jeudi 11 août 2016

France - Législatives 2017 : le fantasme des électeurs du FN « Et si Marine Le Pen devenait présidente de la République en 2017 ? ».



« Et si Marine Le Pen devenait présidente de la République en 2017 ?  » À l’approche de l’élection présidentielle, cette question récurrente* relance périodiquement les spéculations des électeurs du Front National. Parmi elles, la certitude que la candidate frontiste disposerait d’une majorité parlementaire en cas de victoire...
Tous les instituts de sondage donnent Marine Le Pen au 2e tour de la présidentielle de 2017, et sauf colossale surprise sous la forme d’un scandale majeur, il devrait en être ainsi. Il est vrai que la conjoncture sert les intérêts de la candidate du Front National : entre les difficultés socioéconomiques persistantes et un climat sécuritaire plombé par la menace de nouveaux attentats sur le territoire français, le FN apparaît aux yeux d’un nombre élevé d’électeurs comme le seul recours possible.
Comment pourrait-il en être autrement ? Les partis de gouvernement traditionnels issus des rangs du PS et de l’UMP (rebaptisé LR pour masquer ses échecs) ont en effet démontré au cours des derniers mandats leur impuissance politique et fait preuve d’une coupable incurie sur des dossiers fondamentaux comme l’emploi et le pouvoir d’achat. Pire : en portant de manière irresponsable le fer et le feu sur des théâtres extérieurs où la France n’avait strictement rien à faire, ils ont exposé notre pays à des représailles sanglantes.
Après l’inconsistant Chirac, les Français ont, à l’évidence, eu à subir les deux pires mandats de la Ve République : l’un sous la férule de Nicolas Sarkozy, matamore vulgaire, inefficace et va-t-en-guerre qui a dévalorisé comme personne avant lui la fonction présidentielle ; l’autre sous la houlette de François Hollande, tout aussi inefficace et tout aussi va-t-en-guerre malgré ses allures débonnaires de sous-chef de bureau de la Caisse des dépôts et consignations. Deux terribles erreurs de casting directement imputables à un système politique subclaquant.
Comment, dans ces conditions, ne pas regarder du côté de celle qui n’a jamais été aux affaires et qui, fort habilement, tient un langage suffisamment offensif pour séduire en dépit de cruelles insuffisances économiques et environnementales ? Marine Le Pen est, de manière évidente, devenue un espoir pour des pans entiers de la population française, notamment là où nos compatriotes souffrent le plus : dans les classes populaires et la France rurale. Et cela, il faut bien le reconnaître, de moins en moins par défaut, et de plus en plus en plus par adhésion aux idées frontistes.
Où trouve-t-on les électeurs potentiels de Marine Le Pen ? D’une part, dans une population essorée par les politiques de régression sociale, conduites avec un mépris patent des élites envers les classes modestes. D’autre part, dans une population confrontée dans les cités à la montée des communautarismes, trop souvent induite par des pratiques clientélistes. Enfin, dans une population déboussolée par la consanguinité des politiques qui se sont succédé depuis des décennies, qu’elles aient été mises en œuvre par une droite cynique et arrogante ou par une prétendue gauche qui a depuis longtemps tourné le dos aux valeurs historiques du socialisme et perdu, de ce fait, son socle électoral ouvrier.
En réalité, malgré le rejet croissant de LR et plus encore du PS, victime de l’accumulation des griefs accumulés au cours des derniers mandats, Marine Le Pen n’a quasiment aucune chance d’être élue présidente en 2017. Et cela en dépit d’un glissement progressif de l’électorat vers la droite de l’échiquier politique. Seule en effet une qualification de François Hollande pour le 2e tour pourrait permettre à la présidente du FN de rêver de l’Élysée. Une hypothèse d’autant plus improbable que le président sortant reste plongé dans des abysses d’impopularité et qu’il n’aura guère d’éléments positifs à faire valoir pour soutenir sa candidature à un deuxième mandat.
Une présidente de la République en cohabitation
En dehors de cette hypothèse, Marine Le Pen sait qu’elle sera battue – plus ou moins largement – par le candidat LR qui, logiquement, devrait lui être opposé dans le contexte de déconfiture annoncée du PS. Admettons pourtant que, bénéficiant de circonstances exceptionnelles, la présidente du FN sorte gagnante de l’affrontement et devienne le 9e chef d’État de la Cinquième République...
Sitôt endossé le costume de présidente de la République, Marine Le Pen formerait le premier gouvernement frontiste de l’Histoire en faisant appel aux caciques de son parti. Moyennant quoi ce gouvernement FN serait immédiatement renversé par une motion de censure dès l’ouverture de la session parlementaire, faute de disposer d’une majorité à l’Assemblée Nationale. Il s’ensuivrait donc la mise en place d’un gouvernement de droite LR-UDI, au grand dam de la nouvelle présidente de la République, condamnée à la cohabitation pendant au moins un an – du fait de l’impossibilité de dissoudre l’Assemblée durant ce laps de temps –, et sans doute toute la durée de son mandat.
Un tel scénario, les militants et les électeurs du FN se refusent évidemment à l’envisager, en s’appuyant notamment sur le fait que les Français se montrent en général légitimistes et donnent au nouvel arrivant à l’Élysée les moyens parlementaires de conduire sa politique. Mais ce qui est vrai dans le cadre d’une alternance des « partis de gouvernement » risque fort de ne pas fonctionner dans l’hypothèse d’une présidence frontiste. La faute à un système de scrutin législatif uninominal par circonscription qui ne facilite pas l’élection de députés frontistes en grand nombre. Le FN est en effet très loin de disposer dans les 577 circonscriptions d’une structure militante capable de contrer les appareils LR et PS implantés là depuis des décennies. Sans compter le manque criant de moyens financiers dont souffre ce parti. Des constats qui expliquent très largement l’absence quasi-totale de députés frontistes dans l’actuelle Assemblée Nationale – ils sont trois – en dépit de scores nationaux élevés lors des dernières consultations électorales.
Cette réalité, les partisans du FN refusent de la voir en face. D’aucuns vont même jusqu’à établir un parallèle entre Marine Le Pen et François Mitterrand, celui-ci ayant attendu de longues années et subi deux échecs (1965 et 1974) avant d’entrer à l’Élysée. Selon eux, le tour de Marine Le Pen est venu comme était venu celui de François Mitterrand en 1981. Avec à la clé une confortable majorité parlementaire. Or, n’en déplaise aux militants et aux électeurs du FN, ce scénario relève bel et bien du fantasme. 
Aucune parallèle n’est en effet possible entre Le Pen 2017 et Mitterrand 1981 tant le contexte est différent : en 2017, c’est un FN isolé qui ira à la bataille en ne pouvant compter que sur ses seules forces ; en 1981, ce sont deux grands partis politiques de gauche, le PS et le PCF – eux-mêmes assis sur de puissantes fédérations régionales et un nombre très élevé d’élus locaux et de forces militantes –, qui avaient uni leurs forces. Or, trois ans avant la présidentielle de 1981, le PS et le PCF étaient grosso modo à égalité aux législatives de 1978 avec l’ensemble RPR-UDF : 43,43 % contre 43,89 %. En créant le Programme commun d’union de la gauche, Mitterrand partait donc, en incluant les voix du MRG, sur une base de... 45,58 % d’électeurs, non compris les 5,25 % de votes de la gauche radicale et des écologistes.
À comparer avec les... 13,60 % du FN aux législatives de 2012 !!!
Certes, une victoire de Marine Le Pen en mai 2017 induirait une dynamique aux législatives de juin. Mais très insuffisante pour permettre au Font National de décrocher une majorité parlementaire. Au mieux, l’on peut même raisonnablement estimer que le parti de la présidente décrocherait 150 sièges, soit 50 fois plus de députés que dans la chambre actuelle. Une progression spectaculaire mais qui ne pourrait empêcher une cohabitation de Marine Le Pen.
Récurrente, cette question l’est en effet sur le web. Elle a même été récemment posée sur AgoraVox dans un article de Sacharbit.
par Fergus 
Source : AGORAVOX

mercredi 3 août 2016

Lettre de prison de Bilal Kayed à son 48ème jour de grève de la faim.



1er août 2016
Le prisonnier palestinien Bilal Kayed, à son 48ème jour de grève de la faim, a publié aujourd'hui la lettre suivante depuis sa chambre à l’hôpital Barzilai, où il est détenu mains et pieds enchaînés à son lit. Kayed, 34ans, a commencé sa grève de la faim le 15 juin ; il devait être libéré le 13 juin après avoir purgé sa peine de 14 ans et demi dans les prisons israéliennes. Pourtant, au lieu d’être libéré comme prévu, il a été condamné à six mois de mise en détention administrative renouvelables indéfiniment sans inculpation ni jugement.
À mon peuple héroïque palestinien...
Gens libres du monde...

Dans cette étape difficile que je subis sur un plan personnel, dans la lutte contre la tentative de forcer ma soumission à l’occupation brutale qui a pris la décision de me liquider, pour rien d’autre que le fait que j’ai été aux côtés des prisonniers de mon peuple, défendant mes droits et leurs droits et les droits de leurs familles pour parvenir à accéder même aux conditions minimales de la dignité humaine. Il n’est pas étrange que je me trouve moi-même soutenu par l’ensemble de mon peuple, de ceux qui m’entourent avec leurs cris et leurs pleurs et leur soutien et font des efforts inlassables pour annihiler l’injustice qui a été infligée, à moi et aux prisonniers. Ce qui arrive est tout à fait en accord avec l’esprit d’entente nationale dans lequel j’ai été élevé, par vous, mon peuple et par les peuples libres du monde, où qu’ils soient. En Cisjordanie, se dressant contre l’oppression ; dans les terres occupées [de 1948], fiers et enracinés dans la terre et le respect de leur identité ; mon peuple héroïque dans Gaza victorieuse et tous les hommes libres du monde, de toutes les nationalités et de toutes les origines.

Je suis ici, aujourd'hui, terminant ma première étape dans ma bataille avec cet occupant brutal et j’ai annoncé ma deuxième étape, qui est celle de l’unité avec tous les prisonniers de tous horizons et partis politiques pour que nous puissions tous, collectivement, nous tenir à l'avant-garde de la lutte nationale, à l’intérieur et à l’extérieur des prisons.

Après avoir reçu cette décision des tribunaux de l’occupation militaire (comme je l’attendais) [de rejet de son appel contre la détention administrative] ignorant ma liberté, la vie et la dignité, il est nécessaire que je répondre afin de faire face à cette décision brutale. Ainsi à partir d’aujourd'hui, 1er août 2016, je refuse tous les examens médicaux proposés par les médecins de l’hôpital. J'exige mon retour immédiat en prison malgré la détérioration de mes conditions de santé, pour me tenir debout sur un seul front et sur une seule ligne dans les cellules de l’occupation, aux côtés de tous les prisonniers en révolte, élevant la voix avec force : Votre décision ne passera pas facilement ! Surtout après que l’occupation ait franchi une autre ligne rouge, encore plus dangereuse, en m’envoyant en détention administrative, ce qui vise à liquider tous les dirigeants du mouvement de prisonniers et ses cadres et ceux qui lèvent haut sa bannière en défense du droit des prisonniers à la liberté et à la dignité.

Mon peuple héroïque, l’heure du combat est arrivée. Je suis plein d’espoir. Car j’ai toujours su que vous, vous êtes le mur protecteur, défendant notre lutte. Ce que j’ai reçu de vous par vos luttes, vos sit-in, vos manifestations, me donne plus de détermination pour continuer vers l’avant jusqu'à la victoire. La liberté ou le martyre.

La victoire est inévitable.

Bilal Kayed
Hôpital Barzilai
1er août 2016
Source : Samidoun.ca

dimanche 24 juillet 2016

UNION AFRICAINE (UA) : Après 32 ans d'absence, le Maroc a demandé son adhésion.



Le Maroc a abandonné l'OUA à cause du Sahara occidental, et 32 ​​ans plus tard, il revient frapper officiellement à la porte de l'organisation en raison de l'isolement qu'il a souffert au niveau continental.

Une étape historique, vu que c'était le seul pays du continent qui ne faisait pas partie de cette organisation majeure au niveau de l'Afrique.
Mais le retour dans la famille africaine ne sera pas si facile que ça pour le royaume marocain. Il avait  quitté volontairement l'institution panafricaine en 1984, pour la même raison qui motive maintenant sa demande instante d'admission: le Sahara occidental.
Le défunt roi Hassan II, père de l'actuel roi Mohamed VI, avait décidé que le Maroc devait cesser de faire partie de l'organisation étant donné que, deux ans auparavant, en 1982, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) fondée par le Front POLISARIO en 1976 avait  été admise comme État-membre de plein droit. La RASD, nom officiel du territoire du Sahara occidental, est l'objet depuis 40 ans d'un conflit politique et militaire entre le Maroc et le Front POLISARIO, et est considérée par es Nations Unies comme territoire non autonome et en voie de décolonisation.
Les paroles d'adieu adressées par Hassan II à la défunte Organisation de l'unité africaine (OUA) - dont l'héritier légitime est l'actuelle Union africaine (UA) - étaient laconiques et directes: "Ça y est. Désolé. Il est temps de nous séparer. Nous vous disons adieu et vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire", autrement dit la RASD.
Trois décennies plus tard le pays d'Afrique du Nord, par le biais d'une lettre envoyée par le roi Mohamed VI au président du Tchad et en exercice de l'UA, Idriss Déby, lors de la 27e session ordinaire de l'Assemblée de l'UA tenue la semaine dernière à Kigali ( Rwanda), revendique sa place dans un organisme qui n'est plus le même que celui qu'il avait quitté, et est maintenant régi par d'autres règles et paramètres. Et qui depuis un bon moment, a pris fait et cause pour le Sahara occidental, dont il est devenu le principal soutien au niveau régional et international.

Le difficile retour à l'UA

Le premier obstacle auquel le Maroc devra faire face dans sa nouvelle entreprise, est le fait qu'il n'a jamais fait partie de l'Union africaine, créée en 2002, et il sera donc nécessaire de demander l'adhésion, cette fois-ci comme un nouvel État, à l'instar du Sud-Soudan, par exemple, en 2011. Et dans ce cas, il doit se soumettre au vote des 54 États membres. Et parmi ceux-ci se trouve la République sahraouie, que le Maroc considère comme faisant partie de son territoire, mais que l'UA a reconnu comme un État indépendant et souverain.
Pour le second écueil, il faut reconnaître que le Maroc a écarté a priori la possibilité d'expulsion de la RASD de l'UA, ou dans le meilleur des cas, le «gel» ou «suspension» de sa qualité de membre, comme condition d'entrée dans la famille africaine. Mais cette possibilité sera très difficile à réaliser, parce que les statuts internes de l'UA sont très clairs à cet égard: l'expulsion d'un État membre est interdite, sauf en cas de coup d'État. Et sur ce point, le Maroc aura du mal à faire valoir sa position.

Un appui ferme au niveau africain

Par conséquent, le Maroc trouvera en l'Union africaine un défenseur fidèle de la décolonisation et de l'indépendance du Sahara occidental. Et tout en considérant que l'Espagne reste la puissance administrante du Sahara, l'UA voit le Maroc comme une puissance occupante, et dans toutes ses résolutions et déclarations elle exige qu'il respecte les règles des Nations Unies qui, depuis les années soixante, confirment le droit du peuple sahraoui à un référendum d'autodétermination. Pour cela, l'UA a nommé en 2014 à l'ancien président du Mozambique, Joaquim Chissano, 77 ans, comme envoyé spécial pour le Sahara occidental, une forme de pression sur l'ONU pour qu'elle trouve une solution pour la «dernière colonie africaine» comme on appelle ce territoire dans les couloirs de l'UA.
Il est vrai que le Maroc peut aussi compter sur l'appui de solides alliés au sein de l'UA, en particulier celui de certaines anciennes colonies françaises. Mais il est bien connu que dans cette institution continentale,  le poids des décisions économiques et politiques est entre les mains de pays sous influence anglo-saxonne, comme l'Afrique du Sud ou le Nigeria. Ces deux pays, avec  l'Algérie, sont les trois membres qui soutiennent de la manière la plus inébranlable le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance, et sont donc les plus fervents alliés de la RASD.

Isolement continental

Le Maroc a abandonné l'OUA à cause du Sahara occidental, et 32 ​​ans plus tard, il revient frapper officiellement à la porte de l'organisation en raison de l'isolement qu'il a souffert au niveau continental, pour la même raison qu'en 1984. Le royaume marocain trouve cette fois une Union africaine qui a défendu la cause sahraouie au cours des dernières années, de sorte que le Maroc  ne peut même pas conditionner son admission à l'UA par la suspension, le gel ou l'expulsion de l'État sahraoui, mais seulement demander que sa présence dans l'institution africaine soit  au moins minimisée et neutralisée Le Maroc, s'il  est finalement admis, devra coexister avec la RASD, donc accepter de facto son existence en tant qu'État souverain, un fait sans précédent en 40 ans de conflit. On saura ce qu'il en sera lors de la prochaine session ordinaire de l'UA au début de 2017 à Addis-Abeba, quand son admission comme nouvel État sera discutée à l'UA.
Source : TLAXCALA

jeudi 21 juillet 2016

L’Ecole de la désillusion…L’impact de l’école a considérablement baissé. Son rôle désormais n’est plus d’éclairer et d’instruire, mais de soumettre et d’adapter à l’ordre établi.



Le déclin du niveau des élèves est une affirmation qui n’est plus à contester. Il suffit de comparer leurs acquis linguistiques et culturels avec ceux de leurs prédécesseurs des années 60 - 70 pour mesurer l’ampleur de ce constat.

D’une explication relative à la fatalité ou au développement technologique ou économique du pays, à un scepticisme à propos des finalités politiques ou encore à une remise en question du système éducatif et de ses différentes pédagogies adoptées, chacun essaye tant bien que mal, et selon son idéologie et ses références à trouver des justifications qui soient logiques et convaincantes à cette baisse du niveau. Et si la cause était un creuset où se mêlent les éléments précités ? Et s’il existait un rapport subtile entre l’économique, le politique et le pédagogique ? Le phénomène devient alors plus délicat et plus compliqué à cerner. Mais ce qui est évident, c’est que cette baisse du niveau scolaire s’aggrave au fur et à mesure que le monde s’enfonce dans le terrain de la modernité et s’enlise dans les affres du système capitaliste qui attribue à l’établissement scolaire des rôles qui servent essentiellement ses intérêts.
La régression du savoir et du savoir–faire de nos élèves n’est pas un fait fortuit. C’est le résultat d’une longue gestation suite à l’interaction de plusieurs facteurs. Il y a une trentaine d’années, on se rappelle qu’on se moquait de la défaillance flagrante d’un grand nombre de jeunes de certain pays beaucoup plus avancés dans le capitalisme, et on s’étonnait de leur ignorance historique à propos de quelques notions trop évidentes. Aujourd’hui on constate avec amertume que cette ignorance existe dans notre société avec la même flagrance, la même amplitude, si ce n’est pire.
Nous étions une société de consommation. Nous le sommes d’avantage. On ne peut pas nier que nous sommes aussi soumis aux contraintes de l’Ordre nouveau. Notre société ne fera pas l’exception et suivra le cheminement esquissé par les théories politico-économiques. C’est une machine qui répond aisément à l’animation du mécanisme intérieur qui n’est autre que le système capitaliste. Autrefois, suivre ces mutations demandait un certain temps : quelques mois voire quelques années mais avec la mondialisation et le développement des moyens de communication, ce suivisme se fait dans l’immédiat. On se demande avec consternation comment on est arrivé à ce mode de vie et à cet acharnement sur la consommation.
Cette augmentation du volume de consommation se faisait en parallèle avec une régression ou une rétrogradation sur le plan éthique. Les valeurs ne se vendent pas. C’est pourquoi le capitalisme ne s’en occupe pas trop. A vrai dire, il ne le fait que lorsqu’elles servent ses intérêts. Si ce n’est pas le cas, elles seront ignorées jusqu’à ce qu’elles tombent dans les oubliettes. Il suffit de citer la modération qui le déplait parce qu’elle fera spéculer des consommateurs avides et déréglés, et l’équité puisque le problème de la disparité sociale le gêne aux entournures pour ne citer que ces deux exemples. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner de la chute de la valeur des valeurs dans la bourse du monde capitaliste.
C’est une grande erreur que de croire que le système éducatif d’un pays puisse en rester indemne, d’autant plus si ce pays adopte une politique libérale. Et c’est donc pour une école capitaliste totale qui forme des sujets consommateurs que l’économie politique mondiale lutte de bonne guerre. Les plus grandes firmes transnationales couvertes par les hautes organisations mondiales ont confié leurs cahiers de charges aux gouvernements et à leurs ministères d’enseignement ; et c’est sans surprise que toutes les réformes et les stratégies soient à ce service à travers des programmes mis en place par des légistes et des pseudo-spécialistes ayant pour consigne de veiller à servir ces finalités. Ces réformes font de l’institution scolaire un lieu où on inculque un savoir flou, provisoire et souvent inutile et à réaliser des compétences routinières adaptées aux contextes voulus de la société moderne de consommation où il ne faudrait pas se poser trop de questions. Dans ces établissements, on donne l’impression de former des citoyens indépendants dans un climat de démocratie et de respect de droits. Or derrière cet arsenal de législations, il y a un objectif non avoué de créer une atmosphère de légèreté où règne une devise connue qui se tait toujours : laisser faire-laisser passer. C’est là qu’il serait légitime de se demander si le rendement n’était pas meilleur avec l’autoritarisme du système d’autrefois et la tyrannie du seigneur de la classe des époques révolues. Retourner à ce genre de pratiques est une chimère, approuver son efficacité est une évidence.
Dans un système libéral, l’appareil éducatif prétend opérer pour former un sujet dit indépendant capable de se décider avec logique et rationalité. Ce n’est pas tout à fait la vérité. Il est vrai qu’au sein de l’école on insiste, suite à des orientations conçues pour parvenir aux finalités voulues, sur des activités susceptibles d’éveiller la personnalité de l’élève et plus tard on lui accorde plus de droits et plus de liberté individuelle. En fait, l’objectif non déclaré de ces mesures est de ‘’vider’’ les programmes du savoir réel et de concevoir un être adapté à la société moderne, capable de choisir délibérément. Mais choisir quoi ?
On suppose souvent dans les mass-médias et on laisse instiguer même dans les programmes scolaires qu’il existe une tutelle exercée par la tradition, la société ou la conscience de laquelle il faudrait s’émanciper, et c’est là que cette panoplie de lois que nous venons de citer vient pour soulager le futur citoyen-consommateur. Je dis consommateur parce qu’en réalité, cette tutelle n’est que celle de la raison, de la mesure, de la modération, en fait de tous ce qui peut entraver la formation d’un consommateur assoiffé. Voilà pourquoi on insiste tant sur cette éducation légère dite citoyenne tellement imbibée de droits qu’elle aboutit à des élèves insolents qui marginalisent de plus en plus les valeurs qu’elle trouve inutiles. « Il est clair, en effet, que la transmission coûteuse de savoirs réels – et, a fortiori, critiques –, tout comme l’apprentissage des comportements civiques élémentaires ou même, tout simplement, l’encouragement à la droiture et à l’honnêteté, n’offrent ici aucun intérêt pour le système » Voilà pourquoi le savoir réel et les valeurs sont de plus en plus négligés.
Il va sans dire que ce que nous venons d’exposer n’est qu’un aspect entre autres qui font de l’école actuelle un établissement au service de la société moderne de consommation. Certes, on ne peut pas ignorer d’autres facteurs qui confluent vers la baisse du niveau scolaire telles les conditions sociales qui déterminent le rapport de l’élève avec les situations de l’enseignement-apprentissage, l’instabilité familiale, la volonté d’exhiber le respect des droits, le déferlement de l’informatique, l’impact de plus en plus attrayant des loisirs et en particulier le football comme produit d’abrutissement par excellence …etc. On pourrait multiplier les causes et les effets qui conflueront tous vers un enseignement de souplesse, de légèreté et de médiocrité. L’impact de l’école a considérablement baissé. Son rôle désormais n’est plus d’éclairer et d’instruire, mais de soumettre et d’adapter à l’ordre établi. Ce rôle fait de l’établissement scolaire un espace au fonctionnement hiérarchique de reproduction qui essaie de cacher les injustices du système dominant. Les finalités non avouées du système libéral-capitaliste de former des citoyens consommateurs relèvent d’une vision diminuée de toutes valeurs de justesse et s’éloignent de l’essence de l’enseignement et de l’éducation. Il faudrait repenser à une école où s’apprend plutôt le vivre ensemble, les valeurs de la solidarité et de justice sociale loin de dispositions qui préparent à l’exploitation du capitalisme.
Adil GOUMMA