mardi 11 juin 2013

TURQUIE : Un mouvement inattendu fait face aux violences policières ...« nous aussi nous sommes là, nous existons ».

Le mouvement spontané qui s’est déclenché à Istanbul a pris une dimension sans précédent dans l’histoire du pays et s’étend maintenant aux 67 des 85 villes du pays.
Tout a commencé quand, pour exprimer l’opposition au réaménagement du parc Gezi et au déplacement des arbres pour l’aménagement du terrain, un groupe de citoyens a décidé d’occuper pacifiquement, ne serait-ce que pour quelques jours, la place Taksim en plein centre d’Istanbul. Le parc Gezi, selon les déclarations explicites mêmes du Premier ministre Erdogan, serait l’objet d’un projet de réaménagement comprenant également la reconstruction comme centre commercial de luxe d’une caserne d’artillerie, qui avait été démolie à la suite d’un soulèvement restaurationniste en 1909 contre la Révolution des Jeunes Turques de 1908 et dont les ruines avaient été définitivement rasées en 1940. Ce projet est d’ailleurs dénoncé par de nombreux spécialistes dont des urbanistes, des architectes et des écologistes.
Vendredi le 31 mai, le jour même où un tribunal administratif d’Istanbul prenait la décision de suspendre le projet de reconstruction de la caserne, la police a attaqué les occupants pacifiques du parc Gezi et les a évacués. Cette agression a suscité une réaction massive de la part des habitants qui se sont solidarisés avec les occupants du parc. Après de violents affrontements, la police a enfin reculé, libéré les lieux les 1er et 2 juin. et perdu le contrôle de la place Taksim. Les guerres de rue se sont poursuivies jour et nuit dans de plusieurs quartiers du centre d’Istanbul.
L’étincelle

Plusieurs sujets de conflits peuvent être considérés comme éléments déclencheurs de cette explosion spontanée : le fait que le Parti de la justice et du développement (AKP), qui est au pouvoir depuis dix ans, ait pris un tournant autoritaire et exclu tous ceux qui ne sont pas dans son camp ; les réactions dans de larges segments de la jeunesse aux politiques néolibérales ; l’intervention de la police qui est entrée dans le parc pour évacuer brutalement les protestataires et leurs enfants et qui a incendié leurs tentes… Tout cela a largement fournit l’étincelle qui était nécessaire pour déclencher l’explosion.
L’AKP, qui a une base électorale confortable de 50 %, a subi une toute première défaite et cela dans la rue. L’AKP, considéré par la moitié de la population comme un parti qui a réalisé d’importants changements, venait juste de se mettre à table de négociations avec les Kurdes pour trouver une solution pacifique a la question nationale. Ses politiques n’étaient jusqu’alors contestées que par des milieux de gauche militants mais peu influents. C’est un ensemble hétérogène de personnes difficilement définissable qui a conquis le centre de la ville après s’être affronté courageusement avec la police.
Malgré l’importance de la participation aux manifestations des milieux kémalistes laïques, mécontents du pouvoir de l’AKP, aussi bien que des groupes de gauche, la majorité sont des manifestants de 20-30 ans qui, pour la première fois, se sont engagés dans une lutte politique. Il faut souligner que c’étaient des jeunes femmes qui occupaient les premiers rangs pendant les affrontements avec la police. La proximité des quartiers de pauvres a facilité la participation aux manifestations de jeunes habitants de ces quartiers. Les gens venus de partout se sont orientés vers le centre-ville. À l’aube, un important convoi de manifestants a traversé le pont du Bosphore à pied et rejoint les autres manifestants. Même si cela restait limité, certaines membres du parti d’extrême-droite MHP ont participé aux manifestations, mais la direction du parti leur a tout de suite donné l’ordre de quitter les rangs. Il y a un mélange de jeunes filles qui portent de foulard, de « musulmans anticapitalistes », de fans de clubs de foot, de groupes LGBT, de Kurdes, de kémalistes et surtout de tous ceux qui disaient contre le Premier ministre Tayyip Erdogan : « nous aussi nous sommes là, nous existons ».
Les mots d’ordre importants étaient « Tayyip démissionne ! », « Au coude à coude contre le fascisme ! », « Ce n’est qu’un début, la lutte continue ! ». Pourtant aucune revendication nette n’a été exprimée par la foule. Même si l’initiative de la place Taksim a formulé la revendication de la démission du ministre de l’Intérieur, cette revendication n’est pas encore très répandue dans la masse.
Ce qui est plus important, ce sont des discussions au sujet de l’apparition éventuelle d’une opposition qui pourrait s’étendre de « Nous sommes » à « Nous serons », est le fait que, pour la première fois, de centaines de milliers de gens se rendent d’une façon indépendante sur les places publiques, sans être appelés ou dirigés par un centre connu (un parti, un syndicat ou l’État), afin de s’opposer aux politiques du gouvernement qui prend de plus en plus une tournure autoritaire. Même si les revendications sociales n’ont pas encore vu le jour, il est bien évident que la mise en œuvre des politiques néolibérales provoque l’indignation de ces masses.
La revanche du 1er mai ou les guerres de mémoire

Le gouvernement avait, le 1er mai dernier, fermé aux manifestations la place Taksim, qui a une importance symbolique, sous prétexte de travaux en cours. Il a paralysé le transport maritime et routier afin d’empêcher les manifestations du 1er mai. Il a déployé des policiers partout. Suite à l’adoption par le gouvernement d’une méthode à la Poutine pour d’étouffer le souffle de l’opposition sociale la ville avait été paralysée.
Il y a une guerre de mémoire entre la gauche et le gouvernement au sujet de la place Taksim, connue comme place du 1er mai. Face à une gauche qui souhaiterait perpétuer la mémoire de 42 personnes qui sont tombés sur cette place le 1er mai 1977, ainsi que les idéaux de la classe ouvrière, le gouvernement voudrait en reconstruisant la caserne d’artillerie, à la fois « revivifier l’histoire » et, en transformant le caserne en centre commercial, créer sa propre légitimité historique.
En humiliant les manifestants, qu’il stigmatise comme maraudeurs et provocateurs, Erdogan a révélé à quel point il était peu « consistant » en s'opposant à la répression israélienne à Gaza ou en critiquant Assad en Syrie. Au cours des deux prochaines années auront lieu les élections municipales et législatives, ainsi que l’élection présidentielle. Selon de nombreux analystes, il est presque certain qu’Erdogan sera élu comme président. Et il voudrait faire adopter un amendement constitutionnel lui permettant de constituer un régime présidentiel à la Poutine.
Cependant ces derniers événements sont pour lui une défaite inattendue.
Dorénavant ce dont nous avons besoin, c’est de nouvelles expériences massives. 
Masis Kürkçügil
Masis Kürkçügil, analyste politique et écrivain, ancien membre de la direction du Parti de la liberté et de la solidarité de Turquie (ÖDP), est un des dirigeants de Sosyalist Demokrasi İçin Yeniyol (Cours nouveau pour la démocratie socialiste, section turque de la IVe Internationale). Exilé en France au cours des années 1980, il fut le rédacteur de la revue Enternasyonalen, acheminée clandestinement en Turquie.
Source : Imprecor

TURQUIE : Parc Gezi, Place ¨Taksim (EN IMAGES)


 























lundi 10 juin 2013

Le complot occidental en Syrie agonise ...il est clair que les Etats-Unis et avec eux les monarchies rétrogrades du Golfe et le gouvernement du mirage ottomane, ont épuisé toutes les possibilités pour intensifier leur agression contre la Syrie.

La victoire enregistrée par l'Armée arabe syrienne dans la région de Qoussair n'est pas une exception mais une tendance générale confirmée. Les gangs terroristes takfiristes s'effondrent en raison du recul du soutien populaire à la rébellion armée. La règle historique indiscutable est que toute force militaire, même s'il s'agit d'une armée puissante, nombreuse et bien équipée, perd ses capacités de résistance si elle ne jouit plus d'un environnement social favorable. Que dire alors de groupes de mercenaires assoiffés de sang, venus de 82 pays différents, qui commettent les pires crimes contre les populations locales. Le dernier en date étant, dimanche, l'exécution d'un enfant de 15 ans devant sa famille pour blasphème (Voir ci-dessous). Plus grave encore, le peuple syrien a découvert que ces groupes sont étroitement liés à Israël. Commentant la situation en Syrie, le chef des services de renseignements allemands, cité par le Der Spiegel, a reconnu que l'armée syrienne allait poursuivre son avancée pour reprendre le contrôle de la plupart des régions ces trois prochains mois. Cette évaluation rejoint les informations selon lesquelles le qatari Hamad Ben Jassem a exprimé devant le président Barak Obama ses craintes de voir une victoire de l'Etat syrien sur les gangs takfiristes que les dirigeants qataris ont créés, formés, entrainés et financés.
Le grand déséquilibre des rapports de forces en Syrie, en faveur de l'Etat national, apparait de plus en plus clairement. La popularité croissante du président Bachar al-Assad n'est plus un secret. Même les rapports de l'Otan affirment que près des deux tiers des Syriens soutiennent leur président. Il est évident que ce sondage, commandé par des puissances membres de l'Otan, a été réalisé dans les zones qui échappent au contrôle de l'Etat.
Ces réalités résultent de l'attachement d'une majorité de syriens à leur Etat, à l'indépendance de leur pays et à leur armée. Le fait que le projet hégémonique ait utilisé les groupes takfiris comme principal outil a permis aux Syriens de comprendre très vite la nature du complot occidental qui cible leur patrie, et qui vise à déchirer le tissu national des peuples de la région. Le projet occidental s'est brisé sur un bloc transcommunautaire, qui comprend une bonne majorité de sunnites et de chrétiens orientaux, qui affichent des choix arabes et nationaux. Si ce bloc n'existait, l'Etat se serait effondré depuis longtemps.
Les événements en Turquie sont une expression supplémentaire des revers successifs subis par l'alliance anti-syrienne. Ils se reflètent dans l'impuissance et la confusion qui caractérisent l'action des Etats-Unis. La purge opérée par Barak Obama au sein de son administration en est la preuve: Hillary Clinton, David Petraeus, Robert Ford... autant de figures qui ont disparu de la scène ou sont en voie de disparition.
Un an après l'accord de Genève, il est clair que les Etats-Unis et avec eux les monarchies rétrogrades du Golfe et le gouvernement du mirage ottomane, ont épuisé toutes les possibilités pour intensifier leur agression contre la Syrie. Mais en dépit des gigantesques moyens mis en œuvre, cette alliance s'est brisée sur la résistance de l'Etat national syrien, de son armé et du peuple, sans compter la détermination et la volonté d'acier du président Bachar al-Assad. Les solides alliances  régionales et internationales bâties par la Syrie ces dernières décennies ont également constitué un atout majeur qui a renforcé les capacités de résistance de la Syrie.
TENDANCES DE L’ORIENT

Sahara Occidental : 9 JUIN 1976 - 9 JUIN 2013 Anniversaire de la mort du symbole de la liberté et de la dignité du peuple sahraoui El Ouali Moustapha Sayed

Le 9 juin 1976, El Ouali Moustapha Sayed, fondateur du Front Polisario est mort dans le champ de bataille sacrifiant sa vie pour la libération de son peuple. Aujourd'hui, tous les sahraouis et ceux qui croient en cette cause honorent son nom et renouvellent le compromis avec la cause qu'il a converti en sa raison de vivre.

Au Sahara Occidental, cet anniversaire se souviendra de ce leader charismatique qui a eu le mérite de proclamer la liberté pour le peuple sahraoui du joug colonial, l'abolition de l'esclavage, du sectarisme et le tribalisme et d'unir le tissu social de la société sahraouie dans un corps qui est le peuple du Sahara occidental.
De nombreux noms apparaisseront dans le même hommage de camarades de lutte et de principes de Louali, comme Mahfoud Ali Beiba, le premier président du Parlement sahraoui et idéologue des structures politiques et administratives du mouvement de libération sahraoui.
 El Ouali Mustafa Sayed, le père spirituel du peuple sahraoui, avait déclaré que le peuple sahraoui a démontré qu’il existe en tant que tel et était prêt à réaliser l’autonomie gouvernementale en dépit de la volonté et les intérêts de certaines puissances occidentales qui étaient prêtes au pire pour contrôler les richesses naturelles du Sahara Occidental.
L’ONU n’a pas eu d’autre choix que de reconnaître le Front Polisario comme seul représentant légitime du peuple sahraoui, et en tant que mouvement de libération national contre le colonialisme, avec le droit d’utiliser la lutte armée pour réaliser les aspirations du peuple sahraoui.

Mais ni les organisations internationales comme l’ONU, collé à des intérêts économiques et géopolitiques des plus puissants de la terre, n’ont pardonné à ceux qu’ils avaient toujours considéré en conglomérat de tribus nomades, sans organisation ni capacité de gestion, aient eu l’audace d’affronter, même avec les armes, leurs ambitions et de réclamer ce que par droit leur revient.

Dans sa tombe, El Ouali peut reposer en paix sachant que la cause de son peuple est immortelle et la réalisation de son rêve n'est qu'une question de temps.

Gloire et paix à tous les martyrs de la cause sahraouie et honte aux marocains qui depuis 38 ans applaudissent l'agression de leurs frères sahraouis!
DIASPORA SAHARAUI

ETATS-UNIS : AFFAIRE WIKILEAKS - Jugez les Etats-Unis, pas Bradley Manning ! (The Independent)...un héros américain se trouve sur le banc des accusés, maudit pour avoir jeté un rayon de lumière pourtant bien faible sur les pans les plus sombres des activités de cette élite.

La puissance américaine a déclenché des guerres iniques et illégales, aux conséquences catastrophiques sur le plan humain.
Elle a contribué à renverser des gouvernements démocratiquement élus. Elle arme et soutient certaines des dictatures les plus impitoyables de la planète ; et elle est connue pour appuyer des mouvements terroristes. Même ses fervents partisans reconnaissent que l’élite de la politique étrangère américaine a un passé pour le moins discutable.
Aujourd’hui, un héros américain se trouve sur le banc des accusés, maudit pour avoir jeté un rayon de lumière pourtant bien faible sur les pans les plus sombres des activités de cette élite. Il y a plus de trois ans, Bradley Manning – âgé aujourd’hui de tout juste 25 ans – a rendu publics 250 000 câbles diplomatiques et un demi-million de rapports militaires américains. Jamais, tout au long de leur histoire, les Etats-Unis n’ont subi une fuite de documents confidentiels d’une telle ampleur.
Son châtiment a déjà été sévère. D’après Juan Méndez, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, il a été soumis à un traitement cruel, inhumain et dégradant. Pendant des mois, il a été tenu au secret. Dévêtu, privé d’intimité, il a été contraint de dormir sans obscurité.
Le procès de Manning devant un tribunal militaire vient donc de commencer. Il risque vingt ans de prison.
Manning est jugé en partie dans le cadre de la loi sur l’espionnage, un texte qui remonte à la Première Guerre mondiale. Il est sous le coup de 22 chefs d’inculpation : il a plaidé coupable pour dix d’entre eux, y compris celui de communication délibérée d’informations à une personne non autorisée. Mais le plus inquiétant est celui d’ »aide à l’ennemi” – autrement dit, il est accusé d’avoir intentionnellement aidé Al-Qaida.
La vérité, c’est que Manning a rendu un grand service tant au peuple américain qu’au monde entier. La politique étrangère des Etats-Unis dépend du maintien du secret non seulement par peur des ennemis de l’Amérique, mais aussi parce que la réalité aurait souvent de quoi horrifier les Américains.
Dans les années 1970, la junte sanguinaire de Pinochet est arrivée au pouvoir avec l’aide clandestine de la CIA. Comme l’avait dit Henry Kissinger avant que le président socialiste Salvador Allende, démocratiquement élu, soit renversé : “Je ne vois pas pourquoi nous devrions attendre qu’un pays bascule dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple.” Du temps de Reagan, des terroristes de droite appuyés par les Etats-Unis se sont livrés à une orgie de violence dans toute l’Amérique centrale.
C’était il y a longtemps, diront certains. Après tout, c’était la guerre froide, et les règles normales étaient inapplicables. Mais en fait la politique étrangère américaine se montre d’une remarquable continuité depuis 1898, lors de l’invasion sanglante des Philippines.
Les agissements de l’élite de la politique étrangère américaine font rarement l’objet d’une analyse, bien qu’ils n’aient pas grand-chose de patriotique. Aujourd’hui, on envoie des dizaines de jeunes hommes ou femmes se faire tuer ou mutiler. Ceux qui réclament leur retour au pays sont accusés de manquer de “patriotisme”. Les civils américains sont menacés d’un “retour de bâton”, terme qu’utilise la CIA pour définir les conséquences imprévues des interventions à l’étranger. Et parfois on leur rend la monnaie de leur pièce, de façon désastreuse. Dans les années 1950, les Etats-Unis avaient contribué à renverser le dernier Premier ministre démocratiquement élu d’Iran, Mohammad Mossadegh, alimentant ainsi un ressentiment antiaméricain qui servirait plus tard de moteur à la révolution iranienne.
C’est en cela que Manning nous a rendu un tel service. Il nous a incités à surveiller de plus près ce que cache la puissance américaine, à soupeser les terribles conséquences de décisions prises dans le plus grand secret. Les Etats-Unis sont sur la voie d’un déclin à long terme, et la Chine autocratique pourrait bien prendre sa place, usant peut-être même de sa puissance de façon plus inique. Alors, mieux vaut se dresser maintenant contre cet ordre mondial. Il se trouve que je suis persuadé que l’avènement d’un tel monde n’est pas qu’un fantasme naïf. Il peut et doit être bâti. Et quel que soit le résultat de votre procès, M. Manning, vous resterez dans les mémoires pour la part que vous avez prise dans son édification.
Owen Jones
* http://www.courrierinternational.com/article/2013/06/07/jugez-les-etat...
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samedi 8 juin 2013

TURQUIE : Erdogan est grillé...La plupart de ces gens ne sont pas sortis pour sauver le parc Gezi, mais pour manifester contre la politique qu’il symbolise

Il y aura plus d’affrontements, peut-être de tirs réels, plus de dégâts économiques, plus de conflits avant que quelqu’un n’ose déposer le Sultan. Le processus peut prendre des semaines, voire des mois, mais, quelle qu’en soit l’issue, Erdogan finira par perdre. Il ne peut y avoir de marche arrière, il est grillé.
La petite manifestation contre la destruction d’un parc à Istanbul n’a d’abord fait la une d’aucun média. Mais lorsque la police est intervenue très violemment pour permettre aux ouvriers de couper quelques arbres, la situation a explosé. En quelques jours, plus de 100 000 personnes sortaient dans les rues et affrontaient la police.La plupart de ces gens ne sont pas sortis pour sauver le parc Gezi, mais pour manifester contre la politique qu’il symbolise. La plupart des gens veulent garder le parc et sont opposés au plus grand projet de rénovation de la place centrale Taksim. Taksim c’est les manifestations du 1er mai, le centre culturel Ataturk et un espace collectif urbain.L’AKP (parti islamiste d’Erdogan) souhaite y faire revivre l’ère ottomane et mettre plus de religion dans la vie publique. Sa clique dirigeante a donc décidé de raser le parc pour construire une réplique des Baraques d’artillerie ottomanes (Taksim Military Barracks ou Halil Pasha Artillery Barraks, construites en 1806 sous le sultan Selim III, édifice monumental partiellement détruit en 1909, transformé en célèbre stade de football, détruit à nouveau en 1940 - NDT) pour en faire un centre commercial et une mosquée. Une commission gouvernementale avait donné un avis contraire au projet, avis qui a été passé outre. Les manifestants ont été refoulés par des forces de polices très brutales. C’est cette façon autoritaire d’imposer les intérêts d’un parti contre l’intérêt commun qui a poussé les gens à sortir dans les rues.Le tribunal a donné au gouvernement une chance unique de calmer les manifestations. Il a décidé que le projet devait être stoppé jusqu’à ce que la question puisse être jugée. Erdogan aurait pu se soumettre à la décision de justice et promettre de la respecter. Au contraire, il a répété que le gouvernement continuerait de « réaliser le rêve » des dirigeants, construirait les Barraks et transformerait la place Taksim.L’AKP d’Erdogan méprise l’opinion publique sur les questions politiques, ne s’intéresse qu’aux intérêts des siens et à une victoire majoritaire aux prochaines élections. Les forces politiques alternatives à l’AKP ne sont pas suffisamment puissantes ou sont trop dogmatiques pour être des concurrents sérieux. La Turquie est donc devenue une démocratie vide et un État à parti unique. Les médias turcs sont étouffés. Les journalistes qui osent critiquer le gouvernement perdent leur travail voire sont envoyés en prison. Les entreprises médiatiques sont menacées à partir d’allégations douteuses d’évasion fiscale. De nombreuses chaines de télévision n’osaient pas informer sur les manifestations et ont attendu jusqu’à maintenant pour les suivre.L’AKP poursuit une politique néolibérale avec la privatisation des entreprises nationales chaque fois qu’il le peut et déteste les syndicats ouvriers. Pendant quelques années, il a été très efficace en termes de croissance économique, mais la plus grande partie de cette croissance est due aux capitaux étrangers, du Golfe principalement.Le déficit budgétaire de la Turquie est d’environ 10 % du PNB par an. C’est une situation qui ne peut durer. C’est en grande partie de l’argent « chaud » qui représente des investissements à court terme. Ce sont des capitaux qui fuiront lorsque l’histoire actuelle de la croissance turque commencera à faiblir. La bourse turque avait déjà commencé à chuter avant les manifestations. Aujourd’hui, elle a plongé à nouveau de 10 % et les taux d’intérêts bondissent.Erdogan a traité les manifestants d’alcooliques, de SDF, d’extrémistes et de pilleurs. Des vidéos montrent des « pilleurs » en train d’essayer de voler un distributeur de billets. Ils portaient de façon tout à fait visible l’équipement de la police anti-émeute. Erdogan a accusé Twitter et autres réseaux sociaux d’être responsables des manifestations et a affirmé que l’opposition avait incité les manifestants. Il a insinué qu’ils étaient sous le contrôle d’agents étrangers. Bien sûr, certains manifestants sont membres des partis d’opposition et les fans de foot des trois grands clubs d’Istanbul qui se sont unis pour affronter la police ne sont pas des innocents. Mais la façon dont ces manifestations ont éclaté et se sont étendues en deux jours dans environ cinquante autres villes ne témoigne pas d’une main étrangère politique. Cela ressemble plutôt à l’explosion collective d’une frustration qui couvait depuis longtemps sous la poigne autoritaire d’Erdogan.Erdogan est parti pour une semaine de visite en Afrique du Nord. Avant de partir, il a déclaré qu’il pourrait difficilement retenir les 50 % de votants qui ont voté pour son parti aux dernières élections. Il a fait la quasi-unanimité d’une large majorité de Turcs contre lui. Mais il existe toujours une menace de lancer des contre manifestations qui finiraient inévitablement en davantage d’affrontements. Un manifestant a été tué par une voiture qui s’est jetée sur lui. Le conducteur, selon certains, aurait été motivé par les discours agressifs d’Erdogan.Si la police est du côté du gouvernement, l’armée ne l’est pas. Plusieurs généraux sont emprisonnés, soupçonnés d’avoir fomenté un coup d’État et le corps des officiers ne soutient pas l’homme qui les a fait emprisonner. L’économie déjà affectée par la guerre contre la Syrie, va l’être encore davantage par la fuite des capitaux. L’industrie du tourisme, si importante, va subir de nouvelles pertes. L’un des quatre grands syndicats, qui compte 240 000 membres, a fait appel à la grève. Le processus de paix avec les Kurdes est encore vague et les attaques de la guérilla du PKK peuvent facilement se reproduire.Erdogan a en outre, des concurrents à l’intérieur de son propre parti. S’il ne peut pas garantir une économie en bonne santé et la paix des rues, les couteaux vont sortir des poches. Le président Gul, un des grands ennemis d’Erdogan, est déjà en train de se mettre en position. Il se dénonce aujourd’hui son absolutisme en expliquant que la démocratie ne se limite pas aux élections.Restent maintenant quatre possibilités pour sortir de cette tempête :- Les manifestants s’essoufflent et s’affaiblissent. Peu probable, selon moi, particulièrement si les syndicats se joignent au mouvement.- Erdogan fait profil bas, annule le projet Taksim et s’excuse. Ce qui irait à l’encontre de tout ce que l’on connaît de lui et semble improbable.- Les militaires font un coup d’État. Il est douteux qu’une majorité de Turques soutiennent un nouveau coup et les militaires n’ont probablement pas envie d’assumer ces responsabilités.- Une faction du AKP d’Erdogan fait un coup à l’intérieur du parti contre lui et l’expulse.Pour ma part, je parierais sur la troisième possibilité, mais cela prendra du temps, plus d’affrontements, peut-être de tirs réels, plus de dégâts économiques, plus de conflits avant que quelqu’un n’ose déposer le Sultan. Le processus peut prendre des semaines, voire des mois, mais, quelle qu’en soit l’issue, Erdogan finira par perdre. Il ne peut y avoir de marche arrière, il est grillé.
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Qui seront les maîtres de la Syrie ? Les masques tombent !....ce sont le Qatar et l’Arabie Saoudite - parrains et pourvoyeurs de fonds à la rébellion, qui se disputent le leadership sur l’opposition syrienne - qui dictent les priorités et tirent les ficelles.

...Qui sont donc ces gens qui dénoncent la dictature d’Assad et s’avèrent plus dictatoriaux que le président syrien ?
En fait, ces gens, manipulés par le Qatar, vivent pour la plupart d’entre eux à l’étranger depuis des décennies, ont la double nationalité et perdu toute attache avec leur pays d’origine. Ils sont déconnectés de la réalité de la Syrie.

Des centaines, des milliers de Syriens tombent chaque jour, chaque semaine, chaque mois. Et cela dure depuis deux ans. Qui s’en inquiète, du moment que les objectifs assignés à la « révolte » – que l’on sait, désormais, commanditée par le Qatar et l’Arabie Saoudite – n’ont pu, jusqu’ici, être atteints.
Ces objectifs sont de faire chuter l’actuel régime de Damas. Aussi, les Syriens continueront de mourir et refusent les diktats d’où qu’ils viennent. Ceux qui combattent avec acharnement le gouvernement syrien, réunis sous le générique de « Coalition de l’opposition » ne sont pas Syriens – pour ceux qui se réclament comme tels – qui se sont vendus à l’étranger pour un pouvoir dont ils ne seront, dans le meilleur des cas, que les gérants. Le vrai centre de décision sera au Qatar et sans doute aussi, en Arabie Saoudite.
Lors du forum de l’opposition tenu à Istanbul, la semaine dernière, il est clairement apparu que ladite opposition n’avait aucune consistance et que ce sont le Qatar et l’Arabie Saoudite - parrains et pourvoyeurs de fonds à la rébellion, qui se disputent le leadership sur l’opposition syrienne - qui dictent les priorités et tirent les ficelles. Les deux pays ont d’ailleurs exigé l’élargissement de la Coalition et imposé leurs hommes au Conseil national syrien.
S’il y avait encore un doute quant à la réalité d’une « opposition syrienne » il vient d’être balayé à Istanbul où les financiers de la rébellion ont eu le dernier mot avec un compromis qui favorise leurs intérêts plutôt que le retour de la paix en Syrie. En effet, dès le début des événements, « l’opposition » syrienne s’est comportée comme quelqu’un qui vient prendre possession de son domaine, exigeant, avant toute chose et sans autre forme de procès, le départ de Assad et du « régime » syrien. C’était plus facile à dire qu’à faire, la Syrie étant loin d’être un territoire conquis. Relayée par ses soutiens – les États-Unis, la France et le Qatar notamment – l’opposition exigeait donc le départ de Assad. Avec qui les membres de « l’opposition » – qui s’entredéchirent et ne sont d’accord sur rien – comptaient-ils négocier ? Avec eux-mêmes ? Le Qatar et son compagnon saoudien ? Dans de tels cas de figure, les négociations ont lieu entre les parties belligérantes. On négocie avec l’ennemi, pas avec ses soutiens militaires et politique ou ses « tuteurs ». Qui sont donc ces gens qui dénoncent la dictature d’Assad et s’avèrent plus dictatoriaux que le président syrien ?
En fait, ces gens, manipulés par le Qatar, vivent pour la plupart d’entre eux à l’étranger depuis des décennies, ont la double nationalité et perdu toute attache avec leur pays d’origine. Ils sont déconnectés de la réalité de la Syrie. En fait, des militants syriens – qui croyaient sincèrement que cette « opposition » allait changer les chose – ont fini par se rendre à l’évidence et accusent la Coalition d’être désormais « partie du problème ». D’autres militants relèvent : « Nous ne pouvons pas soutenir des gens qui sont devenus des opposants uniquement par intérêt personnel » et d’autres de renchérir : « Nous ne voulons pas qu’un régime égoïste vienne en remplacer un autre. »
En fait, la Coalition qui n’arrive pas à élire un président à la place de Ahmed Moaz al-Khatib, démissionnaire, a perdu tout crédit, y compris parmi ses soutiens, notamment occidentaux qui, cependant, ne veulent pas faire marche arrière, mais contraints de jeter du lest. Ce qui explique que Washington soit parvenu à un accord avec Moscou pour réactiver la conférence internationale sur la Syrie. Washington a ainsi quelque peu baissé le ton. Le Qatar qui imposa la rébellion à la Ligue arabe en lieu et place de l’Etat syrien, ne cache plus le jeu prépondérant qu’il joue dans la déstabilisation de la Syrie. De son côté, la Coalition de « l’opposition » - composite, faite de bric et de broc – a montré son vrai visage, celui d’exécutants incapables de donner le change. En fait, les masques sont tombés sur le jeu trouble des uns, les manoeuvres sordides des autres. Ainsi, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne qui auraient dû imposer le dialogue, ont contribué à faire lever l’embargo sur les armes à la rébellion. Dès le début, il y avait anguille sous roche et ce qui a été abusivement qualifié de « Printemps » en Syrie, n’a été qu’un paravent qui a créé l’opportunité de déstabiliser ce pays. La Syrie est surtout victime des manoeuvres et des appétits du Qatar et de ses alliés occidentaux.
* http://www.lexpressiondz.com/edito/175182-les-masques-tombent.html
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