mardi 5 mars 2013

3 mars 2013 - Texte intégral de l’ITV de Bachar Al Assad au Sunday Times....Celui qui veut aider la Syrie doit demander à la Turquie, à l’Arabie saoudite, et au Qatar de cesser de financer les terroristes et à l’Occident de cesser de les couvrir médiatiquement et politiquement !

Al-Assad : Celui qui veut aider la Syrie doit demander à la Turquie, à l’Arabie saoudite, et au Qatar de cesser de financer les terroristes et à l’Occident de cesser de les couvrir médiatiquement et politiquement !
03 Mar 2013 - Sunday Times
Sunday Times : Monsieur le Président, votre récente offre de « dialogue politique » a été fermement rejetée par ces mêmes groupes que vous devez pacifier pour mettre fin à la violence : les rebelles armés et la Coalition nationale syrienne, principale alliance de l’opposition. Vous offrez donc un rameau d’olivier à la seule opposition loyaliste, en majorité interne, qui renonce à la lutte armée et reconnaît effectivement la légitimité de votre leadership. Avec qui êtes-vous vraiment prêt à dialoguer ?
Le président Assad : Pour plus de précision, permettez-moi de commencer par corriger certaines idées fausses qui circulent et qui sont sous-entendues dans votre question.
Sunday Times : Bien.
Le président Assad : Premièrement, lorsque j’ai annoncé « le plan » [1], j’ai dit que je m’adressais à ceux que le dialogue intéresse, parce que vous ne pouvez proposer un plan reposant sur le dialogue à qui ne croit pas au dialogue. J’ai donc été très clair sur cette question.
Deuxièmement, ce « dialogue ouvert » ne doit pas avoir lieu entre certains groupes exclusifs, mais entre tous les Syriens et à tous les niveaux. C’est un dialogue qui porte sur l’avenir de la Syrie. Nous sommes 23 millions de Syriens et nous avons tous le droit de participer à la construction de l’avenir du pays. Certains peuvent le regarder comme un dialogue entre le gouvernement et certains groupes de l’opposition « externe ou interne ». C’est, en fait, une façon très superficielle de le voir. Il est beaucoup plus global et concerne chaque Syrien et tous les aspects de la vie syrienne. L’avenir de la Syrie ne peut être déterminé par ses seuls dirigeants, mais par les ambitions et les aspirations de tout son peuple.
L’autre aspect de ce dialogue est qu’il ouvre la porte aux groupes armés pour qu’ils déposent leurs armes. D’ailleurs, nous avons accordé plus d’une amnistie pour faciliter cela. C’est la seule façon d’installer le dialogue avec ces groupes. Cela avait commencé, avant même l’annonce du plan, certains ayant déjà rendu les armes et repris le cours de leur vie normale. Mais, ce « plan » rend le processus plus méthodique, publiquement annoncé et clair.
Concernant l’opposition, une autre erreur de l’Occident consiste à mettre toutes les entités, mêmes hétérogènes, dans le même panier ; comme si tout ce qui s’oppose au gouvernement est dans cette opposition. Nous nous devons d’être clairs sur ce point. Nous avons une opposition correspondant à des entités politiques et nous avons des terroristes armés. Nous pouvons engager le dialogue avec l’opposition, mais nous ne pouvons pas engager le dialogue avec les terroristes ; nous luttons contre le terrorisme !
Une phrase revient souvent [en Occident] : « l’opposition de l’intérieur de la Syrie » ou « l’opposition interne loyale envers le gouvernement »… Les groupes d’opposition devraient être patriotes et loyaux envers la Syrie ! L’opposition interne et externe ne relèvent pas d’une localisation géographique, mais de leurs racines, de leurs ressources, et de leurs représentants. Sont-elles enracinées dans la terre syrienne ? Représentent-elles le peuple syrien et les intérêts syriens ou les intérêts d’un gouvernement étranger ? C’est notre façon de regarder le dialogue, c’est ainsi que nous l’avons commencé, et c’est ainsi que nous allons le poursuivre.
Sunday Times : La plupart l’ont rejeté, du moins si nous parlons des opposants de l’extérieur qui sont devenus « l’organisation saluée en tant qu’Opposition » avec, fondamentalement, le monde entier derrière eux. La plupart l’ont en effet rejeté et certains de ces opposants ont décrit votre offre comme une « perte de temps » ; d’autres ont déclaré qu’il s’agissait d’une « rhétorique creuse » fondée sur un manque de confiance ; William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères, considérant qu’elle allait « au-delà de l’hypocrisie », les Américains disant que vous étiez dans un " déni de la réalité " !
Le président Assad : Je ne ferai aucun commentaire sur ce que ces soi-disant organisations, extérieures à la Syrie, ont dit. Ces organisations ne sont pas indépendantes. En tant que Syriens, nous sommes indépendants et nous devons répondre à des organisations indépendantes, ce qui n’est pas leur cas. Alors, intéressons-nous aux autres allégations.
À propos du « déni de la réalité » : la Syrie se bat contre les adversaires et les ennemis depuis deux ans ; vous ne pouvez pas le faire si vous n’avez pas le soutien du peuple. Le peuple ne vous soutiendra pas si vous êtes détaché de la réalité. Au Royaume-Uni, une étude récente montre qu’une proportion non négligeable de britanniques demandent à leur gouvernement de « rester en dehors de la Syrie » et pensent pas qu’il ne devrait pas fournir du matériel militaire aux rebelles en Syrie. En dépit de cela, le gouvernement britannique continue de pousser l’Union européenne à lever son embargo sur les armes en direction des rebelles en Syrie, et à entreprendre de leur livrer des « armes lourdes ». Etre ainsi détaché de votre propre opinion publique, c’est ce que j’appelle un « déni de la réalité » !
Ils vont plus loin encore lorsqu’ils déclarent qu’ils veulent envoyer une « aide militaire » qu’ils présentent comme « non létales » ; alors que les renseignements, l’assistance financière et en moyens de communication fournis, sont quand même létaux ! Les événements du 11 Septembre n’ont pas été commis par des « aides létales ». C’est l’utilisation et l’entrainement à une technologie non-létale qui ont causé les atrocités. Le gouvernement britannique veut envoyer une aide militaire aux « groupes modérés », en sachant très bien que ces groupes modérés n’existent pas en Syrie. Maintenant, nous savons tous que nous combattons Al-Qaïda ou Jabhat al-Nusra - qui est une émanation d’Al-Qaïda - et d’autres groupes d’individus endoctrinés par des idéologies extrémistes. C’est cela qui est « au-delà de l’hypocrisie » !
Ce qui est « au-delà de l’hypocrisie » est que vous parliez de « liberté d’expression » quand vous bannissez la diffusion des chaines de télévision syriennes par les satellites européens ; quand vous pleurez pour quelqu’un qui a été tué par des terroristes en Syrie, tout en empêchant le Conseil de sécurité de prononcer une déclaration dénonçant un attentat suicide, tel celui qui a eu lieu la semaine dernière à Damas, alors que vous y étiez, et où trois cents Syriens dont des femmes et des enfants ont été tués ou blessés… tous des civils ! C’est au-delà de l’hypocrisie quand vous prêchez les droits de l’homme et que vous allez, en Irak, en Afghanistan et en Libye, tuer des centaines de milliers de personnes dans des guerres illégales. C’est au-delà de l’hypocrisie quand vous parlez de démocratie et que vos alliés les plus proches sont les pires régimes autocratiques du monde et appartiennent aux siècles médiévaux. C’est cela l’hypocrisie !
Sunday Times : Mais vous vous référez toujours aux personnes qui se battent ici [en Syrie] comme à des terroristes, acceptez-vous, même si certains sont de Jabhat al-Nusra ou affiliés à Al-Qaïda, qu’il en existe d’autres qui sont de l’ASL [Armée Syrienne Libre] ou sous l’égide de l’ASL ? Acceptez-vous que certains soient des déserteurs et que certains autres soient simplement des gens ordinaires qui ont initié une frange de la rébellion ? Ceux-là ne sont pas des terroristes ; ce sont des gens qui se battent pour ce qu’ils croient être bon pour le moment.
Le président Assad : Quand nous disons que nous combattons Al-Qaïda, nous voulons dire que le groupe terroriste principal et le plus dangereux est Al-Qaïda. J’ai dit lors de plusieurs interviews et discours que ce n’est pas le seul groupe présent en Syrie. Le spectre va des petits criminels, aux trafiquants de drogue, aux groupes qui kidnappent et tuent juste pour de l’argent, jusqu’aux mercenaires et rebelles armés. Il est clair que ceux-là n’ont ni programme politique ni aucune motivation idéologique.
La soi-disant « Armée Syrienne libre » n’est pas l’entité que l’Occident voudrait faire croire à vos lecteurs. Il y a des centaines de petits groupes tels que définis par les organismes internationaux qui travaillent avec Annan et Al-Ibrahimi. Il ne s’agit en aucun cas d’une entité, il n’y a pas de leadership, il n’y a pas de hiérarchie ; mais différents gangs oeuvrant pour diverses raisons. L’ « Armée syrienne libre » est tout simplement le titre, le parapluie utilisé pour légitimer ces groupes.
Cela ne veut pas dire qu’i il n’y avait pas un mouvement spontané au tout début du conflit. Il y avait des gens qui voulaient des changements en Syrie et je l’ai moi même publiquement reconnu à plusieurs reprises. C’est pourquoi j’ai dit que le dialogue n’est pas pour le conflit en soi mais concerne l’avenir de la Syrie, parce que beaucoup de groupes persistent dans leur volonté de changement et sont désormais contre les terroristes. Ils continuent à s’opposer au gouvernement, mais ne portent pas d’armes. Que vous ayez des besoins légitimes ne rend pas vos armes légitimes !
Sunday Times : Dans votre plan en 3 étapes, la première parle de la cessation de la violence. Manifestement, il y a d’une part l’armée et d’autre part les combattants. Or, dans le cas de l’armée vous avez une hiérarchie et donc si vous voulez un cessez-le-feu, il y a un commandant qui peut le contrôler. Mais quand vous proposez la cessation de la violence ou du feu, comment pouvez-vous supposer la même chose pour autant de groupes rebelles que vous dites si dispersés et sans direction unifiée ? C’est donc l’une des exigences de votre plan qui parait fondamentalement impossible. Ensuite, vous parlez de référendum, mais étant donné le grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur et à l’extérieur de vos frontières dont beaucoup sont l’épine dorsale de l’opposition, il ne semble pas que les résultats de ce référendum puissent être justes. Enfin, la troisième étape de votre plan concernant les élections législatives, espérées avant 2014, fait que la liste des réalisations à atteindre d’ici là est fort longue ! Dès lors, quelles sont vos véritables conditions pour que le dialogue se tienne, et est ce que certaines de vos conditions suggérées ou offertes ne sont pas impossibles à réaliser ?
Le président Assad : Cela dépend de la façon dont nous regardons la situation. Tout d’abord, disons que l’article principal du plan est le dialogue, lequel dialogue décidera du calendrier de tout le reste, dont les procédures et les détails de ce même plan. Le premier article implique la cessation de la violence. Si nous ne pouvons pas arrêter cette violence, comment pourrions-nous parvenir aux autres articles tels que le référendum et les élections, et ainsi de suite ? Mais dire que vous ne pouvez pas arrêter la violence n’est pas une raison pour ne rien faire. Oui, il y a beaucoup de groupes sans réel leadership comme je les ai décrits, mais nous savons que leur véritable leadership se situe dans ces pays qui les financent et leur fournissent armes et équipements ; principalement la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Si des pays tiers veulent vraiment aider le processus planifié, ils doivent faire pression sur ces pays afin qu’ils cessent d’approvisionner les terroristes. Comme tout autre État souverain, nous ne négocierons pas avec des terroristes !
Sunday Times : Vos critiques disent que d’authentiques et véritables négociations pourraient mener à votre chute et à celle de votre gouvernement ou régime, que vous le savez, et que c’est pour cela que vous proposez des scénarios pratiquement irréalisables pour le dialogue et les négociations.
Le président Assad : En fait, je ne sais pas cela, je sais son contraire ! Restons logiques et réalistes. Si tel était le cas, ces ennemis, adversaires ou opposants devraient pousser au dialogue puisqu’ils estiment qu’il leur offrira ma chute. En réalité, ils font tout le contraire. Ils empêchent les « organisations de l’opposition extérieures à la Syrie » de participer au dialogue, car je pense qu’ils croient l’exact opposé de ce qu’ils disent et savent que ce dialogue n’amènera pas ma chute, mais fera que la Syrie en sortira vraiment plus forte. Ceci pour le premier aspect.
Le deuxième aspect est que l’ensemble du dialogue porte sur la Syrie, sur l’avenir de la Syrie et aussi sur le terrorisme ; non sur les postes et les personnalités. Par conséquent, ils feraient mieux de ne pas détourner l’attention du peuple en parlant de ce dialogue et de ce qu’il pourrait apporter ou non au président. Je ne le fais pas moi-même. En fin de compte, c’est une contradiction. Ce qu’ils disent est en contradiction avec ce qu’ils font !
Sunday Times : Vous avez bien dit que s’ils poussaient au dialogue, ils pourraient entrainer votre chute ?
Le président Assad : Non, vu ce qu’ils déclarent pouvoir amener ma chute, j’ai dit : pourquoi ne viendraient-ils pas au dialogue ? Ils disent que le dialogue conduira à la chute du président et moi, je les invite au dialogue. Pourquoi n’acceptent-ils pas un dialogue pour s’offrir ma chute ? La réponse est évidente. C’est pourquoi j’ai dit qu’ils se contredisent !
Sunday Times : Monsieur le Président, John Kerry, un homme que vous connaissez bien, a commencé une tournée qui le mènera ce week-end en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie où il leur parlera des moyens de « faciliter votre éviction ». En début de semaine, il a déclaré à Londres comme à Berlin que le président Assad devait partir et aussi qu’une de ses premières actions serait d’élaborer des propositions diplomatiques pour vous persuader d’abandonner le pouvoir. L’inviteriez-vous à Damas pour en discuter ? Que lui diriez-vous ? Quel serait votre message du moment, étant donné ses déclarations et ce qu’il s’est préparé à dire à ses alliés lors de sa visite de cette fin de semaine ? Et, si possible, comment le décririez-vous en fonction de vos relations dans le passé ?
Le président Assad : Je préfère décrire les politiques plutôt que de décrire les personnes. Aussi, il est encore trop tôt pour le juger. Il est à seulement quelques semaines de sa nomination en tant que secrétaire d’État. Mais, avant tout, le point que vous avez évoqué est lié à des questions ou à des affaires internes syriennes. Aucun sujet syrien de cet ordre ne sera soulevé avec des personnes étrangères. Nous n’en discutons qu’entre syriens et en Syrie. Je ne vais donc pas en discuter avec quiconque qui viendrait de l’étranger. Nous avons des amis et nous discutons de nos problèmes avec les amis. Nous écoutons leurs conseils, mais finalement la décision est nôtre et il nous appartient, en tant que syriens, de penser ou de faire ce qui est bon pour notre pays.
Si quelqu’un veut « vraiment » - et j’insiste sur le mot vraiment - aider la Syrie et aider à la cessation de la violence dans notre pays, il ne peut faire qu’une seule chose ; il peut se rendre en Turquie et s’asseoir avec Erdogan pour lui dire de stopper la contrebande de terroristes vers la Syrie, d’arrêter d’envoyer des armes, de cesser de fournir un soutien logistique aux terroristes. Il peut aussi aller à Arabie saoudite et au Qatar pour leur dire de cesser de financer les terroristes en Syrie. C’est la seule chose que n’importe qui pourrait faire en ce qui concerne le versant externe de notre problème, mais nul étranger ne peut s’occuper du versant interne.
Sunday Times : Alors, quel est votre message à Kerry ?
Le président Assad : Il est très clair. Il faut comprendre que ce que je dis aujourd’hui, n’est pas un message adressé à Kerry seulement, mais à tous ceux qui parlent de la question syrienne : seul le peuple syrien peut dire au président de rester ou de quitter, de venir ou de partir. Je le dis clairement afin que tous les autres ne perdent pas leur temps et sachent sur quoi se concentrer.
Sunday Times : Quel rôle, le cas échéant, voyez-vous pour la Grande-Bretagne au niveau du processus de paix en Syrie ? Y a-t-il eu des contacts informels avec les Britanniques ? Quelle est votre réaction devant le soutien de Cameron à l’opposition ? Que lui diriez-vous si vous étiez assis en face de lui en ce moment, surtout que la Grande-Bretagne appelle à l’armement des rebelles ?
Le président Assad : Il n’y a pas de contact entre la Syrie et la Grande-Bretagne depuis longtemps. Si nous parlons de son rôle, nous ne pouvons pas le séparer de sa crédibilité, comme nous ne pouvons pas séparer sa crédibilité, elle-même, de l’histoire de ce pays. Pour être franc, maintenant que je parle à une journaliste britannique et à un public britannique, la Grande-Bretagne a joué un fameux rôle [dans notre région], un rôle non constructif dans plusieurs domaines et depuis des décennies, certains diraient depuis des siècles ! Je vous dis ici la perception que nous en avons dans notre région.
Le problème avec ce gouvernement est que sa rhétorique superficielle et immature ne fait que souligner cette tradition de harcèlement et d’hégémonie. Franchement, comment peut-on s’attendre à ce que nous demandions à la Grande-Bretagne de jouer un rôle en Syrie alors qu’elle est déterminée à militariser le problème ? Comment pourrions-nous leur demander de jouer un rôle pour que la situation s’améliore et se stabilise ? Comment pourrions-nous nous attendre à ce qu’ils contribuent à atténuer la violence, alors qu’ils veulent envoyer des fournitures militaires aux terroristes et n’essayent même pas de faciliter le dialogue entre les Syriens ? Ce ne serait pas logique. Je pense qu’ils travaillent contre nous et contre les propres intérêts du Royaume-Uni. Ce gouvernement agit d’une manière naïve, confuse et peu réaliste. Si les Britanniques veulent jouer un rôle, ils devraient changer cela et agir d’une manière plus raisonnable et responsable. D’ici-là, nous n’attendons pas qu’un pyromane se comporte en pompier !
Sunday Times : En 2011, vous aviez dit que vous ne gaspillerez pas votre temps à parler avec les meneurs de l’opposition. Je parle ici des organisations externes dont vous aviez, en fait, à peine reconnu l’existence. Qu’est-ce qui vous a récemment fait changer d’avis ? Quel type de pourparlers avez-vous, le cas échéant, avec les rebelles qui sont un facteur et une composante majeure dans cette crise ? Ce, d’autant plus que votre ministre des Affaires étrangères, Mouallem, a déclaré plus tôt dans la semaine et lors de sa visite en Russie que le gouvernement est ouvert à des discussions avec l’opposition armée. Pouvez-vous préciser ?
Le président Assad : En réalité, je n’ai pas changé d’avis. Encore une fois, ce plan ne leur est pas destiné, mais à tout Syrien qui accepte le dialogue. Donc, cette dernière initiative ne traduit pas un changement d’avis.
Ensuite, depuis le premier jour de cette crise, commencée il y a deux ans, nous avons dit que nous étions prêts au dialogue ; rien n’a changé depuis. Nous avons une position très cohérente à l’égard du dialogue. Certains pourraient comprendre que j’ai changé d’avis parce que je n’ai pas reconnu la première entité [de l’opposition], alors que je reconnaitrais la seconde entité. Je n’ai reconnu ni l’une, ni l’autre. Plus important encore, le peuple syrien ne les reconnait pas et ne les prend pas au sérieux. Lorsqu’ un produit échoue sur le marché, ils le retirent. Ils changent son nom, changent son emballage avant de le rélancer. Il n’empêche qu’il est toujours défectueux. La première et la deuxième organisation de l’opposition sont un seul et même produit avec un emballage différent.
Concernant la déclaration de notre ministre, M. Moallem, elle était des plus claires. Une part de notre initiative est que nous sommes prêts à négocier avec quiconque, y compris avec les rebelles qui déposent leurs armes. Nous ne traiterons pas avec des terroristes déterminés à garder leurs armes pour terroriser la population, tuer des civils, attaquer les lieux publics ou les entreprises privées, et détruire le pays.
Sunday Times : Monsieur le Président, le monde regarde la Syrie et voit un pays en cours de destruction, avec au moins 70 000 morts, plus de 3 millions de personnes déplacées, et des divisions sectaires de plus en plus profondes. Beaucoup de gens autour du monde vous blâment. Qu’est-ce que vous leur répondez ? Êtes-vous à blâmer pour ce qui s’est passé dans le pays que vous dirigez ?
Le président Assad : Vous donnez ces chiffres comme s’il s’agissait d’un tableau numérique, alors que certains acteurs les utilisent pour faire avancer leur agenda politique, et c’est malheureusement la réalité. Pour nous Syriens et indépendamment de leur exactitude, chacun de ces chiffres représente un homme, une femme ou un enfant syriens. Quand vous parlez de milliers de victimes, nous voyons des milliers de familles qui ont perdu des êtres chers dont ils porteront le deuil pendant des années et des années. Personne ne peut éprouver cette douleur plus que nous-mêmes !
Si nous nous penchons sur la question des agendas politiques, nous devons nous poser des questions plus importantes. Comment ces chiffres ont-ils été vérifiés ? Combien de combattants étrangers représentent-ils ? Combien y a t-il de combattants âgés de 20 à 30 ans ? Combien d’entre eux étaient des civils, des femmes ou des enfants, tous innocents ? La situation sur le terrain fait qu’il est presque impossible d’obtenir des réponses précises à ces questions.
Nous savons tous combien ont été manipulés, dans le passé, les chiffres de morts et de blessés pour ouvrir la voie à des « interventions humanitaires ». Le gouvernement libyen a récemment annoncé que le nombre de morts « avant l’invasion » de la Libye a été exagéré ; ils ont parlé de cinq mille victimes de part et d’autre tandis que les chiffres qui ont circulé à l’époque [de l’invasion] parlaient de dizaines de milliers de personnes.
Les Britanniques et les Étatsuniens, présents physiquement en Irak pendant la guerre, ont été incapables de fournir des chiffres précis sur les victimes tuées du fait de leur invasion. Soudain, voilà que ces mêmes sources sont capables de décompter très précisément les victimes syriennes. C’est un étrange paradoxe !
C’est en toute simplicité que je vous dis que ces chiffres n’existent pas dans la réalité. Ils font partie de leur réalité virtuelle, celle qu’ils veulent créer pour faire avancer leur agenda et pousser vers une intervention militaire, sous couvert d’une intervention humanitaire !
Sunday Times : Si je puis me permettre de revenir sur ce point en particulier, même si les chiffres sont exagérés et pas vraiment précis, ils sont corroborés par des groupes syriens et quoi qu’il en soit, il n’en demeure pas moins que des milliers de syriens ont été tués. Certains étaient des combattants, mais d’autres étaient des civils. Certains sont morts lors d’offensives militaires menées, par exemple, par l’artillerie ou l’aviation sur certains secteurs. Donc, même si nous ne nous basions pas sur des chiffres exacts, ils continuent à vous blâmer pour les civils tués lors d’offensives de l’armée. Acceptez-vous cela ?
Le président Assad : Tout d’abord, nous ne pouvons pas parler de leur nombre sans citer des noms. Les personnes qui ont été tuées ont des noms. Ensuite, pourquoi sont-ils morts ? Où et comment ont-ils été tués ? Qui les a tués ? Les bandes armées, les groupes terroristes, les criminels, les kidnappeurs, l’Armée, qui les a tués ?
Sunday Times : Une combinaison de toutes ces opérations.
Le président Assad : C’est, en effet, une combinaison ; mais il semble que vous laissez entendre qu’une seule personne est responsable de la situation actuelle et de toutes les pertes en vies humaines. Dès le premier jour, la situation en Syrie a été influencée par les dynamiques militaire et politique, le tout évoluant très rapidement. Dans de telles situations, vous avez les catalyseurs et les obstacles. Supposer qu’un côté est responsable de tous les obstacles alors qu’un autre est responsable de toutes les catalyses est absurde.
Beaucoup trop de civils innocents sont morts et beaucoup trop de Syriens sont dans la souffrance. Comme je l’ai déjà dit, personne n’est plus en peine que les Syriens eux-mêmes et c’est pourquoi nous incitons à un dialogue national. Je ne suis pas dans une affaire de blâme, mais si vous parlez de ma responsabilité, il est clair que j’ai la responsabilité constitutionnelle de garder la Syrie et son peuple à l’abri des terroristes et des groupes radicaux.
Sunday Times : Quel est le rôle d’Al-Qaïda et d’autres djihadistes et quelles menaces représentent-ils pour la région et l’Europe ? Craignez-vous que la Syrie ne se transforme en quelque chose de semblable à la Tchétchénie il y a quelques années ? Êtes-vous préoccupé par le sort des minorités si vous perdiez cette guerre, ou encore par une guerre sectaire comme en Irak ?
Le président Assad : Le rôle d’Al-Qaïda en Syrie est comme le rôle d’Al-Qaïda partout ailleurs dans le monde ; assassinat, décapitation, torture, interdiction des enfants d’aller à l’école parce que, comme vous le savez, l’idéologie d’Al-Qaïda prospère là où il y a de l’ignorance. Ils tentent de s’infiltrer dans la société avec leurs sombres idéologies extrémistes, et ils réussissent !
Si vous deviez vous inquiéter pour quoi que ce soit en Syrie, ce n’est pas pour les « minorités » qu’il faudrait vous inquiéter. C’est une vision trop superficielle car la Syrie est un creuset de religions, de confessions, d’ethnies et d’idéologies qui, ensemble, forment un mélange homogène sans rapport avec des proportions ou des pourcentages. Nous devrions plutôt nous inquiéter pour la majorité des Syriens modérés qui, si nous ne combattons pas cet extrémisme, pourraient devenir la minorité. Alors la Syrie cessera d’exister !
Si vous envisagez votre inquiétude dans ce dernier sens, vous auriez du souci à vous faire pour le Moyen-Orient, parce que nous sommes le dernier bastion de la laïcité dans la région. Et si vous admettez cela, alors le monde entier devra s’inquiéter pour sa stabilité. Voilà la réalité telle que nous la voyons.
Sunday Times : Jusqu’à quel point Al-qaïda est-elle menaçante aujourd’hui ?
Le président Assad : Elle est menaçante par son idéologie plus que par ses assassinats. Certes les attentats sont dangereux, mais ce qui est tout aussi irréversible est la dangerosité de son idéologie. Nous avons mis en garde contre ceci depuis de nombreuses années, même avant le conflit, et nous avons eu à faire avec cette idéologie depuis les années soixante-dix. Nous étions les premiers de la région à faire face à ces terroristes qui ont revêtu le prétendu manteau de l’Islam.
Nous n’avons cessé d’avertir de cela, surtout pendant la décennie de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. L’Occident se contente de réagir face à une situation donnée, mais n’agit pas. Nous devons commencer par traiter l’idéologie. Une guerre contre le terrorisme sans s’attaquer à l’idéologie ne mènera nulle part et ne fera qu’empirer les choses. Elle est une menace et un danger non seulement pour la Syrie, mais pour toute la région.
Sunday Times : Récemment, et notamment hier, il a été rapporté que des responsables US auraient déclaré que la décision de ne pas armer les rebelles pourrait être révisée. Si cela devait arriver quelles seront, selon vous, les conséquences en Syrie et dans la région ? Que diriez-vous pour mettre en garde contre cela, maintenant qu’ils parlent d’équiper « directement » les rebelles avec des véhicules blindés et des gilets de protection en plus d’assurer leur entrainement militaire.
Le président Assad : Vous savez que le crime ne concerne pas uniquement la victime et le criminel, mais aussi le complice et le soutien , qu’il s’agisse d’un soutien moral ou logistique. J’ai dit à plusieurs reprises que la Syrie se trouvait sur une « ligne de faille » géographiquement, politiquement, socialement et idéologiquement. Par conséquent, jouer sur cette ligne aura de graves répercussions dans tout le Moyen-Orient. Aujourd’hui, la situation est-elle meilleure en Libye ? Au Mali ? En Tunisie ? En Egypte ? N’importe quelle intervention n’améliorera pas les choses, elles iront de pire en pire. L’Europe, les États-Unis et d’autres vont tôt ou tard payer le prix de l’instabilité dans cette région, ce qu’ils n’ont pas prévu.
Sunday Times : Quel est votre message à Israël après ses raids aériens sur la Syrie ? Userez-vous de représailles ? Comment répondrez-vous à une future attaque, d’autant plus qu’Israël a déclaré qu’il attaquerait de nouveau s’il pensait devoir le faire ?
Le président Assad : À chaque fois la Syrie a riposté, mais à sa façon et pas nécessairement du tac au tac. Nous avons riposté à notre manière et les Israéliens savent ce que nous voulons dire.
Sunday Times : Pouvez-vous développer ?
Le président Assad : Oui. Riposte ne veut pas dire missile pour missile ou balle pour balle. Notre manière de riposter n’a pas à être annoncée ; les Israéliens savent de quoi je parle.
Sunday Times : Pouvez-vous nous dire comment ?
Le président Assad : Nous n’avons pas à faire ce genre d’annonce.
Sunday Times : J’ai rencontré un garçon de sept ans en Jordanie…
Le président Assad : Un garçon syrien ?
Sunday Times : Un garçon syrien qui avait perdu un bras et une jambe par un tir de missile dans Herak. Cinq enfants de sa famille avaient été tués dans cette explosion. En tant que père, que pouvez-vous dire à ce petit garçon ? Pourquoi tant de civils innocents sont-ils morts sous des frappes aériennes, parfois des bombardements de l’armée et parfois, je cite, sous « les fusillades des chabiha » ?
Le président Assad : Quel est son nom ?
Sunday Times : J’ai son nom ... Je vous le donnerai plus tard.
Le président Assad : Comme je l’ai déjà dit, toutes les victimes de cette crise ont un nom et chaque victime a une famille. Par exemple, le petit Saber a cinq ans et a perdu une jambe, sa mère ainsi que d’autres membres de sa famille alors qu’il ne faisait que prendre son petit déjeuner à son domicile familial. Le petit Rayan a quatre ans, il a vu ses deux frères se faire égorger parce qu’ils avaient participé à une manifestation. Aucune de ces familles n’avait d’affiliations politiques.
Les enfants sont le maillon le plus fragile dans n’importe quelle société et, malheureusement, ils paient souvent le plus lourd tribut en cas de conflit. En tant que père de jeunes enfants, je sais ce que c’est que de voir son enfant touché par une légère blessure, alors que dire en cas de graves blessures ou de décès ; la pire des choses qui puisse arriver à un famille que toute la famille ?
Dans tous les conflits, vous vivez de tels événements douloureux qui affectent toute la société ; et c’est justement la raison majeure qui nous incite fortement à lutter contre le terrorisme. Les véritables humanistes qui ressentent notre douleur face à ceux que nous avons perdus, et face à nos enfants, devraient encourager leurs gouvernements à interdire la contrebande d’armes et de terroristes et à empêcher les terroristes de recevoir des fournitures militaires de tous les pays.
Sunday Times : Monsieur le Président, la nuit, quand vous êtes couché dans votre lit, entendez-vous les explosions à Damas ? Comme tant d’autres syriens, êtes-vous inquiet pour votre famille ? Craignez-vous qu’à un moment donné votre propre sécurité soit menacée ?
Le président Assad : Je vois les choses tout à fait différemment. Quelqu’un peut-il être sûr que lui et sa famille puissent rester à l’abri quand tout le pays est en danger ? En réalité, NON ! Si votre pays n’est pas en sûreté, vous ne pouvez pas être en sûreté. Ainsi, au lieu de vous soucier de vous-même et de votre famille, vous devez vous soucier de chaque citoyen et de chaque famille de votre pays. C’est donc une relation mutuelle.
Sunday Times : Vous savez les préoccupations internationales concernant les armes chimiques de la Syrie. Est-il possible que votre armée les utilise en dernier ressort contre vos adversaires ? Des rapports suggèrent qu’ils ont été déplacés à plusieurs reprises. Si oui, pourquoi ? Partagez-vous la crainte internationale de les voir tomber aux mains des rebelles islamistes ? Quel est le pire qui puisse arriver ?
Le président Assad : Tout ce qui a été mentionné dans les médias ou par les déclarations rhéthoriciennes de responsables politiques, sur les armes chimiques syriennes, relève de la spéculation. Nous n’avons jamais discuté, et nous ne discuterons jamais de nos armements avec qui que ce soit. Ce dont le monde devrait se soucier c’est des matières chimiques arrivées entre les mains des terroristes. Des séquences vidéos ont déjà été diffusées les montrant en train de tester des matières toxiques sur des animaux, et aussi en train de menacer le peuple syrien de mourir de cette façon ! Nous avons partagé ce matériel vidéo avec d’autres pays. C’est là-dessus que le monde devrait se concentrer au lieu de gaspiller ses efforts à créer des titres insaisissables sur les armes chimiques syriennes pour justifier n’importe quelle intervention en Syrie.
Sunday Times : Je sais que vous ne dites pas si ces armes sont en lieu sûr ou non. Il n’empêche que des craintes existent sur le fait que certains puissent se les approprier.
Le président Assad : C’est l’ambiguïté constructive. Aucun pays ne parle de ses capacités en la matière.
Sunday Times : Un autre sujet est aussi très commenté : Quels sont les rôles du Hezbollah, de l’Iran et de la Russie dans la guerre sur le terrain ? Savez-vous s’il y a des combattants du Hezbollah en Syrie et que font-ils ? Quelles armes vous sont livrées par vos alliés russes et iraniens, et quels sortes d’autres soutiens vous apportent-ils ?
Le président Assad : La position de la Russie est très claire en matière d’armement. Les russes fournissent à la Syrie des armes défensives, en conformité avec le droit international. Le Hezbollah, l’Iran et la Russie soutiennent la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme. La Russie a été très constructive, l’Iran nous a très favorablement soutenus, et le rôle du Hezbollah est de défendre le Liban non la Syrie. Nous sommes un pays de 23 millions d’habitants avec une armée nationale forte et des forces de police. Nous n’avons pas besoin de combattants étrangers pour défendre notre pays. La question qui devrait nous être posée concernerait plutôt le rôle d’ autres pays - le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, la France, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis, - qui soutiennent le terrorisme en Syrie, directement ou indirectement, politiquement ou militairement.
Sunday Times : Monsieur le Président, permettez-moi de vous interroger sur votre propre position. Le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, a récemment déclaré que Lakhdar Ibrahimi s’était plaint du peu de flexibilité de votre régime et que, même si vous semblez ne jamais dire NON, vous ne semblez jamais dire OUI. Pensez-vous qu’un règlement négocié soit possible tant que vous resterez président, question que beaucoup de gens se posent ?
Le président Assad : N’attendez pas d’un politicien qu’il vous réponde par un oui ou par un non dans un sens absolu, quoiqu’il ne s’agisse pas de questions à choix multiples où vous cochez la bonne ou la mauvaise réponse. En revanche vous pouvez attendre d’un politicien qu’il vous parle d’une vision. La nôtre est très claire. Nous avons proposé un plan. Celui qui veut travailler avec nous, peut le faire sur la base de ce plan. C’est très clair et il est inutile de perdre son temps. Ceci dit, votre question traduit « la personnalisation du problème syrien » prêchée par les médias occidentaux pour laisser croire que l’ensemble du conflit relève du président et de son propre avenir.
Si ce prétexte est correct, mon départ ferait cesser les combats ; ce qui est clairement absurde. Les précédents récents, en Libye, au Yémen et en Égypte en témoignent. Ce qui les motive est d’essayer de se soustraire à l’essentiel du problème : le dialogue, les réformes et la lutte contre le terrorisme. L’héritage de leurs interventions dans notre région a été le chaos, la destruction et le désastre. Par conséquent, comment peuvent-ils justifier une nouvelle intervention ? Ils ne le peuvent pas ! Alors, ils se concentrent sur le blâme du président, poussent à son départ, font douter de sa crédibilité, se demandent s’il vit dans une bulle, et prétendent qu’il est dans le déni de la réalité. C’est ainsi que le point de focalisation du conflit devient le président !
Sunday Times : Certains fonctionnaires étrangers ont appelé à vous juger pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale en tant que personne responsable, en dernier ressort, des exactions de l’armée ? Craignez-vous les poursuites par cette Cour, ou d’autres poursuites futures lors d’éventuels procès en Syrie ?
Le président Assad : Chaque fois qu’un problème lié à l’ONU est soulevé, vous soulevez la question de sa crédibilité. Nous savons tous que ces vingt dernières années, et particulièrement suite à l’effondrement de l’Union soviétique, l’ONU et toutes les organisations qui en dépendent sont, sans exceptions, les victimes de l’hégémonie au lieu d’être des bastions de la justice. Elles sont devenues des outils politisés pour créer l’instabilité et attaquer des pays souverains, ce qui est contraire la Charte de l’ONU ! Maintenant, la question que nous devons nous poser : vont-ils juger les dirigeants US et britanniques pour avoir attaqué l’Irak en 2003 et avoir fauché plus d’un demi-million de vies sans parler des orphelins, des handicapés, des défigurés et malformés ? Vont-ils juger les US, les britanniques, les français et d’autres qui se sont rendus, l’année dernière, en Libye sans résolution de l’ONU pour faucher à nouveau des centaines de vies ? Ils ne vont pas le faire. La réponse est très claire.
Par ailleurs, savez-vous que l’envoi de mercenaires dans tout pays est un crime de guerre selon les principes de Nuremberg et conformément à la Charte de Londres de 1945. Vont-ils juger Erdogan devant ce même tribunal parce qu’il a envoyé des mercenaires en Syrie ? Vont-ils faire de même avec les Saoudiens et les Qataris ? Si nous avions les bonnes réponses à ces questions, nous pourrions continuer à parler des organisations pour la paix et de leur crédibilité.
Ma réponse à moi est très brève : lorsque des personnes défendent leur pays, elles ne tiennent compte de rien d’autre !
Sunday Times : Regarder en arrière est une chose merveilleuse, Monsieur le Président. Si vous pouviez remonter le temps deux ans en arrière, auriez-vous géré les choses différemment ? Croyez-vous qu’il y a des choses qui auraient pu ou auraient dû être faites d’une autre manière ? Quelles sont les erreurs commises par vos partisans que vous penseriez rectifier ?
Le président Assad : Vous pouvez poser cette question à un président qui serait le seul responsable du cours des événements. Dans notre cas, en Syrie, nous savons qu’interviennent de nombreux acteurs extérieurs. Partant de ce présent, vous devez juger rétrospectivement chacun des acteurs. Avec le recul, vous devez demander à M. Erdogan : auriez-vous envoyé des terroristes pour tuer des Syriens et leur auriez-vous procuré toutes sortes de soutien logistique ? Avec le recul, vous devez demander au Qatar et à l’Arabie saoudite : auriez-vous financé des terroristes, des réseaux d’Al-qaïda ou toute autre organisation terroriste pour tuer des Syriens ? Avec le même recul, vous devriez poser les mêmes questions aux fonctionnaires US et européens : auriez-vous offert un parapluie politique aux terroristes qui tuent des civils innocents en Syrie ?
En Syrie, nous avons pris deux décisions. La première consiste à lancer le dialogue, la seconde consiste à lutter contre le terrorisme. Si, avec le recul, vous demandez à n’importe quel Syrien : diriez-vous NON au dialogue et OUI au terrorisme ? Je ne pense pas qu’une seule personne, saine d’esprit, serait d’accord. Donc, avec le recul, je pense que nous avons commencé par le dialogue et que nous allons continuer le dialogue. Avec le recul, nous avons dit que nous allons lutter contre le terrorisme et nous allons continuer à combattre le terrorisme.
Sunday Times : Avez-vous jamais pensé vivre en exil si les choses en arrivaient jusque là ? Et est-ce que vous quitteriez votre pays si cela devait augmenter les chances de paix en Syrie ?
Le président Assad : Encore une fois, il ne s’agit pas du président. Je ne pense pas que n’importe quel patriote ou citoyen pourrait songer à vivre hors de son pays.
Sunday Times : Vous ne quitterez jamais ?
Le président Assad : Nul patriote ne peut songer à vivre hors de son pays. Je suis comme n’importe quel autre syrien patriote.
Sunday Times : Jusqu’à quel point avez-vous été secoué par la bombe qui a tué certains de vos plus hauts généraux l’été dernier, y compris votre beau-frère ?
Le président Assad : Vous avez mentionné mon beau-frère, mais ce n’est pas une affaire de famille. Lorsque des hauts fonctionnaires sont assassinés c’est une affaire nationale ! Un tel crime, vous rend plus déterminé à combattre le terrorisme. Cela ne concerne pas ce que vous ressentez, mais plutôt ce que vous devez faire. Nous sommes plus déterminés dans notre lutte contre le terrorisme.
Sunday Times : Pour finir, Monsieur le Président, puis-je vous interroger sur ma collègue, Marie Colvin, qui a été tuée lors du bombardement par l’opposition d’un centre de médias de Bab Amr, le 22 Février de l’année dernière. A-t-elle été ciblée, comme certains l’ont suggéré, parce qu’elle avait condamné les destructions sur les télévisions américaines et britanniques ? Ou bien a-t-elle simplement manqué de chance ? Avez-vous entendu parler de sa mort à l’époque et, si oui, quelle a été votre réaction ?
Le président Assad : Bien sûr, j’en ai entendu parler par les médias. Quand un journaliste se rend dans les zones de conflit, comme vous le faites en ce moment même, pour couvrir un événement et le transmettre au monde, je pense que c’est un travail très courageux. Toute personne honnête, qu’il s’agisse de responsables ou de membres du gouvernement, devrait soutenir les efforts des journalistes car cela aidera à faire la lumière sur ce qui se passe sur le terrain et démontera la propagande là où elle existe. Malheureusement, dans la plupart des conflits un journaliste a payé le prix ultime. C’est toujours triste quand un journaliste est tué parce que les journalistes ne sont partie prenante et ne font même pas partie du problème. Ils cherchent juste à couvrir l’événement.
Il y a une guerre médiatique contre la Syrie pour empêcher que la vérité ne soit connue du monde extérieur. Quatorze journalistes syriens ont aussi été tués depuis le début de la crise, et tous ne sont pas tombés sur le champ de bataille. Certains ont été ciblés à leur domicile en dehors des heures de travail, kidnappés, torturés, puis assassinés. D’autres sont toujours portés disparus. Plusieurs bâtiments de la télévision syrienne ont été attaqués par les terroristes et leurs bombes. Et, actuellement les chaines de télévision syriennes sont interdites de diffusion par les systèmes satellitaires européens.
On sait maintenant comment les rebelles ont utilisé les journalistes dans leur propre intérêt. Il y a eu le cas du journaliste britannique qui a réussi à s’échapper…
Sunday Times : Alex Thompson ?
Le président Assad : Oui. Il a été dirigé vers un piège mortel par les terroristes dans le but d’accuser l’armée syrienne de sa mort. C’est pourquoi il est important d’entrer légalement dans le pays, d’avoir un visa. Ce ne fut pas le cas pour Marie Colvin. Nous ne savons pas pourquoi et ce n’est toujours pas clair. Si vous entrez illégalement, vous ne pouvez pas attendre de l’État qu’il soit responsable.
Contrairement à la croyance populaire, depuis le début de la crise des centaines de journalistes de partout dans le monde, y compris vous, ont obtenu un visa d’entrée en Syrie et ont rendu compte librement, à partir de la Syrie, sans interférences dans leur travail et sans obstacles contre leurs missions.
Sunday Times : Je vous remercie.
Le président Assad : Merci à vous.
Sunday Times
Monsieur le Président est interviewé par Madame Hala Jaber Interview publiée le 03/03/2013
Texte original : Sana-syria http://www.sana-syria.com/eng/21/2013/03/03/470326.htm
Texte traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca http://www.mondialisation.ca/syrie-entrevue-de-bachar-al-ass...
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Notes
[1] Syrie : Qui est dans le déni de la réalité ? http://www.mondialisation.ca/le-president-al-assad-lance-une...
Extrait de l’interview du président Bachar Al Assad avec le SUNDAY TIMES http://www.youtube.com/watch?v=NVJFJzaTZc0
URL de cet article 19612

lundi 4 mars 2013

TUNISIE : Une révolution trahie ? Sur le soulèvement tunisien et la transition démocratique....aujourd’hui, la société tunisienne est plongée dans une incertitude qui fait osciller entre des moments d’enthousiasme et de désespoir.


Le soir du 14 janvier 2011, un homme seul criait sur l’avenue Bourguiba : « Ben Ali hrab ! »(Ben Ali s’est enfui) [vidéo], célébrant ainsi la stupéfiante victoire d’une révolution. Dans ce cri, il fallait entendre l’admiration pour le peuple, l’amour pour la liberté, la tristesse pour les morts. Il était seul, dans le noir, sur cette avenue qui quelques heures plus tôt était envahie par la foule en colère. C’était un avocat, un de ces nombreux avocats qui soutinrent la révolte de toutes leurs forces.
Le 8 février 2013, plus de deux ans plus tard, c’est un autre lieu de la capitale, son principal cimetière, qui est envahi par la foule, une foule triste et enragée, venue accompagner un autre avocat révolutionnaire, Chokri Belaïd, devenu un opposant virulent, assassiné devant son domicile.
Entre ces deux moments, le peuple tunisien n’est pas sorti fêter sa liberté, ni crier sa colère d’une seule voix. Alors que les mobilisations se poursuivaient continûment dans le pays, une forme de déception, de découragement s’est installée. Depuis la révolution, pas une semaine ne se passe sans mobilisation, grèves, voire émeutes (dans certaines villes comme Le Kef, Sidi Bouzid, Siliana ou Gafsa, les affrontements avec les forces de l’ordre sont monnaie courante). Le sentiment d’une révolution trahie coexiste à présent avec le constat, visible, que le processus révolutionnaire est encore en cours. Comment expliquer ce paradoxe ?
La plupart des commentateurs font de l’élection du parti islamiste Ennahda après les élections d’octobre 2011 la figure de la trahison. La révolution des jeunes, épris de liberté et de justice, aurait accouché d’un monstre islamiste, conservateur et liberticide. Les premières élections libres post-révolutionnaires auraient porté au pouvoir des adversaires de la démocratie et de la liberté.
A l’analyse, il apparaît que s’il y a eu « trahison » de la révolution, elle ne se situe pas forcément dans l’opposition entre « conservateurs religieux » et « progressistes laïcs ». La mise dos à dos de ces deux camps, largement orchestrée par le jeu politique partisan, masque la difficulté de l’ensemble de la classe politique à répondre aux demandes populaires de justice sociale.

L’oubli du caractère social de la révolte de 2011

Les manifestations de décembre 2010 et janvier 2011, si elles sont apparues comme une « surprise » pour de nombreux observateurs, ont fait écho à d’autres moments forts de contestation sociale, notamment les révoltes du bassin minier de Gafsa en 2008 [1]. Mouvement social d’une ampleur majeure, mobilisant les ouvriers et leurs familles pendant de longs mois, il fut violemment réprimé dans l’indifférence quasi totale du reste du pays. D’autres moments de forte contestation, comme à Ben Guerdane, en août 2010, dans la région agricole de Sidi Bouzid, Kasserine et Thala dans le centre-ouest du pays, en décembre 2010, n’ont pas non plus déclenché à leur suite de « contagion révolutionnaire ». Les émeutes de décembre 2010, parties des mêmes villes déshéritées du centre de la Tunisie, qui donnèrent le premier élan à la révolution populaire, n’étaient pas si différentes de celles qui les ont précédées. Elles trouvent leur source dans la conjonction entre un système de corruption clientéliste à large échelle, et des blocages sociaux empêchant la grande majorité d’avoir une vie digne, décente.
Si dans l’hiver 2011 les grandes villes de la côte (particulièrement la ville industrieuse de Sfax, mais aussi bien sûr la capitale) ont rejoint le mouvement de révolte, c’est après trois semaines d’émeutes dans l’intérieur du pays et parce qu’en ce moment précis les intérêts de tous ont convergé, produisant le moment révolutionnaire que l’on a pu observer. La conjonction s’est opérée sous la pression des militants syndicaux (y compris contre leur hiérarchie), et grâce à des « agents » minoritaires : jeunes activistes du Net, artistes et passeurs, militants anonymes, engagés au nom de la liberté, de la solidarité, de l’égalité – voire de l’anarchie – aux côtés des émeutiers. Ils furent également bien vite rejoints par l’opposition dite démocratique : militants des droits de l’homme, féministes, intellectuels critiques…
Le moment révolutionnaire, éphémère, a fait apparaître alors un peuple uni, soudé. Pendant quelques semaines, malgré la peur et la panique semées par l’ancien pouvoir qui s’écroulait, une atmosphère nouvelle a régné. Mais la béance sociale n’a pas mis longtemps à ressurgir. Alors que les forces révolutionnaires réclamaient une table rase et la chute des premiers gouvernements provisoires afin d’aller plus loin dans le processus révolutionnaire (sit-in de la Kasbah, manifestations sur l’avenue Bourguiba en février qui aboutirent au rétablissement de l’état d’urgence, à la mort de manifestants et à la fermeture de l’avenue à toute manifestation publique), des voix de plus en plus nombreuses appelaient à l’apaisement, au compromis. Il fallait être modéré, aller lentement, ne pas tout rejeter en bloc. Le tyran et ses proches étaient partis, il fallait conserver une forme de stabilité pour ne pas nuire à l’image du pays, à la bonne marche des affaires, etc. Un discours identitaire se développait même sur le caractère doux et pacifique des Tunisiens, qui avaient conduit une « révolution du jasmin », une révolution fleurie et parfumée… Les discours enragés contre cette appellation édulcorée furent légion à l’époque, les habitants de l’intérieur parlant parfois de révolution du hindi (cactus ou figuier de barbarie, plus présent dans leurs régions que le jasmin côtier – et évidemment plus piquant).
Ce discours, émanant de la bourgeoisie et des classes moyennes urbaines, a très vite pris des allures de mépris social envers tous ceux qui plantaient leurs tentes en pleine ville, à l’entrée monumentale de la vieille ville de Tunis, sur sa belle avenue plantée d’arbres, et parlaient avec un accent (paysan) très marqué. Passée l’admiration première pour l’extraordinaire événement du 14 janvier, on se mit à se méfier de ces révolutionnaires : ils pouvaient bien être manipulés, semblaient très éloignés des idéaux laïcs des élites urbaines [2] (on voyait certains d’entre eux prier dans les tentes), ils se comportaient mal, etc. Cette tendance « révolutionnaire modérée » s’est notamment illustrée par la critique sévère de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et de ses dirigeants, alléguant qu’ils auraient tous été à la solde de l’ancien régime. Si le gouvernement de Ben Ali avait en effet réussi à infiltrer l’organisation syndicale, il s’était principalement allié les dirigeants et certaines fractions des syndicats. La plupart des sections sont restées autonomes, certaines se sont d’emblée constituées en front d’opposition comme le syndicat des enseignants du second degré.
Un rassemblement à la Qobba (coupole), cité sportive du quartier bourgeois d’el Menzah à Tunis, a lieu le 6 mars 2011, après la chute du gouvernement hérité de Ben Ali. On y célèbre la révolution, la solidarité nationale, mais on marque bien la différence avec ceux de la Kasbah (qui campent sur la place du gouvernement). On s’assemble pour soutenir le Premier Ministre sortant, Ghannouchi, considéré comme de bonne volonté et « dégagé » par les occupants de la Kasbah. Un article du journal en ligne Kapitalis a beau titrer « Kasbah et Qobba, même combat », il ne s’agit pas du même monde. Alors qu’à la Kasbah on parle au nom du peuple et l’on s’unit derrière le slogan « On a dégagé le dictateur, maintenant, dégageons la dictature », à la Qobba, on parle au nom de la « majorité silencieuse » et l’on appelle au retour au travail. Travail et propreté sont considérés comme des symboles, définissant en miroir les jeunes révolutionnaires politisés comme chômeurs et peu soucieux de propreté, voire comme fainéants et sales. Ainsi entend-on régulièrement lors de la fête de la Qobba, un message diffusé par haut-parleurs : « Nous avons fixé des sacs poubelles au pied des palmiers. Ne jetez rien par terre. Nous devons montrer à tout le monde qu’on est un peuple sain, propre et civilisé. C’est ça notre révolution. C’est ça notre esprit, c’est ça notre exemple aux pays voisins et frères qui aiment construire leur démocratie. Nous allons prouver au monde entier que nous sommes le peuple des dignes… »source.
Si je reviens à ces épisodes un peu oubliés des semaines révolutionnaires qui suivirent la fuite du dictateur, qui peuvent sembler anecdotiques mais qui sont restés présents dans la mémoire des Tunisiens, c’est pour donner sens à ce qui s’exprime aujourd’hui dans les rues de Tunisie. Car les voix de la contestation sociale ne se sont jamais tues : elles ont occupé les places de la capitale jusqu’au mois de mars, elles ont occupé les usines, assiégé les ministères et, à nouveau, occupé les rues de Sidi Bouzid à l’été 2012, contestant et harcelant cette fois, non plus le régime de Ben Ali, mais bien le gouvernement provisoire dirigé par le parti Ennahda. Elles sont réunies sous un slogan simple, qui fut celui de la révolution bien avant le « Dégage » final : « Travail, liberté et dignité nationale » (‘amal, hurriyya, karama wataniyya), dont une des variations hivernales fut parfois « Pain, eau, Ben Ali non ! » (Khobz, mâ’, Ben’alî lâ).
Aujourd’hui il y a donc, comme une « basse continue », une colère sociale qui ne s’apaise pas. À cette colère, montée en force sous Ben Ali, s’ajoute le spectacle de plus en plus transparent des inégalités et des intérêts divergents entre une élite urbaine et côtière, et l’intérieur du pays [3].
Elle a été dirigée contre la dictature, elle se dresse à présent contre le gouvernement en place. Les ouvriers, les journaliers, les chômeurs n’ont pas trouvé de réponse à leurs angoisses avec le vote et la constitution d’un nouveau gouvernement, ils ne posent en aucun cas les questions en termes de religion, de libertés ou même de Constitution. Ils parlent de justice, de droits, d’égalité. La question sociale demeure au centre des problèmes à régler et des ressorts de mobilisation populaire. Elle se matérialise de manière de plus en plus claire dans l’affrontement actuel entre l’UGTT et le parti au pouvoir, dont l’un des signes les plus forts a été l’appel à la grève générale (massivement suivi) du 8 février dernier. Le rôle de ce syndicat dans les mouvements révolutionnaires tunisiens est aujourd’hui réévalué par de nombreuses études qui montrent à quel point son soutien logistique et la présence de ses militants dans les rues ont été déterminants dès le départ [4].

La « transition démocratique »

La prise en considération des fractures sociales montre bien à quel point l’affrontement auquel il a été donné tant d’ampleur dans les journaux français entre « laïcs » et « religieux » n’est pas au cœur des préoccupations. Il ne s’agit pas de le nier : il y a certes eu des manifestations pour protéger le statut de la femme tunisienne, il y a également une présence manifeste de jeunes islamistes radicalisés dans les rues de Tunisie qui entendent faire régner un ordre puritain et orthodoxe. Pourtant la lecture en termes identitaires des tensions sociales en Tunisie, imposée à la fois par les défenseurs de la laïcité (spécificité tunisienne, héritage bourguibiste) et par les islamistes (qui masquent ainsi leur incapacité à répondre à la demande sociale de justice), est un leurre. Après les élections d’octobre 2011 [Ennahda détient 89 députés sur les 217 de l’Assemblée et compte sur les voix de ses alliés ; actuellement, suite à la crise gouvernementale, le 22 février 2013, le président Moncef Marzouki charge l’ex-ministre de l’Intérieur, Ali Larayeh, du gouvernement Gebali, démissionnaire, de former le nouveau gouvernement], les islamistes qui avaient beaucoup insisté pendant la campagne sur les persécutions dont ils ont été victimes sous l’ancien régime et leur religiosité – censée, notamment, les garder de la corruption – ont soudain perdu leur potentiel subversif : après avoir été persécutés, après s’être présentés comme des « purs », ils sont à présent au pouvoir. Plutôt que de considérer que la révolution les a portés au pouvoir, il est plus juste de dire que l’événement les a mis face à la réalité.
Le 14 janvier 2011, il semblait que la surprise tunisienne sortait précisément la région d’une alternative binaire qui avait dominé pendant des décennies (notamment depuis la guerre civile algérienne) : autorité ou révolution islamique [5]. En Tunisie, le « pays sans bruit », selon la belle expression de Jocelyne Dakhlia [6], le régime de Ben Ali s’était effondré avec fracas. Le chef et son clan quittaient le territoire et se réfugiaient en Arabie Saoudite – bel exemple de démocratie laïque, au passage – alors que la foule scandait un drôle de slogan, « Dégage ! », devant l’un des symboles du pouvoir, le ministère de l’Intérieur dont les sous-sols avaient été le théâtre, caché mais bien connu, d’innombrables tortures.
Quelques mois plus tard, les premières élections libres dans la Tunisie post-révolutionnaire ont donné aux islamistes une majorité (relative) qui leur permet aujourd’hui, grâce à des accords avec deux autres partis (ce que l’on appelle la troïka : Congrès pour la République et Ettakatol – cette coalition est, en fin février 2013, en pleine crise), de diriger un gouvernement, de coalition et de transition. La juxtaposition de ces deux signes peut donner l’impression que la révolution du 14 janvier a porté les islamistes au pouvoir. Mais les islamistes n’ont pas été portés au pouvoir par la révolution, ils ont conquis le pouvoir dans le cadre des élections qui ont suivi. C’est notamment en déplaçant les débats sur le terrain identitaire qu’ils ont pu remporter ces élections, alors que les partis, notamment de gauche, échouaient à construire un discours audible et singulier dans la confusion qui régnait. Les lignes ne cessaient de bouger, selon que l’on se plaçait d’un côté ou de l’autre de la « frontière laïque », des questions internationales (la Libye, la Syrie, les États du Golfe…), de la nation et de ce qui la définit (arabité, laïcité, islam…). C’est probablement dans l’envahissement du débat démocratique par ces questions que se situe l’une des formes de la « trahison ».
Il faut creuser un peu plus profondément dans les sillons de la « transition démocratique » et dans l’histoire des mouvements politiques tunisiens pour comprendre l’écart qui existe entre ce qui était observable dans les rues de décembre de mars 2010 à mars 2011 et l’expression de la volonté populaire à travers les urnes en octobre 2011. Cela peut nous aider à comprendre également pourquoi les mobilisations n’ont pas cessé et pourquoi la ville de Sidi Bouzid, notamment, et avec elle tant d’autres depuis (Siliana, Le Kef…), s’est de nouveau enflammée à plusieurs reprises, pourquoi le bassin minier de Gafsa est encore en ébullition, etc.
Car ce pays, berceau de grands mouvements réformateurs dès le XIXe siècle, n’a pratiquement pas eu d’expérience de construction nationale autonome et démocratique avant cette année 2011. Pourtant, la révolution n’a pas eu lieu sur un terrain social « en friche », ou sur une tabula rasa. Le mouvement national et la lutte pour l’indépendance contribuèrent à la formation des élites politiques et administratives. Le long règne de Bourguiba ne fut pas que terreur et n’a pas pu empêcher le développement d’un mouvement syndical puissant ; et d’un mouvement féministe toujours actif malgré l’entreprise de mise en étendard de la question féminine par le pouvoir bourguibien d’abord, qui s’est construit une image de libérateur du pays et de ses femmes [7], et par la dictature de Ben Ali ensuite, qui y puisa un bon alibi pour gagner ses galons de despote moderniste, rempart contre la menace islamiste. Cette richesse de mobilisation et la vigueur des mouvements sociaux ont connu un destin paradoxal : ils ont produit des caractéristiques reconnues comme majeures de la Tunisie moderne (notamment, la laïcité et la condition des femmes) tout en étant les victimes d’une répression souvent mal connue, à la fois à l’extérieur et à l’intérieur du pays.
Au début des années 1980, à la suite de la répression des grands mouvements syndicaux et des contestations émanant de la gauche radicale, les mouvements islamistes ont pris leur place, devenant à la fois les principaux ennemis du régime (mise à part la parenthèse de 1987-1989), mais aussi les détenteurs d’une forme « d’espoir social ». Certains parcours, comme celui du leader actuel du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, syndicaliste dans les années 1960, nassérien dans sa jeunesse, sont là pour nous rappeler que les trajectoires furent plus complexes qu’on ne le pense souvent. Elles ne sont pas anecdotiques parce qu’elles nous permettent de sortir les critères d’analyses contemporains de leur schématisme et de leurs différenciations automatiques, dont la plus vigoureuse est celle qui oppose laïcs et islamistes.
L’oubli de cette période récente de l’histoire tunisienne a plusieurs origines : d’abord l’ampleur de la répression qui a frappé les mouvements de gauche de 1968 à 1978, sous le pouvoir Bourguibien, et qui s’est ensuite abattue sur les islamistes ; la mise en œuvre d’un enseignement « sélectif » de l’histoire contemporaine dans les écoles et lycées, la propagande Benaliste venant simplement remplacer celle de Bourguiba ; enfin, hors des frontières tunisiennes, la force d’une lecture en terme d’affrontements civilisationnels qui est venue appuyer une conception très orientaliste des sociétés arabes, accordant de moins en moins de place à la société, aux classes sociales et aux mouvements sociaux [8]..
Ayant fait le constat de la disparition, y compris physique parfois, d’une génération militante progressiste (à la fois dans la gauche socialiste et dans le milieu des nationalistes arabes), certains adoptent une position fataliste qui s’exprime ainsi : aujourd’hui, tout changement social au Maghreb et au Moyen Orient ne peut que déboucher sur une prise de pouvoir par des conservateurs, retournant l’argument du conformisme moderniste « pro-occidental » pour faire du retour à une supposée tradition l’unique voie de la subversion, de la radicalité révolutionnaire et de la dignité nationale. C’est faire peu de cas du rôle des mouvements syndicaux et des mouvements militants progressistes (y compris d’inspiration anarchiste) dans les soulèvements qui ont eu lieu en Tunisie, en Egypte, au Yémen et qui se poursuivent en Syrie [9](et l’on pourrait ajouter : à Bahrein, au Liban, en Jordanie, etc.). Ce discours était devenu commun – au moins au sein des élites intellectuelles –, bien avant 2011, en Tunisie comme ailleurs.
Début 2011, pendant un bref moment, la distance et l’indifférence sociales ont semblé s’évaporer, pour ressurgir avec force dès le lendemain de la fuite de Ben Ali. Par la suite, la campagne électorale et la victoire du parti islamiste Ennahda a produit d’autres transferts, observables notamment dans la constitution du parti conduit par l’ancien Premier ministre de transition Béji Caïd Essebsi : Nida Tounès. Une telle agglomération de forces politiques n’aurait pas été imaginable quelques années plus tôt : en effet, ce parti réunit de nombreux anciens du régime de Ben Ali – et de Bourguiba – comme Essebsi lui-même, une fraction de la gauche post-communiste, sous la bannière d’une lutte contre les islamistes et pour l’identité moderne de la Tunisie. On y trouve des gens qui furent longtemps des adversaires, dans un discours qui prend bien soin de se situer du côté de l’identité nationale (notamment vis-à-vis de l’étranger), du « progressisme » et de la modernité pour éviter les questions sociales et idéologiques. Il se place en face d’Ennahda, comme son miroir inversé.
L’émergence d’une telle force, dont on ne sait pas aujourd’hui ce qu’elle peut représenter en termes de score électoral, montre l’effet de « trahison rétrospective » produit par le passage d’une situation révolutionnaire à un nouveau contexte de démocratie électorale, sans qu’on n’ait eu le temps ou le soin de constituer des relais sociaux pour asseoir la démocratie : la presse reste très faible et se contente le plus souvent de donner la parole aux acteurs politiques sans approfondir les enjeux. Les associations sont très présentes. mais peu d’entre elles se sont emparées de la question démocratique en tant que telle (à l’exception peut-être de celles qui s’étaient engagées durant la campagne).
Pour l’instant, seul le travail syndical semble offrir d’autres repères, et l’on voit qu’il prend une place de plus en plus importante dans le paysage politique post-révolutionnaire. M. Houcine Abbassi, secrétaire général de l’UGTT, lance au parti Ennahda le 25 février 2012 : « Ils veulent étouffer notre voix pour décider seuls de notre sort. Ils veulent semer la peur dans nos cœurs pour nous empêcher de défendre notre cause et nos droits, mais nous ne céderons et ne nous soumettrons pas. » [10] Le syndicat a par ailleurs réaffirmé son autonomie et sa volonté de s’engager « aux côtés de la société civile et du peuple tunisien dans sa diversité pour défendre non seulement la masse ouvrière, mais aussi et surtout la République et ses institutions. » [11] Il n’est pas surprenant que l’UGTT soit la seule force à occuper le terrain. Elle s’appuie sur ses 517’000 adhérents, sur le maillage territorial de ses sections, et sur son histoire. Elle seule semble pouvoir opposer une telle force aux partis au pouvoir.
Ailleurs, tout est encore un peu faible. L’énergie révolutionnaire a libéré des forces insoupçonnées, mais elle s’est heurtée à une logique démocratique qui a forcé chacun à choisir, qui a mené beaucoup à une forte déception politique, ceci dans un climat de débat continu. La classe politique, prise dans des logiques d’alliances et de tractations, accentue de jour en jour cette déception. Les conversations bruissent des critiques virulentes de ces hommes et ces femmes qui ne cherchent qu’à négocier des postes, à s’allier pour garder leurs privilèges. Les débats de la Constituante se déroulent dans une agitation peu propice à la construction d’un socle de valeurs partagées.
Dans sa première chronique parue tout juste au lendemain de la révolution tunisienne, l’historienne Kmar Bendana écrivait : « Cette vie (celle d’avant le 14 janvier) ressemble aujourd’hui à une hibernation qui nous a conservés vivants, dans quelques niches, mais nous a laissés lents à nous décongeler, indolents et mous, assommés et engourdis, inaptes à nous mêler encore à cette onde qui enfle et qui grossit. » (Kmar Bendana, Chronique d’une transition, Les éditions Script, Tunis, décembre 2011)
La sortie de cette hibernation charrie avec elle de nombreuses questions laissées en suspens depuis des décennies. Toutes ces questions se résument probablement à la difficile émergence de ce que l’on pourrait appeler un consensus national minimal. Chacun croit savoir sur quoi il repose, et l’interprète à sa guise, il est pourtant en complète réécriture, plus certainement dans la rue qu’au Parlement. Car aujourd’hui, la société tunisienne est plongée dans une incertitude qui fait osciller entre des moments d’enthousiasme et de désespoir. Et les mécanismes qui, selon Claude Lefort, « peuvent contribuer à réduire la fluidité politique des transitions, à gérer l’incertitude. La rédaction d’une constitution, la mise en place de nouvelles institutions, la codification de nouvelles règles (…) ces procédés de « l’invention démocratique » » [12], sont mis en question par une forme de méfiance diffuse. Celle-ci est renforcée dans un temps de surinformation, de propagation rapide des informations, d’individualisation extrême des canaux de formation et d’information qui font que chaque citoyen ne cesse d’osciller. L’effet du régime autoritaire est également à l’œuvre, sapant la confiance placée dans les autorités, qu’elles soient l’administration, le syndicat, l’école ou, bien entendu, les partis et les élus.
Les temps révolutionnaires ont d’abord débouché sur un processus démocratique, offrant, par le vote, la possibilité aux citoyens de se prononcer pour une offre politique qui était encore le reflet du « monde d’avant ». Ils se poursuivent aujourd’hui dans une forme de temporalité très spécifique : les Tunisiens écrivent une histoire, un peu chaotique, ils se réapproprient leurs références communes, redessinent un destin national autour de ce qui leur semble important : les affaires, les paysages, la laïcité, la culture, la langue (arabe, dialectale, le bilinguisme, etc.). Tout est contesté et tout est sans cesse balloté entre des phases de surengagement militant et des phases de déception forte. Le pays ne cesse alors d’alterner entre des moments de « réconciliation révolutionnaire » éphémère et des moments de divergence où tout semble hors de contrôle et où le pouvoir appartient de nouveau à ceux qui en font profession. Il y aurait là une forme de trahison nécessaire de la « révolution démocratique », difficile à percevoir et à décrypter, très amère pour ceux qui la ressentent, mais qui ne se résume certainement pas à la prise de pouvoir par l’un ou l’autre des partis représentatifs. (19 février 2013)
 
« Ben Ali hrab ! » (Ben Ali s’est enfui) [vidéo]
 
 

dimanche 3 mars 2013

Le photographe français décédé en Syrie était financé par le ministère des affaires étrangères américain et était intégré avec Al Qaïda

...Ceci reconfirme une fois de plus si besoin était la suspicion systématique qui entoure toute ONG de nos jours. Ces organisations sont le plus souvent des paravents des gouvernements et des services de renseignement occidentaux qui manipulent les membres souvent (pas toujours…) de bonne foi, même si des agents intégrés font le sale boulot. Olivier Voisin était-il dupe ? Donnons-lui le bénéfice du doute. Ce qui est sûr, c’est que Reporters sans Frontières est une officine de renseignement....


Ingérence occidentale en Syrie : le photographe français tué en Syrie, financé par la NED (CIA) via son employeur Reporter sans Frontières…
Ceci reconfirme une fois de plus si besoin était la suspicion systématique qui entoure toute ONG de nos jours. Ces organisations sont le plus souvent des paravents des gouvernements et des services de renseignement occidentaux qui manipulent les membres souvent (pas toujours…) de bonne foi, même si des agents intégrés font le sale boulot. Olivier Voisin était-il dupe ? Donnons-lui le bénéfice du doute. Ce qui est sûr, c’est que Reporters sans Frontières est une officine de renseignement.
Dans cet article Cartalucci pense également que la seule solution pour stopper cette pourriture institutionnelle est de boycotter les institutions et de créer un contre-pouvoir autogestionnaire, en tout cas des entités de démocratie directe non représentative.
L’idée fait de plus en plus son chemin, l’oligarchie flippe et devant une poussée autogestionnaire qu’elle doit éviter à tout prix, elle tente de ranimer la flamme du communisme autoritaire d’état, qu’elle finance et contrôle tout autant. Nous écrivons un article à suivre sur ce sujet. La résurgence dans les merdias et les mentions faites tous azimuts au « communisme » (comprenons marxiste) et des tentatives timides pour l’heure de réhabilitation de Staline, ne sont pas du tout un fait du hasard… C’est une nouvelle manipulation pour détourner l’attention de la montée de l’idée du contre-pouvoir autogestionnaire, qui, contrairement au « communisme » marxiste et toutes ses variantes que l’oligarchie peut contrôler, serait une véritable catastrophe, car tout commencerait à lui échapper… inéluctablement et sans espoir de retour.
Le chemin autogestionnaire est la voie et la voix des peuples. Nous devons y arriver, Cartalucci le sent bien lui aussi, comme beaucoup d’autres.
- Résistance 71 -
Comme indication supplémentaire de la nature dépravée de la campagne occidentale contre la Syrie et la nature tout aussi dépravée de ses institutions, méthodes et fausses-ONG, justifiant une tendance croissante d’éjecter les “journalistes” occidentaux et les ONG d’un nombre toujours croissant de nations, il a été révélé qu’un photographe français, récemment tué en Syrie, était intégré avec les militants terroristes à Idlib dans le nord de la Syrie et travaillait pour le compte de “Reporters sans Frontières”, financés par la National Endowmnent for Democracy (NED, NdT : officine de la CIA). Le quotidien britannique Daily Mail a révélé dans son article, « French photographer killed by flying shrapnel in Syria as rebels launch fresh offensive on police academy in Aleppo, » que : “Un photographe français a été tué par des éclats de projectile en Syrie alors qu’il couvrait les opérations d’un groupe armé de l’opposition.”
Le gouvernement français a dit aujourd’hui qu’Olivier Voisin travaillait avec Reporters sans Frontières près de la ville d’Idlib au nord-ouest du pays.
Idlib en Syrie, ainsi que la vaste majorité du nord du pays, est notoirement gérée par Al Qaïda. En fait, un article récent du Washington Post a stipulé que le nord de la Syrie était sous domination d’Al Qaïda et que des nations occidentales ainsi que leurs partenaires arabes avaient décidé d’envoyer des armes de Daara depuis le sud de la Syrie. Bien entendu, Daara est aussi un nid d’activisme extrémiste depuis longtemps, incluant Al Qaïda et ce des années avant que la soi-disante “révolte” ne commence.
L’article du Post intitulé : « In Syria, new influx of weapons to rebels tilts the battle against Assad, » admet : Une poussée d’avancée rebelle en Syrie est activée au moins en partie par l’afflux d’armement lourd dans un effort renouvelé de puissances extérieures à la Syrie, d’armer des modérés de l’ASL, d’après des officiels arabes et rebelles.
Les nouvelles armes, incluant des armes anti-chars et des fusils sans recul, ont été acheminées au travers de la frontière jordanienne dans la province de Daara ces dernières semaines afin de contrer l’influence grandissante des groupes extrémistes dans le nord de la Syrie en favorisant d’autres groupes modérés combattant dans le sud du pays, ont dit les officiels. Malgré un extrémisme rampant dans le nord, le photographe français Olivier Voisin s’est retrouvé parmi ces militants au milieu de ce qu’on nous dit être des “vagues de gains de terrain” par les rebelles. Apparemment, ces “gains” se font au prix de lourdes pertes.
L’organisation de Voisin, Reporters sans Frontières, est une fausse-ONG notoire qui joue un rôle pivot sur l’échiquier global, diminuant les nations ciblées par les intérêts financiers et entrepreneuriaux de l’occident, l’association travaille en tandem avec le ministère américain des affaires étrangères (State Department) et ses mandataires en Iran, en Chine, en Russie, au Soudan et partout où Wall Street et la City de Londres souhaitent planter leur drapeau. En 2008, Reporters sans Frontières a reçu de l’argent de la NED (Reporters Without Borders received cash from) dont le bureau directeur représente le who’s who des néo-conservateurs va t’en guerre et des intérêts spéciaux des entreprises et de la finance.
Alors que ces intérêts constituent l’anti-thèse des “droits de l’Homme”, de la “liberté humaine” et de la “démocratie”, ces principes sont pourtant utilisés pour faire levier sur la sympathie du public et pour soutenir la subversion et les changements de régime dans les nations ciblées.
Reporters sans Frontières a aussi reçu de l’argent du Trust Sigrid Rausing, de la Fondation Overbrook et du « Center for a Free Cuba. » Du ministère US des affaires étrangères et basé à Washington DC. Notons que le trust Sigrid Rausing donne aussi des fonds à l’International Crisis Group (ICG), de concert avec BP, Chevron, Shell, Deutsche Bank Group et la Morgan Stanley Bank, ces entreprises aidant en partie le développement du modèle et en soutenant la violence qui a ultimement coûtée la vie de Voisin. De fait l’ICG a au sein de son comité directeur Kofi Annan, qui aida les militants de l’OTAN à gagner du temps pour réarmer et se déployer plus avant en Syrie, grâce à son “plan de paix” déloyal.
Et alors que le gouvernement syrien et le peuple de Syrie se battent contre les militants d’Al Qaïda, chouchoutés, armés et financés par les forces de l’OTAN, basés de manière admise en Turquie, côte à côte avec des batteries de missiles Patriot dispensés par les Etats-Unis, des agents de la CIA, ainsi que des forces spéciales commandos des armées françaises et britanniques, les médias à la botte occidentaux semblent n’être concernés que par la mort de Voisin ainsi que par des rapports non confirmés et vraisemblablement fabriqués par des militants, stipulant que la Syrie tire des missiles “Scud” sur Alep. De plus, des faits confirmés d’explosions de véhicules piégés portant toutes la marque de fabrique d’Al Qaïda (NdT : c’est à dire de la CIA…), ont fait de nombreuses victimes civiles à Damas, ceci fut rapidement excusé, réfuté et enterré par les medias occidentaux propagandistes. De fait, les Etats-Unis bloquent une résolution de l’ONU qui condamnerait les attentats à la bombe les plus récents d’Al Qaïda à Damas, attentats qui ont ôté la vie à plus de 50 personnes, comprenant de jeunes élèves syriens.
La fuite en avant dépravée de l’occident, de ses gouvernements, de ses institutions, médias, et de ses fausses-ONG, défigurent de manière constante tout concept potentiel de “loi internationale” et a laissé les peuples occidentaux avec une légitimité vacillante, qui va inévitablement impacter sur leurs vies et pas seulement sur la politique étrangère. Une politique étrangère criminelle n’est qu’un des symptômes d’une oligarchie corrompue, dominée par les intérêts entrepreneuriaux et financiers, qui ont kidnappés les institutions, les chartes et les contrats sociaux qui lient ensemble une société fonctionnelle. La solution est de boycotter et de finalement remplacer ces monopoles corporato-financiers en créant et en cultivant des entités locales qui servent directement les intérêts des peuples.
Tony Cartalucci
Le 25 Février 2013
url de l’article original : http://landdestroyer.blogspot.co.uk/2013/02/dead-french-phot...
Traduit de l’anglais par Résistance 71 - http://resistance71.wordpress.com/2013/02/25/ingerence-occid...
URL de cet article 19510

La « dronocratie » !... « Aux États-Unis, c’est le capitalisme, qui régit la société et non la démocratie ».


Allez feuilleter les pages de la Constitution américaine .... et essayer de trouver le mot « démocratie ». Soyez sûr qu’il ne figure dans aucun alinéa. Ce que vous trouverez, ce sont des expressions vagues, a contrario, de la doctrine principale qui régit ce pays.
Comme l’avait si bien dit, en substance, le directeur du Wall Street Journal, dans un documentaire historique : « Aux États-Unis, c’est le capitalisme, qui régit la société et non la démocratie ». En matière de vote, 99% des électeurs sont des démunis alors que les résultats en profitent à 1%. Une minorité qui suce le sang des Étatsuniens. Pourquoi donc voter ? A cette question, cet expert répondra par le souci de chacun d’aspirer, un jour, à faire partie de cette strate qui profite des richesses.
Cela dit, quand on entend les déclarations du nouveau secrétaire d’État, John Kerry, à l’image de ses prédécesseurs, à propos de la démocratie, on est sidéré par cette duplicité qui consiste à hypnotiser les crédules. Kerryier a déclaré, mercredi dernier, que les États-Unis continueront à propager la démocratie et les valeurs américaines dans le monde entier. Selon ce « Démocrate », dans son premier discours en tant que secrétaire d’État, « il est indispensable d’offrir à toutes les parties du monde la même possibilité de choisir que celle qui nous a rendus meilleurs et plus forts (…) Nous voulons associer le reste du monde au choix que nous avons fait ».
Ainsi, selon M. Kerry, « les États-Unis feront tout leur possible, pour défendre la démocratie, à l’intérieur du pays », ce qui, en d’autres termes, signifie que ce pays souffre encore d’un manque de démocratie. Or, vouloir propager cette « démocratie », inexistante aux États-Unis, au reste du monde, ne serait en fait que la propagation du système capitaliste et non de la démocratie puisque, comme nous l’avons mentionné plus haut, « démocratie » est synonyme de capitalisme dans la pensée américaine. Il reste maintenant les moyens de la politique étatsunienne en matière de propagation de la démocratie. A notre connaissance, les États-Unis sont le pays le plus belliqueux pays qu’a connu l’histoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec pas moins d’une soixantaine d’interventions. Si ce ne sont pas des coups d’État fomentés, ce sont carrément des guerres de prédations, qu’on escamote, sous la bannière de lutte anti-terroriste ou autre. En cela, nos propos sont confortés par ceux du sénateur républicain, Lindsey Graham, rapportés par la presse étatsunienne jeudi dernier. Ce dernier a affirmé que les attaques de la CIA, au Pakistan, et ailleurs, avec des drones, avaient tué 4.700 personnes, un chiffre non confirmé, par le gouvernement. Alors, doit-on parler de démocratie ou de « dronocratie », Mister Kerry ?
Chérif Abdedaïm
URL de cet article 19492

Cessez de vous indigner, faisons la révolution....Les colères, les protestations, les douleurs des pauvres n’ont pas d’effet sur les oppresseurs....Il serait improductif dans certains cas de continuer à s’appuyer sur les anciennes structures de lutte, les syndicats par exemple.

L’antidémocratie continue à triompher parce que les peuples sont trop longtemps restés passifs, refusant de manifester cette puissance extraordinaire qui déclenche les révolutions. Depuis de trop longues années ils ont accepté d΄être opprimés, d´être les esclaves des puissants.

Depuis les temps anciens les peuples s’offusquent, ils s’indignent et puis rien. L’indignation, la dénonciation, n’ont rien changé jusqu’ici.
Le temps des révolutions a à nouveau sonné, il ne faut pas rater le coche, l’oppression des arrogants est à son comble.
Le modèle de démocratie prôné et appliqué en ces temps est une escroquerie. Les élections ne servent plus à rien, ce sont de grands shows de perpétuation de la domination des banques et des multinationales. Quand elles ne sont pas manipulées, elles sont confisquées par les grands partis, les partis des puissants, des riches, comme en Grande Bretagne, en France, aux États-Unis… Pour eux la démocratie, c’est quand ils sont au pouvoir, et l´alternance consiste à s´échanger le pouvoir entre copains. Leurs partis ont confisqué les clefs du pouvoir, le jeu politique est un théâtre où la tragédie est programmée pour s’abattre seulement sur les peuples. À quoi servent les votes ? La tragicomédie doit s’arrêter.
Les représentants trahissent les électeurs, ils servent les intérêts des sphères obscures. L’ONU, ce machin, qui dit-on, est le rassemblement de toutes les nations du monde, est un instrument aux mains des ennemis de l´humanité. Ils l’ont utilisé pour agresser la Lybie, la Côte d’Ivoire et bien d’autres pays. L’ONU accouche de sanctions et de résolutions illégitimes pour asphyxier, pour porter les guerres et leurs destructions dans les pays qui luttent pour leur libération, pour la dignité et contre l’impérialisme. Les gens ne sont plus dupes des manœuvres des criminels qui gouvernent le monde. Les plaintes n’ont jamais été aussi nombreuses, mais les colères et les dénonciations n’apaisent pas. Les mouvements d’humeur, les boycotts ou les grèves classiques n’ont plus d’effet.
Des dictatures et des monarchies scélérates oppressent depuis des lustres. Elles exploitent, pillent, assassinent et, en retour, elles sont révérées. Elles sévissent après leurs crimes et leurs arbitraires. Des gouvernements illégitimes sont installés par la force des armes, des chiens de guerres sont honorés et décorés. Ceux qui ont tué les enfants, violé les femmes et brûlé les pays sont traités comme des sauveurs, des humanistes. C´est la dégénérescence morale et humaine. Les héros, les vrais nationalistes, les vrais révolutionnaires, sont traités comme des malfaiteurs. Ils sont emprisonnés, exilés, tués comme des bandits. Et après avoir perpétré leurs répugnants péchés, les oppresseurs brandissent des commissions de pardon et de réconciliation politisés.
Les révolutions sont manipulées, confisquées et réorientées contre le pouvoir populaire, comme en Égypte, au Yémen ou en Tunisie. C´est désormais clair, les puissants ne prennent plus la peine de cacher leurs manœuvres de domination. Les ennemis sont identifiés, les ennemis de l´humanité.
Ils ont imposé des guerres aux pays. Les guerres des États-Unis contre l’Irak ou l’Afghanistan ont coûté jusqu’ici de précieux milliards de dollars. Ils ont vendu et piétiné la souveraineté des pays, ils ont frustré et blessé la fierté et l’âme des peuples. Ils ont vendu le pouvoir populaire aux banques, aux multinationales et aux sectes pernicieuses.
Les peuples ont été trahis, les dirigeants ont rompu le contrat de confiance et ignoré le contrat d´objectif signés avec les peuples. Les peuples ne sont donc plus engagés. Pour s’exprimer, ils se sont fait appeler les offusqués, les indignés… mais ils sont les condamnés. Pourtant, ce qui est extraordinaire, c´est qu´il appartient aux peuples de se grâcier eux-mêmes.
Il leur appartient de refuser une fois et pour toutes cette économie capitaliste ou néolibérale, afin d´adopter l´économie humaniste. De cette dernière ils ont trop longtemps rêvé sans jamais l´oser. L’économie a été confiée à des experts aux connaissances et aux aptitudes douteuses. Les peuples ont les solutions pour refaire l’économie mondiale, mais ils n’ont pas le pouvoir. C’est Bilderberg qui décide, et Davos ou l’OMC qui entérinent les lois du capitalisme contre les peuples. Le capitalisme, le pire système jamais pratiqué, ou jamais imposé à l´humanité. C´est un système aux abois, un système qui agonise… c’est pourquoi il faut l’achever, ou bien c’est lui qui achèvera les hommes, les femmes et les enfants dans les différentes contrées du monde. Il ne sert que les puissants.
Plusieurs analystes sont des critiques brillants de cette pieuvre qu’est le capitalisme et ils l’ont compris, il ne peut s’alimenter – c’est naturel – que de plans d’austérité, de dettes qui étranglent les États et les citoyens.
Le capitalisme est un hold-up. Le hold-up des salaires, de la dignité, de la santé, du temps que les parents doivent consacrer à leurs familles…
Travailler plus pour gagner plus. Voilà le message des capitalistes à l’endroit des travailleurs. Pour tous les ambitieux, les personnes honnêtes qui veulent subvenir à leurs besoins, c’est très beau. Mais quand on les prend au mot, c’est tout le contraire, les salaires ne cessent de baisser.
Geindre ne résout rien !
Les dirigeants politiques ont démissionné, non, la finance les conditionne. En Afrique ce sont les métropoles qui leur dictent les politiques. Les prédateurs capitalistes ont arraché l’économie d’entre les mains des États pour la déréglementer, pour la privatiser, pour l’offrir aux banques et aux multinationales criminelles.
Ils ont inventé des crises pour s’enrichir encore plus, en renflouant leurs banques avec l’argent des peuples. Mais les familles endettés ou expulsés de leurs maisons ne sont pas renflouées d’argent. Non, l’aide est sélective.
Pour mieux manipuler et se laver les mains, ils parlent de la main invisible du marché. Le marché se crispe ou se décrispe selon les intérêts des classes dominantes. Il choisit toujours de faire du bien aux riches et du mal aux opprimés. Tout se passe comme si le marché est une chose virtuelle, humainement incontrôlable. Mais alors qu’est-ce que le marché ?
Qu’est-ce que les peuples n’ont pas dénoncé jusqu’ici ? Ils se sont exprimés sur d’illustres tribunes, et c’est l’heure du bilan. Entre les crimes du capitalisme et les contestations des opprimés du monde, l’avancée est à mettre à l’actif des oppresseurs.
Aux opprimés de considérer la situation actuelle et de décider si elle doit durer ou pas. Ils ont le choix !
Les problèmes sont légion. Le chômage, les licenciements, les maladies, la pauvreté…
Les factures mensuelles ou annuelles ne sont-elles pas difficilement payables pour plusieurs familles ? Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Le pouvoir d’achat fond comme au soleil. Les peuples peinent pour subvenir à leurs besoins vitaux… Les dirigeants antidémocratiques servent la finance mondiale et leurs propres intérêts. C’est un truisme, et les peuples le savent. L’heure de reprendre le pouvoir populaire est arrivé.
La destruction des acquis sociaux séculaires par les oppresseurs évolue à un rythme épouvantable.
Dans la configuration actuelle du système, dénoncer ne suffit plus.
Il faut plus de proposition que d’indignation. Mais puisque les solutions sont nombreuses et qu’elles ont été présentées aux dirigeants du monde et qu’ils les ont ignorées, il faut passer à leur mise en application. Toutefois, étant donné que cela est impossible parce que les peuples n’ont pas le pouvoir, qu’ils prennent donc le pouvoir. Il est inutile de continuer à faire des propositions sur lesquelles crachent les arrogants. Pour sauver l’humanité, les peuples doivent arracher le pouvoir. Il est indéniable que leur survie en dépend.
Ils se plaignent depuis longtemps et sont restés dans la même logique. Les indignations n’ont rien changé. Les puissants ont consenti quelques concessions, ils ont reculé sur quelques lignes… mais ils ont gardé le pouvoir.
Pleurer, gémir, cela les arrange bien. Les frustrations, les humiliations… se révèlent toujours plus lourdes et cruelles.
Exprimer son désaccord contre les politiques et les crimes des impérialistes ou des capitalistes procure une secrète fierté, une certaine jubilation intérieure. La fierté d’être exempté du nombre que les oppresseurs réussissent encore à duper, celle d’être responsable, celle d’être juste, mais envers qui ? Envers la conscience et envers la société. On éprouve le sentiment du devoir accompli, la joie – la paix – de ne s’être pas tu face à la barbarie des oppresseurs. Et l’éternelle question : qu’est ce qui a donc changé ? Qu’ont changé les essais, les pamphlets ou les diatribes.
Le problème c’est que les masses s’enferment dans un cercle vicieux, celui de la dénonciation. Il est vrai que par elle les choses ont souvent évolué, elles ont ouvert quelques brèches par lesquelles le changement s’est infiltré, mais les classes dominantes à travers les dirigeants qui leur sont acquis, ont vite fait de refermer ces brèches. Le changement n’a jamais été fondamental dans les revendications sociales ou économiques.
Dénoncer et s’indigner a permis de prendre conscience, de comprendre plusieurs manœuvres souterraines orchestrées par les puissants qui dirigent le monde d’une main de maître –il faut le reconnaître. Aujourd’hui, on lit de façon perspicace le monde, on cerne mieux ses tours et ses contours. Toutefois, on n’a pas monté la prochaine marche. Comme des enfants fatigués, les peuples sont restés plantés au premier étage de l’immeuble, et pourtant les sucreries et les friandises tant convoitées se trouvent au dernier.
Pour résumer, depuis belle lurette, les revendications n’ont pas changé fondamentalement plusieurs choses. L’arrogance des puissants est toujours aussi forte et cynique, et l’un des barons du capitalisme mondial, le milliardaire Warren Buffett de déclarer : « Il y a une guerre des classes, et c’est ma classe qui l’a gagnée ».
Si malgré les élucubrations et les gesticulations les lignes n’ont pas bougé, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. C’est qu’à un certain niveau les opprimés ont certainement posé les mauvaises questions et élaboré les mauvais plans. Cette logique d’indignation, de protestation et de proposition ne fonctionne pas, cela ressemble à de la complaisance, pire à de la complicité. Il faut monter d’un cran. Les actions semblent amadouer et dorloter les oppresseurs, et même les convenir. Vu que leurs possibilités de contrôler la parole s’amenuisent de plus en plus, ils préfèrent laisser les colères couler. Car essayer de les contenir indéfiniment fera sauter leur barrage et il sera difficile de contrôler les conséquences. Ils laissent donc de temps en temps envoyer quelques pétards -relativement mouillés- et ils sont sûrs que le jeu durera bien longtemps et que rien n’explosera.
Les colères, les protestations, les douleurs des pauvres n’ont pas d’effet sur les oppresseurs. Ils sont confortés par le fait que les peuples ne peuvent rien entreprendre de plus que dénoncer et proposer éternellement des solutions sur lesquelles ils n’hésiteront pas à cracher.
Il faut changer de stratégie, amorcer une autre étape, avancer et les surprendre. Refonder les structures traditionnelles de revendication, afin de les positionner en force pour espérer être à la hauteur du combat qui s’annonce. Les ennemis de l’humanité sont sauvages, barbares et prêts à tout pour tenir leurs lignes. Néanmoins, il faut prendre l’initiative pour changer aujourd’hui, demain et toujours. Plus que jamais le système capitaliste présente des failles, il faut en profiter pour le désintégrer.
Les peuples sont du bon côté de l’histoire.
Les accusations et les victimisations systématiques ne font pas avancer. Il est impératif d’innover, de créer de nouvelles organisations érigées sur de nouvelles bases, mieux forgées que celles sur lesquelles on se repose aujourd’hui. Fixer de nouveaux objectifs, créer des foyers pour de plus grandes espérances. C’est l’heure de la révolution. Elle est urgente, elle est inéluctable. Elle est pré-requise pour l’implantation des solutions socialistes, pour le bonheur de l’humanité.
Il est vital de poser désormais les bonnes questions et d’élaborer les bonnes thèses. Il faut rediriger les coups dans cette bataille.
Les peuples se doivent de concevoir de nouvelles formes de lutte, pour élaborer des actions pouvant frapper fort sur les points faibles de ce système en décadence. Voilà le terrain sur lequel ils devraient porter la lutte actuellement. S’ils manquent de concevoir, les ennemis de leur côté étudient, pensent, et créent chaque jour des techniques d’oppression plus subtiles. Aux opprimés de leur répondre en les étudiant en retour, en concevant des voies de résistance et plus encore en implémentant des structures-objectifs, pour l’anéantissement définitif de l’oppression.
Le système capitaliste et impérialiste est bien connu et on n’ignore pas ses points faibles. Il faut donc user des moyens qui peuvent briser ses pieds d’argile. Préparer les recettes gagnantes, les propager à travers le monde, adapter chaque recette aux réalités et aux demandes des différents terrains de lutte. Apprendre des révolutions passées, des théories de libération, être les héritiers de toutes les formes positives de combat. Au-delà de la protestation, voilà les cartes qu’il faut désormais jouer.
Mondialiser la résistance est un préalable crucial. Se cloîtrer de façon égoïste dans les régions ou dans les pays sera improductif. Les ennemis ne connaissent plus les frontières, leur nouvel ordre mondial ne connait plus les différences.
Il est important de s’organiser et de réfléchir. Pourquoi les multiples grèves et manifestations ont-elles échouées ? N’existe-t-il pas des moyens plus efficaces pour assiéger les puissants, les potentats ? N’est-il pas possible de les harceler à bout de telle sorte qu’ils soient sans choix et que les opprimés leur disent : « Rendez-vous, vous êtes cernés » ? Certainement il y a des moyens de les faire plier. Certainement les peuples peuvent reprendre leurs pouvoirs.
Il appartient aux peuples d’étudier les possibilités, de les théoriser, de les divulguer à travers le monde, mais surtout de les pratiquer pour leur libération.
Il serait improductif dans certains cas de continuer à s’appuyer sur les anciennes structures de lutte, les syndicats par exemple. Plusieurs ont été infiltrées et ont enfermé les travailleurs dans une routine de gesticulations flasques et inutiles.
Les pistes justes ont besoin d’être explorées.
Parmi les dominants il se trouve des maillons faibles, il faut les secouer. Il existe des pions qui peuvent être retournés contre le système. Les militaires peuvent revenir du côté des peuples, Et les propagandistes – les journalistes – peuvent changer de camp. Le système peut être infiltré.
La révolution est indispensable, elle ne doit plus attendre, les injustices sont à leur comble. Il faut rendre à l’humanité son humanisme.
Il revient aux opprimés de choisir sous quelle régime ils vivront. Ils ont deux choix : le régime de la domination et celui de la libération, donc de la justice.
Les peuples ont une force agissante extraordinaire, une force qui surgit même des plus profonds abîmes de l’oppression. Il leur appartient de révéler au grand jour les possibilités, les aptitudes, la créativité, l’optimisme et le sens du devoir qui leur sont inhérents. Ils peuvent laver la honte de n’avoir rien pu faire jusqu’ici, d’avoir été peu entreprenants ou terrassés par la peur.
Conter les victoires passées n’assure pas le changement. Une révolution encore plus grande que celle de 1789 peut se produire, les peuples doivent rendre cela possible.
C’est une immense responsabilité qui incombe aux pauvres du monde. Il ne faut plus tarder. L’important n’est pas de savoir qui prendra les devants, il s’agit de savoir qui préférera rester en arrière, c’est-à-dire être lâche, traître, traître à l’humanité.
Dans cette tâche, la solidarité des masses doit être infaillible. Certains opprimés et ceux qui se croient privilégiés pourraient rester en arrière et être réticents ou indifférents à accomplir ce devoir de révolution. Certains s’indignent de ce système mais cherchent quand-même à l’intégrer, croyant qu’ils trouveront en lui une « sécurité ». Toutefois, la révolution doit se faire.
Les batailles pourraient être longues dans certains cas. Une minutieuse préparation s’impose donc. Les épreuves pourraient se multiplier, mais la force psychologique des peuples déterminés ébranle toutes les dominations.
Le changement ne peut se décréter de lui-même, seule la révolution est le fondement d’un monde plus démocratique et juste.
L’histoire doit retenir la victoire des peuples.
Phinées TSASSE
Source : Le Grand Soir