lundi 15 juillet 2013

SYRIE : La population sous controle des groupes armés se rebelle ....... Les jihadistes coupés du peuple à cause de leurs abus


Au moment où l’armée syrienne se trouve à des dizaines de mètres du centre de Homs, capitale de la Syrie centrale et fief historique de la rébellion, le fossé n’a jamais été si grand entre celle-ci et la population.
 

A Alep, capitale économique de la Syrie, asphyxiée par le blocus que les groupes armés lui impose, faisant flamber d’une façon vertigineuse, des manifestations ont été organisées contre les « affameurs » et les « pilleurs de la ville. Ces manifestations ont éclaté le premier jour du Ramadan. Il s’agit d’une première, car ces mouvements de contestation ne visent pas à dénoncer les agissements du régime mais plutôt ceux des rebelles qui contrôlent une partie de la ville et les routes d’approvisionnement en nourriture et en essence.

Selon RFI, les habitants d’Alep sont en colère et l’ont scandé haut et fort : les insurgés doivent lever leur siège. Depuis plusieurs mois, la grande métropole du nord est coupée en deux. La rébellion en contrôle la partie Est, les forces de Bachar el-Assad sont retranchées à l’Ouest dans l’autre moitié de la ville.

Et c’est justement cette zone-là qui pose problème. Les habitants qui y vivent sont privés de nourriture. Rien n’entre et rien ne sort, les civils sont bloqués. Condamnés au même titre que les soldats de Bachar el-Assad à subir le siège des troupes rebelles.

Les habitants de la région « libérée » s’inquiètent au plus haut point pour leurs frères encerclés. Ils jugent leur situation alimentaire très préoccupante.

Dans leur manifestation, ils ont contesté les choix stratégiques de la rébellion. Dans une vidéo publiée ce mercredi sur Internet, ils expliquent que priver l’ouest d’Alep de denrées alimentaires ne gêne en rien les militaires loyalistes. Les civils sont seuls à souffrir surtout en ce début de ramadan.

Cette colère contre les rebelles semble se généraliser sur l’ensemble des zones tenues par les groupes armés. Particulièrement à Raqqa, sur l’Euphrate où le raz le bol populaire s’exprime désormais publiquement. A cela s’ajoutent les combats réguliers entre les groupes rebelles eux mêmes pour des questions de rackets, de partage de butins ou d’application de la Charia à la mode wahhabite.

Les jihadistes coupés du peuple à cause de leurs abus

L’AFP abonde dans ce sens, comme le montre cette dépêche.

Au début de la révolte en Syrie, quand les insurgés cherchaient désespérément de l’aide, ils avaient accueilli les jihadistes à bras ouverts. Mais à force d’abus, ces derniers se sont aliénés une grande partie de la population."Dehors ! L’État [islamique en Irak et au Levant] doit dégager," scandaient des manifestants cette semaine à Manbij, dans le nord, exprimant leur exaspération envers cette organisation affiliée à Al-Qaïda.De nombreuses vidéos montrent que de plus en plus de civils et de rebelles appartenant à l’Armée syrienne libre (ASL), principale organisation de l’opposition armée, se retournent contre les factions islamistes les plus radicales.Les insurgés qui cherchent depuis plus de deux ans à renverser le président Bachar al-Assad sont composés d’unités disparates, dont beaucoup adhèrent à divers courants islamistes sans toutefois se reconnaître dans les plus extrémistes.Les deux principales formations jihadistes en Syrie sont le Front al-Nosra et l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont prêté allégeance au chef d’Al-Qaïda.Il existe aussi une multitude de groupuscules jihadistes, composés exclusivement de combattants étrangers.L’ASL, reconnue par une partie de la communauté internationale, reçoit des armes et de l’argent principalement des pays du Golfe, tandis que les jihadistes vivent de dons de riches familles arabes.Dotés d’armes sophistiquées, aguerris au combat, ils ont acquis une influence qui dépasse leur nombre en remportant des victoires contre le régime.Mais l’engouement du début a laissé progressivement la place au rejet en raison de la forme extrême de leur islam et d’arrestations arbitraires.Ils répètent les mêmes erreurs qu’en Irak où, après la prise de pouvoir par les chiites dans le sillage de l’invasion américaine en 2003, les sunnites avaient reçus les jihadistes avec enthousiasme avant de les chasser à cause de leurs abus.A Rakka, seule capitale provinciale aux mains des rebelles, les deux groupes affiliés à Al-Qaïda sont accusés de détenir des dizaines de prisonniers."Ils prétendent être de vrais musulmans mais les membres d’Al-Nosra détiennent mon père depuis un mois" sans jugement, pleure une fillette lors d’une manifestation dont des images ont été mises en ligne par des militants anti-régime. "Je veux qu’ils le libèrent"."Nous sommes musulmans. Vous êtes des imposteurs," crie une manifestante dans une autre vidéo, demandant la libération des détenus. Les contestataires de la ville dénoncent aussi la disparition d’un opposant de la première heure et militant des droits de l’Homme, Abdallah al-Khalil."Il s’apprêtait à organiser des élections générales à Raqqa mais Al-Nosra était contre. Il a disparu le lendemain", raconte à l’AFP un militant, qui préfère rester anonyme par peur de représailles. "Bien que leurs méthodes ne soient pas les mêmes que celles du régime, ils sont tout aussi brutaux". "A mesure qu’ils deviennent plus puissants militairement, ils restreignent les libertés. Ils veulent le pouvoir, pas la démocratie", maugrée-t-il.Dans la province d’Idleb, frontalière avec la Turquie, par où ont transité nombre de jihadistes étrangers rejoignant la révolte, des dizaines de rebelles de l’ASL ont été tués dans une bataille contre les groupes affiliés à Al-Qaïda, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur un réseau de militants et sources médicales.Les combats ont éclaté après que des rebelles ont protesté contre l’arrestation par les jihadistes d’un garçon de 12 ans accusé de blasphème."Nous n’avons pas vu beaucoup de batailles de ce genre, mais il est clair que la colère contre l’EIIL et les autres jihadistes est en train de monter en Syrie", note le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.Ce cas rappelle l’émoi provoqué par l’exécution d’un garçon de 14 ans par des combattants de l’EIIL à Alep dans le nord du pays, tué pour avoir prononcé ironiquement le nom de Mahomet.Selon Rami Abdel Rahmane, l’ASL est prête à une nouvelle confrontation avec ses rivaux jihadistes à Idlib, après que l’EILL a demandé à tous les autres groupes de déposer les armes.Pour Nizar, un militant de Deir Ezzor (est), "le temps est compté pour tous ces groupes (jihadistes). Ils utilisent la violence et la religion pour nous contrôler, et même si beaucoup des gens craignent d’afficher leur désaccord, personne ne veut d’eux."

Nouvelles tensions entre les Kurdes et les rebelles syriens

De son côté, le chef du Mouvement National kurde pour le Changement pacifique, Ali Bachar Omri, a révélé que les unités de protection du peuple kurde, déployées dans les zones frontalières kurdes d'Alep, notamment dans le village «Chrane» de la région Efrine, avaient fait avorter plusieurs tentatives d'acheminement d'armes américaines de qualité aux rebelles syriens, via les frontières turques.

Omri a indiqué à Al-Ahednews que «les forces américaines et turques avaient l'intention de transformer le village «Chrane», situé à Efrine près des frontières syro-turques, en point de passage pour les armes américaines lourdes destinées aux rebelles, comprenant des roquettes thermiques. Il a toutefois noté que les comités de défense populaire kurdes ont affronté ces tentatives.

«L'échec des tentatives des rebelles d'entrer à Chrane, les a poussés à pilonner le village à partir de Mazraa et à assiéger la région Efrine à majorité kurde, interdisant le passage des produits alimentaires».

M. Omri a dans ce contexte salué le rôle assumé par le ministère syrien du Commerce intérieur, pour avoir envoyé les denrées alimentaires, notamment la farine à la région assiégée.

Selon le responsable kurde, les accrochages sont quasi quotidiens autour de «Chrane» afin de faire face à l'avancée des rebelles soutenus par la Turquie, vers le village.

A la question de savoir les raisons pour lesquelles les rebelles ont choisi «Chrane» pour acheminer les armes américaines, M. Omri a dit : «Chrane est un village frontalier de nature montagneuse. Il surplombe plusieurs villages de son entourage. Ce fait permet aux combattants qui s'y trouvent de contrôler les zones avoisinantes et d'y faire parvenir les armes. Cependant, les efforts déployés par la Turquie pour introduire les armes américaines sur le territoire syrien et semer le chaos dans les villages frontaliers, ne sont guère nouveaux. Mais dernièrement, de telles tentatives se répètent quotidiennement, dans le but d'exporter la crise intérieure turque vers l'extérieur».

Et d'ajouter : «La Turquie s'emploie à étendre les tensions en cours à Efrine, vers les autres régions kurdes, telles, Ras-el-Ein, Derbassieh et Amouda à Hassaka. Les groupes armés y ont agressé les membres des comités populaires kurdes, ce qui a fait dernièrement, deux martyrs Kurdes et trois morts parmi les rebelles. Les rebelles blessés ont été transportés à bord d'ambulances turques vers les hôpitaux de la Turquie».

M. Omri a enfin confirmé l'échec du gouvernement d'Erdogan, de semer la division dans les rangs des forces kurdes.

Source : Al-Ahed, RFI
http://french.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=9989&;cid=323#.Ud6xV3CVpLo

CANADA : Une tragédie sociale et écologique


Le Québec vit la plus brutale catastrophe écologique de son histoire. Le 6 juillet 2013, à la tombée de la nuit, un convoi de 72 wagons-citernes contenant du pétrole brut a déraillé dans le centre-ville de Lac-Mégantic, petite municipalité de 6000 habitants de la région de l’Estrie. Une série d’explosions et un incendie ont complètement détruit une trentaine de bâtiments, dont la bibliothèque municipale, les archives de la ville, des bâtiments patrimoniaux, des commerces et des résidences. Bilan de l’accident jusqu’à maintenant : cinquante personnes décédées, dont plus de la moitié n’ont même pas été retrouvées.

Sur le plan environnemental, l’accident a détruit une conduite d’eau centrale, obligeant les citoyens à ne plus consommer l’eau du robinet. De plus, un important déversement de 10 000 litres d’hydrocarbures dans le lac Mégantic et la rivière Chaudière, qui traverse la Beauce avant de se déverser dans le fleuve Saint-Laurent, risque d’affecter plusieurs municipalités riveraines avoisinantes, comme les villes de Saint-Georges et Lévis, entre autres. Devant ce désastre sans précédent, il faut doubler de solidarité avec les habitant.e.s de Lac-Mégantic et ne pas rester indifférent.e.s.

Il est donc nécessaire d’identifier les causes de ce phénomène, et non simplement s’attarder aux effets, afin de pouvoir remédier à la source de cette catastrophe. Il faut d’abord reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé, résultant d’un simple problème de frein ou de train sans conducteur. La catastrophe de Lac-Mégantic est plutôt le symptôme d’une cause systémique : la logique de rentabilité inscrite dans le brusque virage pétrolier pan-canadien. Les risques de déversement et d’explosions se généraliseront sans doute au Québec, malgré le discours rassurant de l’industrie et de nos gouvernements.

Il ne s’agit pas ici ni d’alarmisme, ni de récupération politique. Refuser de politiser de telles tragédies, c’est refuser de prendre les moyens pour que de tels événements ne se reproduisent plus. Dans un témoignage ahurissant d’un père qui vient de perdre son fils, le citoyen Raymond Lafontaine met le doigt sur le laxisme des dirigeants qui négligent la population et roulent à l’argent. « Faut arrêter ces bombes-là, il faut que ça change », répète-t-il à plusieurs reprises.

Les causes de la catastrophe

L’enquête sur l’événement portera sans doute sur les causes matérielles et immédiates de l’accident. Cependant, elle ne tiendra peut-être pas compte des causes efficientes et médiates, c’est-à-dire de la dynamique économique et politique qui contribue à l’augmentation systématique de tels risques. Par exemple, l’écart de prix entre le baril de pétrole albertain et celui de l’étranger arrivant dans l’Est canadien, incite des raffineries comme la Irving Oil au Nouveau-Brunswick, à se tourner vers des solutions d’approvisionnement moins coûteuses. Cela encourage la progression vertigineuse du transport de pétrole par train sur le Canadien National, qui est passée de 5000 wagons-citernes en 2010 à environ 30 000 wagons en 2012 [1].

La raffinerie Irving est située au bout d’un système ferroviaire partiellement contrôlé par l’entreprise américaine Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), propriétaire de la ligne sur laquelle le train a déraillé. La MMA est une filiale de Rail World en Illinois, une firme multinationale spécialisée dans la gestion « de chemins de fer, de consultation et sociétés d’investissement spécialisé dans les privatisations et les restructurations. Son but est de promouvoir la privatisation de l’industrie ferroviaire en réunissant les organismes gouvernementaux qui souhaitent vendre leurs participations au capital d’investissement et leur expertise ». La privatisation des profits et la socialisation des risques ne sont pas des phénomènes anodins, si on regarde les pertes énormes subies par des communautés comme celle de Lac-Mégantic, les municipalités n’ayant aucun droit de regard quant au contenu des substances transportées par les trains sur leur territoire [2].

La négligence n’est pas le fruit du hasard, mais d’une décision délibérée visant à maximiser les profits. La logique capitaliste, étroitement liée à la propriété privée des moyens de production, l’apologie de l’économie de marché et la pression constante des gains de productivité, est directement en cause ici. D’ailleurs, le dirigeant de MMA, Ed Burkhardt, a affirmé au magazine Eastern Railroad News qu’après la fin d’un conflit de travail qui sévissait alors au Canadien Pacifique, MMA comptait passer à un horaire de six jours par semaine, dans les deux sens, de Montréal à Brownville Junction (Maine). De plus, l’entreprise a décidé d’économiser 4,5 millions $ et de miser sur « l’efficacité » en remplaçant ses équipes de travail par des appareils de contrôle à distance [3]. Le grand patron de MMA, farouche partisan des trains à un employé, a fait pression sur la Federal Railroad Administration et Transports Canada, avant d’obtenir le feu vert par la première en 2009, et la seconde en 2012 [4].

Le principe de réduction de coûts sur le capital variable (les salaires) et l’accroissement de la productivité par l’introduction de nouvelles technologies montre ainsi qu’une des causes efficientes de ce type d’incident est le principe de l’accumulation de la valeur, qui fait fi de considérations morales, sociales et environnementales minimales. Qui plus est, nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement canadien pour assurer une régulation en termes de sécurité publique. « Des experts de Transport-Canada ont affirmé il y a neuf ans que 80% des wagons-citernes destinés au transport de pétrole au pays ne pouvaient pas opérer de façon sécuritaire. Au lieu de régler le problème, le gouvernement a permis aux compagnies pétrolières d’augmenter considérablement le transport des hydrocarbures à travers nos communautés ». [5]

Les dérives autoritaires de l’État canadien

Le fait que le Canada soit devenu un « État pétrolier » n’est pas à négliger. Un régime extractiviste, tourné vers l’exploitation et l’exportation massive des hydrocarbures, bafoue les règles élémentaires de la démocratie, la santé publique, la protection de l’environnement et les droits humains. Le gargantuesque projet des sables bitumineux, représentant l’une des pires catastrophes écologiques mondiales à l’heure actuelle, repose sur le soutien actif du gouvernement canadien. Mais cela ne relève pas uniquement de l’idéologie archaïque du Parti conservateur de Stephen Harper ; celui-ci ne fait qu’exprimer, dans sa pleine force, la logique néolibérale associée à la mondialisation et la dérégulation des marchés.

L’État n’est pas seulement pris dans un système économique qui lui impose de favoriser le flux des capitaux au détriment des normes sociales et environnementales ; il rend possible cette exploitation généralisée par le biais d’institutions, de politiques publiques et de dérèglementations. L’État néolibéral obéit aux principes de la concurrence marchande, en se faisant à la fois facilitateur (soutien des investissements privés), distributeur (création des occasions d’affaires), et compétitif (réorganisation concurrentielle des services publics). Les nombreux « projets de lois mammouths » confirment que l’État néolibéral canadien représente une « condensation matérielle de rapports de forces », prêt à sacrifier la démocratie libérale pour assurer l’hégémonie d’une classe de possédants sur les communautés dépossédées de tout pouvoir économique et politique réel.

Le piège des oléoducs

Pour mener à bien ses projets pétroliers néocolonialistes, le Canada est prêt à menacer l’Union européenne (désirant étiqueter les sables bitumineux comme étant beaucoup plus polluants que le pétrole conventionnel), et Barack Obama (plutôt frileux face au projet de pipeline Keystone XL de TransCanada, étant engagé dans la lutte aux changements climatiques). Les principaux arguments adressés aux adversaires des sables bitumineux sont que les oléoducs n’augmentent pas les taux d’émission de gaz à effet de serre, qu’ils sont sécuritaires, créent des emplois, et qu’il est inutile de s’y opposer fondamentalement, car ils se rendront à leur point de destination de toute façon, que ce soit par train ou par camion. Comme un déraillement de train montre le danger de ce moyen de transport, il n’est pas surprenant que le Globe and Mail récupère la catastrophe en affirmant : « Quebec tragedy reminds us pipelines are safest way to transport oil ». [6]

La controverse de l’inversion de la ligne 9B de la compagnie Enbridge doit être comprise à l’aune de cette conjoncture. Les oléoducs ne représentent pas une alternative au transport de pétrole par train. Premièrement, ils présentent d’importants risques pour l’eau potable et les terres agricoles ; l’oléoduc 9B traverse la rivière des Outaouais, en amont de Montréal, une fuite pouvant compromettre l’approvisionnement en eau de 2 millions de personnes. Deuxièmement, le bilan d’Enbridge sur la fiabilité de ses installions est désastreux ; l’Institut Polaris montre que la compagnie est responsable de 804 déversements en Amérique du Nord, entre 1999 et 2010. Une moyenne de 73 accidents par année ne devrait-elle pas réconforter les communautés ? Troisièmement, bien que des compagnies multimilliardaires comme Ultramar prétendent que le transport de pétrole par trains est 40 fois plus risqué que le transport par pipelines, il n’en demeure pas moins que ces derniers déversent trois fois plus d’hydrocarbures que les premiers [7].

Malgré la rhétorique rassurante de l’industrie, qui souligne le caractère mineur et réversible de ses déversements, « la présidente du comité exécutif, Josée Duplessis, note que même si Enbridge exploite son oléoduc entre Montréal et Sarnia depuis 37 ans, elle n’a jamais partagé ses plans d’urgence avec les autorités municipales ». C’est pourquoi la ville de Montréal, a émis de sérieuses réserves à l’inversion du pipeline dans une lettre déposée à la consultation publique de l’Office national de l’énergie. [8] Pendant ce temps, Enbridge continue de donner des pots-de-vin aux municipalités de la couronne Nord de Montréal, que ce soit sous forme de dons de 10 000$ (Mirabel), l’achat de VTT (Saint-André d’Argenteuil), le financement d’événements comme des épluchettes de blé d’Inde (Montréal-Est) ou la Fête de la Pêche Enbridge (Boisé Belle-Rivière).

Le virage pétrolier du Québec

Malheureusement, les trois principaux partis dominants de la scène nationale sont solidement accrochés à la logique néolibérale et pétrolière. Même le Parti québécois, fervent défenseur de la « souveraineté-association », fait reposer l’indépendance énergétique sur l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois, en « partenariat » avec le pétrole albertain.

« Le gouvernement Marois s’est donné des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de la consommation de combustibles fossiles. Des objectifs qui sont cohérents avec la volonté d’exploiter le pétrole québécois et d’importer celui tiré des sables bitumineux albertains, a expliqué jeudi au Devoir la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. » [9] Outre le caractère contradictoire de ce discours, « l’intérêt économique » pour les deux raffineries québécoises semble primer sur la réduction des gaz à effet de serre, et les potentiels revenus pour l’État québécois semblent plus alléchants que la protection des communautés de la Gaspésie, le parc naturel d’Anticosti et l’environnement maritime du golfe Saint-Laurent. Comme dit M. Lafontaine, nos dirigeants « roulent à l’argent ».

Cependant, cette obsession pour les revenus de l’État n’est pas un phénomène conjoncturel, résultant de mauvaises décisions de politicien.nes. Il s’agit plutôt d’une crise fiscale structurelle, occasionnée par l’obsession du déficit zéro qui amène d’importantes coupures dans les dépenses publiques (austérité). Comme ces mesures ne permettent pas de relancer la croissance, mais font plutôt reposer celle-ci sur la consommation des ménages (dont les revenus stagnent), le recours au crédit et à l’endettement devient le principal moyen de pallier à la crise. Or, comme l’endettement comporte des limites objectives (capacité de payer) et subjectives (tolérance au surendettement), la « reprise financiarisée » au Québec et au Canada est condamnée à rester prisonnière d’une trappe austérité/stagnation [10]. Malgré la saine gestion des dépenses (austérité), les revenus de l’État continuent de chuter (stagnation), ce qui nécessite à nouveau des compressions et des mesures de restructuration, ad nauseam.

Le virage vers l’exploitation massive des ressources naturelles (le Nord pour tous) et les hydrocarbures représente une réponse désespérée et écologiquement ruineuse à un problème économique structurel. La crise écologique est accentuée par les politiques d’austérité, et celles-ci contribuent à exploiter toujours davantage les communautés et les écosystèmes. L’État néolibéral québécois réplique machinalement le modèle colonial canadien, qui néglige le développement des industries, la substitution des importations et la diversification de l’économie, en préférant les barrages, pipelines, raffineries et les exportations massives de matières premières. « S’il existe des différences culturelles entre le Québec et le Canada anglais, la culture économique, elle, est la même. […] Il est illusoire de penser que les banquiers, les politiciens et les fonctionnaires, fascinés par le chant des sirènes de l’exploitation des ressources naturelles, des filières préfabriquées de sociétés étrangères et des projets technologiques grandioses, se mettront à l’écoute. [11] »

La métaphore de la rivière glacée

Par ailleurs, une évaluation étroite des risques masquerait-elle une réflexion plus générale sur les alternatives au modèle de développement actuel ? Dans son livre Making better environmental decisions (2000), Mary O’Brien prend l’exemple d’une femme qui désire traverser une rivière montagneuse à l’eau glacée. Elle se fait conseiller par une équipe de quatre évaluateurs de risques, composée d’un toxicologue, un cardiologue, un hydrologiste et un spécialiste du ministère de l’Environnement.

Le premier remarque que l’eau n’est pas toxique, mais seulement très froide. Le deuxième considère que les risques d’arrêt cardiaque sont faibles, car la femme est en bonne santé. Le troisième évalue qu’il est possible de nager parce que la rivière est peu profonde et dépourvue de tourbillons. Enfin, le quatrième suggère de traverser parce que les risques sont minimes comparativement au réchauffement climatique, la destruction de la couche d’ozone et la perte de biodiversité.

Étonnement, la femme refuse de traverser à la nage. « Pourquoi ? », s’exclament les spécialistes qui ont calculé sa chance de mourir à seulement 1 sur 4 millions. Comme la femme refuse encore, les spécialistes perdent patience et l’accusent d’immobilisme. Visiblement, celle-ci semble avoir une « crainte irrationnelle » des risques, et une mauvaise compréhension des avantages de ce projet. Mais la femme se retourne et pointe à l’horizon : il y a un pont.

L’évaluation des alternatives

Pendant que les experts évaluaient les risques d’une seule option, la femme évaluait les alternatives. Elle considère que ça ne vaut même pas la peine de prendre froid en traversant à la nage, compte tenu des options qui s’offrent à elle. Une délibération collective sur les stratégies énergétiques, les limites de la croissance économique, la justice sociale, la résilience communautaire et écologique, pourrait s’inscrire dans cette perspective. Une évaluation globale des alternatives au développement doit remplacer la logique étroite des risques, en partant de plusieurs principes :

1) Il n’est pas acceptable de menacer l’intégrité physique des communautés humaines et non humaines s’il existe des alternatives raisonnables.

2) Personne ne peut définir pour quelqu’un d’autre ce qui représente un dommage « acceptable ».

3) Nous devons envisager et réaliser les alternatives les moins dommageables pour la population actuelle, les générations futures et les écosystèmes.

4) Il est difficile de penser des alternatives au statu quo, car des individus, des entreprises et des gouvernements ont intérêt à le préserver.

5) Le prérequis essentiel au changement politique est de reconnaître le fait qu’il existe des alternatives.

6) De véritables changements dans les comportements et les habitudes dommageables des individus et des collectivités (dépendance au pétrole, étalement urbain, surconsommation, etc.) ne peuvent pas se réduire à l’éthique et la responsabilité individuelle ; ils doivent être accomplis par l’action politique.

La transition énergétique

La catastrophe de Lac-Mégantic soulève une alternative civilisationnelle : la transition énergétique. Celle-ci désigne le passage d’un système énergétique basé sur les ressources non renouvelables (pétrole, gaz, nucléaire) vers un mode de développement faisant usage des énergies renouvelables : solaire, éolien, géothermie, biomasse, etc. Cette transition ne se limite pas au type de ressources utilisé, mais implique la modification de la structure énergétique. Elle requiert le passage d’un mode de production fondé sur la demande croissante d’énergie, et l’instauration d’un mode de production reposant sur la planification de la descente énergétique. Une réelle transition suppose donc d’importantes transformations comportementales, sociotechniques, économiques et politiques.

Pour effectuer un changement social d’une telle ampleur, celui-ci doit être envisagé globalement et concrètement, c’est-à-dire à l’intérieur des dynamiques de la société québécoise. La mise en pratique du projet de transition énergétique doit donc être précédée d’une analyse de la situation et des rapports de forces, qui prend sérieusement en compte les contraintes sociales, culturelles, institutionnelles, économiques et politiques qui entravent un tel développement. Mais l’analyse historique et géographique de cette conjoncture ne saurait être complète sans dégager les principales luttes relatives aux enjeux énergétiques. C’est pourquoi l’examen des mouvements sociaux, mobilisations citoyennes et coalitions luttant contre les hydrocarbures (gaz de schiste, sables bitumineux, oléoducs) permet de mettre en évidence les obstacles, mais également les possibilités réelles d’une alternative énergétique.

Si l’étude des blocages et des acteurs collectifs de la transition éclaire le terrain des conflits sociaux et des contradictions sur lesquelles un nouveau système énergétique pourra émerger, elle demeure muette quant à la nature des réformes institutionnelles nécessaires et du projet politique attaché à une telle transformation. De plus, la réalisation d’une alternative radicale et démocratique suppose un ensemble de stratégies permettant de lier un parti défendant l’intérêt de la majorité sociale aux syndicats, groupes écologistes et mouvements citoyens, afin que la transition énergétique devienne légitime, mobilisatrice et efficace.

L’énigme de l’accident de Lac-Mégantic ne doit pas être résolue par une enquête étroite, des accusations individuelles, quelques modifications règlementaires superficielles et de fausses promesses de sécurité. Cet épisode ne se réduit pas à un problème technique, mais représente le tremplin d’une mobilisation sociale, d’une action politique, visant à la fois la transition écologique et l’émancipation populaire du joug des grandes entreprises sans scrupules et de l’État canadien complaisant.

Le Réseau écosocialiste


dimanche 14 juillet 2013

Syrie. Bientôt la fin !.... Le changement en Syrie ne peut être, en effet, que l'œuvre des Syriens et d'eux seuls, par l'introduction des réformes qu'ils jugent nécessaires dans leur système politique, et non pas selon un «agenda» extérieur décidé par des pays étrangers qui font s'entretuer les Syriens par intérêt.


En Syrie, l'un après l'autre, les «territoires» qui étaient passés sous la coupe des groupes terroristes sont libérés par l'armée régulière et repassent sous l'autorité de l'Etat.
 

L'éradication de ces groupes est un préalable à la transition politique qui aboutirait, dans ce pays, à un transfert du pouvoir tel que voulu par le peuple syrien, c'est-à-dire à travers des élections démocratiques, et non par les armes et selon les «caprices» du Qatar et de la France.

Le changement en Syrie ne peut être, en effet, que l'œuvre des Syriens et d'eux seuls, par l'introduction des réformes qu'ils jugent nécessaires dans leur système politique, et non pas selon un «agenda» extérieur décidé par des pays étrangers qui font s'entretuer les Syriens par intérêt. La réalité sur le terrain saute aux yeux de tous maintenant : l'«opposition armée» est très largement dominée par les groupes terroristes constitués de mercenaires islamistes venus en force dans le but d'établir en Syrie un «califat».

La trêve que cette «opposition» demande, sous prétexte de tenir compte du mois sacré du Ramadhan, donnera en fait un répit à ces groupes terroristes laminés et en voie d'être vaincus. Sans surprise, l'appel à la trêve est appuyé par le secrétaire général de l'ONU Ban Le silence du gouvernement syrien à ce propos est significatif. L'an dernier, l'armée syrienne avait répondu favorablement aux nombreuses sollicitations extérieures en décidant unilatéralement d'une sorte de cessez-le-feu mais les terroristes avaient interprété ce geste comme un signe de faiblesse.

Dans le contexte actuel, plusieurs indices montrent que les données ont beaucoup évolué. Sur le terrain, c'est la population qui s'est opposée, hier, aux «rebelles», à Alep, en manifestant contre la présence des groupes terroristes qui contrôlent encore une partie de la ville. A l'extérieur, le Congrès américain vient de bloquer l'initiative d'Obama de livrer des armes à l'«opposition». Les groupes terroristes qui opèrent en Syrie ne recevront donc pas d'aide militaire américaine officielle et directe, en dehors des armes qui leur sont envoyées déjà depuis longtemps clandestinement à travers les canaux de l'Otan, de la CIA et des autres services secrets des pays occidentaux.

Idem en France, où, sur cette même question, tout le monde n'est pas d'accord avec Hollande et Fabius et pas seulement dans l'opinion publique. Le désaccord vient de la classe politique. Dans un entretien au quotidien libanais L'Orient-Le Jour, François Fillon affirme que la volonté de la France d'armer les «opposants» syriens «ne fait que prolonger la guerre». Pour l'ex-Premier ministre français, «il faut forcer tout le monde à aller aux négociations». La victoire du peuple syrien sur ses ennemis est proche. Militairement, les groupes armés sont lâchés. Politiquement, les islamistes sont en phase d'être éjectés partout où ils ont cru avoir réussi à s'imposer par la duperie. La donne a définitivement changé. Le «printemps arabe» de Ben Hamad et Ben Jassem ne sera bientôt qu'un mauvais souvenir.

Karim Bouali
Cameroonvoice


Egypte : l’armée défend ses intérêts économiques (Ria Novosti)…. Les généraux ont un intérêt personnel à rétablir l’ordre le plus vite possible : les recettes annuelles de leurs entreprises se chiffrent à 100 milliards de dollars, soit un cinquième du PIB national.


Les affrontements qui se sont déroulés hier en Égypte ont fait au moins 40 morts et des centaines de blessés. Après avoir destitué le président Mohamed Morsi les militaires affichent leur résolution, écrit le quotidien RBC Daily du 9 juillet 2013.
Les généraux ont un intérêt personnel à rétablir l’ordre le plus vite possible : les recettes annuelles de leurs entreprises se chiffrent à 100 milliards de dollars, soit un cinquième du PIB national.
L’armée égyptienne vend sur le marché un éventail très large de services et de produits de consommation : des aliments à l’essence en passant par les hôtels de luxe, écrit le Frankfurter Allgemeine Zeitung. La marque Armed Forces (les forces armées égyptiennes) est très présente dans les supermarchés du Caire sur l’emballage des pâtes, de l’huile olive, des œufs, du poulet, du sucre ou du poisson, aussi bien que sur des casseroles, des poêles et même des télés LCD. Cela dit, les revenus réels des militaires en Égypte constituent un secret d’État et la loi punit toute divulgation d’informations de ce genre. Les économistes indépendants ne peuvent qu’évaluer d’une manière générale les revenus et les recettes des entreprises industrielles et agricoles des militaires.
Les privilèges des généraux égyptiens sont très importants : leurs usines de pâtes et le réseau de stations-service Wataniyyah ne sont pas tenus de rendre des comptes aux structures fiscales. Les informations tenues secrètes comprennent naturellement le nombre de camions transportant la viande depuis les abattoirs de l’armée. Selon d’autres estimations, les militaires contrôlent directement de 30 à 40 groupes industriels et sont parfois en situation de monopole. Qui plus est, les généraux envoient souvent leurs recrues travailler dans les champs ou sur les lignes d’assemblage.

Les positions des militaires égyptiens sur le marché immobilier sont également fortes : une loi leur permet de s’approprier pratiquement n’importe quelle terre de l’État en la qualifiant de "nécessaire pour assurer la défense" du pays. Les généraux s’occupent donc activement de la construction et de l’exploitation d’ensembles résidentiels de luxe, de zones de divertissement et d’hôtels. Ces affaires leur apportent des sommes considérables : ils peuvent vendre ces bâtiments ou les louer à de grandes sociétés touristiques.

Les généraux ne sont pourtant pas des gestionnaires efficaces malgré leur présence dans tous les domaines de l’économie égyptienne. Des milliards de dollars du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale aussi bien que 40 milliards de dollars de l’aide militaire de la part des États-Unis au cours des 30 dernières années (1,3 milliards de dollars par an) n’ont pas permis à l’économie égyptienne de rattraper son retard par rapport à d’autres marchés émergents, estime Zeinab Abul-Magd, spécialiste américaine du Proche-Orient. Si la pauvreté dans le monde a diminué de deux fois ces 20 dernières années, un nombre important d’Égyptiens vit toujours en-dessous du seuil de pauvreté, fait-elle remarquer.

MOSCOU, 9 juillet -RIA Novosti



samedi 13 juillet 2013

Le saccage impérialiste des richesses de l’Afrique....le capitalisme impose au continent africain le rôle de fournisseur de matières premières et de main d’œuvre à bas coûts.

L’agression de l’OTAN contre la Libye (productrice de pétrole), l’intervention de la France au Mali (or et uranium), la construction d’une base militaire étasunienne au Niger (uranium) et l’encerclement de l’Algérie (pétrole et gaz) sont des chaînons de la stratégie qui vise, devant la crise du capitalisme mondial, à intensifier l’exploitation des travailleurs et le pillage des ressources naturelles de l’Afrique.
Le journaliste Dan Glazebrook, qui écrit dans des journaux comme The Guardian, The Independent et The Morning Star, a publié un article dans l’hebdomadaire cairote Al-Ahram Weekly dans lequel il dénonce cette conspiration.
Dan Glazebrook commence par rappeler que l’Occident draine chaque année des milliers de millions de dollars provenant du service de la dette, des bénéfices provenant des investissements et des prêts liés au régime de la corruption des secteurs des bourgeoisies compradores.
Une autre façon de dominer l’Afrique consiste à mettre à sac ses richesses naturelles. On peut citer le cas connu du Congo, où des bandes armées contrôlées par ses voisins ougandais, rwandais et burundais pratiquent à l’est du pays le vol de minéraux pour revendre ces derniers à des entreprises étrangères… qui sont elles-mêmes complices du forfait.
L’Afrique finance également les classes dominantes occidentales en fixant le prix de ses matières premières à des tarifs défiant toute concurrence, mais aussi en versant des salaires misérables aux travailleurs qui s’échinent dans les mines ou aux champs.
En somme, le capitalisme impose au continent africain le rôle de fournisseur de matières premières et de main d’œuvre à bas coûts. Mais, afin que cette situation se perpétue, il fait en sorte que l’Afrique continue d’être pauvre et divisée, les coups d’État et des guerres contribuant largement à cette situation.
Selon Dan Glazebrook, la création en 2002 de l’Union africaine, animée par Mouammar Kadhafi, a soulevé les préoccupations des stratèges occidentaux. Pour Washington, Londres et Paris, le plan de l’Union de créer une banque centrale africaine et une monnaie unique était tout bonnement inacceptable. Pis, il était inconcevable de voir cette même Union développer une charte de défense et de sécurité communes pouvant déboucher sur une force militaire unifiée.
En outre, les États-Unis, face à la récession économique et à la « menace » que constituait déjà à l’époque la Chine, avaient échafaudé les plans pour recoloniser l’Afrique. La création en 2008 de l’Africom, le commandement militaire que le président Bush voulait installer sur le territoire africain, s’inscrit naturellement dans cette démarche. Mais l’Union africaine s’est fermement opposée à ce projet et l’Africom a dû finalement établir son état-major en Allemagne.
La plus grande humiliation pour les États-Unis était de voir Kadhafi élu président de l’Union africaine en 2009 et la Libye devenir le principal soutien de l’organisation panafricaine.
L’Empire ne tolérait bien évidemment pas les propos de l’Union qui vont dans le sens d’un processus d’intégration africaine. Après avoir justifié l’agression contre la Libye avec « un paquet de mensonges encore plus grands que ceux qui ont servi de prétexte à l’invasion de l’Irak », comme l’écrit Glazebrook, l’OTAN a détruit le pays, l’a placé dans les conditions d’autres États africains en faillite, se libérant au passage de son adversaire bien trop fier à son goût en l’assassinant. La guerre contre le colonel Kadhafi a détruit son régime. Mais la paix et la sécurité se trouvent depuis menacées dans toute l’Afrique du nord.
Le dirigeant libyen avait organisé depuis 1998 la communauté des États sahélo-sahariens, centrée sur la sécurité régionale, en bloquant l’influence des milices salafistes et en essayant de pacifier les chefs de tribus touaregs. Avec la chute de Kadhafi, les islamistes radicaux de la région ont fait main basse sur les arsenaux d’armes – avec l’aimable autorisation de l’OTAN – et les frontières méridionales de la Libye se sont disloquées. La première victime de la déstabilisation régionale a été le Mali. L’avancée islamiste, concomitante de l’agression de la Libye, a servi de prétexte à l’intervention militaire française.
L’Algérie se trouve désormais dans le collimateur de l’impérialisme. Elle est aujourd’hui entourée par les islamistes radicaux à l’est (frontière libyenne) et au sud (frontière malienne), où se sont également installées les troupes françaises.
L’impérialisme a des raisons de ne pas pactiser avec l’Algérie, le seul pays d’Afrique du nord encore gouverné par le parti qui a lutté pour l’indépendance (FLN). Alger soutient l’Union africaine, a assumé des positions internationales dignes et, comme l’Iran et le Venezuela, vend son pétrole et son gaz à des tarifs « normaux ».
Ce « nationalisme des ressources » pousse les géants pétroliers occidentaux à ne plus cacher le fait qu’ils « en ont marre de l’Algérie », comme l’écrit le Financial Times. Ce même journal avait, un an avant l’agression de l’OTAN, accusé la Libye du « crime » de protéger ses ressources naturelles.
Capitaine Martin
http://www.resistance-politique.fr/article-le-saccage-imperialiste-des...
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jeudi 11 juillet 2013

L'Egypte, terrain de confrontation pour le Qatar et l'Arabie Saoudite...La chaine de télévision Al-Jazeera du Qatar apportait au gouvernement de Morsi une aide informationnelle.

L’Egypte est devenue un champ d’opposition non seulement entre les partisans du pouvoir laïc et les islamistes, mais aussi entre des acteurs étrangers luttant aussi pour influencer sur ce grand pays arabe. Deux monarchies du Golfe Persique – le Qatar et l’Arabie Saoudite - prennent une part active dans cette lutte.

Après les tirs effectués par les militaires sur les manifestants devant l’état-major de la garde républicaine, le parti salafiste « An-Nour » a refusé de participer aux négociations avec les nouveaux pouvoirs égyptiens. Mais récemment, les salafistes approuvaient la destitution du président Mohamed Morsi. C’est un nouveau témoignage d’une scission entre les islamistes égyptiens. C’est que les Frères musulmans et « An-Nour » ont des protecteurs étrangers. Ici le commentaire du président de l’Institut russe du Proche-Orient Evgueny Satanovski :

« Non seulement en Egypte, mais aussi dans tous les pays du « printemps arabe », le Qatar a soutenu et continuera à soutenir les Frères musulmans et les mouvements alliés. Par exemple, les leaders de « An-Nahda » en Tunisie ou ceux du « Hamas » à Gaza. Les salafistes – c’est la créature de l’Arabie Saoudite. L’Arabie Saoudite a chaleureusement félicité la junte militaire et Adli Mansour, président actuel par intérim, qui ont chassé les Frères musulmans. Mais cela montre que dans la péninsule arabique, le vieux proverbe russe « Si la vache du voisin meurt, c’est très bien » est actuel ».

Doha et Riyad apportent un soutien à leurs protégés. En premier lieu, financier. Le journal Financial Times assure que le Qatar a « investi » en Egypte huit milliards de dollars. La chaine de télévision Al-Jazeera du Qatar apportait au gouvernement de Morsi une aide informationnelle. Il n’est pas étonnant qu’après la destitution de Morsi, la diffusion d’Al-Jazeera soit interdite en Egypte, qu'il y ait eu des perquisitions dans les bureaux de la chaine de télévision, et que le chef de l’antenne au Caire ait été retenu.

L’Egypte n’est pas le seul pays qui soit l’objet de lutte entre Doha et Riyad. Les deux monarchies rivalisent aussi dans les pays du Maghreb, en Syrie, au Liban, au Yémen, en Palestine, pratiquement sur tout le territoire du grand Proche-Orient.

Les experts croient que la destitution de Mohammed Morsi est un coup dur pour les positions du Qatar, en Egypte et dans tous les pays du « printemps arabe ». S’assurant que le pouvoir des Frères musulmans et de leurs protecteurs au Qatar n’est pas si fort que cela, leurs adversaires dans d’autres pays commenceront une offensive.
Artem Kobzev

mercredi 10 juillet 2013

La Jeunesse Africaine salue la révolution égyptienne .....lorsqu’un homme d’État démocratiquement élu transforme son règne en une vénération, dirige sans partage et exclut les autres composantes de la nation de son système de gouvernance devenu autocratique, le peuple, qui lui a remis le pouvoir par les urnes, n’a pas d’autre choix que de le reprendre.

Suite aux manifestations qui ont abouti au renversement du président Mohamed Morsi, le 03 juillet 2013, l’Organisation Jeunesse Africaine salue la phase II de la révolution égyptienne.Regrettant qu’un gouvernement issu des urnes n’ait pas pu survivre à sa propre dérive autoritaire, l’Organisation Jeunesse Africaine rappelle que quelques mois après sa prise de pouvoir, le 24 juin 2012, Mohamed Morsi s’était octroyé les pleins pouvoirs, détournant la révolution et inscrivant l’Égypte sur le chemin d’un islamisme d’extrême droite qui a eu pour effet la mise à l’écart de la diversité ethnoculturelle égyptienne et la fin des principes fondamentaux de la démocratie.
L’Organisation Jeunesse Africaine considère que lorsqu’un homme d’État démocratiquement élu transforme son règne en une vénération, dirige sans partage et exclut les autres composantes de la nation de son système de gouvernance devenu autocratique, le peuple, qui lui a remis le pouvoir par les urnes, n’a pas d’autre choix que de le reprendre. Ainsi, même si elles font partie du jeu démocratique, les élections ne représentent pas la démocratie dans les faits; elles ne sont qu’un outil de transmission du pouvoir à des représentants aux fins de son exercice véritable.
La légitimité d’un pouvoir ne s’obtient donc pas nécessairement par les urnes, mais par la gestion que l’on fait du pouvoir qui en sort. Les procédures de l’impeachment, qui existent dans les démocraties avancées, le démontrent fort bien. C’est la bonne gouvernance fondée sur la justice sociale, le respect des libertés, la sécurité, la bonne distribution des richesses, l’égalité de tous devant la loi et l’inclusion de toutes les composantes sociales dans la gestion des affaires de la nation qui donne force de droit au pouvoir et confirme la légitimité démocratique des représentants du peuple.
Dans cette perspective, l’Organisation Jeunesse Africaine conçoit qu’en faisant corps avec le peuple et en remettant le pouvoir à un autre civil, en l’occurrence au président au conseil constitutionnel, l’Armée a joué le rôle de protecteur des intérêts du peuple. La destitution de Mohamed Morsi ne saurait donc être vue comme un coup d’État; elle traduit plutôt la mise en application de la procédure de l’impeachment, enclenchée par le peuple lui-même à la suite des faits présentés plus haut.
L’Organisation Jeunesse Africaine saisit l’occasion qu’offre cette révolution pacifique pour lancer un appel à l’instauration d’un État laïc en Égypte et inviter d’une part les armées africaines à s’inspirer de l’exemple égyptien pour devenir, elles aussi, le bras droit protecteur de leurs peuples respectifs, et d’autre part les gouvernements africains à sortir des modèles autocratiques pour s’inscrire définitivement dans les systèmes véritablement démocratiques.

Pour L’Organisation Jeunesse Africaine
Maurice NGUEPE, Secrétaire Général