mercredi 29 juin 2011

Lettre Ouverte d'un Africain au Président Obama sur sa guerre en Libye

27/06/2011  

...Car l’Afrique est déjà débout, avec ou sans vous, avec ou sans votre agression. L'Occident en Afrique c'est l'amour forcé, c'est le viol..

Monsieur le Président,
C’est le cœur saignant de douleur que je vous écris cette lettre pour vous prier de bien vouloir écouter le message que la Chambre des Représentants Américaine vous a envoyé hier 24/06/2011 en rejetant le texte autorisant l'intervention militaire des Etats-Unis en Libye, et de mettre fin à l’agression en cours contre le peuple Libyen avec les prétextes des plus extravagants comme celui de dire que c'est pour les  protéger.
Il y a 3 ans que vous avez enflammé tout un continent, le continent africain durant les primaires des élections présidentielles du parti démocrate.  Et lorsque vous avez été élu président, nous avons cru voir en vous, ce fils d'Afrique qui avait réussi et qui pouvait désormais servir de référence pour 1 milliard d’Africains, vous sembliez ce héros que nous n’avons jamais connu, parce que nos héros ne sont devenus des légendes que pour l'émotion suscitée par leur brève vie (tous tués par les Européens). 
Avec votre élection à la Présidence des Etats-unis d'Amérique, nous avons cru un instant voir ce demi-dieu Noir que l’Afrique se cherche encore après tant d'années de honte au contact de l'Europe. Oui Monsieur le Président, nous savions bien que vous aviez été voté par les Américains pour faire les intérêts de votre pays, mais que voulez-vous? Penser  que vous étiez aussi notre Président, que vous aviez nos gènes, que vous étiez aussi notre frère Noir est un rêve que nous avons tous fait les yeux bien ouverts.  Nous vous avons tous vu comme quelqu'un des nôtres, comme quelqu’un qui était capable de comprendre mieux que tous les autres puissants de la terre, les plaies et les souffrances des Africains.  Nous avons porté vos t-shirts, nous avons entonné votre refrain YES WE CAN, mais dans nos têtes en Afrique, nous lui avions donné une autre signification, c’était l’explication que ce destin qui semblait figé d’une race maudite avait tout d'un coup pris le train, le même train de l'évolution des autres races. CHANGE ! en effet.
Dans le plus profond village reculé d’Afrique, nous avons chanté votre nom, parce que vous nous avez donné l’espoir, l’espoir d’un véritable changement. Vous avez donné à la jeunesse africaine l’enthousiasme qu’aucune campagne de sensibilisation n’aurait permis d’atteindre. Lorsque vos adversaires politiques vous attaquaient sur vos actions, nous étions dans l'incapacité même de comprendre leurs raisons, les classant tous et de façon expéditive comme des racistes, tellement nous étions fous de vous.
Et puis, ont commencé vos premières maladresses sur l’Afrique que nous avons toujours regardées avec beaucoup de tolérance et d'indulgence. Puis les maladresses se sont progressivement transformées en fautes politiques et puis en humiliation et pour finir en agression pure et simple. La dernière et la plus grave est l’agression contre la Libye. 
Lorsque le 20 Janvier  2009 vous avez prêté serment sur la bible de votre illustre prédécesseur : Abraham Lincoln, devenant ainsi le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique, ce geste hautement évocateur a symbolisé à nos yeux, l’espoir de la rencontre et de la réconciliation qui n’a jamais eu lieu entre Européens et Africains, entre Blancs et Noirs.  Ce jour a marqué pour le peuple américain et pour le peuple africain, liés par un passé douloureux, l’espoir d’un début de fraternité basée sur une relation de respect mutuel, une relation plus juste et apaisée. Tout au moins, c'est ce que nous pensions et espérions.
Mais après plus de  2 ans de votre présidence, la chaleur que vous aviez suscitée dans nos cœurs en Afrique s’est vite transformée en douche froide et  le feu  de l’espoir que vous aviez su allumer  en nous s’est vite éteint par la marée destructive de l'océan de vos bombes contre le peuple africain (120 missiles Cruise en une nuit sur une capitale: Tripoli). Plus nous avons appris à vous connaitre à travers vos actes réels en Côte d’Ivoire et en Libye et plus nous avons peur de vous.  Votre politique africaine qui pèche par son arrogance et l'orientation de vous ranger derrière les puissants pour écraser les faibles vous classera dans l'histoire à l’opposé de la voie suivie par le président Abraham Lincoln.
Nous n’attendions pas grand-chose de vous habitués comme nous sommes à porter notre croix sans hurler, sans gémir, sans nous plaindre, mais nous espérions pour le moins, que vous seriez neutre dans la relation Oppresseurs-Opprimés qui sévit encore aujourd’hui entre l’Europe et l’Afrique.  A notre surprise, vous avez choisi votre camp, celui de nos oppresseurs. Et vous avez mis en jeu des moyens conséquents pour freiner notre désir d'émancipation, pour étouffer notre élan de liberté.
Mais détrompez-vous Monsieur le Président Obama, parce qu'il y a longtemps que la jeunesse africaine est débout et a compris grâce au monde globalisé, combien votre système avait asservi leurs parents, mais aussi que notre misère, notre souffrance, nos humiliations ne sont pas irrémédiables, ne sont pas inscrites dans le marbre. Car comme l’a dit le président  Abraham Lincoln à un visiteur à la Maison Blanche, « Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps ; vous pouvez même tromper quelques personnes tout le temps ; mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps ». 5 siècles de tromperie de vos alliés sont mis à l’épreuve par l’avènement d’une nouvelle époque de fin de règne de l’oppresseur. Nous nous sommes rendus à l'heure du bilan, à l'épilogue de l’histoire, de  Notre histoire commune.
Celle-ci démarre le 16 juin 1452, lorsque le 208ème pape Nicolas V  à travers la bulle papale dénommée : Dum diversa, autorise le roi du Portugal Alfonse V à déporter et réduire en esclavage les populations de Guinée (Afrique), c’est le début d’une longue période sombre pour l’Afrique. La découverte de l’Amérique en 1492 va empirer le sort de nos ancêtres avec la multiplication de leurs déportations vers le nouveau monde pendant 4 longs siècles, et ce calvaire durera jusqu’à un homme : ABRAHAM  LINCOLN.
Le 1er Janvier 1863, Abraham Lincoln proclame l’émancipation des esclaves pendant la guerre la plus meurtrière des Etats-Unis : Guerre de sécession, avec  620.000 morts suivi de son assassinat en avril 1865. A l'époque, les agriculteurs esclavagistes du Sud sont plus riches que les industriels du nord. Mais en 1880, 15 ans après Lincoln,  le taylorisme (travail à la chaine) va changer la donne faisant augmenter de façon exponentielle les profits des usines rendant depuis lors les industriels du Nord plus riches que les agriculteurs du sud, ex-esclavagistes. Ce qui donne des idées à l'Europe jusque là privée de la manne que lui apportait le très lucratif trafic des esclaves. L'Europe doit répondre à une question :  comment profiter des avantages des industriels du Nord des Etats-Unis, tout en conservant ceux des esclavagistes du Sud ? La réponse est tout trouvée et s'appellera la COLONISATION DE L'AFRIQUE.
C'est donc pour cela qu'en 1884, le Chancelier Allemand Bismarck, organise pendant 3 mois à Berlin  la fameuse conférence de Berlin où 14 pays vont décider comment remettre les chaines de l’esclavage aux Africains,  des chaines invisibles qui vont s’appeler : COLONISATION. Et qui signifiait dans les plans de leurs concepteurs, ce même destin de subordination des Africains combattu auparavant par Lincoln. On n’a plus besoin de les déporter, il faut les tenir en esclavage sur place en Afrique pour subvenir aux besoins de la naissante industrie européenne, et  relancer l’économie de tout le vieux continent. Et c’est ce long calvaire que nous vivons encore aujourd’hui sous des formes les plus subtiles et imprévisibles.
Avec votre élection, nous avons rêvé un instant que notre frère Barack Hussein Obama allait mettre un point final à cette oppression que subit tout un continent depuis trop longtemps. Mais votre décision à vous joindre au requiem que l’Europe joue pour nous depuis février 1885, c’est-à-dire depuis la fin de la Conférence de Berlin a sonné pour nous le glas de l’espoir d’Obama.  Et subitement, le CHANGE de votre campagne présidentielle s’est vite transformé pour nous Africains en CHAINS, en MORE CHAINS. Vos nouvelles chaines prennent des formes tout aussi imprévisibles que la colonisation elle-même :
1-    En Côte d’Ivoire, elles sont arrivées sous forme de cassette vidéo que vous avez envoyée pour indiquer et expliquer à ce peuple qui était leur président au mépris de l’ordre constitutionnel qu’ils se sont difficilement donné. 
2-    Vos chaines y sont arrivées par les bottes des militaires avec sa forme de démocratie atypique que vous voulez instaurer selon laquelle désormais pour participer et être sûr de gagner les élections présidentielles en Afrique chaque parti politique devrait d’abord se doter d’une armée, d’une bonne armée financée de préférence par les Etats-Unis d’Amérique
3-    La punition des contrevenants.  Vous vous êtes rendus complice d’un massacre de 1200 Ivoiriens à Douékoué, tout un village composé de pauvres paysans d’enfants, de bébés et de femmes dont le seul  tort a été celui d’avoir cru à la démocratie et d’avoir tout simplement soutenu le mauvais candidat, celui qui vous semblait le moins docile.
4-    En Afrique on croyait que le chancelier Allemand Bismarck et ses 13 compères avaient réussi le plus grand hold-up de l’histoire de l’humanité avec leur partage de type mafieux de tout un continent, mais vous venez de confirmer qu'il pouvait y avoir pire : en Libye, vous vous êtes tout simplement substitué au peuple Libyen, et avez décidé à sa place qui est son « unique et légitime représentant ».  Cette fois-ci, le crime est parfait. Plus besoin de se faire prendre la main dans le sac en partageant les morceaux de terres, il suffit désormais de choisir les terres plus riches et d’indiquer qui les représente et les jeux sont faits. C’est plus facile comme bonjour et ça peut rapporter gros. Mais vous semblez oublier Monsieur le Président que cette formule a déjà démontré ses limites devant l'histoire notamment en Afrique du Sud où une poignée de racistes Blancs étaient reconnus par vous comme uniques représentants du peuple Sud-africain, la suite on la connait; mais aussi en Chine où Taiwan en 1949 était votre Bengazi de 2011. Taiwan avait été choisi par vous comme unique représentant du peuple Chinois, aussi là, l'histoire vous a donné tort.  
5-    Vos nouvelles chaines arrivent en Afrique sous forme de résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unis. Qui aurait imaginé qu’une résolution dite de protection des populations de Bengazi se transformerait  en opération de punition des populations de Tripoli pour avoir commis l’irréparable en soutenant l’Homme qui a pris leur pays en 1969 lorsqu’il était le plus pauvre d’Afrique avec 60  dollars par habitant et par an, en le transformant en 2011 en pays le plus développé du continent classé par les Nations-Unis 53ème au monde dans l’indice de développement humain, devant plusieurs pays même Européens.  La Libye est le seul pays au monde non communiste où tous les services de bases sont absolument gratuits du logement à la santé en passant par l’instruction, avec un revenu minimum garanti pour préserver la dignité humaine de tout citoyen Libyen.
6-    Lorsque des civils se sont emparés des stocks d’armes les plus sophistiqués de Bengazi, la réaction d’un Lincoln, allié de la Libye aurait été de tout mobiliser pour récupérer toutes les armes, car il en serait allé aussi de la sécurité des Etats-Unis d’Amérique. Mais vos nouvelles chaines c’est aussi de contribuer à rendre instables les pays en paix, car dans le désordre, dans la mer trouble,  les requins ont plus à manger devant les désarrois des petits poissons.
7-    Lorsque le 15 avril 2011 vous signez une tribune avec Cameron et Sarkozy avec le titre "Kadhafi doit partir", pouvez-vous Monsieur le Président me dire qui vous donne ce droit de décider quel président africain doit rester et lequel doit partir ?  J'ai beau chercher et je ne comprends toujours pas dans quel registre démocratique s'inscrit votre initiative, si ce n'est dans le principe du Far-West du plus fort qui doit signifier au plus faible d'abandonner sa terre et tout son troupeau pour aller se débrouiller ailleurs. Comment dès lors ne pas être entièrement d'accord avec le parlementaire de votre parti démocrate Jerrold Nadler qui, après le camouflet que le Congrès vous a infligé hier vendredi 24/06/2011 en rejetant le texte autorisant votre intervention militaire en Libye, a déclaré: "Le président Obama se comporte comme un monarque absolu et nous devons y mettre un terme immédiatement si nous ne voulons pas devenir un empire plutôt qu'une république".
Avec ces quelques éléments, il n’y a pas de doute que, pour nous Africains la différence entre vous et Lincoln c’est comme entre le jour et la nuit. Vous avez une étrange conception de la démocratie dès lors qu'il s'agit d'Afrique, en vous comportant en vrai monarque, en décidant à la place des peuples que vous regardez avec tant de condescendance, ce qui prouve que vous êtes très loin des idéaux de Lincoln qui a écrit : « De même que je ne voudrais pas être un esclave, je ne voudrais pas être un maître. Telle est ma conception de la démocratie. Tout ce qui en diffère (...), n'est point de la démocratie ».
Monsieur le Président, dans votre politique africaine, vous vous comportez en Maître, en donneur de leçon lorsque ce n’est pas en oppresseur, tout le contraire de A. Lincoln.
Vous savez mieux que quiconque que lorsque l’Union Européenne à l’unanimité s’active pour un Africain, c’est qu’il est celui qui a démontré d’être le plus capable de maintenir les chaines invisibles de l’esclavage que portent ses propres frères et sœurs. . Tous nos leaders qui ont osé dénoncer cet asservissement ont tous été foudroyés sur la route de Damas, Steve Biko en Afrique du Sud, Sankara au Burkina, Moumié au Cameroun,  N’krumah au Ghana, Lumumba (photo) au Congo-Zaire etc...  d’autres plus chanceux  ont passé l’essentiel de leur vie en prison, c’est le cas de Mandela en Afrique du Sud avec 27 ans passés derrière les barreaux.
Gamal Abdel Nasser en Egypte incarcéré en 1934 à l'âge de 16 ans par les colons Britanniques, devenu président en 1953, il est rebaptisé par le Royaume-Uni le « Mussolini du Nil », pour avoir remplacé la royauté par la République, nationalisé une série de services, d'industries et le Canal de Suez et pire, il a détruit les champs de coton de l'ère coloniale pour passer à l'industrialisation de son pays; pour tous ces péchés, il subira une dizaine de tentatives d'assassinats commandités par Londres et Paris. Mais Nasser fut plus chanceux que Kadhafi parce que le Président Américain Eisenhower a eu le courage politique de stopper ces pays qui ont déclenché en 1956 une guerre pour disaient-ils "protéger le peuple égyptien d'un dictateur". Le Président Eisenhower a eu le courage que vous n'avez pas su avoir de les stopper et a exigé qu'ils se retirent immédiatement de l'Egypte. Même si l'URSS a brandi pour les plier la menace nucléaire.
Le Président Lincoln a payé un lourd tribut pour abolir l’esclavage aux Etats-Unis. Il a payé de sa  vie pour nous rendre notre liberté, mais ses ennemis eux ne sont pas morts, ils sont là encore plus forts que jamais avec les mêmes idées détestables  de toujours : l’asservissement des Africains avec tous leurs descendants, exactement comme récitait la bulle papale. Abraham Lincoln, contrairement à vous avait un idéal et même s’il n’était pas de la même race que nous, il a su se mettre à notre place pour comprendre nos supplices et nos hontes, il a su aller au-delà des considérations partisanes pour faire triompher la justice et la morale, il a su se mettre du coté des faibles juste pour être du coté de la dignité humaine. Il a généré la guerre la plus meurtrière sur le sol des Etats-Unis,  pour faire triompher une certaine idée de l’humanisme. Monsieur le Président Obama, avec vos bombes sur le peuple africain et votre choix de seconder les forts, les puissants contre les faibles,  peut-on dire de même de vous ?  Quels sont vos véritables idéaux ? Je suis confus pour comprendre votre sens de l'humanisme.

Voyez-vous Monsieur le Président Obama, dans l’histoire moderne, nous autres Africains sommes un peuple de perdants.    Depuis 500 ans, nous n’avons pas remporté la moindre bataille contre l’Europe. Aussi parce que nous n’avons jamais déclenché une quelconque hostilité contre le peuple Européen. Nous les avons toujours subis. Nos ancêtres n’ont rien pu faire pour les contrer pendant les siècles de déportation et aujourd’hui, nous sommes impuissants devant leur folie dévastatrice.
Nous sommes conscients de notre faiblesse et de celle de nos ancêtres.  Oui, nous sommes une race qui a perdu, nous avons perdu toutes les batailles contre l'Occident et peut-être me diriez-vous, que nous sommes des perdants pour toujours. Mais Monsieur le Président, au-delà de la coupe et de la médaille du gagnant, le perdant a une chose que les autres ne savent pas, et ne voient pas et qui au final le rend plus fort, c’est la souffrance de la défaite, c’est  le déshonneur et la honte de la défaite. Ces deux éléments nous ont conféré au cours des siècles un trésor, une puissance que le gagnant ne connait pas et cela s’appelle l’humilité,  l’effacement.  Dans notre modestie, l’Africain peut être  plus heureux que l’Européen ou l’Américain qui revendique l’univers, si et seulement si vous cessez de nous détruire avec vos bombes.  Car notre plus grande force est cette simplicité qui nous a conféré le courage pour résister aux intempéries de l’histoire. Le fait de ne rien prétendre, le fait de ne pas vouloir le monde, tout pour nous et tout de suite, nous  laisse la sérénité d’avancer tout doucement, tout lentement, mais sur la bonne voie vers notre paradis de la normalité humaine c’est-à-dire sans asservissement. Et ce ne seront pas vos bombes qui nous l’empêcheront.

Comme Lincoln, nous sommes en train de bâtir les Etats-Unis d’Afrique du Cape en Afrique du Sud au Caire en Egypte et nous sommes conscients que cela pose problème à l'Occident qui sait que cela nous rendra encore moins naïfs, donc capables de stopper sa spoliation du continent qui n’a que trop duré.  Ils ont  les mêmes motivations que les ennemis hier de Abraham Lincoln : ils veulent des avantages non dus, tirés de la sueur de notre travail gratuit, tirés des entrailles de nos mines d’uranium, de diamant, d’or, de pétrole etc. Mais ce que vous ne comprenez pas en vous rangeant avec les forts qui nous oppriment, c’est que le vent a changé de direction et que leur bateau est  déjà en train de chavirer sur les rochers de la myopie politique et intellectuelle. 
Car l’Afrique est déjà débout, avec ou sans vous, avec ou sans votre agression. Nous avons prévu la première émission de la monnaie africaine en 2016. Votre forfait contre la Libye pourra retarder cette échéance,  mais pas l’annuler, car notre cheminement vers le progrès humain est irréversible, votre guerre fera durer l’agonie économique de l’Europe mais pas assurer sa survie, la situation financière grecque est là pour nous le rappeler car leur descente aux enfers est autant irréversible.  Et la corde pour escalader les montagnes de l'injustice de votre système, érigé en Lois universelle, que vous venez de lier à eux en Cote d’Ivoire et en Libye, risque de précipiter votre pays dans l’abyme de la désolation à cause de vos choix belliqueux tout aussi hasardeux que détestables.

Vous avez réussi à nous humilier en Cote d’Ivoire. Vous êtes en train de nous abaisser en Libye, mais vous n’aurez pas nos larmes, puisqu’elles se sont cristallisées par trop de siècles du sadisme européen.  Vous n’obtiendrez pas notre désespoir, car restés trop longtemps couchés par terre toujours aux ordres des puissants, par contre, nous ne pouvons plus tomber, nous ne pouvons que nous relever.
Lors de votre  visite à Accra au Ghana le 11 Juillet 2009 vous avez déclaré dans votre discours que : « de même qu'il est important de se soustraire au contrôle d'une autre nation, il est encore plus important de se forger sa propre nation ». En prenant en otage le président démocratiquement élu par le peuple ivoirien, vous n’aidez pas ce pays à forger sa propre nation. Au contraire, vous contribuez à empêcher qu’il puisse se soustraire au contrôle d’une autre nation.  Votre secrétaire d'Etat Hillary Clinton lors de son voyage à Lusaka, en Zambie le 11 Juin 2011 a renchéri vos propos en nous mettant en garde contre un risque de colonisation chinoise avec ces termes : « C'est facile, et nous avons vu cela à l'époque coloniale, de venir, sortir les ressources naturelles, payer les dirigeants et partir ». Par ces lignes, je vous remercie sincèrement de vos conseils en tant que africain, mais sur la Chine particulièrement, je voudrais vous faire quelques observations :

1-    Contrairement à l'Occident qui s'est imposée à l’Afrique sans jamais lui demander son avis, la Chine a été invitée. Ceci est une sacrée différence au vu des relations qui ont existé entre l’Occident et l’Afrique et qui continuent d’exister de nos jours.  Entendre l’Occident se préoccuper  d’une quelconque colonisation de l’Afrique par la Chine est une nouveauté dans la diplomatie internationale. Cette préoccupation soudaine est la preuve, Monsieur le Président que nous vivons dans deux mondes opposés : Historiquement, Culturellement, socialement, Economiquement, Politiquement et Psychologiquement. Le rapport qui a toujours existé entre nous depuis des siècles a été celui de « Dominant – Dominé ».
La colonisation c'est le fait de venir sur nos terres vous en approprier les meilleures et nous obliger à travailler dessus, et lorsque nous ne pouvons pas produire une certaine quantité de banane, de cacao, de café ou de coton, le colon choisit un de nous au hasard et l'ampute d'un bras, d'une jambe afin de donner l'exemple à tous du rythme qu'il attend de nous.
La colonisation c'est le fait de voler et de détruire nos destins en décidant à notre place.
Pour nous la colonisation, c'est l'esprit permanent de guerre pour des intérêts qui nous dépassent, tous situés en Occident.
Pour nous la colonisation est un système perverti qui nous condamne depuis des siècles. Utiliser ce mot comme l’a fait votre secrétaire d'état réveille en nous des souvenirs tout aussi tristes et qui poussent au rejet complet de l'Occident en Afrique.
L'Occident en Afrique c'est l'amour forcé, c'est le viol. La Chine en Afrique, c'est un amour entre adultes consentants. Et comme dans toute relation amoureuse, il y a des hauts et des bas, il y a toujours un qui cherche à prendre le dessus sur l'autre, mais c'est toujours plus acceptable que le viol.
De grâce, Monsieur le président, ne nous enseignez pas la haine des Chinois, surtout en cette période très tendue au niveau international . L’Afrique a besoin d’investissements, de gros investissements, vous ne nous en voudrez pas de diversifier nos partenaires en fonction de nos intérêts pour une fois. Concédez-nous, Monsieur le président le droit de choisir nos amis. Le mur de Berlin est tombé depuis 1989 et nous ne voulons pas vivre dans un contexte de guerre froide permanente où il faut toujours un ennemi. Monsieur le Président, qu'attendez-vous pour dissoudre cette boite datée qu'est l'Otan? Avec la force, on peut tout détruire comme en Irak, mais ce qui est difficile, c'est trouver la Solution. L'OTAN est une organisation anachronique en ce 21ème siècle.
2-    La Chine est aujourd'hui le seul pays qui possède une véritable réserve monétaire conséquente. Au niveau des dettes publiques, Les Chinois aident les USA à hauteur de 1.440 milliards de dollars en achetant vos bons de trésor et l’ Afrique seulement de 90 milliards. Si quelqu'un était colonisé, c'est bien vous et non nous. Cette différence s'explique par le fait que pendant longtemps, les Africains ont choisi le mauvais partenaire. Ils ont basé leur développement sur l’aide européenne et américaine. parce qu'ils ont cru que vous en aviez les moyens. Avant de se rendre compte au final que vous clamiez le jour d'être "pays riches" capables d'aider l'univers et la nuit vous alliez demander l'aide à la Chine pour payer vos fonctionnaires, pour financer vos guerres.
Encore aujourd'hui, vous-même vous comportez comme si vous aviez le moindre dollar pour aider qui que 10625 Lettre Ouverte à Monsieur Barack Obamace soit en Afrique. Ce qui n'est pas vrai. Selon les informations fournies par la FED le 13/6/2011, sur la dette privée américaine, aux dettes publiques de 14.000 milliards de dollars, il faut ajouter les 14.000 milliards de dollars de dettes des ménages américains, mais aussi les 11.000 milliards de dollars de dettes des entreprises non financières et les 14.000 milliards de dollars de dettes des instituts financiers de votre pays. Son total de 53 trillions de dollars de dettes américaines donne la sueur dans le dos, parce que c'est l'autopsie d'un pays qui va droit dans le mur et même pas la Chine ne pourra vous sauver et le pire est que vous semblez ne pas vous en rendre compte, au point de déclencher les guerres avec tant de légèreté. Nous sommes dans un système dit de « développement à somme zéro » c'est-à-dire quand l’économie de vos pays allait bien, les autres devaient crever de faim. Et maintenant que nous nous sommes réveillés et que nos économies vont bien, les vôtres ne peuvent que s'effondre. Et ce ne seront pas vos guerres à changer la donne.
3-    Plutôt, discutons du débat que la Chine nous offre : le développement de l’Afrique sera une  conséquence de la démocratisation de la société, comme l’a toujours prôné l’Occident ou bien c’est le développement qui doit précéder la démocratisation de la société comme nous le suggère la Chine avec un certain succès qui nous flatte ? Votre système ne marche plus même chez vous ou tout au moins pas chez nous, après les maigres résultats de 50 ans de pseudo-indépendance, parce que votre idée de démocratie africaine est celle d'une Afrique où le vote serait valable uniquement s’il vous plait et lorsqu’il ne vous plait pas, on connait la suite, vos bombes arrivent pour rectifier le vote populaire, notamment en Côte d’Ivoire. 500 ans de votre démocratie en Afrique, cela nous suffit. Nous avons envie d'essayer autre chose. Et avec seulement 10 ans de relation avec un pays que vous décrivez comme dictatorial, la Chine, l’Afrique ne s’est jamais si bien portée.
4-     Depuis 7 mois, la Chine est en train de se débarrasser de vos bons de trésor qu'elle considère désormais, comme des produits financiers toxiques parce qu'elle est convaincue qu’elle n'aura pas la totalité de ses investissements un jour, et ce à hauteur de 9,2 milliards de Dollars par mois. Ces chiffres sont fournis par votre Département aux Finances. Bien évidemment, Monsieur le Président, quand il s’agit de vous et de l’occident, on parle de business, une fois qu’on quitte l’hémisphère Nord pour se rendre dans l’hémisphère sud, on crie au loup, attention le méchant Chinois arrive, il va vous avaler d’un coup. NON ! Monsieur le Président, les Africains ont ouvert les yeux et    commencent à regarder autour d’eux, surement pas totalement, sinon vous n’aurez jamais eu les trois votes africains qui vous ont autorisé à aller agresser un des leurs, mais une chose est sure, ils ont entrouvert les yeux et commencent à distinguer les formes, ils peuvent aujourd’hui décrire la différence entre un Chinois et un Occidental. Et pour cause, l’Afrique pour vous n’a jamais été qu’une terre de domination, de possession, et de soumission. Nous ne connaitrons jamais pire.
5-    Dans tous les discours dans les capitales occidentales, on ne cesse de rappeler explicitement et implicitement aux Africains, la méfiance qu’ils doivent montrer face aux Chinois, c’est devenu presqu’une obsession pour vous ; entendre cela aujourd’hui de la part des Occidentaux est suspect, pour une simple raison : nos ancêtres vous ont fait confiance et ils se sont retrouvés déportés. Nos grands-parents vous ont fait confiance et ils se sont retrouvés sous le coup de la colonisation. Nos parents vous ont fait confiance et vous nous avez installé la famine. Plus récemment, 3 pays africains le Nigéria, le Gabon et l’Afrique du Sud vous ont encore fait confiance pour voter avec vous la résolution 1973, que vous alliez protéger Bengazi et vous êtes allés bombarder Tripoli. Et aujourd’hui vous nous indiquez un ennemi ?
Dans votre discours d'Accra, vous vous demandez s'il faut imputer aux Blancs la situation du Zimbabwe. Ce faisant, vous faites semblant d'ignorer qu'en 1980 à l'indépendance le Zimbabwe pour sa reforme agraire a demandé votre soutien pour corriger la grande injustice coloniale qui fait que les Blancs qui sont 2% de la population sont propriétaires de 90% des terres arables. Accord contresigné par la Grande Bretagne qui prévoyait que cette dernière se chargerait de l'indemnisation des fermiers Blancs qui étaient tous ses ressortissants. 20 ans après, rien. Pire, les victimes de vos promesses non tenues deviennent vite les diables du moment. Et c'est parti avec vos chantages: embargo, visas, comptes saisis etc. Et pour faire diversion, comme d'habitude, vous avez entonné le refrain du méchant loup Mugabe et comme un seul homme, tout l'occident a chanté, faisant croire que sa longévité au pouvoir était plus grave que l'injustice que vous y avez créée. 
En Cote d'Ivoire, le Président Gbagbo vous a écouté et a pris ses distances des Chinois en reprenant des contrats auparavant gagnés par les entreprises chinoises pour les redonner aux entreprises françaises sans appel d’offre, la suite on la connait.
Que vaut la parole d’un haut dirigeant Américain aujourd’hui ? RIEN. Rien du tout
Le 6 septembre 2008 l’ancienne Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice lors de sa visite qu'elle même a défini d'historique après 55 ans de son prédécesseur et après 51 ans d'une haute autorité américaine en Libye (Nixon en 1957 alors vice-président) déclare à la presse : "Je pense que cette visite démontre que les États-Unis n'ont pas d'ennemis permanents et que lorsque des pays sont prêts à faire des changements stratégiques d'orientation, les États-Unis sont prêts à répondre", Et le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack d'ajouter à l'attention de l'Iran et de la Corée du Nord : "La Libye est un exemple qui montre que, si certains pays font un choix différent de celui qu'ils font actuellement, ils peuvent avoir des relations différentes avec les Etats-Unis et le reste du monde, et que nous tiendrons nos promesses".
Votre prédécesseur Georges BUSH et Mme C.RICE ont-ils à votre avis commis une erreur de jugement en convainquant pendant 6 ans (de 2001 à 2006) la Libye à se défaire de toute une série d'armes dangereuses en échange de la promesse que ce pays ne serait jamais attaqué ? Ou alors c'est vous qui êtes peu regardant sur le respect des engagements de vos prédécesseurs ?
Non Monsieur le Président ! ils ont juste appliqué le principe républicain tant cher à Abraham Lincoln : « Ce que je veux savoir avant tout, ce n'est pas si vous avez échoué, mais si vous avez su accepter votre échec». Le Président Bush avait tout simplement accepté l'échec de la politique américaine d'isolement de la Libye depuis 1981 et avait décidé de changer de cap, avec beaucoup de difficultés, mais le succès de l'initiative est toute à son honneur avec le rétablissement des relations diplomatiques dès 2004. Ainsi, même si la culpabilité de la Libye n'a jamais été établie, votre prédécesseur a réussi à la faire accepter d’indemniser toutes les familles les victimes de Lockerbie et du café de Berlin; mais aussi, elle a accepté de se défaire de ses armes de destruction massive, elle a ouvert les dossiers de ses services secrets pour aider les USA dans la lutte contre le terrorisme mettant à risque son propre territoire et son propre peuple contre les possibles représailles.
Dans tout pays, Monsieur le Président, même le plus primitif qui soit, quand vous avez payé votre dette envers la société, ce chapitre est clos. C’est ce que le Président Bush a voulu démontrer en fermant ce chapitre sombre avec la Lybie avec cette visite officielle. Puis-je savoir de quoi de nouveau est exactement accusée la Lybie depuis ce nouveau départ du 6 septembre 2008 ? Après plus de 3 mois d'agression inutile contre le peuple Libyen, je vous prie Monsieur le Président Obama de SAVOIR ACCEPTER VOTRE DEFAITE. Vos compagnons de route ne peuvent que vous enfoncer: par exemple, la France en un mois a fait atterrir urgemment 6 chasseurs bombardiers Mirage sur l'Ile de Malte pour panne sèche, pour manque de carburant les 20/04, 23/04 et 02/05(source AFP).
Car Monsieur le Président comme vous l'a dit la Chine à travers son quotidien China Daily, vous êtes des pays encore convalescents sortant d'une crise financière qui n'est pas terminée et n'avez aucun moyen financier pour supporter une guerre longue. En témoignent les nombreuses défections de vos alliés : la Norvège vous a informé depuis le 9 Mai qu'elle n'aurait pas d'argent pour continuer une guerre au delà du 24 Juin, l'Italie vient de demander la fin des bombardements parce qu'elle ne sait pas où trouver 40 milliards d'Euros dans l'immédiat pour ne pas sombrer dans la crise de type grecque etc... Savoir accepter cette défaite sera à votre honneur plutôt que de continuer cette fuite en avant pour vous venger sur des civiles inoffensifs en larguant vos bombes à l'aveuglette tous les jours, sans qu'on sache bien où vous croyez arriver ainsi.
Monsieur le Président Obama,  Est-ce trop vous demander que de vous prier d'écouter au moins la voix des élus Américains qui hier 24/6/2011 avec les voix de 70 de vos propres élus Démocrates, vous ont demandé d'arrêter  votre guerre en Libye ? Est-ce trop vous demander que de vous prier de vous occuper des Américains qui vous ont voté pour leur trouver du boulot et de nous laisser en paix en Afrique choisir nous-mêmes notre destin, même en nous trompant et d'apprendre de nos erreurs ? Est-ce trop vous demander que de vous prier de libérer le président Laurent Gbagbo de Côte d'Ivoire qui n'a commis qu'une seule faute, son manque de docilité au système qui nous opprime depuis 500 ans ?
Monsieur le Président, le monde a changé. On est passé au tout numérique mais vous semblez regarder l'Afrique encore sur une pellicule en Noir et Blanc. En dépit de tous les freins que votre système de règles du jeu truquées, lui a imposés, L'Afrique, a un taux de croissance moyen de 6% par an. Nous ne sommes qu'au début de notre propre révolution industrielle et les matières premières qui vous attirent tant sont destinées à satisfaire nos propres besoins de consommation, car contrairement à nos parents et nous-mêmes, nos enfants ne veulent plus vivre de privation et qu'ils soient à Niamey ou a Pretoria, ils veulent aussi vivre dans le même confort qu'à Los-Angeles ou à Paris, ils veulent aussi s'éclater et pour satisfaire toute cette consommation qui est en train d'exploser en devenant exponentielle, nous avons besoin de nos propres matières premières.
Nous nous posons déjà le problème de comment faire pour repérer les ressources, les matières premières  pour satisfaire les besoins toujours raffinés de cette nouvelle population africaine. Je vous conseille donc, de changer de politique afin d'amener vos concitoyens à réduire leurs consommations et les adapter à la disponibilité des ressources en votre possession et pour lesquelles vous n'aurez plus besoin de vivre dans une guerre permanente avec l'humanité.
Il me plait de conclure avec ces mots que je fais miens : « La pauvreté n'est pas une honte, mais c'est l'exploitation des peuples qui l'est. Nous reprendrons tous nos droits, car toutes ces ressources sont les nôtres » Président Egyptien Nasser dans son discours radiodiffusé à Alexandrie le 26 juillet 1956, marquant la nationalisation du canal de Suez et le début de la guerre d'agression de la France et du Royaume Uni pour annuler sa décision.
Dans l’espoir de lire votre réponse bientôt, je vous adresse Monsieur le Président des Etats-Unis d'Amérique, l’expression de ma très haute considération et je profite de cette occasion pour vous souhaiter une bonne chance pour votre prochaine re-élection en 2012.
Jean-Paul Pougala
Genève le 25 Juin 2011

pougala@gmail.com ( www.pougala.org )
Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse. 

mardi 28 juin 2011

Einstein à Gaza, plus un bilan.

« La machine a gagné l’homme, l’homme s’est fait machine, fonctionne et ne vit plus »(Ghandi)

Il est inutile de présenter Albert Einstein, physicien hors pair qui s’est également exprimé sur beaucoup de questions. Plus d’un demi-siècle après sa mort, ses positions restent pertinentes. Les dirigeants Occidentaux d’abord, les frères d’Einstein ensuite, et le reste du monde, considéré comme tel, connaissent certainement la profondeur de ses idées. Qu’aurait dit le père de la relativité s’il voyait une armée israélienne sophistiquée, bombarder des enfants ? Des enfants tels des lucioles, sous le ciel de Ghaza, là où des Drones bourdonnent.
Einstein qui pense que « l’argent pollue toute chose et dégrade inexorablement la personne humaine » déclare aussi ne pas pouvoir comparer la générosité d’un Ghandi qui incarne pour lui, le plus grand génie politique de notre civilisation, à la générosité d’une « quelconque fondation Carnegie. » En lui plaquant l’adjectif « quelconque », Einstein affiche son mépris envers la fondation américaine supposée être une ONG pour la paix internationale. Notons que cette structure a été de tout temps dirigée par une succession ininterrompue d’anciens responsables des services secrets américains, depuis sa création en 1909. Sonnant bien avec Carnage, la Carnegie est bien implantée à travers des filiales, dans certaines parties du monde. La Carnegie, l’un des « think tanks » les plus fortunés de la planète, une organisation d’influence et de pression liée à des groupes financiers que nous entretenons, nous les consommateurs, en participant significativement et du même coup, au surarmement d’Israël.
Einstein qui dit : « Mais si dans la vie économique, l’égoïsme, monstre sacré, entraine des conséquences néfastes, dans la vie politique internationale, il cause des ravages plus atroces ».

Einstein qui écrit au président Roosevelt en 1945, pour le prier de renoncer à la folle entreprise de réaliser la première bombe atomique de l’Histoire. Ce même Einstein qui milite pour un désarmement atomique total jusqu’à sa mort en 1955. Suite aux massacres d’avril 1948 de Deir Yassine, perpétrés par l’Irgoun contre plus d’une centaine de Palestiniens, selon les historiens, Einstein cosigne alors une lettre de condamnation. Comment aurait réagi cet humaniste face à ce macabre bilan de 1300 morts Palestiniens dont 410 enfants, en 22 jours et 5300 blessés, alors que du côté israélien, on compte dix militaires et trois civils tués ? Où se situe la terreur ?
En 1952, Einstein oppose un niet catégorique à Ben Gourion qui lui propose la présidence de l’Etat hébreu. Il qualifie aussi de trafic abominable, l’industrie des armements qui représente selon lui « le plus terrible péril pour l’humanité ». Ce pacifiste irréductible qui dit : « je hais violemment l’héroïsme sur ordre, la violence gratuite. La guerre est la chose la plus méprisable. Je préfère me laisser assassiner que de participer à cette ignominie » Invité à s’établir à El Qods, Einstein coche dans son carnet : « le cœur dit oui …..mais la raison dit non ». Lors d’un discours en Palestine, Einstein proclame : « Nous devons résoudre, noblement, publiquement et dignement, le problème de la cohabitation avec le peuple frère des arabes ». Notons également qu’il a toujours nommé Palestine cette terre, centre de gravité des religions monothéistes, aujourd’hui déchirée.

Alors Raser Ghaza et ses écoles ? Gazer Gaza et ses lucioles ! Dites nous donc cousins, pourquoi vous tuez des bambins ? Larguer les bombes, avec une telle haine, une telle violence. Narguer toutes les conventions, toutes les instances. Vous usez d’extrémisme pour nourrir celui des autres. Il semble vous plaire de fabriquer des kamikazes. L’argent, le pouvoir et la guerre, est ce la trinité de ce millénaire ? Pourtant, à l’Etat hébreu, l’Autorité palestinienne a largement tendu la main par une reconnaissance en ne réclamant que les deux dixièmes de la Palestine historique. Où se situe le jusqu’au-boutisme ? Aux dirigeants Occidentaux, nous disons que beaucoup parmi nous sont déboussolés, car en lisant vos penseurs, vos hommes de science et vos humanistes, nous sommes encore plus déboussolés. Enfin, certains ne retiennent pas les leçons, dixit le général Giap. Car l’Histoire ancienne ou récente, nous apprend que des empires bafouant la dignité humaine se sont écroulés en moins de deux, et parfois sans effusion de sang. Mais qui nous dit que les USA vont perdurer en tant que puissance ? Qui pouvait imaginer il y a seulement quelques années qu’un homme de couleur allait s’installer à la Maison Blanche ? Ghaza. La force et le courage c’est de faire la paix, pas la guerre. Gaza embaumée au phosphore. La montre tourne dit un adage arabe ; le temps est réversible signale Einstein. L’espoir est de voir la montre tourner vers une paix juste. Salut, Shalom, Paix.
Rachid Brahmi.
Universitaire (Oran-Algérie)

Le prétexte des droits de l’homme

Les droits de l’homme sont devenus une idéologie de substitution qui permet de fermer les yeux sur les dysfonctionnements de notre société. La défense des droits de l’homme, c’est l’argument suprême pour obtenir l’assentiment du public, et pouvoir intervenir contre un autre pays de manière plus ou moins violente. Il sert à justifier notre droit d’ingérence au nom de prétendues valeurs dont nous serions dépositaires. La bonne conscience de l’occident est à géométrie variable.
Que se soit au Moyen Orient, en Afghanistan, en ex-Yougoslavie, à Haïti, ou au Tibet, les droits de l’homme ne servent souvent qu’à cacher des intérêts économiques ou stratégiques. Déjà les conquistadors et les colons américains ont massacré des millions de « sauvages » pour leur apporter la civilisation. On ne peut pas apporter la démocratie en ensevelissant des pays sous des tapis de bombes !
Les militants occidentaux des droits de l’homme sur la Chine, l’Iran, ou Cuba, devraient s’interroger sur les rapports de ces pays avec les puissances occidentales, et se demander pourquoi la mobilisation et les médias ne sont pas aussi virulents sur la Colombie, le Mexique, le Koweït, le Nigeria, …. Les droits de l’homme ne sont montrés du doigt que dans les pays qui n’adoptent pas l’idéologie libérale, qui ne veulent pas du contrôle des multinationales sur leurs ressources ou qui occupent une position stratégique. Et sans faire d’angélisme, s’il existe effectivement des problèmes dans ces pays, les droits de l’homme ne sont qu’un prétexte, car nous soutenons des régimes bien pires mais qui ne remettent pas en cause nos intérêts !
User des droits de l’homme pour se dédouaner de ce qui se passe dans nos sociétés est une manière de vouloir échapper à la réalité. Combien de détenus innocents attendent dans les couloirs de la mort aux États Unis ? Qui sont les prisonniers de Guantanamo ? Combien de palestiniens grouillent dans les cachots israéliens ? Et en France, combien de manifestants arrêtés, frappés, mis en garde à vue ? Combien de personnes perdent leur emploi pour avoir revendiqué ? Oh certes, ce n’est pas encore aussi violent qu’au Honduras, en Birmanie ou en Tunisie… mais ça se passe chez nous ! Et MAM avait même proposé l’assistance de la police pour aider le régime « démocratique » de Ben Ali !

Les défenseurs des droits de l’homme devraient manifester contre "L'axe du mal l’OMC,le FMI,la BANQUE MONDIALE" qui par des « réformes structurelles » ont anéanti l’autosuffisance alimentaire de nombreux pays du sud en les livrant à des multinationales qui se sont appropriées les semences et ont détruit les services public au profit d’entreprises occidentales. Les défenseurs des droits de l’homme devraient demander l’annulation de la dette des pays, dettes qui ont déjà été remboursées plusieurs fois et soutenir l’accès aux médicaments génériques face à des firmes pharmaceutiques multimilliardaires qui bénéficient de la recherche publique et de nombreuses subventions versées gracieusement sans aucune contrepartie.
Aucune TV, aucun journal ne cautionnera une telle initiative, car s’il est de bon ton de critiquer un pays ou l’information est contrôlée par l’état, on oublie que chez nous l’information est contrôlée par des multinationales qui se servent du prétexte des droits de l’homme pour des intérêts partisans. En règle générale, les théories libérales du système capitaliste ne sont pas compatibles avec les droits de l’homme. La mondialisation « heureuse » a produit à travers la planète plus de pauvreté que l’on n’en a jamais connue. On ne peut défendre les droits de l’homme sans s’interroger sur les conséquences économiques du système capitalisme.

Article original publié sur http://2ccr.unblog.fr/
ROBERT GIL

Révolution et contre-révolution dans le monde arabe

L’étincelle allumée par Mohamed Bouazizi en Tunisie au mois de décembre 2010 a enflammé les masses arabes opprimées du Maroc à Bahreïn, de l’Egypte au Yémen en passant par l’Irak, la Syrie et la Jordanie. Aucun pays n’a véritablement échappé à cette vague de révoltes qui a déferlé sur le monde arabe. Une profonde aspiration à la démocratie et à la dignité s’est emparée des peuples de cette région du monde. Deux dictateurs sont déjà tombés. Le troisième, Ali Abdallah Saleh restera probablement en Arabie Saoudite en compagnie de Ben Ali. En tout cas le peuple du Yémen considère que son départ est sans retour. Mais les révolutions et les contre-révolutions vont de pair. La révolution arabe n’a pas échappé à cette dialectique de la lutte des classes.

Les classes dirigeantes arabes, avec l’aide de l’impérialisme américain, font tout pour se maintenir au pouvoir, et celles qui l’ont déjà perdu, n’aspirent qu’à le reprendre. Surpris par la rapidité avec laquelle les régimes tunisien et égyptien sont tombés, l’impérialisme américain et son caniche européen tentent de sauver les autres despotes de la colère de leurs peuples. Ainsi ils ont envoyé le 14 mars 2011 l’armée saoudienne à Bahreïn, dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe(CCG), pour briser la révolte du peuple de ce petit royaume et sauver la dynastie des Al Khalifa dont les jours étaient comptés. La place de la Perle, haut lieu de la résistance populaire a été évacuée dans le sang le 16 mars et son monument a été détruit comme l’ont été également plusieurs mosquées. « Tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn » (1). La répression sauvage contre un mouvement pacifique reste la seule arme dont dispose la classe dirigeante et ses alliés extérieurs pour se maintenir au pouvoir. Le 22 juin 2011, un tribunal spécial a condamné à perpétuité huit personnalités, figures emblématiques de la contestation du Royaume. La famille Al-Khalifa poursuit également devant ses tribunaux 48 chirurgiens, médecins, infirmières les accusant de vouloir renverser la monarchie, alors qu’ils ne faisaient que soigner les manifestants pacifiques blessés par les balles de la police du régime. Le silence complice des bourgeoisies américaine et européenne sur les condamnations à mort, les tortures, les assassinats et la répression féroce des manifestations pacifiques, la poursuite devant les tribunaux des médecins etc. montre à quel point l’impérialisme est l’ennemi des peuples, de la démocratie et du progrès.
Au Yémen, malgré un puissant mouvement populaire de protestation, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978 n’a pu se maintenir à la tête de l’État que grâce, entre autres, au soutien de Washington. Le dictateur du Yémen est considéré par les américains comme un allié dans ce qu’ils appellent « la lutte contre le terrorisme ». Si le peuple du Yémen a enregistré sa première victoire avec le départ de Saleh en Arabie Saoudite pour se faire soigner, le régime et ses institutions sont toujours en place. La contre-révolution menée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite vont utiliser la situation chaotique que connaît le Yémen, les divisions qui déchirent les différents acteurs et opposants d’Ali Saleh, la révolte des Houthis au Nord, les sécessionnistes au Sud etc. pour détourner les objectifs de la révolution au profit d’un nouveau régime qui servira leurs intérêts. Selon le New York Times du 8 juin 2011, Washington intensifie ses frappes aériennes au Yémen (2).
Encore une fois, la lutte contre Al Qaida sert de prétexte pour s’immiscer dans les affaires intérieures des pays souverains. En fait ce qui intéresse surtout les États-Unis, c’est la situation géostratégique du Yémen. Ce n’est pas la lutte contre le terrorisme qui pousse la bourgeoisie américaine à s’installer dans cette région, mais c’est bel et bien le détroit de Ba-b al-Mandab et le Golfe d’Aden, deux voies maritimes par lesquelles transite une partie importante du commerce mondial dont une bonne part de pétrole à destination de la Chine et de l’Europe.
La France, qui a toujours soutenu Ali Abdallah Saleh, n’a pas de présence véritable dans cette région. En échange de quelques contrats liés à la vente du matériel de défense et de sécurité notamment, elle a décoré de la légion d’honneur en 2010 Amar Saleh, neveu du président et directeur-adjoint de la sécurité nationale, qui s’est illustré par sa cruauté dans la répression des manifestants.
De ce chaos yéménite, émerge le mouvement des jeunes révolutionnaires dont le but est de construire un Yémen uni, démocratique et moderne (3). Leur ennemi est le régime d’Ali Saleh qu’ils veulent renverser pacifiquement. La contre-révolution intérieure et extérieure mobilisera tous les moyens dont elle dispose pour contrecarrer et anéantir ce projet révolutionnaire. Seul le temps nous dira si la révolution triomphera de l’ensemble de ses ennemis et mettra le Yémen sur la voie de la démocratie et des réformes sociales progressistes.
La situation en Libye est différente de celle de Bahreïn et du Yémen. La fuite de Ben Ali vers l’Arabie Saoudite le 14 janvier 2011 a soulevé un immense espoir de changement dans tout le monde arabe. S’adressant au peuple tunisien non pas pour le féliciter, mais pour regretter le départ de son ami dictateur, Kadhafi déclarait avec beaucoup de mépris et d’arrogance : « Vous avez subi une grande perte (...) Il n’y a pas mieux que Zine(El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie,(...) Je n’espère pas seulement qu’il reste jusqu’à 2014, mais à vie » (4). Ainsi parlait Kadhafi de la révolution tunisienne. Pour lui comme pour tous les dictateurs, le pouvoir n’est pas un moyen mais une fin en soi ; le pouvoir pour le pouvoir. Après 42 ans de règne sans partage, la Libye de Kadhafi est encore une société archaïque et tribale alors que le pays regorge de pétrole et de gaz naturel. Kadhafi comme l’écrivait à juste titre Samir Amin « n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux « Livre vert » » (5). Tantôt socialiste, tantôt nationaliste, Kadhafi n’a réellement jamais été ni l’un ni l’autre. Bien avant les révoltes des peuples arabes, il avait engagé la Libye sur la voie du libéralisme en ouvrant l’exploitation de sa richesse pétrolière et gazière aux compagnies américaines et européennes. Commence alors une période marquée par les privatisations, les réductions des dépenses publiques et l’explosion du chômage. Ces difficultés économiques et sociales, conséquences des politiques libérales, combinées aux soulèvements populaires qui ont chassé Ben Ali et Moubarak dans la Tunisie et l’Égypte voisines ont probablement entraîné l’explosion de février 2011. Ces événements traduisent en même temps la volonté du peuple libyen, comme les autres peuples de la région, d’un changement profond. Mais la Libye n’est ni la Tunisie ni l’Égypte. Dès le départ, cette aspiration au changement du peuple libyen a été confisquée par des groupes armés qui veulent prendre la place de Kadhafi. Le contraste est saisissant entre les masses tunisiennes et égyptiennes qui ont renversé les deux dictateurs pacifiquement, et le Conseil National de Transition libyen (CNT) livrant une véritable guerre au régime de Khadafi pour s’emparer du pouvoir. Le monde entier a vu ces images d’hommes et de femmes scander à l’unisson « Ben Ali dégage » sur l’avenue Bourguiba, ou sur la désormais célèbre place Tahrir des centaines de milliers d’égyptiens exiger pacifiquement le départ de Moubarak. De la Libye, nous avons surtout vu, avant l’intervention de l’OTAN, des hommes en treillis surarmés, des pick-up équipés d’armes antiaériennes, des ruines, des cadavres, bref des images d’une véritable guerre civile entre l’armée d’un despote et un gouvernement provisoire autoproclamé qui parle au nom des libyens et téléguidé par l’impérialisme américain et européen. Car le CNT n’a pas tardé à faire appel à l’OTAN pour renverser le régime de Kadhafi. Et c’est le Conseil de Coopération du Golfe qui a demandé une réunion extraordinaire de la Ligue arabe et a invité « le Conseil de sécurité de l’ONU à protéger les civils libyens, notamment à l’aide d’une zone d’exclusion aérienne ». Ce sont ceux-là mêmes qui massacrent des manifestants pacifiques à Bahreïn et qui exigent la protection des civils en Libye !! Le CCG, instrument de l’impérialisme américain, joue de plus en plus le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe.
Depuis son intervention en Libye, combien de victimes civiles innocentes sont tombées sous les bombes de l’OTAN ? Dans la nuit du samedi 18 juin, l’OTAN a mené un raid aérien sur un quartier populaire de Tripoli faisant plusieurs morts dont deux enfants. Les corps ont été retirés des décombres devant la presse mondiale. Il ne s’agit là que d’un crime en plus parmi les innombrables massacres de la bourgeoisie occidentale commis à travers le monde, loin des États-Unis et de l’Europe. En guise de protéger les civils, on les massacre !!
La volonté de l’impérialisme de pomper, à l’instar d’un vampire, le pétrole libyen est sans limite. Il est prêt à sacrifier autant de vies humaines que nécessaire pour assouvir sa soif de l’or noir dont il a besoin pour faire tourner sa machine économique, base matérielle de sa domination (6).
En Syrie, le parti Baath est confronté à son tour à cette formidable volonté de changement qui secoue le monde arabe. Le peuple syrien, à l’instar des autres peuples arabes, aspire profondément lui aussi au changement, à la liberté et à la démocratie. Même Bachar Al Assad a reconnu dans son discours du 20 juin 2011 la nécessité des réformes : « l e processus de réformes est une conviction totale dans l’intérêt de la patrie et aucune personne raisonnable ne peut aller à l’encontre de la volonté du peuple » disait-il. Mais le parti Baath au pouvoir depuis 1963 peut-il répondre à cette aspiration vu sa base sociale petite bourgeoise et sa nature policière dont les deux piliers restent l’armée et les services secrets, les fameuses et redoutables « Moukhabarat » ? C’est ce qui explique, entre autres, le nombre important de victimes.
Le Baath syrien s’est éloigné lui-même de sa propre idéologie nationaliste panarabe (une espèce de foi mystique dans la nation arabe) et laïque. La renaissance arabe(baath signifie en arabe renaissance, résurrection) a été abandonnée. Le parti Baath qui était au pouvoir en Syrie et en Irak n’a jamais réussi à unir ces deux pays. La laïcité est restée un concept creux, vide de tout sens et le parti est devenu un instrument entre les mains de militaires assoiffés de pouvoir. Hafez Al Assad est le principal bénéficiaire de cette dégénérescence du parti. La Syrie est devenue la propriété privée du clan Al Assad. La priorité des priorités est de garder le pouvoir non pas pour transformer la société et sortir la Syrie du sous développement en menant des réformes sociales progressistes, mais pour le pouvoir lui-même. La rhétorique anti-sioniste du régime contraste cruellement avec sa passivité face à l’occupation du plateau du Golan par Israël. Le statu quo reste le meilleur garant de l’hégémonie de l’État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.
Pour Israël, qui semble regretter quelque peu cette remarquable stabilité, l’affaiblissement du régime syrien risquerait de précipiter celui-ci dans les bras de l’Iran, son principal ennemi dans la région. Mais l’opposition actuelle représente-t-elle vraiment le peuple syrien ?
Quel est son programme ?
Quelle est l’influence des Frères musulmans, des hommes d’affaires et de la réaction en général au sein de cette opposition ? Quel est le rôle de la Turquie dans ce mouvement de protestation ? Pour l’instant l’opposition se contente de slogans et de vouloir renverser le régime. La conférence d’Antalya, financée par la riche famille Wassim Sanqar, qui a réuni du 31 mai au 3 juin 2011 quelques centaines d’opposants n’a pas vraiment apporté de réponses à ces interrogations. Toutefois la déclaration finale des participants affirme « le rejet sans équivoque d’une intervention militaire étrangère » (7).
La manipulation de l’opposition par l’impérialisme pour casser l’axe Syrie/ Iran / Hezbollah / Hamas n’est pas à exclure non plus.
Au Maroc, le Mouvement du 20 février exige une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. C’est une véritable révolution pour un pays habitué à être gouverné par des rois depuis des siècles.
A la suite des manifestations pacifiques, Mohamed VI est intervenu à la télévision le 9 mars pour annoncer un ensemble de réformes constitutionnelles importantes comme le « renforcement du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif », la « consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs », ou encore « l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives » etc. Il a désigné une commission ad hoc pour la révision de la constitution. Le 17 juin le roi du Maroc a présenté le projet de la nouvelle constitution qui sera soumis au référendum le premier juillet 2011. La plupart des partis politiques plus ou moins liés au pouvoir, la Confédération générale des entreprises du Maroc(patronat) ont applaudi chaleureusement ce projet comme d’ailleurs l’Union européenne, l’Administration Obama, l’ONU, le FMI etc.
Par contre, le Mouvement du 20 février estime que ni le discours, ni le projet de la nouvelle constitution ne répondent aux aspirations profondes du peuple marocain à un véritable changement. Pour le Mouvement, la constitution doit être votée par une assemblée constituante elle-même élue démocratiquement. Le Mouvement du 20 février appelle le peuple marocain à poursuivre le combat « historique et pacifique contre l’oppression, la corruption et pour la liberté, la dignité et la justice sociale » par des marches pacifiques dans tout le pays et à boycotter le référendum. Il faut préciser par ailleurs que si la direction de l’Union Socialistes des Forces Populaires (USFP) a appelé à voter pour le projet, sa base notamment sa jeunesse appelle, elle, à voter contre.
De son côté, le pouvoir mobilise tous les moyens dont il dispose y compris le recours au lumpenproletariat pour casser la dynamique créée par le Mouvement et faire voter le projet de la nouvelle constitution.
La résistance au changement est menée sur le plan intérieur, pour simplifier au maximum, par la bourgeoisie marocaine tant industrielle que financière très liée au Makhzen (appareil du pouvoir au Maroc), les grands propriétaires terriens, les partis politiques qui depuis de longues décennies ont accepté les règles du jeu politique tracées par le pouvoir. Sur le plan extérieur, nous retrouvons, comme dans tous les pays arabes, l’impérialisme américain et européen qui sont farouchement contre tout changement aussi minime soit-il. Car le processus de changement en cours est fondamentalement en contradiction avec l’immobilisme et le statu quo garants de leurs intérêts. Face à ce bloc réactionnaire se dresse l’ensemble des couches populaires et même la classe moyenne laminée par la mondialisation capitaliste. Les jeunes issus de ces deux classes dont une bonne partie d’entre eux souffrent du chômage ou survivent avec des petits boulots, sont à la pointe de la contestation. Leur maîtrise de la technologie de l’information et de la communication les a aidés à dépasser l’idéologie dominante véhiculée notamment par les grands médias au service du pouvoir.
En Égypte, la contre-révolution est menée par la bourgeoisie (avec toutes ses fractions civiles, militaires, religieuses etc.) et les grands propriétaires terriens. Ces deux composantes de la réaction sont intimement liées à l’impérialisme américain et ses institutions internationales comme le FMI, La Banque mondiale etc. La contre-révolution ne cherche pas à « ressusciter » l’ancien régime qui a fait son temps, mais à limiter l’ampleur des changements démocratiques et surtout détourner les objectifs de la révolution pour sauvegarder ses propres intérêts. Ce bloc réactionnaire utilise non seulement l’État et son appareil, mais également les organisations politiques notamment la confrérie des Frères musulmans pour atteindre ses objectifs. Rappelons que ce courant politique conservateur était le dernier à rejoindre le soulèvement populaire et le premier à le quitter pour aller « dialoguer » avec le vice-président Omar Souleiman qui, dans une ultime tentative de sauver le régime de Moubarak, avait appelé au dialogue national. La révolution égyptienne du 25 janvier est démocratique et non religieuse.
Les États-Unis peuvent jouer la carte des Frères musulmans pour éviter une Égypte démocratique qui remettrait en cause les intérêts de l’impérialisme et d’Israël dans la région.
L’Administration Obama ne se contente pas seulement de déverser directement des milliards de dollars sur le nouveau pouvoir égyptien pour le maintenir dans sa dépendance, mais elle utilise également le FMI, ennemi de tous les peuples, pour ancrer l’économie égyptienne dans le libéralisme à travers ses programmes d’ajustement structurel (PAS) condition essentielle de sa dépendance vis à vis de la mondialisation capitaliste. C’est ce qui explique cette précipitation du FMI à accorder 3 milliards de dollars début juin 2011 au gouvernement égyptien. Les monarchies du Golfe, qui jouent le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe, ne sont pas en reste. L’Arabie Saoudite et le Qatar veulent également « aider » au redressement de l’économie égyptienne en investissant 14 milliards de dollars notamment dans le secteur de la presse pour mieux contrôler les médias égyptiens et propager leur idéologie réactionnaire. Au sommet du G8 à Deauville, les dirigeants ont évoqué un « partenariat durable » avec les nouveaux régimes tunisien et égyptien.
Conscient des dangers qui guettent la révolution, le peuple d’Égypte descend régulièrement dans la rue pour rappeler au Conseil suprême des forces armées(CSFA), qui dirige la transition, et à la contre-révolution, son attachement aux objectifs de la révolution et qu’il est prêt à se mobiliser massivement à nouveau pour les réaliser.
Ainsi une immense manifestation a réuni plusieurs millions d’égyptiens dans tout le pays le vendredi 27 mai. Le 8 juillet 2011, les jeunes révolutionnaires appellent les citoyens à manifester massivement « pour protéger la révolution ». Le combat du peuple égyptien pour la démocratie et la justice sociale est un combat permanent.
En Tunisie, d’où est partie l’étincelle qui a embrasé tout le monde arabe (8), la contre-révolution est partout. Car si la tête du régime est tombée, son corps est toujours là. Les figures familières de l’ancien régime sont omniprésentes, à commencer par Fouad Mebazaâ l’actuel président par intérim de la Tunisie. Les difficultés économiques constituent un obstacle de taille que la contre-révolution n’hésitera pas à exploiter, d’une manière ou d’une autre, pour briser la jeune révolution tunisienne. C’est aussi un prétexte supplémentaire pour les États-Unis et la France en collaboration avec la bourgeoisie locale d’ enfermer la Tunisie dans des stratégies économiques ultra-libérales à travers notamment les prêts du FMI et de la Banque mondiale.
Mais le véritable danger qui guette la révolution tunisienne, et toutes les révolutions en général, est la déception des classes populaires qui voulaient révolutionner leur condition d’existence, et qui constatent que celles-ci n’ont pratiquement pas changé. Elles avaient mis tout leur espoir dans la révolution. Les chômeurs, qui se comptent par centaines de milliers, sont déçus. Beaucoup d’entre eux, tentés par une vie meilleure en Europe (qui les expulse sans scrupules), quittent la Tunisie. Les mesures prises par le gouvernement (allocations versées aux familles pauvres, titularisation d’une partie des précaires dans la fonction publique, subventions des produits de première nécessité, politique de réinsertion des jeunes diplômés à travers le programme Amal etc.) sont peu visibles, car sans effet réel sur les plus démunis. Trotsky avait raison lorsqu’il a écrit en 1926 que « La désillusion d’une partie considérable des masses opprimées dans les acquis immédiats de la révolution et le déclin de l’énergie et de l’activité révolutionnaire de classe engendre un regain de confiance parmi les classes contre-révolutionnaires » (9).
La révolution et la contre-révolution dans le monde arabe sont le produit de la lutte des classes. Ce sont les conditions matérielles d’existence inhumaines de larges fractions des couches populaires qui ont produit ces soulèvements. Le refus de la démocratie et la résistance à tout changement des bourgeoisies locales et de l’impérialisme, responsables de décennies entières d’exploitation et d’humiliation, montrent que la révolution est un combat de longue haleine. Mais la contre-révolution a également ses propres limites. Les États-Unis sont empêtrés dans une crise économique et financière dont ils n’arrivent pas à s’en sortir. La chambre des représentants a adopté le 13 juin 2011 un amendement interdisant d’utiliser les fonds pour financer l’intervention en Libye. Les États-Unis n’ont plus les moyens, comme il y a encore quelques années, de leurs ambitions. L’échec cuisant de leurs interventions en Irak et en Afghanistan sont des exemples de l’affaiblissement de l’impérialisme américain. L’Arabie Saoudite elle-même doit affronter le rejet du statu quo et la profonde aspiration au changement du peuple saoudien. Sur les réseaux sociaux, les jeunes s’expriment aussi et préparent l’avenir qui passera nécessairement par la contestation de la monarchie. La convergence des luttes des peuples du sud et du nord de la méditerranée peut ouvrir des perspectives plus lumineuses.
Et comme l’écrivait le romancier et journaliste yéménite Ahmad Zein dans sa lettre à Mohamed Bouazizi :
« Plus rien n’est impossible depuis que tu as ouvert la route avec ton corps qui continue de brûler comme une torche de lumière dans l’esprit des peuples ».
Mohamed Belaali
balaali.over-blog.com

lundi 27 juin 2011

L’Afghanistan : une toute autre histoire…

Barack Obama a été cité comme étant un ardent défenseur de l’escalade de la militarisation en Afghanistan. Il serait important de se pencher sur l’histoire récente de ce pays afin de comprendre le lien qui existe entre cette histoire et le rôle joué en coulisse par les USA.
Moins d’un mois après les attaques du 11 sept 2001, les dirigeants du gouvernement Bush ont entrepris une série de bombardements aériens contre l’Afghanistan, ce pays qui abritait Osama Ben Laden et son organisation terroriste Al Qaeda. Plus de vingt ans plus tôt, en 1980, les USA interviennent afin de stopper l’envahisseur russe, qui attaque l’Afghanistan, avec l’accord des plus virulents critiques en matière de politique étrangère américaine. Mais l’histoire n’est pas si simple.


L’histoire réelle

Depuis très longtemps le système d’acquisition des terres en Afghanistan est resté le même. Plus de 75% des terres appartenaient à de riches seigneurs – parmi lesquels on pouvait compter à peine 3% de propriétaires ruraux. Durant les années soixante une coalition révolutionnaire forme le parti démocratique du peuple (PDP). En 1973, le roi fut renversé. Le gouvernement qui le renversa s’est avéré être autocratique, corrompu et impopulaire. Il dut abandonner le pouvoir grâce aux actions du peuple, fortement assisté par l’armée.

Les militaires qui prirent le pouvoir invitèrent le PDP à former un nouveau gouvernement sous l’égide de Mohammed Taraki, un poète et écrivain. Il créera une coalition démocratique menée par un marxiste. Washington ne s’en inquiétera ni n’accusera l’URSS pour ce fait.


Le gouvernement Taraki légalisera les syndicats, facilitera l’accès aux services de santé ainsi qu’à la propriété. Il amorcera une campagne d’émancipation de la femme en offrant l’éducation publique autant à celle-ci qu’aux enfants de différentes tribus.

Un rapport du San Francisco Chronicles (du 17 novembre 2001) mentionnait que le régime Taraki avait créé à Kaboul une cité cosmopolite où 50% des universitaires étaient des femmes. Ces femmes se déplaçaient et conduisaient des voitures. Les artistes foisonnaient. Les gens étaient en paix.

Le gouvernement Taraki entreprit l’éradication de la culture de l’opium. Il abolira les dettes contractées par les agriculteurs et entreprit une réforme des terres. Les gens voyaient le futur de façon positive et avec espoir. Mais plusieurs opposants se manifestèrent. Ces « seigneurs des terres » s’opposèrent à cette réforme agricole et les fondamentalistes religieux refusèrent d’appuyer ce mouvement d’égalité des sexes ainsi que l’éducation des femmes et des enfants.

Sa politique égalitaire d’économie collective déplut à la sécurité nationale des USA et valut au gouvernement Taraki une intervention à grande échelle contre son pays, montée de toutes pièces par la CIA, des militaires pakistanais et Saoudiens ainsi que par les seigneurs du pays (mullah, trafiquants d’opium…) dépossédés de leurs anciens pouvoirs.

Hafizulla Amin, soupçonné avoir été embrigadé par le CIA lors de ses études en terre américaine, était à ce moment-là un haut-placé du gouvernement Taraki. En septembre 1979, il se saisit du pouvoir grâce à un coup d’état armé. Il fit exécuter Taraki, élimina l’opposition et annula toutes réformes et instaura un état religieux fondamentaliste islamique. Il fut renversé deux mois plus tard par le PDP secondé d’éléments sympathisants de l’armée. De la bouche même de Zbigniew Brezinski l’administration Carter soudoyait, à l’aide d’énormes sommes d’argent, le gouvernement en place en finançant les extrémistes musulmans. S’ensuivit de brutales attaques contre les écoles et les enseignants en milieu rural par des Moudjahidines corrompus.

Ceci se déroula avant l’intervention russe en Afghanistan. En 1979, le gouvernement du PDP, en état de siège, demande à Moscou l’envoi de troupes militaires afin de contenir le Moudjahidine (des guerriers islamistes) ainsi que les mercenaires privés venant de l’étranger (engagés et financés par la CIA). L’URSS, étant déjà engagée en Afghanistan à plusieurs niveaux comme l’industrie minière, l’éducation, l’agriculture et la santé, l’envoi de troupes leur semble alors naturel mais représentait évidemment des dangers plus importants. Il fallut plusieurs interventions de Kaboul avant que Moscou n’acquiesce à la demande.



Jihad et Talibans à la sauce CIA

L’intervention de l’URSS s’avérera être une opportunité en or pour les USA de transformer la résistance des seigneurs terriens en mouvement de résistance une guerre sainte afin d’expier les communistes athéistes en les expulsant hors du pays. Sur une période de plusieurs années les USA et l’Arabie Saoudite ont consacré 40$ milliards durant la guerre d’Afghanistan. La CIA et ses alliés ont recruté, équipé et entraîné près de 100 000 Moudjahidines provenant de 40 pays musulmans différents incluant le Pakistan, l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Algérie et l’Afghanistan. Parmi tous ceux qui ont répondu à l’appel il faut compter le millionnaire de droite Osama Ben Laden et sa bande.


Après l’échec d’une longue et pénible guerre, les Soviétiques évacuent le pays en 1999. On admet de façon générale que le gouvernement du PDP s’est effondré peu après le départ des Russes. Cependant, ce mouvement connaissait un niveau de popularité important et put alimenter une résistance durant au moins trois années – prolongeant ainsi la vie de l’Union Soviétique d’au moins une année.

Après avoir pris possession du pays, les Moudjahidines entrent en guerre entre eux. Ils ravagèrent les villes, terrorisèrent les citoyens, organisèrent des exécutions publiques massives, fermèrent les écoles, commirent des viols et réduirent Kaboul en ruine. En 2001, Amnistie Internationale rapportait que les Moudjahidines utilisaient le viol « afin de contrôler, intimider une population vaincue ainsi que pour récompenser les soldats. » Cette tribu de Moudjahidines criminalisés dut se trouver un moyen de se financer : ils forcèrent les paysans à planter à nouveau des plants d’opium. L’ISI du Pakistan – un petit frère de la CIA - mit en place des centaines de laboratoires de transformation d’héroïne partout dans le monde.

Créée et largement financée par la CIA la force armée milicienne des Moudjahidines avait maintenant une existence bien établie. Parmi ces Moudjahidines, plusieurs retournèrent dans leur pays (Algérie, Tchétchénie, Kosovo, Kashmire) commettant des attaques terroristes au nom d’Allah contre les diverses corruptions profanatiques.

En Afghanistan, dès 1995, une branche extrémiste des Sunis islamiques, les « Talibans » - fortement financés et conseillés par le ISI et la CIA, supportés par le parti politique islamique du Pakistan- ces Talibans se sont frayés un chemin jusqu’au pouvoir, s’emparant de presque tout le pays en s’adjoignant les tribus rebelles grâce aux menaces et à la corruption.

Les Talibans promettaient de mettre fin à la criminalité et à la rivalité qui était la caractéristique des actions menées par les Moudjahidines. Des meurtriers suspectés ainsi que des espions furent exécutés en public dans des stades à chaque mois. Les voleurs se voyaient amputés d’une main. Les Talibans condamnaient toutes formes « d’immoralité » ce qui incluait le sexe avant le mariage, l’adultère et l’homosexualité. Toutes musiques étaient hors la loi, le théâtre, les librairies, la littérature, l’éducation et la recherche scientifique.

Les Talibans ont instauré un règne de terreur religieuse en imposant une interprétation encore plus stricte que celle du clergé de Kaboul. Les hommes devaient porter la barbe et les femmes la burga ce qui les couvre de la tête aux pieds. Les gens qui ne se pliaient pas assez vite à ces règles étaient ramenés à l’ordre par le ministère de la Vertu. Une femme qui fuyait un mari violent ou qui se plaignait d’être battue était elle-même fouettée par les autorités théocratiques. Les femmes étaient tenues à l’écart de la vie publique, n’avaient pas accès à la majorité des soins de santé, ni à la scolarité, ni au travail en dehors du domicile. Les femmes jugées immorales étaient lapidées à mort ou brûlées vives.

Rien de tout cela n’inquiétait Washington qui s’entendait (on le savait) à merveille avec les Talibans. Pas plus tard qu’en 1999, les USA avaient sur leur liste de paie tous les dirigeants Talibans jusqu’au jour où le président W. Bush eut à se rallier l’opinion publique en octobre 2001 afin de bombarder l’Afghanistan. Et c’est à partir de ce moment, pas avant ni après, qu’il se mit à dénoncer l’oppression des femmes en Afghanistan. Mme Bush, Laura Bush, se présenta du jour au lendemain comme une ardente féministe en dénonçant devant le public les abus commis envers les femmes afghanes.

Si on devait attribuer un point positif au sujet des Talibans il faudrait mentionner qu’ils ont fait stopper les vols, viols et massacres organisés par les Moudjahidines. En 2000, les autorités talibanes ont mis un frein à la culture de l’opium dans les régions sous leur gouverne. Un effort qui fut jugé positivement par l’ONU. En sortant les Talibans du pays et en instaurant un gouvernement Moudjahidine – choisi évidemment par les pays de l’ouest – à Kaboul en décembre 2001 la production d’opium s’est accru de façon drastique. Les années de guerre qui ont suivi tuèrent des dizaines de milliers d’Afghans. Il faut aussi compter les pertes civiles attribuées aux troupes américaines et ceux qui sont morts de la faim, du froid et du manque d’eau potable.


La « guerre sainte » pour le pétrole et le gaz

 
Alors qu’ils affirmaient lutter contre le terrorisme, les leaders américains ont trouvé d’autres raisons, fort alléchantes, afin de pouvoir plonger encore plus profondément en Afghanistan : cette région est riche en pétrole et en gaz. Une dizaine d’année avant le 11 setembre 2001, le 18 mars 1991, le Time magazine rapportait que l’élite américaine voyait d’un bon œil l’idée d’installer de façon permanente une présence militaire en Asie Centrale.

La découverte d’une réserve importante de gaz et de pétrole au Kazakhstan et au Turkménistan servira de leurre alors que la chute de l’URSS permit une meilleure marge de manouvre afin de poursuivre une politique agressive dans cette partie du monde. Des compagnies américaines mirent la main sur 75% de ces réserves mais ils rencontrèrent un problème important : comment transporter ce butin hors de cette région isolée… ?

Les autorités américaines refusèrent d’utiliser le pipeline russe ni la route qui traverse l’Iran jusqu’au Golfe Persique. À la place ils explorèrent une suite de possibilités visant à installer un pipeline. On a pensé à traverser l’Azerbaïdjan, la Turquie jusqu’à la méditerranée ou bien, jusqu’à la Chine vers le Pacifique. Finalement, la route projetée par UNOCAL, une compagnie américaine, traversait l’Afghanistan et le Pakistan jusqu’à l’océan Indien. Les négociations intenses entreprises par cette compagnie auprès du régime Taliban ne porteront pas fruit. Mais en 1998, une compagnie argentine fit une offre compétitive pour la construction du pipeline. La guerre entreprise par W. Bush tomba à point pour la compagnie américaine qui voyait ses chances d’obtenir le contrat subitement, croître.

Il est intéressant de constater que ni l’administration Clinton ni celle de W. Bush n’avaient placé l’Afghanistan sur sa liste de pays « producteur de terroristes » même s’ils savaient Ben Laden protégé par les Talibans d’Afghanistan car il aurait été impossible politiquement pour Washington de négocier avec Kaboul un traité au sujet d’un pipeline.

En somme, les USA avaient, avant le 11 septembre 2001, entrepris de s’en prendre aux Talibans rendant ainsi le gouvernement de Kaboul complaisant à son égard. Ceci permettra une présence armée des USA en Asie Centrale. Les événements du 11 septembre 2001 auront donné des ailes au projet d’invasion militaire en précipitant l’opinion publique américaine directement vers l’acceptation de cette idée.

Il est facile d’être d’accord avec John Ryan lorsqu’il affirme : « Si Washington avait laissé le gouvernement marxiste de Taraki tranquille, il n’y aurait pas eu d’armées de Moudjahidines, ni d’interventions de l’URSS, ni de guerre pour détruire l’Afghanistan ni d’Osama Ben Laden et encore moins de 11 septembre. » Mais cela est trop demander à Washington : laisser en paix un gouvernement progressiste de gauche qui était en train d’organiser une économie autour des besoins collectifs d’une nation, plutôt que de bâtir des richesses privées.

L’intervention des USA en Afghanistan n’a prouvé rien de plus que bien d’autres interventions organisées par les USA : celles du Cambodge, de l’Angola, du Mozambique, de l’Éthiopie, du Nicaragua, du Panama et de bien d’autres pays encore. Le but poursuivi est toujours le même : annihiler l’émancipation d’un pays qui vise l’égalité sociale et mettre en place une idéologie de réforme économique. Et par-dessus tout, ces interventions ont fait naître des éléments négatifs du passé et laissé l’économie et la vie des gens en ruine.

La guerre contre l’Afghanistan, ce pays déjà brûlé par les guerres et à l’économie dévastée continue d’être « commercialisée » par les autorités américaines avec en prime cette lutte contre le terrorisme. Même s’il s’agissait du vrai but visé, il ne faut pas se laisser leurrer et oublier les détails suivants… La destruction d’un gouvernement de gauche, s’accaparer d’un des derniers plus vastes réservoirs de pétrole au monde et, une fois de plus, occuper militairement et activement un pays étranger.

À côté de tout ça le message de « changement » d’Obama semble bien vide de sens…
Michael Parenti
Mondialisation.ca,