vendredi 16 novembre 2012

Palestine : Bain de sang à Gaza. Qui a commencé ? (Counterpunch)...Typiquement, il n’est jamais bon de répondre à une question par une autre, mais parce que cette question-ci est un piège,


...La destruction est un art qu’Israël a particulièrement bien apprise de son parrain, les Etats-Unis.
Oui, les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs. Ils partagent aussi des tactiques. Leur relation privilégiée est forgée dans une iconographie commune : l’image de la mort, illustrée par les innombrables cadavres de buffalos et d’oliviers, sans parler des innombrables cadavres de gens....

La réponse à la question de savoir si Israël a le droit d’exister est aussi facile que la réponse à la question de savoir si un colonialisme d’implantation meurtrier a le droit d’exister.

Depuis plusieurs jours, Israël lance des attaques aériennes sur Gaza, provoquant de nombreux morts et blessés. Les attaques font partie d’un tableau plus large et éminemment déprimant d’une colonie usurpatrice qui enferme une population entre les murs d’un ghetto et les bombarde au nom du Judaïsme et des Juifs.

Un article du New York Times, du 14 novembre, nous informe sur la mort du commandant militaire du Hamas, Ahmed Jabari, tué par une des récentes frappes « chirurgicales » (« chirurgicale », selon l’article). Bien entendu, l’article prend soin de ne pas mentionner les autres – dont des enfants – tués lors de la frappe. Une phrase dans l’article reflète la logique du gouvernement israélien en la matière : « la férocité des frappes aériennes, en réponse à ce qu’Israël appelle des attaques répétées par roquettes par des militants palestiniens basés à Gaza... »
L’article se poursuit en renforçant cette logique lorsqu’il aborde le fragile cessez-le-feu entre le Hamas, au pouvoir à Gaza, et Israël :
« Depuis (2008-2009), le Hamas pour une grande partie respecté le cessez-le-feu informel, sinon vacillant, et a parfois tenté de le faire respecter par des groupes militants plus petits. Mais au cours des derniers mois, sous la pression d’une partie de la population de Gaza qui voulait venger les frappes meurtrières aériennes israéliennes, le Hamas a revendiqué des tirs de roquettes. »
Alors se pose la question : qui a commencé ? Lorsqu’on lit le texte ci-dessus, on a l’impression que le « commencement » de « tout ça » est un phénomène récent et que la réponse se trouve dans les événements récents de la semaine écoulée. La logique défendue par le gouvernement israélien et le « journal de référence » US est défendu aussi par – et je m’excuse par avance à l’absence de toute surprise ici – le gouvernement des Etats-Unis.
A la fin de son mandat, George W. Bush a justifié l’opération Plomb Endurci – le massacre par Israël d’environ 1400 Palestiniens – en disant que c’est le Hamas qui avait commencé en violant le cessez-le-feu avec des tirs de roquette.
D’abord, c’est faux. Israël a violé le cessez-le-feu le 4 novembre 2008, lorsqu’il a envahi la bande de Gaza et tué six membres du Hamas. Le raid fut mentionné à l’époque par le quotidien The Guardian. L’incident ne fut pas vraiment mentionné dans la grande presse US, ce qui est révélateur de l’attitude de la presse dominante US envers Israël et Gaza.
Les défenseurs d’Israël vantent souvent comment Israël s’est « retiré » de Gaza, comme si la transformation de Gaza d’un territoire formellement occupé en une prison à ciel ouvert constituait un geste de paix de la part d’Israël. Mais Israël viole le territoire de Gaza comme il l’entend et s’offusque lorsqu’il rencontre une résistance. Ceci n’a rien d’exceptionnel. Le parrain d’Israël, les Etats-Unis, pense aussi que tout lui appartient et qu’il peut faire ce qu’il veut où il veut. Pensez à ce vaste réseaux de drones, toujours occupé à assassiner des civils au Pakistan, au Yémen ou ailleurs.
Techniquement, le Hamas et d’autres factions palestiniennes à Gaza avaient offert une trêve à Israël, pas plus tard que le 12 novembre. Mais posons une question plus profonde : qui a commencé ?
La réponse est facile, mais la question doit être posée avec plus de précision : qui a commencé le colonialisme d’implantation meurtrier ? (« colonialisme d’implantation meurtrier » est un pléonasme, mais j’emploierai cette expression pour bien me faire comprendre).
C’est Israël, bien sûr. La question du colonialisme d’implantation est importante. Ca clarifie les choses. Après tout, le colonialisme d’implantation est un processus. En Palestine, c’est un processus en cours. Et chose plus importante encore à souligner, c’est un processus qui est toujours violent.
Au cœur du projet colonialiste d’implantation se trouve le plan de séparer les membres du peuple visé, de couper les individus de leurs communautés. Pour y parvenir, le présent de la population visée doit devenir son passé et son passé doit être effacé. Ce qui s’obtient par le vol et la destruction.
La destruction est un art qu’Israël a particulièrement bien apprise de son parrain, les Etats-Unis. Une des tâches entreprises par les colonisateurs US fut l’extermination massive des bisons (et, chose méconnue par la majorité, se poursuit encore de nos jours), et la modification radicale de la terre que les Amérindiens connaissaient si bien. De la même manière, Israël a depuis des années entrepris l’extermination en masse des oliviers, modifiant radicalement la terre que les Palestiniens connaissaient si bien.
Oui, les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs. Ils partagent aussi des tactiques. Leur relation privilégiée est forgée dans une iconographie commune : l’image de la mort, illustrée par les innombrables cadavres de buffalos et d’oliviers, sans parler des innombrables cadavres de gens.
Le blocus contre Gaza est une des formes d’expression de la violence du colonialisme d’implantation. Aux Etats-Unis, ceci n’est généralement pas considéré comme une forme de violence. Après tout, les partisans de sanctions US contre l’Iran considèrent le plus souvent que les sanctions sont des alternatives à la violence.
En réalité, les sanctions sont d’une violence inouïe. Les 500.000 enfants irakiens assassinés par les sanctions de Bill Clinton dans les années 90 témoignent que ceux qui cherchent à « briser » des économies cherchent à affamer des enfants.
Il en va de même à Gaza. Un rapport de l’ONU a déclaré que l’endroit sera « invivable » d’ici 2020 si les conditions actuelles persistent. Dans ces conditions, des roquettes répétitives et féroces – fabriquées avec le peu de matériel disponible – constituent des actes de résistance, des déclarations de lutte, des promesses que la violence d’Israël ne sera pas acceptée à Gaza, malgré la puissance militaire des forces ligués contre lui.
En résumé, ceux qui voient la violence en Palestine et se sentent dans l’obligation de hurler aux Palestiniens qu’ils doivent reconnaître le droit à l’existence d’Israël sont soit incapables, soit refusent, de reconnaître un colonialisme d’implantation meurtrier.
Et cette autre question : Israël a-t-il le droit d’exister ?
Typiquement, il n’est jamais bon de répondre à une question par une autre, mais parce que cette question-ci est un piège, je n’aurai pas d’état d’âme. Alors voilà : Est-ce que « Israël » peut être dissocié du colonialisme d’implantation meurtrier auquel il se livre depuis sa fondation ?
Admettons que la réponse soit non. Je veux dire par là que le droit au retour des Palestiniens leur soit toujours refusé et que le système raciste israélien construit sur une paranoïa démographique persiste dans sa violence. Dans ce cas, la réponse à la question de savoir si Israël a le droit d’exister est aussi facile que la réponse à la question de savoir si un colonialisme d’implantation meurtrier a le droit d’exister.
La réponse est non.
Non.
En aucun cas.
Patrick Higgins
http://www.counterpunch.org/2012/11/15/bloodbath-in-gaza/ 
URL de cet article 18342

Documentaire : La commune de Paris 1871 - 67 Jours - (entre 20 000 et 30 000 morts), ainsi que par la déportation en nouvelle calédonie de milliers d'hommes

1871, à Paris et dans d'autres villes, le peuple prend la parole pour défendre les idéaux de la République et revendique le droit de décider pour lui même. Ses aspirations démocratiques et libertaires seront réprimées dans le sang (entre 20 000 et 30 000 morts), ainsi que par la déportation en nouvelle calédonie de milliers d'hommes et de femmes de toutes conditions et de toutes origines. Louise michel, figure emblématique de la Commune, elle-même déportée, morte à Marseille en 1905, est le fil conducteur de ce film.
Quelles traces a laissé cet évènement dans nos sociétés ? Qu'en est-il aujourd'hui de la parole des peuples, du pouvoir des citoyens ?
Ce documentaire historique sur la Commune de Paris rappelle les origines du mouvement insurrectionnel, les principales dates et évènements de cet épisode important de l'histoire de la République Française.

« Au nom du peuple, la Commune de Paris est proclamée. »
Gabriel Ranvier, 28 mars 1871
« Le 28 mars 1871, devant l'Hôtel de ville de Paris décoré d'un drapeau rouge, plus de 100.000 parisiens entendaient un de leurs élus, Gabriel Ranvier proclamer la naissance de la Commune de Paris. « Quelle journée écrivait le soir même Jules Vallès, le soleil clair et tiède qui dore la gueule des canons, le frisson des drapeaux ! Le murmure de cette révolution qui passe ! Il y a là de quoi griser d'orgueil et de joie l'armée victorieuse des Républicains ! »

La Révolution dont parlait Vallès avait commencé dix jours plus tôt, lorsque le 18 mars, les Parisiens avaient refusé de rendre au gouvernement les canons qui avaient servi à la défense de Paris pendant la guerre franco-prussienne de 1870. C'était le début d'une autre guerre, une guerre civile qui, pendant 9 semaines a opposé la Commune de Paris au gouvernement qui s'était installé à Versailles.

Jusqu'au jour où à la porte de Saint Cloud, un général polonais de la Garde Nationale voyait arriver l'armée de Mac Mahon qui en une semaine allait écraser la Commune de Paris.

jeudi 15 novembre 2012

"La face cachée des révolutions arabes",Les « printemps arabes » ont inventé la guerre « low cost »

...La thèse que je défends est celle de l’implication des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe par l’intermédiaire d’un réseau d’organismes américains spécialisés dans l’ "exportation" de la démocratie. À ce titre, on peut citer l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI). Ce sont d’ailleurs ces mêmes organismes qui ont contribué à la réussite des révolutions colorées qui se sont déroulées dans certains pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques : Serbie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizstan (2005)...

Les bouleversements qui caractérisent depuis plus de deux ans de nombreux pays du monde arabe sont diversement analysés. Pour certains, ces « révolutions » ne sont ni plus ni moins que le produit de laboratoires spécialisés dans la déstabilisation d’États de la région dont les politiques gênent les intérêts des puissances occidentales et des États-Unis en particulier. Pour d’autres, elles sont la conséquence de régimes dictatoriaux à bout de souffle. Ahmed Bensaada, chercheur au Canada, plaide en faveur d’une lecture qui ferait la synthèse entre les deux thèses.

Un livre va sortir bientôt sur la question des printemps arabes. De quoi s’agit-il ?
Le livre dont il est question s’intitule "La face cachée des révolutions arabes". Publié par les éditions Ellipses, il sortira à Paris le 4 décembre 2012. Cet ouvrage, auquel j’ai contribué, est un livre collectif dirigé par M. Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Pas moins de 24 auteurs de différents horizons y ont participé, ce qui en fait un ouvrage très riche et très bien documenté qui contribuera très certainement à la compréhension de ce qui est communément appelé le "printemps arabe" . Ainsi, on pourra y lire des textes écrits par aussi bien des chercheurs que des journalistes, des philosophes ou des politiques.
Le livre est structuré en 3 parties :
a) Analyse et déconstruction des révolutions nationales,
b) Le rôle majeur des acteurs étrangers 
c) Les conséquences internationales du printemps arabe.
Cela en fait un des premiers ouvrages avec une vue d’ensemble sur les différentes facettes des révoltes qui ont secoué les rues arabes depuis près de deux ans.
Vous y contribuez : quelle thèse défendez-vous ?
La thèse que je défends est celle de l’implication des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe par l’intermédiaire d’un réseau d’organismes américains spécialisés dans l’ "exportation" de la démocratie. À ce titre, on peut citer l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI). Ce sont d’ailleurs ces mêmes organismes qui ont contribué à la réussite des révolutions colorées qui se sont déroulées dans certains pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques : Serbie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizstan (2005).
L’implication américaine peut se diviser en deux volets distincts mais complémentaires : un concernant le cyberespace et l’autre l’espace réel. Le premier consiste en la formation de cyberactivistes arabes (faisant partie de ce qui est communément appelé la "Ligue arabe du Net" ) à la maîtrise du cyberespace. La seconde est relative à la maîtrise des techniques de lutte non-violente théorisées par le philosophe américain Gene Sharp et mise en pratique par le « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS), dirigé par d’anciens dissidents serbes qui ont participé aux révolutions colorées.
Les arguments ainsi que des dizaines de références sont présentés aussi bien dans mon livre "Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe" (Éditions Michel Brûlé, Montréal, 2011 ; Éditions Synergie, Alger, 2012) que dans un chapitre intitulé « Le rôle des États-Unis dans le printemps arabe » du nouveau livre à paraître : "La face cachée des révolutions arabes". À noter que dans ce second ouvrage, certaines informations ont été mises à jour alors que d’autres concernant la Libye et la Syrie ont été ajoutées. En effet, à la sortie du premier livre, les révoltes dans ces deux pays n’en étaient qu’à leurs débuts.
Qu’est-ce qui fait dire aujourd’hui que les « printemps arabes » ont été conçus dans des laboratoires en dehors de toute volonté des peuples alors qu’il y a dans les pays de la région un véritable problème de gouvernance et de déficit démocratiques ?
Certes, ce ne sont pas les États-Unis qui ont provoqué le "printemps" arabe. Les révoltes qui ont balayé la rue arabe sont une conséquence de l’absence de démocratie, de justice sociale et de confiance entre les dirigeants et leur peuple. Tout ceci constitue un « terreau fertile » à la déstabilisation. Ce terreau est constitué de femmes et d’hommes qui ont perdu confiance en leurs dirigeants dont la pérennité maladive ne laisse entrevoir aucune lueur d’espoir. Pour eux, la fin justifie les moyens.
Cependant, l’implication américaine dans ce processus n’est pas anodine, loin de là. Les sommes investies, les formations offertes, l’engagement militaire et les gesticulations diplomatiques de haut niveau le confirment. D’ailleurs, cette implication n’a pas commencé avec les soulèvements de la rue arabe, mais bien avant. Par exemple, on estime qu’entre 2005 et 2010, pas moins de 10 000 Égyptiens ont été formés par les organismes cités précédemment. Ces organismes ont déboursé près de 20 millions de dollars par an en Égypte, montant qui a doublé en 2011. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en 2012, certains de ces organismes ont été poursuivis par la justice égyptienne qui les a accusés de « financement illicite ». Rappelons à ce sujet que 19 américains ont été impliqués dans cette affaire dont Sam LaHood, le directeur Égypte de l’IRI et fils du secrétaire américain aux Transports Ray LaHood.
Qu’est-ce qui fait qu’on « emballe » dans le même sac des « printemps » qui ne s’expriment pas de la même façon selon que l’on soit en Égypte où le processus qui a mis à terre Moubarak et son régime a bien fonctionné ou en Syrie, un pays qui risque aujourd’hui le morcellement ?
Il est vrai que les révoltes ont chacune leur propre dynamique. Celles qui ont touché la Tunisie et l’Égypte sont assez similaires. Par contre, bien qu’ayant débuté de manière semblable aux deux premières, les révoltes libyennes et syriennes se sont rapidement transformées en guerres civiles "classiques" avec une ingérence étrangère ostensible. Il faut néanmoins souligner que les États-Unis ont joué un rôle central dans tous ces cas, même si dans les deux derniers la collaboration de certains pays de l’OTAN (France, Grande-Bretagne, Turquie) et arabes (Qatar et Arabie Saoudite) a été importante.
De l’analyse des révoltes du « printemps » arabe, deux leçons peuvent être tirées. La première est que les pays occidentaux (aidés par des pays arabes collaborateurs) peuvent contribuer à changer les régimes et les gouvernements arabes avec un risque quasi-nul de pertes humaines et un investissement très rentable. En Libye, par exemple, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées alors que les pertes occidentales sont nulles malgré les dizaines de milliers de frappes aériennes des forces de l’OTAN. D’autre part, le ministre de la défense français avait mentionné que le coût total de l’opération en Libye pour la France pourrait être estimé à 320 millions d’euros au 30 septembre 2011. Des broutilles si on compare ces chiffres avec, par exemple, le coût de l’intervention occidentale en Irak et en Afghanistan où les pertes en vies humaines des coalisés et leurs investissements ont été beaucoup plus conséquents. Avec le "printemps arabe" , le concept de guerre « low cost » vient d’être inventé. Évidemment, le faible coût est pour les Occidentaux et non pour les Arabes.
La seconde leçon à méditer est que les pays occidentaux peuvent passer, sans états d’âme, d’une approche non-violente à la Gene Sharp à une guerre ouverte (sous l’égide de l’ONU ou non) avec les moyens militaires de l’OTAN, tout en brandissant, de temps à autres, l’épouvantail de la Cour pénale internationale (CPI).
Ne sommes-nous pas dans la thèse du « complot ourdi par l’Occident » ?
Le développement d’une thèse sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes est triplement problématique pour un auteur. Primo, cela peut lui faire porter l’étiquette d’un anti-Américain paranoïaque hanté par des visions conspirationnistes. Secundo, cela risque de le faire passer pour un protecteur, voire un admirateur d’autocrates tyranniques et de dirigeants mégalomanes qui n’ont que trop longtemps usurpé le pouvoir. Tertio, il n’est pas impossible qu’il se fasse taxer d’ennemi de la « noble et grandiose révolution du peuple ».
En fait, dès que le discours d’un intellectuel est différent de celui des médias majeurs, on l’accuse automatiquement de « flirter avec la théorie du complot » . Dans le cas précis des révoltes arabes, le complot vient plutôt de ces médias « mainstream » qui veulent nous faire croire à la spontanéité des révoltes arabes. Je vous rappelle la citation de F.D. Roosevelt : « En politique, rien n’arrive par hasard. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié ainsi » . Les informations contenues dans les deux livres sont basées sur des faits dont toutes les références sont vérifiables. Je vous rappelle aussi que les médias majeurs qui créent et diffusent l’information proviennent des pays impliqués dans la "printanisation" des Arabes. Ils donnent tous le même son de cloche en hissant un des belligérants (celui qui est contre le gouvernement en place) au rang de héros et en affublant l’autre du rôle du bourreau. La vérité est beaucoup plus complexe et ne se résume pas à un portrait dichromatique en noir et blanc. Un travail journalistique intègre et honnête s’évertuerait plutôt à analyser les différents tons de gris.
L’autre galéjade véhiculée par ces médias veut que ce qui intéresse les Occidentaux, c’est apporter la bonne parole dans ces pays sous forme de démocratie. Dans ce cas, pourquoi ces mêmes Occidentaux n’aident-ils pas les citoyens du Bahreïn à jouir, eux aussi, de la démocratie alors que cela fait des mois que la révolte secoue ce royaume ? Et ces pays comme le Qatar et l’Arabie Saoudite qui veulent instaurer la démocratie dans les pays arabes, ne devrait-ils pas commencer par eux-mêmes ?
Ainsi, tant que les journalistes de ces médias ne feront pas leur travail correctement, c’est à des personnes comme nous, sans affinité quelconque avec les belligérants, que revient la tâche de démêler l’écheveau de la vérité.
Ahmed BENSAADA
Cette interview a été publié dans le journal « Reporters’ du 11 novembre 2012
Entretien réalisé par Nordine Azzouz (Journal « Reporters »)
http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&am...
URL de cet article 18316

Iran : quatre mythes à déboulonner...Il existe quelques mythes fameux sur l’Iran que beaucoup de gens dans le monde en sont venus à croire, et j’aimerais les rejeter du mieux que je peux.

...Vous ne pourrez connaître ce pays méconnu qu’en rejetant les préjugés et en passant quelques semaines à voyager dans la plus vieille civilisation au monde pour voir de vos propres yeux ce que vous ne pourrez jamais voir sur Fox News, CNN, BBC, ni dans le Washington Post et le New York Times....

Ce n’est pas moi qui le dis, mais je l’ai entendu dire par des dizaines de touristes, de journalistes et d’universitaires étrangers qui avaient voyagé en Iran ces dernières années : l’Iran est le pays le plus mal connu et le moins bien compris de la planète.
Tentative concertée et plaisante, les médias internationaux dominants ont entamé une grosse opération consistant à dépeindre l’Iran comme un pays dangereux, anormal, bizarre et horrible qui cherche à développer des armes nucléaires dans le but d’anéantir Israël. Les Iraniens sont représentés sans vergogne comme des fanatiques, des terroristes et des gens non civilisés, l’Iran dans son entier étant dépeint comme un désert reculé où on ne trouvera pas la moindre trace de civilisation , d’urbanité ou de modernité.
Diaboliser et isoler l’Iran peut être vu comme une partie d’une campagne globale et multiforme pour ostraciser et avilir le monde musulman, campagne intensifiée depuis les attaques du 11 septembre qui ont été attribuées aux musulmans et ont provoqué la Guerre contre le Terrorisme.
Avant de venir en Iran, tous les touristes craignent d’être tués ou au minimum arrêtés pour espionnage. Ils perçoivent l’Iran en fonction des stéréotypes et clichés que les médias de masse leur présentent, et beaucoup d’entre eux ne se rendent même pas compte que les Iraniens sont ces même Perses qui peuplèrent la Perse ancienne pendant plus de 7.500 ans.
Il existe quelques mythes fameux sur l’Iran que beaucoup de gens dans le monde en sont venus à croire, et j’aimerais les rejeter du mieux que je peux.
1. Les Iraniens sont des terroristes
Si nous interprétons et traduisons “terrorisme” comme un acte de coercition, de terreur ou d’assassinat de gens innocents dans le but de répandre l’horreur ou de faire étalage de bravoure et d’influence, l’Iran ne peut être qualifié de terroriste voire d’État soutenant le terrorisme, comme le prétendent les fervents ennemis de l’Iran. La dernière fois que l’Iran a envahi et attaqué une nation souveraine date de 1738, quand le roi afsharide Nâdir Châh envahit l’Inde. Ce qui veut dire que depuis 274 ans, l’Iran est un pays pacifique qui n’a jamais fait de mal ni tourmenté d’autres pays, pas même ses voisins, même si ses voisins l’ont constamment provoqué en conspirant contre lui.
Ces données sont à comparer aux guerres sanglantes incessantes dans lesquelles les États-Unis se sont impliqués. Depuis son indépendance en 1776, les États-Unis ont participé à plus de 50 expéditions militaires. John Tirman, dans son livre sensationnel de 2011 “The Deaths of Others” - [Les Morts des Autres], étudie en détail les victimes des guerres étatsuniennes au cours des trois derniers siècles.
Contrairement à beaucoup d’entre nous qui n’osent s’interroger sur le manque d’attention accordée par le public des États-Unis et les médias dominants aux victimes civiles des guerres de l’Oncle Sam, Tirman décrit dans le détail “le destin des civils dans les guerres américaines”. Il reconnaît dans son livre qu’au cours des seules guerres de Corée, du Vietnam et d’Irak, six à sept millions de personnes ont été tuées, dont une majorité de civils innocents. Pas besoin d’être un historien spécialisé pour comprendre combien de civils désarmés, y compris des femmes et des enfants, sont morts des expéditions militaires des États-Unis dans le monde. Une étude complète réalisée par James A. Lucas et publiée par Counter Currents en 2007 décrit minutieusement les pertes causées par les guerres étatsuniennes.
”Le public américain n’est sans doute pas conscient de ces chiffres et en sait moins encore sur les guerres de proximité dont les États-Unis sont également responsables. Les guerres récentes ont fait entre 9 et 14 millions de morts en Afghanistan, Angola, République Démocratique du Congo, Timor oriental, Guatemala, Indonésie, Pakistan et Soudan” écrit-il.
Imaginez juste un instant que ce soit l’Iran qui ait détruit et tué les vies de plusieurs millions de citoyens innocents dans des dizaines de guerres et attaques contre d’autres pays. Que serait-il arrivé ? Alors, qui mérite réellement le titre de “sponsor étatique du terrorisme“ ? Serait-ce qu’être tué de la main d’un soldat américain serait un honneur ? Serait-ce que les États-Unis ont le droit d’effacer des milliers de vies à leur gré, sans en être tenu pour responsables ?
2. Les Iraniens ne sont pas civilisés
La plupart de ceux qui pensent l’Iran comme un pays non civilisé et sans culture sont simplement inconscients des réalités de l’impressionnante culture et civilisation antique de l’Iran. L’Iran est le plus vieux pays au monde du point de vue de la date de sa formation. Les premières implantations dans la Perse antique remontent à 4.000 av.J-C. Les premiers artefacts archéologiques iraniens trouvés dans les sites de Kashafrud et Ganj Par remontent au paléolithique inférieur, c’est à dire autour de moins 300.000 ans.
Le plus grand musée d’archéologie paléolithique du Moyen-Orient se trouve dans la ville iranienne de Kermanshah. Les plus anciens réservoirs d’eau artificiels au monde se trouvent en Iran. L’Iran est le producteur et exportateurs numéro Un de tapis artisanaux, qui sont un élément constitutif de la culture perse. Les principales collections de joyaux impériaux appartiennent à l’Iran. L’architecture iranienne est caractéristique de l’architecture islamique et des dizaines de magnifiques mosquées, caravansérails, églises, pont et palais anciens sont visibles partout en Iran et témoignent du fait que l’architecture iranienne est un héritage sans égal qui n’a pas de concurrent dans le monde.
Dans l’histoire les Iraniens ont apporté des contributions inestimables et sans prix à la culture, la science, l’économie et le style de vie du monde. Cela vous intéressera peut-être de savoir que les première briques utilisées dans les réalisations architecturales ont été faites par des Iraniens. Le premier ziggourat a été édifié en Iran sur le site archéologique de Sialk. Vers 5.000 av. J-C, les Iraniens ont été le premier peuple à inventer le târ (luth) dont les descendants ont mené au développement de la guitare. La première déclaration des droits de l’homme a été compilée en Iran par Cyrus le Grand de 576 à 529 av. J-C, on la connaît aujourd’hui comme le Cylindre de Cyrus conservé au British Museum. Le premier yach-kal (réfrigérateur antique) a été conçu en Iran au IVème siècle av.J-C. Selon les découvertes archéologiques, les Iraniens ont inventé les premières batteries qu’ils utilisaient sans doute pour électrogalvaniser. Le scientifique iranien Rhazès fut le premier universitaire au monde à introduire l’usage systématique de l’alcool [éthanol] en médecine vers 846 ap. J-C. Le Canon de la Médecine, qui est considéré comme un des manuels les plus fondamentaux et pionniers dans l’histoire de la médecine moderne, a été écrit par le scientifique iranien Avicenne il y a près de mille ans.
Mais oublions toutes ces découvertes et performances culturelles et scientifiques des Iraniens au cours de l’histoire. Ce qui fait des Iraniens un peuple différent des autres nations et leur confère une identité unique et incomparable, c’est leur sens de la civilité, de la courtoisie et de la modestie. Jamais vous ne trouverez dans le cinéma iranien le genre de violence qui est diffus dans les films américains. Les conversations quotidiennes des Iraniens entre eux sont émaillées de proverbes, de poésie et de connotations littéraires. Les compliments aux femmes, aux anciens et aux enfants font partie du mode de vie et de la culture des Iraniens. La modestie et l’humilité sont pour les Iraniens une vertu, alors que dans beaucoup de pays occidentaux, plus vous êtes assertif et énergique, plus vous serez acceptable. Voilà des choses que beaucoup de gens ignorent à propos de l’Iran.
3. Le gouvernement iranien réprime les femmes
Le dogme selon lequel l’Iran n’est pas un endroit sûr pour les femmes et le gouvernement iranien réprime et élimine les femmes fait foi pour beaucoup de gens dans le monde, et la raison n’est autre que les machinations machiavéliques des médias dominants. Il n’y a pas une parcelle de preuve attestant cette affirmation, alors qu’il en existe énormément pour confirmer le contraire.
Tandis que les femmes d’Arabie saoudite, alliée inconditionnelle des États-Unis, n’ont ni le droit de vote ni celui de conduire une voiture, les femmes iraniennnes fréquentent les universités, les instituts scientifiques et même les postes gouvernementaux. Le Ministre iranien de la Santé, le Docteur Marzieh Vahid Dastjerdi, est une femme. La Vice-Présidence pour la science et la recherche est assurée par une femme. Pendant plusieurs années, c’est une femme, le Dr Masoumeh Ebtekar, qui était à la tête du Département de l’Environnement. Selon le Ministère des Sciences, de la Recherche et des Technologies, 60% des nouveaux étudiants inscrits dans des universités iraniennes en 2012 sont du genre féminin. J’ignore quels critères les opposants au gouvernement iranien basent leur jugement sur la situation des femmes iraniennes. Depuis la Révolution islamique de 1979, le Parlement iranien (Majlis) a plusieurs députées à chaque session. Si le nombre de députées n’est pas égal à celui des parlementaires du genre masculin, ce n’est pas parce que le gouvernement impose des restrictions. C’est simplement parce que les gens n’ont pas voté pour elles ! Je pense que dans certains cas le gouvernement a même été plus indulgent avec les femmes qu’avec les hommes. C’est une coutume internationale non écrite que les femmes, comme les hommes, soient recrutées pour le service militaire, mais en Iran, les femmes sont exemptées de la conscription parce que le gouvernement pense que cela pourrait leur nuire. Donc, quelqu’un peut-il me dire de quelle façon le gouvernement iranien réprime les femmes ?
4. L’Iran développe des armes nucléaires
Oui ; il y a eu une forte controverse sur le programme nucléaire iranien, mais je pense que ceux qui ont créé un tel chambard ont un peu oublié que le programme nucléaire iranien a été initié par le gouvernement des États-Unis dans les années ’50, dans le cadre du programme “Des Atomes pour la Paix” du Président Eisenhower. A cette époque, l’Iran était un allié des USA, et donc autorisé à développer l’énergie nucléaire. A présent que l’Iran n’est plus un fervent allié des États-Unis, il n’aurait pas le droit de développer l’énergie nucléaire, même dans des buts pacifiques. Imaginez la profondeur de cette hypocrisie !
Ceux qui prétendent que l’Iran a l’intention de créer l’arme nucléaire n’ont aucune preuve validant leur thèse. C’est une fois encore la propagande des médias dominants qui incite les gens à penser ainsi. Malgré le fait que l’Iran subisse quatre cycles de sanctions du Conseil de Sécurité de l’ONU et différents types de sanctions de la part des États-Unis et de ses alliés, aucun rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique n’a pu fournir de preuves crédibles ni démontrer que le programme nucléaire iranien aurait une dimension militaire. Même les National Intelligence Estimates (NIE) 2010 affirment que l’Iran n’a pas l’intention de construire des armes nucléaires. Je ne comprends donc pas pourquoi les États-Unis et leurs alliés européens prétendent aussi catégoriquement que l’Iran développe des armes nucléaires et devraient être arrêté.
Les sanctions que les États-Unis ont imposées à l’Iran réclament un lourd tribut aux citoyens iraniens ordinaires. Ils se voient privés de médicaments, de nourriture, de biens humanitaires et d’autres biens basiques à la suite de ces sanctions. La valeur de la devise iranienne (rial) s’est incroyablement dépréciée et les hommes d’affaires font face à de sérieux problèmes pour importer des marchandises d’autres pays. Voyager à l’étranger est devenu terriblement difficile à cause de l’augmentation du prix du trafic aérien et aussi parce que les ambassades étrangères ont mis de sérieux obstacles aux visas émis pour les citoyens iraniens.
C’est un châtiment collectif innommable contre les Iraniens pour un crime qu’ils n’ont jamais commis.
Il existe bien d’autres mythes concernant l’Iran et la vie quotidienne en Iran qui devraient être exposés aux gens dans le monde entier ; je me suis contenté d’en expliquer les plus flagrants. Ceux qui ont compris les réalités iraniennes riront devant la fausseté ridicule et la désinformation que la machine de propagande occidentale fabrique à propos de l’Iran. Le meilleur exemple d’engagement d’un citoyen américain à l’Iran “réel” est sans doute incarné par Richard Nelson Frye [92 ans], professeur émérite d’iranien à l’université Harvard, qui, il y a quelques années, a demandé au Président iranien d’être enterré près de l’antique cité d’Ispahan.
Sortez-vous de l’esprit la propagande et la médiatisation outrancière au sujet de l’Iran. Vous ne pourrez connaître ce pays méconnu qu’en rejetant les préjugés et en passant quelques semaines à voyager dans la plus vieille civilisation au monde pour voir de vos propres yeux ce que vous ne pourrez jamais voir sur Fox News, CNN, BBC, ni dans le Washington Post et le New York Times.

Kourosh Ziabari
Info-Palestine

mercredi 14 novembre 2012

Contre la médiocrité : battons-nous sans nous égarer...Le combat est immense ; il demande de l’ardeur, et de l’entraide certainement aussi,....

Cet ennemi est présent partout. Il entre en nous et, nous ayant en quelque sorte « investi », nous neutralise et nous condamne à notre tour à reproduire la médiocrité.
La médiocrité comme horizon indépassable ? meilleur rempart du système capitaliste pour empêcher, à jamais, d’aller voir de l’autre côté, du côté des exploiteurs, de ceux qui tirent les ficelles, et de se battre contre ce système pour l’émancipation et la libération humaine ?
De l’autre côté, nous savons très bien maintenant ce qu’il y a et comment cela fonctionne : un système d’asservissement des individus, d’aliénation, de marchandisation de toutes les dimensions de nos vies, y compris les plus intimes. Un système qui n’a qu’un but : faire toujours plus d’argent. Système qui est prêt, pour cela, pour parvenir à ses fins, à nous plonger dans la plus vulgaire des grossièretés, la médiocrité sans fin, à nous entraîner sur le chemin de la déshumanisation des humains.
La médiocrité, c’est le miroir que l’on nous tend au quotidien, comme seule réponse à nos demandes exigeantes, vitales. C’est ainsi que sont bouchés les interstices, colmatées les brèches dans lesquelles se faufilent ceux de nos rêves qui ne sont pas encore laminés, anéantis.
À force de regarder les gueules de cons que journaux, chaînes de télévisions, films sur grand écran…, nous montrent quotidiennement, nous finissons par ressembler à ces imbéciles tristes sires qui n’ont rien à nous dire, rien à nous apprendre… Pour les imiter, nous mettons les masques de l’arrogance, de la suffisance, pour cacher les misères et les souffrances qui mutilent nos vies. Pour offrir des visages présentables et être mieux à même de nous livrer la guerre les uns aux autres, oubliant que nous sommes d’abord des humains, appartenant à la commune humanité.
À force d’écouter leurs émissions radiophoniques et prises de paroles plus creuses et plus débiles les unes que les autres, nous finissons par raisonner comme eux et reprenons leurs idées, leur vocabulaire pour, à notre insu, discourir, raisonner comme eux !
Attention danger ! Ces plumitifs au service du politique, lui-même assujetti à l’économique…, deviennent notre seule source, la seule alimentation de notre réflexion et de notre inspiration.
Les bobos égocentrés et autosuffisants, petits marquis, notaires et nouveaux maîtres, petits chefs, et dirigeants d’association repus dans leur conformisme et bienpensance, bardés de certitudes, en sont déjà le pur produit.
À force d’utiliser les objets manufacturés de merde qu’ils nous tendent, et de nous en servir, nous devenons cons à notre tour, et asservissons nos vies à des gestes débiles, bien tristes. Nous nous débilitons…
Ce qui est visé ici, ce n’est pas une conspiration d’invisibles (ce qui serait un comble !), mais bien les agissements, et leurs conséquences, du conglomérat réunissant puissances économiques et puissances d’argent aux politiques et à leurs valets faiseurs d’opinions qui sont assez connus, maintenant.Comme le sont sans doute aussi (peut-être pas assez encore, par le plus grand nombre ?) les extraordinaires mécanismes d’asservissement des individus, qu’ils ont développé au cours de ces dernières décennies. Le système publicitaire, longuement analysé par François Brune, fait partie intégrante de ces mécanismes.La prétention de cette présentation, c’est aussi et enfin, de donner envie à tous ceux qu’elle touchera de se rassembler pour dire non ; pour agir sur les causes !
La preuve de ce que j’avance ? la preuve du pudding comme le demandait Marx ? c’est le score du CAC 40 et des indices boursiers dont on parle si peu… C’est le taux de « profitabilité » de leurs affaires. C’est aussi, en face, « de l’autre côté de la barricade », le terrible succès des associations caritatives et humanitaires. Succès dont elles se passeraient bien et qui n’est pas sans les mettre en difficulté.
L’entreprise de salubrité consisterait à dénoncer cette médiocrité, à lui arracher son masque pour l’identifier et la reconnaître pour ce qu’elle est ; pour la repousser et la rejeter !
Une arme, une boussole pour cela : le sens. Ne pas perdre, garder la notion du sens ; de ce qui fait sens. De ce qui est, et reste, esSENSiel. Les valeurs universelles et intemporelles, d’avenir et de partage. Le sens, le directeur du vrai, qui doit nous aider à débusquer la médiocrité que l’on veut nous vendre en échange de nos vies ; en nous empêchant de penser !
Cherchons aussi derrière nos actes quotidiens ; confrontons-les au Politique pour démasquer le superflu, l’inutile, le vain, pour nous en débarrasser.
Attention toutefois à la conduite de l’exercice !
Tout ne se vaut pas ; tout n’est pas à rejeter !
Attention à la machine à laver, semeuse de confusion, qui affiche sur son programme : Tous pourris ; pas d’entraves... pour, au final, mieux nous neutraliser, nous annihiler, mieux nous asphyxier.
Il n’est pas vrai que tout se vaut ! Car il n’est pas vrai que, dans ce combat qui se livrerait dans l’obscurité, dans la confusion idéologique la plus totale, tout le monde rendrait les armes. Ce n’est pas vrai ! Une classe resterait armée, devinez laquelle, pour la bonne et simple raison que l’autre, celle qui veut la faire disparaître, parce que c’est son intérêt, refuserait de l’affronter sur le terrain politique...
C’est-à-dire sur celui de la lutte des classes, pardi...
Oui, pour gagner en liberté, il faut faire tomber des murs et des barrières, mais certainement pas celles, pas ceux qui nous protègent des cachots que l’on veut quitter !
Ne nous trompons pas de combat. Utilisons s’il le faut nos G.P.S. pour le trouver, mais ne faisons pas erreur sur le terrain de bataille ; un terrain de bataille truffé de mines.
On ne devrait jeter qu’après avoir procédé à un tri, à un examen méthodique, rigoureux... En recherchant le sens, la signification, sous l’éclairage aussi de l’histoire, des mouvements sociaux, sous l’éclairage de la culture.
Ne nous détachons jamais des mouvements sociaux, ne coupons pas le lien qui nous unit à eux. Nous en sommes issus, c’est là que s’écrit l’histoire. Ils nous nourrissent, sont notre poumon.
Couper ce cordon, c’est tomber dans l’abîme, perdre l’indispensable connaissance pour résister et réclamer, pour construire.
Ce serait aussi laisser le terrain vierge aux idées des exploiteurs et tomber dans le trou noir. Couper le cordon qui relie l’astronaute à son vaisseau spatial, là-haut dans l’immensité de l’espace...
Pour se résumer : se poser la question du pourquoi, plutôt que celle du comment. Oui, réintroduire le pourquoi, ce mot qui a été supprimé dans notre vocabulaire.
Le terrain de la lutte contre les acquis sociaux sur lequel sont entraînés le grand nombre de ceux à qui ils sont destinés, est édifiant. En même temps qu’il est révélateur du succès des promoteurs de cette lutte, succès vérifiable dans l’engagement contre ces prétendus carcans de tous les exploités qui veulent s’en défaire... Ironie de l’histoire, triste ironie, tu me fais grimacer de voir les fils des esclaves désirer ce que leurs pères combattaient et avaient réussi à encager.
Ainsi de la lutte de certains parents contre la vaccination de leurs jeunes enfants, au nom de la liberté, bien sûr. Ainsi encore de la lutte contre le code de l’habitation et ses prescriptions hygiénistes en matière d’habitat (prescriptions issues des luttes du milieu du XX° siècle contre l’habitat insalubre, lequel réapparaît aujourd’hui dans les grandes villes où l’on parle à présent, faute d’éradiquer le fléau, d’habitat indigne). C’est aussi la liberté de choisir son toit et de vivre en dehors des règles d’urbanisme qui est invoquée pour vivre dans une yourte, sans eau et sans électricité.
Ainsi encore de la désaffection grandissante pour la restauration et les cantines avec leurs menus équilibrés, intervention de diététiciens et contrôles sanitaires.
On a trouvé mieux aujourd’hui ! Au nom de la rapidité, ce sont les Mac Do et autres fast food qui ont les faveurs des jeunes et moins jeunes. Combien d’étudiants, de salariés déjeunent à midi avec un sandwich pris sur un banc ou dans une voiture ? J’en vois tous les jours en sortant du bureau...
Quand à ce texte préhistorique et empoussiéré qu’est le Code du travail... Là encore, on a trouvé mieux pour le remplacer confiait, il y a peu, une publicité aguichante ! L’intérim ! « Là, au moins, je travaille où je veux, quand je veux ! » ; et voici la resucée du travail à domicile avec le télétravail… Soyons modernes !
Dernier avatar en date après la remise en cause du dépistage du cancer du sein, la suppression des devoirs à la maison pour les jeunes écoliers !…
Oui les organisations professionnelles de métiers, les corporations remontant au moyen âge, les services publics créés à la Libération ont été structurant pour notre société ; ils ont constitué autant de services, de réponses collectives aux besoins sociaux ; ils ont été des instruments de cohésion sociale, des piliers du modèle républicain égalitaire et laïc ; et avec les textes qui ont codifiés les acquis sociaux, ils ont constitué autant de facteurs de progrès économique et humain.
Qui, parmi les jeunes générations se souvient, aujourd’hui des Trente glorieuses en France ?
Attention à ne pas abandonner l’enseignement de l’histoire –aussi histoire de la lutte des classes. « Celui qui ne connaît pas son histoire est condamnée à la revire ».
Dire, répéter aux jeunes générations que cela ne s’est pas fait tout seul. Pour construire, faire société, obtenir des acquis sociaux par les luttes, l’homme s’est doté d’outils ; tout comme il a su le faire pour prolonger sa main pour intervenir dans son environnement, son cadre de vie, pour le rendre habitable et en tirer avantage.
Ces outils, c’étaient des syndicats, des partis politiques ; regroupements dans le regroupement d’individus partageant des idéaux en commun pour imprimer, durablement une marque.
Que sont ces outils aujourd’hui devenus ? Qu’en avons-nous fait ? Où sont les camarades ?
Rejeter les structures et professions, nous dit J. Attali, ancien conseiller de Mitterand, aujourd’hui conseiller de tout le monde, expert en tout et n’importe quoi, dans son rapport : Vingt propositions pour libérer la croissance.Rejeter pour faire place à quoi ? Pour mettre en place des auto-entrepreneurs partout ? Après le « Tous actionnaires », le « Tous patrons » ?
À les écouter, c’est l’entier État social (l’État providence qu’ils disent à cause des réponses sociales qu’il apporte avec sa politique de redistribution) qu’il faudrait supprimer.
Que Nenni ! Pour faire place à la médiocrité et au recul social aussi porteur du retour, attendu, déjà perceptible, des tribus et des clans, du communautarisme ? Pour faire place aux replis sectaires, identitaires, la lutte du tous contre tous ?
C’est au contraire en se rassemblant en société que l’homme a fait humanité et est devenu lui-même humain, qu’il a fait de grandes choses, pour tous, qui ont profité à tous, assuré le progrès de tous et de chacun. À contrario, si elle prenait le risque de se séparer, cette humanité, notre humanité, disparaîtrait et verrait, à sa place, triompher les tribus et les clans.
Bel horizon, beau programme que portent en leur sein ces déréglementations, cette casse tous azimut, urbi et orbi, de l’État social…
Méfions-nous de ces faux-amis, de ceux qui nous convient à exécrer ce que nous devrions tant apprécier.
Méfions-nous aussi du vide interstellaire, tout comme de celui que la nature déteste. Le rien n’existe pas ; aussi longtemps qu’il existera deux classes antagoniques, ce rien sera en fait la victoire des valeurs d’une classe sur l’autre.
Il n’y a pas de modèle social, pas de cohésion sociale sans valeurs. Et la cohésion sociale, nous y tenons. C’est là que réside le moteur des possibles progrès humains que nous avons encore à faire. Dans ce combat contre les chaînes et les contraintes, la loi de l’argent, le talon de fer ; dans ce combat contre des rapports sociaux médiocres parce que aliénés, dans cette contestation des règles et des modes de vies..., il aurait fallu les remplacer par d’autres, supérieurs, en ce sens que plus humanistes, plus progressistes, plus généreux encore. Or nous les avons remplacés soit disant par rien, pour desserrer les carcans et faire le lit de la modernité et de la liberté. En réalité, c’est la médiocrité qui est venue se coucher dans le lit de la modernité pour cacher les fondamentaux purs et durs de l’exploitation de l’homme par l’homme toujours, plus que jamais à l’œuvre. Combien de suicides, aujourd’hui parmi ceux qu’on appelait autrefois les cols blancs, sur leurs lieux même de travail ? Dans les grands bureaux des sociétés, le siège des ministères ? On ne compte plus…
En politique comme dans la nature, il n’y a pas de vide… et la lutte, la guerre des classes n’aura de cesse d’exister et de faire souffrir. Aussi longtemps qu’il existera des classes sociales antagoniques. Quand une classe n’a pour objectif que d’exploiter et d’asservir l’autre. Aujourd’hui, la classe dominante a gagné.
In tartiflette we trust ! Bien sûr mon grand… Essaye-donc de rédiger une demande d’emploi avec ton écriture de texto/SMS : avec ça tu iras loin, très loin ! Dans la présipauté de Groland peut-être …
Et moi, je veux aller plus loin, ne pas me laisser engluer dans cette réalité de pacotille, dans laquelle on veut nous faire sombrer, à jamais, pour nous faire taire ; nous déposséder de nos rêves.
Parce que je connais le trou noir/le triangle des Bermudes, dans lequel nous allons sombrer et disparaître. C’est aussi le terrain sur lequel, profitant du retrait des piliers essentiels qui assurent la solidité de l’ordre social, réapparaissent le communautarisme, l’ordre tribal... Et de ce retour, qui consacre un regret de la civilisation, de la civilité, de la sociabilité dont j’ai besoin pour vivre et m’épanouir, je ne veux pas !
C’est pourtant bien le destin, inné, de l’homme que de rêver ! de faire le chemin.
Pourquoi rebrousser et tourner en rond dans l’aquarium ? Quelle fatalité viendrait-elle nous dissuader de chercher au-delà ? Fatalité, dis-moi ton nom, si tu l’oses, je me fais fort de te démasquer et de mettre à jour les liens qui t’unissent aux puissances d’argent pour nous asservir, nous aliéner.
Des forces, des voix sont toujours là, et c’est heureux, qui s’élèvent, pour nous aider à lutter contre l’obscurantisme qui regagne du terrain, assombrit nos projets communs, nos utopies….
Ah, qu’il est plus facile à l’œil de regarder le doigt que la lune.Lorsque les politiques qui regardent tous ces doigts qui se lèvent, proposeront de s’attaquer, vraiment, aux causes des problèmes, pour les éradiquer, plutôt qu’à leurs conséquences ; quand ils commenceront à troubler l’ordre des choses, alors ils mériteront le qualificatif de « politiques ».
Et pourtant, c’est là que se terre, que se tient le rêve, le projet de l’homme. Sa place l’attend dans l’impensé, dans le vide qui reste à occuper ! La grandeur, la beauté, l’air frais et l’horizon des cimes ! Ce n’est qu’en s’élevant et en prenant de l’altitude que le regard de l’homme peut embrasser l’univers et y trouver la place où poser un projet neuf et inédit. Celui à jamais accompli à ce jour !
Les moulins à abattre sont innombrables ; la médiocrité est partout, tous les jours, dans toutes les pores de notre quotidien. Le combat est immense, incessant, sans fin… La libération ne sera qu’à ce prix : la dénonciation, la désadiction et la confrontation. La confrontation à nos idéaux, ceux qui ont traversé l’histoire et n’ont pas été souillés encore ; ceux qui sont restés vierges et constituent pour cela autant de boussoles. De boussoles pour nous guider, et non de buts déjà définis. Rien n’est écrit ! tout est à inventer ! Seule la direction existe : regarder vers le haut !
Faire vivre nos valeurs minimales et fondamentales, celles dont nous n’avons pas perdu la trace;celles dont nous sommes sûrs et qui peuvent servir de fondation, de point de départ à cette démarche exigeante, permanente, incessante, tant la médiocrité a pris de place dans nos vies.
Le combat est immense ; il demande de l’ardeur, et de l’entraide certainement aussi, chez les combattants qui voudront le mener. Il est exaltant. C’est le seul qui vaille d’être mené !
La connerie,autre nom de la médiocrité, est immense ; elle est vraiment partout !
Cette bagarre incessante, ce combat permanent à mener, ne nous épuisera pas pour autant qu’il fera apparaître des trouées de ciel bleu qui seront autant de nécessaires apports d’oxygène et d’encouragements à poursuivre, après avoir entraperçu la bonne direction, après avoir perçu que le bonheur existe, ailleurs que dans les nues, ailleurs que dans la médiocrité ambiante…
Désadiction, désaccoutumance, pour gagner des espaces de liberté et y entreposer, déjà, y faire vivre les valeurs qui vont nous accompagner dans ces combats salvateurs. Ne les perdons pas de vue ; ne laissons pas s’éteindre ces petites flammes ; nous avons besoin de ces lucioles pour nous guider et avancer.
Pour ce qui me concerne, je vous saluerai toujours, je saurai toujours vous remercier, j’utiliserai toujours une formule de politesse dans mes courriers, y compris maintenant dans mes courriers électroniques (courriels). Je veux rester civilisé, rattaché à vous par la civilisation. J’ai besoin de vous et nous avons encore de grandes choses à faire ensemble.
Sur mon prochain message, je citerai citer Guillaume Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles ».

Jean-Marc GARDES

Documentaire inédit (12 mn) D. Gautier, J. Ortiz : "EVA LA ROUGE" recherche son frère...

Ce film est extrait d'un projet de documentaire réalisé par Jean Ortiz et Dominique Gautier sur les femmes républicaines et le franquisme. Cette séquence traite des enfants volés par les franquistes à leurs familles républicaines. Eva Cortes témoigne.


Des dizaines de milliers d'enfants ont été volés par les franquistes à leurs mères républicaines ("l'anti-Espagne") et confiés en "adoption" à des "familles catholiques" et "saines", de "race supérieure espagnole", afin de les "purifier", "rééduquer", et ce avec la participation essentielle de la Phalange et de l'Eglise espagnole. La dictature franquiste, par un décret de 1941, autorisa à changer le nom et le prénom de ces enfants.

Ce crime d’Etat, crime contre l’humanité, est considéré comme IMPRESCRIPTIBLE. Toutes les lois, conventions, tous les traités européens, internationaux, obligent l’Etat espagnol à assumer ses responsabilités, à les rechercher.
Or, l’Etat espagnol et les différents gouvernements qui se sont succédés depuis la mort de Franco, ne font rien (et n’ont rien fait), alors qu’en Argentine (800 enfants volés) le gouvernement a mis en place une Commission de recherche, une Banque de données ADN, une aide aux familles, et emprisonné des dizaines de tortionnaires, de militaires, coupables de "crimes contre l’humanité...Aucune loi dite d’ "amnistie" (en réalité d’impunité), ne peut amnistier ces faits.
Des dizaines de milliers d’Antonio hantent les rues, les villes et villages espagnols. Morts-vivants ? Vivants-morts ? Disparus en vie.
"EVA LA ROUGE", cela se passe au centre du "monde libre", en Union Européenne...
Après le rapt massif à des fins de revanche et d’épuration politique et idéologique (années de la Guerre d’Espagne et années 1940), les mêmes réseaux fascistes de religieuses, sages-femmes, notaires, médecins, avocats... se transformeront, jusqu’aux années 1970, en "mafia des maternités et hôpitaux", à des fins lucratives de négoce.
L’Espagne reste une démocratie imparfaite, bancale, et la crise qu’elle vit appelle une République sociale et fédérale.
Jean Ortiz

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lundi 12 novembre 2012

CHILI : Cecilia Magni, devenue « Commandante Tamara » : « Je suis chef et j’ai des hommes sous mes ordres. »

...elle fut baptisée « Tamara » par ses compagnons, en souvenir de Tamara Bunke, la révolutionnaire qui lutta aux côtés du Che.

Cecilia Magni, devenue « Commandante Tamara »
 Les meilleurs limiers n’avaient de cesse de la rechercher.
Née dans une famille bourgeoise, elle commença à participer aux manifestations contre le régime militaire six mois après son entrée à la faculté de Sociologie de l’Université du Chili. Puis elle rejoignit les rangs des Jeunesses Communistes, organisation interdite par la dictature. Sa famille ne le sut que deux ans plus tard, de sa propre bouche : « Je suis membre du Parti Communiste. Je suis communiste. » (1) Les relations avec son père, qu’elle adorait, devinrent tendues, car dans cette famille on admirait le général Augusto Pinochet.
Peu de temps après, elle entra dans la guérilla du Front Patriotique Manuel Rodriguez, FMPR, prenant pour cela la décision la plus dure de toute sa vie : cesser de partager le quotidien avec sa fillette de deux ans. Le père de l’enfant, qui approuvait son engagement, assuma l’éducation de la petite. « Je ne peux éprouver de la souffrance pour une seule petite fille, qui est mon enfant et que j’aime, quand je vois souffrir des milliers d’enfants qui n’ont droit à rien. », avait-elle dit à sa sœur. Quitter le reste, le confort et le prestige que pouvait lui apporter la richesse de sa famille, ne lui posait pas de problème : « Je me suis engagée car je croyais en une société différente, plus juste et ce chemin est plus réaliste. Je suis cohérente avec mes idées (…) La lutte est l’unique forme réaliste et valable pour changer le cap du pays », déclara-t-elle depuis la clandestinité à la revue Hoy, en 1987.
Jolie fille au regard vif, charmante, tendre et pleine d’énergie, elle refusait la médiocrité : « Même si tu es balayeuse, tu dois être la meilleure », répétait-elle à sa petite sœur. Infatigable lectrice, elle fut baptisée « Tamara » par ses compagnons, en souvenir de Tamara Bunke, la révolutionnaire qui lutta aux côtés du Che.
Elle débuta la lutte militaire en participant à l’explosion d’un pont ferroviaire et à l’attaque d’une agence de change, dont elle s’échappa à moto au beau milieu d’un échange de tirs. Elle réussit une vertigineuse ascension à l’intérieur de l’organisation de guérilla et devint la seule femme ayant obtenu le rang de « commandant » dans la direction très fermée du Front. Ceci, grâce à ses capacités politiques et militaires innées et à ses qualités de grande conspiratrice. Elle traitait toujours avec affection ceux qu’elle commandait, allant même jusqu’à se préoccuper de leurs problèmes personnels, comme il se doit pour un dirigeant.
Au cours de l’année 1986, Cecilia Magni, devenue « Commandante Tamara », se retrouva parmi les principales personnes chargées de planifier l’action la plus risquée jamais réalisée par le FPMR. « L’Opération XXème Siècle ». La mort du dictateur Augusto Pinochet en était le but. Au dernier moment et malgré ses protestations, il fut décidé de ne pas la faire participer à l’embuscade, car il était possible qu’aucun guérillero n’en sorte vivant, et son expérience en logistique était indispensable pour le Front. Le 7 septembre de cette année-là, Pinochet revenait à la capitale après un week-end de repos, quand une vingtaine d’hommes du Front accueillirent son cortège sous un feu nourri. Au bout des huit minutes que dura l’audacieuse opération, on releva parmi les gardes du corps cinq morts et onze blessés. Pinochet en sortit indemne, car la fusée lancée contre son auto n’éclata pas : tirée à trop courte distance, elle n’avait pas suffisamment de puissance pour transpercer le blindage. Les guérilleros ne subirent aucune perte. Tamara, en tant que responsable de l’acquisition de voitures et de maisons pour mettre le groupe à l’abri, ainsi que du transfert de l’armement, avait fait un sans faute. La dictature souligna que l’action avait été « une parfaite opération de renseignement ».
Le 21 octobre 1988, avec le plus haut responsable du FPMR, Raul Pellegrin Friedmann, elle dirigea la prise militaire de quelques villages dans la Sierra Bellavista et de la caserne de Los Queñes, au centre du pays. Les services de répression commencèrent une chasse sans merci contre le couple jusqu’à son arrestation. Le 29, son corps fut retrouvé dans une rivière. Le lendemain, ce fut au tour de celui de Pellegrin. La dictature assura qu’ils étaient « morts noyés », alors que leurs corps portaient d’horribles marques de torture, et que la colonne vertébrale de Cecilia était brisée. Leur capture fut le résultat d’une trahison. Cecilia « Tamara » Magni avait 31 ans.
Pellegrin n’était pas seulement un compagnon politique mais aussi l’homme de sa vie. Le père de son enfant déclara quelques temps après : « En amour et en politique, Cecilia fut fidèle et loyale jusqu’aux ultimes conséquences. » Son père affirma que s’il avait su qu’elle mourrait ainsi : « Jamais je ne me serais fâché avec elle ». Et sa propre fille, déjà adolescente, déclara : « Les décisions des personnes ont une valeur qu’il faut respecter, je ne peux pas la remettre en cause, ce serait lui manquer de respect ».
Dans l’interview qu’elle donna en 1987 à la revue Hoy, la commandante Tamara disait aussi :« Je suis chef et j’ai des hommes sous mes ordres. J’ai été en charge de troupes, masculines bien sûr. Jamais je n’ai eu de problèmes. Je t’assure que mes subordonnés me considèrent difficilement comme une femme. Une fois, ils m’ont vue les armes à la main, j’avais des grenades et un révolver. C’est la seule fois qu’ils m’ont dit « Que tu es jolie ». »
Hernando Calvo Ospina
http://hcalvospina.free.fr/spip.php?article411
Traduction : Hélène Vaucelle
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