mardi 26 juillet 2011

Indigène TV - Récit des otages de la flottille

20 Juillet 2011
Retour des Militants de la Flotille
Leurs Récits

Roissy - Aéroport CDG
Mercredi 20 Juillet 2011

Syrie : Rami Abdel Rahmane, fournisseur (quasi) exclusif de fausses nouvelles.

La charge du New York Times contre Israël (Counterpunch)

lundi 25 juillet 2011

L’Empire et le mensonge.

Fidel CASTRO

Je n’ai pas le choix : il me faut écrire deux Réflexions sur l’Iran et la Corée pour expliquer qu’il existe un danger de guerres imminent où serait employée l’arme nucléaire. J’ai dit aussi qu’il était possible de faire tourner court le premier si la Chine décidait de recourir à son droit de veto pour bloquer la résolution que les États-Unis promeuvent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Le second dépend de facteurs qui échappent à tout contrôle, étant donné la conduite fanatique d’Israël, converti par les USA en une forte nation nucléaire qui n’accepte aucun contrôle de la part de la superpuissance.
Lors de la première intervention des USA visant à écraser la Révolution islamique en juin 1953, pour défendre leurs intérêts et ceux de leur fidèle allié, le Royaume-Uni, et pour installer Mohammed Reza Pahlevi au pouvoir, Israël était un petit État qui ne s’était pas encore emparé de la quasi-totalité du territoire palestinien, d’une partie de la Syrie et d’une bonne part de la Jordanie voisine, défendue jusqu’alors par la Légion arabe dont il ne resta même pas l’ombre.
Aujourd’hui, les centaines de missiles à ogives nucléaires d’Israël, appuyés par les avions les plus modernes qui lui fournissent les USA, menacent la sécurité de tous les États de la région, arabe ou non, musulmans ou non, à portée de leur vaste rayon d’action, parce que leur précision est de quelques mètres.
Dimanche dernier, le 30 mai, quand j’écrivais les Réflexions intitulées L’Empire et la drogue, Israël n’avait pas encore attaqué brutalement la flottille qui transportait des vivres, des médicaments et des articles destinés au million et demi de Palestinien assiégés dans un petit fragment de ce qui avait été leur patrie durant des milliers d’années.

L’immense majorité des gens occupent leur temps à résoudre les besoins que leur impose la vie, dont les aliments, le droit aux loisirs et à l’étude, et d’autres problèmes vitaux de leurs familles les plus proches, et ils ne peuvent partir en quête d’informations sur les événements de la planète. On les voit partout, pleins de noblesse, espérant que d’autres se chargeront de chercher des solutions aux problèmes qui les écrasent. Ils sont capables de se réjouir et de sourire. Ils rendent ainsi heureux les gens qui, comme nous, ont le privilège d’observer avec équanimité les réalités qui nous menacent tous.
On accuse la Corée du Nord d’avoir torpillé la corvette sud-coréenne Cheonan, conçue selon une technologie de pointe, dotée d’un vaste système de sonar et de senseurs acoustiques sous-marins, dans des eaux situées face à ses côtes, cette action atroce ayant coûté la vie à quarante marins sud-coréens et causé des dizaines de blessés.
J’avais du mal à déchiffrer le problème. D’une part, je ne parvenais pas à m’expliquer comment un gouvernement, même s’il jouit de beaucoup d’autorité, pouvait utiliser des mécanismes de commandement pour donner l’ordre de torpiller un bâtiment de ce genre ; de l’autre, je n’ai pas cru une seconde la version selon laquelle Kim Jong il avait donné cet ordre.
Je n’avais pas assez d’éléments en main pour aboutir à une conclusion, mais j’étais sûr que la Chine opposerait son veto au projet de résolution soumis au Conseil de sécurité pour sanctionner la Corée du Nord. Mais je ne doute absolument pas, par ailleurs, que les États-Unis ne peuvent éviter que le gouvernement incontrôlable d’Israël emploie l’arme nucléaire.
Le 1er juin, dans la soirée, la vérité a commencé à se faire jour au sujet de ce qui s’était vraiment passé.
J’ai écouté à 22 h 30 le journaliste Walter Medina, animateur d’un programme phare de la télévision vénézuélienne, « Dossier », faire une analyse percutante. Sa conclusion est que les États-Unis ont fait croire aux deux parties de la Corée ce que chacune affirmait de l’autre, en vue de régler le problème du territoire occupé par la base d’Okinawa dont le nouveau Premier ministre japonais, se faisant l’écho des aspirations de paix de la population, réclamait la rétrocession. Si son parti avait remporté un soutien électoral énorme, c’est justement parce qu’il avait promis d’obtenir le retrait de la base militaire installée là, comme un poignard planté depuis plus de soixante-cinq ans au cœur même du Japon, aujourd’hui développé et riche.
Le Global Research permet de connaître des détails absolument sidérants de ce qui est arrivé, grâce à l’article de Wayne Madsen, journaliste enquêteur de Washington, qui a diffusé des informations émanant de sources de renseignements sur le site web Wayne Madsen Report.
Ces sources, affirme-t-il :
« soupçonnent que l’attaque à la corvette de guerre anti-sous-marin de la marine sud-coréenne Cheonan, a été organisée sous un faux pavillon afin de faire croire qu’elle provenait de Corée du Nord.« L’augmentation des tensions dans la péninsule coréenne visait surtout, entre autres objectifs, à exercer des pressions sur le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama afin qu’il modifie sa politiques relative au retrait à Okinawa de la base des marines étasuniens. Hatoyama a admis que les tensions créées par le torpillage du Cheonan avaient eu une grande influence sur sa décision de permettre aux marines étasuniens de rester à Okinawa. La décision de Hatoyama a provoqué une division dans le gouvernement de coalition de centre-gauche, ce dont Washington s’est réjoui, puisque le leader du Parti social-démocrate Mizuho Fukishima a menacé de s’en retirer à cause de cette volte-face au sujet d’Okinawa.
« Le Cheonan a été coulé près de l’île Baengnyeong, un endroit de l’extrémité occidentale éloigné de la côte sud-coréenne, mais face à la côte nord-coréenne. Cette île est fortement militarisée et à portée de l’artillerie de défense côtière nord-coréenne, située de l’autre côté d’un étroit canal.
« Le Cheonan, une corvette de guerre contre sous-marins, était équipée de sonar de pointe, de vastes systèmes de sonar hydrophone et de senseurs acoustiques sous-marins. La Corée du Sud ne possède aucune preuve de sonar ou d’audio d’une torpille, d’un sous-marin ou d’un mini-sous-marin dans le coin. Comme il n’a quasiment aucune navigation dans le canal, la mer était silencieuse au moment du torpillage.
Or, l’île Baengnyeong abrite une base de renseignements militaires des USA et de Corée du Sud, et les forces spéciales de la marine étasunienne y opèrent. Il y avait aussi quatre bâtiments étasuniens dans le secteur, dans le cadre des manœuvres Foal Eagle entre les deux pays, durant le torpillage du Cheonan. Une investigation des traces métalliques et chimiques laissées par la torpille suspecte indique qu’il est de fabrication allemande.
« On suspecte que les forces spéciales de la marine étasunienne disposent d’une gamme de torpilles européennes afin de pouvoir recourir au « déni plausible » lors d’attaques sous de fausses couleurs. De plus, Berlin ne vend pas de torpédos à la Corée du Nord, mais maintient en revanche avec Israël un programme de coopération étroite de mise au point de sous-marins et d’armes sous-marines.
« La présence du Salvor, qui participait aux manœuvres Foal Eagle, si près de l’île Baengnyeong durant le torpillage de la corvette sud-coréenne, suscite des questions.
Le Salvor, un navire civil de sauvetage de la marine, qui a participé à des actions de pose de mines par les marins thaïlandais dans le golfe de Thaïlande en 2006, était présent au moment de l’explosion, avec un complément de douze hommes-grenouilles d’eaux profondes.
Beijing, satisfaite de l’affirmation d’innocence du Nord-Coréen Kim Jong Il qui a fait un voyage d’urgence depuis Pyongyang, suspecte que la marine étasunienne a joué un rôle dans le torpillage du Cheonan, associée à des soupçons particulier au sujet du rôle joué par le Salvor. Les soupçons sont les suivants :
« 1. Le Salvor participait à une opération de pose de mines dans le lit marin ; bref, il posait des mines anti-sous-marins tirées horizontalement au fond de la mer.
« 2. Le Salvor réalisait une inspection routinière de maintenance de mines dans le lit marin, les plaçant sur un mode électronique actif – déclenchement par gâchette sensible – dans le cadre du programme d’inspection.
« 3. Un homme-grenouille des forces spéciales a posé une mine magnétique sur le Cheonan, dans le cadre d’un programme clandestin, afin d’influencer l’opinion publique en Corée du Sud, au Japon et en Chine.
“Les tensions dans la politique coréenne ont éclipsé opportunément tous les autres points à l’ordre du jour des visites de la secrétaire d’État Hillary Clinton à Beijing et à Séoul. »
Ainsi, d’une manière étonnamment facile, les USA ont réglé un important problème : liquider le gouvernement d’unité nationale du Parti démocrate de Yukio Hatoyama, mais à un coût très élevé :
1. Ils ont profondément offensé leurs alliés de Corée du Sud.
2. Ils ont souligné l’habileté et la rapidité avec lesquelles leur adversaire Kim Jong Il a agi.
3. Ils ont mis en relief le prestige de la puissante Chine, dont le président, plein d’autorité morale, est intervenu personnellement et a dépêché les principaux dirigeants du pays converser avec l’empereur Akihito, avec le Premier ministre et d’autres personnalités éminentes au Japon.
Les leaders politiques et l’opinion mondiale ont une preuve du cynisme et de l’absence totale de scrupules qui caractérisent la politique impériale des États-Unis.
Fidel Castro Ruz
Le 3 juin 2010
URL de cet article 10786 http://www.legrandsoir.info/L-Empire-et-le-mensonge.html

MON EXPERIENCE ISRAELIENNE

24 juillet 2011

Cette expérience commence le jeudi 07 juillet 2011, peu après minuit, sur la route en direction de Genève, avec mes amis, je consulte mes mails, étonnée de ne pas avoir reçu le mail dont tout le monde parle. Easyjet leur déconseillait de se rendre à l’aéroport car leur réservation était annulée. Par sms, on leur dit que le vol est annulé… Moi je reçois à 22h53 un mail m’informant que je dois me présenter 3h avant le décollage, pour « remplir les conditions de sécurité exigées par les autorités douanières d’Israël » l’avion doit décoller à 07h10 (photo).
Nous arrivons à l’aéroport de Genève vers 03h43 sous une pluie battante. La plupart des militants ont reçu le mail d’annulation. La colère est palpable dans le terminal. J’enregistre mon bagage, et je me rends compte que la résistance a commencé à s’organiser, après une discussion rapide, tout le monde passe au filtre-police. Je le passe avec les autres, Xavier se fait virer à coup de matraque électrique juste sous mes yeux, je ne le reverrai plus. Le passage des militants a semé le trouble, la police stoppe les contrôles, nous sommes bloqués, impossible d’aller plus loin. Claire explique en quelques mots à un agent les raisons de notre présence, et nous sommes autorisés à continuer. Arrivées dans la salle d’embarquement C58, il n’y a personne sur place. Nous apprendrons que les militants ont été forcés de rebrousser chemin juste après le contrôle. Des policiers arrivent et nous soupçonnent, après avoir montré patte blanche, on apprend que tout l’aéroport est bloqué, et qu’aucun avion ne décolle, cette situation durera près de 3h, à ce moment-là, une joie intense m’inonde…
               08h30, le vendredi matin, en attendant l'embarquement, je remarque que Abdellatif et Ilyass   ont réussi à échapper à la police, ils se tiennent prêt à embarquer, ils savent qu’ils ne figurent pas sur la liste des passagers mais vont quand même tenter de monter. Les passagers commencent à faire la queue pour accéder à l'avion, Abdellatif est démasqué et arrêté par la police. Ilyass passe inaperçu. A bord je m’installe à côté d’Ilyass, juste derrière Lamia et Aziz. Les hôtesses nous comptent et nous recomptent. Très vite l’équipage constate un passager de trop. Après 4 recomptages, un contrôle des cartes d’accès à bord est ordonné par le commandant. Ilyass me dit: "je crois que c'est mort pour moi".
Après son départ le commandant ordonne un contrôle poussé des soutes en raison de la présence d’Ilyass. L’avion décollera avec plus de 2h de retard. Je remarque 2 agents en civils au fond de l’appareil, je les avais vus monter par un escalier aux pieds des pistes, juste avant le décollage. Une fois le décollage terminé, j’en profite pour dormir un peu.
               Tel Aviv, 15h30 heure locale, atterrissage à Ben Gurion. A bord, on nous demande de rester assis. Depuis le hublot je vois un incroyable déploiement de policiers et soldats tous armés, qui forment rapidement un cordon autour de l’appareil, nous sommes appelés à sortir par ranger de 2.
Au pied de la passerelle, sous une chaleur étouffante, des policiers gradés et des militaires, accompagnés de caméras de télévision et toute une flopée de journalistes forment notre comité d’accueil. Sur le tarmac on me confisque mon passeport et m’indique un bus dans lequel je dois m'installer. Je vois Stéphane monter dans un autre bus. Le nôtre démarre avec à son bord, une dizaine de passagers et une trentaine de policiers.
J'aperçois « welcome to Israël » et un mauvais pressentiment m'envahi. Le bus s’arrête devant une grande porte en fer. Je regarde tous les policiers descendent, puis c’est notre tour. Ils ont formé un cordon pour baliser notre passage. A l’intérieur, les coulisses de l’aéroport, je remarque beaucoup de poussière, des bagages, des chariots. Ce n'est pas une arrivée comme les autres. Plus loin, derrière une autre porte une salle d’arrivée bagages, on nous installe dans une pièce adjacente avec les journalistes. On nous photographie on nous filme, j'ai l'impression d'être un animal. Jusque-là, personne ne nous dit pourquoi on a été accueilli de cette manière et pourquoi on nous a emmenés ici. A notre demande, on nous apporte de l’eau.
Après quelques minutes, on nous dirige 2 par 2 vers un comptoir ou un agent de douane nous pose rapidement quelques questions. A la fin de l’entretien, l’agent Haim me dit : « Nadia, your access to Israël is denied », je lui demande pour quel motif ? Il répond que la loi de son pays ne l’oblige pas à m’en donner la raison.
Dès ce moment-là, tout change. Les visages se ferment, l’escorte s’intensifie. Interdiction absolue d’utiliser nos téléphones. Après une longue attente, retour sur le tarmac, à ce moment-là, nous sommes 5 passagers du vol Easyjet, entourés d’une vingtaine de policiers et soldats qui fument. 2 options nous sont proposées: un vol pour Londres dans l’heure qui suit, ou la prison.
On se concerte entre filles, rapidement, mais entre Londres et la France on doit se débrouiller? Aziz tranchera pour nous, il décide d’aller en prison, et donc à l’unanimité nous nous alignons sur sa décision, faisant front commun, on refuse Londres.
Dans les minutes qui suivent on se retrouve dans un camion-cellule, les policiers sont plus qu’énervés. L’heure de shabbat approchant, ils commencent tous à être frileux. On est dirigé vers une salle, pleine de policiers qui discutent. On nous filme, on nous prend en photos. On est parqué dans un coin de cette salle, derrière des barrières déroulantes bleues. On réclame à boire et à manger, on nous donne de l’eau et des sandwichs, l’officier précise « kasher », avec un grand sourire, [nous boycotterons].
On verra Linda et Djibril un peu plus tard, mais seulement quelques minutes, puis ils repartent, escortés. Epuisée je pique un somme. L’arrivée des belges me réveille une heure plus tard, et me met du baume au cœur, de les voir je me sens réconfortée, rassurée. Nous ne sommes pas seulement 5, mais beaucoup plus !! Je me sens plus forte. Très vite nous échangeons des infos, Mohamed et Tarik nous racontent leurs arrivées, Fadwa est souriante, mais notre conversation trop intense gène les policiers, elle ne durera pas.
Nous sommes emmenés 2 par 2 à la fouille corporelle. On nous palpe, nos sacs sont fouillés. On nous colle une étiquette sur le torse, j’ai le numéro 3, puis on nous dirige vers les camions-cellules. On doit laisser nos affaires, nos sacs et effets personnels au passage. C’est en y allant que j’ai vu Fatiha se faire agresser. Elle a refusé qu’un policier ne la touche. En moins de 10 secondes une cinquantaine de policiers et soldats se jettent sur elle, puis Mohamed essai de s’interposer, et se retrouve aussi sous les coups. La policière qui m’escorte me tire et m’éloigne de la scène. Au loin, je n’entends plus que les hurlements de Fatiha et la contestation de tous les militants présents.
Je rejoins Lamia et charlotte dans la première cellule du camion, juste derrière le conducteur. Il est prêt de 18h. Les garçons sont amenés dans un camion-cellule devant le nôtre, et les filles dans un troisième, derrière.
Elles sont escortées une par une, je vois Fanny passer, elle dévisage le policier qui l’escorte, Fadwa, se prendra un coup sur la tête parce qu’elle refuse d’avancer. Des policiers filment en se tordant de rire, d’autres prennent des photos. [Un policier ouvrira notre cellule prendra une photo et refermera aussitôt].
20h16, sur le tableau de bord je peux lire l’heure. On démarre après plus de 2h en plein soleil. On quitte l’enceinte de l’aéroport. Sur les panneaux je peux lire Jérusalem, Ramla. On prend une voie rapide qu’on quitte après quelques kilomètres. La nuit commence à tomber. Nous arrivons devant la prison, des journalistes sont là. Ils ne nous verront pas, les camions pénètrent dans la cour de Givon Prison (photo).
La grande porte se referme. Je vois les garçons sortir les premiers, ils sont épuisés, on les fait entrer. Puis vient notre tour, nous ne les verrons pas. On nous fait entrer dans des cellules, une dizaine de filles par cellule, puis on nous appelle une par une pour un « questionnaire médical » oral. Ma thyroïde très gonflée et apparente, je signale que mon traitement se trouve dans mon bagage resté à l’aéroport. On me propose un traitement similaire, que je refuse catégoriquement puis je retourne en cellule.
Les filles passent chacune leur tour, ensuite on nous demande de reconnaitre nos sacs. Une fois récupéré, une gardienne verse le contenu de mon sac sur le lit d’une cellule adjacente. Elle me fouille encore une fois. Elle me rend ce que je peux garder avec moi, le reste de mes affaires est donné à un autre gardien, pour un deuxième tri. Il garde téléphone, CB, argent et tout autre objet de valeur. Il en dresse une liste sur un document en hébreu, que je devrais signer plus tard, et met mes affaires sous écrou 1669. Une copie de la liste m’est remise.
Je sors de cet endroit et on me dirige vers un autre bâtiment. A l’entrée, une autre gardienne insiste pour m’administrer un traitement pour ma thyroïde, elle me demande le dosage,  je réponds que je ne m’en souviens pas. Je refuse de prendre un quelconque médicament de leur part. On entre. Sur des valises je peux lire les étiquettes bagages, JNB (Johannesburg) via ADD (Addis-Abeba), elles sont surement aux femmes noires devant moi.
Par terre, des plateaux repas, je dois me servir en passant, et on me remet un nécessaire de toilette (savon, dose de shampoing, dentifrice). J’entre dans la cellule n°7. Nous sommes 6 dans cette cellule, les filles arrivent une par une et d’un commun accord, nous décidons de ne pas manger cette « nourriture » sur laquelle se sont surement baladés les colonies de cafards qu’on a aperçu en entrant. On se débarbouille, on prie et très vite je m’endors, épuisée de ma nuit blanche de la veille, il est prêt de 23h.
               Samedi 09 juillet 2011, 10h, Givon prison: je me réveille la dernière, le « petit déjeuner » est là, il y a de l’eau chaude, du thé, des yaourts vanille, du café turc…
[J’ai encore les yeux fermés et j’entends les filles se plaindre des grains qui leurs restent dans la bouche après chaque gorgée, très vite une idée me vient à l’esprit. J’attrape un gobelet et Fanny me prête l’aiguille qui lui sert à tenir son hijab et m’en sert pour faire des trous dans le fond. Ensuite, un morceau de serviette en papier en guise de filtre, une dose de café, et je fais couler l’eau chaude. Ça ne marche pas. Fatiha se souvient avoir gardé une aiguille à coudre, je recommence l’opération, et là, tout change, le café est désormais buvable, on me surnomme désormais Mc Giver…]
Plus tard, j’apprends qu’un représentant de l’ambassade est là, nous sommes autorisées à le voir mais 5 par 5. J’attends mon tour, patiemment. Dans les couloirs d’autres filles arrivées dans la nuit discutent, parmi elles des américaines, des françaises, des belges et autres allemandes et autrichiennes. Nous dénombrerons au total une dizaine de nationalités dans les cellules de Givon. 2h plus tard mon tour arrive, je peux aller voir la consule. Nous sommes une dizaine à sortir dans la cour en attendant de pouvoir être reçues. Là, dehors, des tables de pique-nique, on nous demande de nous y assoir en attendant que le groupe précédent sorte.
Dans une carafe d’eau on nous apporte de l’eau du robinet, avec quelques glaçons et des gobelets. Le soleil cogne, la chaleur se fait sentir, et l’attente devient longue. A cet instant, le groupe sort du « bureau », parmi eux, j’aperçois Stéphane, je pensais vraiment qu’il était passé. Rapidement, nous échangeons des informations, de loin, avant que les gardes ne nous interdisent toutes communications. Quelques minutes s’écoulent avant qu’ils ne s’en aillent tous, et que l’on soit reçu. Nous entrons dans le bureau, il est 13h05.
Colette le baron arrive et se présente, elle dépend du ministère français des affaires étrangères, et se trouve être consule de l’ambassade de France en Israël et accompagnée de Sami, « parce qu’il parle hébreu » nous dit-elle.  Elle parait excédée, et cela se confirme lorsqu’elle affirme répéter la même chose depuis 8h30 ce matin-là. La consigne du MAF (ministère des affaires étrangères) avait été publiée depuis le début de la semaine sur le site « conseils aux voyageurs ». Elle dit qu’un représentant du ministère de l’intérieur israélien sera présent dimanche afin de nous permettre de nous positionner quant aux 2 options proposées.
[Le dimanche personne ne viendra].
Les questions fusent, on essaie d’éviter la cacophonie et Dominique propose de la laisser finir. Elle confirme que les bagages ne sont pas perdus. J’ai donné les coordonnées de mon médecin traitant pour qu’il indique quel est le bon traitement pour ma thyroïde. Colette Le Baron note tout sur un cahier. [De retour en France, personne n’aura appelé mon médecin]. Elle parle du communiqué de presse publié sur le site du MAF en date du 07 juillet, qu’on aurait dû le lire, que nous sommes des inconscientes.
Elle nous parle également d’Olivia Zemor « connue » des autorités locales, elle nous apprend que dès qu’il s’agit d’elle, Israël arrête toutes les personnes de son groupe. Elle nous expose ensuite 2 options, la première, on signe l’arrêté d’expulsion, on peut partir sur le premier vol disponible vers l’escale d’origine, et là faudra un visa pour revenir, la seconde, on refuse de signer, on fait appel, et on reste en prison jusqu’à la décision du juge. Chaque fois que nous lui demanderons de nous expliquer les raisons de notre présence à Givon, elle éludera. La fin de l’entretien est ordonnée par les gardiens, nous retournons en cellule.
Nous nous organisons en petits groupes pour faire une restitution de l’entrevu, au même moment le repas est servi. Le dégout est tel que la plupart d’entre nous en a l’appétit coupé. Nous informons les gardiennes que nous ne mangerons pas, qu’on ne boira que de l’eau.
Quelques minutes avant d’entrer en cellule, j’ai pu faire la connaissance de Nora dans le couloir, allemande par sa mère et palestinienne par son père (gaza), ainsi que de 2 anglaises dont Pipa, du pays de Galle, toutes arrivées dans la nuit.
14h25 : on apprend que nos avocats sont là. Chacune attend son tour, certaines dorment.
     [Juste avant d’entrer j’avais vu sur la porte de la cellule d’Anissa, un joli « FREE GAZA » (photo), du coup j’attrape les tubes de dentifrice qu’on a eu en arrivant et je tag « FREE PALESTINE » sur la porte de la cellule, Fatiha tag un « FREE GAZA » sur le carrelage blanc au-dessus du lavabo, et fait un deuxième couche avec son dentifrice bleu. 16h : ouverture des cellules. Dans les autres cellules les filles ont fait la même chose, tous les murs sont tagués, on peut lire entre autre, « PALESTINE=INVINCIBLE » « VIVA PALESTINA »  « FREE GAZA » «  FREEDOM OF MOVMENT IS EVERYBODY’S RIGHT » « GAZA LIBRE » « WE LOVE PALESTINE » « BOYCOTT ISRAEL »]
17h, avec Rachida, nous rencontrons Lymor, avocat. Il est très avenant et agréable. Il commence par s’excuser de nous rencontrer dans ces conditions. Puis nous explique la situation, et nous demande de lui signer une décharge qui le désigne comme étant notre avocat. Il nous apprend qu’une centaine de sympathisant israéliens nous attendaient à la sortie de l’aéroport pour nous accueillir, qu’ils ont été frappés par la police, que la presse du pays s’est emparée de cette affaire et livre une guerre aux autorités. Il nous informe que l’arrêté d’expulsion est déjà produit, et ne pas le signer signifie faire appel, tout simplement. Il confirme que nos bagages seront récupérés.
        18h05, retour en cellule, le repas est servi. On nous sert du thon au naturel avec des œufs durs et du homos, ce sera le seul repas de la soirée, pour celles qui dinent. Les portes sont ouvertes, on peut discuter. Les avis divergent sur les 2 options proposées, aucun moyen de savoir ce qui se passe dehors, que pensent les palestiniens de notre situation ? Doit-on arrêter ou continuer ?
[On se rendra compte plus tard qu’en fin de compte nous n’avions plus le choix].
Les regards se croisent, on boit du thé on discute, Marité me raconte son voyage. Ils étaient 10 au départ de Marseille via Rome Fiumicino. Elisa chanteuse italienne est attendue à la sortie de l’avion à Rome, une pancarte à son nom. Elle ne la reverra pas. La suite de son voyage s’est passé comme pour nous toutes. Plus loin je discute avec Laura, new yorkaise qui écrit aussi son périple. On échange nos mails pr s’envoyer nos futurs articles. 20h10, retour obligatoire dans les cellules, j’en peux plus d’être enfermée, alors avec Lise on fait des va et vient dans le couloir, juste avant la fermeture, de grands mouvements en guise de sport.
Katia, La gardienne nous demande de vite rentrer car elle est « fatiguée », et poursuit avec un « si vous êtes cool je vous apporterai des sweets (douceurs)», plus tard elle apportera un bol de « confiture » à la cerise pr 6 en guise de dessert….
Elle sera de garde cette nuit-là. Dans la cellule plusieurs conversations s’engagent, notamment sur les raisons de notre présence en prison, qui ne nous ont pas été expliquées. A 1h tout le monde était endormi ou presque. Des hurlements venant des murs voisins m’empêchent de dormir, ils résonnent dans ma tête.
[Ils résonnent dans ma tête encore aujourd’hui].
               Dimanche 10 juillet, 5h30, réveil brutal, les portes claques, les serrures grincent. Un gardien accompagné d’une « manager » pénètrent dans notre cellule et prennent des photos de tous nos tags, excédée, la manager nous demande « why you did this ? », personne ne lui répond. 8h30, le petit déjeuner arrive, lait, confiture et poivrons crus, [oui des poivrons]. Très vite les portes s’ouvrent, discuter avec les autres est devenu vital. 10h, promenade dans une cour (photo), on fait un peu de sport, on improvise une bataille d’eau. La sortie durera une heure, pas plus.
De retour dans le couloir des cellules, je fais un malaise, la manager panique et m’assoie rapidement sur un tabouret, je demande du sucre. Nadia et Dominique m’accompagneront à l’infirmerie pour voir un médecin, mais il est absent. Alors un gardien qui prétend avoir fait une année de médecine, prend ma tension et ma glycémie et me renvoi en cellule en affirmant qu’on reviendra me chercher dès le retour du médecin. [On ne reviendra jamais me chercher].
Vers midi, on apprend qu’on pourra passer un coup de fil de 3 minutes à nos familles avec nos portables. A 14h, j’ai pu appeler ma mère, le son de sa voix me fait pleurer, je la rassure comme je peux, prétextant que je ne suis pas joignable car mon bagage est perdu avec mon chargeur à l’intérieur… [Je ne veux pas te mentir Maman, mais je vais bien, ne t’inquiète pas…].
La gardienne en face de moi esquisse un léger sourire de coin, ma détresse l’enchante. De retour en cellule, les portes restent ouvertes, bizarrement. Dans le couloir sur la table un sac plein de prunes, env. 5kg pour la trentaine que nous sommes. Les américaines font comme moi, elles écrivent. Il ne faut pas oublier, jamais.
Ce matin ils ont voulu prendre nos empruntes et nos portraits, la farouche détermination des filles des premières cellules les a découragé, ils abandonnent.
[J’apprendrais dans l’avion qu’ils avaient tenté la même chose avec les garçons et eux aussi s’y étaient opposés fermement.]  
Nous ne sommes pas des criminels, alors pourquoi vouloir nous ficher ? Et pourquoi sommes-nous là ? Nous l’ignorons toujours.  J’apprends que les belges partiront peut être demain, [sans me douter qu’il s’agissait en réalité de mon départ.]
15h30, retour en cellule, on fait le plein d’eau chaude pr le café, et d’eau fraiche pr la soif. Il fait très chaud. Les ventilos tournent à pleins régime, sans pour autant servir. [On improvise un petit atelier théâtre pour passer le temps. J’explique rapidement les exercices appris avec Rohi à Arts Dreams. On rigole on oublie un peu notre condition.]  Une gardienne vient chercher 2 d’entre nous pour le téléphone, elle s’étonne de nos sourires, de nos fous rires.
Je repense rapidement aux sms que j’ai pu lire durant mes 3 minutes d’appels autorisés, Sophia est morte d’inquiétude, Claire pleine de remords, mais que se passe-t-il vraiment? Nous n’avons aucun retour. On ignore tout. 16h50, Anissa me prête la citadelle, je me plonge rapidement dans une lecture ciblée des invocations que je connais, j’ai moi-même ce livre à la maison, je m’accorde un instant spirituel pour mieux me retrouver. Ce matin on nous a distribué des tee-shirts et des culottes estampillés 729… celles qui ont de quoi se changer les boycotts, les autres se changent, elles portent les mêmes depuis 48h.
[A chacune son degré de résistance, je ne juge personne, et on doit se serrer les coudes].  
Surtout que des tensions naissent dans d’autres cellules, forçant l’une d’entre elles à en changer. Lamia a pu appeler sa famille, elle se sent mieux. 17h30, le diner est servi. Riz, pâtes, chaussons, tomates, œufs durs, [une bouffe dégueulasse.] je décide de manger un peu pour ne pas faire un autre malaise, avec l’intention de poursuivre ma grève de la faim dès le lendemain. Arrive ensuite l’heure de la promenade. Dehors, Julia nous fait une démonstration de Capuera.
La joie et la bonne humeur envahi la cour, on tape des mains on danse sous les regards ébahis des gardiennes. L’heure du retour en cellule sonne vite. [Une sirène retentit au loin, on ne saura jamais de quoi il s’agit.] On discute de notre retour, on veut créer un buzz, on veut faire du bruit, pour que tout le monde sache ce qui nous est arrivé. Les t-shirt blancs donnés le matin seront utilisés pr notre visibilité (photo).
[Une gardienne passe avec un sac, elle ramasse les ordures.]
La chaleur est étouffante, le ventilateur brasse l’air chaud. Alors on joue. On se colle chacune une carte sur le front avec un texte à deviner. Une gardienne passe toujours étonnée de nous voir rire. Plus tard on éteint, Fatiha tombe ko, elle dort. Mais avec les autres la chaleur nous étouffe. Les hurlements de la veille reprennent. Nous discutons encore une bonne heure avant de pouvoir s’endormir. 
               Lundi matin, 8h30, réveil brutal dans une cacophonie indescriptible. 2 gardiennes se pointent, Lamia et moi nous partons. On nous change de prison nous dit-elle. Je refuse de la suivre, car je ne veux pas être sépare des autres. Le directeur nous attend dehors il va tout nous expliquer, rétorque-t-elle. Dehors il nous dit qu’on va à l’aéroport, qu’on rentre chez nous. On récupère nos affaires sous écrous puis on nous installe à bord d’un mini bus climatisé [rien à  voir avec le véhicule d’arrivée], les garçons sont là aussi, pieds et mains menottés. Il est déjà 9h30.
[La route vers l’aéroport fut pénible. Je me rends compte que Jérusalem est vraiment toute proche, 49km. J’ai traversé la méditerranée pr la voir, elle si proche et si inaccessible. Je m’en éloigne et mon cœur saigne].
Arrivée à ben gurion, nous sommes parqués dans la même salle que vendredi, [je reconnais celui qu’on avait surnommé ‘man in black’]
Je réclame de l’eau plusieurs fois, impossible d’en obtenir. Chacun notre tour, nous passons à la fouille, une fouille bien plus poussée que vendredi, bien plus humiliante. Nos sacs sont scannés. Lamia doit jeter des produits couteux. On négocie une dernière utilisation pour se rafraichir. Je pars la première puis c’est au tour de Lamia. [Elle m’apprendra qu’elle a vidé le tube entier dans le lavabo sous les yeux de la douanière, qu’elle préférait çà plutôt que de savoir qu’elle pourrait le récupérer.] 
A chaque étape, l’attente est très longue. L’avion est censé décoller à 13h10. Il est presque midi. Je réclame encore de l’eau, en vain. De retour dans le van, on peut voir en face les agents manger des glaces, pour nous la chaleur est étouffante. Le chef douanier nous dit qu’on aura de l’eau à bord, je réponds que ce vol ne part jamais à l’heure, qu’il sera forcément en retard, et qu’on a vraiment soif. Rien à faire.
On reste sur les pistes, dans le van, en attendant que l’avion soit prêt à nous accueillir. Je monte la première. Un officier me suit dans la passerelle en me disant d’avancer. J’arrive à la porte et tomber face à Hans, un policier suisse en civil. Il pense que j’arrive de la salle d’embarquement, et se retourne vers l’hôtesse en lui disant qu’il attend des personnes expulsés et qu’il faut stopper l’embarquement.
Je lui dis que je suis cette personne et que 5 autres vont suivre. Il tombe des nues. Après le décollage il m’explique que le matin même il avait reçu un sms à 5h du matin, lui expliquant qu’il devait se rendre d’urgence à Tel Aviv pour récupérer des personnes violentes dangereuses et très agressives, des activistes expulsés par Israël.  Il est sidéré. Il constate que c’est faux, il n’arrête pas de nous poser des questions sur notre séjour sur place, on lui raconte, il est choqué.
Stéphane discute passionnément avec d’autres passagers, Lamia charlotte et Aziz se sont endormis, Salim écoute de la musique.  Moi je me demande comment va se passer notre arrivée à Genève, qui sera là ? Je repense aux 2 options décrites par Le baron, à aucun moment on ne m’a présenté de document à signer depuis ma sortie, mis à part le bordereau d’écrou pour récupérer mes affaires. Hans me laisse voir mon passeport, « ENTRY DENIED ». 
     Selon lui, pas de fichage dans la base de données israéliennes, mais comment en être sure ?  Après 4h de vol, atterrissage à Genève, une première bonne nouvelle, nos bagages sont là ! Dehors, dès notre sortie, je reste bouche bée devant le comité d’accueil. Tout le monde est là, on s’embrasse, c’est la fin du cauchemar, je suis en Europe.


Témoignages "Bienvenue en Palestine"...

par Nadia K , dimanche 24 juillet 2011, 22:45

Source : Free Palestine

dimanche 24 juillet 2011

Pourquoi l’Europe a peur des révoltes en Afrique du Nord ? Le spectre d’une Europe Noire (Counterpunch)

Quelles sont les raisons des différences de traitement médiatique entre les migrants Africains et les boat people vietnamiens ou les balseros cubains, qui justifient que l’on pourchasse et refoule les premiers alors que l’on compatit et accueille les seconds ? Dans le premier cas, il s’agit de populations fuyant une détresse économique et sociale générée par la main mise de l’Occident sur les richesses de leurs pays. Mais ça c’est la mondialisation, la marche du Monde vers le progrès, avec ses ratées, contre laquelle on ne peut rien. Dans le second, les populations fuient la guerre et les ravages provoqués par l’impérialisme Occidental qui n’admet pas que des gouvernements veuillent faire profiter de ces richesses à leurs concitoyens. Et contre ça on sait mettre en oeuvre d’énormes moyens, militaires et médiatiques. (NdT)
 Les révoltes en Afrique du Nord sont célébrées par des millions de gens à travers le Monde mais envisagées avec peur et scepticisme en Europe. La chute des dictateurs Africains privera l’Europe d’alliés de choix dans sa lutte contre l’immigration clandestine. Le vide politique et l’instabilité sociale et économique qui en résultent créeront une nouvelle vague de migrants assez désespérés pour affronter la haute mer en direction des côtes européennes. La crise migratoire que l’Europe essaye d’endiguer depuis des années sera aggravée et l’Europe y répondra par une répression accrue ; une nouvelle crise humanitaire se prépare.
Anéantis par les guerres et la pauvreté, des milliers d’Africains quittent chaque année leurs foyers pour un long et pénible voyage vers le Nord. Arrivés au Maroc, en Tunisie ou en Libye, ils récupèrent de leur fatigue, paient des trafiquants d’hommes, et montent sur des embarcations légères en route vers l’Italie ou l’Espagne. Beaucoup meurent, victimes des vagues ou des tempêtes. Dans les grandes villes du continent, les survivants rejoignent alors l’armée des demandeurs d’asile et des sans-papiers.
Se débarrasser de ces migrants en les renvoyant dans leur pays d’origine, ou le dernier quitté avant d’entrer en Europe, s’est avéré impossible. La politique actuelle est donc d’empêcher les Africains d’atteindre l’Europe. Les gouvernements Européens ont ainsi établi des accords bilatéraux avec les dictateurs Nord Africains, les engageant comme gardes-frontières en échange d’aides financières.
Un accord bilatéral avec l’Italie prévoyait un soutien financier à Zine Al-Abidine Ben Ali en contrepartie de ses efforts pour interdire le passage de migrants Africains et le départ de Tunisiens vers l’Europe. La chute de Ben Ali a mis fin à cet accord. Il n’y a plus de contrôles aux frontières et 5.000 Tunisiens sont arrivés au port italien de Lampedusa. Bien qu’en plus petit nombre, des Egyptiens quittent leur pays et se dirigent vers l’Italie. Si l’Egypte demeure politiquement et économiquement instable, cela augmentera le nombre d’Egyptiens cherchant la survie en Europe.
En 2003, un accord entre l’Espagne et le Maroc prévoyait une coopération sans réserve des autorités Marocaines pour le contrôle des migrations en échange d’une aide de 390 millions de dollars. Deux ans après, en septembre 2005, les soldats Marocains et les gardes-frontières espagnols ouvraient le feu sur des centaines d’Africains qui essayaient d’entrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, tuant 11 migrants et en blessant beaucoup plus. Le mouvement de contestation en Afrique du Nord a déjà touché les rues du Maroc, et ici aussi le devenir de cet accord bilatéral pour endiguer l’émigration Africaine est en jeu.
Le plus notable de ces accords bilatéraux avec les dictateurs d’Afrique du Nord est le “Pacte d’Amitié“ signé entre l’Italie et la Libye le 30 août 2008. Les deux pays se sont engagés dans une coopération accrue pour “combattre le terrorisme, le crime organisé, le trafic de drogue et l’immigration clandestine“. Mouammar Kadhafi s’est engagé à empêcher les migrants Africains à quitter son pays pour l’Italie, et à réadmettre en Libye ceux qui auront été interceptés dans les eaux internationales. Record plafond pour ce service dont le prix atteint 5 milliards de dollars en investissements, et six patrouilleurs pour surveiller les passages maritimes entre l’Afrique et l’Europe.
Le 6 mai 2009, les gardes-frontières maritimes et la flotte d’Italie interceptèrent un bateau de migrant en haute mer et obligèrent les passagers à retourner en Libye. Le Ministre de l’Intérieur Italien Roberto Maroni salua cet acte comme un “jour historique“ dans la lutte contre l’immigration illégale. Parmi les passagers, il y avait des femmes et des enfants vulnérables, des malades, et des demandeurs légitimes d’asile ou de protection internationale. L’Observatoire des Droits de l’Homme a dénoncé de nombreux abus, violences physiques et torture, contre ces migrants de retour en Libye. Dans certains cas, les autorités Libyennes vendirent les Africains à des trafiquants d’hommes qui les gardèrent dans des prisons privées jusqu’à ce que leurs familles payent pour leur libération.
Les bouleversements politiques en Afrique du Nord menacent aussi le futur de ce “Pacte d’Amitié“. Mouammar Kadhafi a averti qu’il annulerait unilatéralement l’accord si les gouvernements Européens n’arrêtaient pas de critiquer la violente répression des manifestants Libyens. Ces derniers jours, les forces armées de Kadhafi ont tué des centaines de manifestants qui protestaient à travers le territoire Libyen contre son gouvernement. Le sort du dictateur Libyen reste inconnu.
Le 15 février, le Ministre de l’Intérieur Italien a demandé l’aide officielle de Frontex, l’agence Européenne de sécurité des frontières. Le 20 février, Frontex a déclenché l’opération conjointe “Hermes 2011“ en déployant en Italie et à Malte des moyens aériens et maritimes supplémentaires pour combattre le flux d’immigrés clandestins d’Afrique du Nord. (http://www.bruxelles2.eu/politique-etrangere/moyen-orient/fr...).
Mouammar Kadhafi arrivera peut-être à écraser le soulèvement par la force. La chute du dictateur porterait cependant un coup irrévocable à l’actuelle politique migratoire de l’Europe. La défection des seconds couteaux de l’Europe dans la lutte contre les migrations illégales débouchera sur des interventions ostensibles des gardes-frontières armés de l’Europe contre les migrants Africains en haute mer. Jusqu’où ira l’Europe pour interdire l’accès à ses frontières aux Africains ?
Behzad Yaghmaian
Source : http://www.counterpunch.org/behzad02232011.html
Behzad Yaghmaian est professeur d’économie politique au Collège Ramapo du New Jersey, auteur de “Embracing the Infidel : Stories of Muslim Migrants on the Journey West“ et de “The Greatest Migration : a People’s Story of China’s March to Power“, à paraître. Il peu être joint à behzad.yaghmaian@gmail.com.
Traduction Laurent Emorine pour le Grand Soir
URL de cet article 12906 http://www.legrandsoir.info/Pourquoi-l-Europe-a-peur-des-revoltes-en-Afrique-du-Nord-Le-spectre-d-une-Europe-Noire-Counterpunch.html

Palestine : Pas de « solution juste » sans le droit au retour des réfugiés palestiniens

 « La force d’Israël, le soutien des USA, la faiblesse des Palestiniens et la complicité arabe, tels sont les ingrédients d’une solution imposée du « problème des réfugiés », basée non sur leurs droits mais sur leur disparition…l’élimination des réfugiés palestiniens est indispensable pour qu’un nouveau Moyen Orient pacifié prenne sa place dans l’économie mondialisée. ».
Écrites il y a 10 ans, ces lignes sont hélas toujours d’actualité.
Profitant du désarroi issu de l’effondrement des illusions nées des accords d’Oslo, tous les gouvernements israéliens ont poursuivi la destruction de la société palestinienne engagée dès 1948, avant même la proclamation de l’Etat d’Israël et la guerre israélo-arabe qui l’a suivie.
Ceci fut fait avec le soutien total des gouvernements des Etats Unis et avec la complicité active des gouvernements européens et des institutions internationales (FMI et ONU notamment).
Pourtant, malgré les formidables moyens déployés pour permettre à Israël d’en finir avec l’existence du Peuple palestinien, il subsiste un obstacle majeur à la réalisation de ce plan.
Cet obstacle tient en un mot : (les) REFUGIES.
La raison en est que, par delà leur nombre (ils sont 6 millions, près des 2/3 du Peuple palestinien) les réfugiés palestiniens sont, par leur seule existence, la preuve historique de l’injustice commise par l’ONU en novembre 1947 et celle de la nature coloniale irréfutable d’un Etat d’Israël né, non d’une prétendue lutte de libération nationale, mais d’une opération programmée de nettoyage ethnique.
Les réfugiés palestiniens sont devenus « un problème » qu’il convient de résoudre, par tous les moyens et quel que soit le prix à payer.
Les réfugiés palestiniens, quand ils revendiquent leur droit au retour sur les terres et dans les maisons dont ils ont été chassés par la violence des groupes terroristes sionistes en 1948 puis en 1967, sont la marque identitaire du conflit israélo-arabe, la preuve vivante de l’illégitimité de cet état colonial imposé par la force au cœur d’une région arabe convoitée par l’Impérialisme pour ses richesses et à cause de sa position stratégique.
Pour supprimer cette marque identitaire, il faut dissoudre l’existence même des réfugiés palestiniens et, à défaut de pouvoir les faire disparaître, les réduire à une question humanitaire.
Mais voilà…Les réfugiés palestiniens ne se sont pas transformés en une simple addition de mendiants dispersés et voués à être absorbés et digérés au sein des communautés nationales des Etats qui ont été contraints de les « accueillir ».
Dans leur immense majorité ils ont refusé d’oublier, ils ont refusé d’être dépossédés de leur histoire, ils ont collectivement maintenu leur volonté de survivre et de vivre, ils ont gardé une colère intacte et ils ont refusé d’abdiquer leurs droits.
Le retour des réfugiés est la substance de la cause palestinienne.
Longtemps reléguée à une place secondaire par la direction de l’OLP, principalement préoccupée de se voir reconnaître l’exclusivité de la représentation du Peuple palestinien en vue du marchandage visant la création d’un mini Etat, la question politique des droits des réfugiés est revenue en force aux lendemains des accords d’Oslo.
En concentrant l’attention sur la création de territoires autonomes confiés à une Autorité palestinienne, Oslo a été une tentative supplémentaire de liquider « la question des réfugiés ».Le règlement de la question du retour des réfugiés était différé à des « négociations finales » dont on espérait qu’elles se perdraient dans les sables de la négociation des accords intérimaires.
En faisant de la construction de « l’Etat palestinien indépendant » son objectif prioritaire, la direction de l’OLP marginalisait la cause des réfugiés, qui était pourtant la raison d’être du mouvement de libération de la Palestine.
Réduire le conflit à un problème de partage de territoires entre Israéliens et Palestiniens, c’est d’une part reconnaître la légitimité de l’existence de l’Etat colonial et d’autre part mettre un terme définitif à l’ambition de « libération nationale », remplacée par une « processus de paix » où les deux parties « négocient ».
En outre, dès lors que le conflit est réduit à une querelle frontalière, le problème des réfugiés semble plus aisé à résoudre : ceux qui le voudront pourront « revenir dans l’Etat de Palestine » !
Avec le recul de 15 ans, on doit constater que ce calcul cynique a failli aboutir.
Mais la manœuvre a fait long feu et la voracité des dirigeants sionistes, fidèles aux ambitions initiales de la conquête de toute la Palestine, a mis à mal le dispositif initialement concocté par l’Impérialisme avec la complicité de la direction palestinienne, d’abord à Madrid puis à Oslo et Washington.

L’analyse du comportement de l’Etat sioniste, tant avant que pendant la deuxième Intifada et tant dans les territoires occupés en 1967 que dans les territoires occupés en 1948, a convaincu de nombreux militants palestiniens de la nécessité de rompre avec une politique de renoncement aux droits fondamentaux, de la futilité des négociations avec un ennemi bien décidé à mener à son terme l’entreprise de nettoyage ethnique commencée en 1948 et, en dépit de sa fragmentation due à sa dispersion géographique, de l’unité du combat du Peuple palestinien pour ses droits nationaux.
L’effacement des illusions d’Oslo a suscité un profond mouvement de réflexion chez les réfugiés palestiniens.
Des initiatives populaires se sont développées depuis les camps de réfugiés, dans la diaspora palestinienne et chez les Palestiniens résidant en Israël, visant à remettre la question des réfugiés et de leur retour à la première place de l’agenda palestinien, considérant qu’aucune paix n’était possible sans l’application du droit au retour et donc sans la réaffirmation d’un projet de libération nationale.
L’affirmation de l’exigence du droit au retour est devenue le point de convergence des luttes des Palestiniens pour leurs droits.
Le retour n’est plus « seulement » une revendication, c’est devenu un projet politique qui structure la reconstruction de l’ensemble d’une démarche collective de résistance au nettoyage ethnique et d’opposition à la volonté sioniste de faire reconnaître par les Palestiniens eux-mêmes la légitimité d’un « Etat juif » et de les faire ainsi renoncer à leur droit à la résistance.
Le droit au retour des réfugiés, un droit reconnu par le droit international.
Le droit au retour dans leur pays des réfugiés et des populations déplacées est un droit clairement reconnu par le droit international.
L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) affirme le droit de chaque individu de « quitter tout pays, y compris le sien, et d’y revenir ».
Suivant l’article 12 de la Convention internationale des droits civils et politiques (1966, ratifié par Israël en 1991 !) « Aucun individu ne peut être arbitrairement privé du droit d’entrer dans son propre pays ».
La résolution 194 des Nations Unies, adoptée le 11 décembre 1948, affirme « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible… »
L’actualité et la validité de cette résolution ont été réaffirmées plus de 130 fois depuis ! La résolution 3236, votée en 1974, réaffirme « le droit inaliénable des Palestiniens de retourner à leurs foyers et leurs propriétés, d’où ils avaient été déplacés et déracinés » Ce droit fondamental a été maintes fois affirmé pour des peuples déplacés autres que les Palestiniens. La plupart des accords de paix internationalement soutenus dans les 25 dernières années ont exigé le retour des déplacés et réfugiés notamment au Guatemala, au Salvador, au Rwanda, en Géorgie, en Tchétchénie, en Croatie, en Bosnie, au Kosovo, en Namibie, à Chypre et au Timor oriental. [2]
Le respect du choix individuel des réfugiés quant à la mise en application de leur droit a été le principe directeur de ces accords. Ce droit a été affirmé et son exercice n’a pas été conditionné à des négociations postérieures et à la volonté des Etats contrôlant des territoires occupés à l’occasion d’un conflit.
Dire que le droit au retour est « un droit inaliénable », c’est dire que ce droit appartient en propre à chaque personne réfugiée.
User ou ne pas en user appartient à chaque bénéficiaire de ce droit.
S’agissant des réfugiés palestiniens, qui forment le groupe de réfugiés le plus ancien et le plus nombreux dans le monde, ce droit est un droit collectif inséparable des droits nationaux. Il s’inscrit pleinement dans le cadre des revendications nationales constantes du Peuple palestinien et il ne se substitue ni ne s’oppose au droit à son autodétermination.
L’immense majorité des Palestiniens refuse de faire du retour des réfugiés un élément d’une négociation
« Lorsque les négociations israélo-palestiniennes sur le statut final reprendront, la question des réfugiés palestiniens en sera probablement l’une des principales pierres d’achoppement. Depuis la guerre de 1948, la situation des réfugiés et leur revendication d’une reconnaissance du droit au retour ont occupé une place centrale dans la lutte palestinienne.. » [3]
Les Palestiniens préviennent qu’une communauté de réfugiés en colère dont les principales revendications resteraient insatisfaites ferait obstacle à tout accord de paix.
L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) n’a d’ailleurs jamais renié son engagement formel en faveur du droit au retour…Quand bien même certains officiels ont proposé de manière informelle des solutions à la question des réfugiés compatibles avec l’existence d’un Etat palestinien arabe au côté d’un Etat juif israélien …la direction palestinienne a réagi de façon ambivalente : tour à tour muette sur la question et rappelant son engagement pro forma à l’égard du droit au retour.

Désormais elle doit affronter le regain d’activisme qu’Oslo et plus récemment les initiatives informelles de Genève et de People’s Voices ont réanimé sur la question des réfugiés
Les violentes réactions venues des camps contre l’initiative de Genève fin 2003 ont laissé sans voix les naïfs qui s’étaient extasiés devant cette nouvelle initiative de paix généreusement sponsorisée en Europe.
Mais les soutiens enthousiastes d’Abed Rabbo et de Yossi Beilin auraient du lire plus attentivement le rapport d’une commission d’enquête parlementaire britannique publié au terme d’une visite des camps de réfugiés de Syrie, du Liban, de Jordanie, de Cisjordanie et de Gaza (septembre 2000) :
« Partout où nous sommes passés, les réfugiés affirment que le droit au retour s’applique à tous les réfugiés, quelle que soit leur situation matérielle ou financière actuelle et où qu’ils demeurent aujourd’hui »
Survenu trois ans après la mise en scène de Genève, un autre événement nous montre l’extrême difficulté rencontrée par les responsables palestiniens qui tentent de composer avec la question du droit au retour.
On se souvient du texte dit « Document des prisonniers » qui fut largement présenté en 2006 comme la base possible d’un accord politique entre les différentes factions palestiniennes après la victoire électorale du Hamas et avant les évènements de Gaza.
Dans la 1ère version diffusée le 11 mai 2006 on trouvait dès le point 1 la réaffirmation de l’exigence de « garantir le droit au retour des réfugiés ».

Dans la version publiée le 28 juin 2006 cette formule très « pro forma » est remplacée par la suivante : « garantir le droit au retour des réfugiés dans leurs maisons et leurs propriétés dont ils ont été expulsés » [4]
Entre ces deux versions il y a toute la distance qui sépare l’affirmation formelle d’un droit, qui peut facilement être vidé de sa substance, de la position qui affirme avec force que la reconnaissance du droit emporte l’adhésion à sa légitimité incontestable et à sa mise en œuvre pratique et non négociable. [5]
Cette différence représente un enjeu majeur.
L’affirmation du droit au retour signifie que les réfugiés qui le désirent pourront librement rentrer chez eux, sans contrôle ni restriction et sans avoir à déléguer à quiconque le soin de négocier des « modalités d’application ». De telles négociations seraient la négation de l’exercice du droit reconnu « en principe » !
C’est la position de toutes les coalitions palestiniennes pour le droit au retour, c’est le contenu de tous les appels issus des rencontres de réfugiés des dernières années.
C’est, par exemple, l’affirmation sans aucune ambiguïté du congrès d’Haïfa en mars 2004

« Le congrès affirme son refus de tout projet qui liquide, contourne ou démantèle le droit au retour, quelle que soit sa source Le congrès affirme au monde entier qu’il n’y a pas de paix juste sans la réalisation et l’application du droit au retour des réfugiés palestiniens » [6]
C’est aussi le contenu d’un appel daté du 28 novembre 2007 et signé par une centaine d’organisations et de comités palestiniens actifs dans l’ensemble des composantes de la communauté nationale palestinienne (Palestiniens d’Israël, de Cisjordanie, de Gaza et de l’exil) qui affirme :
« Le droit des réfugiés à rentrer dans leur patrie et dans leurs propriétés, d’où ils ont été expulsés, conformément à la résolution des Nations Unies 194. Ce droit est un droit fondamental qui n’est pas négociable et ne peut donc être fondé sur un "accord sur une solution » [7]
Variations sur le thème du retour des réfugiés
Comme on vient de le montrer, le droit au retour des réfugiés est à la fois reconnu par le droit international, et fermement revendiqué par les Palestiniens, qu’ils soient ou non réfugiés, et ceux-ci en ont fait la pierre angulaire de leur refus de l’expulsion et de leur résistance au nettoyage ethnique.
Dès lors une question se pose : pourquoi cette revendication n’est-elle pas inscrite au fronton d’un mouvement de solidarité qui affirme pourtant son engagement pour « l’application du droit pour mettre un terme aux injustices qui frappent le Peuple palestinien de puis 60 ans » ?
Pourquoi n’est-elle pas portée par ces responsables politiques, et notamment ces parlementaires européens qui revendiquent leur engagement aux côtés des Palestiniens confrontés à la colonisation et au mur en Cisjordanie et au blocus de Gaza ? En réalité, à l’image de la direction de l’OLP, les dirigeants des associations, des ONG de solidarité et les élus « amis des Palestiniens » adoptent un comportement très ambivalent.
Nombreux sont ceux qui préfèreraient ne pas en parler, mais il est quand même difficile d’ignorer l’existence de 2/3 des populations dont on s’affirme « solidaire » ! Alors, on en parle, comme d’un « problème à résoudre », toujours avec une prudente réserve et si possible sous un angle humanitaire, voire même simplement caritatif.
Au surplus, la question des réfugiés est toujours politiquement secondaire, la revendication essentielle étant l’affirmation de la nécessité d’un Etat palestinien indépendant, formule parfaitement formatée qui vient opportunément se substituer à la double exigence de droit à l’autodétermination de tout le Peuple palestinien et de droit au retour des réfugiés.

A l’image de la plateforme des ONG françaises, on mentionne la question dans une charte en utilisant la formulation « une juste solution, fondée sur la légalité internationale, à la question des réfugiés » [8] mais la plateforme n’a jamais développé la moindre action de soutien au droit au retour. Cette revendication a toujours été écartée de ses initiatives, campagnes, pétitions, tracts, plaquettes etc. [9]
Et quand la plateforme se positionne lors des élections de 2007, après une prometteuse exigence de reconnaître le droit au retour et l’application de la résolution 194, il est immédiatement rajouté que « les modalités d’application de ce droit devront être définies dans le cadre de futures négociations ».
Plus loin, après avoir affirmé « la reconnaissance du droit au retour est l’une des clés de la résolution du conflit », il est écrit : « la reconnaissance du droit au retour et les modalités de son application sont parmi les conditions premières pour poser les bases d’un règlement final du conflit »
Ces formulations sont rigoureusement à l’opposé de celles des réfugiés palestiniens, qui ont bien compris que soumettre l’application pratique du droit au retour à des négociations, et donc au bon vouloir des Israéliens, c’est y renoncer en pratique.
Mais, à défaut d’être en accord avec les réfugiés, ces formulations peuvent se revendiquer des propos d’Elias Sanbar qui affirme que « tout est dans l’ordre des séquences » : d’abord les Israéliens doivent reconnaître l’injustice commise à notre égard et notre droit au retour et après on discutera de l’application et « évidemment ce ne sera pas 100%, parce que ça n’est jamais à 100% ». [10]

En fait, pour Sanbar, si le droit n’est pas négociable, l’application l’est et il suffit de tenir bon sur « le droit » pour pouvoir en négocier l’application un jour.
De telles positions trouvent évidemment des échos très favorables du côté des militants israéliens pacifistes, probablement partisans sincères d’un règlement négocié du conflit par la mise en place d’un Etat palestinien qui devrait permettre de clore définitivement la question des réfugiés.
Complément idéal de Sanbar, Uri Avnery explique que le problème est « du côté des Israéliens », car ceux-ci témoignent d’un « manque de compréhension abyssal » des Palestiniens. [11]
« Le droit au retour représente le cœur même de la fierté palestinienne. Il est ancré dans le souvenir de la Nakba…et ignorer ce fait historique rend impossible la compréhension de la lutte des Palestiniens »
Il propose donc « d’aborder courageusement cette question », sous ses deux aspects, d’abord « l’idéologique » puis « le pratique »
Quand Israël aura reconnu ses responsabilités historiques dans les malheurs des Palestiniens (ses responsabilités mais pas sa culpabilité, car « les buts sionistes étaient directement destinés à une libération nationale et au sauvetage de millions de victimes de la tragédie juive en Europe ») alors on pourra traiter la question du droit au retour qui est « un droit fondamental qui ne peut être nié à notre époque »
En fait « la solution du problème des réfugiés coïncidera avec l’établissement de l’Etat de Palestine ».
Le principe « deux états pour deux peuples » est la base du compromis historique martèle Avnery et il s’impose à la règle du libre choix.
« Il est clair que le retour de millions de réfugiés palestiniens dans l’état d’Israël changerait complètement le caractère de l’Etat contrairement aux intentions de ses fondateurs et de la plupart de ses citoyens… »
Uri Avnery et l’organisation qu’il dirige, Gush Shalom, conviennent que cette solution « n’est pas vraiment juste ».Mais, ajoutent-ils, « elle présente l’avantage de pouvoir être adoptée par une majorité d’Israéliens et par une majorité de Palestiniens » !
On retrouve cette approche assez cynique chez de nombreux autres « promoteurs de la paix ».
C’est le cas au Parlement européen, si souvent appelé à la rescousse par ceux qui prétendent que la voix de l’Europe dans le conflit est quand même plus progressiste et équilibrée que celle des Etats Unis …
Dans une résolution votée en octobre 2003, le Parlement “ demande aux autorités palestiniennes d’affronter avec réalisme la délicate question du droit au retour des réfugiés, qui touche actuellement non moins de quatre millions et demi de personnes, de façon à pouvoir convenir entre les parties d’une solution juste et équilibrée qui tienne compte du fait que tous les réfugiés palestiniens ne pourront pas retourner vers leurs lieux d’origine et qu’il faut également prendre en considération les préoccupations démographiques d’Israël ” [12]
Ce texte ignoble, qui dans un même paragraphe, liquide les exigences du respect de la légalité internationale et entérine la conception d’un état ethniquement pur, a recueilli le soutien de tous les parlementaires européens qui s’autoproclamaient à l’époque « amis des Palestiniens », y compris les membres de la Gauche Unitaire Européenne. [13]
Depuis, Luisa Morgantini, figure de proue des parlementaires européens toujours « amis des Palestiniens », a largement confirmé que cette position n’était pas une « concession tactique pour faire passer une résolution dans une enceinte majoritairement hostile aux Palestiniens » [14]
Dans un article publié sous sa seule signature en avril 2007, elle écrit « …le mieux serait d’entériner le retour des réfugiés sur leurs propres terres : les territoires palestiniens occupés » [15]
Le droit au retour des réfugiés palestiniens est le moment de vérité de toute solidarité.
Pour en revenir à la citation qui ouvre ce texte, on doit hélas constater qu’un cinquième ingrédient est venu se rajouter aux quatre précédemment nommés par Rosemary Sayigh.
Dans le sillage d’Oslo, on a vu naître beaucoup d’initiatives visant à « promouvoir le dialogue entre les partenaires israéliens et palestiniens oeuvrant pour la paix », affirmant un engagement « en faveur d’une paix juste et durable pour les deux peuples » et allant même parfois jusqu’à apporter leur « soutien aux droits légitimes du peuple palestinien ».
Noble ambition en vérité, à ceci près qu’un bon nombre de ces initiatives, des coalitions qui les portent et des organisations qui les soutiennent se sont autorisées à reformuler « les droits légitimes des Palestiniens », contribuant ainsi à leur imposer une solution qu’ils n’ont pas choisie !
On peut en effet constater que « le droit au retour des réfugiés dans leurs foyers et leurs propriétés » est décliné de manière diverse mais rarement dans sa forme originale revendiquée par les réfugiés.
On passe de la « juste solution, fondée sur la légalité internationale, à la question des réfugiés » [8], au « soutien au principe du droit au retour et à indemnisation dont les modalités doivent être négociées entre les parties » de la LDH [16] et on aboutit aujourd’hui à la pitoyable et tragique formule de l’appel récent de la plateforme des ONG « une solution juste du problème des réfugiés fondée sur la reconnaissance du tort qu’ils ont subi et des droits qui en découlent ».[17]
Quelques larmes et un chèque pour oublier et pour se soumettre !
Quand on sait que le Mouvement de la Paix, membre influent de la plate forme et signataire de l’appel pré cité, est aussi membre fondateur du collectif « 2 peuples 2 états » qui reconnaît que « l’Etat d’Israël est l’état du peuple juif » et qui demande « une résolution digne et réaliste de la question des réfugiés palestiniens conditionnée au respect de la souveraineté israélienne »…on a des raisons d’être inquiets sur le sens exact qu’il convient de prêter à la formulation employée dans l’appel de la plateforme.
On a aussi des raisons d’être surpris par l’emploi d’une formulation en recul sur celle adoptée par « le Collectif National » en novembre 2007. Une déclaration mentionnait l’exigence de l’application du droit international, dont le droit au retour des réfugiés. [18] C’était un progrès puisque les bases constitutives du « Collectif national » ne comprenaient pas la revendication du Droit au retour. [19]

Le refus de défendre le droit au retour des réfugiés serait-il l’explication de la primauté subitement accordée à la plate-forme des ONG pour l’organisation du rassemblement du 17 mai, sur la base d’un appel qui nie le droit au retour des réfugiés, qui ne dit pas un mot de l’oppression, des discriminations et des menaces subies par les Palestiniens résidant en Israël et qui réduit l’action à un « appel » au gouvernement français ? [20] Les militants du mouvement de solidarité ne s’interrogent-ils pas sur les raisons de ce changement simultané à l’abandon de la revendication du droit au retour ?
Les organisations politiques et les comités de solidarité avec la Palestine vont-ils accepter de se rallier à un tel appel après sa publication ?
Combien de temps les militants de la solidarité resteront-ils aveugles aux changements survenus sur le terrain et sourds aux appels des militants palestiniens qui luttent pour sortir de la situation catastrophique où les ont menés leurs dirigeants avec Oslo ? Ces militants palestiniens ont affirmé de plus en plus clairement que, face à la stratégie sioniste et impérialiste de fragmentation forcée du Peuple palestinien, il fallait renforcer la lutte globale des Palestiniens pour leur libération, pour fédérer et structurer les combats que chacun menait dans son contexte : contre l’occupation en Cisjordanie et à Gaza, pour le retour de ceux en exil et pour défendre l’existence même des Palestiniens résidant sur les terres de 1948.
Mais tandis que de plus en plus de Palestiniens prenaient en compte la réalité de la colonisation sioniste à outrance des terres palestiniennes occupées après juin 1967, le renforcement du système de discrimination raciale à l’égard des Palestiniens d’Israël et affirmaient en conséquence la nécessité d’en revenir aux constantes de la lutte nationale et notamment le droit au retour des réfugiés, la majorité des forces « solidaires » du Peuple palestinien s’est désespérément accrochée aux lambeaux de l’illusion d’un « Etat palestinien indépendant » en évitant de poser la question des Palestiniens de 48, la question du retour des réfugiés et de reconnaître enfin que la question qui nous est posée est celle de nous déterminer clairement en soutien à une lutte de libération nationale.
C’est ainsi que le mouvement de solidarité a ignoré l’appel BDS des 170 ONG palestiniennes [21]
Pourtant ces militants palestiniens nous interpellent de plus en plus explicitement sur la nécessité de clarifier les bases de notre solidarité.
Ils écrivent :
« Même si le récent « Appel de la société civile » publié par des associations suisses, en solidarité avec la Palestine, fait sienne la philosophie des pressions, il ignore des dimensions fondamentales de l’oppression israélienne, et en particulier son déni persistant des droits des réfugiés palestiniens et sa discrimination raciale à l’encontre de ses propres citoyens palestiniens » [22]. » [23]
« Nous affirmons l’unité du Peuple palestinien et l’unité de sa cause nationale et nous exigeons que tout accord touchant à des questions affectant le destin national reflète la volonté générale de tous les Palestiniens et représente l’ensemble de ce peuple, qu’il vive sur ses terres -Cisjordanie et Bande de Gaza-, sur celles de 1948, qu’il soit réfugié ou dans la diaspora
« A ce titre, nous insistons sur l’adoption des stratégies et dispositifs suivants : Développer les partenariats avec les mouvements de solidarité et étendre leur champ d’action afin d’inclure tout le peuple palestinien, où qu’il se trouve » [23]
Ils écrivent encore :
« Par conséquent, nous considérons que toute reconnaissance de cette nature (la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif) équivaut à une concession du droit au retour, ce qui conforterait l’exil et la dépossession de notre peuple et mettrait fin à notre cause. Quiconque envisage de prendre cette voie portera la responsabilité historique qui en résultera. » [24]
Qui, 60 ans après les évènements de la Naqba de 1948, est d’accord pour abandonner l’exigence du droit au retour et partager ainsi la responsabilité historique d’une autre Naqba ?
Pierre-Yves Salingue, 22/02/08
URL de cet article 6072 http://www.legrandsoir.info/Pas-de-solution-juste-sans-le-droit-au-retour-des-refugies.html