vendredi 21 décembre 2012

Palestine : Gaza (La Jornada)...La soi-disant communauté internationale, existe t-elle ? N’est-elle qu’un club de marchands, de banquiers et de guerriers ?

Pour se justifier, le terrorisme d’État fabrique des terroristes : il sème la haine et cueille des alibis. Selon ses auteurs, cette boucherie de Gaza veut terminer avec les terroristes, mais tout indique qu’elle finira par les multiplier.

Depuis 1948, les Palestiniens sont condamnés à l’humiliation perpétuelle. Ils ne peuvent même pas respirer sans autorisation. Ils ont perdu leur pays, leur terre, leur eau, leur liberté, leur tout. Ils n’ont même pas le droit de choisir leurs dirigeants. Lorsqu’ils votent pour celui qu’ils ne devraient pas voter, ils sont punis. Gaza est en train d’être punie. Elle est devenue un piège sans issue depuis que le Hamas a remporté les élections en 2006. Quelque chose de semblable s’est passé en 1932, lorsque le Parti Communiste a remporté les élections au Salvador. Baignés dans le sang, les Salvadoriens payent sa mauvaise conduite et vivent depuis sous des dictatures militaires. La démocratie est un luxe que tout le monde ne mérite pas.
Fils de l’impuissance ces roquettes artisanales que les militants du Hamas, retranchés dans la bande de Gaza, tirent maladroitement sur les terres qui avaient été palestiniennes et que l’occupation israélienne a usurpé. Et la détresse, au bord de la folie suicidaire, est la mère des bravades qui nient le droit à l’existence d’Israël, des cris sans aucune efficacité, alors que la guerre d’extermination très efficace nie depuis des années le droit d”existence de la Palestine. La Palestine est déjà faible. Petit à petit, l’Israël l’efface de la carte.
Les colons envahissent, et derrière eux les soldats corrigent la ligne de frontière. Les balles rendent sacrée la dépossession, au nom d’une légitime défense du territoire. Il n’y a pas de guerre agressive qui ne se proclame pas comme une guerre défensive. Hitler envahit la Pologne pour empêcher la Pologne d’envahir l’Allemagne. Bush a envahi l’Irak pour empêcher l’Irak d’envahir le monde. Dans chacune de ses guerres défensives, l’Israël a avalé un nouveau morceau de la Palestine, et les déjeuners continuent. La dévoration est justifiée par les titres de propriété donnés par la Bible, par les deux mille ans de persécution que le peuple juif a souffert, et par la panique générée par la chasse aux palestiniens.
L’Israël est le pays qui ne respecte jamais les recommandations et les résolutions de l’ONU, qui ne respecte pas les décisions des tribunaux internationaux, qui ne subit pas les jugements du droit international, il se moque des lois internationales et il est aussi le seul pays qui a légalisé la torture des prisonniers. Qui lui a donné le droit de refuser tous les droits ? D’où vient l’impunité avec laquelle l’Israël exécute le massacre de Gaza ? Le gouvernement espagnol n’a pas pu bombarder impunément le pays basque pour finir avec la ETA ou le gouvernement britannique n’a pas pu dévaster l’Irlande pour liquider l’IRA. Est ce que l’Holocauste implique une politique d’impunité éternelle ? Ou le feu vert provient du pouvoir que l’Israël a sur le plus fidèle de ses vassaux ?
L’armée israélienne, la plus moderne et sophistiquée du monde, est en connaissance de cause de celui auquel elle s’attaque. Elle ne tue pas par erreur. Elle tue par abjection. Les victimes civiles sont appelées dommages collatéraux, selon le dictionnaire des autres guerres impériales. À Gaza, trois sur dix sont des dommages collatéraux. Reste à ajouter des milliers de mutilés, victimes de la technologie de mutilation humaine que l’industrie militaire teste avec succès dans cette opération de nettoyage ethnique.
Et comme d’habitude, toujours la même chose : à Gaza, cent contre un. Pour chaque cent Palestiniens tués, un Israélien mort.
Les personnes dangereuses préviennent un autre bombardement, en charge de la gestion des moyens massifs de manipulation. Ils nous invitent à croire qu’une vie israélienne vaut autant qu’une centaine de vies palestiniennes. Et les médias nous invitent aussi à croire qu’elles sont humanitaires les deux cents bombes atomiques d’Israël, et finalement qu’une puissance nucléaire appelé l’Iran a anéanti Hiroshima et Nagasaki.
La soi-disant communauté internationale, existe t-elle ? N’est-elle qu’un club de marchands, de banquiers et de guerriers ? Est-ce quelque chose, mis à part du nom artistique qu’utilisent les États-Unis lorsqu’ils font du théâtre ?
Face à la tragédie de Gaza, l’hypocrisie mondiale brille à nouveau. Comme toujours, l’indifférence, les discours vides, les déclarations creuses, les déclamations sonores, les positions ambiguës, rendent hommage à l’impunité sacrée.
Face à la tragédie de Gaza, les pays arabes se lavent les mains. Comme toujours. Et comme toujours, les pays européens se frottent les mains.
La vieille Europe, tant capable de la beauté et de la perversité, verse une larme tout en célébrant secrètement ce coup de maître. Parce que le chasse des Juifs a toujours été une tradition européenne, mais depuis un demi-siècle cette dette historique est encaissée par les Palestiniens, qui sont aussi des sémites et qui ne l’ont jamais été, ni antisémitistes non plus. C’est eux qui payent avec le sang, un compte qui leur appartient pas.
 
Cet article est dédié à mes amis juifs tués par les dictatures latino-américaines sous la tutelle d’Israël.
Eduardo Galeano
publié dans le quotidien mexicain La Jornada, le 28 novembre 2012 http://www.jornada.unam.mx/2012/11/28/mundo/034a1mun
traduction, Kei Tanikawa et Fréquences Latines

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jeudi 20 décembre 2012

"Les Arabes ne comprennent que la force brutale"...le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays.

......  le capitaine Montagnac, déclarait : «  Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe (...). Voilà comment il faut faire la guerre aux Arabes : tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants (…), les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs. En un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens.  »...

Depuis le début de la conquête les pouvoirs français ont considéré les Algériens comme des sous-hommes.

Dès le début de la conquête, en 1830, les crimes de guerre furent une constante de l’armée coloniale. Pour le pouvoir français, les indigènes étaient des sous-hommes.
Alger 1957. Le port. Ballottés par la houle, des corps flottent. Ce sont les « crevettes-Bigeard ». Cadavres d’Algériens raflés par les parachutistes. À ces meurtres collectifs et à tant d’autres, il est encore répondu : c’était la guerre, ses dérives, ses bavures. Inévitables. Les crimes du 3e régiment de parachutistes coloniaux (RPC) et plus largement de l’armée coloniale étaient-ils le lot commun de toute guerre ?
L’histoire du colonialisme en Algérie montre en réalité que les crimes de guerre ont été une constante de l’armée coloniale. À cet égard le RPC, responsable de la disparition de Maurice Audin, de l’exécution de Larbi Ben M’hidi, de l’assassinat d’Ali Boumendjel et de milliers de patriotes algériens, n’est-il pas le digne héritier des Colonnes infernales du général Bugeaud, adepte de «  la guerre totale jusqu’à extermination  » ? Digne héritier aussi des Voltigeurs de la mort, dont le chef, le capitaine Montagnac, déclarait : «  Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe (...). Voilà comment il faut faire la guerre aux Arabes : tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants (…), les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs. En un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens.  » Les politiques, à l’image de Tocqueville, théoricien adulé de la démocratie, n’étaient pas en reste : «  Le second moyen en importance, après l’interdiction du commerce, est le ravage du pays (…), le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays.  » Absolu d’un idéal totalitaire, la guerre de conquête coloniale a détruit les êtres, les villes, les écoles, l’agriculture, le commerce. Au final une société et un peuple asservis, décivilisés par un implacable processus de spoliation, de paupérisation, de régression socioculturelle et de terreur existentielle.
De 1954 à 1962, pour casser l’insurrection nationale et l’aspiration profonde des Algériens à la liberté, l’armée française n’aura aucun mal à renouer avec les violences de l’armée d’Afrique, celle-là même qui participa au meurtre de 30 000 communards à Paris, entre le 21 et le 28 mai 1871.
Pourquoi ces violences, ces crimes de guerre ? Pour le système colonial (que des historiens et des politiques français, toute honte bue, qualifient de «  système injuste  »), les Algériens étaient des sous-hommes. Pour maintenir leur asservissement, la puissance coloniale se dotera d’une administration militaire et civile mortifère. Celle-ci mettra en pratique les théories sur les races, nécessaire lubrifiant idéologique pour la cohésion de la colonie de peuplement.


À ce sujet, comme le notait l’historien algérien Mostefa Lacheraf, le mérite des Européens d’Algérie qui ont combattu ce système «  est énorme  ». «  Ils sont, à leur manière, des hors-la-loi, ayant opté pour la dignité humaine, contre l’aberration et le meurtre collectif.  » Ils le paieront de leur vie. Comme Maurice Audin. L’Algérien.
 
Smaïl Hadj Ali
http://www.humanite.fr/monde/les-arabes-ne-comprennent-que-l...
(1) Pierre de Castellane, officier de l’armée d’Afrique.

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La rue égyptienne : une véritable arène d’expression.

« la voix des martyrs te demande de te réveiller … Leurs noms sont répétés comme on égrène un chapelet. Enumère leurs noms sur tes doigts … Khaled … Ahmad … Magued … Mina, des martyrs qui viennent de quitter Maspero pour se rendre à la rue Mohamad Mahmoud », fredonne le groupe Eskinderella. Cette troupe musicale ambulante semble être la voix de la révolution dans la rue.



Cette rue joue aujourd’hui plusieurs rôles : un Parlement populaire qui reflète toutes les tendances, une scène de bataille contre la police et même contre l’armée, des expositions à ciel ouvert composées de graffitis qui relatent l’histoire de toute une révolution, un théâtre ambulant et des tribunes qui ont permis à tous les citoyens de s’exprimer.

 

Syrie : Quelles sont les véritables intentions des États-Unis ? (Sham Times)


Tout observateur qui s’intéresserait au comportement des États-Unis, pour en déduire leurs véritables intentions à l’égard de la Syrie, se heurterait à une série d’indications contradictoires.

En effet :

I. D’un côté, ils poussent à la poursuite des opérations terroristes tout en empêchant le dialogue avec les autorités légitimes du pays dont ils voudraient changer radicalement les personnalités et les orientations politiques. C’est pourquoi, ils ont travaillé à :
1. Remplacer à la hâte le « Conseil d’Istanbul » [ou CNS] par une prétendue « Coalition de l’opposition syrienne », concoctée par Washington et clairement dominée par les Frères Musulmans à tous ses échelons.
2. Officialiser cette Coalition créée de novo comme représentante légitime du peuple syrien en oeuvrant à sa reconnaissance par les pays alliés ; ce qui est désormais chose faite, suite à la réunion des « Ennemis de la Syrie » à Marrakech.
3. Former un « Haut conseil militaire » pour garder une mainmise sur les opérations déstabilisatrices en faisant, là aussi, pencher la balance du côté des Frères Musulmans par l’exclusion de deux catégories de combattants irréguliers : la première désignée comme « terroristes de la mouvance d’Al-Qaïda », la seconde constituée de « ceux qui se méfient des Frères musulmans et refusent l’idée de leur domination sur la Syrie ».
4. Revenir sur leur décision publique de ne pas armer les groupes d’opposants pour s’engager, tout aussi publiquement, à les financer et à les armer directement à partir des USA et de l’Europe.
5. Multiplier les rencontres des soi-disant « Amis du peuple syrien », le fameux forum politique rassemblant tous ceux qui ont consenti à marcher avec les USA pour démolir la Syrie indépendante et y installer un gouvernement aux bottes de l’Occident, lui-même inféodé aux USA.
6. Faire déployer les missiles Patriot à la frontière syrienne, histoire de signifier que seule la solution militaire est retenue et que l’OTAN est fin prête à intervenir.
7. Encourager les bandes armées à intensifier leurs opérations terroristes sur le terrain et ainsi réussir à radicaliser l’opposition contre les autorités syriennes.
II. D’un autre côté, ils laissent à penser qu’ils sont désormais prêts à envisager une solution politique qui n’écarterait aucun des protagonistes, y compris les autorités légitimes du pays, sous l’égide du Président Al-Assad qu’ils ont été incapables de disqualifier malgré bientôt deux années de provocations, de manœuvres et d’agressions. Et les voilà partis pour de prétendues négociations pacifiques parmi lesquelles nous notons :
1. La dernière réunion tripartite tenue le 9 Décembre à Genève entre le ministre des Affaires étrangères adjoint de la Russie, Mikhail Bogdanov, le secrétaire d’État adjoint américain, William Burns, et le représentant spécial des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi ; laquelle s’est soldée par un communiqué de ce dernier stipulant « qu’une solution politique à la crise est encore possible et qu’elle se réalisera sur la base de l’accord de Genève du 30 Juin dernier ».
2. L’engagement pris pour charger des experts russes et américains de travailler à la recherche des modalités opérationnelles pour une telle solution pacifique.
3. La distinction des groupes armés opérant en Syrie entre « terroristes » que les USA ne cautionneraient pas et « opposants » qu’ils soutiendraient ; suivie le 11 décembre par la décision d’inscrire le groupe « Jabhat al-Nusra », ayant prouvé son « leadership » ravageur, sur la liste des organisations terroristes internationales.
4. La réduction du niveau de la représentativité US à la quatrième réunion des « Ennemis de la Syrie » le 12 Décembre à Marrakech, ne serait-ce que par l’absence d’Hillary Clinton.
5. Le laxisme apparent dans la mise en place des missiles Patriot, lesquels seront finalement positionnés à distance de la frontière syrienne.
6. Le recul sur les allégations mensongères quant au recours à l’usage d’armes chimiques prétendument envisagé par les autorités syriennes, pour absence de preuves concluantes en faveur d’une telle intention.
7. L’assurance réitérée que ni les États-Unis, ni l’Occident en général, n’avaient pris la décision d’une intervention militaire en Syrie.
III. Ces contradictions, qui n’ont pas manqué de susciter l’indignation du ministre russe des Affaires étrangères, M. Sergueï Lavrov, surtout quand ils ont déclaré reconnaitre la « Coalition de l’opposition syrienne » comme la représentante légitime du peuple syrien [déclaration d’Obama la veille de la Conférence de Marrakech lors d’une interview sur la BBC] et ont invité son président fraichement élu à se rendre à Washington, soulèvent la question de savoir quelles sont leurs véritables intentions, ou plutôt quels sont les moyens dont ils pourraient encore disposer pour arriver à leur fin. Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de rappeler les fondamentaux établis suite à 21 mois d’une agression incessante contre l’État et le peuple syriens :
1. L’incapacité des États-Unis et de tous leurs alliés à renverser le gouvernement syrien, à moins d’une intervention militaire directe devenue quasi impossible, ou de la poursuite de la guerre indirecte par terrorisme interposé et mené par des groupes armés, financés et entraînés par des forces qui leur sont inféodées.
2. L’épuisement des cibles syriennes à détruire, maintenant que la machine infernale US a tué et détruit tout ce qu’elle pouvait atteindre comme infrastructures économiques et sociales ; ce qui a échappé étant immunisé et relativement hors de portée.
3. La combativité, l’unité, la discipline et l’endurance de l’Armée syrienne capable de poursuivre son combat défensif et d’empêcher les groupes armés de garder leurs positions prétendument libérées.
4. Le rejet des insurgés et des terroristes par le peuple syrien, dont certaines catégories sont arrivées jusqu’à réclamer et à obtenir des armes pour la défense de leur terre contre ces « étrangers » ; raison supplémentaire qui rend difficile, voire impossible, le maintien des groupes armés dans les régions momentanément occupées ou à occuper.
IV. De tout ce qui précède, nous pouvons comprendre et imaginer la position des USA face à ladite « crise syrienne », position fondée sur les éléments suivants :
1. La conviction que le gouvernement syrien restera sur ses positions quelle que soit l’intensification criminelle(occidentale) de « leur machine à tuer », et que la poursuite de l’action armée n’aboutira qu’à plus de morts et de destructions sans rien changer aux résultats politique ou stratégique.
2. L’absence de garantie quant au maintien futur des alliances actuelles anti-syriennes, surtout si l’incendie se propageait dans une région correspondant en grande partie à leurs zones d’influence, à commencer par les pays du Golfe et la Turquie. Le Prince Talal bin Sultan n’a-t-il pas déclaré que l’Arabie saoudite serait la prochaine victime du « prétendu printemps arabe » ? Et Davudoglou n’a-t-il pas renchéri, à la Conférence de Marrakech, que la situation syrienne est une menace pour les pays voisins ? Par conséquent, les dirigeants US devraient avoir bien compris que ce qu’ils pourraient obtenir par la négociation aujourd’hui, leur échapperait en grande partie s’ils s’en remettaient à plus tard !
3. La nécessité de continuer à travailler avec les Frères Musulmans en tant qu’alliés préférentiels, drapés de bannières islamiques, mais soumis à leurs diktats.
C’est pourquoi, nous ne voyons pas de contradictions dans le comportement des Etats-Unis, mais plutôt une certaine complémentarité qui leur permettrait de jeter les bases d’une solution momentanément satisfaisante, puisqu’ils sont désormais condamnés à négocier.
Ce serait de réussir à mettre en place un nouveau pouvoir réservant des postes clés à des Frères musulmans, puisqu’il s’avère difficilement réalisable qu’une majorité du peuple syrien leur permette de le monopoliser par les urnes. Ainsi, disposant de leur droit de veto, les USA pourraient, au minimum, désactiver n’importe quelle décision future qui irait à l’encontre de leurs intérêts. D’où l’utilité de la « Coalition des frérots opposants » et du Haut commandement militaire des mêmes frérots… Autant se partager un pouvoir qu’on ne peut exclusivement s’accaparer dans l’immédiat !
Par conséquent, nous disons tout simplement que la « solution négociée » voulue par les dirigeants US est de passer outre la volonté d’une grande majorité du peuple syrien et de la sacro-sainte démocratie ; une solution qui garantirait aux Frères Musulmans le pouvoir décisionnel, même si les urnes en décidaient autrement.
Pour y arriver, les USA ne sont pas prêts à lâcher ni pressions politiques, ni opérations militaires criminelles et ce, dans un délai qui semble avoir été fixé jusqu’au printemps prochain sans révision aucune !
Dr Amin Hoteit
Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.
Article original : Sham Times http://shamtimes.net/news_de.php?PartsID=1&NewsID=5550
URL de cet article 18705

Armes de désinformation massive contre armes de destruction massive...un moyen de propagande et d’intox, car là, la Syrie continue de faire la une de l’actualité internationale.

..Hé bien la chanson des ADM aura réussi, non pas les Armes de Destruction Massive, c’est-à-dire chimiques, mais les Armes de Désinformation Massive qu’utilisent les USA pour réduire à zéro tout un pays, tout un peuple...

Il est très difficile de quitter la région du Moyen-Orient au regard de ce qui s’y passe comme évènements. Je reste malgré moi dans cette région qui se trouve en pleine ébullition et figurez-vous qu’avec l’histoire des prétendues menaces de frappes chimiques contre les rebelles et la population syrienne par Bachar El Assad et la réaction américaine qui menace d’intervenir sous peu, je me suis souvenu d’évènements qui ont eu lieu au début des années 2000 en Irak et qui ont été à l’origine de l’invasion de ce pays et de sa ruine.
Voilà, les ADM (armes de destruction massive) sont actuellement à la mode, mais sont malheureusement devenues des Armes de Désinformation Massive, un moyen de propagande et d’intox, car là, la Syrie continue de faire la une de l’actualité internationale. Ainsi, ces jours-ci, Mme Hillary Clinton, partante de son poste de secrétaire d’Etat, fait son show, et Obama veut mobiliser le monde avec la complicité de la Turquie et leurs alliés de ce qui est appelé « conseil national syrien » et son « armée libre syrienne ». Même William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères, « aurait des preuves suggérant l’intention de recourir aux armes chimiques ».
A vrai dire, ce conseil national syrien est composé de gens qui ne vivent pas en Syrie et qui veulent faire croire au monde entier, notamment à ceux qui les soutiennent et les arment, que Bachar El Assad va utiliser des armes chimiques contre la rébellion et même contre sa propre population.
Du déjà vu, du déjà entendu, cette histoire des ADM va revenir dix ans après ce qui s’est produit en Irak contre Saddam Hussein et où, en fin de compte, rien n’a été trouvé. Ceci a également été essayé avec Maamar Kadhafi et pourrait être une autre raison pour que les GI’s américains, et toujours eux, débarquent et interviennent militairement en Syrie. Et là, il est aussi fort probable que cette tâche soit confiée à Israël, la Turquie ou à l’OTAN.
En effet, depuis près de deux années, la Syrie fait l’objet d’un complot international soutenu, financé et armé par le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie, pour on ne sait quelles raisons, même si ces raisons sont tellement évidentes, Printemps arabe exige, démocratie, etc. Ce complot a pour objectif la déstabilisation de tout ce qui est stable et de tout ce qui s’oppose à Israël et au projet d’un nouveau Moyen-Orient tel que défini par les USA.
Ainsi, ces cinq pays, en plus de la France et de nombreux autres pays alliés occidentaux, Angleterre, Canada, etc. mènent une guerre sans merci contre Bachar El Assad et son régime en utilisant des mercenaires de toutes les nationalités, notamment les islamistes « récupérés » des différents maquis, particulièrement européens et arabes.
Avec tout ça, le monde s’apprête à accepter une intervention militaire américaine pour « protéger » les populations syriennes. Incroyable mais vrai, les Américains envoient leur armée et viennent toujours « protéger » les pauvres populations désarmées pour ensuite faire la pluie et le beau temps pendant une vingtaine d’années, comme ce fut le cas en Irak, un pays riche devenu pauvre, un pays uni, découpé en tranches, comme c’est toujours le cas en Afghanistan, pays ruiné par la guerre, désarticulé et qui ne pourra presque jamais relever la tête avec les problèmes qu’il connaît depuis près de trente années.
La Syrie fait l’objet d’une crise de démocratie créée de toutes parts, avec un conflit entre Kurdes et régime, entre sunnites et chiites, entre pro et anti je ne sais pas quoi. Et là, les bonnes âmes interviennent, veulent imposer leur diktat et leur vision de tout, et quand ils ne parviennent pas, intérêts obligent, poussent à l’extrême et soufflent sur le brasier qu’ils ont préparé. On a déplacé des populations civiles en leur faisant peur de se faire étriller. Ses villes et villages ont été détruits pendant cette période de rébellion, son patrimoine séculaire est menacé, son économie est en perdition, sa population civile vit le martyre éparpillée pour les uns dans des camps de refugiés, d’autres ont choisi l’exil et d’autres résistent contre vents et marées aux chants des sirènes en refusant de quitter leur pays. Et que leur reste-t-il ? Hé bien figurez-vous que les Américains veulent descendre chez eux pour les protéger du méchant loup. Et là, ils feront la chasse à l’armée syrienne régulière, aidés par l’armée libre, ils poursuivront Bachar El Assad, comme ils l’ont fait pour Saddam, mais ils détruiront la Syrie, créeront une fédération kurde, laisseront le Golan aux Israéliens qui pourront investir à Damas, à Alep, à Daraa, à Dir Ezzour, etc.
Hé bien la chanson des ADM aura réussi, non pas les Armes de Destruction Massive, c’est-à-dire chimiques, mais les Armes de Désinformation Massive qu’utilisent les USA pour réduire à zéro tout un pays, tout un peuple, grâce à l’agenda élaboré par Obama 1er lors de la fameuse réunion du Caire du temps où Moubarak se prenait pour un pharaon sans savoir qu’il figurait sur cet agenda et qu’il sera remercié pour services rendus. Et là, il a été remplacé par un autre pharaon avec l’aval d’Israël, lequel veut mener le bateau Egypte loin des rivages pour sombrer dans les eaux profondes. Ne souhaitons pas cela au grand peuple d’Egypte qui peut faire fuir ce deuxième pharaon et réussir sa vrai Révolution, pas celle de Youcef El Qaradhaoui, mais celle de Cheikh Imam et des opprimés qui vivent toujours dans la misère et qui ne sont pas près de s’en sortir avec le marasme dans lequel est plongé leur pays.
Pour revenir à la Syrie, souhaitons que le Conseil de sécurité ne retombe pas une deuxième ou une énième fois dans les erreurs de l’aval à l’intervention américaine ou des forces de l’OTAN, comme ce fut le cas pour l’Irak et la Libye, pour que les ADM ne soient pas encore une fois une raison pour enfreindre les logiques. Sachons que le peuple syrien n’a pas fait appel à qui que ce soit pour le libérer, son seul souhait c’est que se taisent les armes, que la raison et le dialogue entre Syriens l’emportent. Ils ont intérêt à ce que cela se concrétise pour que la Syrie redresse la tête et retrouve sa place sur la scène mondiale et arabe, pour qu’ils fassent la différence entre leurs vrais ennemis et leurs vrais amis. Et là, les faux ADM ne seront pas les prétextes des Armes de Désinformation.
Bachir Bennadji
http://lavoixdelasyrie.com/data/?p=8864
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mercredi 19 décembre 2012

SYRIE : Dans les rues de Damas (Countercurrents)..."Le peuple syrien n’oubliera pas la campagne étasunienne pour nous soumettre en nous affamant et ne pardonnera jamais aux Etats-Unis," lisait-on sur une pancarte.

... le seul but des sanctions était le changement de régime. En faisant souffrir la population au point que des émeutes éclatent dans les longues queues devant les boulangeries, etc..., les Etats-Unis espérent que le peuple se retournera contre Bashar Assad. De même les gens d’ici pensent que les sanctions contre l’Iran ont aussi pour but le changement de régime et pas du tout le désir de Washington de voir l’Iran abandonner son programme nucléaire parfaitement légal...

"Pour qui cette horrible femme se prend-elle ?" s’est exclamé "Viktor", un membre du personnel du service médiatique de l’Ambassade de Russie à Damas, un complexe massif et sans fenêtres de style soviétique protégé par de grands murs.
Notre charmant hôte, un Sheik Membre du Parlement syrien qui le connaissait, avait invité Viktor à nous rejoindre à la table que nous occupions dans le restaurant "la Dame de Damas" (“sitt a cham”) situé dans le quartier Shalam où vit la classe moyenne. Ce gentleman, après avoir commenté sans mâcher ses mots une nouvelle sans doute contrariante, reposa son téléphone portable d’un air furieux. Ce qui avait mis en colère Viktor c’était les récentes déclarations de la porte-parole de la Secrétaire d’Etat étasunienne, Victoria Nuland, et notamment ses déclarations blessantes et condescendantes contre la Russie, l’allié de la Syrie, en interprétant de travers, selon Viktor, les paroles récentes de l’envoyé russe au Moyen-Orient, Mikhail Bodganov. Le 13/12/12, Bodganov, avait répondu à une question en ces termes : " Il faut regarder les choses en face... Malheureusement, rien ne dit que l’opposition syrienne ne gagnera pas." Bodganov avait aussi noté que le gouvernement syrien "perdait le contrôle de toujours plus de territoire."
Viktor nous a expliqué que ce qui avait exaspéré les Russes et ses collègues de l’Ambassade ici c’était les paroles arrogantes de Nuland, une personne connue pour ses positions pro-sionistes, anti-syriennes, anti-russes, anti-arabes et anti-musulmanes :"Nous félicitons le gouvernement russe de s’être enfin rendu à l’évidence et d’avoir admis que les jours du régime sont comptés."
Viktor a ajouté : "Bodganov n’a rien dit de nouveau. Et nous allons clarifier les choses rapidement. Tout le monde sait que théoriquement les rebelles soutenus par l’étranger peuvent gagner. Ca n’a rien de neuf et c’est toujours le cas dans un soulèvement. Mais Madame Nuland sait certainement que le gouvernement syrien a été obligé de se retirer de certains espaces ruraux où il n’y pas quasiment pas d’habitants, pour concentrer ses forces autour des endroits peuplés et protéger la population. C’est, de tous temps, la base de la stratégie militaire. En Anglais, cela s’appelle si je ne me trompe "retraite stratégique" ou "redéploiement stratégique". C’est très mal de la part des médias du Golfe et occidentaux de se servir des déclarations de nos envoyés au Moyen-Orient pour mener une guerre psychologique à base de mensonges. Nous avons bien évidemment des plans d’urgence pour évacuer nos citoyens si nécessaire. C’est tout à fait normal et nous avons, comme les autres pays, des plans pour évacuer l’Afghanistan, l’Irak, le Liban, les pays du Golfe et la Palestine entre autres. Le soutien de la Russie à la Syrie n’a pas diminué et penser que c’est le cas est une erreur d’interprétation de plus de la part de Washington."
Et de fait, quelques heures plus tard, le porte-parole du ministre des Affaires Etrangères, Alexander Lukashevich, un ami de Viktor, a fait une déclaration : "Nous aimerions porter à la connaissance du public que Bodganov n’a fait aucune déclaration ni donné d’interview à des journalistes dernièrement. Nous confirmons la position de principe de la Russie sur le fait que la seule solution à la crise en Syrie est une solution politique."
Après avoir dit ce qu’ils pensaient de Nuland, Viktor et d’autres autour de la table ont critiqué les déclarations faites par le Secrétaire Général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, à des reporters de Bruxelles après un entretien avec le premier ministre hollandais au quartier général de l’OTAN : "Je pense que le régime de Damas va bientôt s’effondrer ; je crois que ça n’est plus qu’une question de temps."
Le membre du parlement syrien a expliqué que Rasmussen n’avait plus aucune crédibilité après tous les mensonges qu’il avait raconté à propos de l’OTAN en Libye et la manière dont les 9000 bombardements "avaient protégé la population civile" alors qu’en réalité tous ceux qui y étaient à l’époque (dont l’auteur de cet article) savent très bien que, de mars 2011 à la mi-octobre, l’OTAN était la principale menace pour la population libyenne. De Sorman à Sabna, les forces de l’OTAN ont semé la mort au hasard dans la population civile libyenne et le président russe qui doit rencontrer Obama en février a reproché aux Etats-Unis et à l’OTAN d’avoir menti à la Russie et à la communauté internationale sur leurs véritables objectifs. Viktor a ajouté que son pays craint que la même chose n’arrive en Syrie.
Les habitants de Damas sont tendus et maussades à cause des récents évènements et ce que beaucoup d’entre eux considèrent comme des actes terroristes commis par les soi-disant "rebelles", mais ils ne paniquent pas.
Selon les étudiants des universités et des collèges que je rencontre toujours avec plaisir, leur président Bashar Assad, jouit toujours du soutien de la majorité de la population. Beaucoup d’entre eux, comme le gouvernement d’Assad, acceptent les Propositions de Genève d’avril 2012. Cette initiative propose d’établir un gouvernement de transition grâce au dialogue en attendant l’élection de 2014 qui serait ouverte à tous les candidats. cela permettrait au peuple syrien de choisir son prochain président démocratiquement.
Tamara, étudiante à l’université, a expliqué que l’intimidation des étudiants par les rebelles, les kidnappings, l’occupation des maisons et les vols de voitures affectaient l’éducation mais que presque toutes les écoles et universités fonctionnaient.
Il est évident ici à Damas que la principale inquiétude de la population porte sur les nombreux problèmes posés par les sanctions étasuniennes généralement considérées ici comme illégales et immorales.
L’auteur de ces lignes a mené une enquête avec un petit groupes d’étudiants universitaires sur les effets des sanctions imposées par les Etats-Unis sur la population civile. Quasiment tous ceux qui se sont exprimés étaient d’avis que le seul but des sanctions était le changement de régime. En faisant souffrir la population au point que des émeutes éclatent dans les longues queues devant les boulangeries, etc..., les Etats-Unis espérent que le peuple se retournera contre Bashar Assad. De même les gens d’ici pensent que les sanctions contre l’Iran ont aussi pour but le changement de régime et pas du tout le désir de Washington de voir l’Iran abandonner son programme nucléaire parfaitement légal.
Voici les résultats de l’enquête des étudiants dans les épiceries de Damas qui s’est achevée le 12/12/12 : elle montre l’augmentation des prix de la nourriture dans un contexte de chômage qui touche, selon les économistes, entre 40 et 60% de la population.
Enquête des étudiants de Damas : Augmentation des prix de la nourriture entre mai 2011 et décembre 2012.
(Le taux de change officiel est 80 livres syriennes pour un dollar étasunien)
Le mouton est passé de 500 livres syriennes (ls) à 750, le poulet de 200 ls à 450, le litre de lait de 40 ls à 95, le riz de 40ls à 100, 30 oeufs moyens de 160 ls à 300, le litre d’huile de cuisine de 30 ls à 60, le kilo de sucre de 40 ls à 85, le paquet de 10 pains plats de 20 ls à 55 à Damas mais à 220 à Alep où, comme à Homs, Hama et dans l’est, une grande crise humanitaire se propage rapidement.
La Russie a promis du blé à la Syrie. Mais le temps presse. Dans la plupart des endroits les plus démunis de Syrie il n’y a pas d’ONG pour distribuer des produits de base.
Le prix des bouteilles gaz pour faire la cuisine est passé de 500 ls à 1000, et il devient de plus en plus difficile d’en trouver dans la banlieue de Damas.
Le fuel pour se chauffer est passé de 100 ls à 250 et on en trouve difficilement. Même des hôtels 5 étoiles de Damas ont été obligés de réduire le chauffage et l’eau chaude à cause du manque de mazout sauf entre 7 et 10 heures du matin et 20 et 22 H le soir. La Russie aurait promis un tanker de fuel mais il serait dangereux de le faire venir par la route car, selon les étudiants bénévoles du Croissant Rouge et d’autres organisations humanitaires, les forces rebelles volent et détruisent de plus en plus de convois d’aide humanitaire et ravagent la campagne.
Les étudiants ici à Damas ont l’intention de publier une liste plus détaillée de produits de consommation tous les 15 jours. Hier des étudiants ont manifesté devant l’Ambassade étasunienne pour protester contre les sanctions. "Le peuple syrien n’oubliera pas la campagne étasunienne pour nous soumettre en nous affamant et ne pardonnera jamais aux Etats-Unis," lisait-on sur une pancarte.
Il semble à l’auteur de ces lignes que les sanctions illégales et immorales imposées à la population civile de Syrie sous l’égide des Etats-Unis - et qu’il faudrait de toute urgence contester à la Haye - ont l’effet opposé à celui souhaité par leurs sinistres concepteurs. L’accumulation des sanctions donne de la crédibilité au gouvernement d’Assad qui, tout en s’employant à contenir sans beaucoup de succès la hausse des prix, a beau jeu d’accuser les ennemis sionistes et étasuniens de la Syrie d’en être responsables. La grande majorité des étudiants et des habitants de Damas sont de son avis.
Franklin Lamb
Franklin Lamb fait de la recherche à Damas. On peut le joindre à : fplamb [a] gmail.com
Pour consulter l’original : http://www.countercurrents.org/lamb151212.htm
Traduction : Dominique Muselet

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lundi 17 décembre 2012

L’armée syrienne, une force toujours populaire....Aujourd’hui, grâce à une bonne dose de désinformation inoculée chaque jour depuis 22 mois, les médias occidentaux ont réussi à réduire la réalité plurielle et ambivalente de cette armée à son expression la plus repoussante : tueuse d’enfants.

.....Pour cultiver la haine et le dégoût à son égard, nos médias ont boycotté toute image de cette armée, espérant ainsi étouffer toute compassion de l’opinion occidentale envers ses 12.000 martyres et son combat patriotique....

Grâce à une guerre de communication savamment orchestrée, nos gouvernements et leurs relais médiatiques tentent de nous faire croire que la rébellion a conquis les cœurs de l’entièreté du peuple syrien contre un « clan qui s’accroche au pouvoir ». Les messages de la rébellion et son drapeau inondent nos écrans tandis que les symboles du gouvernement se sont évaporés de même que les dizaines de milliers de soldats de l’armée. La grande muette syrienne, l’ombre d’elle-même ?
Durant mes visites en Syrie, du temps où les autorités m’y autorisaient, je croisais souvent de jeunes soldats en permission déambulant de manière insouciante dans les rues de Damas, Homs ou Alep.
Le contraste entre l’iconographie officielle glorifiant une armée syrienne invincible et ces jeunes hommes en treillis se baladant en se tenant par la main (une coutume fort répandue dans la société syrienne) ne manquait pas de me faire sourire.
Je ne doutais nullement de sa capacité à être brutale dans sa mission de défense de la patrie (comme d’ailleurs toute armée en guerre), mais en tant qu’armée de conscrits pouvant aligner plus de 300.000 femmes et hommes du peuple, elle était une institution fortement respectée voire fanatiquement défendue par des millions de citoyens comme on a pu le voir dans les cortèges gigantesques l’année dernière avant que le pays ne plonge dans le chaos.
Aujourd’hui, grâce à une bonne dose de désinformation inoculée chaque jour depuis 22 mois, les médias occidentaux ont réussi à réduire la réalité plurielle et ambivalente de cette armée à son expression la plus repoussante : tueuse d’enfants. Comme si les groupes terroristes ne s’en prenaient pas délibérément aux enfants en les égorgeant, en les envoyant au front comme chair à canon, en occupant des écoles, en faisant exploser des bus et des quartiers populeux.
L’attentat terroriste qui a ravagé hier le quartier de Qatana dans la banlieue de Damas en est une triste illustration :

Pour cultiver la haine et le dégoût à son égard, nos médias ont boycotté toute image de cette armée, espérant ainsi étouffer toute compassion de l’opinion occidentale envers ses 12.000 martyres et son combat patriotique.
D’ailleurs, face aux accusations qui l’accablent, l’armée n’a jamais de droit de réponse.
Pire, sur nos écrans, les soldats qui la composent n’ont ni visage, ni famille, ni sentiments, ni espoirs. Ils sont tenus collectivement responsables des actes de vengeance commis par certains soudards.
Pour avoir une idée du degré de censure que l’armée syrienne subit en Occident, osons une comparaison entre la couverture médiatique concernant la lutte syrienne contre le terrorisme et celle dont bénéficie l’État raciste d’Israël, bourreau du peuple palestinien.
Avant cela, il convient de rappeler que contrairement à Tsahal qui est une force d’occupation, l’armée syrienne est une institution légitime d’un État souverain qui défend son pays contre une agression étrangère dans le chef de mercenaires payés et entraînés par les forces de l’OTAN et les royaumes du Golfe.
Notons ensuite que les rares soldats israéliens qui meurent dans un combat inégal contre des Palestiniens soumis à une asphyxie et une terreur digne du ghetto de Varsovie (et que personne dans la région n’appelle à armer à l’exception de la Syrie, de la résistance libanaise et de l’Iran) ont droit à des obsèques retransmises dans le monde entier.
En revanche, jamais nos médias ne montrent les funérailles d’un soldat syrien tué. C’est à se demander s’il a une cause à défendre ou s’il existe vraiment. Est-ce vraiment un hasard que les seuls militaires syriens visibles sur nos écrans sont ceux qui brutalisent les opposants et ceux qui font défection ? Est-ce par pure coïncidence que nos journalistes ne sont « embedded » que dans le camp rebelle ? Tout porte à croire que nous ne verrons jamais l’envers du décor comme a osé le montrer le journaliste russe Alexander Pushin pour la chaîne Russia 24


Sur nos antennes, l’armée israélienne, elle, a droit à toutes les faveurs et toutes les flatteries. Même ses points presse les plus furtifs sont retransmis en direct et parfois dans leur intégralité. Les visages de ses hauts gradés sont connus et même familiers. Leurs objectifs aussi. Ils peuvent déblatérer à longueur de conférences de presse leur propagande terroriste et coloniale. Après avoir « phosphorisé » les enfants de Gaza, le porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères Ygal Palmor se permettait de plaisanter avec les journalistes français présentant le JT. Ainsi, quand il s’agit d’Israël, le cynisme des médias, surtout français et américains, devient la norme. Imagine-t-on le porte-parole des affaires étrangères Jihad Makdessi ou le chef d’Etat-major Fahd Al Freij invités à parler en direct et plaisanter sur nos antennes ?
Il n’est pas exagéré d’affirmer que tout est calculé pour nous faire croire que l’armée syrienne est impopulaire et honnie.
Mais une fois encore, la réalité vient contredire les propagandistes de notre « Grande » presse.
L’armée syrienne, de plus en plus sollicitée par la population
Au quatre coins de la Syrie, les victimes de la rébellion se plaignent de l’absence de l’armée. Comme Georgia Jamal, la mère de Sari Saoud, ce petit enfant chrétien tué à Hayy al Bayada dans la ville de Homs alors qu’il mangeait des biscuits à la porte d’un petit magasin :


On objectera que ce drame date de l’année dernière. Mais l’année 2012 aussi a été marquée par l’appel à l’aide de foules prises en otages par la rébellion.
Parfois même des citoyens syriens en colère se sont plaints que Bachar n’était pas assez ferme contre le terrorisme et l’ont sommé de retourner à son ancien métier, celui d’ophtalmologue. « Bachar à la clinique, Maher à la direction du pays » (Bachar alal iyada, Maher alal qiyada) pouvait-on entendre dans certaines manifestations patriotiques.
Dans un article du 9 décembre 2012 intitulé « Syrie : Quand la révolution dérive », le Journal du dimanche (JDD) nous apprend que des civils dont de nombreux opposants au régime fuient les rebelles qui se comportent comme des pillards.
En mai dernier, soit il y a à peine six mois, l’agence chrétienne d’information Fides annonçait que des familles chrétiennes ont « abandonné le village de Dmeyneh, entièrement chrétien, se trouvant sur la route reliant Qusayr à Homs. (…) Le village est protégé par l’armée syrienne mais il a été touché ces jours derniers par des tirs de mortier effectués par des milices rebelles, tirs qui ont fait trois morts parmi les civils chrétiens : Hanna Skandafi, âgée de 60 ans, son petit-fils, George Skandafi, de 14 ans, et Jessica Layyous, 13 ans. »
Quelques jours plus tôt, la même agence annonçait que plusieurs familles chrétiennes chassées du village d’Al Borj Al Qastal, dans la province de Hama ont pu regagner leur village. « L’Armée syrienne a en effet pris le contrôle de la zone et les habitants chrétiens ont pu rentrer en possession de leurs maisons » ajoute Fides.
L’armée protège donc bien des civils contre des bandes armées pratiquant un terrorisme aveugle.
On objectera que l’armée ne défend que les minorités menacées par des fanatiques rêvant d’imposer l’Islam puritain à l’ensemble de la société syrienne.
Or, pas plus tard que cette semaine, des habitants de la ville de Tarik al Bab au Nord d’Alep majoritairement sunnite, sont descendus dans la rue pour réclamer la libération de leur ville par l’armée régulière aux cris de « ASL voleuse, nous voulons l’armée régulière » (Jaych al Hor harami, bedna jaych al nizami) et « (Nous formons) une seule main » (Iyd wahdé, iyd wahdé ». En voici les images :
Lorsque l’armée libère une zone, elle est souvent acclamée par une foule en liesse comme ce 8 décembre 2012 à Homs : http://www.liveleak.com/view?i=be7_1354969120
Cette fois, les « Allahu Akbar » saluent l’arrivée de l’armée…
Civils et militaires victimes de la désinformation
Chaque fois que nos yeux franchissent le mur de la censure qui nous sépare du camp loyaliste, nous découvrons une toute autre réalité, celle de civils ou de soldats doublement victimes, à la fois de la rébellion et de la propagande occidentale comme à Darayya, Houla ou à Jisr Al Choghour.
On se souviendra du reportage de Robert Fisk à Darayya dans lequel il expliquait que l’Armée syrienne libre (ASL) avait abattu de nombreux otages avant même l’entrée de l’armée dans la ville (How a failed prisoner swap turned into a massacre dans The Independent, 29 août 2012).
A Houla, 108 personnes dont 47 enfants périrent le 25 mai 2012 dans une opération « false flag » comme l’a révélé le journaliste russe d’ANNA-News Marat Musin. Ce massacre continue d’être arbitrairement attribué à l’armée syrienne et aux milices pro-régime.
A Jisr Al Choughour dans le Nord de la Syrie., 120 militaires loyalistes ont été massacrés les 6 et 7 juin 2011 après de violents incidents entre militants armés, soldats conjurés et forces de sécurité.
Les corps des militaires tués ont ensuite été enterrés dans des fosses communes aux abords de cette ville réputée être un bastion des Frères musulmans et du prédicateur anti-chiite Adnane Arour.
A l’époque, ce massacre avait été déguisé en « exécution de soldats refusant de tirer sur des manifestants pacifiques ». Le lieutenant-colonel félon Hussein Harmouche avouera plus tard avoir planifié l’opération de Jisr Al Choghour avant de fuir en Turquie. Selon de nombreux témoins oculaires, certains camps de réfugiés devant accueillir les familles des terroristes en territoire turc étaient déjà prêts avant l’attaque, notamment celui de Yayladagi ! (CNN, State TV : 120 security forces killed in Northern Syria, 6 juin 2011.)
Dans l’enregistrement téléphonique intercepté par les autorités et retransmis au JT de la chaîne nationale syrienne au début du mois de juin 2011, un certain Ahmad prévient son interlocuteur Assaad de « ne surtout pas dire aux médias que vous étiez armés pour ne pas que vous soyez dépeints comme des terroristes et des militants armés (sic) ».


Cette consigne sera donnée à tous les réfugiés interrogés par les médias dans les camps turcs installés dans la province du Hatay. Il faudra attendre dix mois avant que les premières langues ne se délient (Andrea Glioti, Secret from Jisr Al Shugour dans The Majalla, 5 avril 2012. Dans l’un de ces témoignages, il est question d’un massacre obscur de 15 ouvriers par les forces de sécurité ayant mis le feu aux poudres, un crime pouvant lui aussi avoir été perpétré par des terroristes revêtus d’uniformes militaires pour inciter les foules à l’insurrection).
Dans une autre conversation téléphonique, un inconnu prévient un certain Mohamed d’évacuer les familles vers la frontière turque. Mais Mohamed se veut rassurant et prévient que l’évacuation des familles est terminée (3 min. 37 sec.)
Dans un enregistrement suivant, une femme paniquée téléphone à Hussein Harmouche pour le prévenir que la télévision nationale a retransmis les enregistrements de ses appels téléphoniques compromettants. Elle le supplie de ne rien dire par téléphone. Il sera livré par des agents turcs à leurs homologues syriens dans une opération rocambolesque (9 min, 43 sec.).
Les incidents sanglants qui ont conduit au massacre de Jisr Al Choghour nous rappellent que dans le conflit syrien, il y a dès le début de la révolte une répression brutale des forces militaires mais également complot, ruse, sabotage et désinformation de la part de l’opposition armée et surtout des massacres de civils et de militaires injustement imputés à l’armée régulière.
Malgré les apparences, l’armée syrienne tente d’épargner la population civile
Faisant fausse route à la ligne éditoriale de son agence, un journaliste d’AFP égaré dans les lignes loyalistes nous apprend le 6 septembre 2012 que l’armée tente tout de même d’épargner la population civile de dommages collatéraux.
« Crâne dégarni, flegmatique, ce général de la garde républicaine, une unité d’élite, est chargé d’une partie des quartiers les plus difficiles de la ville. « Nous devons reprendre aux terroristes les secteurs qu’ils détiennent en évitant au maximum de détruire la ville et de toucher la population civile pour qu’elle reste de notre côté. Cela nécessite du doigté », explique cet officier supérieur de 53 ans. »
Si nous pouvons légitimement douter de l’efficacité de l’armée syrienne à épargner les civils et le patrimoine, sa volonté d’éviter un maximum de dommages collatéraux est en partie vérifiable à travers le nombre relativement faible de civils tués comparé à l’intensité des raids.
En effet, malgré l’utilisation systématique de l’armement lourd par l’armée régulière, le nombre de victimes civiles et rebelles reste relativement faible. Et très souvent, le nombre de soldats de l’armée syrienne tués est supérieur à celui du nombre de rebelles et de civils tués.
Lorsque l’on parle de 42.000 morts depuis le début de la révolte en mars 2011, nos médias oublient souvent de nous dire que près du tiers des victimes est composé de militaires loyalistes dont 12.000 soldats et plusieurs milliers de miliciens pro-régime. Sans compter les milliers de victimes civiles loyalistes.
Deux raisons peuvent expliquer cet équilibre macabre :
La première est que l’aviation syrienne mène des frappes mais ne pilonne pas comme nos médias le disent.
Six mois de bombardements intensifs des zones urbaines n’auraient pas tué mille ni dix mille civils mais des centaines de milliers de civils.
La deuxième est que dans la plupart des cas, l’armée syrienne tente d’évacuer les civils avant d’entrer en action. Ce fut le cas l’an dernier à Baba Amr, le quartier de Homs occupé pendant plusieurs mois par les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) sans que l’armée régulière n’intervienne. Entre-temps, une filiale de l’ASL appelée « brigade d’enterrement » a profité de l’inaction de l’armée pour exécuter près de 300 personnes dans le quartier (cf. Ulrike Putz, The Burial Brigade of Homs in Der Spiegel, 29 mars 2012).
Il semblerait en outre que l’aviation dispose elle aussi d’un service de propagande qui s’adresse en particulier aux combattants étrangers et indirectement à la population civile. Avant d’entrer en action, les avions larguent des tracts en arabe où il est écrit :
« Réveillez-vous ! Vous, qui êtes venus chez nous en Syrie nous combattre au nom de l’islam, rentrez chez vous avant qu’il ne soit trop tard. Personne dans le monde ne viendra à votre secours. Vos amis brûlent même votre corps après votre mort (pour ne pas être identifiés comme combattants étrangers, NDT). Nous sommes sur nos terres et nous la défendrons jusqu’à la dernière goutte de notre sang (…) Les Américains et les sionistes se moquent de vous, de l’islam, des Arabes et de votre prophète. Ils veulent que vous vous entretuiez.
Votre place naturelle se trouve chez vous pour défendre votre pays s’il venait à être attaqué
 

Sans doute que ce type d’avertissements pousse les civils à évacuer les zones de combat et diminue de manière significative le nombre de victimes innocentes.
Idéalement, dans le meilleur des mondes, il aurait fallu que personne ne meure.
Mais notre monde tel qu’il est fait aujourd’hui ne permet pas à la Syrie de vivre en paix.
C’est à se demander à qui profite la destruction programmée du pays. Certainement pas aux Syriens…
Conclusion
Héritière de la guerre de libération nationale qui mit fin au colonialisme français, l’armée syrienne est malgré les innombrables exactions commises en son nom un acteur politique de poids jouissant d’un soutien populaire non négligeable.
Malgré les nombreuses défections et les revers militaires qu’elle a endurés, l’armée reste solide et continue de défendre les principales villes du pays. Il lui arrive encore de reconquérir des zones tenues par les rebelles comme certains quartiers d’Alep, de Maaret el Nomane, de Homs ainsi que certaines villes et villages entourant Idlib ou Deir Ezzor.
Nombreux sont les Syriens qui préfèrent rester sous la protection de l’armée car la stabilité leur assure des moyens de subsistance : un salaire, une retraite, des soins hospitaliers, une instruction.
La plupart des partisans du régime et même des rebelles savent que même si le président Bachar El Assad venait à être assassiné, la guerre ne finirait pour autant. Les journaux abondent de témoignages de commandants rebelles lucides avouant la difficulté de conquérir le pouvoir parce que, contrairement à la rumeur djihadiste et occidentale, celui-ci ne repose ni sur un individu, ni sur un clan, ni sur une « secte » mais sur des institutions capables de se régénérer.
Malgré ses succès militaires, la rébellion n’offre à court terme, aucune alternative viable pour la population qu’elle contrôle. Elle semble plus soucieuse d’imposer un mode de vie austère étranger aux Syriens que d’organiser une administration et d’offrir des services. Il y a quelques jours, de nombreux internautes syriens s’étaient indignés de voir les rebelles acheminer vers la Turquie des outils de forage pétrolier syriens, une usine de sucre et même des stocks de farine.
La Syrie est doté d’un tissu ethnique et social complexe où les « gentils » et les « méchants » ne sont séparés par aucune barrière étanche.
La guerre en cours est aussi inutile qu’absurde car elle offre au mieux une victoire à la Pyrrhus à l’un des deux camps.
Cette réalité doit nous pousser, nous citoyens du monde, à privilégier le dialogue inter-syrien pour éviter un maximum de souffrances à la population.
Bahar Kimyongür
Le 14 décembre 2012
Bahar Kimyongür est l’auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Investig’Action et Couleur Livres, Bruxelles/Charleroi, 2011, et porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie - CIS
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