pour l’Etat libanais, il aurait sans doute mieux valu qu’aucun d’entre nous ne réchappe des massacres. La plupart d’entre nous sommes des survivants de Deir Yassin . Nous avons fui l’horreur sioniste, les massacres et la destruction de nos maisons pour venir ici. Nous avons échappé aux sionistes en 1948 et ils sont venus nous achever ici. On dit que Yaron (4) aurait dit à ses subalternes qu’il ne mourrait pas en paix tant qu’il n’aurait pas accompli le « nettoyage » des camps.
(D’un geste vif, Abu Mohamed saisit au vol un insecte imaginaire qu’il garde serré dans son poing puis il fait mine de le relâcher) . Vous voyez ? C’est le sort que les sionistes nous réservent. Ils nous écrasent et nous laissent crever la gueule ouverte. Vous pouvez me dire quelle différence il y a entre Sharon, Barak ou Péres ? Pour moi, il n’y en pas, ils ont tous tué des Arabes, des Palestiniens , des civils désarmés et par
centaines. Il y en a qui disent des uns qu’ils sont des « colombes », des autres des « faucons ». Moi des colombes ou des faucons je n’en ai vu que les canons. Et je peux vous dire qu’ils crachent tous la même mort.
Ici, on est dans un état intermédiaire entre la vie et la mort. L’Etat libanais nous fait comprendre chaque jour qu’il ne veut pas de nous. Ah bon, nous sommes indésirables ? Alors qu’ils nous laissent rentrer chez nous ! »
La résolution 521 du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 19 septembre 1982 a condamné le massacre qui a été qualifié de « génocide » par l’Assemblée Générale de l’ONU (le 16 décembre 1982).
Le chiffre exact des victimes de Sabra et Chatila n’a jamais pu être déterminé avec précision, Les bilan varie selon les sources, de 700 (chiffre officiel israélien) à 3.500 ( selon l’enquête du journaliste israélien Amnon Kapeliouk (5). Le décompte est rendu d’autant plus difficile que l’on sait qu’un millier de personnes ont été enterrées dans des fosses communes par le CICR, d’autres par leurs proches ou des miliciens eux mêmes , sans oublier les victimes des bombardements enterrées sous les décombres de leurs habitations.
« Après plus de vingt années de souffrances, les survivants et les proches des victimes de ces massacres ont le droit de connaître la vérité, et de voir traduits en justice les responsables présumés de ces crimes qui relèvent du droit international » a déclaré Amnesty International dans un communiqué.
« Permettre à la justice belge de procéder à de telles investigations en tant qu’agent de la communauté internationale est le moins que le monde puisse faire pour les survivants et les proches des victimes de ces massacres, alors qu’ils commémorent ces atrocités pour la 20e année consécutive », affirme encore l’organisation de défense des droits humains.
Le 18 juin 2001, 23 survivants des massacres perpétrés en 1982 dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila ont en effet déposé une plainte contre Ariel Sharon, à l’époque ministre de la Défense et contre des membres de la milice libanaise chrétienne des Kataëb pour des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de génocide liés aux tueries perpétrés dans les camps.
En effet, avec l’adoption par le Parlement belge en 1999 de la loi sur la compétence universelle, la justice belge peut traiter de dossiers internationaux portant sur des crimes contre l’humanité. Le principe (reconnu lors du procès Eichman qui a constitué une jurisprudence en la matière) pose que certains crimes sont si terribles et infâmes qu’ils intéressent l’humanité entière et ne sauraient par voie de conséquence faire l’objet d’une prescription ou dépendre d’une seule juridiction territoriale.

« Des Khmers rouges à Pinochet, en passant par Sharon, pour moi, la justice doit être égale pour tous et ce genre de crimes ne doit pas rester impuni » a affirmé Maître Mallat, l’un des défenseurs des plaignants. A ce jour, les survivants de Sabra et Chatila n’ont toujours pas obtenu justice. Pourtant, les témoignages tous concordants et l’enquête menée par Kahan et ordonnée par le Parlement israélien attestent de la responsabilité première de Sharon et de ses lieutenants.
« Nettoyer » les camps palestiniens, c’était l’ordre donné par Sharon à Gemayel lors de leur rencontre à Bikfaya le 12 septembre (6), tous les détails de l’opération ayant été négociés à ce moment là . Ariel Sharon avait en outre fait part de son intention d’envoyer les forces phalangistes dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila le 9 juillet 1982 (7) et il confirme ce fait dans sa biographie (8). 
Le 16 septembre dernier, les survivants du génocide de Sabra et Chatila ont commémoré dans la dignité et le recueillement l’anniversaire d’un cauchemar qui n’en finit plus de les torturer. Une tuerie collective dont chaque détail sanglant a marqué au fer rouge la mémoire palestinienne. Le soir venu, des hommes, des femmes et des enfants ont brandi, au seuil de leurs habitations de fortune des bougies, symbole d’un espoir jamais éteint de justice.
1) Les kataëb, phalangistes alliés à Israël étaient entraînés et armés par l’Etat hébreu. Ils avaient déjà commis des massacres de civils palestiniens dans le Chouf et à Aley.
2] Kahan Commission Report, 104 : « We have found (... ) that the Minister of Defense bears personal responsibility. »
3)Lors du cessez-le-feu conclu par l’intermédiaire des Etats-Unis, les Américains s’étaient engagés à garantir la sécurité des civils palestiniens après le départ des combattants de l’OLP. Or, le 10 septembre, les forces multinationales quittaient Beyrouth ; moins d’une semaine plus tard l’armée israélienne occupait Beyrouth-Ouest.
4) Amos Yaron était le général de brigade qui commandait les forces israéliennes
5) Amnon Kapeliouk, Sabra et Chatila : Enquête sur un massacre, Paris, Seuil 1982. Lorsqu’on lui a annoncé l’entrée des tueurs dans Sabra et Chatila, Sharon s’est écrié « Félicitations ! L’opération est approuvée ! »( P 37)
6) Benny Morris, The Righteous Victims. New York, A. Knopf, 1999, p. 540.
7) Schiff & Yaa’ri, Israel’s Lebanon War, New York, Simon and Schuster, 1984, p. 251.
8) A. Sharon, Warrior : An Autobiography, Simon and Schuster, 1989, p. 498.
par Fatiha K - publié le vendredi 13 décembre 2002
Source : OUMMA.COM


La junte égyptienne déclare l'état d'urgence après l'attaque de l'ambassade israélienne

Le 17 septembre 2011

La junte militaire égyptienne, soutenue par les États-Unis, a répondu avec une violence à grande échelle suite à l'assaut de l'ambassade israélienne par des manifestants à Gizeh, près du Caire, le 9 septembre. Des unités des Forces centrales de sécurité égyptiennes (FCS) ont réprimé des manifestants devant l'ambassade israélienne vendredi soir, tuant trois manifestants et en blessant plus de 1000.

Les FCS ont lancé leur attaque après que des dizaines de manifestants ont réussi à faire une brèche dans le mur entourant l'ambassade et à pénétrer dans le lobby celle-ci.

Les manifestants auraient lancé des objets et des documents par les fenêtres, y compris du matériel « confidentiel » montrant des liens étroits entre les régimes égyptien et israélien. Cette collaboration, qui est profondément impopulaire auprès des Égyptiens, a provoqué des difficultés dès les débuts de la révolution.

La colère populaire contre l'état sioniste s'est intensifiée après le meurtre de six soldats égyptiens le 18 août au cours d'une attaque à la frontière par les Forces de défense d'Israël. Plusieurs manifestations qui revendiquaient l'expulsion de l'ambassadeur israélien ont pris place devant l'ambassade durant les dernières semaines.

Deux diplomates et six gardes israéliens auraient été à l'intérieur de l'ambassade lorsque les manifestants ont pénétré dans le bâtiment. Ils se sont cachés dans une salle sécurisée derrière une porte en acier. Un commando spécial égyptien s'est rendu à l'ambassade afin d'évacuer les diplomates après que l'ambassadeur israélien Yitzhak Levanon a téléphoné à un membre du conseil militaire.

Plus tard, les Forces spéciales égyptiennes ont amené le personnel de l'ambassade à l'aéroport, y compris Levanon et sa famille, quittant le pays dans un avion de l'armée de l'air  israélienne. Seul l'ambassadeur adjoint israélien est demeuré en Égypte. Il se trouve actuellement à l'ambassade américaine.

Les manifestations et l'attaque sont survenues après que des milliers de manifestants ont marché vers l'ambassade israélienne vendredi, suivant une journée de protestations de masse pacifiques contre le Conseil suprême des forces armées (CSFA) à la Place Tahrir au Caire et dans d'autres villes égyptiennes importantes. Après six mois de régime militaire et une semaine de grèves de masses, il y a un fort sentiment parmi les travailleurs que l'oppression sociale et politique reste largement la même que celle de l'époque précédant le renversement du dictateur soutenu par les États-Unis, Hosni Moubarak.

Confrontée à une nouvelle montée d'opposition de la classe ouvrière, qui a été la principale force sociale dans l'évincement de Moubarak, la junte est profondément préoccupée. Déjà avant les manifestations, le CSFA a publié une déclaration menaçante envers les manifestants. Dans son 74e communiqué, elle prévient que « les excès contre les forces armées, ses installations, ou d'autres installations gouvernementales constitueraient une menace pour la sécurité nationale. Cette menace sera combattue avec fermeté et les coupables seront punis ». Le Conseil a aussi rendu publiques six directives pour le gouvernement du premier ministre Essam Sharaf à suivre immédiatement.

Parmi ces directives, il y avait des appels à lutter contre les « réseaux de télévision satellite qui incitent à la violence et à des protestations », des appels à « mettre un terme à toutes grèves » et des appels pour faire respecter la loi antigrève de la junte.

Quelques heures après que les FCS ont attaqué les manifestants, la junte a déclaré l'état d'alerte et a demandé une réunion d'urgence composée du premier ministre Essam Sharaf, de membres de son cabinet et du CSFA.

Plus tard dimanche, le ministre égyptien de l'information, Oussama Heikal, a fait une déclaration à la télévision pour résumer la réunion. Il a annoncé que des « moyens dissuasifs »seraient utilisés, en insistant sur le fait que les gestes principaux consisteront en la pleine mise en vigueur de la loi d'urgence.

Il a aussi dit que l'Égypte demeure fidèle envers les traités et les accords internationaux, faisant une allusion évidente au traité de paix avec Israël. Il a ensuite demandé aux forces politiques en Égypte de « prendre leur responsabilité pour leur rôle dans le présent laxisme sur la sécurité et la morale ».

Dimanche, le quotidien d'État Al-Ahram a rapporté que la police militaire avait déjà arrêté 130 manifestants qui seraient parmi ceux qui ont pris d'assaut l'ambassade. Selon l'agence de nouvelles basée au Caire, MENA, ils seront référés à un tribunal d'exception de la loi d'urgence après avoir été interrogés.

Les forces de sécurité ont aussi pris d'assaut les bureaux d'Al-Jazira au Caire dimanche ; la chaîne a fait un reportage en direct sur les affrontements entre la police et les manifestants à l'ambassade d'Israël.

La junte égyptienne se sert clairement de ces évènements dans le cadre de ses efforts pour désorienter et réprimer les luttes croissantes de la classe ouvrière ainsi que pour maintenir son pouvoir. Dans une entrevue avec la chaîne satellite Al-Arabiya, Heikal prétend que la « révolution de janvier a été une révolte authentique, pacifique qui a tenté de renverser et remplacer le vieux régime. Les évènements actuels en Égypte cherchent à détruire le pays et à l'amener dans le chaos. »

Heikal sait très bien que c'est un mensonge. La révolution égyptienne n'était pas pacifique : plus de 1000 manifestants ont été tués par le régime militaire jusqu'à maintenant. La junte et le gouvernement intérimaire sont des extensions du régime de Moubarak, qui défendent les intérêts d'une couche étroite et riche de l'élite dirigeante égyptienne et des impérialistes qui la soutiennent. La junte a arrêté des milliers de travailleurs et de jeunes, les traînant devant des tribunaux militaires tout en réprimant les manifestations et les grèves.

Les reportages décrivant la répression à l'ambassade israélienne établissent clairement l'étroite collaboration qui existe entre la junte égyptienne, l'impérialisme américain et l'État d'Israël (qui fait face à des protestations de masse contre l'inégalité sociale en Israël même). Il semblerait que les forces de sécurité égyptiennes n'aient amorcé leur attaque qu'après l'intervention des États-Unis et d'Israël. Selon le quotidien israélien Haaretz, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, aurait contacté le chef du Conseil suprême, le maréchal Mohammed Hussein Tantawi, pour exiger que cesse l'attaque contre l'ambassade.

« Il n'y a pas de temps à perdre », aurait dit Panetta à Tantawi lors d'un appel à 1 h du matin, le mettant en garde contre une situation tragique qui pouvait avoir de « très graves conséquences ».

Avant de contacter Tantawi, Panetta aurait reçu un appel du ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, l'exhortant à intervenir. D'autres sources ont rapporté que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et d'autres hauts représentants israéliens ont suivi, de Jérusalem, les événements en direct, à l'aide des caméras de surveillance situées à l'ambassade. Il y aurait eu aussi des pourparlers entre Netanyahou et le président des États-Unis Barack Obama.

Durant une conférence de presse tenue samedi, Netanyahou a remercié les gouvernements américain et égyptien et leurs forces spéciales. Il a déclaré que le Moyen-Orient vit un « séisme historique » et a comparé la situation à celle existant après la Première Guerre mondiale, lorsque la région était en grande partie divisée entre l'impérialisme britannique et français selon les conditions dictées par les accords de Sykes-Picot de 1916. Netaneyahou a insisté sur le fait qu'il était nécessaire d'agir calmement et de manière responsable, car « les événements qui se déroulent ici sont causés par de puissantes forces  sous-jacentes ».

Il a ajouté qu'Israël allait maintenir la paix avec l'Égypte, améliorer les relations avec la Turquie et reprendre les pourparlers directs avec les Palestiniens tout en promouvant ses propres intérêts. Il vise ainsi à « empêcher un désastre pour l'État Israël ».

La classe dirigeante israélienne s'inquiète en effet de plus en plus de la montée de l'opposition sociale dans son propre pays, ainsi que des tensions croissantes entre Israël et la Turquie au sujet de la guerre d'Israël à Gaza et de l'attaque survenue l'an dernier contre le bateau turc MV Mavi Marmara.

La réaction de la junte égyptienne à l'appel de Panetta souligne à quel point celle-ci ne souhaite couper ses liens à Israël, pas plus qu'elle n'en est capable. Non seulement la junte égyptienne est dirigée par des généraux qui ont maintenu durant des années les politiques pro-Israël de l'Égypte, mais en plus, après Israël, l'Égypte est le pays recevant le plus d'aide étrangère des États-Unis. Comme le gouvernement de Netanyahou lui-même, la principale préoccupation de la junte est de réprimer l'opposition venant de la classe ouvrière envers le pouvoir capitaliste à travers le Moyen-Orient.

Article original, WSWS, paru le 12 septembre

Articles de Johannes Stern publiés par Mondialisation.ca

samedi 17 septembre 2011

La Libye devient un "protectorat de l’OTAN" (Morning Star)

Fondements et objectifs de la libération nationale et structure sociale