lundi 4 mars 2013

TUNISIE : Une révolution trahie ? Sur le soulèvement tunisien et la transition démocratique....aujourd’hui, la société tunisienne est plongée dans une incertitude qui fait osciller entre des moments d’enthousiasme et de désespoir.


Le soir du 14 janvier 2011, un homme seul criait sur l’avenue Bourguiba : « Ben Ali hrab ! »(Ben Ali s’est enfui) [vidéo], célébrant ainsi la stupéfiante victoire d’une révolution. Dans ce cri, il fallait entendre l’admiration pour le peuple, l’amour pour la liberté, la tristesse pour les morts. Il était seul, dans le noir, sur cette avenue qui quelques heures plus tôt était envahie par la foule en colère. C’était un avocat, un de ces nombreux avocats qui soutinrent la révolte de toutes leurs forces.
Le 8 février 2013, plus de deux ans plus tard, c’est un autre lieu de la capitale, son principal cimetière, qui est envahi par la foule, une foule triste et enragée, venue accompagner un autre avocat révolutionnaire, Chokri Belaïd, devenu un opposant virulent, assassiné devant son domicile.
Entre ces deux moments, le peuple tunisien n’est pas sorti fêter sa liberté, ni crier sa colère d’une seule voix. Alors que les mobilisations se poursuivaient continûment dans le pays, une forme de déception, de découragement s’est installée. Depuis la révolution, pas une semaine ne se passe sans mobilisation, grèves, voire émeutes (dans certaines villes comme Le Kef, Sidi Bouzid, Siliana ou Gafsa, les affrontements avec les forces de l’ordre sont monnaie courante). Le sentiment d’une révolution trahie coexiste à présent avec le constat, visible, que le processus révolutionnaire est encore en cours. Comment expliquer ce paradoxe ?
La plupart des commentateurs font de l’élection du parti islamiste Ennahda après les élections d’octobre 2011 la figure de la trahison. La révolution des jeunes, épris de liberté et de justice, aurait accouché d’un monstre islamiste, conservateur et liberticide. Les premières élections libres post-révolutionnaires auraient porté au pouvoir des adversaires de la démocratie et de la liberté.
A l’analyse, il apparaît que s’il y a eu « trahison » de la révolution, elle ne se situe pas forcément dans l’opposition entre « conservateurs religieux » et « progressistes laïcs ». La mise dos à dos de ces deux camps, largement orchestrée par le jeu politique partisan, masque la difficulté de l’ensemble de la classe politique à répondre aux demandes populaires de justice sociale.

L’oubli du caractère social de la révolte de 2011

Les manifestations de décembre 2010 et janvier 2011, si elles sont apparues comme une « surprise » pour de nombreux observateurs, ont fait écho à d’autres moments forts de contestation sociale, notamment les révoltes du bassin minier de Gafsa en 2008 [1]. Mouvement social d’une ampleur majeure, mobilisant les ouvriers et leurs familles pendant de longs mois, il fut violemment réprimé dans l’indifférence quasi totale du reste du pays. D’autres moments de forte contestation, comme à Ben Guerdane, en août 2010, dans la région agricole de Sidi Bouzid, Kasserine et Thala dans le centre-ouest du pays, en décembre 2010, n’ont pas non plus déclenché à leur suite de « contagion révolutionnaire ». Les émeutes de décembre 2010, parties des mêmes villes déshéritées du centre de la Tunisie, qui donnèrent le premier élan à la révolution populaire, n’étaient pas si différentes de celles qui les ont précédées. Elles trouvent leur source dans la conjonction entre un système de corruption clientéliste à large échelle, et des blocages sociaux empêchant la grande majorité d’avoir une vie digne, décente.
Si dans l’hiver 2011 les grandes villes de la côte (particulièrement la ville industrieuse de Sfax, mais aussi bien sûr la capitale) ont rejoint le mouvement de révolte, c’est après trois semaines d’émeutes dans l’intérieur du pays et parce qu’en ce moment précis les intérêts de tous ont convergé, produisant le moment révolutionnaire que l’on a pu observer. La conjonction s’est opérée sous la pression des militants syndicaux (y compris contre leur hiérarchie), et grâce à des « agents » minoritaires : jeunes activistes du Net, artistes et passeurs, militants anonymes, engagés au nom de la liberté, de la solidarité, de l’égalité – voire de l’anarchie – aux côtés des émeutiers. Ils furent également bien vite rejoints par l’opposition dite démocratique : militants des droits de l’homme, féministes, intellectuels critiques…
Le moment révolutionnaire, éphémère, a fait apparaître alors un peuple uni, soudé. Pendant quelques semaines, malgré la peur et la panique semées par l’ancien pouvoir qui s’écroulait, une atmosphère nouvelle a régné. Mais la béance sociale n’a pas mis longtemps à ressurgir. Alors que les forces révolutionnaires réclamaient une table rase et la chute des premiers gouvernements provisoires afin d’aller plus loin dans le processus révolutionnaire (sit-in de la Kasbah, manifestations sur l’avenue Bourguiba en février qui aboutirent au rétablissement de l’état d’urgence, à la mort de manifestants et à la fermeture de l’avenue à toute manifestation publique), des voix de plus en plus nombreuses appelaient à l’apaisement, au compromis. Il fallait être modéré, aller lentement, ne pas tout rejeter en bloc. Le tyran et ses proches étaient partis, il fallait conserver une forme de stabilité pour ne pas nuire à l’image du pays, à la bonne marche des affaires, etc. Un discours identitaire se développait même sur le caractère doux et pacifique des Tunisiens, qui avaient conduit une « révolution du jasmin », une révolution fleurie et parfumée… Les discours enragés contre cette appellation édulcorée furent légion à l’époque, les habitants de l’intérieur parlant parfois de révolution du hindi (cactus ou figuier de barbarie, plus présent dans leurs régions que le jasmin côtier – et évidemment plus piquant).
Ce discours, émanant de la bourgeoisie et des classes moyennes urbaines, a très vite pris des allures de mépris social envers tous ceux qui plantaient leurs tentes en pleine ville, à l’entrée monumentale de la vieille ville de Tunis, sur sa belle avenue plantée d’arbres, et parlaient avec un accent (paysan) très marqué. Passée l’admiration première pour l’extraordinaire événement du 14 janvier, on se mit à se méfier de ces révolutionnaires : ils pouvaient bien être manipulés, semblaient très éloignés des idéaux laïcs des élites urbaines [2] (on voyait certains d’entre eux prier dans les tentes), ils se comportaient mal, etc. Cette tendance « révolutionnaire modérée » s’est notamment illustrée par la critique sévère de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et de ses dirigeants, alléguant qu’ils auraient tous été à la solde de l’ancien régime. Si le gouvernement de Ben Ali avait en effet réussi à infiltrer l’organisation syndicale, il s’était principalement allié les dirigeants et certaines fractions des syndicats. La plupart des sections sont restées autonomes, certaines se sont d’emblée constituées en front d’opposition comme le syndicat des enseignants du second degré.
Un rassemblement à la Qobba (coupole), cité sportive du quartier bourgeois d’el Menzah à Tunis, a lieu le 6 mars 2011, après la chute du gouvernement hérité de Ben Ali. On y célèbre la révolution, la solidarité nationale, mais on marque bien la différence avec ceux de la Kasbah (qui campent sur la place du gouvernement). On s’assemble pour soutenir le Premier Ministre sortant, Ghannouchi, considéré comme de bonne volonté et « dégagé » par les occupants de la Kasbah. Un article du journal en ligne Kapitalis a beau titrer « Kasbah et Qobba, même combat », il ne s’agit pas du même monde. Alors qu’à la Kasbah on parle au nom du peuple et l’on s’unit derrière le slogan « On a dégagé le dictateur, maintenant, dégageons la dictature », à la Qobba, on parle au nom de la « majorité silencieuse » et l’on appelle au retour au travail. Travail et propreté sont considérés comme des symboles, définissant en miroir les jeunes révolutionnaires politisés comme chômeurs et peu soucieux de propreté, voire comme fainéants et sales. Ainsi entend-on régulièrement lors de la fête de la Qobba, un message diffusé par haut-parleurs : « Nous avons fixé des sacs poubelles au pied des palmiers. Ne jetez rien par terre. Nous devons montrer à tout le monde qu’on est un peuple sain, propre et civilisé. C’est ça notre révolution. C’est ça notre esprit, c’est ça notre exemple aux pays voisins et frères qui aiment construire leur démocratie. Nous allons prouver au monde entier que nous sommes le peuple des dignes… »source.
Si je reviens à ces épisodes un peu oubliés des semaines révolutionnaires qui suivirent la fuite du dictateur, qui peuvent sembler anecdotiques mais qui sont restés présents dans la mémoire des Tunisiens, c’est pour donner sens à ce qui s’exprime aujourd’hui dans les rues de Tunisie. Car les voix de la contestation sociale ne se sont jamais tues : elles ont occupé les places de la capitale jusqu’au mois de mars, elles ont occupé les usines, assiégé les ministères et, à nouveau, occupé les rues de Sidi Bouzid à l’été 2012, contestant et harcelant cette fois, non plus le régime de Ben Ali, mais bien le gouvernement provisoire dirigé par le parti Ennahda. Elles sont réunies sous un slogan simple, qui fut celui de la révolution bien avant le « Dégage » final : « Travail, liberté et dignité nationale » (‘amal, hurriyya, karama wataniyya), dont une des variations hivernales fut parfois « Pain, eau, Ben Ali non ! » (Khobz, mâ’, Ben’alî lâ).
Aujourd’hui il y a donc, comme une « basse continue », une colère sociale qui ne s’apaise pas. À cette colère, montée en force sous Ben Ali, s’ajoute le spectacle de plus en plus transparent des inégalités et des intérêts divergents entre une élite urbaine et côtière, et l’intérieur du pays [3].
Elle a été dirigée contre la dictature, elle se dresse à présent contre le gouvernement en place. Les ouvriers, les journaliers, les chômeurs n’ont pas trouvé de réponse à leurs angoisses avec le vote et la constitution d’un nouveau gouvernement, ils ne posent en aucun cas les questions en termes de religion, de libertés ou même de Constitution. Ils parlent de justice, de droits, d’égalité. La question sociale demeure au centre des problèmes à régler et des ressorts de mobilisation populaire. Elle se matérialise de manière de plus en plus claire dans l’affrontement actuel entre l’UGTT et le parti au pouvoir, dont l’un des signes les plus forts a été l’appel à la grève générale (massivement suivi) du 8 février dernier. Le rôle de ce syndicat dans les mouvements révolutionnaires tunisiens est aujourd’hui réévalué par de nombreuses études qui montrent à quel point son soutien logistique et la présence de ses militants dans les rues ont été déterminants dès le départ [4].

La « transition démocratique »

La prise en considération des fractures sociales montre bien à quel point l’affrontement auquel il a été donné tant d’ampleur dans les journaux français entre « laïcs » et « religieux » n’est pas au cœur des préoccupations. Il ne s’agit pas de le nier : il y a certes eu des manifestations pour protéger le statut de la femme tunisienne, il y a également une présence manifeste de jeunes islamistes radicalisés dans les rues de Tunisie qui entendent faire régner un ordre puritain et orthodoxe. Pourtant la lecture en termes identitaires des tensions sociales en Tunisie, imposée à la fois par les défenseurs de la laïcité (spécificité tunisienne, héritage bourguibiste) et par les islamistes (qui masquent ainsi leur incapacité à répondre à la demande sociale de justice), est un leurre. Après les élections d’octobre 2011 [Ennahda détient 89 députés sur les 217 de l’Assemblée et compte sur les voix de ses alliés ; actuellement, suite à la crise gouvernementale, le 22 février 2013, le président Moncef Marzouki charge l’ex-ministre de l’Intérieur, Ali Larayeh, du gouvernement Gebali, démissionnaire, de former le nouveau gouvernement], les islamistes qui avaient beaucoup insisté pendant la campagne sur les persécutions dont ils ont été victimes sous l’ancien régime et leur religiosité – censée, notamment, les garder de la corruption – ont soudain perdu leur potentiel subversif : après avoir été persécutés, après s’être présentés comme des « purs », ils sont à présent au pouvoir. Plutôt que de considérer que la révolution les a portés au pouvoir, il est plus juste de dire que l’événement les a mis face à la réalité.
Le 14 janvier 2011, il semblait que la surprise tunisienne sortait précisément la région d’une alternative binaire qui avait dominé pendant des décennies (notamment depuis la guerre civile algérienne) : autorité ou révolution islamique [5]. En Tunisie, le « pays sans bruit », selon la belle expression de Jocelyne Dakhlia [6], le régime de Ben Ali s’était effondré avec fracas. Le chef et son clan quittaient le territoire et se réfugiaient en Arabie Saoudite – bel exemple de démocratie laïque, au passage – alors que la foule scandait un drôle de slogan, « Dégage ! », devant l’un des symboles du pouvoir, le ministère de l’Intérieur dont les sous-sols avaient été le théâtre, caché mais bien connu, d’innombrables tortures.
Quelques mois plus tard, les premières élections libres dans la Tunisie post-révolutionnaire ont donné aux islamistes une majorité (relative) qui leur permet aujourd’hui, grâce à des accords avec deux autres partis (ce que l’on appelle la troïka : Congrès pour la République et Ettakatol – cette coalition est, en fin février 2013, en pleine crise), de diriger un gouvernement, de coalition et de transition. La juxtaposition de ces deux signes peut donner l’impression que la révolution du 14 janvier a porté les islamistes au pouvoir. Mais les islamistes n’ont pas été portés au pouvoir par la révolution, ils ont conquis le pouvoir dans le cadre des élections qui ont suivi. C’est notamment en déplaçant les débats sur le terrain identitaire qu’ils ont pu remporter ces élections, alors que les partis, notamment de gauche, échouaient à construire un discours audible et singulier dans la confusion qui régnait. Les lignes ne cessaient de bouger, selon que l’on se plaçait d’un côté ou de l’autre de la « frontière laïque », des questions internationales (la Libye, la Syrie, les États du Golfe…), de la nation et de ce qui la définit (arabité, laïcité, islam…). C’est probablement dans l’envahissement du débat démocratique par ces questions que se situe l’une des formes de la « trahison ».
Il faut creuser un peu plus profondément dans les sillons de la « transition démocratique » et dans l’histoire des mouvements politiques tunisiens pour comprendre l’écart qui existe entre ce qui était observable dans les rues de décembre de mars 2010 à mars 2011 et l’expression de la volonté populaire à travers les urnes en octobre 2011. Cela peut nous aider à comprendre également pourquoi les mobilisations n’ont pas cessé et pourquoi la ville de Sidi Bouzid, notamment, et avec elle tant d’autres depuis (Siliana, Le Kef…), s’est de nouveau enflammée à plusieurs reprises, pourquoi le bassin minier de Gafsa est encore en ébullition, etc.
Car ce pays, berceau de grands mouvements réformateurs dès le XIXe siècle, n’a pratiquement pas eu d’expérience de construction nationale autonome et démocratique avant cette année 2011. Pourtant, la révolution n’a pas eu lieu sur un terrain social « en friche », ou sur une tabula rasa. Le mouvement national et la lutte pour l’indépendance contribuèrent à la formation des élites politiques et administratives. Le long règne de Bourguiba ne fut pas que terreur et n’a pas pu empêcher le développement d’un mouvement syndical puissant ; et d’un mouvement féministe toujours actif malgré l’entreprise de mise en étendard de la question féminine par le pouvoir bourguibien d’abord, qui s’est construit une image de libérateur du pays et de ses femmes [7], et par la dictature de Ben Ali ensuite, qui y puisa un bon alibi pour gagner ses galons de despote moderniste, rempart contre la menace islamiste. Cette richesse de mobilisation et la vigueur des mouvements sociaux ont connu un destin paradoxal : ils ont produit des caractéristiques reconnues comme majeures de la Tunisie moderne (notamment, la laïcité et la condition des femmes) tout en étant les victimes d’une répression souvent mal connue, à la fois à l’extérieur et à l’intérieur du pays.
Au début des années 1980, à la suite de la répression des grands mouvements syndicaux et des contestations émanant de la gauche radicale, les mouvements islamistes ont pris leur place, devenant à la fois les principaux ennemis du régime (mise à part la parenthèse de 1987-1989), mais aussi les détenteurs d’une forme « d’espoir social ». Certains parcours, comme celui du leader actuel du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, syndicaliste dans les années 1960, nassérien dans sa jeunesse, sont là pour nous rappeler que les trajectoires furent plus complexes qu’on ne le pense souvent. Elles ne sont pas anecdotiques parce qu’elles nous permettent de sortir les critères d’analyses contemporains de leur schématisme et de leurs différenciations automatiques, dont la plus vigoureuse est celle qui oppose laïcs et islamistes.
L’oubli de cette période récente de l’histoire tunisienne a plusieurs origines : d’abord l’ampleur de la répression qui a frappé les mouvements de gauche de 1968 à 1978, sous le pouvoir Bourguibien, et qui s’est ensuite abattue sur les islamistes ; la mise en œuvre d’un enseignement « sélectif » de l’histoire contemporaine dans les écoles et lycées, la propagande Benaliste venant simplement remplacer celle de Bourguiba ; enfin, hors des frontières tunisiennes, la force d’une lecture en terme d’affrontements civilisationnels qui est venue appuyer une conception très orientaliste des sociétés arabes, accordant de moins en moins de place à la société, aux classes sociales et aux mouvements sociaux [8]..
Ayant fait le constat de la disparition, y compris physique parfois, d’une génération militante progressiste (à la fois dans la gauche socialiste et dans le milieu des nationalistes arabes), certains adoptent une position fataliste qui s’exprime ainsi : aujourd’hui, tout changement social au Maghreb et au Moyen Orient ne peut que déboucher sur une prise de pouvoir par des conservateurs, retournant l’argument du conformisme moderniste « pro-occidental » pour faire du retour à une supposée tradition l’unique voie de la subversion, de la radicalité révolutionnaire et de la dignité nationale. C’est faire peu de cas du rôle des mouvements syndicaux et des mouvements militants progressistes (y compris d’inspiration anarchiste) dans les soulèvements qui ont eu lieu en Tunisie, en Egypte, au Yémen et qui se poursuivent en Syrie [9](et l’on pourrait ajouter : à Bahrein, au Liban, en Jordanie, etc.). Ce discours était devenu commun – au moins au sein des élites intellectuelles –, bien avant 2011, en Tunisie comme ailleurs.
Début 2011, pendant un bref moment, la distance et l’indifférence sociales ont semblé s’évaporer, pour ressurgir avec force dès le lendemain de la fuite de Ben Ali. Par la suite, la campagne électorale et la victoire du parti islamiste Ennahda a produit d’autres transferts, observables notamment dans la constitution du parti conduit par l’ancien Premier ministre de transition Béji Caïd Essebsi : Nida Tounès. Une telle agglomération de forces politiques n’aurait pas été imaginable quelques années plus tôt : en effet, ce parti réunit de nombreux anciens du régime de Ben Ali – et de Bourguiba – comme Essebsi lui-même, une fraction de la gauche post-communiste, sous la bannière d’une lutte contre les islamistes et pour l’identité moderne de la Tunisie. On y trouve des gens qui furent longtemps des adversaires, dans un discours qui prend bien soin de se situer du côté de l’identité nationale (notamment vis-à-vis de l’étranger), du « progressisme » et de la modernité pour éviter les questions sociales et idéologiques. Il se place en face d’Ennahda, comme son miroir inversé.
L’émergence d’une telle force, dont on ne sait pas aujourd’hui ce qu’elle peut représenter en termes de score électoral, montre l’effet de « trahison rétrospective » produit par le passage d’une situation révolutionnaire à un nouveau contexte de démocratie électorale, sans qu’on n’ait eu le temps ou le soin de constituer des relais sociaux pour asseoir la démocratie : la presse reste très faible et se contente le plus souvent de donner la parole aux acteurs politiques sans approfondir les enjeux. Les associations sont très présentes. mais peu d’entre elles se sont emparées de la question démocratique en tant que telle (à l’exception peut-être de celles qui s’étaient engagées durant la campagne).
Pour l’instant, seul le travail syndical semble offrir d’autres repères, et l’on voit qu’il prend une place de plus en plus importante dans le paysage politique post-révolutionnaire. M. Houcine Abbassi, secrétaire général de l’UGTT, lance au parti Ennahda le 25 février 2012 : « Ils veulent étouffer notre voix pour décider seuls de notre sort. Ils veulent semer la peur dans nos cœurs pour nous empêcher de défendre notre cause et nos droits, mais nous ne céderons et ne nous soumettrons pas. » [10] Le syndicat a par ailleurs réaffirmé son autonomie et sa volonté de s’engager « aux côtés de la société civile et du peuple tunisien dans sa diversité pour défendre non seulement la masse ouvrière, mais aussi et surtout la République et ses institutions. » [11] Il n’est pas surprenant que l’UGTT soit la seule force à occuper le terrain. Elle s’appuie sur ses 517’000 adhérents, sur le maillage territorial de ses sections, et sur son histoire. Elle seule semble pouvoir opposer une telle force aux partis au pouvoir.
Ailleurs, tout est encore un peu faible. L’énergie révolutionnaire a libéré des forces insoupçonnées, mais elle s’est heurtée à une logique démocratique qui a forcé chacun à choisir, qui a mené beaucoup à une forte déception politique, ceci dans un climat de débat continu. La classe politique, prise dans des logiques d’alliances et de tractations, accentue de jour en jour cette déception. Les conversations bruissent des critiques virulentes de ces hommes et ces femmes qui ne cherchent qu’à négocier des postes, à s’allier pour garder leurs privilèges. Les débats de la Constituante se déroulent dans une agitation peu propice à la construction d’un socle de valeurs partagées.
Dans sa première chronique parue tout juste au lendemain de la révolution tunisienne, l’historienne Kmar Bendana écrivait : « Cette vie (celle d’avant le 14 janvier) ressemble aujourd’hui à une hibernation qui nous a conservés vivants, dans quelques niches, mais nous a laissés lents à nous décongeler, indolents et mous, assommés et engourdis, inaptes à nous mêler encore à cette onde qui enfle et qui grossit. » (Kmar Bendana, Chronique d’une transition, Les éditions Script, Tunis, décembre 2011)
La sortie de cette hibernation charrie avec elle de nombreuses questions laissées en suspens depuis des décennies. Toutes ces questions se résument probablement à la difficile émergence de ce que l’on pourrait appeler un consensus national minimal. Chacun croit savoir sur quoi il repose, et l’interprète à sa guise, il est pourtant en complète réécriture, plus certainement dans la rue qu’au Parlement. Car aujourd’hui, la société tunisienne est plongée dans une incertitude qui fait osciller entre des moments d’enthousiasme et de désespoir. Et les mécanismes qui, selon Claude Lefort, « peuvent contribuer à réduire la fluidité politique des transitions, à gérer l’incertitude. La rédaction d’une constitution, la mise en place de nouvelles institutions, la codification de nouvelles règles (…) ces procédés de « l’invention démocratique » » [12], sont mis en question par une forme de méfiance diffuse. Celle-ci est renforcée dans un temps de surinformation, de propagation rapide des informations, d’individualisation extrême des canaux de formation et d’information qui font que chaque citoyen ne cesse d’osciller. L’effet du régime autoritaire est également à l’œuvre, sapant la confiance placée dans les autorités, qu’elles soient l’administration, le syndicat, l’école ou, bien entendu, les partis et les élus.
Les temps révolutionnaires ont d’abord débouché sur un processus démocratique, offrant, par le vote, la possibilité aux citoyens de se prononcer pour une offre politique qui était encore le reflet du « monde d’avant ». Ils se poursuivent aujourd’hui dans une forme de temporalité très spécifique : les Tunisiens écrivent une histoire, un peu chaotique, ils se réapproprient leurs références communes, redessinent un destin national autour de ce qui leur semble important : les affaires, les paysages, la laïcité, la culture, la langue (arabe, dialectale, le bilinguisme, etc.). Tout est contesté et tout est sans cesse balloté entre des phases de surengagement militant et des phases de déception forte. Le pays ne cesse alors d’alterner entre des moments de « réconciliation révolutionnaire » éphémère et des moments de divergence où tout semble hors de contrôle et où le pouvoir appartient de nouveau à ceux qui en font profession. Il y aurait là une forme de trahison nécessaire de la « révolution démocratique », difficile à percevoir et à décrypter, très amère pour ceux qui la ressentent, mais qui ne se résume certainement pas à la prise de pouvoir par l’un ou l’autre des partis représentatifs. (19 février 2013)
 
« Ben Ali hrab ! » (Ben Ali s’est enfui) [vidéo]
 
 

dimanche 3 mars 2013

Le photographe français décédé en Syrie était financé par le ministère des affaires étrangères américain et était intégré avec Al Qaïda

...Ceci reconfirme une fois de plus si besoin était la suspicion systématique qui entoure toute ONG de nos jours. Ces organisations sont le plus souvent des paravents des gouvernements et des services de renseignement occidentaux qui manipulent les membres souvent (pas toujours…) de bonne foi, même si des agents intégrés font le sale boulot. Olivier Voisin était-il dupe ? Donnons-lui le bénéfice du doute. Ce qui est sûr, c’est que Reporters sans Frontières est une officine de renseignement....


Ingérence occidentale en Syrie : le photographe français tué en Syrie, financé par la NED (CIA) via son employeur Reporter sans Frontières…
Ceci reconfirme une fois de plus si besoin était la suspicion systématique qui entoure toute ONG de nos jours. Ces organisations sont le plus souvent des paravents des gouvernements et des services de renseignement occidentaux qui manipulent les membres souvent (pas toujours…) de bonne foi, même si des agents intégrés font le sale boulot. Olivier Voisin était-il dupe ? Donnons-lui le bénéfice du doute. Ce qui est sûr, c’est que Reporters sans Frontières est une officine de renseignement.
Dans cet article Cartalucci pense également que la seule solution pour stopper cette pourriture institutionnelle est de boycotter les institutions et de créer un contre-pouvoir autogestionnaire, en tout cas des entités de démocratie directe non représentative.
L’idée fait de plus en plus son chemin, l’oligarchie flippe et devant une poussée autogestionnaire qu’elle doit éviter à tout prix, elle tente de ranimer la flamme du communisme autoritaire d’état, qu’elle finance et contrôle tout autant. Nous écrivons un article à suivre sur ce sujet. La résurgence dans les merdias et les mentions faites tous azimuts au « communisme » (comprenons marxiste) et des tentatives timides pour l’heure de réhabilitation de Staline, ne sont pas du tout un fait du hasard… C’est une nouvelle manipulation pour détourner l’attention de la montée de l’idée du contre-pouvoir autogestionnaire, qui, contrairement au « communisme » marxiste et toutes ses variantes que l’oligarchie peut contrôler, serait une véritable catastrophe, car tout commencerait à lui échapper… inéluctablement et sans espoir de retour.
Le chemin autogestionnaire est la voie et la voix des peuples. Nous devons y arriver, Cartalucci le sent bien lui aussi, comme beaucoup d’autres.
- Résistance 71 -
Comme indication supplémentaire de la nature dépravée de la campagne occidentale contre la Syrie et la nature tout aussi dépravée de ses institutions, méthodes et fausses-ONG, justifiant une tendance croissante d’éjecter les “journalistes” occidentaux et les ONG d’un nombre toujours croissant de nations, il a été révélé qu’un photographe français, récemment tué en Syrie, était intégré avec les militants terroristes à Idlib dans le nord de la Syrie et travaillait pour le compte de “Reporters sans Frontières”, financés par la National Endowmnent for Democracy (NED, NdT : officine de la CIA). Le quotidien britannique Daily Mail a révélé dans son article, « French photographer killed by flying shrapnel in Syria as rebels launch fresh offensive on police academy in Aleppo, » que : “Un photographe français a été tué par des éclats de projectile en Syrie alors qu’il couvrait les opérations d’un groupe armé de l’opposition.”
Le gouvernement français a dit aujourd’hui qu’Olivier Voisin travaillait avec Reporters sans Frontières près de la ville d’Idlib au nord-ouest du pays.
Idlib en Syrie, ainsi que la vaste majorité du nord du pays, est notoirement gérée par Al Qaïda. En fait, un article récent du Washington Post a stipulé que le nord de la Syrie était sous domination d’Al Qaïda et que des nations occidentales ainsi que leurs partenaires arabes avaient décidé d’envoyer des armes de Daara depuis le sud de la Syrie. Bien entendu, Daara est aussi un nid d’activisme extrémiste depuis longtemps, incluant Al Qaïda et ce des années avant que la soi-disante “révolte” ne commence.
L’article du Post intitulé : « In Syria, new influx of weapons to rebels tilts the battle against Assad, » admet : Une poussée d’avancée rebelle en Syrie est activée au moins en partie par l’afflux d’armement lourd dans un effort renouvelé de puissances extérieures à la Syrie, d’armer des modérés de l’ASL, d’après des officiels arabes et rebelles.
Les nouvelles armes, incluant des armes anti-chars et des fusils sans recul, ont été acheminées au travers de la frontière jordanienne dans la province de Daara ces dernières semaines afin de contrer l’influence grandissante des groupes extrémistes dans le nord de la Syrie en favorisant d’autres groupes modérés combattant dans le sud du pays, ont dit les officiels. Malgré un extrémisme rampant dans le nord, le photographe français Olivier Voisin s’est retrouvé parmi ces militants au milieu de ce qu’on nous dit être des “vagues de gains de terrain” par les rebelles. Apparemment, ces “gains” se font au prix de lourdes pertes.
L’organisation de Voisin, Reporters sans Frontières, est une fausse-ONG notoire qui joue un rôle pivot sur l’échiquier global, diminuant les nations ciblées par les intérêts financiers et entrepreneuriaux de l’occident, l’association travaille en tandem avec le ministère américain des affaires étrangères (State Department) et ses mandataires en Iran, en Chine, en Russie, au Soudan et partout où Wall Street et la City de Londres souhaitent planter leur drapeau. En 2008, Reporters sans Frontières a reçu de l’argent de la NED (Reporters Without Borders received cash from) dont le bureau directeur représente le who’s who des néo-conservateurs va t’en guerre et des intérêts spéciaux des entreprises et de la finance.
Alors que ces intérêts constituent l’anti-thèse des “droits de l’Homme”, de la “liberté humaine” et de la “démocratie”, ces principes sont pourtant utilisés pour faire levier sur la sympathie du public et pour soutenir la subversion et les changements de régime dans les nations ciblées.
Reporters sans Frontières a aussi reçu de l’argent du Trust Sigrid Rausing, de la Fondation Overbrook et du « Center for a Free Cuba. » Du ministère US des affaires étrangères et basé à Washington DC. Notons que le trust Sigrid Rausing donne aussi des fonds à l’International Crisis Group (ICG), de concert avec BP, Chevron, Shell, Deutsche Bank Group et la Morgan Stanley Bank, ces entreprises aidant en partie le développement du modèle et en soutenant la violence qui a ultimement coûtée la vie de Voisin. De fait l’ICG a au sein de son comité directeur Kofi Annan, qui aida les militants de l’OTAN à gagner du temps pour réarmer et se déployer plus avant en Syrie, grâce à son “plan de paix” déloyal.
Et alors que le gouvernement syrien et le peuple de Syrie se battent contre les militants d’Al Qaïda, chouchoutés, armés et financés par les forces de l’OTAN, basés de manière admise en Turquie, côte à côte avec des batteries de missiles Patriot dispensés par les Etats-Unis, des agents de la CIA, ainsi que des forces spéciales commandos des armées françaises et britanniques, les médias à la botte occidentaux semblent n’être concernés que par la mort de Voisin ainsi que par des rapports non confirmés et vraisemblablement fabriqués par des militants, stipulant que la Syrie tire des missiles “Scud” sur Alep. De plus, des faits confirmés d’explosions de véhicules piégés portant toutes la marque de fabrique d’Al Qaïda (NdT : c’est à dire de la CIA…), ont fait de nombreuses victimes civiles à Damas, ceci fut rapidement excusé, réfuté et enterré par les medias occidentaux propagandistes. De fait, les Etats-Unis bloquent une résolution de l’ONU qui condamnerait les attentats à la bombe les plus récents d’Al Qaïda à Damas, attentats qui ont ôté la vie à plus de 50 personnes, comprenant de jeunes élèves syriens.
La fuite en avant dépravée de l’occident, de ses gouvernements, de ses institutions, médias, et de ses fausses-ONG, défigurent de manière constante tout concept potentiel de “loi internationale” et a laissé les peuples occidentaux avec une légitimité vacillante, qui va inévitablement impacter sur leurs vies et pas seulement sur la politique étrangère. Une politique étrangère criminelle n’est qu’un des symptômes d’une oligarchie corrompue, dominée par les intérêts entrepreneuriaux et financiers, qui ont kidnappés les institutions, les chartes et les contrats sociaux qui lient ensemble une société fonctionnelle. La solution est de boycotter et de finalement remplacer ces monopoles corporato-financiers en créant et en cultivant des entités locales qui servent directement les intérêts des peuples.
Tony Cartalucci
Le 25 Février 2013
url de l’article original : http://landdestroyer.blogspot.co.uk/2013/02/dead-french-phot...
Traduit de l’anglais par Résistance 71 - http://resistance71.wordpress.com/2013/02/25/ingerence-occid...
URL de cet article 19510

La « dronocratie » !... « Aux États-Unis, c’est le capitalisme, qui régit la société et non la démocratie ».


Allez feuilleter les pages de la Constitution américaine .... et essayer de trouver le mot « démocratie ». Soyez sûr qu’il ne figure dans aucun alinéa. Ce que vous trouverez, ce sont des expressions vagues, a contrario, de la doctrine principale qui régit ce pays.
Comme l’avait si bien dit, en substance, le directeur du Wall Street Journal, dans un documentaire historique : « Aux États-Unis, c’est le capitalisme, qui régit la société et non la démocratie ». En matière de vote, 99% des électeurs sont des démunis alors que les résultats en profitent à 1%. Une minorité qui suce le sang des Étatsuniens. Pourquoi donc voter ? A cette question, cet expert répondra par le souci de chacun d’aspirer, un jour, à faire partie de cette strate qui profite des richesses.
Cela dit, quand on entend les déclarations du nouveau secrétaire d’État, John Kerry, à l’image de ses prédécesseurs, à propos de la démocratie, on est sidéré par cette duplicité qui consiste à hypnotiser les crédules. Kerryier a déclaré, mercredi dernier, que les États-Unis continueront à propager la démocratie et les valeurs américaines dans le monde entier. Selon ce « Démocrate », dans son premier discours en tant que secrétaire d’État, « il est indispensable d’offrir à toutes les parties du monde la même possibilité de choisir que celle qui nous a rendus meilleurs et plus forts (…) Nous voulons associer le reste du monde au choix que nous avons fait ».
Ainsi, selon M. Kerry, « les États-Unis feront tout leur possible, pour défendre la démocratie, à l’intérieur du pays », ce qui, en d’autres termes, signifie que ce pays souffre encore d’un manque de démocratie. Or, vouloir propager cette « démocratie », inexistante aux États-Unis, au reste du monde, ne serait en fait que la propagation du système capitaliste et non de la démocratie puisque, comme nous l’avons mentionné plus haut, « démocratie » est synonyme de capitalisme dans la pensée américaine. Il reste maintenant les moyens de la politique étatsunienne en matière de propagation de la démocratie. A notre connaissance, les États-Unis sont le pays le plus belliqueux pays qu’a connu l’histoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec pas moins d’une soixantaine d’interventions. Si ce ne sont pas des coups d’État fomentés, ce sont carrément des guerres de prédations, qu’on escamote, sous la bannière de lutte anti-terroriste ou autre. En cela, nos propos sont confortés par ceux du sénateur républicain, Lindsey Graham, rapportés par la presse étatsunienne jeudi dernier. Ce dernier a affirmé que les attaques de la CIA, au Pakistan, et ailleurs, avec des drones, avaient tué 4.700 personnes, un chiffre non confirmé, par le gouvernement. Alors, doit-on parler de démocratie ou de « dronocratie », Mister Kerry ?
Chérif Abdedaïm
URL de cet article 19492

Cessez de vous indigner, faisons la révolution....Les colères, les protestations, les douleurs des pauvres n’ont pas d’effet sur les oppresseurs....Il serait improductif dans certains cas de continuer à s’appuyer sur les anciennes structures de lutte, les syndicats par exemple.

L’antidémocratie continue à triompher parce que les peuples sont trop longtemps restés passifs, refusant de manifester cette puissance extraordinaire qui déclenche les révolutions. Depuis de trop longues années ils ont accepté d΄être opprimés, d´être les esclaves des puissants.

Depuis les temps anciens les peuples s’offusquent, ils s’indignent et puis rien. L’indignation, la dénonciation, n’ont rien changé jusqu’ici.
Le temps des révolutions a à nouveau sonné, il ne faut pas rater le coche, l’oppression des arrogants est à son comble.
Le modèle de démocratie prôné et appliqué en ces temps est une escroquerie. Les élections ne servent plus à rien, ce sont de grands shows de perpétuation de la domination des banques et des multinationales. Quand elles ne sont pas manipulées, elles sont confisquées par les grands partis, les partis des puissants, des riches, comme en Grande Bretagne, en France, aux États-Unis… Pour eux la démocratie, c’est quand ils sont au pouvoir, et l´alternance consiste à s´échanger le pouvoir entre copains. Leurs partis ont confisqué les clefs du pouvoir, le jeu politique est un théâtre où la tragédie est programmée pour s’abattre seulement sur les peuples. À quoi servent les votes ? La tragicomédie doit s’arrêter.
Les représentants trahissent les électeurs, ils servent les intérêts des sphères obscures. L’ONU, ce machin, qui dit-on, est le rassemblement de toutes les nations du monde, est un instrument aux mains des ennemis de l´humanité. Ils l’ont utilisé pour agresser la Lybie, la Côte d’Ivoire et bien d’autres pays. L’ONU accouche de sanctions et de résolutions illégitimes pour asphyxier, pour porter les guerres et leurs destructions dans les pays qui luttent pour leur libération, pour la dignité et contre l’impérialisme. Les gens ne sont plus dupes des manœuvres des criminels qui gouvernent le monde. Les plaintes n’ont jamais été aussi nombreuses, mais les colères et les dénonciations n’apaisent pas. Les mouvements d’humeur, les boycotts ou les grèves classiques n’ont plus d’effet.
Des dictatures et des monarchies scélérates oppressent depuis des lustres. Elles exploitent, pillent, assassinent et, en retour, elles sont révérées. Elles sévissent après leurs crimes et leurs arbitraires. Des gouvernements illégitimes sont installés par la force des armes, des chiens de guerres sont honorés et décorés. Ceux qui ont tué les enfants, violé les femmes et brûlé les pays sont traités comme des sauveurs, des humanistes. C´est la dégénérescence morale et humaine. Les héros, les vrais nationalistes, les vrais révolutionnaires, sont traités comme des malfaiteurs. Ils sont emprisonnés, exilés, tués comme des bandits. Et après avoir perpétré leurs répugnants péchés, les oppresseurs brandissent des commissions de pardon et de réconciliation politisés.
Les révolutions sont manipulées, confisquées et réorientées contre le pouvoir populaire, comme en Égypte, au Yémen ou en Tunisie. C´est désormais clair, les puissants ne prennent plus la peine de cacher leurs manœuvres de domination. Les ennemis sont identifiés, les ennemis de l´humanité.
Ils ont imposé des guerres aux pays. Les guerres des États-Unis contre l’Irak ou l’Afghanistan ont coûté jusqu’ici de précieux milliards de dollars. Ils ont vendu et piétiné la souveraineté des pays, ils ont frustré et blessé la fierté et l’âme des peuples. Ils ont vendu le pouvoir populaire aux banques, aux multinationales et aux sectes pernicieuses.
Les peuples ont été trahis, les dirigeants ont rompu le contrat de confiance et ignoré le contrat d´objectif signés avec les peuples. Les peuples ne sont donc plus engagés. Pour s’exprimer, ils se sont fait appeler les offusqués, les indignés… mais ils sont les condamnés. Pourtant, ce qui est extraordinaire, c´est qu´il appartient aux peuples de se grâcier eux-mêmes.
Il leur appartient de refuser une fois et pour toutes cette économie capitaliste ou néolibérale, afin d´adopter l´économie humaniste. De cette dernière ils ont trop longtemps rêvé sans jamais l´oser. L’économie a été confiée à des experts aux connaissances et aux aptitudes douteuses. Les peuples ont les solutions pour refaire l’économie mondiale, mais ils n’ont pas le pouvoir. C’est Bilderberg qui décide, et Davos ou l’OMC qui entérinent les lois du capitalisme contre les peuples. Le capitalisme, le pire système jamais pratiqué, ou jamais imposé à l´humanité. C´est un système aux abois, un système qui agonise… c’est pourquoi il faut l’achever, ou bien c’est lui qui achèvera les hommes, les femmes et les enfants dans les différentes contrées du monde. Il ne sert que les puissants.
Plusieurs analystes sont des critiques brillants de cette pieuvre qu’est le capitalisme et ils l’ont compris, il ne peut s’alimenter – c’est naturel – que de plans d’austérité, de dettes qui étranglent les États et les citoyens.
Le capitalisme est un hold-up. Le hold-up des salaires, de la dignité, de la santé, du temps que les parents doivent consacrer à leurs familles…
Travailler plus pour gagner plus. Voilà le message des capitalistes à l’endroit des travailleurs. Pour tous les ambitieux, les personnes honnêtes qui veulent subvenir à leurs besoins, c’est très beau. Mais quand on les prend au mot, c’est tout le contraire, les salaires ne cessent de baisser.
Geindre ne résout rien !
Les dirigeants politiques ont démissionné, non, la finance les conditionne. En Afrique ce sont les métropoles qui leur dictent les politiques. Les prédateurs capitalistes ont arraché l’économie d’entre les mains des États pour la déréglementer, pour la privatiser, pour l’offrir aux banques et aux multinationales criminelles.
Ils ont inventé des crises pour s’enrichir encore plus, en renflouant leurs banques avec l’argent des peuples. Mais les familles endettés ou expulsés de leurs maisons ne sont pas renflouées d’argent. Non, l’aide est sélective.
Pour mieux manipuler et se laver les mains, ils parlent de la main invisible du marché. Le marché se crispe ou se décrispe selon les intérêts des classes dominantes. Il choisit toujours de faire du bien aux riches et du mal aux opprimés. Tout se passe comme si le marché est une chose virtuelle, humainement incontrôlable. Mais alors qu’est-ce que le marché ?
Qu’est-ce que les peuples n’ont pas dénoncé jusqu’ici ? Ils se sont exprimés sur d’illustres tribunes, et c’est l’heure du bilan. Entre les crimes du capitalisme et les contestations des opprimés du monde, l’avancée est à mettre à l’actif des oppresseurs.
Aux opprimés de considérer la situation actuelle et de décider si elle doit durer ou pas. Ils ont le choix !
Les problèmes sont légion. Le chômage, les licenciements, les maladies, la pauvreté…
Les factures mensuelles ou annuelles ne sont-elles pas difficilement payables pour plusieurs familles ? Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Le pouvoir d’achat fond comme au soleil. Les peuples peinent pour subvenir à leurs besoins vitaux… Les dirigeants antidémocratiques servent la finance mondiale et leurs propres intérêts. C’est un truisme, et les peuples le savent. L’heure de reprendre le pouvoir populaire est arrivé.
La destruction des acquis sociaux séculaires par les oppresseurs évolue à un rythme épouvantable.
Dans la configuration actuelle du système, dénoncer ne suffit plus.
Il faut plus de proposition que d’indignation. Mais puisque les solutions sont nombreuses et qu’elles ont été présentées aux dirigeants du monde et qu’ils les ont ignorées, il faut passer à leur mise en application. Toutefois, étant donné que cela est impossible parce que les peuples n’ont pas le pouvoir, qu’ils prennent donc le pouvoir. Il est inutile de continuer à faire des propositions sur lesquelles crachent les arrogants. Pour sauver l’humanité, les peuples doivent arracher le pouvoir. Il est indéniable que leur survie en dépend.
Ils se plaignent depuis longtemps et sont restés dans la même logique. Les indignations n’ont rien changé. Les puissants ont consenti quelques concessions, ils ont reculé sur quelques lignes… mais ils ont gardé le pouvoir.
Pleurer, gémir, cela les arrange bien. Les frustrations, les humiliations… se révèlent toujours plus lourdes et cruelles.
Exprimer son désaccord contre les politiques et les crimes des impérialistes ou des capitalistes procure une secrète fierté, une certaine jubilation intérieure. La fierté d’être exempté du nombre que les oppresseurs réussissent encore à duper, celle d’être responsable, celle d’être juste, mais envers qui ? Envers la conscience et envers la société. On éprouve le sentiment du devoir accompli, la joie – la paix – de ne s’être pas tu face à la barbarie des oppresseurs. Et l’éternelle question : qu’est ce qui a donc changé ? Qu’ont changé les essais, les pamphlets ou les diatribes.
Le problème c’est que les masses s’enferment dans un cercle vicieux, celui de la dénonciation. Il est vrai que par elle les choses ont souvent évolué, elles ont ouvert quelques brèches par lesquelles le changement s’est infiltré, mais les classes dominantes à travers les dirigeants qui leur sont acquis, ont vite fait de refermer ces brèches. Le changement n’a jamais été fondamental dans les revendications sociales ou économiques.
Dénoncer et s’indigner a permis de prendre conscience, de comprendre plusieurs manœuvres souterraines orchestrées par les puissants qui dirigent le monde d’une main de maître –il faut le reconnaître. Aujourd’hui, on lit de façon perspicace le monde, on cerne mieux ses tours et ses contours. Toutefois, on n’a pas monté la prochaine marche. Comme des enfants fatigués, les peuples sont restés plantés au premier étage de l’immeuble, et pourtant les sucreries et les friandises tant convoitées se trouvent au dernier.
Pour résumer, depuis belle lurette, les revendications n’ont pas changé fondamentalement plusieurs choses. L’arrogance des puissants est toujours aussi forte et cynique, et l’un des barons du capitalisme mondial, le milliardaire Warren Buffett de déclarer : « Il y a une guerre des classes, et c’est ma classe qui l’a gagnée ».
Si malgré les élucubrations et les gesticulations les lignes n’ont pas bougé, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. C’est qu’à un certain niveau les opprimés ont certainement posé les mauvaises questions et élaboré les mauvais plans. Cette logique d’indignation, de protestation et de proposition ne fonctionne pas, cela ressemble à de la complaisance, pire à de la complicité. Il faut monter d’un cran. Les actions semblent amadouer et dorloter les oppresseurs, et même les convenir. Vu que leurs possibilités de contrôler la parole s’amenuisent de plus en plus, ils préfèrent laisser les colères couler. Car essayer de les contenir indéfiniment fera sauter leur barrage et il sera difficile de contrôler les conséquences. Ils laissent donc de temps en temps envoyer quelques pétards -relativement mouillés- et ils sont sûrs que le jeu durera bien longtemps et que rien n’explosera.
Les colères, les protestations, les douleurs des pauvres n’ont pas d’effet sur les oppresseurs. Ils sont confortés par le fait que les peuples ne peuvent rien entreprendre de plus que dénoncer et proposer éternellement des solutions sur lesquelles ils n’hésiteront pas à cracher.
Il faut changer de stratégie, amorcer une autre étape, avancer et les surprendre. Refonder les structures traditionnelles de revendication, afin de les positionner en force pour espérer être à la hauteur du combat qui s’annonce. Les ennemis de l’humanité sont sauvages, barbares et prêts à tout pour tenir leurs lignes. Néanmoins, il faut prendre l’initiative pour changer aujourd’hui, demain et toujours. Plus que jamais le système capitaliste présente des failles, il faut en profiter pour le désintégrer.
Les peuples sont du bon côté de l’histoire.
Les accusations et les victimisations systématiques ne font pas avancer. Il est impératif d’innover, de créer de nouvelles organisations érigées sur de nouvelles bases, mieux forgées que celles sur lesquelles on se repose aujourd’hui. Fixer de nouveaux objectifs, créer des foyers pour de plus grandes espérances. C’est l’heure de la révolution. Elle est urgente, elle est inéluctable. Elle est pré-requise pour l’implantation des solutions socialistes, pour le bonheur de l’humanité.
Il est vital de poser désormais les bonnes questions et d’élaborer les bonnes thèses. Il faut rediriger les coups dans cette bataille.
Les peuples se doivent de concevoir de nouvelles formes de lutte, pour élaborer des actions pouvant frapper fort sur les points faibles de ce système en décadence. Voilà le terrain sur lequel ils devraient porter la lutte actuellement. S’ils manquent de concevoir, les ennemis de leur côté étudient, pensent, et créent chaque jour des techniques d’oppression plus subtiles. Aux opprimés de leur répondre en les étudiant en retour, en concevant des voies de résistance et plus encore en implémentant des structures-objectifs, pour l’anéantissement définitif de l’oppression.
Le système capitaliste et impérialiste est bien connu et on n’ignore pas ses points faibles. Il faut donc user des moyens qui peuvent briser ses pieds d’argile. Préparer les recettes gagnantes, les propager à travers le monde, adapter chaque recette aux réalités et aux demandes des différents terrains de lutte. Apprendre des révolutions passées, des théories de libération, être les héritiers de toutes les formes positives de combat. Au-delà de la protestation, voilà les cartes qu’il faut désormais jouer.
Mondialiser la résistance est un préalable crucial. Se cloîtrer de façon égoïste dans les régions ou dans les pays sera improductif. Les ennemis ne connaissent plus les frontières, leur nouvel ordre mondial ne connait plus les différences.
Il est important de s’organiser et de réfléchir. Pourquoi les multiples grèves et manifestations ont-elles échouées ? N’existe-t-il pas des moyens plus efficaces pour assiéger les puissants, les potentats ? N’est-il pas possible de les harceler à bout de telle sorte qu’ils soient sans choix et que les opprimés leur disent : « Rendez-vous, vous êtes cernés » ? Certainement il y a des moyens de les faire plier. Certainement les peuples peuvent reprendre leurs pouvoirs.
Il appartient aux peuples d’étudier les possibilités, de les théoriser, de les divulguer à travers le monde, mais surtout de les pratiquer pour leur libération.
Il serait improductif dans certains cas de continuer à s’appuyer sur les anciennes structures de lutte, les syndicats par exemple. Plusieurs ont été infiltrées et ont enfermé les travailleurs dans une routine de gesticulations flasques et inutiles.
Les pistes justes ont besoin d’être explorées.
Parmi les dominants il se trouve des maillons faibles, il faut les secouer. Il existe des pions qui peuvent être retournés contre le système. Les militaires peuvent revenir du côté des peuples, Et les propagandistes – les journalistes – peuvent changer de camp. Le système peut être infiltré.
La révolution est indispensable, elle ne doit plus attendre, les injustices sont à leur comble. Il faut rendre à l’humanité son humanisme.
Il revient aux opprimés de choisir sous quelle régime ils vivront. Ils ont deux choix : le régime de la domination et celui de la libération, donc de la justice.
Les peuples ont une force agissante extraordinaire, une force qui surgit même des plus profonds abîmes de l’oppression. Il leur appartient de révéler au grand jour les possibilités, les aptitudes, la créativité, l’optimisme et le sens du devoir qui leur sont inhérents. Ils peuvent laver la honte de n’avoir rien pu faire jusqu’ici, d’avoir été peu entreprenants ou terrassés par la peur.
Conter les victoires passées n’assure pas le changement. Une révolution encore plus grande que celle de 1789 peut se produire, les peuples doivent rendre cela possible.
C’est une immense responsabilité qui incombe aux pauvres du monde. Il ne faut plus tarder. L’important n’est pas de savoir qui prendra les devants, il s’agit de savoir qui préférera rester en arrière, c’est-à-dire être lâche, traître, traître à l’humanité.
Dans cette tâche, la solidarité des masses doit être infaillible. Certains opprimés et ceux qui se croient privilégiés pourraient rester en arrière et être réticents ou indifférents à accomplir ce devoir de révolution. Certains s’indignent de ce système mais cherchent quand-même à l’intégrer, croyant qu’ils trouveront en lui une « sécurité ». Toutefois, la révolution doit se faire.
Les batailles pourraient être longues dans certains cas. Une minutieuse préparation s’impose donc. Les épreuves pourraient se multiplier, mais la force psychologique des peuples déterminés ébranle toutes les dominations.
Le changement ne peut se décréter de lui-même, seule la révolution est le fondement d’un monde plus démocratique et juste.
L’histoire doit retenir la victoire des peuples.
Phinées TSASSE
Source : Le Grand Soir

lundi 25 février 2013

Langage...

Aujourd’hui, il n’est pas bon de dire certaines choses en présence de l’opinion publique :
le capitalisme arbore le nom artistique d’économie de marché
l’impérialisme s’appelle mondialisation
les victimes de l’impérialisme s’appellent pays en voie de développement, ce qui revient à appeler enfants ceux qui sont de petite taille
l’opportunisme s’appelle pragmatisme
la trahison s’appelle réalisme
les pauvres s’appellent des démunis, des défavorisés, ou des personnes aux faibles ressources ;
L’exclusion des enfants pauvres du système éducatif est connu sous le nom d’absentéisme scolaire ; le droit du patron à licencier les ouvriers sans indemnisation ni explication s’appelle la flexibilisation du marché du travail.
le langage officiel reconnaît les droits des femmes parmi les droits des minorités, comme si la moitié masculine de l’humanité était une majorité ; au lieu d’une dictature militaire on dit un processus,la torture s’appelle avertissement illégal, ou encore pression physique et psychologique ; quand les voleurs sont de bonne famille, ce ne sont pas des voleurs, mais des cleptomanes,le pillage des deniers publics par les politiciens corrompus porte le nom d’enrichissement illicite ; on appelle accidents les crimes que commettent les automobilistes ; pour dire aveugle on dit non-voyant ; un noir est un homme de couleur ; quand on dit longue et douloureuse maladie, on doit lire cancer ou sida ; une douleur soudaine veut dire un infarctus ; on ne dit jamais mort, mais disparition physique.
Ils ne sont pas morts non plus les êtres humains anéantis dans des opérations militaires : les morts dans des batailles sont en petit nombre, et les civils qui étaient là sans y prendre part, sont des dommages collatéraux ; en 1995, au moment des explosions nucléaires françaises dans le Pacifique Sud, l’ambassadeur de France en Nouvelle Zélande a déclaré : "Ça ne me plait pas ce mot de bombe. Ce ne sont pas des bombes. Ce sont des engins qui explosent." ; des bandes qui assassinent les gens en Colombie, avec la protection des militaires, s’appellent Vivre Ensemble.
Dignité était le nom d’un des camps de concentration de la dictature chilienne et Liberté celui de la plus grande prison de la dictature uruguayenne ; il s’appelait Paix et Justice, le groupe paramilitaire qui, en 1997, a criblé de balles le dos de quarante cinq paysans, presque tous des femmes et des enfants, pendant qu’ils priaient dans une église du village d’Acteal, au Chiapas.
Tiré de Sens dessus dessous. L’école du monde à l’envers. (Traduit en français.)
Patas arriba. La escuela del mundo al revés, résumé en espagnol
Source : http://www.cubadebate.cu/opinion/2013/02/17/eduardo-galeano-...

dimanche 24 février 2013

SYRIE : Une force populaire de contre-guérilla...Pour emporter la victoire, l’Armée arabe syrienne doit réussir là où les jihadistes ont échoué : se mouvoir « dans la population comme un poisson dans l’eau ».

Dans la guérilla, la victoire appartient à celui qui est soutenu par la population. C’est pourquoi la Syrie vient de se doter de milices populaires pour tenir en échec les Contras soutenus par l’Occident et des monarchies du Golfe. En trois mois, le résultat est spectaculaire : les zones où ces milices locales ont déjà été constituées sont stabilisées.
 

A l’issue de deux ans de combats, il est clair que l’Armée arabe syrienne, conçue pour défendre le territoire en cas de guerre conventionnelle, n’est pas en mesure de stabiliser le pays tout en poursuivant sa tâche première. Elle a vaincu sans difficultés les jihadistes chaque fois qu’ils se sont regroupés, mais elle n’a pas la capacité de combattre une guérilla mouvante qui compense son faible encrage populaire par une puissante aide logistique étrangère.
En définitive, la Syrie s’est résolue à adopter une nouvelle stratégie qui a fait ses preuves partout dans le monde lorsqu’une telle situation se présentait : la création de milices populaires permettant aux gens d’assurer la défense de leur village ou de leur quartier qu’ils sont les seuls à bien connaître. Cette « Armée de défense nationale », dont les membres sont issus des Comités populaires, est bien entendu rattachée à l’Armée arabe syrienne et il faut avoir effectué son service militaire pour pouvoir la rejoindre.
Mao Zedong expliquait que pour vaincre, une guérilla doit évoluer « dans la population comme un poisson dans l’eau ». Or, l’Armée syrienne libre s’en est montrée incapable. Dès qu’elle contrôle une zone, elle commet des exactions et les habitants se révoltent contre elle.
Pour emporter la victoire, l’Armée arabe syrienne doit réussir là où les jihadistes ont échoué : se mouvoir « dans la population comme un poisson dans l’eau ». Bien qu’issue de la population, puisque c’est une armée de conscription, elle ne peut y parvenir seule car son organisation nationale la coupe des réalités locales. Elle doit donc s’appuyer sur une force intermédiaire qui lui serve d’interface avec la population locale, dans chaque village et chaque quartier.
Par ailleurs, l’Armée de défense nationale est soumise à une stricte discipline. Armes et uniformes ne sont remis qu’à des volontaires, jeunes hommes et jeunes femmes, triés sur le volet. Il s’ensuit que les gros bras enrôlés ici et là par des élus locaux, pour assurer la sécurité comme ils le pouvaient, doivent rejoindre cette milice ou rentrer chez eux. Ainsi, dès que l’Armée de défense nationale est organisée dans un village ou un quartier, les éventuels abus commis par ces gros bras cessent. Le phénomène des Shabihas disparaît.
Au Proche-Orient, l‘exemple qui vient immédiatement à l’esprit est le Basij-e Mostaz’afin iranien, qui a déjà servi de modèle au Hezbollah libanais. Téhéran, qui refuse d’impliquer ses Gardiens de la Révolution sur le territoire syrien, a accepté de recevoir des recrues de l’Armée de défense nationale et de les former. Ce n’était pas évident, car les Iraniens ont du s’adapter à des recrues qui ne sont que rarement chiites et n’ont absolument pas l’intention de se convertir.
C’est un événement qui modifie profondément la donne géopolitique régionale. D’une part parce que cette force paramilitaire a rapidement stabilisé les villages et quartiers où elle est déjà implantée, et surtout parce que désormais le Basij et le Hezbollah se retrouvent avec un petit frère, ayant la même formation qu’eux, mais étant mixte et multiconfessionnel ; éduqué dans l’esprit laïque du Baath et non pas dans celui de la Révolution islamique.
Alors que l’un des objectifs principaux de la guerre voulue par les Occidentaux contre la Syrie était d’installer au pouvoir un gouvernement qui rompe avec le Hezbollah et l’Iran, comme l’avait lui-même reconnu Burhan Ghalioun dans un entretien au Wall Street Journal, c’est l’effet inverse qui est obtenu. La résistance commune conduit à resserrer ce bloc malgré les différences religieuses et politiques.
Il y huit mois, Sayyed Hassan Nasrallah a révélé que durant la guerre de 33 jours, le ministre de la Défense syrien de l’époque, le général Hassan Tourekmani, supervisait personnellement au Liban le déploiement des armes de la Résistance. Puis il a déclaré que le Hezbollah ne laisserait pas tomber ses frères d’armes de l’Armée arabe syrienne au cas où il adviendrait qu’ils soient en difficulté. La création de l’Armée de défense nationale va surement renforcer cette alliance par des liens humains étroits au-delà des choix politiques.
Thierry Meyssan

samedi 23 février 2013

SYRIE - La défaite américaine face à Bachar al-Assad....L’empire américain a perdu sa guerre contre Assad et contre la Syrie et se prépare à accepter le mécanisme de fin de la violence proposé par le président syrien.

Qui a mobilisé ces terroristes du monde entier pour les envoyer en Syrie ?
Qui a ordonné à la Turquie, au Qatar, à l’Arabie saoudite, à la Libye et au Courant du futur libanais d’offrir argent, armes, entrainement, soutiens logistiques et couverture politique et médiatique aux groupes takfiristes ?
N’est-ce pas l’Amérique ?
Quel est le secret de ce revirement ?

La semaine dernière a été marquée par une série d’indices illustrant un changement fondamental dans le discours politique et médiatique américain sur la Syrie, en prélude à un aveu franc de l’échec du plan de Washington dans ce pays, qui devrait apparaitre après le sommet russo-américain.
Ainsi, Washington a sciemment fait savoir que le président Barack Obama avait rejeté un plan d’armement des rebelles syriens présenté par Hillary Clinton, David Petraeus et Leon Panetta, qui ont été remplacés dans le nouvelle administration. Ce trio dirigeait la guerre universelle menée contre la Syrie dans les domaines sécuritaire, militaire et économique. Le nouveau secrétaire d’Etat, John Kerry, a mis l’accent dans ses déclarations sur la nécessité de trouver un règlement politique à la crise à travers des négociations entre les oppositions et l’Etat national syrien, dirigé par son président Bachar al-Assad. Kerry a préparé le terrain à une éventuelle rencontre avec Assad dans plusieurs déclarations faisant état d’"idées" susceptibles de convaincre le dirigeant syrien de négocier avec ses détracteurs. Il est important de souligner que l’initiative proposée par le président Assad le 6 janvier dernier est la seule initiative sérieuse pour organiser le dialogue et le partenariat avec l’opposition. Toutefois, le chef de la diplomatie américaine semble vouloir préparer son opinion publique et les gouvernements de la région à la scène dont il rêve mais qu’il ne lui sera pas facile de concrétiser : un photo le montrant en train de présenter ses respects au dirigeant de la Syrie, en sa qualité de secrétaire d’Etat américain. Un dirigeant que les Américains ont cru à un certain moment pouvoir renverser.
Tous ceux qui suivent de près les développements de la crise syrienne ne peuvent qu’être écœurés de l’attitude trompeuse et hypocrite des Etats-Unis, qui ont déversé ces derniers jours -via la Maison Blanche, le Pentagone et le Département d’Etat- un flot de déclarations sur le fait que le Front qaïdiste al-Nosra constitue la principale source de danger menaçant la sécurité du monde arabe et des pays occidentaux. Qui a mobilisé ces terroristes du monde entier pour les envoyer en Syrie ? Qui a ordonné à la Turquie, au Qatar, à l’Arabie saoudite, à la Libye et au Courant du futur libanais d’offrir argent, armes, entrainement, soutiens logistiques et couverture politique et médiatique aux groupes takfiristes ? N’est-ce pas l’Amérique ? Quel est le secret de ce revirement ?
Certainement pas un éveil de la conscience américaine. C’est tout simplement l’échec du plan occidental contre la Syrie devant la résistance tenace et acharnée du peuple et de l’armée syrienne et de leurs alliés dans la région et dans le monde ; devant la détermination inébranlable de Bachar al-Assad qu’ils n’ont pas réussi à briser et qui se prépare dores et déjà à une nouvelle victoire historique après ses succès en Irak, dans la guerre de juillet 2006 au Liban et à deux reprises à Gaza en 2008 et 2012.
L’empire américain a perdu sa guerre contre Assad et contre la Syrie et se prépare à accepter le mécanisme de fin de la violence proposé par le président syrien. C’est-à-dire que Washington va être contraint, dans un proche avenir, de mettre en œuvre des engagements portant sur l’arrêt de l’armement et du financement des groupes terroristes par ses Etats auxiliaires dans la région.
C’est à ce moment là que les vrais problèmes de ces Etats vont commencer.
Ghaleb Kandil
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