lundi 8 août 2011

Moubarak sans baraka : un non-événement pour l’Egypte profonde

Était-il nécessaire de lancer des bombes atomiques sur le Japon ? (Common Dreams)

dimanche 7 août 2011

La révolution frémit à Damas : « Incroyable, ils n’ont plus peur »

Témoignage
Par Alice Michaux | Damas | 07/08/2011 | 11H25
La révolte monte lentement dans la capitale syrienne verrouillée par le pouvoir, et la vie quotidienne a changé. Témoignage.

En apparence, la vie n’a que peu changé depuis le début du soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad.Les gens se promènent dans la rue, les magasins sont ouverts. D’immenses drapeaux ont fait leur apparition place des Omeyyades et des Abbassides, un stade a été transformé en caserne.Certaines administrations ont affiché des caricatures telles qu’un Satan américano-sioniste en train de partager le gâteau syrien avec des diablotins armés de longs glaives sur lesquels on peut lire : BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera (chaînes qui diffusent les vidéos envoyées par les manifestants).
A la radio, les présentatrices imperturbables, continuent à faire porter la responsabilité des crimes à des mystérieux « infiltrés », qui tireraient sur les manifestations anti-régime et sèmeraient la zizanie entre les Syriens au profit de l’étranger.
« Infiltrés » : ce mot a acquis une célébrité sans pareille ici, et fait l’objet de nombreuses blagues. « Ah, mais en fait, c’est toi l’infiltré ! Pourquoi tu t’infiltres dans ma cuisine ? » plaisante-t-on. C’est dire le crédit porté, par un très grand nombre de gens, à la propagande d’État.

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Toute la journée, les sirènes des ambulances parcourent la ville. Elles viennent des quartiers soulevés, ou se dirigent vers eux.
A tout moment, le passant est harcelé par les manifestations pro-régime, souvent constituées d’une poignée de gens, qui scandent « Abou Hafez ! Abou Hafez ! » et frappent trois fois dans leurs mains.
Abou Hafez, c’est Bachar el-Assad : fils de l’ancien président et père du prochain. La boucle est bouclée, l’éternité, refermée. Réponse radicale aux aspirations à la liberté.
Dans le camp d’en face, à Hama, avant l’entrée des chars il y a quelques jours, une foule innombrable chantait chaque vendredi place de l’Oronte :
« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »
Les manifestations pro-régime peuvent faire leur apparition dans n’importe quel lieu public, un bus, un restaurant, prenant en otage tous ceux qui s’y trouvent. La chaîne d’Etat et la chaîne Al Dounia filment les passants dans la rue pour montrer « la vie normale ».
Une jeune femme raconte ainsi qu’elle est passée sur la chaîne officielle, alors qu’elle se hâtait… sur le chemin d’une manifestation…

« La liberté commence par le respect du régime »

Sur d’énormes panneaux publicitaires s’étalent des « réponses » aux slogans de la révolution.
Toute une campagne est ainsi organisée pour enseigner au peuple comment il doit comprendre le terme « liberté ». Sur ces panneaux, on voit apparaître le mot, de loin, en immenses lettres bleues. Puis, en lettres plus petites et de couleur plus discrète, de sorte qu’on ne les voit qu’après s’être rapproché, vient la suite de la leçon.
Cela donne, par exemple, selon mon souvenir :
« LA LIBERTE ne commence pas par des slogans, mais par le respect des lois
LA LIBERTE ne commence pas par le chaos, mais par la responsabilité
LA LIBERTE ne commence pas par la destruction des biens publics, elle commence par le travail »
Cette campagne n’est pas la seule en son genre. Il suffit d’un trajet en ville pour être littéralement abruti par toute la littérature déversée par le régime sur les citoyens.

Les contre-manifs suivent les manifs

Le vendredi, pas âme qui vive dans la rue. Le silence règne jusqu’à l’appel à la prière de l’après-midi (vers 13 heures). Après quoi, suivant le lieu où l’on se trouve, on peut commencer à voir passer des ambulances et de grands bus poussiéreux, par dizaines, transportant les services de sécurité.
Quand la bataille est finie, on voit passer d’autres bus, remplis de fonctionnaires contraints par leur direction à aller faire une contre-manifestation sur le lieu même qui vient d’assister à la mort et aux arrestations.
Suivant l’endroit où l’on se trouve, on entend les balles. A partir de quinze heures, on commence à savoir ce qui s’est passé dans chaque quartier, chaque ville de Syrie. Et le soir, une grande « fête » pro-régime est organisée dans les quartiers centraux de Bab Touma et Bab Charki, souvent accompagnée d’un défilé en voiture avec klaxons et drapeaux.
Il y a environ trois semaines, à Rukn el-Dine, un quartier à majorité kurde construit sur le versant de la montagne Qassioun, les familles ont pu voir, d’un côté, la manifestation débouler des hauteurs, remplir les ruelles en pente, et de l’autre côté les forces de sécurité qui attendaient en bas sur la rue principale. Des gaz lacrymogènes ont été lâchés.
Mais la semaine suivante, personne n’est sorti sur son balcon, car c’est une pluie de balles qui s’est abattue sur le quartier. Rukn el Dine est également depuis longtemps le théâtre de nombreuses manifestations volantes, rassemblées-dispersées avant qu’on ait pu respirer.

Des manifs très fréquentes mais très rapides

Au centre-ville, on peut tomber par hasard sur un déploiement d’hommes armés dont la présence provoque l’annulation d’un rassemblement initialement prévu à cet endroit-là (comme, par exemple, le 14 juillet place Merjé, devant le ministère de l’intérieur).
Il est plus difficile de tomber par hasard sur une manifestation. Elles sont en fait très fréquentes, mais, comme on vient de le dire, d’une extrême rapidité. Manifester en centre-ville, c’est à la fois être plus protégé qu’en banlieue (on ne tire pas encore, ou peu, dans Damas) et être plus exposé, car moins nombreux.
La mosquée des Omeyyades, le souk Hammidiyé, le souk Hariqa, la place Merjé, la place Arnous, la rue Aymariyé sont autant de lieux centraux de la capitale qui voient ou ont vu au moins une fois de petits groupes de personnes (dont beaucoup d’intellectuels) tenter de briser la « normalité » du centre.
Les massives manifestations des banlieues ne parviennent pas à passer les barrages de l’armée pour atteindre la capitale et enfin s’unifier.

Les services secrets sur les bancs de la fac

La Cité universitaire a été, fin juin-début juillet, le théâtre d’événements dont on m’a fait le récit : certaines étudiantes ayant refusé d’accrocher sur leur porte des photos de Bachar al-Assad, une violente dispute a éclaté dans le bâtiment des filles, menant à l’arrestation d’une trentaine d’étudiantes. Les garçons se sont alors mobilisés pour demander leur libération.
L’un des hauts responsables de l’établissement a téléphoné à la « sécurité », et s’en est suivi un débarquement de Chebbiha. C’est l’un des nombreux appareils de répression au service du régime, le plus célèbre en ce moment pour son fanatisme, sa cruauté et l’aspect physique de ses membres, malabars au crâne rasé qui se laissent pousser la barbe.
Ils ont cassé les portes des chambres et passé à tabac toute personne leur tombant sous la main. Des balles ont été tirées depuis le toit, faisant plusieurs morts parmi les étudiants.
La Cité a été fermée, en pleine période d’examens. Le lendemain, un sit-in a été organisé à la fac de droit, mais n’a pas pu avoir lieu à cause du déploiement préventif de la Chebbiha.
Le même jour, un étudiant originaire de Deraa a été arrêté sur simple présentation de sa carte d’identité, alors qu’il venait passer un examen. Depuis plusieurs mois déjà, les étudiants partagent les bancs des amphithéâtres avec les « mukhabarats » (agents secrets), qui assistent aux cours avec eux.

« Grâce à la révolution, on fait connaissance »

A Damas, on entend beaucoup plus qu’on ne voit. C’est pourquoi beaucoup de gens font la démarche d’aller « voir de leurs yeux » ce qui se passe. Le mercredi ou le jeudi, ils vont dormir dans les quartiers soulevés, qui, le vendredi, seront entièrement bouclés.
On va dormir à Berzé, à Douma, à Qaboun, à Qadam, pour être sur place, et descendre à la manifestation. Certains se déguisent, d’autres non. Car tout le monde filme.
On a tous vu une vidéo de manifestation filmant les manifestants eux-mêmes en train de filmer. Un ami, qui filmait lui aussi, dit à un père qui portait son fils sur ses épaules :
« Ne t’inquiète pas, je ne montrerai pas vos visages. »
Sur quoi il lui répondit :
« Mais montre-les nos visages, montre-les ! Qu’est-ce que tu veux que ça nous fasse ? »
Les propos que j’ai le plus entendus en écoutant les retours d’expédition étaient :
« C’est incroyable, ils n’ont plus peur. »
Ils chantent d’ailleurs :
« Ohé gens de Damas, nous, à Berzé, le régime on l’a fait tomber ! »
On entend aussi beaucoup :
« C’est incroyable, nous les Syriens on ne se connaissait pas. Grâce à la révolution, on fait connaissance. »
Mille et une anecdotes cocasses circulent sur toutes les personnes non musulmanes, chrétiennes, druzes, alaouites etc., qui se rendent à la mosquée le vendredi pour ne pas rater le départ de la manifestation, et… ne savent pas prier.

Un blessé ne doit pas aller à l’hôpital, il risque de se faire arrêter

Le quartier de Midane, religieux et conservateur, est devenu un véritable théâtre pour ces tentatives de prise de contact entre Syriens et Syriennes de tous âges, milieux, confessions, convictions. Beaucoup de « laïcs » s’y rendent chaque vendredi pour participer aux manifestations.
Le fils d’une amie, qui s’est fait arrêter là-bas il y a environ un mois, a été mis dans le bus de la sécurité, d’où il a vu de ses yeux un agent tuer un manifestant d’un coup de revolver.
Arrivés à la « section » (équivalent du « poste », avec une connotation autrement sinistre), on les a entièrement déshabillés, battus avec des câbles, on leur a cassé des côtes, puis on leur a marché sur la nuque avec des bottes.
Le lendemain, un jeune gradé élégant et cultivé leur a fait la leçon, et leur a demandé de « considérer ce traitement comme venant d’un grand frère se souciant de leur bien ».
Puis ils ont été relâchés. Si l’on sort blessé d’une manifestation, il est très imprudent de se rendre à l’hôpital, d’où l’on peut être renvoyé en prison sur le champ. Dans les banlieues soulevées, les forces de sécurité attaquent les hôpitaux, empêchent le ravitaillement en médicaments, coupent l’électricité.
Toujours à Midane, le 13 juillet, le parvis de la mosquée Hassan a été choisi comme lieu de rassemblement pour une manifestation d’« intellectuels syriens ».
Le choix du lieu était symbolique, puisqu’il visait à briser la glace entre « laïcs » et « croyants », à adresser un message fort de solidarité à « la rue », à s’inscrire en faux contre les spectres de la « révolution islamiste » et de la « vengeance sunnite ».
Une trentaine d’artistes ont été arrêtés ce jour-là, dont une actrice très populaire, May Skaf, que cet épisode a hissée au rang de symbole de la révolution syrienne. Sa photo est brandie un peu partout dans tout le pays avec celles d’autres artistes appelés « les nobles ».
On peut mesurer le succès de leur initiative quand on sait que, lors d’un sermon du vendredi, un cheikh a salué le courage des « intellectuels » parmi lesquels cette actrice mais aussi une scénariste dont le feuilleton, au Ramadan dernier, jugé trop licencieux, avait provoqué un tollé dans les milieux religieux.

Quand les condoléances virent à la manifestation

Ceux qui veulent voir et entendre se rendent également dans les séances de condoléances, où ils écoutent les récits des familles de martyrs, les retranscrivent et les diffusent. Entre une séance de condoléances et une manifestation, il n’y a qu’un pas. Ainsi le récit d’une amie qui s’était rendue à Qaboun :
« Au début on saluait les mères de martyrs, chacune debout devant sa porte. Certaines étaient très jeunes. Il n’y avait que des femmes.
Petit à petit, on est sorties de la ruelle et on s’est retrouvées dans une rue beaucoup plus grande où il y avait des hommes, beaucoup de monde, c’était une manifestation.
A un moment on a entendu tirer, mais ils ont dit : “C’est pour nous faire peur, continuez ! Continuez” ! »
A plusieurs reprises les personnes me racontant ce type d’expérience ont insisté sur le fait qu’ils étaient merveilleusement accueillis par les gens des quartiers concernés, et, également, que leur sécurité était remarquablement prise en charge.
Deux femmes qui avaient rejoint une manifestation au sortir de la mosquée à Berzé racontent :
« On était entourées d’hommes qui veillaient sur nous. On a marché longtemps avec eux. A un moment ils se sont rapprochés de nous, et nous ont indiqué une rue en disant que maintenant il valait mieux partir, ce qu’on a fait. »
Une de ces deux femmes, ayant rendu une autre visite de condoléances, toujours à Berzé, décrivait, admirative, le cordon de sécurité organisé par de très jeunes gens autour de la tente, et se chargeant d’annoncer l’arrivée des diverses délégations venues au nom des « tansiqiyat », les organisations révolutionnaires) de tout le pays.
Elle décrivit ensuite comment le même cordon organisait leur sortie, et comment elle vit, peu après, cinq bus de Chebbiha débouler là où, quelques instants auparavant, elle se trouvait.
Photo : capture d’écran d’une vidéo prise lors d’une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)
Source : Annie Bannie's weblog

Le Soleil Noir de l’Occident se lève sur la Libye

Les crises du capitalisme - Vidéo+Article intégral


David Harvey, géographe et anthropologue de renommée internationale, appartenant a la mouvance Marxiste, est intervenu en 2010 sur La crise financière et RSA-animate en a fait une animation a la fois convaincante et drôle.

  Après avoir passé en revue les causes populairement décriées de la crise (humaines, institutionnelles, théoriciennes, culturelles, etc.) il focalise, avec son œil de géographe son propos sur les risques systémiques du capitalisme liés a aux contradictions internes de l'accumulation de capital. Pour lui elles sont directement la cause des crises financières, et « le capitalisme ne résout pas ses problèmes, il les déplace géographiquement »

Cette animation n'explique pas tout le fracas et le lobby de la finance, mais ajoute de la pertinence au débat sur la crise, et surtout permet a une audience peut familière de saisir clairement les enjeux économiques et financiers du capitalisme et son histoire en matière de gestion des crises depuis celle des années 70.


RSAanimate sous titree en francais par C.La.Vie
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vendredi 5 août 2011

Chili - LETTRE ECRITE EN PRISON PAR RECAREDO GALVEZ, DIRIGEANT ETUDIANT CHILIEN EMPRISONNE DANS LA FOULEE DES MOBILISATIONS ETUDIANTES DANS CE PAYS.

mardi 2 août 2011, par Recaredo Gálvez 

Compagnes et compagnons,
Au cours de nos vies, nous rencontrons de multiples défis qui nous font apprécier et comprendre quel est le vrai motif de notre parcours.

Il est douloureux de voir comment les luttes justes que nous assumons à travers ces défis de la vie sont criminalisées et surtout combattues par ceux qui désirent maintenir le pouvoir qu’ils ont toujours détenu. Ils utiliseront toutes les méthodes, du mensonge à la violence la plus absolue, pour éviter que nous construisions la Société Nouvelle dont nous avons besoin et que nous méritons.
Notre lutte est juste et le sera toujours. Aujourd’hui nous ne devons pas nous laisser déconcentrer et nous devons continuer de lutter. Si je dois payer pour les mensonges de quelques-uns, sachez que je ne me sentirai pas seul et que je sais que vous, camarades, continuerez de croire dans les idées que j’ai toujours voulu traduire en paroles et en actions.
Le moment actuel que traverse notre pays est une opportunité que nous ne devons pas perdre afin d’unifier les causes de notre mécontentement ; nous savons que nous avons tous les outils pour avancer toujours plus fermement vers l’aube tant attendue. Ne perdons pas nos mots, ne doutons pas de sortir dans les rues pour crier notre rage et, surtout, n’arrêtons pas de nous organiser. Seul le pouvoir collectif est capable de briser la répression.
Je fus détenu loin de la marche et je fus durement agressé physiquement à l’intérieur de l’autobus des carabiniers, jusqu’à en perdre conscience. Je me suis réveillé, assis, exposé et humilié. Je n’ai su le motif de ma détention qu’au commissariat plusieurs heures plus tard.
Lorsque j’étais à l’hôpital, le médecin de garde réprimanda les carabiniers pour la gravité des blessures qu’ils m’avaient affligées à la tête. Il ordonna qu’on me fasse passer un scanneur et une radiographie, toujours avec les menottes aux poings, par ordre des gens en uniforme et accompagnés d’un sous-lieutenant carabinier (les menottes étaient les siennes). L’inquiétude des carabiniers était évidente et ils essayèrent de me sortir rapidement de l’hôpital. Un carabinier revint accompagné d’un nouveau médecin, sans identification, qui se moqua de la lutte étudiante, en disant que je n’avais rien de grave et me donna quelques anti-inflammatoires. Les carabiniers tentèrent de me faire signer une déclaration motivant ma détention qui indiquait, après plusieurs heures de détentions, que j’étais accusé d’attentat contre un carabinier. Je ne connus jamais le résultat de mes examens médicaux.
Bien qu’en piteux état, on me fit attendre longuement au commissariat pour finalement me lire mes droits. On me demanda de quelle couleur étaient mes vêtements, et pendant qu’un carabinier donnait les réponses au téléphone, on m’intimida pour que je déclare que je portais une capuche noire. Curieusement, dans la déclaration postérieure du carabinier qui dit avoir été l’objet d’une agression de ma part, il donne textuellement la description que j’avais transmise à l’autre carabinier qui parlait alors au téléphone.
De plus, la déclaration décrivait en détail que j’avais lancé un cocktail Molotov vers le carabinier, ce qui est entièrement faux, puisque je n’ai jamais lancé un tel objet. Dans mon sac à dos « apparurent » deux bouteilles de nectar vides. En fait, ils n’ont rien trouvé dans mon sac à dos puisqu’il ne contenait rien. De plus, il n’y a aucune trace de substance incendiaire dans mes mains, puisque je n’ai jamais transporté ni lancé quoi que ce soit.
Si les carabiniers ont menti en premier lieu, que puis-je espérer de mon jugement ? Comment ne pas penser que les carabiniers ont inventé toute cette histoire, car j’ai des responsabilités en tant que dirigeant étudiant universitaire ? Comment ne pas penser que ce fut une attaque contre les dirigeants les plus engagés au sein du mouvement étudiant ? Comment expliquer la raclée brutale à laquelle je fus soumis et les sales mensonges qu’ils ont orchestrés ?
Ce qu’ils ont fait n’est rien de plus qu’un acte grossier visant à cacher la force répressive démesurée qu’utilisent les carabiniers, appuyés par le gouvernement, contre tout le Peuple du Chili. Couvert de honte, ils ont décidé que je suis responsable d’une tentative de meurtre manquée. L’absence de preuves contre moi leur tombera dessus comme une pierre au visage et la justice leur donnera la punition qu’ils méritent pour avoir mentis et pour m’avoir fait prisonnier.
Pour sa part, la juge a décidé que je devais être en prison, car je représente un danger pour la société. Il semblerait qu’aujourd’hui, être capable de défendre des causes justes à travers l’organisation collective et transparente, c’est être une être humain dangereux. C’est un danger pour cette société oppressive que nous nous ouvrions les yeux et soyons capables de lutter pour l’éducation, dans les quartiers populaires et sur les lieux de travail. Il paraît que ce sera toujours un danger que les étudiants dénoncent les injustices dans notre système d’éducation et qu’ils luttent pour que ça change ; que les travailleurs obtiennent un traitement juste et des salaires dignes ; que les habitants des quartiers populaires en aient assez d’obtenir que des miettes, de subir des injustices et qu’ils exigent de vivre dans des conditions de logement digne. C’est un danger pour cette société oppressive que l’éducation, le travail, la santé et les logements soient dignes pour tous. Dans cette société organisée autour de quelques-uns, il est menaçant que plusieurs aspirent à créer un monde nouveau...
Depuis mon enfance, j’ai appris que c’était dangereux de dire ce que je pense, et plus dangereux encore, de motiver les autres pour qu’ils le fassent également. J’ai appris que pour triompher, le mieux à faire est de dénoncer clairement les manques de ce monde oppressant, par le débat et la démocratie directe.
Aujourd’hui, le système me révèle encore une fois le danger d’être ce que je suis. Il le fait cette fois-ci de façon plus violente, à coups de poings, de mensonges, et en m’emprisonnant, me privant des gens et du peuple qui me renforcent.
Mais je ne suis pas inquiet et je n’ai pas peur puisque je sais que je ne suis qu’un parmi tant d’autres. Je sais qu’à l’extérieur de ces barreaux il y en a des centaines de meilleurs que moi, tout comme ici à l’intérieur.
Je sais qu’aujourd’hui mon nom a été traîné dans la boue, mais les idées qui font de moi un homme libre ne s’éloigneront jamais de ma conviction toujours plus forte à lutter pour un monde meilleur.
Camarades, amis et amies, aujourd’hui plus que jamais, en tout moment et en tout lieu, dans chaque rêve et dans chaque réalité, SEULE LA LUTTE NOUS RENDRA LIBRES.
RECA
RECAREDO GÁLVEZ, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION DES ÉTUDIANT-E-S DE L’UNIVERSITÉ CONCEPCIÓN
* Traduit de l’espagnol par Catherine Sanchez Saornil (tiré de La gauche, Québec)