Production
moyenne de 70 tonnes par an, les mines d’or du Mali génèrent des centaines de
milliards CFA. Mais l’Etat malien et les populations installées sur les sites
n’y voient que du feu à cause, notamment, du système mafieux mis en place par
les sociétés minières, avec la complicité tacite de la Banque mondiale.
« Parce qu’il n’a pas les moyens
techniques d’extraire son or et que la Banque mondiale en a décidé ainsi,
l’Etat malien n’est qu’un actionnaire minoritaire des entreprises exploitantes,
présentes sur son sol ».Dans un rapport d’enquête, publié en 2007 déjà, la
Fédération Internationale des Droits de l’Homme(FIDH) lève un coin du voile sur
la gestion faite de l’or malien par les multinationales. Troisième producteur mondiale d’or, après l’Afrique du
Sud et le Ghana, le Mali n’en demeure pas moins l’un des pays les plus pauvres
au monde.
Ce constat de la FIDH a été
corroboré par d’autres rapports, élaborés par des organisations
internationales. Selon le ministère malien des Mines, la valeur totale des
exportations d’or a atteint, en 2014, 863 milliards CFA. Soit, plus de 70 % des
recettes d’exportation totale du Mali. Mais elle n’a contribué au budget qu’à
hauteur de 254,3 milliards CFA. Soit 25 % des recettes budgétaires et 8 % du
PIB. Et comme si cela ne suffisait pas, les populations installées sur ce site
n’y voient que de la poussière. La contribution totale des sociétés minières au
développement local, est insignifiante. En 2014, seulement 1 milliard CFA avait
été affecté à l’ensemble des villages de Kayes abritant ces mines.
Espoirs déçus
« Les attentes des communautés
locales, en ce qui concerne l’amélioration du niveau de vie socio-économique
(éducation, formation, création d’emplois, réalisation d’infrastructures) ne
sont pas comblées », indique un élu local.
Et Mr Amadou Konaré, opérateur
économique de cette localité d’ajouter : « Franchement, nous ne savons pas ce
que l’exploitation minière a rapporté aux populations de Syama, Fourou, et du
cercle de Kadiolo. La preuve, c’est que la SOMISY (Société Minière de Syama)
n’est pas parvenue à bitumer un tronçon de moins de 100 km, entre la mine et la
route nationale reliant le Mali à la Côte-d’Ivoire. Pendant l’hivernage, cet
axe est impraticable. Sans compter que les populations de Fourou souffrent
toujours d’une grave pénurie d’eau en saison sèche ».
Face à la réaction des populations,
la SOMISY rappelle avoir doté le village de Fourou d’un lycée public, d’une
salle de spectacle, d’un château d’eau et de salles de classes. Insuffisant,
jugent les populations au regard des centaines de milliards CFA générés, chaque
année, par les mines de cette localité.
Et l’ONG britannique, Alert, de
rappeler, dans son rapport international que les « communautés à la base
bénéficient peu de l’exploitation minière »
dans la région de Kayes. Dans le domaine des emplois, les attentes sont
loin d’être comblées. Faute d’emplois bien rémunérés dans les mines, les jeunes
des localités abritant les mines se voient obligés d’émigrer. Soit vers
l’Europe soit vers les villes.
Et un universitaire, originaire de
cette localité, de pointer un doigt accusateur vers le gouvernement, qui ne
fait rien, ou presque, pour défendre ses intérêts. Et ceux des populations
locales : « Nous ne devons pas en vouloir aux sociétés minières, mais au
gouvernement et surtout à nos élus, qui ne défendent pas comme il se doit les
intérêts communautaires ».
De son côté, le gouvernement
explique cette situation par le manque de coordination entre les actions des
différentes sociétés minières opérant dans les mêmes zones géographiques.
Ainsi, dit-il, chaque société minière dispose d’un plan de développement
communautaire qu’elle met en œuvre, sans concertation avec les autres. En
clair, la mise en œuvre du plan de développement local est laissée au bon
vouloir des sociétés minières.
L’origine de ce
paradoxe
A l’origine de ce paradoxe, un plan
diabolique, pensé et mis en œuvre par la Banque mondiale, au profit des
multinationales. Surendetté, le Mali n’avait d’autre choix que de se soumettre
au Programme d’Ajustement Structurel(PAS). Une ordonnance prescrite à notre
pays par le « médecin de Brettons-Wood » : la Banque mondiale. C’était dans les
années 80.
Pour elle, les Etats africains sont
inaptes à disposer d’une industrie minière, c’est-à-dire, trop pauvres pour
assumer des investissements liés aux capacités techniques des industries
minières. Du coup, son diagnostic tombe comme un couperet : exiger de nos pays
qu’ils se dotent d’un code minier attractif, c’est-à-dire, profitable aux
multinationales.
C’est ainsi qu’en 1995, près de 35
pays africains réforment leur code minier. Au Mali, la réforme du code minier
est intervenue dès 1991. Car la toute puissante Banque mondiale menaçait de
fermer le « robinet à sous » à notre pays. Et ce qui devrait arriver, arriva.
L’Etat malien
clochardisé
La brèche étant ouverte, les
multinationales s’y engouffrent. Avec, sous leurs bras, leurs capitaux. Elles
lèvent des fonds à la bourse de Toronto (Canada) des fonds destinés à
l’Afrique. Notamment, au secteur minier.
Au Mali, trois multinationales
détiennent le monopole de l’or : Anglogold Ashanti, Rangold et Iamgold.
Selon le rapport d’enquête de la
FIDH, la mine d’or de Morila est la parfaite illustration de la gestion
mafieuse des mines d’or du Mali par les sociétés minières.
En juillet 2000, explique le
rapport, Rangold cède 40 % de son permis d’exploitation à Anglogold. Ensemble,
elles créent Morila Limited qui, avec l’Etat malien, actionnaire à hauteur de
20 %, donnera naissance à une société fantôme, dénommée « Morila- SA ». C’est
cette dernière qui énumère Anglogold Ashanti – services Mali –SA comme
opérateur minier. Ainsi 1 % des ventes d’or lui reviennent, au titre de frais
de gestion. A titre d’exemple, cette société fantoche a perçu, en 2005, un
million de dollars de frais de consultation. Pour avoir fait quoi ? Vous
demandez-vous ! Rien !
Autre exemple de la gestion mafieuse
de l’or malien par les sociétés minières, selon la FIDH : Morila- SA, à son
tour, ne traite que le minerai extrait. Son extraction, elle, est confiée à une
autre société : SOMADEX.
Filiale du Groupe français Bouygues,
cette société s’attribue la part du lion. Pour avoir investi dans le matériel
d’extraction du minerai. Voilà, schématiquement, comment les fonds générés par
l’or malien, sont repartis entre les multinationales et les sociétés de
sous-traitance.
A noter que la mine d’or de Morila
arrive à épuisement. De classe mondiale, elle est contrôlée à 40 % par
Anglogold Ashanti ; 40 % par Rangold- Ressources et 20 % par l’Etat malien. En
quinze ans d’exploitation, elle a produit plus de 6 millions d’onces d’or. Mais
elle n’a rapporté, à l’issue de ces 15 ans d’exploitation, que 2 pauvres
milliards de dollars.
L’Etat malien
et la portion congrue
Au cours de sa conférence de presse,
organisée la semaine dernière, l’Organisation internationale Publiez Ce Que
vous Payez, en abrégé PCQVP, dénonce le manque à gagner, accusé par
l’Etat, suite aux exonérations accordées
aux sociétés minières.
« Les contrats miniers révèlent,
malgré une évolution positive, plusieurs problèmes qui sont à l’origine des
manque à gagner considérables pour l’Etat malien. Parmi ces problèmes, on peut
citer les nombreuses exonérations accordées aux sociétés minières, ainsi que
les clauses de stabilité contenues dans les contrats miniers », déplore le
rapport de PCQVP. Et le même rapport de préciser : « Nous avons constaté une
baisse progressive d’impôts au profit des sociétés minières au Mali. Le code
minier de 1999 consacre au trésor malien 35 % de leurs bénéfices, au lieu des
45 % prévus en 1991. Le code 2012 stipule, lui, un versement de seulement 30 %
des bénéfices au trésor malien », regrette Nouhoun Diakité, coordinateur du
PCQVP.
Aussi, les auteurs de ce rapport
déplorent le manque d’expériences des personnes chargées de négocier ces
contrats.
Bref, vingt ans après le boom de
l’exploitation aurifère au Mali, les populations attendent toujours de
bénéficier de ses retombées. Nommé ministre des Mines dans le gouvernement
Tatam Ly, Dr Boubou Cissé, actuellement ministre de l’Economie et des Finances,
avait promis un « inventaire complet de tous les contrats miniers ….S’il y a des contrats qu’il est nécessaire de revoir
dans l’intérêt du Mali, nous entamerons des négociations avec les partenaires
concernés ». Trois ans après, cette promesse est restée sans lendemain.
Source : Maliactu