jeudi 29 octobre 2015

La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient risque de s'accroître .La dépendance alimentaire de ces régions n'a cessé de croître depuis cette période, passant de 10% en 1961 à 40% aujourd'hui. (Inra)



La dépendance alimentaire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient risque de s'accroître d'ici à 2050 si les tendances de production et de consommation persistent, avec le changement climatique comme facteur aggravant, selon une étude présentée mercredi par l'Inra.
La part des produits agricoles importés dans la consommation alimentaire passerait de 40% aujourd'hui à au moins 50%, voire davantage si l'on tient compte des effets du réchauffement climatique, selon les scénarios mis au point par trois chercheuses de l'Institut national de la recherche agronomique.
"L'impact essentiel provient du réchauffement climatique. La maîtrise de ses effets est fondamentale pour assurer la sécurité alimentaire globale", a souligné Chantal Le Mouel, une des auteurs de l'étude. Le scénario de base table sur une poursuite de l'accroissement démographique, avec une population en hausse de 50% d'ici 2050, et sur une occidentalisation du régime alimentaire, avec davantage de calories consommées, sous forme de céréales et de volaille. Le besoin en terres cultivées augmenterait, ainsi que le recours aux importations.
L'évolution serait encore plus inquiétante en prenant en compte une hausse de 2 degrés de la température moyenne globale, qui viendrait accroître l'aridité de régions déjà peu propices à l'agriculture. Dans ce second scénario, les pays du Maghreb et du Proche-Orient seraient frappés de plein fouet, perdant respectivement la moitié et le quart de leurs surfaces cultivables. En revanche, une hausse des températures permettrait à la Turquie d'augmenter sa production agricole de 15%, devenant un acteur clé de l'approvisionnement de la région. Celle de l'Egypte resterait stable grâce à l'irrigation de la vallée du Nil.
Ces projections "posent la question d'une stratégie de développement de l'élevage basée sur des produits importés" pour nourrir les animaux, notamment blé et maïs, comme c'est devenu la règle depuis les années 60, estime Chantal Le Mouel. La dépendance alimentaire de ces régions n'a cessé de croître depuis cette période, passant de 10% en 1961 à 40% aujourd'hui. La demande en produits alimentaires a été multipliée par 6 durant cette période, surtout pour les céréales, l'huile et le sucre.
La production de ces denrées, bien que quadruplée, "n'a pas suffi à suivre la croissance démographique" à cause d'une "progression trop faible des rendements", a expliqué la chercheuse Pauline Marty. "Cette dépendance est une source très importante de vulnérabilité pour la région, avec des factures de céréales qui pèsent très lourd dans le budget des Etats n'ayant pas de ressources pétrolières", a-t-elle souligné. La flambée des prix du blé, et donc du pain, en 2008-2010 a été l'un des éléments déclencheurs des "printemps arabes", a-t-elle rappelé.
Les principaux fournisseurs de la région en produits agricoles sont l'Union européenne, les Etats-Unis, l'Amérique du Sud (Brésil, Argentine), la Russie et les pays de l'ex-URSS.
Pour réduire la dépendance alimentaire, "il faut une combinaison de leviers: des politiques publiques et des investissements importants, ainsi que des conditions socio-économiques favorables", a souligné la chercheuse Agneta Forslund. Mais les conflits moyen-orientaux constituent un obstacle majeur. "Là où résonnent les armes, c'est la sécurité alimentaire qui se dérègle", a estimé Sébastien Abis, chercheur au Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM).
AFP
28/10/2015

YEMEN : On ne voit pas la fin de la guerre. L’attaque saoudienne sur les hauts plateaux yéménites et à Sanaa est toujours coincée là où elle a commencé.



 Cette carte - qui ne manque pas d’humour - de la guerre au Yémen a été postée par Haykal Bafana, il y a cinq semaines.

voir la carte en plus gros 

Mon dernier post important sur la guerre contre le Yémen date du 9 septembre. Depuis, rien qui mérite d’être relaté n’est arrivé. Peu de choses ont changé dans les positions sur le champ de bataille. Le bombardement quotidien saoudien des villes se poursuit, le blocus saoudo-étasunien sur le pays se poursuit et une terrible famine est imminente.
Les Houthis se battent encore contre les Saoudiens à Marib, dans le nord-est. Ils continuent d’envahir les anciennes zones yéménites au nord de l’Arabie Saoudite. Ils ciblent toujours les navires saoudiens qui approchent de la côte yéménite à l’ouest. (Deux auraient été touchés.) Ils continuent à bombarder à l’aveuglette les positions de la coalition saoudienne à Taiz. Des groupes d’Al-Qaïda et de l’État islamique continuent d’engloutir plus de territoire au sud-est du pays et autour d’Aden. L’attaque saoudienne sur les hauts plateaux yéménites et à Sanaa est toujours coincée là où elle a commencé.
La coalition saoudo-étasunienne comprenait des troupes des Émirats Arabes Unis qui avait atterri à Aden. Elles ont amené avec elles le « gouvernement » sponsorisé par l’Arabie Saoudite de l’ancien président Hadi. Mais Hadi est reparti au bout de seulement 24 heures, et le bâtiment que le « gouvernement » occupait à Aden a été la cible de deux attentats suicides à la voiture piégée. D’autres soldats des Émirats Arabes Unis ont été tués et le « gouvernement » est reparti s’installer dans un centre de congrès de Riyad, en Arabie Saoudite. Et maintenant, les troupes des Émirats Arabes Unis ne sortent plus de leurs campements.
Le « vice-président » Khaled Bahah tente d’organiser des pourparlers de paix, mais ni les Saoudiens, ni personne d’autre, ne l’écoutent. L’ONU organise aussi des pourparlers de paix, mais personne n’en attend rien. Mohammad bin Salman, le « jeune leader » d’Arabie saoudite qui est complètement fou, veut avoir ce qu’il veut ou continuer la guerre.
La semaine dernière, les troupes du Soudan payées par les Saoudiens, ont débarqué à Aden. Les États-Unis sont maintenant dans une coalition avec le Soudan alors même qu’ils accusent ces mêmes troupes de génocide au Darfour. Hier, les soldats soudanais ont été victimes d’un attentat suicide à la voiture piégée et environ 15 d’entre eux sont morts. Environ 500 soldats doivent également arriver de Mauritanie. Ils ne s’en tireront pas mieux. Les Saoudiens ont également embauché 800 mercenaires chrétiens de Colombie. Al-Qaïda et l’Etat Islamique les attendent avec fébrilité.
Les Saoudiens croient vraiment qu’ils peuvent acheter tout et tout le monde et que cela leur permettra d’arriver à leurs fins. Mais aucun des pots de vin versé à telle ou telle tribu yéménite pour se battre contre les Houthis n’a changé les positions sur le terrain. Toutes leurs armes de haute technologie ne parviennent pas à faire la différence, ni à mettre fin au conflit. Aucune de leurs troupes mercenaires n’a la moindre chance contre des Yéménites farouchement indépendants qui défendent leurs maisons. Tout le soutien que les États-Unis donnent aux Saoudiens engendre seulement plus de mort, de destruction et de misère.
Cette guerre contre le Yémen est le plus stupide qu’on puisse imaginer. Il n’y a rien à y gagner pour personne. Qui le dira aux Saoudiens ?
Moon of Alabama
Traduction : Dominique Muselet

mardi 27 octobre 2015

Déclaration de Georges Abdallah, lue devant la grille de la prison de haute-sécurité de Lannemezan. Leurs prisons ne seront jamais les nôtres.



dimanche 25 octobre 2015

Cher"e"s camarades, cher"e"s amies,
À quelques mètres de ces murs, de ces barbelés et autres miradors, l’écho de vos slogans résonne dans nos têtes et nous transporte loin de ces sinistres lieux. Certainement votre mobilisation aujourd’hui ne laisse personne indifférent ici ; si près de nos cellules, elle nous apporte beaucoup de chaleur et suscite autant d’émotion et d’enthousiasme. Quant aux gardiens, ils s’y attendaient ; en quelque sorte, depuis le temps qu’il y a des prisonniers politiques ici, ils s’y sont habitués…
À l’aube de cette 32ème année de captivité Camarades, force est de constater que la politique d’anéantissement dont font l’objet les protagonistes révolutionnaires incarcérés, est vouée immanquablement à l’échec, dans la mesure où l’on assume la solidarité sur le terrain de la lutte anticapitaliste/ anti-impérialiste. On n’y insiste jamais assez camarades, ce n’est qu’en assumant la solidarité sur le terrain de la lutte de classe en cours et dans toutes ses dimensions que l’on apporte le soutien le plus efficace à nos camarades prisonniers.
Dans la guerre déchainée contre les masses populaires ici, dans les centres du système ainsi que dans ses périphéries, les réactionnaires de tous bords cherchent par tous les moyens à en finir avec les prisonniers révolutionnaires en tant que référence vivante de la Résistance et de la lutte. Ils leur faut absolument les transformer en épouvantail servant à terroriser les jeunes rebelles récalcitrants. À défaut de pouvoir les briser afin qu’ils abjurent et renient leurs convictions, il faut les enterrer vivants, et ainsi s’en servir pour peser sur le moral de ceux et celles qui luttent.
Camarades, les diverses initiatives solidaires que vous avez su développer ce dernier temps, non seulement ont participé efficacement à démasquer l’absurdité de l’acharnement judiciaire et de la vengeance d’État, mais surtout elles ont apporté un cinglant démenti à tous ceux et celles qui misaient sur l’essoufflement de votre élan solidaire. Vous êtes toujours là Camarades, sur le terrain de la lutte et vos multiples initiatives réconfortent et fortifient plus que jamais ma résolution et ma détermination. À mes côtés ici des valeureux camarades Basques résistent aussi depuis tant d’années. La suspension des peines pour raison médicale est systématiquement refusée du moment où l’on est un militant Basque. Le cas du camarade Ibon Fernandez est symptomatique à cet égard.
Comme vous voyez Camarades, du début de ce mois les masses populaires palestiniennes et tout particulièrement les jeunes ont réussi à mettre en évidence la place de la Palestine sur le devant de la scène dans la lutte contre la barbarie de l’occupant sioniste. Une troisième grande Intifada est déjà en cours. Nul besoin d’experts pour expliquer les raisons de cette Intifada et de ses diverses modalités de lutte. Le niveau d’oppression et d’humiliation que les sionistes infligent au quotidien à tout un peuple ne peut que susciter cette explosion et nourrir son affirmation et sa propagation et à plus forte raison sa victoire…
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et sa prometteuse Intifada.
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la jeunesse libanaise en lutte !
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveurs des masses populaires kurdes et ses valeureux combattants.
À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes !
Honneur aux martyrs et aux peuples en lutte !
La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes, et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie et ailleurs de par le monde !
Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ! À vous tous Camarades et ami« e »s mes plus chaleureuses salutations.
Votre camarade Georges Abdallah.

mercredi 21 octobre 2015

La révolte des couteaux : La série d’attaques de passants israéliens au couteau ou au tournevis est la réponse d’une nouvelle génération palestinienne à l’arrogance israélienne et aux provocations de la droite au pouvoir.



"Est-ce une troisième Intifada" se demandent commentateurs et politiciens. Une question dont la pertinence me semble douteuse et à laquelle il est de toute façon beaucoup trop tôt pour y répondre. Plus intéressant, me semble-t-il, est de comprendre comment en sommes nous arrivés à ce que des dizaines de Palestiniennes et Palestiniens, des jeunes pour la plupart, en sont venus à attaquer le premier Israélien qu’ils rencontrent, avec un couteau, un cutter ou un tournevis, hâtivement ramassés sur la table de la maison familiale. Car il s’agit bel et bien d’initiatives individuelles et spontanées, derrière lesquelles ne se trouvent aucune consigne en provenance de telle ou telle organisation.
Netanyahou ment comme un arracheur de dents quand il affirme que c’est Mahmoud Abbas qui inspire ces jeunes, et il sait mieux que personne les efforts de ce dernier et de sa police pour tenter d’enrayer le processus en cours. Mais "Monsieur Sécurité" a besoin d’un bouc émissaire pour cacher son échec flagrant, lui qui avait centré toute sa campagne électorale sur son expertise démontrée dans le maintien du calme dans les territoires occupés, un message qui avait été reçu cinq sur cinq par l’électorat.
Les médias, dans leur majorité, reprennent le discours récurrent de Netanyahou sur le terrorisme, et depuis quelques jours on ne cesse d’utiliser les mots chers au Premier Ministre : "actes terroristes", "un terroriste âgé de 13 ans" [sic], "nous utiliserons tous les moyens pour arrêter le terrorisme". L’opinion publique suit, sans broncher.
Qui sont ces "terroristes" et qu’est-ce qui a provoque cette longue série d’attaques au couteau sur des Israéliens, en civil ou en uniforme ? Des jeunes voire très jeunes, nés après les accords d’Oslo, et qui agissent d’une manière individuelle (ou à deux au maximum), hors du cadre des organisations nationales, Hamas compris.
Et pourquoi maintenant ? Il s’agit, me semble-t-il, de la conjoncture de deux éléments qui ne sont pas lies l’un a l’autre, mais résultent tous les deux de la politique de Benjamin Netanyahou.
D’abord, l’échec reconnu par tous de ce qu’on a trop longtemps appelé "le processus de paix". Les Palestiniens, y compris la jeunesse, avait laissé pendant des années Mahmoud Abbas gérer la stratégie de libération à travers la diplomatie, c’est-à-dire en utilisant la communauté internationale comme levier qui parviendrait à obliger l’Etat d’Israël à mettre fin à l’occupation coloniale. Même le Hamas avait fait le choix de ne pas entraver les tentatives du Président de l’Autorité, tout en insistant sur le fait que le dit processus négocié était voué à l’échec, et que ses compromis ne seraient récompensés par aucune contrepartie. Apres près de dix ans pendant lesquelles Mahmoud Abbas a fait les antichambres de toutes les chancelleries et accepté d’avaler de nombreuses couleuvres, on en est toujours à la case zéro. Pire, Israël a su profiter du temps qui passe pour élargir substantiellement la colonisation de la Cisjordanie et parachever la séparation de Jérusalem Est de son arrière-pays palestinien.
Apres dix ans, le crédit d’Abou Mazen s’est complètement épuisé, en particulier parmi la jeunesse, qui ne voit aucune avancée, si ce n’est celle des colonies. L’épuisement du crédit du Président palestinien s’est accéléré avec la série de provocations du gouvernement Netanyahou après sa réélection, et en particulier les parades de députés et de ministres sur l’Esplanade des Mosquées, le Haram el Sharif.
On ne peut sous-estimer l’impact sur les jeunes palestiniens des images ou l’on voit des groupes de juifs prier (ou faire semblant de prier) sur ce lieu saint pour un milliard et demi de musulmans. Pire, aux provocations de politiciens en quête de popularité, s’ajoute l’intervention violente de la police sur l’Esplanade contre des jeunes musulmans venus protéger leur mosquée, et la profanation d’al Aqsa par des policiers qui souillent les tapis de prière avec leurs gros souliers.
Benjamin Netanyahou a osé remettre en question le statu quo négocié en 1967 par Moche Dayan et le Roi Hussein de Jordanie sur la gestion de l’Esplanade, y compris les horaires et les lieux spécifiques où les non-musulmans peuvent pénétrer sur l’Esplanade. Le chef du gouvernement israélien aurait mieux fait d’écouter les mises en garde du Roi Abdallah de Jordanie sur les risques d’explosion que provoquerait un changement du statu quo, mais le petit politicien et la peur de ce que diraient ses concurrents s’il interdisait la présence de juifs sur le site du Temple d’Israël, ont vaincu l’homme politique et le risque d’une explosion régionale généralisée.
El Aqsa est un symbole sacre pour tous les Palestiniens, athées et Chrétiens y compris. Avec les provocations sur l’Esplanade des Mosquées, l’arrogance israélienne a heurté la dignité de tous les jeunes palestiniens.
La série d’attaques de passants israéliens au couteau ou au tournevis est donc la réponse d’une nouvelle génération palestinienne à l’arrogance israélienne et aux provocations de la droite au pouvoir, sur un arrière fond d’échec reconnu de la stratégie négociée de Mahmoud Abbas et de l’Autorité Palestinienne. Le fait qu’en donnant l’ordre de tirer sur les terroristes pour les "neutraliser" Netanyahou ait fait de ces attaques à l’arme blanche des attentats suicides ne semble pas avoir eu un effet déterrent : bien au contraire, chaque attaque en stimule d’autres.
J’ai rencontré il y a deux jours un groupe de jeunes palestiniens de Bethlehem, et Safa, une étudiante chrétienne si l’on en croit le crucifix qu’elle portait, me disait son admiration pour ses compatriotes qui attaquent des israéliens au couteau : "jusqu’à présent, c’est nous qui avions peur, mais maintenant c’est au tour de Israéliens : regarde comme il n’y a personne dans leur tram, et même les rues de Tel Aviv sont complètement vides le soir." Et d’ajouter : "si j’avais plus de courage, je ferai la même chose…"
L’Autorité Palestinienne et Mahmoud Abbas ne signifie pas grand chose pour Safa et ses amis, et si le nom de Yasser Arafat les émeut encore, ils ne savent pas ce qu’est l’OLP. Bien dans l’esprit de leur temps, pour ces jeunes, les sigles, les slogans et les idéologies ont laissé la place au ressenti. Dans ce ressenti, il y a une place d’honneur pour une reconquête de la dignité perdue.
Par ses déclarations bellicistes et arrogantes, Benjamin Netanyahou ne renforce pas seulement la détermination que l’on sent de plus en plus au sein de cette jeunesse palestinienne que l’on disait dépolitisée et démobilisée ; il fait de Mahmoud Abbas un "non relevant" et rend quasiment impossible toute tentative de sa part à désamorcer la bombe qui risque non seulement de démultiplier les victimes, israéliennes et palestiniennes, mais aussi de provoquer la désintégration de l’Autorité Palestinienne. C’est bel et bien la politique du pire. Mais n’est-ce pas exactement ce que recherche le chef du gouvernement israélien ?

Source : PRESSE-TOI A GAUCHE