Peu de villages palestiniens illustrent la tragédie de 1948 comme Lifta. Les réfugiés originaires de Lifta demandent à la communauté internationale d’empêcher la destruction totale de leur village. Ils demandent qu’on empêche Israël de poursuivre ses annexions et de violer les droits des Palestiniens pour construire des appartements de luxe réservés aux Juifs.
Un peu d’histoire
Peu de villages illustrent la tragédie de la Nakba (la dépossession du peuple palestinien en 1948) comme Lifta. Situé au nord ouest de Jérusalem, le village est divisé par la ligne verte de l’armistice de 1949 de sorte qu’une moitié fait partie de Jérusalem Ouest et l’autre de Jérusalem est. Le village a été habité sans interruption pendant plus de 2000 ans, bien avant l’établissement de l’état d’Israël. Les registres officiels indiquent qu’en 1931, il comportait 410 maisons dont la plupart avaient été construites par les habitants palestiniens de Lifta avec les fameuses pierres blanches de Jérusalem des carrières voisines. Pendant les années 1940 et jusqu’à la fin du Mandat britannique sur la Palestine en 1948, le village s’est étendu notamment vers l’est et le nord jusqu’aux maisons du quartier de Rumayma à l’ouest de Jérusalem. Ses liens économiques avec Jérusalem étaient importants car presque la moitié de la terre du village était consacrée aux céréales, blé, orge, olives et divers fruits. Au fur et à mesure de l’expansion du village, les villageois ont construit de nouveaux magasins, créé un club social et ouvert deux cafés. Mais ils prenaient soins aussi des parties sacrées et séculières plus anciennes du village.
![]()
Pendant la guerre de 1948, un des buts de l’armée juive était de contrôler la sortie ouest de la ville. Pour ce faire, les forces israéliennes et les milices ont lancé plusieurs attaques sur le village, ils ont brûlé la maison du Mukhtar (le chef du village) le 11 janvier 1948 et deux jours plus tard ils ont fait sauter 20 maisons qui étaient proches de l’entrée de la ville (Khalit Tarha). En conséquence, les habitants du village et en particulier les femmes et les enfants ont dû s’enfuir pour leur protection de l’autre côté de la ligne verte dans la partie est du village. Après le massacre perpétré dans le village voisin de Deir Yassin, le reste des habitants de la partie ouest de Lifta ont dû partir eux aussi. Beaucoup de maisons du village ainsi que les deux écoles élémentaires furent démolies et ce sont seulement les sollicitations désespérées des dignitaires locaux qui ont sauvé de la destruction les maisons qui sont encore debout aujourd’hui.
Lifta aujourd’hui
Le gouvernement israélien actuel considère que les maisons de Lifta sont la Propriété d’Absents en dépit du fait que beaucoup de leurs propriétaires vivent seulement à 500 mètres de là dans Jérusalem est. En décembre 1948 Israël a promulgué les "Règles d’urgence sur les Propriétés des Absents" qu’on appelle souvent "’Acte sur la Propriété des Absents" qui est devenu une loi en 1950. Le gouvernement a alors institué comme "Gardien des Propriétés des Absents" une division du ministère des finances qui s’occupe des biens des absents. Grâce à ces lois la plupart des biens abandonnés par les arabes ont été reclassés en Propriétés d’Absents ce qui a permis au Gardien des Biens des Absents de les annexer. Officiellement cela était fait pour protéger les biens des réfugiés en attendant qu’on arrive à une solution politique du statut des réfugiés lors des les négociations du statut final, aux termes des accords d’Oslo. En réalité, les biens en question sont toujours transférés à une Autorité de Développement du gouvernement pour être vendus à un prix donné au secteur privé ou à des organisations de colons dans un processus qui ignore les procédures légales, les préavis et les compensations. Les propriétaires sont susceptibles de perdre leur maison et leur terre sans même le savoir.
![]()
Lorsque le gouvernemt israélien donne les biens des réfugiés palestiniens à des particuliers ou à des institutions juives, il commet un acte illégal en violation du paragraphe 11 de la résolution 194 (III) de l’ONU et se soustrait aux obligations qu’a l’Israël d’administrer ces propriétés en attendant une solution au problème des réfugiés. De plus, Israël viole le droit des réfugiés de percevoir les revenus et les recettes générés par ces propriétés qu’Israël devrait leur verser directement ou verser à une fondation créée en leur faveur.
Beaucoup de ceux qui furent chassés de leurs maisons ont trouvé refuge dans leur famille dans la partie du village qui se trouvait du côté arabe de la ligne d’armistice de 1949 dans ce qu’on appelle aujourd’hui Jérusalem est. L’expansion des limites de la municipalité qui a suivi la guerre de 1967 a créé une situation qui a permis aux Palestiniens de Jérusalem de recevoir le statut de résidents permanents et des cartes d’identité qui leur permettent d’aller voir les ruines qui se trouvent de leur côté de la ligne verte mais pas de revendiquer la propriété légale de la terre qui leur appartient de fait. La plupart des réfugiés de Lifta se sont réfugiés à Ramallah et dans d’autres parties de la Cisjordanie.
En juin 2004, le comité du planning de la municipalité de Jérusalem, avec l’aide de deux bureaux d’architecte, G. Kartas/S Grueg et S. Ahronson (en collaboration avec Ze’ev Temkin de TIK Projects), ont élaboré un projet de restructuration (Plan No. 6036) pour transformer le village de Lifta en un quartier de résidences de luxe et de commerces réservé aux Juifs. Ce plan qui a été dessiné originellement en avril 1984 sous le nom "Plan 2351" mais qui n’avait jamais été exécuté porte le nom surprenant de "Printemps du national". Il a été plus tard approuvé par un comité de planning régional. En février, sous le titre destiné à lui servir de couverture de "projet de préservation", le département israélien de la terre a lancé des appels d’offre dans le secteur privé afin de vendre la terre et de construire environ 245 maison de luxe, un centre commercial, un centre touristique, un musée et un hôtel de luxe de 120 chambres. La plupart des maisons encore existantes de Lifta seraient alors détruites pour effacer le souvenir encore vivace d’une communauté palestinienne autrefois prospère. Même le cimetière palestinien qui se trouve à proximité ne figure pas sur le plan. Non seulement les actuels habitants de Lifta n’ont pas été pris en considération ni consultés mais le souvenir et la présence physique de leurs ancêtres morts seraient effacés.
L’histoire et la culture de la communauté palestinienne qui a prospéré à Lifta ont disparu du nouveau plan de rénovation. Il n’est pas fait mention de l’histoire palestinienne de Lifta comme cela devrait être le cas s’agissant d’un projet de rénovation/préservation afin de relier le présent au passé. Même la mosquée ancestrale de Lifta doit être déplacée pour être remplacés par une synagogue.
Sauver Lifta
Dimanche, 6 mars, un recours en justice pour sauver Lifta a été présenté au procureur Sami Arshid par les militants de Jérusalem qui regroupent des descendants des habitants de Lifta, l’association BneiLifta, les rabbins pour les droits de l’homme et l’association Jafra. Le recours a pour but d’empêcher la vente des biens des familles palestiniennes au secteur privé en violation de la "loi des propriétés des absents". Lundi, le septième juge israélien, Yigal Marzel, a émis une injonction provisoire qui ordonne à l’Administration Israélienne de la Terre de geler la publication des résultats des appels d’offre destinés à vendre la terre par lots. Si ces lots sont vendus et que de nouvelles constructions sont érigées, il deviendra impossible de sauvegarder l’histoire et la culture du village qui disparaîtront sous les nouveaux bâtiments et seront perdues pour toujours.
Lifta doit être préservé et reconstruit par et pour ses propriétaires ancestraux afin de développer la connaissance de ce qui s’est passé en 1948. Les habitants palestiniens originels de Lifta, leur souvenirs du village, leur exil et leur désir de rentrer chez eux doivent être respectés et soutenus pas les communautés, institutions et organisations locales et internationales. Les réfugiés palestiniens qui sont les habitants ancestraux de Lifta, supplient la communauté internationale d’empêcher Israël d’effacer les dernières traces de leur maisons, de leur histoire, de leur culture et de leur héritage et au contraire d’obliger Israël à les laisser rentrer chez eux et à reconnaître leurs droits de propriété sur leur terres et leurs biens. On ne devrait pas permettre à Israël de poursuivre ses annexions et de violer des droits palestiniens dans le but de construire des appartements de luxe réservés aux Juifs.
Traduction : D. Muselet
Sons of Lifta Society
il y a vingt ans cette année était initiée, pendant la première guerre du Golfe, une nouvelle guerre nucléaire, non visible, avec l’utilisation par les armées occidentales d’armes à l’uranium appauvri (UA). Ce produit, à la fois radiologique et chimique, empoisonne l’environnement des zones touchées pour des milliards d’années et provoque chez les populations des malformations congénitales et des épidémies de cancers et de leucémies. A Falloujah, les conséquences pourraient être plus graves que celles des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki en 1945. Depuis 1991, un crime contre l’humanité se déroule dans le silence, et à une échelle inédite.
« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes de l’homme. »
Albert Camus, au lendemain d’Hiroshima, Combat, 8 août 1945.
Banalisation d’armes de destruction massive à l’UA lors des nouvelles guerres d’agression
Les armes à l’UA furent d’abord testées en laboratoire dans les années soixante-dix au à LOS ALAMOS (USA), avant de l’être en grandeur nature en Iraq en 1991. En l’absence de réactions de la communauté internationale, leur emploi s’est banalisé et elles sont utilisées lors de toutes les nouvelles guerres menées par les pays occidentaux, sous des formes de plus en plus sophistiquées et puissantes, à des doses croissantes de radioactivité : en Yougoslavie (en Bosnie en 1994-1995, au Kosovo en 1999), de nouveau en Iraq, en 1998 lors de l’opération « Renard du désert » et depuis l’invasion de 2003, en Afghanistan depuis 2001, et enfin, par Israël, au Liban en 2006, et lors de l’opération « plomb durci » à Gaza en 2009. Le PR ROKKE affirme que l’utilisation d’UA par Israël remonterait à la guerre de 1973.
Chaque nouvelle guerre permet une amplification des tests précédents. Alors que les charges d’UA contenues dans les obus antichars utilisés en 1991 ne dépassaient pas 5 kg, celles des bombes téléguidées déversées sur Irak depuis son invasion en 2003 s’élèvent à plus de cent tonnes.
Pour les militaires, l’uranium appauvri possède des avantages inégalés. Tout d’abord, l’extrême densité de ce métal (1,7 fois supérieure à celle du plomb) et ses propriétés pyrophoriques (lors de l’impact sur sa cible, il s’enflamme spontanément au contact de l’oxygène) confèrent aux armes qui en sont équipées une très grande vélocité (pouvant dépasser mach 5) et une capacité de destruction décuplée. Elles peuvent détruire les bâtiments et les blindages les plus résistants en quelques secondes, et traverser des dizaines de mètres de béton pour détruire des bunkers souterrains.
Allié à une très faible quantité de titane, l’UA remplace le tungstène, coûteux et peu fusible. En outre, c’est un produit fourni quasi gratuitement par l’industrie nucléaire, qui se débarrasse ainsi à bon compte de déchets (1) dont le stockage est très coûteux.
C’est pourquoi les armées de près de cinquante pays, et, en ce qui concerne l’armée américaines, tous les types d’armes en sont équipés aujourd’hui, des simples balles aux bombes « intelligentes » guidées par satellites, en passant par les obus, les missiles et les ogives des bombes super puissantes dites « bunker busters ».
Ainsi, les GBU-39, engins téléguidées dont le dard à l’uranium appauvri multiplie la force de pénétration, sont capables d’atteindre avec une précision inégalée une cible située à 110 km. Grâce à l’UA, les bombes ne pèsent que 113 Kg, avec les mêmes capacités de pénétration que les bombes de 900 Kg. Cette miniaturisation obtenue grâce à l’UA permet d’augmenter leur nombre dans les avions de combat (F15 ou F16) et, par conséquent, le nombre de cibles.
Classées « conventionnelles », ces armes sont aujourd’hui fabriquées par un nombre grandissant de pays, dont Israël, la Turquie, la Russie et la France.
Un déchet nucléaire recyclé comme munition « classique »
L’uranium appauvri (UA) est doublement toxique. Chimiquement, il provoque un empoisonnement comme les autres métaux lourds (plomb, arsenic, etc.). Mais il est surtout fortement radiotoxique. C’est un déchet radioactif issu de l’enrichissement de l’uranium destiné aux réacteurs civils et militaires. 0,2% d’U235 et 99,75% d’U238 dont la demi-vie (dite " période ") est de 4,5 milliards d’années (l’âge de la terre !). Si on l’appelle « appauvri » parce que son activité est de 40%, ce qui ne signifie nullement qu’il est moins dangereux :
« Le terme d’uranium « appauvri » est inapproprié, car il ne correspond pas à la réalité : il laisse penser que la radioactivité est enlevée, ce qui est faux. Je préfère parler d’armes « enrichies à l’uranium » (Reza Fiyuzat, linguiste résidant au Japon).
En outre, l’UA utilisé dans l’armement est mélangé à de l’uranium issu des usines de retraitement, qui contient des produits de fission hautement radioactifs, comme l’uranium 236 (U236), le plutonium (PU238 et 239), le technétium99 ou le ruthénium106 qui potentialisent sa nocivité.
Ainsi, au lieu de diminuer, son activité s’accroît au fil du temps, en raison de la formation rapide de sous-produits à vie beaucoup plus courte lors de sa désintégration : si, quand il est pur, il n’émet que des rayons alpha (très irradiants, mais peu pénétrants), ses deux descendants, le thorium (TH234) et le protactinium (PA234) émettent des rayons bêta et gamma (très pénétrants).
Lors de l’impact sur la cible, l’UA s’enflamme au contact de l’oxygène, provoquant une chaleur extrême (entre 3.000 et 6.000 degrés), qui vaporise dans l’atmosphère des particules d’oxyde d’uranium de taille nanométrique (de l’ordre du millionième de millimètre) qui échappent à toute barrière et à tout masque à gaz.
Les micro-particules d’oxyde d’uranium, à 90% insolubles, sont vaporisées dans l’atmosphère lors de l’impact des munitions sur leur cible. Propagés par les vents et la pluie sur des centaines de kilomètres, ces aérosols contaminent les sols, les nappes phréatiques, la végétation, les animaux et toute la chaîne alimentaire. En février 2003, les USA avaient refusé par avance tout nettoyage des sites qu’ils pourraient contaminer en Irak. Or, les dommages causés à l’environnement deviennent très rapidement irréversibles.
Leonard DIETZ, un physicien retraité du laboratoire du Knolls Atomic Power (Etat de New York), considère que “quiconque ingère des particules possède une dose permanente, qui ne décroîtra jamais.". Ainsi, le phantasme des responsables du projet Manhattan, qui recommandaient l’usage de gaz radioactifs contre les populations ennemies, s’est concrétisé cinquante ans plus tard : l’oxyde d’uranium est devenu une arme de destruction massive, utilisée par les armées de terre, de l’air et par la marine
En 2005, la pollution due aux guerres radiologiques menées contre l’Irak, l’ex-Yougoslavie et l’Afghanistan, avait déjà atteint une vingtaine de pays voisins. Elle continuerait de s’étendre à tout l’hémisphère Nord et pourrait contaminer bientôt l’ensemble de la planète, comme le nuage de Tchernobyl, ou les particules issues des essais nucléaires aériens (MORET, 2005). Une étude menée en Grande Bretagne a montré que l’uranium dans l’air a « sensiblement » dépassé le fond naturel au cours du bombardement de l’Irak, en mars et avril 2003.
A l’échelle planétaire, il sera difficile d’évaluer le nombre de cancers, leucémies et malformations génétiques dus à l’uranium appauvri parmi l’ensemble des co-facteurs intervenant dans ces maladies (pesticides, hormones et métaux lourds dans l’alimentation et l’eau de boisson, polluants divers, tabac, etc.)
Les déchets de l’industrie nucléaire occidentales transforment les pays agressés en « déchetteries radioactives »
Les pays attaqués deviennent ainsi de véritables « déchetteries radioactives », comme l’a souligné le PR Doug ROKKE, ancien chef du Projet pour l’uranium appauvri au Pentagone, chargé du « nettoyage » de l’Arabie Saoudite et du Koweït en 1991 après la « guerre de 1991 », lui-même victime du « syndrome du Golfe Persique ».
Pendant la guerre du Golfe, environ 800 tonnes d’UA avaient été utilisées. Depuis l’invasion de l’Iraq par l’alliance anglo-américaine en 2003, c’est plusieurs milliers de tonnes de ce produit mortifère qui auraient été répandues sur l’Irak (1.700 selon Jane’s Defense). En réalité, ce pays n’avait jamais cessé d’être bombardé avec les mêmes armes depuis 1998 dans les zones déclarées unilatéralement « de Non-vol » par les Etats-Unis (administration CLINTON-GORE) et la Grande-Bretagne.
Dès avant la nouvelle agression contre l’Iraq de 2003, une étude sur les effets de l’UA à long terme, entreprise dans six zones du sud de l’Irak à l’aide d’un spectromètre gamma avait montré que le tiers des végétaux collectés présentait un taux de radioactivité trois fois supérieur au taux habituel. Dans ces zones, près de 900 000 tonnes de plantes sauvages collectées et près du tiers des animaux étaient contaminés.
En Europe, toute dispersion d’UA dans l’environnement est illicite. Bien que les tests aient lieu en milieu confiné, la radioactivité en principe soigneusement contrôlée, et le personnel soumis à une surveillance particulière, on trouve autour de nombreux sites des taux de cancers et de leucémies anormalement élevés.
Pourquoi l’uranium « appauvri » lorsqu’il est déversé par centaines ou milliers de tonnes sur les pays agressés, devient-il un produit banal ?
Les populations piégées en masse et impuissantes
La quantité de radioactivité relâchée sur l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak correspondrait à quatre cent mille fois celle d’Hiroshima – dont plus de deux cent cinquante mille fois sur l’Irak (NICOLS, 2004). Les populations sont condamnées à vivre dans un environnement contaminé, pratiquement sans possibilité de se faire soigner. En effet, l’infrastructure médicale de l’Iraq a été presque entièrement détruite, et la pénurie de praticiens et de médicaments - déjà presque inexistants pendant les treize ans d’embargo (1990-2003)-, ne permet plus de délivrer de soins. Des milliers de médecins ont été mystérieusement assassinés, et beaucoup d’autres ont quitté le pays pour échapper au sort de leurs collègues. Les équipements des hôpitaux qui ont échappé aux bombardements ciblés sont hors d’usage ou obsolètes, et la reconstruction de l’infrastructure médicale est inexistante. En Afghanistan et à Gaza (soumise à un blocus), la situation est tout aussi précaire.
![]()
Une catastrophe sanitaire de grande ampleur : des épidémies de cancers et de leucémies, des malformations génétiques monstrueuses.
« L’uranium appauvri devient néfaste quand il se transforme en poussière ingérée ou inhalée, il est alors plus dangereux qu’aucune toxine connue de la science des hommes. » PR A. DURAKOVIC, Directeur du département de Médecine nucléaire à l’Université Georgetown de New York et expert auprès du Pentagone
La contamination interne peut survenir de trois manières : l’inhalation, l’ingestions de boissons et d’aliments contaminés, et par lésions cutanées (l’UA passe alors dans la circulation sanguine). L’inhalation est la plus dangereuse (d’un facteur 10 à 200). La chimiotoxicité concerne en premier lieu le rein (et secondairement le foie), et la radiotoxiocité touche surtout les poumons. Plus de 75% des particules ne sont pas arrêtées au niveau de l’appareil respiratoire supérieur et se fixent sur les alvéoles pulmonaires, d’où elles irradient pendant des années. La moitié de la fraction solubilisée qui a été transférée dans le sang est éliminée dans les urines, et l’autre moitié est répartie dans les reins et le squelette avec un temps de fixation très lent.
Des épidémiologistes ont mis également en évidence des atteintes du cerveau, des organes reproducteurs, de la thyroïde, des muscles, des ganglions lymphatiques et du système neurologique, ainsi qu’un collapsus du système immunitaire avec des symptômes analogues à ceux du SIDA, la multiplication des cas de mongolisme, de leucémies et de malformations congénitales.
Sa dangerosité dépend de sa nature physique et chimique, de l’intensité et de la durée d’exposition, et des sujets contaminés. Ainsi, les enfants représentent la population la plus vulnérable à la radioactivité, parce qu’ils la concentre trois ou quatre fois plus que les adultes en raison de leur moindre poids et de l’activité de leur système métabolique. Rappelons ici que les instances internationales de radioprotection (CIPR) ont été obligées d’admettre officiellement que, si le risque augmente en fonction de la dose reçue, il n’existe pas de seuil d’innocuité.
Selon le chercheur Leonard DIETZ, une seule particule de 5 microns engendre une dose de 1 360 rem, soit plus de trois cents fois la dose annuelle autorisée chez les chercheurs de l’industrie nucléaire.
Des milliers de projectiles porteurs d’UA sont disséminés à des profondeurs variables dans les sols des zones bombardées. Dans toutes les régions contaminées, les enfants qui jouent avec les objets argentés ou leurs débris radioactifs trouvés sur le terrain meurent de leucémie, dont la période de latence n’est que de quelques années. Pour chaque cas de cancer des tissus comme la leucémie, les spécialistes prévoient cinq cas de cancers solides à venir dans les 10 à 30 années suivantes.
L’attaque du génome : le plus grand crime contre l’Humanité dans l’Histoire
« S’ils nous avaient tués une seule fois, cela serait moins grave... mais... ils vont continuer de nous tuer pendant des générations » (un Afghan cité par le Dr Mohamed MIRAKI, Le génocide silencieux)
L’uranium appauvri et les autres isotopes de l’uranium provoquent dans les organismes vivants des changements génétiques et somatiques qui ont été démontrées scientifiquement au niveau de la cellule, au niveau micro-moléculaire, qu’il s’agisse de l’ADN ou de l’ARN, ainsi qu’au niveau des tissus, des organes, et de l’organisme entier. L’UA se fixe sur le placenta des femmes enceintes et contrarie le processus de formation de l’embryon par division cellulaire, provoquant chez les nouveau-nés des malformations congénitales monstrueuses, jusqu’alors extrêmement rares, dont le nombre a triplé en dix ans). Des enfants naissent hydrocéphales ou sans tête, sans membres, comme les victimes de la Thalidomide dans les années 50, celles de Tchernobyl, de l’Agent Orange au Vietnam, ou de la catastrophe de Bhopal (Inde) avec des organes l’extérieur du corps (comme le cerveau), aveugles, avec un seul œil au milieu du front, ou avec des anomalies du cœur (absence d’oreillettes ou de valvules) ou des poumons.
Selon le Dr. Roger COGHILL, spécialiste anglais des radiations : « une seule particule d’UA logée dans un ganglion lymphatique peut dévaster le système immunitaire entier ».
La contamination de l’environnement sera éternelle, et les anomalies génétiques s’aggraveront inéluctablement d’une génération à l’autre.Il faudra plusieurs décennies avant de mesurer l’atteinte du génome.
En Iraq, le génocide perpétré par la coalition anglo-américaine et ses alliés depuis l’embargo décrété en 1990 a déjà entraîné plus de trois millions de morts (1).
Mais combien pourra-t-on compter de morts différées causées par l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri ?
En Iraq - Après la fin officielle de la « guerre du Golfe » (1991), l’armée américaine a tiré près d’un million d’obus à l’UA en trois jours sur les milliers de réfugiés et de soldats irakiens battant en retraite (en violation de l’article 3 de la convention de Genève), sur la route de Bassora, rebaptisée depuis « l’autoroute de la mort ». Très rapidement, certaines régions du sud de l’Irak accusaient une augmentation de 350 % par an de cas de leucémie, de déficiences immunitaires, de cataractes et de dysfonctionnements rénaux.
Les études effectuées par le PR Siegwart-Horst GUNTHER, spécialiste des maladies infectieuses et président de la Croix Jaune internationale (Autriche), faisaient apparaître un collapsus du système immunitaire avec de fortes proportions d’infections, des symptômes ressemblant à ceux du SIDA, des herpès et des zonas, des dysfonctionnements hépatiques et rénaux, et des leucémies.
L’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA) avait prévu un excès d’un demi-million de morts en Irak après la guerre de 1991. Avant 2003, certaines régions du sud de l’Irak connaissaient déjà une augmentation de 700% des taux de cancer, de 400% du taux de malformations congénitales et de 350% par an de cas de leucémies. La dose de radioactivité atteignant les enfants de moins de quinze ans représentait 70% de la dose totale reçue par l’ensemble de la population étudiée - les enfants concentrant la radioactivité trois à quatre fois plus que les adultes. Chez les bébés irakiens nés en 2002, l’incidence d’anophtalmie (absence d’yeux) a été 250.000 fois plus grande que l’occurrence moyenne. Les premières paroles d’une femme irakienne qui vient d’accoucher ne sont pas : « c’est une fille ou un garçon ? », mais « mon bébé est-il normal ? »
Alors qu’en 1991, les régions touchéess par l’UA étaient surtout rurales, en 2003, sont essentiellement touchées les zones urbaines, comme les agglomérations de BAGDAD et de FALLOUJAH.
En juillet 2010, le prestigieux International Journal of Environmental Research and Public Health, a publié les résultats d’une étude intitulée « Cancer, Mortalité infantile et Ratio sexuel des naissances à Falloujah, en Irak, entre 2005 et 2009 ». Elle avait porté sur 4.843 habitants de la ville martyre soumise par les forces anglo-américaines à un déluge de feu du 7 au 29 novembre 2004 avec des armes à l’UA (mais aussi au phosphore, au plasma et au napalm) (1)
Cette étude, dirigée par Christopher BUSBY, physicien britannique de renommée internationale, fait apparaître une surmortalité infantile, le quadruplement des cancers et des malformations congénitales et l’apparition d’anomalies de ratio entre sexes (860 garçons pour 1000 filles). Le taux de leucémie est trente-huit fois plus élevé, le taux de cancer infantile douze fois plus grand, et le cancer du sein dix fois plus fréquent que dans les populations des pays voisins. Le taux de mortalité infantile (80 décès pour 1000 naissances) y est quatre fois plus fort. Le risque relatif de développer un cancer chez les moins de 14 ans est plus de douze fois celui d’une ville d’Egypte.
Les formes de cancers de Falloujah sont semblables à celles des survivants et des descendants des bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Le PR BUSBY a déclaré en juillet dernier à la chaîne italienne RAI 24 que l’augmentation « extraordinaire » des maladies reliées aux radiations de Falloujah est encore plus élevée qu’à Hiroshima.
Les médecins locaux auraient reçu des menaces pour les dissuader de témoigner.
Une nouvelle étude, dont les résultats seront publiés courant janvier 2011 dans la même revue, fait le lien entre l’utilisation de nouvelles armes lors de l’assaut de la ville en 2004 par les troupes américaines et la "hausse spectaculaire" du nombre d’avortements spontanés, de malformations congénitales ("11 fois plus nombreuses que dans le reste du monde"), de cancers et de leucémies (39 fois plus nombreuses) quelques années plus tard. Au cours du premier semestre de 2010, le nombre de malformations de nouveaux-nés à Falloujah a grimpé à des niveaux sans précédent. En mai 2010, 15% des enfants nés à l’hôpital présentaient une anomalie génétique, et plus d’un sur dix était prématuré. Des chiffres largement sous-estimés, une grande partie des habitants continuant de privilégier l’accouchement à domicile.
Les chercheurs veulent confirmer leur hypothèse que les populations sont exposées "de façon chronique à un agent environnemental » à l’aide de tests complémentaires. Ils appellent l’OMS à lancer rapidement l’étude programmée sur les bébés de Fallujah pour déterminer la cause de cette « épidémie d’anormalités ». Mais, compte-tenu des précédents, il est permis de se demander une nouvelle fois si tous ses résultats seront révélés...
- Petite fille malformée de Falloujah
En ex-Yougoslavie – Des armes à l’UA furent utilisées dans les Balkans lors des bombardements aériens des forces de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine (1994-1995), en Serbie, au Kosovo et au Monténégro (1999).
Dix ans après les attaques sur la Serbie, où 15 tonnes d’uranium appauvri avaient été larguées durant 78 jours en 1999, on a constaté un accroissement du nombre de cas de cancer signalés. Au Kosovo (où 20 tonnes d’UA ont été disséminés sur 105 cibles), les médecins ont vu augmenter le nombre de tumeurs solides : "Dans l’ensemble du Kosovo, le taux de cancer avant 1999 était de 10 pour 300.000, et aujourd’hui, il s’élève à 20 pour 60.000. » (Nebojsa SRBLJAK). Les enfants, dont l’organisme est plus sensible aux effets de la radioactivité, ont subi une multiplication par dix des cas de leucémie. Un déplacement de certaines populations serait souhaitable, comme dans la région de Tchernobyl après la catastrophe mais, dans les pays victimes de l’Uranium appauvri « c’est un sujet que personne ne veut aborder » (Slavica JOVANOVIC).
Pourtant, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP), qui a envoyé en 2000 une mission focalisée sur onze sites du Kosovo, a conclu qu’il n’y avait « pas de contamination importante détectable de la surface du sol par de l’uranium appauvri. Un certain nombre de points de contamination ont été identifiés par la mission, mais la plupart n’ont été jugés que légèrement contaminés ».
En 2001, un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) aboutit à une conclusion similaire. Toutefois, l’expert britannique Keith BAVERSTOCK, qui faisait partie de l’équipe de l’OMS, a déclaré que « toutes les données dont disposait l’OMS n’avaient pas été incluses dans le rapport ». Il faut rappeler que l’OMS est paralysée par l’Accord qu’elle a conclu en 1959 avec l’AIEA, organisme dont l’objectif est "d’accélérer et d’accroître la contribution de l’énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité du monde entier". Ainsi, l’article 3 de l’Accord prévoit que les deux organismes "peuvent être appelés à prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel des renseignements qui leur auraient été fournis”. Cela explique que l’OMS bloque depuis 2001 la publication d’un rapport explosif sur les effets de l’UA.
En Afghanistan – Le Dr Daud MIRAKI rapporte qu’à Tora-Bora, les femmes et les animaux multiplient les fausses couches. « Déjà avant la naissance, les fœtus sont atteints de cancer ». On retrouve les mêmes malformations congénitales qu’en Irak. Parmi les multiples témoignages recueillis par le Dr MIRAKI : « Ma femme était enceinte et nous attendions avec joie notre second enfant. Le jour de la naissance, ma femme a dit qu’elle ne se sentait pas bien et qu’elle avait mal à l’abdomen. Quand le bébé est né, c’était à peine un humain… Quand ma femme l’a vu, elle s’est évanouie et elle est morte en cinq jours » (Zar GHOON, décembre 2002).
La pollution des rivières et des fleuves (notamment l’Indus, fleuve qui traverse le Pakistan et alimente les exploitations agricoles et les populations locales en eau potable), ont rapidement alarmé le corps médical. Des équipes de NBC (nucléaire-biologique-chimique) auraient été très tôt dépêchées dans le pays pour mesurer le niveau de contamination après les premier bombardements de 2001. Juste après un "tir ami", des équipes de reporters "embarqués" (embedded) dans les forces d’agression avaient été rapidement enlevés et enfermés dans un abri. Dès octobre 2001, les médecins afghans signalèrent des décès rapides de victimes présentant les symptômes typiques de contamination à l’UA.
Au Liban – L’analyse des échantillons de sol et d’eau des sites touchés par les bombardements de 2006 a montré que l’armée israélienne avait utilisé des armes à l’UA : « …le peuple libanais a été sacrifié aux cancers, aux leucémies et aux malformations congénitales, comme les peuples des Balkans, d’Afghanistan et d’Iraq » (PR BUSBY). Sur une photographie prise par le photographe David SILVERMAN parue dans The Guardian, on peut discerner clairement le dard de l’UA sur les obus bombes américaines à guidage laser GBU 28.
A Gaza - Dès les premiers jours de l’opération « Plomb Durci » (27 décembre 2009 – 3 janvier 2009), le chirurgien norvégien Mads GILBERT a trouvé la présence de matières radioactives dans le corps des blessés. Une enquête publiée en janvier 2009 par l’association Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN), menée sur plusieurs mois en liaison étroite avec les intéressés et l’aide d’un expert auprès du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, a conclu à la présence hautement probable d’uranium appauvri (jusqu’à 75 tonnes) dans le sol et le sous-sol de Gaza. En avril 2009, l’analyse d’échantillons de terre et de poussières a de nouveau confirmé la présence d’uranium appauvri, de césium, de thorium et de différents produits chimiques cancérigènes…
Chez les vétérans des nouvelles guerres nucléaires - La « guerre du Golfe » a représenté, pour les Etats-Unis et ses alliés, une opération militaire très facile avec une victoire rapide, en raison de l’immense supériorité militaire de la coalition de 34 pays sur un pays désarmé et déjà exsangue en raison de l’embargo.
A leur retour, des milliers de soldats en très bonne santé avant leur départ commencèrent à souffrir de multiples pathologies. La cause en resta mystérieuse jusqu’à ce qu’en 1993 le PR Asaf DURAKOVIC, l’un des grands experts internationaux sur les effets des radiations, associât leurs symptômes à leur présence dans le Golfe. Ces soldats avaient été exposés à l’uranium appauvri lors de « feux amis », pendant les opérations de nettoyage ; puis ils étaient restés à proximité des chars détruits par les armes à l’UA lors de l’opération dans le désert, voire avaient posé pour des photos-souvenirs sur les tanks contaminés. Bien qu’officier supérieur de l’US Army pendant la première guerre du Golfe, le PR DURAKOVIC ignorait la présence d’uranium appauvri dans les nouvelles armes.
- Un enfant de vétéran de la guerre du Golfe né sans bras, comme de nombreux enfants irakiens
Dix ans après la guerre du Golfe, plus de la moitié des vétérans étaient atteints de maladies chroniques, alors que le taux était de 5% en moyenne chez les vétérans des conflits du siècle dernier (10% au VietNam). En 2005, sur 580.000 vétérans américains de la « guerre du Golfe », on dénombrait 325.000 victimes de pathologies permanentes et 11.000 morts (au rythme de 140 vétérans par mois). Une étude du Department of Veterans Affairs sur 21.000 vétérans de la guerre du Golfe a montré, par rapport aux autres soldats, un doublement des enfants morts-nés pour les hommes et un triplement pour les femmes. Plus de 13.000 vétérans de la guerre du Golfe (1991) seraient morts aujourd’hui, alors que seulement 250 furent tués et 7.000 furent blessés sur le terrain. Un reportage du Washington Post de 2006 a montré que sur 580.000 vétérans du Golfe, 518.000 étaient invalides, dont la moitié de façon définitive. Des associations de vétérans américains comme Veterans For Peace (VFP) ou Irak Veterans Against the War(IVAW), militent activement contre ces nouvelles guerres radiologiques et chimiques, et participent aux manifestations pacifistes.
La grande différence entre les victimes des deux camps réside dans le fait que les vétérans ont séjourné peu de temps dans les zones contaminées, alors que les populations victimes des bombardements sont généralement condamnées à passer toute leur vie dans un environnement de plus en plus radioactif. En outre, les anciens combattants ont pu se constituer en associations pour tenter d’obtenir réparation dans leurs pays, où ils peuvent se faire soigner, alors que les populations locales, pour la plupart encore ignorantes des causes du mal qui les ronge, sont de toutes manières trop démunies pour se faire traiter, voire pour simplement soulager leurs douleurs. De surcroît, elles sont les victimes de leurs agresseurs !
Autour des sites d’expérimentation des pays occidentaux - Dans les centres d’expérimentation des pays occidentaux, les expériences doivent avoir lieu en milieu confiné, la radioactivité est en principe soigneusement contrôlée et le personnel soumis à une surveillance particulière. Pourtant, des incidents conduisent parfois au relâchement d’oxyde d’uranium dans l’atmosphère (à Gramat dans le Lot, en Ecosse, à Puerto Rico…). Et l’on trouve autour de nombreux sites des taux de cancers et de leucémies anormalement élevés.
Dans l’Indiana (USA), un ex-champ de tirs d’essai d’obus à l’UA des années 80 a été reclassé en « zone de sacrifice national », condamnée pour l’éternité.
- Le site de tir à l’uranium du Centre d’Études Atomiques de Gramat. Photo : DIRE LOT
A Bourges (Cher), au cours des essais en plein air qui ont été réalisés pendant des décennies sans étude d’impact, de nombreuses flèches à l’uranium appauvri ont été perdues dans les champs ! On soupçonne l’oxyde d’uranium, d’avoir migré dans les eaux souterraines. Les populations, très inquiètes, exigent avec les associations de connaître le taux de pollution de leur environnement. Le DR BEHAR, président de l’Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (AMFPGN) demande "une enquête indépendante d’un laboratoire extérieur après une enquête approfondie sur le régime des eaux et le type de nappe phréatique concernées".
Le black-out sur l’utilisation de ces armes illégales dure depuis 20 ans !
Les gouvernements occidentaux coupables de ces atrocités maintiennent une chape de plomb sur les conséquences de l’utilisation de ces armes nucléaires, restée tabou jusqu’en 1991 (un rapport de l’OTAN de 1990 avait préconisé « des campagnes de relations publiques… étant donnée la perception (négative) de la radioactivité par le public »). La désinformation, qui présente l’UA comme un produit anodin, permet aux pays responsables (à la fois juges et parties) de se défausser de la prise en charge des coûts de décontamination des sites bombardés et de l’indemnisation des victimes, mais surtout de banaliser dans l’indifférence générale l’usage de l’UA dans les conflits.
Alors que la toxicité chimique est peu contestée par les instances officielles, la toxicité radiologique de l’uranium appauvri est systématiquement niée. Ainsi, en France, les militaires touchés par le "syndrome du Golfe" se voient privés de tout droit, à l’instar des victimes des essais nucléaires français. L’association AVIGOLFE, créée en juin 2000 par Hervé DESPLAT, l’une des victimes, veut faire la lumière sur les causes des maladies développées par les civils et les militaires depuis leur retour en France (causes que les responsables de l’étude épidémiologique de l’INSERM ont refusé d’étudier). En 2001, la Mission parlementaire d’information a reconnu que les obus français contenaient bien de l’U 236, mais elle a refusé d’auditionner le PR DURAKOVIC (ancien médecin colonel des Armées américaines présent sur le terrain lors du conflit), qui avait détecté des traces d’U236 dans les urines des soldats américains, canadiens et britanniques.
Les autorités italiennes, qui ont finalement du reconnaître le lien entre les pathologies de leurs casques bleus et l’usage des armes à uranium appauvri en ex-Yougoslavie, ont créé un fonds d’indemnisation en 2007. Début 2010, la Belgique a inscrit dans sa Constitution l’interdiction de la production et de l’usage des munitions à l’uranium appauvri.
Les pays de l’OTAN se sont abstenus ou ont voté contre la réalisation d’études approfondies pour disculper ou incriminer, une fois pour toutes, l’uranium appauvri
Des personnalités issues des milieux universitaires, de la recherche, du droit, d’associations, d’organisations internationales et de parlements nationaux demandent l’interdiction des armes à l’uranium appauvri pour « sauvegarder l’avenir de l’humanité » (Ramsey CLARK)
Des personnalités de renommée internationale, comme Rosalie BERTELL, épidémiologiste canadienne spécialisée dans les maladies des radiations (prix Nobel Alternatif 1986) et Ramsey CLARK, ancien secrétaire d’état américain à la Justice et avocat international, et des associations nord-américaines ou françaises, tentent depuis des années de mobiliser l’opinion internationale pour obtenir « l’interdiction internationale inconditionnelle de la recherche, de la production, des essais, des transports, de la détention et de l’utilisation de l’uranium appauvri à des fins militaires. »
Elles demandent « que toutes ces armes et tous les déchets radioactifs soient immédiatement isolés et stockés, que l’uranium appauvri soit classé « substance radioactive dangereuse », que les zones contaminées soient nettoyées et que tous ceux qui ont été exposés puissent recevoir des soins médicaux appropriés ».
Selon le droit international sur le contrôle des armements, les armes à UA, sont pourtant déjà illégales (conventions de La HAGUE de 1899 et 1907, de Genève de 1925 et 1949, Charte de NUREMBERG de 1945, convention des Nations-Unies du 10 octobre 1980, dite « Convention des armes inhumaines »), parce qu’elles infligent des maux superflus et des souffrances inutiles, qu’elles sont non discriminantes, causent de grandes souffrances ou des blessures sérieuses au corps ou à la santé des civils, des atteintes graves et durables à l’environnement et, comme les mines antipersonnel, restent meurtrières bien après la fin des conflits.
Francis BOYLE, professeur de droit international à l’Université de l’Illinois, rappelle que le Protocole de Genève de 1925 interdit « en temps de guerre, l’usage d’asphyxiants, de toxiques ou d’autres gaz, et de tout analogue liquide, substance ou procédé. » Il fait remarquer, que, « comme le démontre le traité sur les mines terrestres, une coalition d’ONG et de militants déterminés, agissant de concert avec au moins un État sympathisant, a la possibilité de mettre en place un traité international pour régler les problèmes humanitaires » pour mettre fin à l’emploi de ces armes de génocide.
Leur utilisation a été condamnée par la résolution 96/16 de la sous-commission aux Droits de l’Homme des Nations Unies en août 1996. De son côté, le Parlement européen a voté en janvier 2001, « en appel du principe de précaution », un moratoire sur l’utilisation des armes à uranium appauvri (mais pas sur leur fabrication !). En mai 2008, une nouvelle résolution demandait un moratoire sur l’utilisation de ces armes. Au début de l’automne 2010, des parlementaires européens issus de l’ensemble du spectre politique, qui souhaitent organiser une audition d’experts, ont écrit à tous les Etats membres dans le but d’obtenir une nouvelle résolution.
Après le l’Irlande et le Costa Rica, le parlement de Nouvelle Zélande doit débattre au cours de cet automne de l’interdiction généralisée de possession, de fabrication, de vente, de test et de transit de toutes les armes et de tous les blindages (comme celui du char Leclerc) contenant de l’uranium appauvri.
Dernièrement, la France, unique pays européen producteur et vendeur de ces armes, a voté, en la seule compagnie des Etats-Unis et d’Israël, contre une résolution de l’ONU cherchant à établir une commission d’enquête sur les effets de l’UA.
Il est plus que jamais nécessaire que ces appels soient enfin entendus. Sinon, des régions entières de notre planète seront rayées de la carte, transformées en poubelles radioactives pour l’éternité, et des populations toujours plus nombreuses seront condamnées à une mort lente et atroce. A terme, la planète entière sera contaminée.
« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille la peine d’être menée, ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ». Albert Camus
Joëlle Pénochet
source : http://www.internationalnews.fr/art...
Pour que les révolutions ne meurent pas, ajoutons la réflexion à l’action.On le voit bien ces derniers temps, la déception laisse place, peu à peu et à mesure que les sacrifices demandés aux peuples augmentent, à la colère. Cette colère qui monte sourdement, tranquillement, en chacun de nous et chacun dans son coin, un peu comme ça vient. Les « indignés », de quelque nationalité qu’ils soient, comprennent que quelque chose ne va pas, et sentent plus ou moins consciemment qu’un unique ennemi les réunit, sans vraiment savoir comment le combattre.
Cet ennemi commun, c’est un système injuste au service des plus riches, et au détriment de la démocratie, c’est à dire du peuple. Face à la conjonction du retournement capitaliste et de la destruction de l’environnement, l’humanité est entraînée dans une spirale accélératrice qui la conduira inévitablement à faire des choix quant à son avenir. Car le véritable ennemi de la démocratie, c’est le capitalisme : un capitalisme autodestructeur, qui ne remplit pas les exigences démocratiques, qui tue, asservit, déshumanise. On ne peut soumettre le capitalisme à la démocratie, car l’existence de l’un exclut celle de l’autre. Soumettre le capitalisme à la démocratie, cela signifierait en réalité supprimer le capitalisme. Ce qui pourrait bien arriver...
Tant que ce système nous favorisait encore, nous les pays « riches », il n’était pas difficile de croire à l’illusion de bonheur que ce système procurait. Mais aujourd’hui nous sommes confrontés à la possibilité de voir nos « acquis » (faits sur le dos des pays « pauvres ») disparaître au profit de ces mêmes pays que l’on appelle désormais « émergents ». Car le capitalisme est un système qui ne peut satisfaire au bonheur de tous : il conditionne le bonheur de certains aux malheurs d’autres.
![]()
L’agitation qui règne actuellement dans les hautes sphères politiques est la preuve la plus évidente de l’intérêt qu’elles portent à cette question du « retournement » du capitalisme, ou de sa fin. Car si nous laissons les lois du capitalisme régler la crise économique et financière, alors il faut que tous les pays dits « développés » aujourd’hui se préparent aux plus grands sacrifices, à savoir se séparer de certaines libertés, de protection sociale, de la démocratie enfin. Nous devrions peut-être même alors nous préparer à devenir les futurs « immigrés » de Chine, du Brésil ou de l’Inde... Ce que nos gouvernants, et même la plupart d’entre nous, ne veulent même pas imaginer.
Pour sortir de cette spirale et éviter la perte de leur pouvoir, les Etats « développés » n’ont donc pas d’autre choix que de pousser, à terme, à la fin du capitalisme au travers ou du bancor, ou de la guerre. Car les pays émergents, qui veulent aujourd’hui profiter enfin des fruits de leurs sacrifices passés, ne se laisseront sans doute pas si facilement berner.
Mais attention, la fin du capitalisme ne signifie pas pour autant la mise en place de la démocratie : seulement sa possibilité. Prenons garde que les révolutions qui couvent ici ou là ne tombent pas sous le coup de la sentence de George Orwell « on n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature » et qu’elles ne conduisent pas à pire encore que ce à quoi les peuples ont échappé.
Le soutien de ces mouvements par les pays dits « démocratiques » est plus que suspect (aux vues des liens troubles qu’ils entretiennent) car il rentre en contradiction totale avec le refus d’accepter les émigrés des pays concernés. En soutenant d’une part ces évènements d’un point de vue moral et en refusant ses conséquences économiques d’une autre, les gouvernements montrent ainsi au grand jour les contradictions, l’injustice et la corruption du système : les plans de sauvetage, les bisbilles autour du FMI, le contrôle d’internet et le racisme éclairent d’une lumière crue leurs véritables volontés, car ils ont eux bien compris que si la démocratie doit se soumettre au capitalisme, ce capitalisme ne les favorisera plus pour longtemps... D’où l’idée de supprimer à la fois le capitalisme et ce qui nous reste de démocratie.
Car en s’appuyant sur les révolutions pour mettre à bas le capitalisme, ils évitent ainsi le combat avec les plus forts (les « émergents »), pour porter leur attention sur d’autres cibles (les Musulmans et les ’assistés’). S’explique ainsi toute la politique actuelle, qui pousse peu à peu les peuples à accepter, de gré ou de force et à travers le bancor, la guerre ou les deux, un nouvel ordre économique mondial qui n’aura plus rien ni de capitaliste, ni de démocratique : et tout cela, officiellement bien sûr, pour « sauver » les révolutions que nous aurons conduites pour eux.
C’est donc pour éviter d’avoir à choisir entre « 1984 » ou « le meilleur des mondes » qu’il ne s’agit pas seulement de manifester, de se battre ou de supprimer le capitalisme ; et cela, c’est faire encore la moitié du travail pour ceux qui nous exploitent. La révolution est certes nécessaire, mais à condition qu’elle s’appuie sur une réflexion globale, un espoir, un avenir sur lequel travailler, et surtout nous unir.
Car il faudra bien nous unir, et canaliser les indignations au travers de projets constructifs ou en construction (http://laconstituante.forumgratuit.fr/) nous permettant d’établir un autre système capable d’échapper aux alternatives qu’on voudra nous imposer. Les jeunesses de tous les pays ont ce pouvoir, car pour l’instant encore ils maitrisent mieux ce formidable outil « internet » que la génération précédente. Nous pouvons, et devons le faire, car viendra bientôt le temps du choix : soit nous prendrons ce qu’il veulent bien nous donner, soit nous créerons nous-mêmes notre propre voie. Mais les choses ne pourront pas durer ainsi très longtemps.
Après l’indignation il y a l’action mais pas seulement : il faut y ajouter la réflexion.
Caleb Irri
Assassinats, torture, loi martiale, condamnations à mort de manifestants, censure et poursuite des journalistes, licenciements massifs d’ouvriers, prisonniers politiques par centaines, répression sauvage des manifestations, voilà comment la dynastie des Al Khalifa veut se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir. Mais malgré cette répression sans précédent dans ce petit royaume, le peuple de Bahreïn résiste et continue à se battre, d’une manière différente, pour la démocratie et la dignité. Il s’agit d’un combat exemplaire mené par un peuple, armé de sa détermination et de son courage, contre une dictature cruelle utilisant les engins de mort les plus sophistiqués. Dans ce combat inégal et injuste, le régime est soutenu par les États du Golfe et surtout par l’impérialisme américain et européen (1). Les révoltes des peuples arabes ont démontré d’une manière éclatante, une fois encore, la complicité directe ou indirecte des États-Unis et de l’Europe avec les dictatures les plus féroces.
Les crimes et les atrocités commis par la dynastie des Al Khalifa contre le peuple de Bahreïn n’ont pas de limites. Même les médecins et les infirmières, qui ont eu le tort de tenter de sauver des vies humaines et de soigner les blessés, n’échappent pas à cette folie répressive. Au mépris de toutes les conventions internationales notamment celle de Genève, les manifestants blessés, ne méritent aucun soin ! Ainsi l’assistance médicale est refusée à tous les blessés ! La dictature pense aussi que les médecins et l’ensemble des soignants, qui sont parfois arrêtés par l’armée à l’intérieur même de l’hôpital, disposent « de preuves des atrocités commises par les autorités, les forces de sécurité et la police anti-émeute » (2).
Les mosquées ne sont pas épargnées non plus. Toute une campagne de destruction de ces lieux de culte est menée par les autorités (3). Le monument de la place de la Perle, haut lieu de la contestation populaire, a été détruit. La dictature veut effacer tous les symboles de la résistance. Cette place rappelle également la fameuse place Attahrir du Caire témoin éloquent de la chute d’une autre dictature, celle de Moubarak.
Les journalistes qui tentent de dénoncer la répression sont arrêtés et traduits devant les tribunaux, lorsqu’ils sortent vivant de la détention ! Karim Fakhrawi, membre du parti d’opposition Al-Wefaq et du directoire du quotidien Al-Wasat, est mort en détention après son arrestation. Les circonstances de son décès n’ont jamais été élucidées. Le correspondant de l’Agence Reuters Frederik Richter a été expulsé. Il faut que cette féroce répression se déroule à huis clos.
Après les arrestations et les tortures dans les centres clandestins du régime où quatre personnes ont déjà trouvé la mort, les tribunaux militaires prennent la relève pour juger des civils. Les procès expéditifs qui vont parfois jusqu’à la condamnation à mort des manifestants pacifiques, ont brisé des familles entières (4). En ce moment même, un tribunal militaire juge une vingtaine de leaders de l’opposition au régime ; ils risquent la peine de mort. Bref, tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn.
Cette répression et cette brutalité contre une population qui manifeste pacifiquement sont pratiquées sous le regard bienveillant des États-Unis et de l’Europe. Le silence des médias bourgeois sur ces exactions dans l’occident civilisé, n’a d’égal que le bruit assourdissant de la propagande qu’ils distillent chaque jour comme un venin dans les cerveaux des citoyens sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté etc.
Pour les États-Unis comme pour l’Europe, la liberté, la démocratie, la dignité etc. ne sont que des mots vides de tout sens ; mais qu’ils utilisent comme instruments de propagande pour mieux servir leurs propres intérêts. Faut-il rappeler que c’est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d’attache des bâtiments de guerre américains, et que l’Arabie Saoudite est le chien de garde local des intérêts des États-Unis dont elle représente un élément clé de leur sécurité énergétique ? Les dynasties locales qui règnent depuis des siècles sur cette région « bourrée » de pétrole utilisent toutes leurs forces pour briser la moindre velléité de changement qui risque d’emporter leurs immenses privilèges. L’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et Qatar regroupés au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tentent d’écraser directement ou indirectement tout soulèvement populaire non seulement dans la région du Golfe mais aussi dans tout le monde arabe ; c’est la contre-révolution coalisée. Le Conseil cherche à attirer d’autres pays. La Jordanie et le Maroc feront peut-être bientôt partie de ce riche ensemble puisque les discussions sur leur adhésion sont en cours.
![]()
Le peuple de Bahreïn a été puni pour avoir osé relever la tête et réclamer un État moderne et démocratique. Le châtiment qui lui a été infligé, montre jusqu’à quel degré de cruauté dans la vengeance ces dictatures peuvent s’élever.
Cette folle cruauté dans la répression a nettement affaibli la lutte du peuple de Bahreïn, mais elle ne l’a pas écrasée. Tant que la contestation se poursuit, les forces du Conseil de coopération du golfe, dirigées par l’Arabie Saoudite, resteront à Bahreïn a déclaré le chef des armées du royaume. La population continue en effet, dans des conditions extrêmement difficiles, à s’opposer à la dictature. La résistance a pris d’autres formes. Tous les soirs à 22 heures, la population scande sur les toits des slogans contre l’intervention militaire saoudienne et pour le changement du régime. Les manifestations se déroulent souvent la nuit loin de Manama la capitale totalement quadrillée par les forces de « sécurité ».
Le soulèvement populaire à Bahreïn est le produit de décennies d’injustices, d’oppression et d’humiliations. On peut le réprimer, voire l’écraser, mais il renaîtra, tel un phénix, de ses cendres. Car il est né et a grandi sur le sol du despotisme et de l’arbitraire. Pour l’éradiquer, il faut que les gouvernements extirpent le despotisme et l’arbitraire qui sont les conditions qui leurs permettent de régner.
Mohamed Belaali
19 Juin 2011
« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes de l’homme. »
« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille la peine d’être menée, ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ». Albert Camus
Le 6 décembre 2011, 50 ans auront passé depuis la mort de Frantz Fanon. Partout dans le monde des gens se réunissent dans les universités, les bureaux des syndicats, les bidonvilles, les prisons, les salles paroissiales et autres endroits où les gens essaient de réfléchir ensembles pour se pencher sur le message d’un homme extraordinaire et sur les luttes que nous menons ici et maintenant.
Fanon est né en Martinique dans les îles Caraïbes françaises en 1925. L’île avait été colonisée par les Français qui avaient exterminé la population indigène et amené des esclaves d’Afrique noire et des travailleurs sous contrat indiens pour cultiver la canne à sucre. La conscience politique de Fanon s’éveilla à l’âge de 14 ans quand en 1939 il eut l’incroyable chance d’avoir pour professeur au lycée le grand poète et intellectuel anti-colonial, Aimée Césaire. L’année suivante, 5 000 marins français loyalistes du régime pro-Nazi de Vichy, sont arrivés sur l’île et les Martiniquais noirs qui s’étaient souvent crus Français se sont soudain trouvés confrontés à un racisme agressif, grossier et souvent aviné. Fanon qui était adolescent, a étonné ses amis en se jetant dans l’action le jour où il a surpris des marins français en train de battre un de ses compatriotes et il les a encore plus étonnés quand, à l’âge de 17 ans, il a quitté l’île et a rejoint en cachette les forces libres françaises qui combattaient le fascisme. Un des professeurs de Fanon avait dit à ses élèves que la guerre entre les blancs ne les concernait pas. Fanon l’a traité de crétin et a dit à ses amis : "Je m’engagerai toujours et partout pour défendre la liberté si elle est menacée".
Mais les forces françaises libres ne se sont pas comportées de la même manière envers les soldats noirs. Fanon a reçu la Croix de guerre pour son héroïsme dans le combat mais les soldats noirs ont toujours été traités comme des soldats de deuxième classe et on a même nié leur rôle dans la victoire finale.
Après la guerre, Fanon a étudié la médecine en France et il s’est spécialisé dans la psychiatrie. Il a publié son premier livre "Peau noire, masques blancs" en 1952 à l’âge de 27 ans. Le livre traite de ce que c’est que d’être noir dans un monde anti-noir. Il passe en revue les questions du langage, du désir sexuel, de la présence corporelle au monde, de la psychologie et des politiques d’identification à la lumière du rapport social aux noirs dans une société raciste, d’abord en Martinique puis en France. C’est un livre extraordinaire, à la fois beau et subversif, qui témoigne d’une fidélité absolue à l’idée de la liberté comme essence de l’humanité. Fanon a soumis son texte à ses examinateurs à l’université. Mais les universitaires sont souvent plus enclins à abrutir les jeunes gens qu’à encourager le libre épanouissement de leur intelligence et son travail fut rejeté. Certaines de ses figures de style inquiétaient ses éditeurs, mais quand on le questionnait sur un point particulier il donnait sa fameuse réponse : "Je ne peux pas mieux expliquer cette phrase. J’essaie, en écrivant cela, de toucher les nerfs de mon lecteur. C’est à dire, irrationnellement, presque sensuellement". Il est désormais universellement reconnu dans le monde académique que le racisme est une constituante fondamentale du monde moderne et que "Peau noire, masques blancs" est un des plus grands livres du monde moderne.
En 1953, Fanon a obtenu un poste dans un hôpital psychiatrique de l’Algérie colonisée. Sa collègue, Alice Cherki, qui allait devenir sa collaboratrice et sa biographe rappelle que le racisme des blancs d’Algérie était "habituel ; il était imperturbable, manifeste et considéré comme entièrement naturel." de plus l’hôpital était dirigé davantage comme une prison que comme un endroit où on guérissait des gens. Fanon a tout de suite fait enlever les chaînes des patients et a essayé de faire de l’hôpital une communauté thérapeutique. En novembre 1954 une insurrection anticoloniale s’est déclenchée et Fanon s’est mis à travailler en secret avec le mouvement national de libération de l’Algérie le FNL au début de l’année suivante. Deux ans plus tard, il a écrit une lettre de démission à l’hôpital dans laquelle il disait en substance que la société coloniale était plus folle que ses patients. On lui a donné 48 heures pour quitter le pays et il s’est exilé à Tunis où il a édité le journal du FLN et a continué d’exercer la médecine. En 1959 il a écrit : "L’an V de la révolution algérienne " un livre qui étudiait la manière dont la lutte dynamise la culture. Le chapitre le plus connu de ce livre se penche sur l’instrumentalisation du voile et son rôle dans la résistance contre le colonialisme.
![]()
En 1960, Fanon a été nommé ambassadeur du FLN au Ghana et il a voyagé dans un grand nombre de pays nouvellement indépendants du sud du Sahara pour représenter le mouvement algérien. A la fin de cette année-là il a découvert qu’il avait une leucémie. Il a immédiatement décidé d’écrire un nouveau livre, son dernier livre. Ce volume "Les damnés de la terre" a été écrit en dix semaines. Il s’ouvre sur la description d’une ville coloniale "un monde divisé en deux", passe à l’étude de ce qu’il appelle les mutations de la conscience qui accompagnent la lutte contre le colonialisme, et enfin il examine la crise des états post-coloniaux dans lesquels les gens qui ont lutté pour l’avènement de nouveaux régimes sont chassés de la vie politique active par une nouvelle élite plus prédatrice que salvatrice qui instrumentalise les mouvements de libération pour contenir les aspirations populaires et légitimer leurs machinations.
Fanon pensait que la promesse des luttes de libération nationale ne pouvait être tenue que si la conscience nationale laissait place à la conscience sociale. Il considérait comme essentielle la seconde lutte, la lutte pour atteindre ce qu’il appelait une perspective humaine. Dans son dernier livre comme dans son premier, il reste d’une fidélité absolue à la valeur de la liberté humaine. Le livre fut tout de suite interdit de publication et Fanon est mort dans les semaines suivantes. Il fut enterré au cours des dernières batailles de la guerre d’Algérie dans une forêt des montagnes qui séparent la Tunisie de l’Algérie.
L’oeuvre de Fanon a inspiré le mouvement de conscience noir de l’Afrique du Sud, les intellectuels emprisonnés aux USA et des gens du monde entier concernés par la question des luttes contre le racisme et le colonialisme ainsi que par la résistance contre les nouvelles élites qui avaient confisqué et détourné ces combats pour satisfaire leurs mesquines ambitions.
Fanon n’aurait certainement pas voulu être considéré comme une autorité canonique hors du contexte de sa lutte et de son témoignage écrit. Au contraire il a constamment souligné, de son premier livre au dernier, qu’une pensée vivante devait toujours être un engagement dans une situation donnée.
Mais 50 ans après sa mort, notre monde est à la fois étonnamment similaire et étonnamment différent du monde dans lequel Fanon vivait et luttait avec tant de passion brûlante. Ses remarques sur le pétrole de l’Irak qui a "supprimé tous les interdits et fait apparaître les vrais problèmes" et les Marines qui sont périodiquement envoyés à Haïti pour rétablir "l’ordre" sont toujours d’actualité. Sa description de la dégradation des luttes de libération nationale en pillage organisé est généralement considérée comme prophétique par ses nouveaux lecteurs d’Afrique du Sud.
Mais même si le printemps politique d’Afrique du nord et du Moyen Orient et avant lui quelques mouvements en Amérique Latine ont certainement troublé la tranquillité qui a prévalu dans le monde ces trente dernières années, on est loin de l’Afrique en révolution dans laquelle Fanon écrivait. On est loin de l’époque, semble-t-il, où des gens comme Fanon et Lumumba trouvaient parfaitement raisonnable de se considérer comme faisant partie d’un combat plus large pour l’avènement d’une nouvelle Afrique. Ici en Afrique du Sud, la génération des grands hommes est remplacée par un ramassis de bouffons sans scrupules qui dirigent un état de plus en plus violent et prédateur et de technocrates impassibles peut-être capables de se consacrer à une organisation politique mais certainement pas à la défense de la liberté.
Mais la résistance continue et 50 ans après Fanon nous exhorte toujours à ne pas abandonner la lutte dans cet espace social où les hommes et les femmes ordinaires peuvent encore remettre les choses en question et déployer la puissance et la sagesse d’un vrai projet politique.
Depuis la mort d’ Édouard Glissant en février de cette année, il semble juste de dire que Patrick Chamoiseau, ce romancier inventif, est probablement l’intellectuel martiniquais le plus éminent. Dans son livre le plus célèbre, Texaco, il parle d’un prolétariat sans usines ni ateliers, sans travail ni patrons, balloté de petits
boulots en petits boulots, noyé dans la survie et dont l’existence ressemble à une route parsemée de charbons ardents. C’est sur ce chemin, un chemin sur lequel il marche littéralement sur des charbons ardents et à travers les balles, des balles tirées par l’état, et au milieu des sacs plastiques pleins de diarrhée que la fidélité de Fanon envers l’humanité, toute l’humanité, doit être réaffirmée de toute urgence par notre génération.
Richard Pithouse
Richard Pithouse enseigne les sciences politiques à l’université de Rhodes en Afrique du Sud.
Au mois de janvier (2011) , le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a cru bon de saisir 4,2 millions de dollars alloués à Cuba par les Nations Unies dans le cadre du Fonds Global de lutte contre le Sida, la Tuberculose et la Malaria, pour le premier trimestre 2011.
Le fonds des Nations Unies est un programme d’un montant de 22 milliards de dollars par an et destiné à combattre ces trois pandémies mortelles dans 150 pays. (3)
« Cette politique mesquine, » a déclaré le gouvernement cubain, « vise à saper la qualité des services fournis à la population cubaine et à bloquer l’assistance médicale dans plus de 100 pays fournie par 40.000 travailleurs de la santé cubains. » La majorité des fonds sont consacrés à importer des médicaments onéreux contre le SIDA, où le traitement antirétroviral est fourni gratuitement à quelques 5.000 malades du SIDA. (4)
Les Etats-Unis voient le système de santé cubain et la solidarité engagée par la Havane comme un moyen pour Cuba de se faire des amis et des alliés dans le tiers-monde, particulièrement en Amérique latine. C’est une situation en total contradiction avec la politique américaine qui a longtemps consisté à isoler Cuba. Ces dernières années, les Etats-Unis ont tenté de contrer le succès international remporté par les Cubains en envoyant le navire US « Comfort » dans la région. Equipé de 12 blocs opératoires et de 1000 lits, l’ancien pétrolier reconverti a effectué des centaines de milliers d’interventions chirurgicales gratuites dans les pays comme Belize, le Guatemala, le Panama, El Salvador, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Nicaragua et Haïti.
Mais les accostages du navire « Comfort » ont peu de chances de renforcer l’influence de l’Amérique sur le continent. « C’est difficile pour les Etats-Unis de concurrencer ainsi Cuba et le Venezuela, » a dit Peter Hakim, président de Inter-American Dialogue, un groupe de recherches politiques pro-américain à Washington. « Ca donne l’image que nous sommes en train d’essayer de les imiter. Les médecins cubains ne mouillent pas quelques jours dans un port, mais sont présents dans le pays pendant des années. » (5)
Dans une récente révélation par Wikileaks de documents du Département d’Etat US, on trouve ceci : un câble expédié par Michael Parmly depuis la Section des Intérêts des Etats-Unis à La Havane, en juillet 2006, pendant les préparatifs de la conférence des pays du Mouvement des Non-Alignés. Il souligne qu’il est activement à la recherche « d’histoires humaines et autres informations pour briser le mythe des prouesses de la médecine cubaine. »
Michael Moore mentionne un autre câble de Wikileaks du Département d’Etat : « le 31 janvier 2008, un officiel du Département d’Etat basé à la Havane a recueilli une histoire inventée de toutes pièces et l’a transmise à Washington. Voici ce qu’il disait : (l’officiel) a déclaré que les autorités cubaines avaient interdit le documentaire de Michael Moore, « Sicko », pour cause de subversion. Bien que l’objectif du film était de critiquer le système de santé US en soulignant la qualité du système cubain, l’officiel a dit que le régime savait que le film était une falsification et ne voulait pas prendre le risque de provoquer la population cubaine en lui montrant des équipements qui n’étaient à l’évidence pas accessibles à la vaste majorité de la population. » Moore rappelle le communiqué de l’agence de presse Associated Press du 16 juin 2007 (sept mois avant le câble) qui titrait : « Le ministre de la santé de Cuba déclare que le documentaire « Sicko » de Michael Moore montre les « valeurs humaines » d’un système communiste ».
Moore ajoute que les Cubains ont pu voir son film à la télévision nationale, le 25 avril 2008. « Les Cubains ont tellement apprécié le film qu’il est l’un des rares films américains à avoir été diffusé dans les cinémas à Cuba. Je me suis personnellement assuré de faire parvenir une copie en 35 mm à l’Institut du Cinéma à la Havane. Des projections de Sicko ont été organisées partout dans le pays. » (6)
Les Etats-Unis interdisent aussi la vente à Cuba de médicaments et équipements essentiels, comme l’agent inhalateur Sevoflurane qui est devenu le médicament par excellence pour l’anesthésie générale chez les enfants ; et le Dexmetomidine, particulièrement utile chez les patients âgés qui doivent souvent subir de lourdes interventions chirurgicales. Ces deux produits sont fabriqués par la société US Abbot Laboratories.
Les enfants cubains qui souffrent de leucémie lymphoblastique ne peuvent pas utiliser du Erwinia L-asparaginasa, un médicament commercialisé sous le nom d’Elspar, puisque la société pharmaceutique US Merck and Co refuse de vendre son produit à Cuba. Washington a aussi interdit à l’ONG américain Pastors for Peace de donner à Cuba trois ambulances de marque Ford.
Les Cubains se voient aussi refuser des visas pour assister à des conférences sur l’Anesthésie et la Réanimation qui se déroulent aux Etats-Unis. Ce qui complique encore plus la vie des anesthésistes cubains pour se maintenir informés des progrès dans leur domaine, pour soigner les patients gravement malades, et pour être informés des progrès accomplis dans le traitement de la douleur.
Ce ne sont là que quelques exemples de la guerre incessante livrée par les Etats-Unis contre le système de santé cubain, qu’on peut trouver dans le rapport de Cuba à l’Assemblée Générale des Nations Unies du 28 octobre 2009 (et publié ICI sur Le Grand Soir, pardi – NdT)
En enfin, il ne faut pas oublier le programme d’immigration appelé Cuban Medical Professional Parole (CMPP), qui encourage les médecins cubains qui exercent à l’étranger à faire défection et d’entre immédiatement aux Etats-Unis comme réfugiés. Le Wall Street Journal a rapporté au mois de janvier de cette année que jusque décembre 2010, des visas CMPP avaient été accordés par les consulats US dans 65 pays à 1.574 médecins cubains dont la formation a été payée par le gouvernement Cubain au prises avec des problèmes financiers. (7) Ce programme, assez étrangement, a été lancé par le département US Homeland Security. Encore une victoire contre le terrorisme ? Ou le socialisme ? Ou est-ce la même chose ?
Attendez que les conservateurs américains découvrent que Cuba est le seul pays d’Amérique latine où l’avortement est libre et gratuit.
William Blum
http://killinghope.org/bblum6/aer94.html