lundi 18 juillet 2016

TURQUIE : La répression bat son plein après la tentative ratée de coup d’État.



La vague d’arrestation dans l’armée, la police et la magistrature était préméditée, selon le commissaire européen Johannes Hahn. La répression bat son plein en Turquie après la tentative ratée de coup d’État.
«On a au moins l’impression que quelque chose avait été préparé. Les listes sont disponibles, ce qui laisse penser que cela était préparé pour servir à un moment ou un autre», a déclaré Johannes Hahn, commissaire de l’Union européenne pour la Politique régionale et de l’intégration européenne.
La vague de représailles qui a couvert l’armée, les forces de l’ordre et les administrations régionales en Turquie devient de plus en plus large. Huit mille policiers ont été mis à pied dans l’ensemble de la Turquie, dont Istanbul et la capitale Ankara, du fait de leurs liens présumés avec le putsch manqué de vendredi soir, a déclaré lundi à Reuters un haut responsable turc. 30 gouverneurs et 50 hauts fonctionnaires ont également été limogés.
Près de 3.000 militaires et autant de juges et de procureurs ont d’ores et déjà été placés en détention provisoire dans la foulée du putsch avorté. De plus, 103 généraux et amiraux sont en garde à vue, selon les dernières informations de l’AFP, citant une agence progouvernementale.
Près de 9.000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur turc ont été limogés après la tentative de coup d'Etat manquée, a rapporté lundi l'agence de presse progouvernementale Anadolu.
Pour la commission européenne, dans la conduite de ces représailles, les autorités turques violent les normes du droit international. Selon Johannes Hahn, ce point de vue est partagé par Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne.
En réponse à la déclaration d’Erdogan, qui a indiqué dimanche entendre rétablir au plus vite la peine de mort en Turquie pour punir les participants au coup d’État avorté du 15 juillet dernier, le parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples) a fait savoir qu’il ne soutiendra pas un éventuel projet de loi à ce sujet.
«Non, nous ne le soutiendrons pas», a déclaré lundi à Reuters un porte-parole de cette formation, Ayhan Bilgen.
Recep Tayyip Erdogan avait indiqué dimanche qu’il n’allait pas négliger la demande de certains de ses partisans, qui ont réclamé l’exécution des auteurs de la tentative de putsch. Selon Erdogan, il en discuterait avec les partis de l’opposition.
Selon Ankara, la rébellion avortée a fait 290 morts, dont 190 civils et 100 putschistes, ainsi qu’au moins 1.400 blessés. Les autorités soupçonnent Fethullah Gülen, prêcheur islamique et opposant résidant à Saylorsburg (Pennsylvanie, États-Unis), d’avoir organisé la tentative de coup d’État, mais ce dernier dément son implication. À l’heure actuelle, dans l’ensemble, les forces de l’ordre ont réussi à maîtriser la rébellion, même si la tension persiste dans certains secteurs d’Istanbul et d’Ankara.
Source: Sputnik et rédaction

samedi 16 juillet 2016

Lettre ouverte à François Hollande, le Frankenstein de la République

Vendredi 14 juillet 2016
Depuis votre élection, vous prétendez lutter sans ménagement contre les organisations terroristes. Mais, en réalité, tout donne à penser que vous avez fait exactement le contraire.

 Après ce nouvel attentat terroriste qui frappe cruellement notre pays, vous avez exprimé au nom de la nation tout entière, avec émotion et dignité, votre compassion pour ses victimes. Désignant aussitôt le coupable, et nous vous supposons bien informé, vous avez appelé les Français à faire preuve d'unité et de solidarité face au "terrorisme islamiste". Vous nous avez conviés à serrer les rangs et à faire face, en mobilisant toutes nos énergies contre cette terrible menace.  

Mais cet appel légitime à la cohésion nationale en ce moment où le pays entier se sent meurtri ne saurait interdire aux citoyens d'interroger la politique qui est la vôtre. Depuis votre élection, vous prétendez lutter sans ménagement contre les organisations terroristes. Mais, en réalité, tout donne à penser que vous avez fait exactement le contraire. Car au lieu de combattre le mal, vous avez concentré vos efforts contre ceux qui tentaient de le terrasser. Vous nous disiez que vous combattiez le terrorisme, mais vous n'aviez de cesse de diaboliser et de combattre la Syrie de Bachar Al-Assad.
Cet Etat souverain, détesté de vos amis américano-sionistes parce qu'il refuse de se plier à leur diktat, vous l'avez sciemment désigné à la vindicte des mêmes criminels que ceux qui mitraillent les terrasses de nos cafés. Les mercenaires du djihad cherchaient une cible, et vous avez cyniquement désigné Damas. Oui, des milliers de jeunes ont été encouragés, par votre propagande de guerre, à aller se battre contre cet Etat honni que vous rêviez d'anéantir sous les bombes. Et c'est votre ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, qui donna le signal de cette curée, lorsqu'il déclara que Bachar Al-Assad "ne méritait pas de vivre" et que la branche syrienne d'Al-Qaida faisait du "bon boulot" en Syrie.
Vous aurez beau tenter d'occulter vos responsabilités, chacun voit que les attentats commis en France sont le résultat de votre politique. Pourquoi n'y a-t-il aucun attentat en Italie, en Argentine, au Japon ? Les Français ont-ils pris la mesure de votre refus de coopérer avec les services syriens afin d'identifier les djihadistes français susceptibles de revenir en France ? Nos compatriotes savent-ils que vous interdisez tout transfert de fonds au profit de cette majorité de Syriens vivant dans les régions sous contrôle gouvernemental ? Réalisent-ils que vous n'avez jamais eu un mot de compassion pour les nombreuses victimes syriennes des attentats d'Al-Qaida, et que vous persistez à infliger des sanctions économiques à ce peuple victime du terrorisme de masse ?
Vous étiez décidé à prendre parti dans le conflit syrien, et vous l'avez fait sous des prétextes humanitaires qui se sont effondrés comme un château de cartes, exhalant surtout un âcre parfum d'hydrocarbures. Vous embourbant, et nous avec, dans cette ornière qu'il eût fallu éviter avec prudence, vous avez exposé les Français à un effet boomerang dont on mesure à peine le potentiel destructeur. Cette violence que vous avez déchaînée chez les autres par votre politique néo-coloniale, vous l'avez ramenée à domicile ! 
Je doute que les Français vous en remercient, surtout lorsqu'ils auront renoué les fils de cette dramatique affaire. Au lendemain de ce drame, M. Hollande, passé le moment de la compassion devant les caméras et de la célébration de l'unanimité patriotique, allez-vous remettre de nouvelles médailles aux banquiers de la terreur ? Condamnant le crime terroriste côté cour, irez-vous encore dîner, côté jardin, avec ses sponsors saoudiens ? Avec George W. Bush, les USA ont eu leur Dr Frankenstein, l'apprenti-sorcier de la géopolitique du chaos. Avec vous, c'est match nul. Les Français ont désormais le leur.
En rangeant la France du côté d'une rébellion sectaire, mafieuse et manipulée, en vous croyant habile alors que vous n'êtes qu'un semi-habile, vous avez nourri le monstre qui nous frappe aujourd'hui de ses tentacules. Allié objectif de Daech tant qu'il combattait Assad, vous avez juré sa perte après les premiers assassinats d'Occidentaux en Irak, nourrissant alors le ressentiment de cette mouvance criminelle dont vous attendiez sans doute davantage de compréhension !
Conseillé par de pseudo-experts dont l'indépendance intellectuelle est proportionnelle au chèque que vous leur versez, vous êtes désormais condamné à persévérer dans l'erreur faute de pouvoir vous déjuger. Vous allez continuer à nous jeter de la poudre aux yeux avec l'état d'urgence et à faire des moulins avec vos petits bras. Mais, à neuf mois d'une élection présidentielle où vous allez faire de la figuration, vous nous léguez surtout les fruits pourris de votre politique de gribouille, les manifestations d'incompétence d'un ministre qui confond Saddam Hussein et Bachar Al-Assad ne parvenant même plus à nous faire rire en ce jour de malheur.

Bruno Guigue (15/07/2016)
 

vendredi 15 juillet 2016

CHILI : L’infatigable combat des étudiants contre la marchandisation de l’éducation. La privatisation progressive du système universitaire se poursuit malgré certaines réformes.



Alors que le gouvernement se remettait de son humiliant échec qui a signifié la non-adoption de l’ambitieuse réforme du code du travail, un nouveau conflit social s’est ouvert, cette fois-ci sur le front éducationnel, en menaçant la stabilité politique du gouvernement. Tout a commencé quelques jours avant le discours de la Présidente Bachelet sur l’état de la nation (le 21 mai dernier) lorsqu’un groupe de lycéens a pénétré de manière surprenante dans l’entrée principale de La Moneda (le siège du gouvernement) pour protester devant le bureau de la Présidente contre la réforme de l’Education, considérée « trop modérée » par les fédérations lycéennes et universitaires. La manifestation a marqué le début d’une escalade de tensions entre les autorités et les fédérations, qui se sont répercutées dans les rues des principales villes du pays où les dernières marches ont viré rapidement à des affrontements avec les policiers. À Valparaiso, une personne est décédée lors des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre tandis qu’à Santiago une église du centre-ville a été saccagée par des manifestants cagoulés.
Malgré ces conséquences (dénoncées par les fédérations qui ont rendu les « groupes antisystème » responsables de la dégénération des protestations), les manifestations ont réussi à inscrire sur l’agenda politique les revendications des étudiants alors qu’on croyait clôturé le débat sur l’éducation. En effet, la promesse de la Présidente Bachelet de mettre en œuvre une vaste réforme de l’éducation avait laissé croire au centre-gauche que le mouvement scolaire et universitaire serait inconditionnellement aux côtés du gouvernement et non contre lui comme en 20111. Quels sont les facteurs qui ont mené les fédérations à reproduire le mouvement étudiant d’il y a cinq ans en soumettant le gouvernement Bachelet à l’une de ses crises politiques les plus graves?

Une réforme très polémique

La victoire de Bachelet en 2013 est impossible à comprendre sans sa promesse-phare de modifier radicalement le modèle éducatif chilien. Les anciens dirigeants du mouvement lycéen et universitaire de 2011 ont en effet soutenu sa candidature sous condition d’inclure la réforme dans son programme gouvernemental, lui assurant ainsi la « paix sociale ». En lignes générales, la réforme prônée par la Présidente prévoyait initialement trois modifications du modèle éducatif, à savoir : 1) rendre gratuit l’enseignement scolaire et universitaire, 2) mettre fin aux établissements scolaires et universitaires à but lucratif et 3) renforcer le contrôle de l’Etat sur les universités privées. Autrement dit, la réforme visait un changement radical du modèle d’éducation hérité de la dictature de Pinochet en passant d’un système contrôlé par le marché vers un système solidaire financé indirectement par les plus riches au travers d’une structure fiscale similaire à celle ayant existé jusqu’à la chute du gouvernement Allende (1973).

Etant donné l’ampleur de la tâche, le gouvernement a divisé le projet de réforme en trois volets ayant comme objectif son adoption globale en 2017 ; le premier volet concernant l’enseignement primaire et secondaire, le deuxième le système de formation des enseignants et le troisième, peut-être le plus complexe, la réforme universitaire.
Le premier volet de la réforme de l’Education, dit « loi sur l’inclusion », a été adopté rapidement par le parlement en janvier 2015 avec l’unanimité des partis de la coalition au pouvoir « Nueva Mayoría ». A l’époque, l’autorité de la Présidente Bachelet sur la coalition était incontestable et sa popularité n’était pas encore frappée par les scandales de corruption. La « loi sur l’inclusion » prévoit la mise en place d’une dizaine de mesures qui visent la fin de la discrimination sociale à travers la suppression des écoles primaires et secondaires à but lucratif et la fin du système éducatif mixte (établissements scolaires privés subventionnés par l’Etat). Ce premier volet vise également la gratuité de l’Education scolaire pour tous les enfants et la suppression du droit des écoles à sélectionner et à expulser leurs élèves, sauf dans des situations remettant en danger la sécurité des écoles.
En revanche, l’ampleur des modifications que prévoyaient les deux autres volets de la réforme, ajoutée à la crise politique provoquée par la démission de Rodrigo Peñailillo, premier Ministre de l’Intérieur de l’actuelle administration et idéologue du programme de gouvernement, a rendu difficile leur adoption. La tentative du gouvernement de modifier le système de formation des enseignants des écoles publiques, en introduisant un article sur la loi qui conditionne le montant de leurs salaires à leur niveau de formation et de perfectionnement (modification qui cherche l’amélioration de la qualité de l’enseignement), a provoqué la réaction du syndicat des enseignants (Colegio de Profesores) qui a fait appel à un mouvement de grève et cette grève a duré plus d’un mois.
La longueur de la crise a contraint la Présidente Bachelet à destituer en juin 2015 le Ministre de l’Education. Son départ a permis au gouvernement de sortir de l’impasse et de poursuivre les négociations avec le syndicat des enseignants sans pour autant éviter la multiplication de tensions au sein de la « Nueva Mayoría » entre la Démocratie Chrétienne (DC) et le Parti Communiste (PC), accusé par la DC de mener une politique ambiguë vis-à-vis de la réforme en soutenant à la fois le gouvernement et les mobilisations du syndicat des enseignants.
Ces tensions se sont encore accrues à l’occasion du débat autour de la réforme universitaire et notamment du projet de gratuité de l’enseignement supérieur en raison des nombreux intérêts en jeu tant du côté de l’élite politique dirigeante et du patronat que du côté de la gauche et des fédérations universitaires. Le projet gouvernemental prévoyait originalement une transition de six ans à partir de 2015, depuis un système d’enseignement universitaire payant vers un système gratuit, la première étape bénéficiant à 70% des jeunes issus des familles les plus pauvres et la dernière à la totalité des étudiants de l’éducation supérieure sans prendre en compte leur origine sociale. Il prévoyait également la création d’une surintendance de l’éducation supérieure chargée de surveiller le fonctionnement des universités privées y compris les établissements catholiques.
Malgré l’accord initial de tous les partis de la « Nueva Mayoría » autour de ces deux propositions, la DC les a remis en cause en brandissant comme argument que le système éducatif géré par les gouvernements de la Concertation entre 1990 et 2010 a donné de bons résultats et que l’augmentation du nombre d’universités privées a « démocratisé » l’enseignement en permettant aux couches défavorisées d’y avoir accès.
Aux critiques de la DC se sont ajoutées celles des universités privées et des centres de formation technique ne faisant pas partie du Conseil de Recteurs (CRUCH) qui ont fustigé l’idée du gouvernement de ne faire bénéficier avec la gratuité que les étudiants inscrits dans un groupe restreint d’universités en laissant dehors toutes les autres. Ces établissements ont dénoncé une tentative de « discrimination » de la part du gouvernement en argumentant que la plupart des étudiants issus des familles défavorisées sont inscrits dans des établissements privés, dénonciation qui a été démentie par le gouvernement qui a déclaré que la gratuité dans la totalité des universités privées constituait une « subvention masquée ».
En décembre 2015, la droite a décidé de soumettre cette question à l’avis du Tribunal Constitutionnel (« troisième chambre » chargée de trancher sur une question non-résolue au parlement) paralysant le débat au parlement autour de la gratuité. Le tribunal a qualifié « d’arbitraire et discriminatoire » le projet du gouvernement, donnant ainsi raison à la droite et aux établissements privés hors du CRUCH. Soumise à la pression des partis de gauche qui voulaient coûte que coûte l’adoption de la gratuité avant l’ouverture de l’année universitaire (avril 2016), la Présidente s’est déclarée in extremis ouverte à négocier avec les universités privées hors du Conseil de Recteurs afin de sortir de l’impasse. Le gouvernement a fini par céder et le nombre des universités privées diffusant une éducation gratuite s’est accru.

L’origine de la révolte des étudiants

Ces négociations sont à l’origine de la grogne actuelle des fédérations lycéennes et universitaires. Elles dénoncent le fait que l’idée initiale de faire de l’éducation supérieure un droit et non pas un produit de consommation a été déformée par le dialogue entre le gouvernement et les établissements privés dont certaines formations sont devenues gratuites malgré leur faible qualité et l’absence d’un système de sélection d’entrée. L’Examen de Sélection Universitaire (PSU), obligatoire pour accéder aux universités du Conseil de Recteurs, rend déloyale la concurrence entre établissements publics et privés en aggravant d’ailleurs les inégalités entre les étudiants pauvres et les étudiants riches. Les premiers préfèrent les universités privées sans système de sélection et donc de faible qualité tandis que les étudiants riches préfèrent les universités traditionnelles (publiques) avec système de sélection, donc d’une qualité supérieure. Résultat : le nombre d’inscrits dans les universités privées dépasse de loin celui des universités publiques (voir le tableau ci-dessous). Ainsi, et paradoxalement, le système mis en place par le centre-gauche reproduit les inégalités existantes car les étudiants socialement défavorisés reçoivent une formation, même gratuite, médiocre par rapport aux étudiants riches.
Cela explique les occupations des lycées et les protestations des universitaires contre le système de gratuité défendu par le gouvernement. La tension montante et le risque de dégénération des protestations ont contraint la Ministre de l’Education, Adriana Delpiano, à s’ouvrir aux négociations avec la CONFECH (Confédération des Étudiants du Chili) autour d’une pétition qui vise, parmi d’autres objectifs, la suppression de l’Examen de Sélection Universitaire (PSU) afin de démocratiser l’accès aux établissements publics, la fermeture pure et simple des universités privées qui violent la loi contre les institutions à but lucratif, l’interdiction d’ouvrir de nouveaux établissements privés, la suppression de la dette bancaire de nombreux étudiants ayant financé leurs études avec un crédit universitaire et la non-intervention de la banque dans le nouveau système. Les fédérations souhaitent que la plupart de leurs exigences soient prises en compte et ajoutées au projet de réforme universitaire avant qu’il soit présenté au parlement. L’objectif : revenir aux sources et éliminer du projet actuel ses nombreuses contradictions.

Source: Investig’Action