mercredi 21 octobre 2015

La révolte des couteaux : La série d’attaques de passants israéliens au couteau ou au tournevis est la réponse d’une nouvelle génération palestinienne à l’arrogance israélienne et aux provocations de la droite au pouvoir.



"Est-ce une troisième Intifada" se demandent commentateurs et politiciens. Une question dont la pertinence me semble douteuse et à laquelle il est de toute façon beaucoup trop tôt pour y répondre. Plus intéressant, me semble-t-il, est de comprendre comment en sommes nous arrivés à ce que des dizaines de Palestiniennes et Palestiniens, des jeunes pour la plupart, en sont venus à attaquer le premier Israélien qu’ils rencontrent, avec un couteau, un cutter ou un tournevis, hâtivement ramassés sur la table de la maison familiale. Car il s’agit bel et bien d’initiatives individuelles et spontanées, derrière lesquelles ne se trouvent aucune consigne en provenance de telle ou telle organisation.
Netanyahou ment comme un arracheur de dents quand il affirme que c’est Mahmoud Abbas qui inspire ces jeunes, et il sait mieux que personne les efforts de ce dernier et de sa police pour tenter d’enrayer le processus en cours. Mais "Monsieur Sécurité" a besoin d’un bouc émissaire pour cacher son échec flagrant, lui qui avait centré toute sa campagne électorale sur son expertise démontrée dans le maintien du calme dans les territoires occupés, un message qui avait été reçu cinq sur cinq par l’électorat.
Les médias, dans leur majorité, reprennent le discours récurrent de Netanyahou sur le terrorisme, et depuis quelques jours on ne cesse d’utiliser les mots chers au Premier Ministre : "actes terroristes", "un terroriste âgé de 13 ans" [sic], "nous utiliserons tous les moyens pour arrêter le terrorisme". L’opinion publique suit, sans broncher.
Qui sont ces "terroristes" et qu’est-ce qui a provoque cette longue série d’attaques au couteau sur des Israéliens, en civil ou en uniforme ? Des jeunes voire très jeunes, nés après les accords d’Oslo, et qui agissent d’une manière individuelle (ou à deux au maximum), hors du cadre des organisations nationales, Hamas compris.
Et pourquoi maintenant ? Il s’agit, me semble-t-il, de la conjoncture de deux éléments qui ne sont pas lies l’un a l’autre, mais résultent tous les deux de la politique de Benjamin Netanyahou.
D’abord, l’échec reconnu par tous de ce qu’on a trop longtemps appelé "le processus de paix". Les Palestiniens, y compris la jeunesse, avait laissé pendant des années Mahmoud Abbas gérer la stratégie de libération à travers la diplomatie, c’est-à-dire en utilisant la communauté internationale comme levier qui parviendrait à obliger l’Etat d’Israël à mettre fin à l’occupation coloniale. Même le Hamas avait fait le choix de ne pas entraver les tentatives du Président de l’Autorité, tout en insistant sur le fait que le dit processus négocié était voué à l’échec, et que ses compromis ne seraient récompensés par aucune contrepartie. Apres près de dix ans pendant lesquelles Mahmoud Abbas a fait les antichambres de toutes les chancelleries et accepté d’avaler de nombreuses couleuvres, on en est toujours à la case zéro. Pire, Israël a su profiter du temps qui passe pour élargir substantiellement la colonisation de la Cisjordanie et parachever la séparation de Jérusalem Est de son arrière-pays palestinien.
Apres dix ans, le crédit d’Abou Mazen s’est complètement épuisé, en particulier parmi la jeunesse, qui ne voit aucune avancée, si ce n’est celle des colonies. L’épuisement du crédit du Président palestinien s’est accéléré avec la série de provocations du gouvernement Netanyahou après sa réélection, et en particulier les parades de députés et de ministres sur l’Esplanade des Mosquées, le Haram el Sharif.
On ne peut sous-estimer l’impact sur les jeunes palestiniens des images ou l’on voit des groupes de juifs prier (ou faire semblant de prier) sur ce lieu saint pour un milliard et demi de musulmans. Pire, aux provocations de politiciens en quête de popularité, s’ajoute l’intervention violente de la police sur l’Esplanade contre des jeunes musulmans venus protéger leur mosquée, et la profanation d’al Aqsa par des policiers qui souillent les tapis de prière avec leurs gros souliers.
Benjamin Netanyahou a osé remettre en question le statu quo négocié en 1967 par Moche Dayan et le Roi Hussein de Jordanie sur la gestion de l’Esplanade, y compris les horaires et les lieux spécifiques où les non-musulmans peuvent pénétrer sur l’Esplanade. Le chef du gouvernement israélien aurait mieux fait d’écouter les mises en garde du Roi Abdallah de Jordanie sur les risques d’explosion que provoquerait un changement du statu quo, mais le petit politicien et la peur de ce que diraient ses concurrents s’il interdisait la présence de juifs sur le site du Temple d’Israël, ont vaincu l’homme politique et le risque d’une explosion régionale généralisée.
El Aqsa est un symbole sacre pour tous les Palestiniens, athées et Chrétiens y compris. Avec les provocations sur l’Esplanade des Mosquées, l’arrogance israélienne a heurté la dignité de tous les jeunes palestiniens.
La série d’attaques de passants israéliens au couteau ou au tournevis est donc la réponse d’une nouvelle génération palestinienne à l’arrogance israélienne et aux provocations de la droite au pouvoir, sur un arrière fond d’échec reconnu de la stratégie négociée de Mahmoud Abbas et de l’Autorité Palestinienne. Le fait qu’en donnant l’ordre de tirer sur les terroristes pour les "neutraliser" Netanyahou ait fait de ces attaques à l’arme blanche des attentats suicides ne semble pas avoir eu un effet déterrent : bien au contraire, chaque attaque en stimule d’autres.
J’ai rencontré il y a deux jours un groupe de jeunes palestiniens de Bethlehem, et Safa, une étudiante chrétienne si l’on en croit le crucifix qu’elle portait, me disait son admiration pour ses compatriotes qui attaquent des israéliens au couteau : "jusqu’à présent, c’est nous qui avions peur, mais maintenant c’est au tour de Israéliens : regarde comme il n’y a personne dans leur tram, et même les rues de Tel Aviv sont complètement vides le soir." Et d’ajouter : "si j’avais plus de courage, je ferai la même chose…"
L’Autorité Palestinienne et Mahmoud Abbas ne signifie pas grand chose pour Safa et ses amis, et si le nom de Yasser Arafat les émeut encore, ils ne savent pas ce qu’est l’OLP. Bien dans l’esprit de leur temps, pour ces jeunes, les sigles, les slogans et les idéologies ont laissé la place au ressenti. Dans ce ressenti, il y a une place d’honneur pour une reconquête de la dignité perdue.
Par ses déclarations bellicistes et arrogantes, Benjamin Netanyahou ne renforce pas seulement la détermination que l’on sent de plus en plus au sein de cette jeunesse palestinienne que l’on disait dépolitisée et démobilisée ; il fait de Mahmoud Abbas un "non relevant" et rend quasiment impossible toute tentative de sa part à désamorcer la bombe qui risque non seulement de démultiplier les victimes, israéliennes et palestiniennes, mais aussi de provoquer la désintégration de l’Autorité Palestinienne. C’est bel et bien la politique du pire. Mais n’est-ce pas exactement ce que recherche le chef du gouvernement israélien ?

Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

mardi 20 octobre 2015

Les Palestiniens ont besoin d’espoir, pas de calme. Au lieu d’appels au calme, un euphémisme pour la soumission palestinienne, il faudrait plutôt redonner un véritable espoir de liberté aux Palestiniens par des mesures de justice crédibles et efficaces.



Le gouvernement israélien ne veut pas leur laisser le moindre espoir et l’Autorité palestinienne n’a pas les moyens de leur en donner.
Depuis le début de l’explosion actuelle de violence en Israël et en Palestine occupée, de nombreux dirigeants étrangers, ainsi que le Conseil de sécurité des Nations unies, ont insisté sur l‘urgence de rétablir le « calme ».
Au lieu d’appels au calme, un euphémisme pour la soumission palestinienne, il faudrait plutôt redonner un véritable espoir de liberté aux Palestiniens par des mesures de justice crédibles et efficaces.
Le gouvernement israélien ne veut pas leur laisser le moindre espoir et l’Autorité palestinienne n’en a pas les moyens.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a promis lors de sa campagne de réélection qu’il n’y aurait jamais d’Etat palestinien indépendant pendant son mandat, tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas, après avoir promis qu’il allait larguer une « bombe » lors de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU le mois dernier, a, au contraire, lâché un pétard mouillé. Ceux qui ont vécu toute leur la vie sous l’égide d’un « processus de paix » destiné à maintenir le statu quo qui se traduit par un projet de colonisation métastasant qui dévore leurs terres, et une infinité d’humiliations quotidiennes, ont bien des raisons de désespérer.
On peut énumérer de nombreux obstacles à la « paix » israélo-palestinien, mais l’obstacle le plus important à la fin de l’occupation qui est maintenant dans sa 49e année, est tout simplement la nature humaine. Les gens acceptent rarement de voir leur vie changer de manière significative, sauf s’ils croient que ce changement va améliorer grandement la qualité de leur vie.
Comment les Israéliens juifs peuvent-ils être amenés à penser que la fin de l’occupation améliorera leur qualité de vie ?
Ces dernières années, les Israéliens juifs ont, tout naturellement et avec raison, considéré le statut quo comme le meilleur des mondes possibles. Ils ont joui de la paix, de la prospérité, du soutien économique et militaire indéfectible de l’Occident et de la protection diplomatique américaine inconditionnelle, alors que les Palestiniens, hors de vue et loin des pensées, enduraient l’occupation, l’oppression, l’appauvrissement et la violence fréquente, et souvent mortelle, de l’armée israélienne et des colons israéliens.
La situation confortable dont jouissaient les Israéliens juifs, du fait que l’occupation ne leur coûtait pratiquement rien et ne leur causait aucun souci, doit changer. Elle peut changer de deux manières, soit grâce à la pression économique et politique non violente du monde occidental, soit du fait de l’insécurité violente générée par le peuple palestinien occupé.
Les Etats européens pourraient imposer de fortes sanctions économiques à Israël jusqu’à ce qu’il respecte le droit international et les résolutions de l’ONU et se retire complètement de la Palestine occupée. Les Etats européens pourraient aussi appliquer des règles strictes de visa à tous les Israéliens qui veulent venir en Europe, les obligeant à fournir la preuve claire et documentée qu’ils ne vivent, ni ne travaillent, en Palestine occupée.
Si l’on en juge par les années que l’Union européenne a passé à s’angoisser sur l’étiquetage correct des produits des colonies illégales vendus en Europe, on ne peut guère espérer que les politiciens européens trouvent bientôt intérêt à jouer un tel rôle principiel non-violent et constructif.
Malheureusement, cela nous laisse seulement avec l’option de l’insécurité violente. Il est hors de question d’encourager la violence contre les civils, et on ne peut qu’espérer que les violences soient limitées et qu’elles aient des résultats constructifs. La violence « couteaux-et-tournevis » de basse technologie actuelle, qui engendre beaucoup de peur et d’anxiété mais fait relativement peu de victimes israéliennes juives, est peut-être, de toutes les violences capables de produire le changement nécessaire dans la perception des Juifs israéliens de leurs propre intérêt, celle qui est la plus efficace et la moins dangereuse.
Si ces attaques, apparemment aléatoires et imprévisibles, contre les Israéliens juifs devaient se poursuivre sur une longue période de temps, elles pourraient bien pousser un nombre significatif de Juifs israéliens à en conclure que l’occupation et l’oppression perpétuelle ne sont pas le meilleur des mondes possibles pour eux non plus et que leur qualité de vie serait meilleure s’ils mettaient fin à l’occupation et permettaient au peuple palestinien de jouir de la même liberté et de la même dignité humaine - que ce soit dans deux états ou dans un seul - que les Israéliens juifs exigent pour eux-mêmes.
Il est bien triste d’être obligé de se rendre à l’évidence que tant que des vies juives ne sont pas menacées, les Israéliens juifs et le monde occidental ont tendance à penser que l’occupation n’est pas un problème. Maintenant que des Juifs - et bien plus encore de Palestiniens - ont perdu la vie, et que tout laisse à penser que d’autres la perdront dans les semaines qui viennent, il faut absolument profiter de l’attention du monde entier pour promouvoir une nouvelle perception du futur, afin que toutes ces vies n’aient pas été perdues pour rien.
Si la violence actuelle se poursuit assez longtemps pour être considérée comme une « Intifada », il faudra lui donner le nom de « Intifada des enfants ». Désespérant de jamais jouir d’une vie qui ait un sens, les jeunes et même les enfants choisissent, de leur propre initiative, de rechercher ce qu’ils perçoivent comme une mort qui a un sens. Ce désespoir tragique ne peut être dissipé que par l’espoir.
Quand la violence se terminera, cela ne doit pas être parce que le peuple palestinien a été forcé de retourner dans sa cage et de se rabattre sur un « processus de paix » frauduleux qui ne mène nulle part. Cela doit être parce que les jeunes Palestiniens ont enfin des raisons, crédibles et authentiques, d’espérer qu’ils seront bientôt libres et traités avec justice.

John V. Whitbeck, The Palestine Chronicle
John V. Whitbeck est un homme de loi d’envergure internationale qui a conseillé l’équipe de négociation palestinienne dans les négociations avec Israël.
Traduction : Dominique Muselet

lundi 19 octobre 2015

AFGHANISTAN - Bombardement de l’hôpital de MSF à Kunduz : L’acte d’un gouvernement de criminels de guerre et d’assassins. L’impérialisme américain est une entreprise criminelle.



Le massacre d’au moins vingt-deux personnes, dont trois enfants, parmi le personnel médical et les patients du centre médical de Médecins Sans Frontières à Kunduz, en Afghanistan, est un crime de guerre dont sont responsables le gouvernement et l’armée américaine, dont de hauts responsables de l’administration Obama.
Suite au massacre du 3 octobre, des détails ont commencé à apparaître qui mettent en pièces la campagne de désinformation mise en place par les responsables militaires américains.
Jeudi, l’Associated Press (AP) a cité un ancien responsable du renseignement disant que les analystes des « Opérations spéciales » avaient recueilli des informations sur l’hôpital les jours précédant l’attaque, soi-disant parce qu’ils soupçonnaient un agent secret pakistanais de s’en servir pour coordonner les activités des talibans. Les analystes avaient cartographié l’ensemble de la région et dessiné un cercle autour de l’hôpital.
Selon un autre rapport, les enregistrements de la cabine de pilotage — qui n’ont pas été rendus publics — révèlent que l’équipage de l’AC-130, un énorme avion de vol lent équipé de canons multiples envoyé pour bombarder l’installation, a remis en question la légalité de l’attaque.
L’installation de Médecins Sans Frontières (MSF) était un point de repère bien connu et l’assertion des responsables militaires qu’ils ne savaient pas précisément ce qui se passait est un mensonge transparent. Tout au long de l’assaut de plus d’une heure, le personnel a appelé frénétiquement les responsables militaires afghans et américains leur demandant de s’arrêter, en vain.
Meinie Nicolai, présidente de la direction opérationnelle de MSF, a déclaré que les nouveaux éléments étaient la preuve d’un « massacre prémédité », intentionnel et délibéré. Cela constituait une « infraction grave » aux Conventions de Genève qui, selon la Loi américaine de 1996 sur les crimes de guerre est passible de la prison à vie ou même de la peine de mort.
La semaine dernière sont aussi apparues les preuves photographiques de l’ampleur de l’atrocité. Le journaliste indépendant Andrew Quilty a publié une série d’images montrant les restes calcinés de l’hôpital. « Dans tout le bâtiment, » écrit-il, « sur toutes les surfaces visibles, se trouvaient des arcs sauvages et sporadiques d’impacts de balles. Ailleurs, des balles plus grandes avaient pénétré tout droit à travers les murs, laissant des trous de 60 cm de diamètre dans de la brique solide. » Les photographies montrent des lits d’hôpitaux calcinés, des murs écroulés sous l’impact de l’attaque, des cadavres carbonisés, méconnaissables.
« Passant par les quelque 40 pièces, on voyait des corps et des restes humains éparpillés et, dans la plupart des cas, seuls, » écrit Quilty. « Tous sauf un de ces corps – ou plutôt ce qu’il en restait – gisaient toujours sur le sol de l’établissement. Sous les restes d’une des victimes – impossible à distinguer sauf un pied sectionné – les pâles carrés bleus et blanc d’une blouse d’hôpital, presque entièrement intacte. »
Au fur et à mesure que commencent à s’amasser les preuves d’un crime de guerre flagrant et calculé, les médias américains jouent leur rôle traditionnel d’instrument de propagande de l’État. Le New York Times n’a pas informé des révélations de l’AP et il a enterré sa couverture des suites du bombardement dans ses pages intérieures.
Lors d’une conférence de presse le 16 octobre, pas une seule question sur le bombardement de l’hôpital ne fut posée à Barack Obama
L’explication la plus plausible de l’attaque est celle d’une action délibérée ordonnée par l’armée américaine pour envoyer à la population afghane le message qu’une continuation de la résistance à l’occupation et au régime fantoche de Kaboul se heurterait à la violence sanglante et à la terreur.
Quelle que soit la chaîne de commandement spécifique ayant produit le massacre du 3 octobre, la responsabilité ultime en incombe à ceux qui ont lancé et poursuivent la guerre en Afghanistan. Alors que se multipliaient les preuves du crime de guerre des États-Unis, le président Barack Obama annonçait lui, le 15 octobre, que 10.000 soldats resteraient dans le pays jusqu’à la fin de 2016. Les États-Unis sont engagés dans une guerre sans fin; la réponse de l’impérialisme américain à la crise de l’occupation et du régime fantoche afghan est la tuerie de masse.
L’attaque du centre de MSF est particulièrement brutale mais c’est toute l’histoire de la guerre et de l’occupation de l’Afghanistan qui est écrite dans le sang et la terreur. En novembre 2001, un mois après que l’administration Bush a lancé la guerre, les forces américaines et afghanes ont massacré des centaines de prisonniers talibans à Mazar-i-Sharif, utilisant les mêmes avions de combat AC-130 que ceux qui ont attaqué l’hôpital de MSF. Le même mois, des centaines de prisonniers talibans sont morts par suffocation dans des conteneurs métalliques après s’être rendus aux forces de l’Alliance du Nord et des États-Unis à Kunduz.
Les atrocités continuent sans répit depuis quatorze ans. Un nombre incalculable d’hommes, de femmes et d’enfants ont été tués dans les frappes de drones, les bombardements, l’attaque de noces et de bâtiments civils. La plupart du temps, ces crimes ne sont pas signalés, les morts reçoivent l’étiquette de « combattants ennemis » ou d’« insurgés. » Quand ils sont reconnus par les médias, ils sont rapidement mis sous le tapis ou blanchis par les « enquêtes officielles. »
L’impérialisme américain est une entreprise criminelle. Pendant le dernier quart de siècle, la classe dirigeante a été engagée dans une guerre, en expansion, de conquête et de domination. Un catalogue des atrocités à examiner dans de futurs procès comprendrait la mort de plus de 400 civils dans l’attaque d’un abri à Amiriyah, en Irak, pendant la guerre du Golfe en février 1991; le bombardement, en mai 1999, de l’ambassade de Chine dans la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie; la destruction de Fallujah après l’invasion de l’Irak en 2003 et bien d’autres encore. Il faut y ajouter la politique d’assassinats par drone, considérablement élargie sous Obama, et le régime de la torture et des extraditions extraordinaires vers des installations militaires et des sites noirs de la CIA dans le monde entier.
La responsabilité de ces crimes incombe aux politiciens démocrates et républicains ayant autorisé ces guerres; à la hiérarchie militaire qui les a menées; aux médias de masse qui ont débité les mensonges justifiant invasion après invasion; à la pseudo-gauche et aux propagandistes universitaires qui se sont joints à la campagne des interventions militaires « droits de l’homme ». Il est significatif que dans le débat au Parti démocrate cette semaine, le « socialiste démocrate » autoproclamé Bernie Sanders a réitéré son soutien au militarisme américain et défendu explicitement la guerre en Afghanistan, sans rien dire du massacre à l’hôpital de Kunduz.
Il y a, cependant, une force sociale puissante capable de mettre fin à l’impérialisme. L’élite patronale et financière qui menace de plonger la planète dans une troisième guerre mondiale n’a pas d’adversaire plus puissant que la classe ouvrière aux Etats-Unis mêmes. Ce facteur révolutionnaire colossal de la politique mondiale est en train d’émerger dans une lutte ouverte contre le grand patronat et ses représentants politiques.
C’est la classe ouvrière américaine, en union avec ses frères et sœurs de classe du monde entier, armée d’un programme socialiste révolutionnaire, qui mettra fin à la guerre et demandera aux criminels de guerre qui dirigent ce pays de rendre des comptes.
(Article paru d'abord en anglais le 17 octobre 2015)
Source : WSWS

dimanche 18 octobre 2015

Les interventions militaires impérialistes et le drame des réfugiés. Les réfugiés que les bourgeoisies européennes feignent de découvrir ne sont pas tombés du ciel comme la pluie ; ils sont le fruit amer des manœuvres et stratégies impérialistes.



Le drame que connaissent les réfugiés est dans une large mesure la conséquence directe des interventions militaires impérialistes en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Les gouvernements successifs américains et européens sont les premiers et les derniers responsables de cette tragédie humaine. Ce sont eux les véritables coupables de cette effroyable situation dans laquelle se trouvent non seulement les réfugiés mais aussi les survivants des guerres impérialistes dans ces pays. Ce sont ces criminels de guerre qui versent cyniquement aujourd’hui des larmes de crocodile sur leurs propres victimes tout en se barricadant derrière des barbelés et des murs érigés un peu partout en Europe. Les souffrances qu’endurent les réfugiés ne doivent pas nous faire oublier le nombre de morts, de blessés, d’estropiés, de veuves, d’orphelins etc. que les guerres impérialistes illégales et illégitimes ont laissés derrière elles. La négation et le mépris de la vie humaine par l’impérialisme américain et européen se traduisent concrètement par des destructions, des génocides, des massacres, et par la violence la plus extrême. Le chaos et l’anarchie, au mauvais sens du terme, qui règnent aujourd’hui en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie sont les témoins éloquents de cette barbarie impérialiste. Les graines de malheur que les Etats-Unis, l’Europe et leurs alliés locaux ont semées dans cette région du monde ont produit également une moisson abondante d’organisations réactionnaires et terroristes. Le terrorisme, que l’impérialisme prétend combattre, est son produit le plus authentique (1).
L’essentiel des réfugiés qui tentent aujourd’hui de rejoindre l’Europe viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak. Le chaos qui règne en Libye provoque de son côté des déplacements massifs de population vers les pays voisins et vers l’Europe. Or ce sont justement ces pays qui ont été ravagés par l’impérialisme américain et son supplétif européen. L’hypocrisie et le cynisme avec lesquels les gouvernements occidentaux et leurs médias traitent les souffrances humaines n’ont d’égal que leur silence sur les causes de ce crime contre l’humanité. Mettre en exergue les conséquences du drame sans jamais évoquer ses causes permet au discours médiatique de mieux éluder la responsabilité de l’impérialisme et de ses alliés locaux dans cette tragédie. Les réfugiés que les bourgeoisies européennes feignent de découvrir ne sont pas tombés du ciel comme la pluie ; ils sont le fruit amer des manœuvres et stratégies impérialistes. Faut-il rappeler que les syriens, les libyens ou les irakiens ne quittent pas leur pays de leur propre gré pour un avenir meilleur en Europe, mais fuient cette terrible guerre qui leur a été imposée par les États-Unis et l’Europe. Ils sont chassés par la force brutale de l’impérialisme et de ses alliés locaux comme l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie.
Un pays comme la Syrie était, avant la guerre, le deuxième pays au monde qui accueillait le plus de réfugiés selon le HCR. Aujourd’hui, il est le deuxième à fournir le plus de réfugiés au monde : « En l’espace de cinq ans à peine,la République Arabe Syrienne est passée du deuxième pays à accueillir le plus grand nombre de réfugiés dans le monde au deuxième pays à en produire le plus grand nombre » (2).
Les interventions militaires impérialistes en Afghanistan (1979), en Irak (1991 et 2003), en Libye (2011) et aujourd’hui en Syrie non seulement ont fait des centaines de milliers de morts mais aussi ont jeté sur le chemin de l’exil des millions d’hommes, de femmes et d’enfants notamment en Irak et en Syrie :« Quelque deux millions de réfugiés irakiens seraient dispersés à travers tout le Moyen-Orient - il s’agit du plus important mouvement de réfugiés dans la région, depuis l’exode des Palestiniens après la création d’Israël, en 1948 » écrivait le HCR (3). Quant au nombre de réfugiés syriens qui ont fui la guerre, il dépasse depuis juillet 2015 les quatre millions de personnes. Ils sont concentrés pour l’essentiel dans des camps en Turquie, au Liban et en Jordanie où ils survivent dans des conditions infra-humaines. Celui des personnes déplacées à l’intérieur même de la Syrie s’élève à 7,6 millions (4). Au total plus de la moitié des syriens sont ainsi contraints par la guerre impérialiste et ses conséquences d’abandonner leur foyer : « C’est la plus importante population de réfugiés générée par un seul conflit en une génération » déclarait le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres (5).
Vouloir, vaille que vaille, renverser des régimes réfractaires à l’hégémonie et à l’exploitation de l’occident capitaliste ne peut conduire qu’ à des tragédies humaines et provoquer des souffrances sans limites des populations innocentes. L’impérialisme a toujours usé de sa puissance de feu pour soumettre les nations sans défense à ses propres intérêts économiques et stratégiques. Esclavage, colonialisme, néocolonialisme etc., toute son histoire n’est que crimes et violences. Son mépris de la volonté des peuples à disposer d’eux-mêmes est totale. Il ne peut supporter que les peuples prennent eux-mêmes en charge leur propre destin. Les cas de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et de la Syrie sont des exemples de cette négation absolue de ce Droit à l’autodétermination reconnu pourtant universellement et constitue même l’un des fondements de la charte des Nations Unies (6). Mais pour l’impérialisme, le droit c’est le droit du plus fort !
Le soutien indéfectible, passé et présent, de l’impérialisme aux dictatures les plus féroces et aux régimes les plus rétrogrades (7) n’a d’équivalent que sa haine et son mépris pour les gouvernements, un tant soit peu, nationalistes et laïcs. L’alliance entre l’impérialisme et le terrorisme est une réalité que la propagande des médias bourgeois n’arrive plus à occulter. Les destructions des sociétés irakiennes, libyennes et aujourd’hui syriennes ont entraîné dans ces pays un foisonnement de mouvements obscurantistes et terroristes constituant ainsi, avec l’aide de l’impérialisme et de ses alliés locaux, autant de remparts contre toute idée de progrès et de démocratie. Rappelons que le Parti Baas (la Renaissance), qui a longtemps gouverné l’Irak, toujours au pouvoir aujourd’hui encore en Syrie, a été fondé dans les années quarante par deux intellectuels laïcs et progressistes, Michel Aflak et Salah Bitar. Le VIème congrès de ce parti organisé à Damas en octobre 1963 s’est prononcé majoritairement pour une « planification socialiste » et pour « un contrôle démocratique des moyens de production par les ouvriers » (8). Il est vrai aussi qu’au fil du temps «  le parti est devenu un repère d’officiers assoiffés de pouvoir. « La renaissance arabe », « L’unité arabe » et « Le socialisme arabe » ont été relégués aux calendes grecques. Leur seul et unique objectif est de se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir » (9). Najibullah dernier président communiste de l’Afghanistan, avant d’être renversé par les Talibans armés et financés par les américains, reste dans la mémoire collective des afghans comme le président « modernisateur et patriote » (10). Les communistes afghans même s’ils n’avaient pas de base sociale en dehors de Kaboul et en dépit des méthodes détestables qu’ils pratiquaient à l’encontre de leurs opposants, ont entamé un processus de modernisation du pays notamment dans le domaine de l’éducation : « En 1978 l’analphabétisme représentait 90% de la population masculine et était de 98 % chez les femmes. Dix ans plus tard, la proportion a été considérablement réduite. Une génération nouvelle de jeunes afghans, hommes et femmes , deviennent médecins, enseignants, scientifiques, techniciens » (11).
Rappelons également pour mémoire que c’est l’impérialisme, avec l’aide des monarchies du Golfe, qui a brisé l’élan formidable vers la démocratie et la dignité des soulèvements populaires dans le monde arabe. Les ravages de la guerre au Yémen (12) que mènent aujourd’hui l’Arabie Saoudite et ses alliés, avec la bénédiction des Etats-Unis, vont encore renforcer la présence des groupes terroristes dans ce pays, l’un des plus pauvres au monde, et forcer des millions de personnes à l’exode.
A la paix, à la démocratie et au progrès, l’impérialisme préfère la guerre, la mort, la destruction et le chaos. Pour servir ses intérêts économiques et stratégiques, l’impérialisme, cet instrument de pouvoir de la bourgeoisie, préfère s’allier avec des régimes d’un autre âge et instrumentaliser des mouvements terroristes. Il suffit de voir ce que sont devenus aujourd’hui, après les interventions militaires impérialistes, des pays comme la Libye ou l’Irak naguère prospères. La Libye par exemple, ravagée et défigurée par la sauvagerie terroriste, où, selon les dires même du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, « les mouvements terroristes y établissent une implantation stratégique, le pays est devenu un paradis pour les criminels et les trafiquants d’êtres humains » (13). Amnesty International de son côté souligne que « la communauté internationale a regardé la Libye s’enfoncer dans le chaos depuis la fin de l’intervention militaire menée par l’OTAN en 2011. Les dirigeants du monde doivent assumer leurs responsabilités et les conséquences, notamment le flux de réfugiés et de migrants fuyant le conflit et les atteintes aux droits humains endémiques en Libye » (14).
Si l’impérialisme est une nécessité historique, lui résister n’en est pas moins nécessaire. Car l’impérialisme est partout l’ennemi des peuples et du progrès. Il faut dénoncer ses guerres, ses médias, ses mensonges et sa propagande. Il faut le combattre partout. Les travailleurs et les opprimés du monde entier doivent se soulever contre cette domination et cette barbarie impérialistes s’ils ne veulent pas être ravalés au rang d’esclaves.
Mohamed BELAALI
Source : Le Grand Soir