samedi 31 octobre 2015

TURQUIE : Ankara, l’attentat sanglant contre la paix et la démocratie. L’opposition au régime noyée dans le sang.



Publié par A l’encontre le 15 - octobre - 2015

« Cette place est ensanglantée… » C’est cette chanson de Ruhi Su, écrite en hommage aux martyrs du massacre du 1er mai 1977 de la place Taksim [1] Le 1er mai 1977 marquait, après celui de 1976, une tentative de reconquête de la présence sur la place publique de la part des syndicalistes. Au moment où le fondateur et président du DISK-Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie, Kemal Türkler, prenait la parole, un coup de feu retentit. Rapidement, d’autres tirs partant d’endroits différents (du bâtiment du Service des eaux, de l’Hôtel Intercontinental, d’une voiture, etc.) tuèrent des travailleurs présents. La place Taksim était pleine à craquer. Une bousculade s’ensuivit, tuant 32 personnes. La police bloquait des voies de sortie. Cette attaque a été attribuée aux Loups gris, organisation d’extrême droite intégrée à « l’Etat profond » turc. Pour divers historiens, ce 1er mai marque un tournant dont une des expressions sera le coup d’Etat du 12 septembre 1980. D’ailleurs, le 1er mai 1980, toute manifestation était interdite, le couvre-feu était proclamé. Malgré cela, une grève du zèle est organisée par des travailleurs de la ville d’Istanbul. Des affrontements ont lieu dans des quartiers périphériques. Des arrestations par centaines sont effectuées. Kemal Türkler sera assassiné le 22 juillet 1980. (Réd. A l’Encontre)]], que chantait un groupe de jeunes manifestants au moment où une première explosion eut lieu, suivie quelques secondes plus tard d’une deuxième. Une nouvelle fois, l’aspiration à la paix et la démocratie a été noyée dans un bain de sang…
C’est un attentat sans précédent qui a été perpétré dans la matinée du samedi 10 octobre 2015 à proximité de la gare de train d’Ankara, la capitale de la Turquie.

L’opposition au régime noyée dans le sang

Des milliers de personnes s’étaient réunies pour participer au grand meeting pour « le travail, la paix et la démocratie » organisé par les confédérations syndicales KESK [Confédération des syndicats de fonctionnaires] et DISK [Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie], l’Union des médecins et l’Union des chambres des ingénieurs et des architectes, dans le but de protester contre la politique guerrière de l’AKP contre le peuple kurde et les dérives autoritaires du président de la République Recep Tayyip Erdogan.
Selon les derniers chiffres communiqués par le bureau de crise du HDP (Parti démocratique des peuples, réformiste de gauche lié au mouvement kurde), l’attentat kamikaze a causé la mort d’au moins 128 personnes. Alors que le nombre de blessés s’élève à 400, plus d’une trentaine de personne restent introuvables, portées disparues.

Le fruit pourri de la politique impérialiste régionale turque

Quel que soit le degré d’implication de l’Etat turc dans ce massacre, et même s’il n’a aucun rôle direct dans son organisation, il est indiscutable qu’il en est le premier responsable. Tout d’abord parce que les services de renseignement et la police, qui traquent ceux qui, dans la rue ou sur Internet, commettent le crime « d’insulter Erdogan », ont été incapable d’empêcher cet attentat… si bien sûr ils en avaient manifesté l’intention.
Mais, d’autre part, cet attentat est le résultat de la politique aveugle, interventionniste, « impérialiste régionale » du régime Erdogan vis-à-vis de la Syrie. C’est la conséquence de plusieurs années de soutien logistique, financier et militaire à maintes organisations djihadistes afin de les aider à renverser le régime d’El-Assad. C’est aussi l’aboutissement d’une obstination de la part de l’AKP au pouvoir d’empêcher par tous les moyens la consolidation d’une région autonome kurde (sous la direction du PKK-PYD), quitte à laisser Daech occuper ces terres…
Cet attentat s’inscrit aussi dans la suite des explosions du 5 juin dernier à Diyarbakir lors du meeting du HDP, et du 20 juillet à Suruç, où 34 jeunes révolutionnaires trouvèrent la mort alors qu’ils s’apprêtaient à se rendre à Kobané pour apporter leur aide et leur solidarité. Toutes ces explosions ont eu pour but de provoquer la reprise de la résistance armée par le mouvement kurde qui respectait un cessez-le-feu depuis plusieurs années.

Le mouvement kurde réprimé

Le peuple kurde a su – après de nombreuses attaques contre les locaux, les rassemblements et les activistes du HDP durant la période de campagne électorale – rester patient pour ne pas tomber dans le jeu de l’AKP et rentrer dans un nouvel engrenage de violence. Mais le massacre de Suruç a finalement été la goutte qui a fait déborder le vase, et les conflits armés ont repris depuis mi-juillet.
Erdogan n’a ainsi pas hésité à pousser le pays dans un état de guerre civile et d’état d’urgence pour mieux réprimer le mouvement kurde et son parti légal, le HDP, afin de rester au pouvoir. Il n’a pas hésité à pousser la société dans une division ethnique et culturelle-religieuse difficilement réparable pour consolider sa propre base. Enfin, il n’a pas non plus hésité à s’allier aux plus sombres acteurs politiques, tels que le Hezbollah de Turquie [organisation islamiste « pilotée » dans les années 1990 pour attaquer les membres du PKK] ou bien certaines forces de l’extrême droite fasciste. Ainsi, un jour avant le meeting d’Ankara, le mafieux-fasciste Sedat Peker, très populaire parmi l’extrême droite et notamment chez les « loups-gris », organisait dans la ville de Rize un rassemblement « contre le terrorisme » et en soutien à Erdogan, où il affirmait que « le sang allait couler à flot »…
C’est effectivement ce qui s’est passé, le sang, notre sang, celui de ceux qui combattent pour la paix et la liberté a coulé à flot, « tel un ruisseau » comme ils l’espéraient. Mais c’est aussi dans ce sang que vont se noyer toutes leurs sombres espérances à instaurer un régime dictatorial. (Istanbul, 15 octobre 2015).

Notes

[1] Le 1er mai 1977 marquait, après celui de 1976, une tentative de reconquête de la présence sur la place publique de la part des syndicalistes. Au moment où le fondateur et président du DISK-Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie, Kemal Türkler, prenait la parole, un coup de feu retentit. Rapidement, d’autres tirs partant d’endroits différents (du bâtiment du Service des eaux, de l’Hôtel Intercontinental, d’une voiture, etc.) tuèrent des travailleurs présents. La place Taksim était pleine à craquer. Une bousculade s’ensuivit, tuant 32 personnes. La police bloquait des voies de sortie. Cette attaque a été attribuée aux Loups gris, organisation d’extrême droite intégrée à « l’Etat profond » turc. Pour divers historiens, ce 1er mai marque un tournant dont une des expressions sera le coup d’Etat du 12 septembre 1980. D’ailleurs, le 1er mai 1980, toute manifestation était interdite, le couvre-feu était proclamé. Malgré cela, une grève du zèle est organisée par des travailleurs de la ville d’Istanbul. Des affrontements ont lieu dans des quartiers périphériques. Des arrestations par centaines sont effectuées. Kemal Türkler sera assassiné le 22 juillet 1980. (Réd. A l’Encontre)1

jeudi 29 octobre 2015

La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient risque de s'accroître .La dépendance alimentaire de ces régions n'a cessé de croître depuis cette période, passant de 10% en 1961 à 40% aujourd'hui. (Inra)



La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient risque de s'accroître d'ici à 2050 si les tendances de production et de consommation persistent, avec le changement climatique comme facteur aggravant, selon une étude présentée mercredi par l'Inra.
La part des produits agricoles importés dans la consommation alimentaire passerait de 40% aujourd'hui à au moins 50%, voire davantage si l'on tient compte des effets du réchauffement climatique, selon les scénarios mis au point par trois chercheuses de l'Institut national de la recherche agronomique.
"L'impact essentiel provient du réchauffement climatique. La maîtrise de ses effets est fondamentale pour assurer la sécurité alimentaire globale", a souligné Chantal Le Mouel, une des auteurs de l'étude. Le scénario de base table sur une poursuite de l'accroissement démographique, avec une population en hausse de 50% d'ici 2050, et sur une occidentalisation du régime alimentaire, avec davantage de calories consommées, sous forme de céréales et de volaille. Le besoin en terres cultivées augmenterait, ainsi que le recours aux importations.
L'évolution serait encore plus inquiétante en prenant en compte une hausse de 2 degrés de la température moyenne globale, qui viendrait accroître l'aridité de régions déjà peu propices à l'agriculture. Dans ce second scénario, les pays du Maghreb et du Proche-Orient seraient frappés de plein fouet, perdant respectivement la moitié et le quart de leurs surfaces cultivables. En revanche, une hausse des températures permettrait à la Turquie d'augmenter sa production agricole de 15%, devenant un acteur clé de l'approvisionnement de la région. Celle de l'Egypte resterait stable grâce à l'irrigation de la vallée du Nil.
Ces projections "posent la question d'une stratégie de développement de l'élevage basée sur des produits importés" pour nourrir les animaux, notamment blé et maïs, comme c'est devenu la règle depuis les années 60, estime Chantal Le Mouel. La dépendance alimentaire de ces régions n'a cessé de croître depuis cette période, passant de 10% en 1961 à 40% aujourd'hui. La demande en produits alimentaires a été multipliée par 6 durant cette période, surtout pour les céréales, l'huile et le sucre.
La production de ces denrées, bien que quadruplée, "n'a pas suffi à suivre la croissance démographique" à cause d'une "progression trop faible des rendements", a expliqué la chercheuse Pauline Marty. "Cette dépendance est une source très importante de vulnérabilité pour la région, avec des factures de céréales qui pèsent très lourd dans le budget des Etats n'ayant pas de ressources pétrolières", a-t-elle souligné. La flambée des prix du blé, et donc du pain, en 2008-2010 a été l'un des éléments déclencheurs des "printemps arabes", a-t-elle rappelé.
Les principaux fournisseurs de la région en produits agricoles sont l'Union européenne, les Etats-Unis, l'Amérique du Sud (Brésil, Argentine), la Russie et les pays de l'ex-URSS.
Pour réduire la dépendance alimentaire, "il faut une combinaison de leviers: des politiques publiques et des investissements importants, ainsi que des conditions socio-économiques favorables", a souligné la chercheuse Agneta Forslund. Mais les conflits moyen-orientaux constituent un obstacle majeur. "Là où résonnent les armes, c'est la sécurité alimentaire qui se dérègle", a estimé Sébastien Abis, chercheur au Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM).
AFP
28/10/2015

YEMEN : On ne voit pas la fin de la guerre. L’attaque saoudienne sur les hauts plateaux yéménites et à Sanaa est toujours coincée là où elle a commencé.



 Cette carte - qui ne manque pas d’humour - de la guerre au Yémen a été postée par Haykal Bafana, il y a cinq semaines.

voir la carte en plus gros 

Mon dernier post important sur la guerre contre le Yémen date du 9 septembre. Depuis, rien qui mérite d’être relaté n’est arrivé. Peu de choses ont changé dans les positions sur le champ de bataille. Le bombardement quotidien saoudien des villes se poursuit, le blocus saoudo-étasunien sur le pays se poursuit et une terrible famine est imminente.
Les Houthis se battent encore contre les Saoudiens à Marib, dans le nord-est. Ils continuent d’envahir les anciennes zones yéménites au nord de l’Arabie Saoudite. Ils ciblent toujours les navires saoudiens qui approchent de la côte yéménite à l’ouest. (Deux auraient été touchés.) Ils continuent à bombarder à l’aveuglette les positions de la coalition saoudienne à Taiz. Des groupes d’Al-Qaïda et de l’État islamique continuent d’engloutir plus de territoire au sud-est du pays et autour d’Aden. L’attaque saoudienne sur les hauts plateaux yéménites et à Sanaa est toujours coincée là où elle a commencé.
La coalition saoudo-étasunienne comprenait des troupes des Émirats Arabes Unis qui avait atterri à Aden. Elles ont amené avec elles le « gouvernement » sponsorisé par l’Arabie Saoudite de l’ancien président Hadi. Mais Hadi est reparti au bout de seulement 24 heures, et le bâtiment que le « gouvernement » occupait à Aden a été la cible de deux attentats suicides à la voiture piégée. D’autres soldats des Émirats Arabes Unis ont été tués et le « gouvernement » est reparti s’installer dans un centre de congrès de Riyad, en Arabie Saoudite. Et maintenant, les troupes des Émirats Arabes Unis ne sortent plus de leurs campements.
Le « vice-président » Khaled Bahah tente d’organiser des pourparlers de paix, mais ni les Saoudiens, ni personne d’autre, ne l’écoutent. L’ONU organise aussi des pourparlers de paix, mais personne n’en attend rien. Mohammad bin Salman, le « jeune leader » d’Arabie saoudite qui est complètement fou, veut avoir ce qu’il veut ou continuer la guerre.
La semaine dernière, les troupes du Soudan payées par les Saoudiens, ont débarqué à Aden. Les États-Unis sont maintenant dans une coalition avec le Soudan alors même qu’ils accusent ces mêmes troupes de génocide au Darfour. Hier, les soldats soudanais ont été victimes d’un attentat suicide à la voiture piégée et environ 15 d’entre eux sont morts. Environ 500 soldats doivent également arriver de Mauritanie. Ils ne s’en tireront pas mieux. Les Saoudiens ont également embauché 800 mercenaires chrétiens de Colombie. Al-Qaïda et l’Etat Islamique les attendent avec fébrilité.
Les Saoudiens croient vraiment qu’ils peuvent acheter tout et tout le monde et que cela leur permettra d’arriver à leurs fins. Mais aucun des pots de vin versé à telle ou telle tribu yéménite pour se battre contre les Houthis n’a changé les positions sur le terrain. Toutes leurs armes de haute technologie ne parviennent pas à faire la différence, ni à mettre fin au conflit. Aucune de leurs troupes mercenaires n’a la moindre chance contre des Yéménites farouchement indépendants qui défendent leurs maisons. Tout le soutien que les États-Unis donnent aux Saoudiens engendre seulement plus de mort, de destruction et de misère.
Cette guerre contre le Yémen est le plus stupide qu’on puisse imaginer. Il n’y a rien à y gagner pour personne. Qui le dira aux Saoudiens ?
Moon of Alabama
Traduction : Dominique Muselet

mardi 27 octobre 2015

Déclaration de Georges Abdallah, lue devant la grille de la prison de haute-sécurité de Lannemezan. Leurs prisons ne seront jamais les nôtres.



dimanche 25 octobre 2015

Cher"e"s camarades, cher"e"s amies,
À quelques mètres de ces murs, de ces barbelés et autres miradors, l’écho de vos slogans résonne dans nos têtes et nous transporte loin de ces sinistres lieux. Certainement votre mobilisation aujourd’hui ne laisse personne indifférent ici ; si près de nos cellules, elle nous apporte beaucoup de chaleur et suscite autant d’émotion et d’enthousiasme. Quant aux gardiens, ils s’y attendaient ; en quelque sorte, depuis le temps qu’il y a des prisonniers politiques ici, ils s’y sont habitués…
À l’aube de cette 32ème année de captivité Camarades, force est de constater que la politique d’anéantissement dont font l’objet les protagonistes révolutionnaires incarcérés, est vouée immanquablement à l’échec, dans la mesure où l’on assume la solidarité sur le terrain de la lutte anticapitaliste/ anti-impérialiste. On n’y insiste jamais assez camarades, ce n’est qu’en assumant la solidarité sur le terrain de la lutte de classe en cours et dans toutes ses dimensions que l’on apporte le soutien le plus efficace à nos camarades prisonniers.
Dans la guerre déchainée contre les masses populaires ici, dans les centres du système ainsi que dans ses périphéries, les réactionnaires de tous bords cherchent par tous les moyens à en finir avec les prisonniers révolutionnaires en tant que référence vivante de la Résistance et de la lutte. Ils leur faut absolument les transformer en épouvantail servant à terroriser les jeunes rebelles récalcitrants. À défaut de pouvoir les briser afin qu’ils abjurent et renient leurs convictions, il faut les enterrer vivants, et ainsi s’en servir pour peser sur le moral de ceux et celles qui luttent.
Camarades, les diverses initiatives solidaires que vous avez su développer ce dernier temps, non seulement ont participé efficacement à démasquer l’absurdité de l’acharnement judiciaire et de la vengeance d’État, mais surtout elles ont apporté un cinglant démenti à tous ceux et celles qui misaient sur l’essoufflement de votre élan solidaire. Vous êtes toujours là Camarades, sur le terrain de la lutte et vos multiples initiatives réconfortent et fortifient plus que jamais ma résolution et ma détermination. À mes côtés ici des valeureux camarades Basques résistent aussi depuis tant d’années. La suspension des peines pour raison médicale est systématiquement refusée du moment où l’on est un militant Basque. Le cas du camarade Ibon Fernandez est symptomatique à cet égard.
Comme vous voyez Camarades, du début de ce mois les masses populaires palestiniennes et tout particulièrement les jeunes ont réussi à mettre en évidence la place de la Palestine sur le devant de la scène dans la lutte contre la barbarie de l’occupant sioniste. Une troisième grande Intifada est déjà en cours. Nul besoin d’experts pour expliquer les raisons de cette Intifada et de ses diverses modalités de lutte. Le niveau d’oppression et d’humiliation que les sionistes infligent au quotidien à tout un peuple ne peut que susciter cette explosion et nourrir son affirmation et sa propagation et à plus forte raison sa victoire…
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et sa prometteuse Intifada.
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la jeunesse libanaise en lutte !
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveurs des masses populaires kurdes et ses valeureux combattants.
À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes !
Honneur aux martyrs et aux peuples en lutte !
La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes, et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie et ailleurs de par le monde !
Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ! À vous tous Camarades et ami« e »s mes plus chaleureuses salutations.
Votre camarade Georges Abdallah.