Le crime des habitants de ce quartier est d’habiter
tout près de la frontière avec Israël.
L’armée israélienne a tiré toute la nuit. C’était une
nuit très dure et triste : on n’a pas pu dormir et on a passé la nuit à côté de
la radio, heureusement chargée.
Des familles dont les maisons ont été bombardées
demandaient aux ambulances et à la Croix Rouge d’aller sauver la vie de leurs
blessés. Ni la Croix Rouge, ni les ambulances, ni la presse ne pouvaient entrer
dans ce quartier à cause des obus des chars et des missiles de F16. Je n’ai
fait que prier et pleurer. Quel dur réveil ... Les photos et les vidéos de ces
massacres m’ont choquée. J’ai crié comme une folle, non, comme une maman qui
avait perdu ses enfants : « il faut arrêter, il faut en finir avec ces attaques
brutales et barbares.” Mon mari, qui était à l’hôpital Al Shefa, m’a appelée
pour avoir de nos nouvelles, il m’a dit qu’on n’y sentait que l’odeur du sang :
tellement il y avait des morts et des blessés. Beaucoup de familles de Chujaeya
sont arrivées à l’hôpital pour chercher les leurs ou pour les attendre. Je ne peux
jamais oublier cette femme qui suppliait de lui ramener les siens, morts ou
vifs. Après plusieurs appels de la Croix Rouge à l’armée israélienne, elle a
obtenu une trêve de deux heures, le temps d’extraire des décombres les corps
des vivants. Durant leurs recherches de survivants, les bombardements
continuent. J’ai mis deux jours à écrire ces mots, parce qu’à chaque fois où je
me mets devant l’ordinateur pour écrire ce que j’ai vu et ce que je sens, je
craque, je chiale. Je pleure à chaque mot qui me rappelle la douleur, la
souffrance des gens.
En plus, je ne peux pas m’empêcher de prendre des
nouvelles de tous mes connaissances partout à Gaza. J’appelle tous les gens que
je connais, quand les communications passent, car le réseau est aux mains des
israéliens. Depuis hier, on a peur d’un nouveau choc, d’un nouveau massacre à
l’est de Khan-Younes, au sud de la bande de Gaza. Jusqu’à cet après-midi, on
n’avait aucune nouvelle de ce quartier. La Croix rouge a réussi à obtenir
l’accord d’entrer à Khan Younès mais dès que ses hommes y pénètrent ils
essuient des tirs, ils rebroussent chemin sans pouvoir sauver personne. Cet
après-midi, l’armée israélienne a arrêté une centaine de blessés et même de
paramédicaux.
Les gens dont je vous parle sont des civils, ils avaient
des rêves simples et faciles à réaliser : ils rêvaient d’une vie digne sans
blocus et sans peur.
Certains d’entre vous n’acceptent peut-être pas le mot
génocide. Je vous assure que je préfère l’utiliser sciemment parce que l’armée
criminelle d’Israël rase des quartiers entiers, partout à Gaza, sans jamais
épargner les civils. Plusieurs familles ont été complètement anéanties.
Des milliers de familles de Gaza vont revivre une autre
Nakba, sachant que cette fois ci nous n’avons plus où aller, ni où trouver
refuge. Aucun endroit n’est sûr. Les écoles de l’UNRWA ont ouvert leurs portes
devant la plupart de ces familles, mais elles sont pleines ainsi que les
églises. Aujourd’hui, vers 14h00, il y a eu 17 morts et une centaine de blessés
suite à un bombardement d’une école de l’UNRWA qui abrite des familles
réfugiées.
D’autres ont trouvé refuge chez leurs parents pensant
que c’est plus sûr. En dépit de la situation très grave, je dois vous parler de
ces jeunes, qui ont créé dans tous les quartiers de Gaza, des centres d’aide et
de solidarité avec les familles qui ont évacué leurs maisons pour aller aux
écoles de l’UNRWA. Bombardement acharné et incessant qu’ils subissent. Le
propriétaire de l’immeuble résidentiel le plus beau et cher de Gaza, a proposé
de mettre gratuitement des appartements à la disposition des réfugiés. Aussitôt
l’armée israélienne a fait exploser l’édifice, peut-être pour empêcher les gens
d’être à l’abri. Je terminerai en parlant pour la première fois du rôle que
l’Egypte joue avec le poste frontière de Rafah. Certains s’imaginent les
Egyptiens accueillir à bras ouverts leurs frères victimes des exactions de
l’armée israélienne. Pas du tout, ils refoulent les ambulances et les blessés.
La Palestine est en train de perdre tant de ses enfants,
de ses femmes, de ses hommes, de ses monuments et donc son histoire...
Salma
AHMED ELAMASSIE
Gaza.
Le 24 juillet 2014
P.S
Je ne savais même pas quel jour on était aujourd’hui, une amie française me l’a
dit !



