mardi 19 juillet 2011

LES MENSONGES DE LA GUERRE DE L’OCCIDENT CONTRE LA LIBYE

A- LES  VRAIES RAISONS DE LA GUERRE EN LIBYE

Manque à gagner pour l’Occident à cause du Premier Satellite Africain RASCOM 1

C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient  disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX. 
  • L’histoire démarre en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale, le FMI, les USA, l’Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant  des prêts à taux usuraire; le guide Libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions  et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, Sud-Africain, Nigérian, Angolais, Algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi. Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les  milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique.
Fond Monetaire Africain, Banque Centrale Africaine, Banque Africaine Des Investissements
  • Les 30 milliards de dollars saisis par M. Obama appartiennent à la Banque Centrale Libyenne  et prévu pour la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare : la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye, la création dès ce 2011 du Fond Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège, la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Franc CFA grâce auquel Paris a la main mise sur certains pays africains depuis 50 ans. On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi. Le Fond Monétaire Africain doit remplacer en tout et pour tout les activités sur le sol africain du Fond Monétaire International qui avec seulement 25 milliards de dollars de capital a pu mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole publique vers un monopole privé. Ce sont les mêmes pays occidentaux qui ont frappés à la porte pour être eux aussi membres du Fond Monétaire africain et c’est à l’unanimité que le 16-17 décembre 2010 à Yaoundé les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA.
  • Il est donc évident qu’après la Libye la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus des ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’Euros. Ce qui devient la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun, ils sont tous financièrement en quasi faillite, les USA à eux seuls ont 14.000 Milliards de dollars de dettes,  La France, la Grande Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2.000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique Noire ont au total moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques.  Créer des fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris son envol en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin. Car comme l’avait prédit l’économiste Adams Smith, dans son soutient pour l’abolition de l’esclavage, «l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres nations vont se réveiller »
UNIONS  REGIONALES COMME FREIN A LA CREATION DES ETATS-UNIS D’AFRIQUE
  • Pour déstabiliser et détruire l’union Africaine qui va dangereusement (pour l’Occident) vers les Etats-Unis d’Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l’Union Européenne a d’abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) Il fallait à tout prix couper l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique. Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d’y aller. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union Africaine, mais en y invitant tous les 27 pays de l’Union Européenne. L’UPM sans le principal moteur de la fédération africaine était foirée avant même de commencer, un mort – né avec Sarkozy comme Président et Mubarack, le vice-président. Ce que Alain Juppé tente de relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sur. Ce que les dirigeants Africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l’Union Européennes à financer l’Union Africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n’y aura pas d’effective indépendance. C’est dans le même sens que l’Union Européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la CEDEAO qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l’essentiel de son financement de l’UE, est un obstacle majeur contre la fédération africaine. C’est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de sécession aux Etats-Unis, parce qu’à partir du moment où un groupe de pays se retrouvent autour d’une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l’organe central. C’est ce que l’Europe voulait et c’est ce que les Africains n’ont pas compris en créant coup sur coup, la COMESA, l’UDEAC, la SADC et le Grand Maghreb qui n’a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l’avait très bien compris.
KADHAFI, L’AFRICAIN QUI A PERMIS DE LAVER L’HUMILIATION DE L’APARTHEID

Kadhafi est dans le cœur de presque tous les Africains comme un homme très généreux et humaniste pour son soutien désintéressé a la bataille contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l’obligeait à attirer sur lui les foudres des occidentaux  pour soutenir financièrement et militairement l’ANC dans sa bataille contre l’apartheid. C’est pour cela que à peine libéré de ses 27 ans de prisons, Mandela décide d’aller rompre l’embargo des Nations Unis contre la Libye le 23 Octobre 1997. A cause de cet embargo même aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y arriver, Il fallait prendre un avion pour la Tunisie ; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour  Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu’à Tripoli. Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte libyenne. Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant a l’ex Président Américain Bill Clinton, qui avait jugé cette visite «malvenue», il s’insurgea : «Aucun Etat ne peut s'arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun Etat ne peut dicter aux autres ce qu'ils doivent faire ». il ajouta : « ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis, ont aujourd’hui le toupet de me proposer de ne pas visiter mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier ». En effet, pour l’Occident, les racistes d’Afrique du Sud étaient leurs frères qu’il fallait protéger. C’est pour cela que tous les membres de l’Anc étaient considérés des dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 Juillet 2008, pour que le Congrès Américain vote une loi pour  rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l’ANC de cette liste noire, pas parce qu’ils ont compris la bêtise d’une telle liste, mais parce qu’on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela.  Si les Occidentaux sont aujourd’hui repentis de leur soutient d’hier aux ennemis de Mandela et sont vraiment sincères lorsqu’on lui donnent des noms de rue et de places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi ?

B- CEUX QUI VEULENT EXPORTER LA DEMOCRATIE SONT-ILS DE VRAIES  DEMOCRATIES ?
Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les USA, la France, la Grande Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 Mars 2003, le Président Georges Bush lance les bombes sur la tête des Iraquiens avec le prétexte d’y exporter la démocratie. Le 19 Mars 2011, c’est-à-dire 8 ans plus tard et jour pour jour, c’est le Président Français qui lance ses bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte de leur offrir la démocratie. Monsieur Obama, Prix Nobel de la Paix 2009 et président des Etat Unis d’Amérique, pour justifier qu’il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c’était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.
La question que tout être humain doté de la moindre capacité intellectuel de jugement et d’appréciation  ne peut s’empêcher de se poser est : ces pays comme la France, l’Angleterre, les USA, l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Pologne dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s’être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques ? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ? La réponse, sans équivoque est NON, pour la simple et bonne raison que la démocratie n’existe pas.  Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais celui-là même dont la ville natale, Genève abrite l’essentiel du commandement des Nations Unies. Il s’agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre « Contrat Social » que : « il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais».  Pour qu’un état soit véritablement démocratique Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les Etats-Unis d’Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir :
  • Dimension de l’Etat : plus un état est grand, moins il peut être démocratique, pour Rousseau l’Etat doit être très petit pour que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s’assurer que chacun connaisse tous les autres sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c’est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur. La structure de l’organisation de l’Etat Libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités. Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu, dans un village que dans une grande Nation, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d’autorégulation, d’autocensure même pour peser à chaque instant, la réaction ou la contre-réaction des autres membres pour ou contre les opinions qu’on peut avoir. Sous cet angle, c’est la Lybie  qui répond le mieux  aux exigences de Rousseau, ce qu’on ne peut pas dire de même pour les Etats-Unis d’Amérique, la France ou la Grande Bretagne, des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent même pas bonjour et donc ne se connaissent pas, même vivant cote-à-cote pendant 20 ans. Dans ces pays, on est passé directement à l’étape suivante : « le vote » qu’on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où je m’exprime sur l’avenir d’une nation sans en connaitre ses membres.  On est ainsi arrivé jusqu’à la bêtise du vote des citoyens vivant à l’étranger.  Se connaitre et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection.
  • Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter  que l’on passe l’essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multitudes querelles d’intérêts divers qu’une société trop complexe fait naitre naturellement.  Les Occidentaux se dé finissement comme des pays civilisés, donc aux mœurs complexes et la Libye comme pays dit primitif, c’est-à-dire aux meurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c’est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie. Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque celui qui est riche évite la prison parce qu’il peut se permettre un meilleur avocat et surtout, orienter l’appareil répressif de l’état contre celui qui vole une banane dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque. Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.
  • L’égalité dans les rangs et dans les fortunes.   Il suffit de voir le classement FORBES 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jette la bombe sur la tête des Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu’en matière de redistribution de la richesse du pays, c’est à la Libye d’exporter son savoir faire à ceux qui la combattent et non le contraire. Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux Etats-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C’est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.
  • PAS DE LUXE. Pour Rousseau pour qu’il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l’objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion ». Ya-t-il plus de luxe en France ou en Libye ? Ce rapport d’asservissement des employés qui sont poussés jusqu’au suicide les employés mêmes des entreprises publiques ou semi-publique, pour des raisons de rentabilité et donc de possession de luxe d’une des parties est-il plus criant en Libye ou en Occident ?
  • Le sociologue Américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme  « la dictature des élites ». Selon Mills, les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas une démocratie parce qu’en définitive, c’est l’argent qui s’est substitué au peuple. Le résultat de chaque élection y est l’expression de la voix de l’argent et non la voix du peuple. Après Bush-père et Bush-fils, pour les primaires républicaines de 2012, on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu’il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux Etats-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qui n’ont été votés par personne et qui ne répondent pas directement au peuple de leurs activités. Une seule personne (un riche) est donc votée mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenue par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les généraux de l’armée etc...
Combien de personnes dans les pays autoproclamés « démocratiques » savent qu’au Pérou la constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la république sortant ? Combien de personnes savent qu’au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu’en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ?  Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ? Combien savent que dans le classement de la CIA 2007, sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d’or à la Guinée équatoriale  dont la dette publique ne représente que 1,14% de son PIB.
La guerre civile, les révoltes, les rebellions sont les ingrédients d’un début de démocratie soutient Rousseau. Parce que la démocratie n’est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des humains que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d’hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, l’oriente pour se maintenir aux affaires. On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s’approprier ou un refrain à vanter parce qu’on est juste capable de crier plus fort que les autres. Si un pays est calme comme la France ou les Etats-Unis, c’est-à-dire sans aucune révolte, pour Rousseau cela veut tout simplement dire que le système dictatorial est suffisamment répressif pour empêcher toute tentative de rébellion. Si les Libyens se révoltent, ce n’est pas une mauvaise chose. C’est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir qui est très mauvais. Et Rousseau de conclure : «  Malo periculosam libertatem quam quietum servitium  -traduction : S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ». Dire qu’on tue les Libyens pour leur bien est un leurre.

C- QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?
Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l’Occident, il est dès lors prouvé que nous n’avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le Oui de 3 pays africains au sud du Sahara, Nigeria, Afrique du Sud et Gabon pour la résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples », validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le 18ème siècle selon laquelle l’Afrique du Nord n’a rien à partager avec l’Afrique Subsaharienne, l’Afrique du nord  serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l’Afrique. Tout se passe comme si la Tunisie, l’Egypte, la Libye, l’Algérie ne faisaient pas partie de l’Afrique. Même les Nations Unies semblent ignorer la légitimité de l’Union Africaine sur ses états membres. L’objectif est d’isoler les pays d’Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle. En effet, dans le capital du nouveau Fond Monétaire Africain (FMA), l’Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent à eux tous seuls pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars. Le premier pays d’Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l’Afrique du Sud arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun.
C’est très inquiétant de constater que pour la première fois de l’histoire des Nations Unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour solutionner le problème.
L’Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l’Occident demande, parce qu’ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n’a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l’avait, il y a belle lurette que Mitterrand l’aurait fait pour l’Allemagne de Helmut Kohl. La reforme des Nations Unies n’est pas à l’ordre du jour. La seule manière de compter, est la méthode chinoise : tous les 50 pays africains doivent quitter les Nations Unies. Et s’ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s’ils ont obtenu ce qu’ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien.
Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations Unies, car cette organisation de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts.
Nous devons quitter les Nations Unies afin de marquer notre réprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l’écrasement du plus faible. Tout au moins ils seront libres de continuer de le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d’accord alors qu’ils savent très bien qu’ils ne nous ont jamais interrogés. Et même quand nous avons donné notre propre point de vue, comme la rencontre de samedi 19/3 à Nouakchott avec la déclaration sur la contrariété à l’action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder  le peuple africain.
Ce qui arrive aujourd’hui est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd’hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C’est ce qui s’est passé à la fin de la deuxième guerre mondiale avec la Chine. La soit disante communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple Chinois en lieu et place de la Chine de Mao. Il faudra attendre 26 ans, c’est-à-dire le 25 octobre 1971 avec la résolution 2758 que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine. La Chine est admise, sauf qu’elle a prétendu et obtenu d’être membre permanent avec doit de veto, si non elle n’entre pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d’admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le Ministre Chinois des Affaires Etrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire Général des Nations Unies, pas pour dire Oui ou Merci, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité. Qu’est-ce que l’Afrique espère obtenir des Nations Unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ? On a vu en Cote d’Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au dessus d’une institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d’être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, pire, stupide. Quand l’UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ? Lorsque le président Sud-Africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° disant le contraire après une petite visite de 8 heures à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1 milliard d’Africains.
La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine ou aux toilettes pour garantir le confort des autres. D’ici là, en Libye, les bombes qu’on nous décrit comme des rosiers qui tombent du ciel pour reboiser le désert libyen, sont françaises, américaines, britanniques, italiennes, canadienne, norvégienne, mais les victimes sont africaines, toutes africaines. Oui c’est une guerre déclarée à tout le peuple africain, pas à un homme, pas à un pays.
  • Genève le 28/03/2011
  • Jean-Paul Pougala 

Flottille humanitaire ou de solidarité : Le blocus de Gaza continue

Le blocus de Gaza continue 


« Il est erroné de parler de flottille humanitaire, il s’agit d’une flottille de solidarité. La flottille est une action politique et symbolique. Il s’agit de dénoncer ce qui se passe à Gaza. Ce territoire est toujours occupé. Gaza reste une prison. Les matons sont à l’extérieur. »
Rony Brauman. Ancien président de Médecins sans frontières
Pendant près de deux mois, la communauté internationale a été tenue en haleine à l’approche de l’anniversaire du carnage sur le Mavi Marmara le 31 mai 2010. Pour rappel, une flottille humanitaire a eu pour ambition coupable de porter assistance aux Gazaouis coincés dans une prison à ciel ouvert. Résultat des courses, une dizaine de morts, une enquête de l’ONU bâclée, la récompense par le gouvernement israélien avec ostentation du commando de tueurs et le black-out total. Un an après, le blocus est toujours là, on annonce des flottilles et on se prend à rêver qu’elles puissent atteindre les côtes de Gaza pour y apporter une aide symbolique et de la compassion en témoignant sur l’atrocité de la situation actuelle.
La solidarité par les flottilles
« Le siège inhumain de Gaza a commencé avec la prise de pouvoir par le Hamas de la bande de Gaza. Rappelons que le Hamas a été élu démocratiquement - de l’avis de tous les observateurs internationaux dont le président Carter -par les Gazaouis. Pour l’avoir élu, les Gazaouis sont mis au ban, le Hamas diabolisé par les pays occidentaux et Israël n’a fait que mettre en musique cette sanction en décrétant un blocus inhumain. « Depuis les bateaux Free Gaza arrivés en 2008, écrit Eva Barlett, le mouvement qui amène des bateaux à Gaza s’est développé de manière exponentielle. Free Gaza a réussi à rentrer cinq fois dans le port de Gaza et quatre autres expéditions ont été violemment contrecarrées par la marine israélienne. L’expédition maritime de 2008 a été interrompue par un navire de guerre israélien qui a arraisonné un bateau de Free Gaza transportant du matériel médical, des militants non violents, des chirurgiens et des journalistes. La tentative de 2009 a avorté quand les soldats israéliens sont montés à l’abordage. En juin 2009, un autre bateau a été stoppé par la marine israélienne et ses passagers ont été kidnappés et déportés. Israël bloque le passage des bateaux qui veulent rentrer et sortir de Gaza sous le prétexte de la sécurité pour soi-disant empêcher que des armes de contrebande n’entrent à Gaza. Loin de défaire le mouvement des bateaux vers Gaza, les agressions d’Israël ont eu l’effet inverse.
Des bateaux en provenance de Libye, de Malaisie et un bateau transportant des militants juifs ont fait route sur Gaza et ont été bloqués par des navires de guerre israéliens avant d’arriver à la bande de Gaza. En mai 2010, Free Gaza, soutenu par l’organisation humanitaire turque IHH, a envoyé à nouveau des bateaux et des militants vers la bande de Gaza assiégée, cette fois accompagnés par le grand bateau turc le Mavi Marmara. (...) Tout de suite après le massacre de l’année dernière, les autorités égyptiennes ont ouvert partiellement le passage de Rafah. Le siège de Gaza a un impact sur l’eau potable (95% de l’eau de Gaza a une qualité inférieure aux normes de l’Organisation mondiale de la santé), le système sanitaire (les eaux usées sont pompées quotidiennement dans la mer par manque de capacité de stockage), et les secteurs de l’agriculture et de la pèche (les soldats israéliens tirent tous les jours sur les pêcheurs et les fermiers). » (1)
Le blocus absolument illégal de Gaza est considéré par le Conseil de sécurité des Nations unies comme « insoutenable et injustifiable punition collective imposée aux Gazaouis. Pourtant et curieusement l’ONU donne raison à Israël, Eva Barlette écrit : « Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a suggéré que les nations empêchent leurs citoyens de prendre la mer en disant que les gouvernements devraient « utiliser leur influence pour décourager de telles flottilles qui peuvent engendrer une escalade de la violence ». (...) » (1)
« Pis encore, Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé les gouvernements des pays de la Méditerranée à tout faire pour empêcher l’envoi d’une flottille pour Gaza, expliquant que ces bateaux n’ont aucun intérêt humanitaire et ajoutant que pour envoyer de l’aide, il est possible de le faire à travers la route égyptienne ou les ports israéliens. Ban Ki-moon se dit particulièrement préoccupé par l’envoi d’une nouvelle flottille dans la mesure où la communauté internationale considère que ces activistes mènent une « action militaire contre Israël » (organiser quelque chose pour violer un blocus est ’militaire’). » (2)
On remarquera que Ban Ki-moon n’a fait qu’obéir aux « ordres » à la fois des Etats-Unis et d’Israël, il ne propose pas de solution pour lever le blocus de Gaza ! Même son de cloche de la part du Quartette - analogue à un groupe musical qui joue une partition, : le requiem de la cause palestinienne. Avec tout cela on nous dit qu’il n’y a pas de crise humanitaire. Laurent Zecchini écrit : « Les organisateurs de la nouvelle flottille pour Gaza, dont le départ des ports grecs est désormais sérieusement compromis en raison du refus des autorités d’Athènes de la laisser appareiller. La dernière manifestation du succès remporté par cette offensive diplomatique israélienne est la déclaration publiée, samedi 2 juillet, par le Quartette pour le Proche-Orient (Etats-Unis, Union européenne, Nations unies et Russie), qui demande « à tous les gouvernements concernés d’user de leur influence pour dissuader toute nouvelle flottille, qui met en péril la sécurité des participants et fait peser la menace d’une escalade ». (...) Sur le plan régional, Israël a obtenu une victoire tactique significative en convainquant la Grèce, Chypre et la Turquie de refuser toute aide logistique à la flottille. » (3)
La situation à Gaza et la politique de fuite en avant d’Israël
Laurent Zecchni poursuit en rapportant l’ambivalence du discours sans, toutefois, le critiquer : « « Ehud Barak (ministre israélien de la Défense) n’a pas tort de dire qu’il n’y a pas de crise humanitaire à Gaza », résume, à Jérusalem, un haut responsable européen, « les gens ne meurent pas de faim dans les rues, mais tous les indicateurs, l’éducation, la pauvreté, le chômage, l’accès à l’eau, montrent une évolution négative ». Plus de 70% des quelque 1,5 million de Gazaouis reçoivent une aide humanitaire internationale, et le taux de chômage, officiellement estimé à 30,7%, atteint en réalité 45,2% (l’un des taux les plus élevés du monde), selon l’Unwra, Depuis que le blocus de Gaza a été imposé par Israël, le nombre de gens vivant dans une extrême pauvreté (avec 1,5 dollar par jour), a triplé, pour atteindre 300.000 personnes. Celle-ci, insiste Gisha, « a été accrue par des années de blocus et de restrictions de mouvements ». Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), l’allégement du blocus n’a eu qu’un « impact positif marginal ». Gaza reste, d’autre part, un territoire étranglé : Vers le sud, le blocus de Gaza n’a été que partiellement allégé : l’Egypte a annoncé, le 28 mai, l’ouverture du point de passage de Rafah. Mais celui-ci est exclusivement réservé aux mouvements de personnes et ces derniers restent limités. » (3)
Dans le même ordre, après le massacre opéré sur la flottille humanitaire l’an dernier, il faut garder en tête le fait qu’en l’espace des six derniers mois, 700 personnes (Palestiniennes, cela va de soi...) ont fait l’objet de déplacement forcé et 600 structures civiles (immeubles d’habitation, structures sanitaires, citernes d’eau,etc.) ont été détruites. Les expropriations et la construction de colonies en Cisjordanie ne font que se poursuivre ; les violences émanant de colons et des IDF (Israeli Défense Forces) est bien réelle (y compris à l’encontre d’enfants lorsque ceux-ci sont sur le chemin de l’école) ; les restrictions aux libertés d’associations et d’expression font rage ; la liberté de circulation quant a elle, est à l’agonie (check-points où on peut être retenue des heures pour des motifs fallacieux d’y voir des personnes âgées ou handicapées y faire preuve de patience dans la peine et des soldats de 20 ans aboyer sur des individus trois fois leurs aînés. Pendant ce temps, sur les autoroutes passent à grande vitesse des familles israéliennes les cheveux au vent et riant à gorge déployée.
Une tentative bloquée par l’Europe sur ordre d’Israël
« D’autre part, Israël présenté comme un îlot de démocratie dans un océan moyen-oriental d’arriération fait de la discrimination dans sa politique envers les Palestiniens. L’Etat d’Israël dépense 5 fois plus d’argent pour un écolier juif qu’un écolier arabe, la discrimination à l’embauche et la ségrégation grandissante en matière d’habitat. On dit qu’en 2010, la ségrégation en Israël entre Arabes et Juifs est presque totale : sous le couvert du nom faussement banal. La Knesset a finalisé un projet de loi destiné à contourner les décisions antérieures de la Haute Cour de Justice. Il ne sera pas possible de le décrire autrement que comme une loi d’apartheid. Le projet de loi permettrait dans les petites banlieues rurales de rejeter les demandes de familles arabes qui « sont incompatibles avec le tissu socio-culturel de la communauté. S’il devient loi, l’amendement donnera aux comités des villages communautaires le pouvoir de limiter la résidence dans leurs villes exclusivement aux Juifs. » (4)
L’opération « flottille » n’a pu être concrétisée du fait de l’aide de toutes les compagnies aériennes européennes qui ont reçu des listes d’Israël pour ne pas laisser embarquer des militants de la cause palestinienne. La flottille pour Gaza n’a pas dépassé les ports grecs, les pro-palestiniens de l’opération « Bienvenue en Palestine » iront-ils plus loin que les passerelles de l’aéroport Ben Gourion de Lod ? Les autorités israéliennes sont déjà sur le pied de guerre et des militants ont été refoulés à l’embarquement de Roissy-Charles-de-Gaulle jeudi après-midi. Une liste noire de 329 ou de 342 militants jugés indésirables aurait été communiquée aux compagnies aériennes desservant Israël. Selon le Haaretz, un poste de commandement militaire devait ouvrir dans la soirée de jeudi à Ben Gourion. Avec en perspective une bataille d’images à livrer. Trente-six militants pro-palestiniens venus d’Europe et interdits d’entrée en Israël, ont été expulsés dimanche 10 juillet. 82 étaient toujours détenus dans l’attente de leur expulsion. Israël est parvenu à bloquer depuis jeudi la venue de centaines de militants qui voulaient débarquer à l’aéroport de Tel-Aviv pour se rendre en Cisjordanie occupée, soit à leur arrivée, soit en amont en dissuadant des compagnies aériennes de les embarquer » (5).
Gaza refuse la charité du gouvernement grec
La lettre qui suit a été adressée au gouvernement grec, le 12 juillet 2011, pour lui dire clairement que la population de Gaza ne veut pas la charité mais la liberté et le respect de ses droits humains, dont le droit à mener une vie digne. Sourd semble-t-il à sa position, un porte-parole du ministère grec des Affaires étrangères, M. Delavekouras, a réitéré « l’offre généreuse » de son gouvernement de livrer une quantité limitée d’aide humanitaire à la population de Gaza, au lieu de l’aider à recouvrer la liberté à laquelle elle a droit.
« Nous, membres de la société civile palestinienne à Gaza, avons observé les actions entreprises par votre gouvernement pour empêcher la Flottille de la Liberté 2 de naviguer vers la plus grande prison à ciel ouvert - la Bande de Gaza - pour défier le blocus criminel d’Israël, qui nous prive de choses que la plupart des gens considèrent comme acquises, et d’abord et avant tout, notre liberté de mouvement. Nous sommes dans l’impossibilité de bénéficier de soins de santé adéquats ou de débouchés d’enseignement parce que nous ne pouvons pas voyager librement. Nous sommes coupés de nos familles dans les autres parties du territoire occupé et à l’étranger, et nous ne sommes pas autorisés à inviter des gens à venir nous voir à Gaza. Et maintenant, vous avez étendu cette restriction aux gens dont la principale mission est de se tenir en solidarité avec nous. La population de Gaza n’a besoin d’aide humanitaire que parce que nous ne pouvons pas bâtir notre économie. Nous ne sommes pas autorisés à importer des matières premières ou à exporter ; nos pêcheurs et nos fermiers sont la cible de tirs lorsqu’ils essaient de pêcher et de cultiver leur terre. A cause de la politique israélienne délibérée, 80% de notre population dépend de l’aide alimentaire, nos infrastructures sont en ruine et nos enfants ne peuvent imaginer un jour où ils connaîtront la liberté. » (6)
« Votre proposition de livrer la cargaison de la Flottille de la Liberté implique la notion que l’aide humanitaire résoudra nos problèmes et c’est une tentative médiocre de masquer votre complicité dans le blocus israélien. Les organisateurs et les participants de la Flottille de la Liberté reconnaissent que notre situation désespérée n’est pas une question d’aide humanitaire ; c’est une question de droits de l’homme. Ils emmènent avec eux quelque chose de plus important que l’aide ; ils emmènent l’espoir, l’amour, la solidarité et le respect. Bien qu’il soit évident que vous avez subi d’énormes pressions politiques pour vous soumettre à la volonté du régime israélien, de collaborer avec Israël pour violer le droit international et légitimer le siège, nous refusons d’accepter vos miettes. Nous avons soif de liberté, de dignité et de la capacité à faire des choix dans nos vies quotidiennes. Nous vous exhortons à reconsidérer immédiatement votre décision et à laisser partir la Flottille de la Liberté (...) défiant ainsi le blocus illégal israélien de la Bande de Gaza et l’occupation illégale de la terre palestinienne. » (6)
Beau plaidoyer en vérité qui n’a pas convaincu... Si ce n’est pas une crise humanitaire ? Quelle est la solution ? Que font les pays occidentaux pour lever le blocus ? Israël continuera-t-il à imposer le fait accompli ? Chaque nouvelle bravade par de nouvelles constructions constitue un précédent irréversible. Que le Quartette avoue il y a quelques jours son impuissance n’augure rien de bon ! Les Palestiniens veulent leur Etat dans les frontières de 1967. Israël n’en veut pas ! Israël va-t-il rester dans sa tour d’ivoire et son bunker mental ! L’Heure de la raison et des concessions a sonné. Le calvaire de près d’un siècle du peuple de Palestine doit cesser. C’est une exigence morale. A quand un président ou une autorité disposant d’un magister moral capable de dire à la face du monde , à l’instar de John Fidgerald Kennedy au plus fort du blocus de Berlin avec son célèbre « Ich bin ein Berliner ! » , « Ich bin ein Ghazoui ! »
Chems Eddine CHITOUR
EN COMPLEMENT : voir le site http://www.unbateaupourgaza.fr/
URL de cet article 14223 http://www.legrandsoir.info/le-blocus-de-gaza-continue.html

samedi 16 juillet 2011

Daniel Santos, un chanteur exceptionnel

Hernando Calvo Ospina
vendredi 15 juillet 2011

L’oligarchie aurait voulu le brûler et nourrir la flamme avec ses disques. Les petits bourgeois de gauche le considéraient comme un « opium du peuple » de plus. Parce que c’était un chanteur de la marginalité ou plutôt de la majorité. Pour les ouvriers, les noirs, les chômeurs, les tueurs, les maîtresses de maison et les putains, il était un roi. Ses boléros, guarachas, mambos et sons étaient à l’honneur lors des anniversaires, des mariages, des fêtes populaires et dans les bars « mal famés ». On le vénérait.


Quand les intellectuels qui se disaient révolutionnaires mirent enfin un pied dans les quartiers du « lumpen prolétariat », ils essayèrent d’y imposer le style musical de la Nueva Trova pour le remplacer. Ils n’y parvinrent pas : le rythme de la Nueva Trova était trop lent et n’avait pas l’odeur de la rue. Par contre, l’inverse se produisit : au petit matin, dans les quartiers chics, dans les appartements de ceux qui se disaient « progressistes », on écoutait ses chansons en même temps que celles des Inti Illimani et de Pablo Milanes. « Vis comme je vis si tu veux être bohême, de bar en bar, de verre en verre » était repris en chœur. Ils chassaient leur sentiment de culpabilité en se sentant ainsi proches du peuple.
Lui, c’était Daniel Santos, l’un des représentants les plus exceptionnels des rythmes populaires dansants des Caraïbes latines.
Il vit le jour le 5 février 1916, à Santurce, Porto Rico. Son père charpentier et sa mère couturière vivaient dans une telle misère qu’il fut obligé d’arrêter l’école pour cirer des chaussures dans les rues. Il avait neuf ans quand il arriva à New York avec sa famille. Comme la pauvreté les poursuivait, il quitta le foyer cinq ans plus tard pour travailler coûte que coûte : à vendre des glaces et du charbon, nettoyer les rues ou même déboucher des égouts. Et chemin faisait, comme il le dit dans une chanson, il devint aussi un jour « musicien, poète et fou ».
La légende raconte qu’un jour, tandis qu’il chantait sous la douche, un musicien appartenant à un trio passait par là et entendit sa voix qui retentissait jusque dans la rue. C’est sur le pas de sa porte, recouvert d’une serviette, qu’il accepta de faire partie du groupe. Ainsi commença sa vie de chanteur. En 1938, au Cuban Casino, il fit la connaissance du compositeur portoricain Pedro Flores, qui le recruta dans son quartet et le mena sur le chemin de la gloire.
Il a fait l’objet de centaines d’articles et de chroniques, ainsi que de livres et de documentaires filmés (1). La plupart se sont focalisés sur son parcours musical et sur sa vie désordonnée, mêlant alcool, femmes et bagarres, et ont réussi à occulter un autre aspect de sa vie. C’est ainsi que des déclarations comme celle-ci ont été passées sous silence :
« Moi j’entre dans n’importe quel quartier du monde, car on y parle une langue commune, la langue de la pauvreté, et même s’il y a des tueurs, des drogués, des putains ou des contrebandiers, ils me respectent toujours. Pour les autres, ce sont des quartiers mal famés, pas pour moi. Je sais ce qu’ont vécu ces gens parce que je suis né là-dedans, merde ! Je suis né pauvre et au pauvre revient la faute de tous les maux, mais ce n’est pas comme ça. Il y a des personnes nobles dans ces lieux de douleur (...) Je connais tous ces quartiers d’Amérique Latine, j’ai été dans tous leurs bars, j’ai bu avec tous leurs ivrognes (...) Dans ces endroits, il y a peu d’argent, et là où il y a peu d’argent, il y a de la délinquance, il le faut, il faut voler. C’est ça la réalité de ces secteurs marginaux qui ont tant contribué au développement de la musique populaire latino-américaine... »(2)
Porto Rico étant une colonie étasunienne, pendant la Deuxième Guerre mondiale, des milliers de jeunes durent partir au front. En 1941, Daniel enregistra « Despedida » (Les adieux) où il racontait l’histoire d’un soldat laissant sa fiancée et sa mère malade. Ce fut un très grand succès, tandis que le chanteur était dans la même situation. A son retour, il intégra le Parti Nationaliste de Porto Rico, se ralliant au leader indépendantiste Pedro Albizu Campos (1893-1965).
A cette époque, il interpréta une série de chansons avec un fort contenu révolutionnaire, dont beaucoup avec Pedro Ortiz Davila « Davilita ». Ces paroles assorties à de savoureux rythmes dansants eurent un impact immédiat et massif. Mais face à la pression étasunienne « Hermano Boricua » (Frère portoricain), « Himno y Bandera » (Hymne et drapeau), « Patriotas » (Patriotes), « Yankee, go home » furent rapidement supprimés des ondes. Et le militantisme politique de Daniel Santos lui créa des problèmes avec le FBI.
Yankee go home (avec Davilita)
Si mi pobre Puerto Rico
Es libre y es asociado
Por qué no lo han respetado,
Como se respeta a un socio
Cuando se habla del negocio,
Ese de la independencia (…).
¿Por qué no se llevan sus aviones ?
¿Por qué no se llevan sus cañones ?
¿Por qué no se llevan sus matones ?
¡Y se van de aquí !
¡Fuera yankee, go home, fuera yankee ! (…)
Traduction :
Puisque mon pauvre Porto Rico
Est libre et associé
Pourquoi ne l’ont-ils pas respecté,
Comme on respecte un partenaire
Lorsqu’il s’agit de cette affaire d’indépendance, (…)
Pourquoi ne retirent-ils pas leurs avions ?
Pourquoi ne retirent-ils pas leurs canons ?
Pourquoi ne retirent-ils pas leurs tueurs ?
Et ne s’en vont-ils pas !
Dehors yankee, go home, dehors yankee ! (...)
Daniel Santos fit de la prison dans plusieurs pays. On dit toujours que les bagarres en furent la cause, mais les motivations politiques qui en étaient parfois à l’origine sont très rarement mentionnées. Au Nicaragua, il connut la sinistre prison surnommée « la fourmilière », parce qu’il n’avait pas respecté un contrat stipulant qu’il devait chanter dans une grande maison close de la capitale. Ce qu’on ne dit pas, c’est que son refus était dû à la présence du dictateur Anastasio Somoza.
En République Dominicaine, il fut arrêté pour avoir ri. On raconte que sur une radio de Saint Domingue, il raconta une blague au chanteur mexicain Pedro Vargas à propos du dictateur Leonidas Trujillo. Mais là-bas il était interdit de rire aux éclats. Seul le directeur de la radio, qui était aussi le frère du dictateur, pouvait le faire. On lui infligea une amende de 50 dollars qu’il refusa de payer et il fut emprisonné.
C’est à Cuba qu’il reçut le surnom de « Inquieto Anacobero » (« petit diable exubérant »), qui l’accompagna toute sa vie.(3) Deux ans plus tard, il commença à chanter avec la Sonora Matancera à la Havane et connut une renommée internationale grâce à ce groupe. Même si l’on n’a pas les chiffres exacts, on sait que c’est à Cuba qu’il battit son record d’arrestations. Encore une fois, les chroniqueurs rapportent que des bagarres de rues et dans les bars en étaient la cause. On a essayé de cacher le fait que son soutien public aux rebelles menés par Fidel Castro déplaisait beaucoup au dictateur Fulgencio Batista. Son immense popularité lui évita de passer de nombreux jours derrière les barreaux. Mais il récidivait.
D’après sa biographie publiée par la Fondation Nationale pour la Culture Populaire de Porto Rico, Daniel Santos composa et enregistra la chanson « Sierra Maestra » et l’envoya à Fidel Castro. Elle deviendra l’hymne du Mouvement du 26 juillet. Les émissions de Radio Rebelde, clandestine à cette époque, débutaient avec elle (4).
Après le triomphe de la révolution cubaine, Daniel reprit un air que l’on chantait partout à Cuba, et l’adapta à sa façon. Il en résulta une savoureuse guaracha, genre musical cubain.
Si Fidel es comunista
Refrain :
Si las cosas de Fidel
Son cosas de comunistas,
que me pongan en la lista,
que estoy de acuerdo con él.
Ha sabido defender a los pobres campesinos.
Hay escuelas, hay caminos, y hay felicidad con él.
Estoy de acuerdo con él (…)
Traduction :
Si Fidel est communiste
Refrain :
Si ce que fait Fidel
C’est du communisme,
Alors qu’on me mette sur la liste,
Car je suis d’accord avec lui.
Il a su défendre les pauvres paysans.
Il y a des écoles, il y a des chemins et du bonheur grâce à lui.
Je suis d’accord avec lui (…)
Il fut aussi expulsé du Costa Rica, et pour un motif peu anodin, car il se retrouva au cœur d’un sérieux problème diplomatique. Il était aux côtés de la délégation cubaine qui allait participer à la 7ème réunion de consultation des ministres des affaires étrangères de l’OEA, le 22 août 1960. Washington avait déjà tout préparé pour faire expulser Cuba de cette organisation. Le climat officiel était hostile envers la délégation cubaine. La police avait essayé d’empêcher des sympathisants d’accueillir les représentants cubains à l’aéroport, en leur retirant pancartes et drapeaux. Le ministre cubain Raul Roa devait participer à une action de solidarité avec la révolution, initialement autorisée. Il était prévu que le célèbre Daniel Santos chante là-bas. En sortant pour s’y rendre, ils se retrouvèrent face à un cordon policier qui les en empêcha, puisque l’autorisation avait été annulée. Le ministre voulut passer malgré tout et manqua de se faire agresser. Il s’en fallut de peu pour que les armes des policiers et de la sécurité cubaine ne soient dégainées. Daniel Santos ne put donc pas chanter pour défendre la cause cubaine, et fut carrément expulsé du pays. « L’ambassade cubaine lui offrit l’hospitalité, et le jour suivant, il retourna à La Havane. » (5)
Il n’interpréta plus de chansons à contenu politique, mais il continua à militer dans le mouvement indépendantiste portoricain. A Miami, et ce pendant de nombreuses années, une rumeur courut. On disait que le fait de ne plus être retourné à Cuba depuis 1963 après « avoir entendu dire que Fidel prenait des enfants pour les entraîner dans la milice » (6) était un alibi pour cacher sa collaboration avec les services de sécurité cubains. Cela n’est pas invraisemblable. On ne l’a jamais entendu s’exprimer contre la Révolution. On raconte que lors d’un concert, alors qu’il était déjà âgé, il s’adressa à voix basse au public avant de commencer à chanter et dit : « Dieu m’a offert tous les cadeaux, sauf celui de l’indépendance de Porto Rico. » (7)
Il mourut à Ocala, en Floride, le 27 novembre 1992. Son corps fut transféré sur son île de Porto Rico et enterré au cimetière de Santa Maria Magdalena, dans la capitale, près des tombes de Pedro Flores et Albizu Campos. Son cercueil et sa tombe furent symboliquement recouverts du drapeau portoricain.
Levanta Borinquen
No ruegues más Borinquén con palabras.
No ruegues más tu ansiada libertad.
Levanta y glorifica tu bandera
Que el mundo está cansado de esperar.
Enseña que tus hombres son valientes,
Enseñen que son hombres de verdad.
Si Cuba con valor fue a la manigua
Tú puedes irte al campo y al manglar.
Olvídate del dicho de la antigua
Que nada ya se saca con hablar
Levanta Borinquén
Despiértate ya.
Haz algo Borinquén por tu libertad.
¡Dame a mí un machete !
¡Dame a mí un manglar !
¡Que yo soy boricua y quiero ayudar !
Traduction :
Soulève-toi Porto Rico
Ne prie plus avec des paroles, Borinquen
Ne demande plus cette liberté tan désirée.
Soulève-toi et honore ton drapeau
Car le monde est fatigué d’attendre.
Montre que tes hommes sont vaillants
Montre que ce sont de vrais hommes.
Si Cuba a valeureusement pris le maquis
Tu peux aller prendre les champs et la mangrove.
Oublie le dicton du passé
Car rien n’arrive avec des paroles.
Soulève-toi Borinquen,
Réveille-toi maintenant.
Fais quelque chose pour ta liberté, Borinquen.
Donne-moi une machette !
Donne-moi une mangrove !
Car je suis portoricain et je veux être utile !
Hernando Calvo Ospina
http://hcalvospina.free.fr/spip.php...

Comment la Grèce a abandonné la Palestine

samedi 16 juillet 2011 -
David Cronin - The Electronic Intifada - traduction : JPP
La position d’Andreas Papandreou de champion des droits des Palestiniens a pu avoir un certain poids moral au début des années quatre-vingt. Trois décennies plus tard, son fils George est devenu le lâche complice du maintien de l’occupation israélienne.
 
Autrefois championne des droits des Palestiniens, la Grèce aujourd’hui s’est manifestée pour contrer la Flottille II.

Quand Andreas Papandreou est décédé en 1996, The New York Times écrivait qu’il avait souvent laissé les gouvernements occidentaux « désorientés ou exaspérés », en prenant des positions « diamétralement opposées aux leurs ». Citant des exemples de son comportement de « franc-tireur », la notice nécrologique du journal rappelait la façon dont le Premier ministre grec avait accordé le statut diplomatique à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1981, l’année même où il prenait ses fonctions (Andreas Papandreaou, l’homme de gauche grec qui a admiré et agacé les États-Unis meurt à 77 ans - 24 juin 1996).
Comme la plupart des dirigeants politiques, Papandreou était un homme de contradictions. Il prétendait mépriser l’impérialisme américain, tout en permettant à ces mêmes États-Unis de garder leurs bases militaires sur le sol grec. Pourtant, il mérite des éloges posthumes pour avoir salué l’OLP alors qu’elle était encore un mouvement de résistance authentique et pour avoir critiqué Israël d’un ton autrement plus incisif que n’importe lequel autre de ses homologues de la Communauté européenne d’alors.
Ces derniers temps, le Premier ministre grec d’aujourd’hui, George Papandreou, a agi comme s’il voulait réduire totalement à néant l’héritage de son père. Aucun doute, le refus de la Grèce d’autoriser la Flottille de la Liberté II à prendre la mer résulte pour une part des pressions des États-Unis et d’Israël. Néanmoins, ce n’est pas un fait isolé, mais la conséquence logique d’un processus qui était déjà en cours.
Le dégel des relations Grèce/Israël
En juillet 2010, Papandreou fils s’est rendu en Israël, à peine un mois après l’agression israélienne contre le Mavi Marmara (31 mai), dans laquelle neuf militants turcs pour la paix (dont l’un était aussi citoyen des États-unis) furent assassinés par les forces israéliennes. Telle une réponse immédiate à ce massacre, la Grèce appela à l’arrêt des exercices militaires d’entraînement communs qui étaient alors en cours avec Israël au large de la Crète (Le monde en état de choc après l’assaut meurtrier contre le navire de Gaza, Ynet, 31 mai 2010). Mais Papandreou n’a pas eu le moindre scrupule à mettre à exécution son projet de voyage en Israël, comme prévu.
Israël a été prompt à rendre la pareille. En août de l’année dernière, Benjamin Netanyahu fut le premier Premier ministre israélien à se rendre en Grèce. Netanyahu aurait utilisé l’occasion pour recommander que les deux pays soient reliés par un gazoduc (Netanyahu propose du gaz naturel à la Grèce, Ha’aretz, 29 août 2010).
On ne sait pas si les deux hommes ont discuté du gisement de gaz de Leviathan - la source d’énergie sur l’écran radar de Netanyahu à l’époque - situé au large des côtes libanaises, ni de la façon dont l’exploitation par Israël de ces réserves pourraient déclencher un nouveau conflit avec le Liban (Le gisement de gaz couve un nouveau conflit entre le Liban et Israël, The Financial Times, 16 juillet 2010).
On sait cependant que tant Israël que la Grèce ont continué à renforcer leur coopération militaire. L’opération qui avait été stoppée au moment du bain de sang sur le Mavi Marmara, de nom de code, Minoas 2010, avait en fait été reprise en octobre de la même année. Les hélicoptères Apache et Black Hawk, de fabrication états-unienne, étaient utilisés dans l’exercice, testés aux procédures d’atterrissage et de décollage en zones montagneuses et sous plusieurs conditions météorologiques différentes (Grèce et Israël se retrouvent pour un exercice militaire, Huerriyet, 15 octobre 2010).
En décembre, Flight International a déclaré qu’il y avait eu au moins quatre exercices du même genre entre la Grèce et Israël au cours des quelques mois précédents (Israël intensifie les activités d’entraînement grecques, Flight International, 6 décembre 2010). Cette année et pour la première fois, la Grèce a rejoint Noble Dina, un exercice israélo-américain de lutte anti-sous-marine qui existe depuis dix ans. L’exercice a eu lieu entre l’île de Megisti et Haïfa, port israélien avec une très importante population palestinienne (voir la note du Commandement du transport maritime militaire de l’US Navy, juin 2011).
Les frictions entre l’ennemi historique de la Grèce, la Turquie, et Israël ont presque certainement aidé à épanouir les relations Netanyahu/Papandreou. Papandreou est sûrement un politicien suffisamment astucieux pour avoir flairé l’opportunité pour la Grèce de remplacer la Turquie comme l’allié préféré d’Israël dans la zone méditerranéenne. Les similitudes dans les parcours personnels des deux hommes peuvent aussi en être un autre facteur. Tous deux ont été éduqués dans des universités prestigieuses des États-Unis (Papandreou à Harvard, Netanyahu à l’Institut de Technologie du Massachusetts) et bien qu’étant dans des partis politiques ayant théoriquement des philosophies différentes, les deux sont fortement influencés par la politique et la culture américaines.
Les exercices de l’OTAN ont rapproché la Grèce et Israël
Plus significatif peut-être, l’intensification récente des relations fait suite à plusieurs années de travail des deux pays côte à côte sous la protection de l’OTAN. Cette alliance sous domination US a formé un anneau autour de toute la Méditerranée. Presque tous les pays riverains de cette mer sont soit membres à part entière de l’OTAN, soit adhérents de son Partenariat orwéllien pour la paix.
Même s’il semble qu’il n’y ait aucune perspective imminente qu’Israël rejoigne l’OTAN, ses liens avec l’alliance ont grandi exponentiellement au cours de la décennie passée. Un accord Israël/OTAN sur l’échange de renseignements a été signé en avril 2001. Cinq ans plus tard, Israël décrochait un accord sur la mise en œuvre d’ « un programme de coopération individuelle » avec l’OTAN. Actualisé en décembre 2008, cet accord a ouvert la voie à un nombre élevé d’opérations communes entre Israël et l’alliance. La Grèce a été impliquée aussi dans presque toutes, sinon toutes, ces opérations. En 2007, par exemple, les navires de guerre grecs ont pris part à des exercices à Eilat, port israélien sur la mer Rouge ( Israël : 29è membre mondial de l’OTAN, OpEdNews, 22 janvier 2010).
La Grèce et Israël ont aussi participé à Active Endeavor, exercice coordonné par l’OTAN dont les navires patrouillaient en Méditerranée. Cette opération était, selon le récit officiel, lancée en réponse aux atrocités du 11 Septembre aux États-Unis. Mais en pratique, ses attributions allaient plus loin que de vouloir garder un œil sur les activités « terroristes » potentielles en mer. En particulier, elle a été utilisée dans le cadre d’un programme répressif pour contribuer à empêcher les étrangers qui voulaient fuir la pauvreté d’accoster en Europe (Les navires d’Active Endeavor apportent leur aide à la Grèce dans son opération contre l’immigration illégale, déclaration de l’OTAN, 25 mars 2006).
En mars, le champ d’actions d’Active Endeavor a été encore élargi lors des préparatifs pour la guerre contre la Libye. Un système de vols de surveillance de 24 heures sur 24 a été mis en place dans le cadre de l’opération en cours (L’OTAN accroît sa surveillance aérienne dans la Méditerranée, déclaration de l’OTAN, 9 mars 2011). En dépit de ses graves problèmes économiques, la Grèce a fourni un certain nombre d’avions et de navires pour cet effort de guerre, pour lequel l’OTAN a utilisé au moins sept aérodromes grecs (L’opération Protecteur unifié, de l’OTAN contre la Libye, utilise les bases grecques en Crète et au Péloponnèse, BalkanAnalysis, 31 mars 2011).
En attendant, la solidité des liens d’Israël avec l’OTAN a été soulignée peu avant que Gabi Ashkenazy ne démissionne de son poste de chef d’état-major de l’armée israélienne en février. Ashkenasy - qui a supervisé l’opération Plomb durci durant l’hiver 2008/2009 durant laquelle plus de 1400 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza - conseillait les stratèges de l’OTAN sur les tactiques à utiliser contre l’Afghanistan. Il lui a été offert aussi un dîner d’adieu, en son honneur, en la résidence de Bruxelles de Giampaolo Di Paolo, président du Comité militaire de l’OTAN ( Les défis sécuritaires abordés par le général Ashkenazy à la conférence de l’OTAN, déclaration militaire israélienne, 25 janvier 2011).
Proportionnellement, la Grèce est l’un des pays les plus dépensiers d’Europe dans le domaine militaire, bien que ces dépenses se soient réduites dans le cadre du plan d’austérité plus large qui touche principalement tous les services publics essentiels. En 2009, la Grèce affectait 2,54 % de son produit intérieur brut aux dépenses militaires, le taux le plus élevé de l’Union européenne. La Grande-Bretagne approchait les 2,53 % (Dépenses de la Défense des États participant à l’Agence de Défense européenne en 2009, Agence de la Défense européenne, 31 mars 2011).
On sait que la Grèce a conclu des accords avec plusieurs fabricants d’armes israéliens, bien que tous les détails de ces contrats n’aient pas été publiés. En février, Evangelos Venizelos, ministre de la Défense grec, confirmait que des lots d’armes « à guidage de précision », des SPICES (Smart Precise Impact and Cost Effective), avaient été achetés à la société israélienne Rafael (La Grèce ajoute SPICE à sa force aérienne, Jane’s Defence Weekly, 10 février 2011). Elisra, filiale du fabricant d’armes israélien Elbit, a également fourni des systèmes de guerre électronique aux forces aériennes grecques au cours de la dernière décennie (La Grèce achète les systèmes EW d’Elisra, Globes, 6 janvier 2003).
Il est vrai que la Grèce a combiné ses rapprochements toujours plus étroits avec Israël avec ses appels à lever le blocus de Gaza (L’annonce du ministère des Affaires étrangères sur l’intention de citoyens grecs de participer à une flottille qui va tenter de briser le blocus de Gaza, déclaration du ministère grec des Affaires étrangères, 22 juin 2011). Mais il est impossible de prendre ces appels au sérieux aujourd’hui que le gouvernement d’Athènes a aidé Israël à empêcher d’agir contre ce même blocus.
La position d’Andreas Papandreou de champion des droits des Palestiniens a pu avoir un certain poids moral au début des années quatre-vingt. Trois décennies plus tard, son fils George est devenu le lâche complice du maintien de l’occupation israélienne.

Né à Dublin en 1971, David Cronin est le correspondant à Bruxelles de l’agence de presse Inter Press Service. Il a d’abord occupé cette fonction pour le quotidien irlandais The Sunday Tribune après avoir travaillé comme chargé de recherches et attaché de presse auprès du Parlement européen. Entre 2001 et 2006, il a collaboré à European Voice, hebdomadaire du groupe The Economist.
Son livre, L’alliance de l’Europe avec Israël : une aide à l’occupation est publié chez Pluto Press.

vendredi 15 juillet 2011

Mourir sans bruit

« Et nous rirons, sans rien qui trouble notre joie, Car les morts sont bien morts et nous vous l’apprendrons. »
Verlaine
Par Marwan HARB
Source : l'Orient
             LE JOUR.com
Chaque jour, des victimes tombent dans le monde arabe à un point tel que la mort est devenue banale telle une feuille tombant d’un arbre. Nous labourons notre terre non pour nourrir les vivants, mais pour y jeter nos morts. La condamnation de la mort de manière générale provient de la volonté de dénigrement de l’étranger qui tue pour faire persister le sentiment d’un danger éminent rendant la soumission des citoyens plus docile. Alors que le massacre des populations par les régimes arabes relève du fait divers. De plus, l’impuissance des populations à émouvoir le monde face aux massacres donne l’impression que les morts arabes ne comptent pas. L’indifférence face à la mort des Arabes, que l’on attribue à l’autre, est intériorisée comme un stigmate. La rhétorique développée par les régimes arabes vient à point nommé pour retourner ce stigmate qui conduit à penser que les Arabes ne tiennent guère à l’existence. Mais « lorsque l’homme comprend que la vie n’a point de sens, ça n’est pas une fin mais un début », écrit Camus. Le début de la prise de conscience de la vie. L’homme, jeté hors de ses gonds par l’inhumanité, découvre l’existence d’une nature humaine et décide de prendre son avenir en main.
La rue arabe semble avoir compris que l’empathie, si tant est que nous puissions en susciter chez l’autre, ne peut davantage résoudre ses problèmes. L’espoir que ses actions puissent changer le cours des choses a remplacé la recherche de l’empathie de l’autre pour la sauver du joug du dictateur. Cet espoir a structuré une conscience commune capable de structurer l’action de manière efficace, en portant un discours politique, social, qui fasse sens pour demain.
Les régimes arabes s’efforcent de faire croire que l’avenir se fait à titre de prédiction ou de divination ou en attendant le paradis promis. Mais les cris de la liberté sur les places publiques, en défiant les baïonnettes des milices de la mort, reflètent une décision de construire un avenir au prix de la vie. Un avenir à modeler et non un modèle développé à imiter, ni un projet à appliquer à partir d’une idée absolue ou d’une théorie prête à l’exécution, mais par la production des faits et la réalisation comme réalités. Par le fait, si le prix de la liberté est le silence de la mort, la liberté, elle, ne devrait pas mourir en silence.

15/07/2011