mercredi 14 novembre 2012

Documentaire inédit (12 mn) D. Gautier, J. Ortiz : "EVA LA ROUGE" recherche son frère...

Ce film est extrait d'un projet de documentaire réalisé par Jean Ortiz et Dominique Gautier sur les femmes républicaines et le franquisme. Cette séquence traite des enfants volés par les franquistes à leurs familles républicaines. Eva Cortes témoigne.


Des dizaines de milliers d'enfants ont été volés par les franquistes à leurs mères républicaines ("l'anti-Espagne") et confiés en "adoption" à des "familles catholiques" et "saines", de "race supérieure espagnole", afin de les "purifier", "rééduquer", et ce avec la participation essentielle de la Phalange et de l'Eglise espagnole. La dictature franquiste, par un décret de 1941, autorisa à changer le nom et le prénom de ces enfants.

Ce crime d’Etat, crime contre l’humanité, est considéré comme IMPRESCRIPTIBLE. Toutes les lois, conventions, tous les traités européens, internationaux, obligent l’Etat espagnol à assumer ses responsabilités, à les rechercher.
Or, l’Etat espagnol et les différents gouvernements qui se sont succédés depuis la mort de Franco, ne font rien (et n’ont rien fait), alors qu’en Argentine (800 enfants volés) le gouvernement a mis en place une Commission de recherche, une Banque de données ADN, une aide aux familles, et emprisonné des dizaines de tortionnaires, de militaires, coupables de "crimes contre l’humanité...Aucune loi dite d’ "amnistie" (en réalité d’impunité), ne peut amnistier ces faits.
Des dizaines de milliers d’Antonio hantent les rues, les villes et villages espagnols. Morts-vivants ? Vivants-morts ? Disparus en vie.
"EVA LA ROUGE", cela se passe au centre du "monde libre", en Union Européenne...
Après le rapt massif à des fins de revanche et d’épuration politique et idéologique (années de la Guerre d’Espagne et années 1940), les mêmes réseaux fascistes de religieuses, sages-femmes, notaires, médecins, avocats... se transformeront, jusqu’aux années 1970, en "mafia des maternités et hôpitaux", à des fins lucratives de négoce.
L’Espagne reste une démocratie imparfaite, bancale, et la crise qu’elle vit appelle une République sociale et fédérale.
Jean Ortiz

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lundi 12 novembre 2012

CHILI : Cecilia Magni, devenue « Commandante Tamara » : « Je suis chef et j’ai des hommes sous mes ordres. »

...elle fut baptisée « Tamara » par ses compagnons, en souvenir de Tamara Bunke, la révolutionnaire qui lutta aux côtés du Che.

Cecilia Magni, devenue « Commandante Tamara »
 Les meilleurs limiers n’avaient de cesse de la rechercher.
Née dans une famille bourgeoise, elle commença à participer aux manifestations contre le régime militaire six mois après son entrée à la faculté de Sociologie de l’Université du Chili. Puis elle rejoignit les rangs des Jeunesses Communistes, organisation interdite par la dictature. Sa famille ne le sut que deux ans plus tard, de sa propre bouche : « Je suis membre du Parti Communiste. Je suis communiste. » (1) Les relations avec son père, qu’elle adorait, devinrent tendues, car dans cette famille on admirait le général Augusto Pinochet.
Peu de temps après, elle entra dans la guérilla du Front Patriotique Manuel Rodriguez, FMPR, prenant pour cela la décision la plus dure de toute sa vie : cesser de partager le quotidien avec sa fillette de deux ans. Le père de l’enfant, qui approuvait son engagement, assuma l’éducation de la petite. « Je ne peux éprouver de la souffrance pour une seule petite fille, qui est mon enfant et que j’aime, quand je vois souffrir des milliers d’enfants qui n’ont droit à rien. », avait-elle dit à sa sœur. Quitter le reste, le confort et le prestige que pouvait lui apporter la richesse de sa famille, ne lui posait pas de problème : « Je me suis engagée car je croyais en une société différente, plus juste et ce chemin est plus réaliste. Je suis cohérente avec mes idées (…) La lutte est l’unique forme réaliste et valable pour changer le cap du pays », déclara-t-elle depuis la clandestinité à la revue Hoy, en 1987.
Jolie fille au regard vif, charmante, tendre et pleine d’énergie, elle refusait la médiocrité : « Même si tu es balayeuse, tu dois être la meilleure », répétait-elle à sa petite sœur. Infatigable lectrice, elle fut baptisée « Tamara » par ses compagnons, en souvenir de Tamara Bunke, la révolutionnaire qui lutta aux côtés du Che.
Elle débuta la lutte militaire en participant à l’explosion d’un pont ferroviaire et à l’attaque d’une agence de change, dont elle s’échappa à moto au beau milieu d’un échange de tirs. Elle réussit une vertigineuse ascension à l’intérieur de l’organisation de guérilla et devint la seule femme ayant obtenu le rang de « commandant » dans la direction très fermée du Front. Ceci, grâce à ses capacités politiques et militaires innées et à ses qualités de grande conspiratrice. Elle traitait toujours avec affection ceux qu’elle commandait, allant même jusqu’à se préoccuper de leurs problèmes personnels, comme il se doit pour un dirigeant.
Au cours de l’année 1986, Cecilia Magni, devenue « Commandante Tamara », se retrouva parmi les principales personnes chargées de planifier l’action la plus risquée jamais réalisée par le FPMR. « L’Opération XXème Siècle ». La mort du dictateur Augusto Pinochet en était le but. Au dernier moment et malgré ses protestations, il fut décidé de ne pas la faire participer à l’embuscade, car il était possible qu’aucun guérillero n’en sorte vivant, et son expérience en logistique était indispensable pour le Front. Le 7 septembre de cette année-là, Pinochet revenait à la capitale après un week-end de repos, quand une vingtaine d’hommes du Front accueillirent son cortège sous un feu nourri. Au bout des huit minutes que dura l’audacieuse opération, on releva parmi les gardes du corps cinq morts et onze blessés. Pinochet en sortit indemne, car la fusée lancée contre son auto n’éclata pas : tirée à trop courte distance, elle n’avait pas suffisamment de puissance pour transpercer le blindage. Les guérilleros ne subirent aucune perte. Tamara, en tant que responsable de l’acquisition de voitures et de maisons pour mettre le groupe à l’abri, ainsi que du transfert de l’armement, avait fait un sans faute. La dictature souligna que l’action avait été « une parfaite opération de renseignement ».
Le 21 octobre 1988, avec le plus haut responsable du FPMR, Raul Pellegrin Friedmann, elle dirigea la prise militaire de quelques villages dans la Sierra Bellavista et de la caserne de Los Queñes, au centre du pays. Les services de répression commencèrent une chasse sans merci contre le couple jusqu’à son arrestation. Le 29, son corps fut retrouvé dans une rivière. Le lendemain, ce fut au tour de celui de Pellegrin. La dictature assura qu’ils étaient « morts noyés », alors que leurs corps portaient d’horribles marques de torture, et que la colonne vertébrale de Cecilia était brisée. Leur capture fut le résultat d’une trahison. Cecilia « Tamara » Magni avait 31 ans.
Pellegrin n’était pas seulement un compagnon politique mais aussi l’homme de sa vie. Le père de son enfant déclara quelques temps après : « En amour et en politique, Cecilia fut fidèle et loyale jusqu’aux ultimes conséquences. » Son père affirma que s’il avait su qu’elle mourrait ainsi : « Jamais je ne me serais fâché avec elle ». Et sa propre fille, déjà adolescente, déclara : « Les décisions des personnes ont une valeur qu’il faut respecter, je ne peux pas la remettre en cause, ce serait lui manquer de respect ».
Dans l’interview qu’elle donna en 1987 à la revue Hoy, la commandante Tamara disait aussi :« Je suis chef et j’ai des hommes sous mes ordres. J’ai été en charge de troupes, masculines bien sûr. Jamais je n’ai eu de problèmes. Je t’assure que mes subordonnés me considèrent difficilement comme une femme. Une fois, ils m’ont vue les armes à la main, j’avais des grenades et un révolver. C’est la seule fois qu’ils m’ont dit « Que tu es jolie ». »
Hernando Calvo Ospina
http://hcalvospina.free.fr/spip.php?article411
Traduction : Hélène Vaucelle
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samedi 10 novembre 2012

Documentaire : Les dossiers secrets du Pentagone -un dossier sur la guerre du Vietnam classé secret défense


Comment, grâce à un conseiller du Pentagone, les citoyens américains ont appris que tous leurs présidents, de Kennedy à Nixon, leur avaient menti à propos du Viêt-Nam.

En 1971, Daniel Ellsberg, un brillant analyste employé comme consultant par le Pentagone, fait parvenir au New York Times un dossier sur la guerre du Vietnam classé secret défense. Ce document de 7000 pages révèle les mensonges d’Etat sur cette guerre.
Daniel Ellsberg devient alors l’homme le plus recherché en Amérique. Henry Kissinger, alors conseiller de Nixon à la Défense nationale, le baptise « l’homme le plus dangereux des Etats-Unis ». Richard Nixon le qualifie lui de « fils de pute ». Daniel Ellsberg sera poursuivi pour vol, conspiration et espionnage. Des agents de la CIA tenteront même de dérober son dossier médical chez son psychiatre pour le charger davantage.
Pourtant, le but de l’ancien consultant était simplement d’arrêter une guerre inutile, barbare, coûteuse et injustifiée.

Assumer l'heritage de la Révolution d'Octobre...En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification.

Vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre!
...Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire...Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste.

Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!
Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire, il y a un besoin urgent de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification.

« Nous ne nous présentons pas au monde en doctrinaires avec de nouveaux principes : voilà la vérité, mettez-vous à genoux ! Nous développons pour le monde des principes nouveaux que nous tirons des principes du monde. Nous ne lui disons pas : renonce à tes luttes, ce sont des bêtises, et nous te ferons entendre la vraie devise du combat. Nous ne faisons que montrer au monde pourquoi il lutte en réalité, et la conscience est une chose qu’il doit acquérir, quand même il s’y refuserait. » Lettre de Marx à Ruge, septembre 1843

Notre Octobre

par Andrea Catone, directeur de Marx XXI, revue marxiste liée au Parti des communistes italiens (PdCI) juin 2006
 
Commémorer l'Octobre soviétique n'est plus depuis longtemps à la mode ni politiquement correct pour la gauche. On préfère plutôt rendre hommage à d'autres « octobre »: la « chute du mur de Berlin » en 1989 ou l'insurrection anti-communiste de Budapest en 1956 saluée par le président de la république Napolitano et par le président de l'Assemblée Bertinotti – l'un ancien communiste, l'autre leader d'un parti qui se réclame de la refondation communiste – comme la vraie révolution annonciatrice des « révolutions » de 1989-91 qui marquèrent la fin des démocraties populaires et de l'URSS, de ce long cycle historique qui traverse le « court siècle », inauguré justement par la révolution d'Octobre. La boucle semble se boucler. Le verdict de l'histoire – dit-on – a été prononcé sans discussion possible: cette révolution (mais parmi les repentis du communisme certains ont même épousé la thèse du putsch, du coup d'Etat) a produit d'indicibles horreurs et elle s'est achevée dans un champ de ruines. De là une condamnation sans appel, l'abolition de cette histoire, son effacement du calendrier des anniversaires qu'il convient de rappeler aux nouvelles générations pour leur formation communiste. Et ceux qui veulent se réclamer de l'histoire des révolutions communistes du XXème siècle ouvert par l'Octobre soviétique sont étiquetés de nostalgique, irrémédiablement incapables de lire les défis du temps présent.

C'est actuellement la tendance dominante – exceptées de méritoires exceptions – dans la culture politique de la « gauche », des héritiers de ce que fut le parti communiste italien et de la « nouvelle gauche » soixantehuitarde et post-soixanthuitarde, en Italie et dans de nombreux pays du monde. Cette situation est bien présente aux communistes qui résistent, qui n'acceptent pas l'effacement d'une histoire, d'un projet de société, d'une identité qui a marqué profondément l'histoire du XXème siècle et que l'on veut aujourd'hui condamner au silence et à l'oubli.
   
Contre cette tendance majoritaire et dévastatrice, qui semble tout renverser dans sa furie iconoclaste, dont ne peuvent être sauvés non seulement les bolchéviques – cela va de soi – mais pas plus Rousseau et les jacobins français et quiconque qui ait l'odeur du révolutionnaire (la seule « révolution » aujourd'hui acceptée est la contre-révolution!), la première réaction immédiate et passionnée est celle de brandir bien haut notre drapeau rouge et de crier de toutes nos forces: vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre, qui a ouvert la voie à la libération des peuples du joug colonial et impérialiste! Vive le parti bolchévique qui a su – seul parmi les partis de la Seconde internationale – déclarer la guerre à la guerre et transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire! Vive l'Internationale communiste, qui a formé une génération de communistes capables de lutter dans la clandestinité contre le fascisme et de mener les résistances en Europe! Vive l'Union soviétique, qui avec l'armée rouge et la résistance de ses peuples a été déterminante dans la victoire contre le nazisme et le fascisme! Vive l'URSS qui après la guerre a su affronter l'impérialisme américain et a favorisé, par sa seule existence, la résistance vietnamienne, la libération de l'Angola et du Mozambique, les luttes anti-coloniales, la révolution cubaine et les luttes populaires en Amérique latine!

Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!

Et cela, nous le disons et le rappelons à ceux qui veulent effacer de l'histoire le communisme du XXème siècle. Mais cela ne suffit pas, et au contraire, si cela reste seulement un cri désespéré contre l'infamie et la calomnie, cela peut être également une réaction impuissante, le signe d'une faiblesse stratégique. La commémoration comme fin en soi n'a jamais intéressé les communistes. Le jeune Gramsci dans un de ses articles passionnés accusait le parti socialiste d'avoir réduit Marx à une icône, un saint, à ressortir pour les grandes occasions, les commémorations, les anniversaires, pour ensuite le laisser pourrir au grenier tout le reste de l'année, en évitant scrupuleusement de transformer en action politique vivante sa pensée critique.

Rappeler, défendre, approfondir la mémoire historique est utile et nécessaire dans la mesure où nous réussissons à traduire cette mémoire en action culturelle et politique, en consolidation et accumulation de forces communistes, en formation politique pour les nouvelles générations. Nous ne sommes pas ici pour agiter des drapeaux ou des icônes, nous ne sommes pas les nostalgiques (même si cette « nostalgie » communiste est un sentiment qui mérite le respect) d'un paradis perdu, d'illusions non-réalisées, d'un noble rêve, d'une utopie irréalisable. Si le 7 novembre 1917 est encore une date dont nous devons nous souvenir et que nous devons honorer, ce n'est pas seulement pour rendre un hommage mérité aux furies héroïques d'un temps révolu, nous ne cherchons pas à être les avocats commis d'office de la révolution. L'Octobre soviétique n'en a pas besoin comme les communistes aujourd'hui n'en ont pas non plus besoin.

Par ailleurs, il y a un besoin urgent. En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification. Le communisme naît comme critique – critique théorique de l'économie politique bourgeoise dans le « Capital » de Marx et critique comme praxis (et l'action théorique est également une action pratique dans la mesure où elle influe sur la transformation des rapports sociaux), pratique politique pour l'abolition de l'état actuel des choses, pour la transformation des rapports de propriété bourgeois en propriété communiste. Il faut savoir se réapproprier de manière critique notre histoire communiste du XXème siècle.
   
Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire – pour partie de façon très grossière, pour partie avec des moyens plus raffinés qui tirent profit également de centaines de milliers et de millions de documents historiques soviétiques et des pays qui furent des démocraties populaires rendus aujourd'hui accessibles aux chercheurs. Sur ce terrain, nous ne sommes pas à la traîne. Qui a essayé d'écrire en histoire sait que c'est par la sélection que le chercheur opère dans la documentation archivistique qu'il peut tracer tel ou tel cadre d'analyse.
 
Les documents – en en vérifiant philologiquement l'authenticité – rapportent les faits, mais à l'intérieur d'une masse qui comme dans le cas russe est véritablement extraordinaire (6 millions de documents dans les Archives centrales russes) on peut sélectionner certains éléments et en omettre d'autres. Ainsi, l'histoire de l'URSS peut aussi être réduite à celle d'un immense Goulag et la famine en Ukraine dans les années 1930 peut être attribuée à un plan stalinien diabolique d'élimination physique d'une nation. Il est temps de commémorer l'Octobre en dotant les communistes des instruments adéquats pour répondre aux dénigrements et à la démolition de l'expérience historique du communisme du XXème siècle.

Mais il ne s'agit pas seulement de répondre à la diffamation historique.Le travail que les communistes peuvent et doivent entreprendre dans la connaissance de l'histoire des révolutions ne peut pas être principalement « réactif », il ne doit pas naître seulement de la réponse aux attaques. L'étude passionnée et critique de notre histoire doit savoir jouer avec plusieurs coups d'avance – pour le dire par un trait d'esprit: il ne faut attendre août 2008 pour travailler sur une compréhension solide de ce qui a emmené les chars soviétiques à Prague. Les communistes doivent se concevoir et s'organiser comme formation autonome, qui prenne l'initiative également sur le terrain dangereux et fondamental de la lutte culturelle, sans attendre que ce soient les autres qui choisissent et fixent le terrain sur lequel nous affronter.

L'histoire – dans tous ses aspects – des révolutions communistes du XXème siècle doit être étudiée et approfondie en se dotant de tous les instruments appropriés pour un travail collectif critique non seulement pour vaincre le « révisionnisme historique » mais parce qu'elle constitue un bagage d'expériences fondamentales pour la lutte politique d'aujourd'hui, ses perspectives.
 
Pour en citer seulement un aspect: le terrain de la construction d'une nouvelle organisation économique fondée sur une propriété majoritairement publique, étatique, et dans certains cas sociale. Cette organisation économique, tant admirée aussi par les pays en développement parce qu'elle a réussi à doter l'URSS en quelques années d'un grand appareil industriel, l'emmenant à pouvoir faire concurrence dans certains domaines avec les pays capitalistes les plus avancés, n'a pas réussi à passer au stade supérieur d'une économie intensive à haute productivité. Et cela fut certainement une des causes qui ont conduit le pays d'Octobre à sa fin peu glorieuse de 1991.
 
Mais pendant ce temps, les bolchéviques et les communistes des démocraties populaires se sont posés et se sont mesurés à la question de l'organisation et la gestion d'une économie socialisée, avec certains succès à côté de lourdes défaites.
 
Ce grand patrimoine d'expériences, de théorisation de l'économie politique du socialisme, de pratiques, ne peut pas être rejeté dans l'oubli par ceux qui se proposent comme fin le dépassement de la propriété bourgeoise en propriété socialiste. Seuls ceux qui ont embrassé un nouveau bernsteinisme et défendent la thèse que le mouvement est tout et la fin rien – et qu'on ne peut ni ne doit rien dire sur une société socialiste, mais attendre que quelque chose émerge des contradictions seules de la société – peut éluder la référence à cette expérience. Mais les contradictions du capitalisme, comme Walter Benjamin en avait bien l'intuition, ne mènent pas inévitablement au socialisme, et sans l'action consciente et organisée, dirigée vers une fin, peuvent mener à la destruction de la civilisation: socialisme ou barbarie.

La pire conséquence de l'idéologie de la fin des idéologies et de l'élimination de l'histoire communiste est le total obscurcissement des perspectives de transformation future de la société. La tactique, dans un présent sans histoire, sans passé et sans futur, est devenue le pain quotidien d'une bonne partie du personnel politique ex-communiste ou pseudo-communiste. A bien y regarder, ce n'est rien d'autre que l'apologie du capitalisme existant. La couverture de l'oubli qui recouvre l'histoire ouverte avec Octobre vise également – et surtout – à cela: pas seulement à régler ses comptes avec l'histoire communiste, mais surtout à éluder la question de la perspective communiste. La classe politique nihiliste ex-communiste ou pseudo-communiste n'est pas en mesure et ne veut pas aller au-delà de la tactique quotidienne.

Étudier Octobre – et le rappeler aujourd'hui, comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas chercher à agiter des drapeaux mais à construire une science communiste pour la construction d'une société socialiste – nous permet au contraire de penser et d'agir stratégiquement, sans élever la tactique en une fin en soi.

Penser en termes stratégiques et pas seulement réactifs. Ce qui nous manque aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, cela nous conduit aujourd'hui à commémorer ce grand tournant de l'histoire que fut le 1917 russe. La grandeur de nos maîtres – de Lénine en premier lieu – est d'avoir su placer tout choix tactique à l'intérieur d'une grande perspective, mettant au premier plan la question stratégique. Penser stratégiquement signifie construire les conditions pour que ce soient les communistes qui fixent le terrain sur lequel poser les grandes questions. Réagir, répondre aux attaques et aux provocations de l'adversaire est juste et méritoire, mais la seule réaction ne nous fait pas accomplir le bond qualitatif dont les communistes ont aujourd'hui plus que jamais besoin. L'ordre du jour du monde, des grandes questions culturelles d'importance stratégique, ce ne sont pas les autres qui doivent nous l'imposer, mais c'est aux communistes de le fixer.

Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste. Un élément important pour cette pensée stratégique est la construction, en coordonnant les forces et les intelligences, capables de lire notre histoire et d'analyser les contradictions mondiales et leur développement, en pensant la révolution, ce qui signifie isoler dans les contradictions de l'impérialisme les prémisses non seulement d'une résistance des peuples aux agressions, mais aussi de la possible transformation de la guerre en révolution, de la résistance nationale en transition socialiste. Commémorer aujourd'hui Octobre signifie passer de la résistance réactive à la « résistance stratégique ». On ne peut pas être seulement « anti »: anti-capitalistes, anti-fascistes, anti-impérialistes. Octobre russe ne fut pas seulement contre la guerre, « pacifiste », elle ne fit pas seulement la « guerre à la guerre », mais a transformé la guerre en révolution sociale.

Penser stratégiquement signifie savoir se doter aujourd'hui également des instruments culturels pour la transformation socialiste au XXIème siècle. Nous ne regarderons pas l'histoire du communisme du XXème siècle comme un témoignage du passé à sauvegarder des intempéries et intempérances des nouveaux barbares, comme les moines coptes qui sauvaient les trésors perdus des classiques antiques, mais comme une mine précieuse, un trésor d'expériences dont on peut apprendre, un patrimoine d'inestimable valeur où doivent s'immerger les racines de notre identité et de notre avenir. Nous ne vivrons pas ainsi plongés dans la tactique quotidienne d'un présent sans histoire, mais dans la perspective stratégique de la construction des conditions de la révolution, qui se trouve dans les choses actuelles.
   
Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/  

    vendredi 9 novembre 2012

    Documentaire : Comment la C I A prépare les révolutions colorées dans les pays de l'Est.

    "Dans ce documentaire tourné en 2005 Manon Loizeau dévoile ceux qui financent et fomentent les révolutions dans les pays de l’est traditionnellement favorable à la Russie. Très utile afin de comprendre la situation actuelle dans les pays arabes , et les promoteurs du mouvement…"

    Vu de l'extérieur au premier abord, ces régimes autoritaires qui cèdent devant la volonté du peuple de reprendre la main suscitent de l'espoir et de la sympathie. Et puis quand on découvre en arrière-plan le rôle des officines habituelles de ces révolutions téléguidées de l'extérieur on commence à s'interroger... Surtout quand à l'épreuve du temps, les peuples concernés prennent conscience que leurs révolutions leur ont été confisqués sur l'autel d'un plan géostratégique exécuté par la CIA.
    Un reportage très intéressant à l’heure actuelle afin de comprendre les rouages complexes, de ces manipulations de plus en plus subtiles. L’exportation de la Démocratie Made In USA par le menu. Sur place ou à emporter ?



    Syrie: Washington cherche de nouveaux pantins pour un changement de régime

    ...L’objectif de Washington est de rapiécer un groupe qui puisse servir de base à un régime fantoche à Damas, tout comme il l’a fait avec divers exilés irakiens en préparation à la guerre de 2003 contre l’Irak...

    S’exprimant depuis Zagreb, en Croatie, mercredi, la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton a annoncée que Washington réorganise le front qui représente les prétendus “rebelles” en Syrie. Ce réarrangement, qui comprend le retrait du soutien américain au Conseil national syrien (CNS), fait évidemment partie des préparatifs pour une intervention plus directe des États-Unis une fois les élections de mardi prochain terminées.
    Répondant à une question sur la politique américaine en Syrie, Clinton a dénigré les efforts de l’envoyé spécial des Nations unies, Lakhdar Brahimi, déclarant que les États-Unis « ne peuvent et ne vont pas attendre » que l’ONU parvienne à une solution politique à la guerre en Syrie. À la place, Washington cherchera unilatéralement à intensifier la guerre pour réaliser un changement de régime et installer un gouvernement fantoche aligné sur les intérêts américains au Moyen-Orient.
    Clinton a poursuivi en décrivant les tentatives américaines pour préparer une nouvelle direction qui puisse servir de façade au projet néocolonial de Washington. Elle s’est permis de faire savoir que le gouvernement américain avait « facilité l’exfiltration de quelques représentants de l’opposition interne syrienne » pour qu’ils puissent se présenter devant les prétendus Amis de la Syrie, comprenant les États-Unis et leurs alliés.
    La ministre des Affaires étrangères américaine a traité avec un mépris affiché le Conseil national syrien, qu’en décembre dernier, elle qualifiait encore de « principaux et légitimes représentants des Syriens qui cherchent une transition démocratique pacifique. » L’opposition syrienne, a-t-elle proclamée, ne peut consister en des gens qui ne sont « pas entrés en Syrie depuis 20, 30, ou 40 ans. » Elle devrait plutôt être constituée de « ceux qui sont sur les lignes de front, qui se battent et qui meurent aujourd’hui pour obtenir leur liberté. »
    Ce largage en public du groupe de façade que Clinton avait encore si récemment promu comme les sauveteurs du peuple syrien, en faveur d’un assemblage encore non-identifié de nouveaux “révolutionnaires” – sélectionnés par le ministère des Affaires étrangères américain – revient à admettre l’échec de la politique américaine en Syrie jusqu’à présent.
    Il est clair que Washington avait anticipé que sa politique d’armer et de financer en sous-main les milices en Syrie, avec l’aide de l’Arabie Saoudite, de la Turquie et du Qatar, aurait jusqu’à présent réussi à faire tomber le gouvernement du Président Bashar al-Assad. Ce qui est devenu évident, c’est que d’importantes parties de la population syrienne, tout en étant hostiles au régime d’Assad, sont encore plus opposées aux prétendus rebelles, voire même les craignent, car ils ne sont qu’un conglomérat de groupes armés de plus en plus dominés par des éléments islamistes djihadistes, souvent liés à Al-Quaïda, et des groupes sectaires sunnites.
    Les déclarations de Clinton interviennent en préparation d’une conférence qui se tiendra à Doha, au Qatar, la semaine prochaine, où le nouveau conseil de l’opposition sera officiellement constitué sous la tutelle de Washington et de l’ex-ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford. Celui-ci a été directement impliqué dans le repérage et la sélection de « révolutionnaires » ayant le plus de chances de suivre la ligne des États-Unis.
    « Nous avons recommandé des noms et des organisations dont nous pensons qu’elles devraient entrer dans toute structure de direction, » a dit Clinton à la conférence de presse de Zagreb. « Nous avons clairement dit que le CNS ne peut plus être considéré comme la direction visible de l’opposition. Ils peuvent faire partie d’une opposition plus large, mais cette opposition doit comprendre des gens de l’intérieur de la Syrie et d’autres qui ont une voix légitime qui devrait être entendue. »
    On peut difficilement surpasser le cynisme et l’insolence de l’approche de la ministre américaine. Après avoir adoubé le CNS comme le représentant « légitime » du peuple syrien, elle décide maintenant qu’ils ne sont plus utiles comme « direction visible » de l’opposition. En d’autres termes, il faut un nouveau visage syrien à l’attention du public pour l’intervention impérialiste américain, et Washington a sélectionné avec soin les individus qui en feront partie.
    Il ne fait aucun doute que cela est dicté en partie par l’identification de la direction du CNS avec la branche syrienne des Frères musulmans et par les inquiétudes américaines sur le fait qu’en Syrie cela ne fait que renforcer l’hostilité de ceux qui considèrent cette tentative de faire tomber le gouvernement d’Assad comme une guerre sectaire soutenue par Washington.
    Alors même que les dirigeants du CNS auraient toujours un rôle à jouer, peut-être un tiers de la direction sous le nouvel arrangement de Washington, ils devraient céder formellement le contrôle à un nouveau front, qui comprendra ceux qui ont « une voix légitime qui devrait être entendue. » Ce sera au ministère des Affaires étrangères américain de déterminer quelles sont ces voix syriennes « légitimes », lequel, sans aucun doute, voudra y voir figurer tout une collection de «contacts» alaouites, shiites, kurdes et chrétiens.
    Mais le CNS lui-même a rejeté le projet américain, convoquant sa propre conférence à Doha immédiatement avant la conférence organisée par les Américains, et indiquant qu’il est prêt à lutter pour conserver sa franchise d’opposition « légitime » soutenue par les puissances impérialistes et les régimes musulmans sunnites d’Arabie saoudite, de la Turquie et du Qatar. Ce que vont faire ces régimes, qui ont leurs propres intérêts en jeu dans la guerre civile syrienne, n’est pas encore clair, et il a été rapporté que la Turquie et le Qatar soutiendraient le CNS.
    Il est tout à fait possible que la réunion organisée à Doha se transforme en une lutte fratricide de chaque faction contre toutes les autres, à la manière d’une conférence du même genre organisée au Caire en juin dernier, où les délégués avaient fini par se battre et se jeter des meubles à la figure.
    « Nous avons également besoin d’une opposition qui sera exemplaire pour résister aux efforts des extrémistes de s’emparer de la révolution syrienne, » a déclaré Clinton à la conférence de presse de mercredi. Encore une fois, la question est, pour Washington et ses alliés impérialistes, de savoir ce dont ils ont besoin, et non ce que veulent les Syriens.
    En tout état de cause, une dissociation aussi formelle d’avec les « extrémistes » et des changements cosmétiques parmi les dirigeants en exil qui se présentent en gouvernement en attente, ne vont pas modifier réellement le caractère sectaire de la guerre civile qui se prolonge. La CIA, qui orchestre l’envoi d’armes fournies par les régimes d’Arabie Saoudite, de la Turquie et du Qatar, a admis que la majeure partie de ces armes vont aux milices islamistes.
    L’objectif de Washington est de rapiécer un groupe qui puisse servir de base à un régime fantoche à Damas, tout comme il l’a fait avec divers exilés irakiens en préparation à la guerre de 2003 contre l’Irak. Comme l’a dit sous le couvert de l’anonymat un membre de haut rang de l’administration au magazine Foreign Policy, « Nous appelons ça un proto-parlement. On pourrait même le décrire comme un Continental Congress [assemblée constituante à l'origine des États-Unis, ndt]. »
    Qu’une telle institution soit en préparation indique fortement que le gouvernement Obama se prépare à une escalade rapide de l’intervention américaine en Syrie après les élections du 6 novembre, probablement avec usage de la force militaire pour se tailler une “zone sûre”. Une telle intervention entrerait dans le cadre d’une campagne plus large en préparation d’une guerre contre l’Iran, créant le risque d’une conflagration militaire régionale ou même mondiale.
    Toute cette manœuvre sordide à Doha souligne le véritable caractère de la prétendue « révolution » syrienne, dont la direction est directement sélectionnée et installée par le ministère des Affaires étrangères américain. Cela démasque davantage encore le rôle des forces de pseudo-gauche, comme l’International socialist organisation aux États-Unis, le Socialist Workers Party en Grande-Bretagne, et le Nouveau Parti anticapitaliste en France, qui ont cherché à promouvoir cette guerre voulue par les États-Unis pour un changement de régime et à légitimer le prétexte des « droits de l’Homme » pour les interventions impérialistes.
    (Article original paru le 2 novembre 2012)
    Mondialisation.ca

    Les leçons d’un ouragan...Cuba ne fait pas recette et Sandy semble nous dire que lors du passage d’un ouragan mieux vaut être Cubain que new-yorkais ou haïtien.

    « Selon que vous serez puissant ou misérable ». On connaît la fable de Jean de Lafontaine. Il avait vu juste en son temps et cette phrase, d’apparence anodine, trouve dans les événements récents de sinistres échos. Tenez, par exemple, le traitement de Sandy.
    Pendant plus de deux semaines, l’ouragan a dévasté des régions entières d’Haïti et de Cuba avant de s’abattre sur New York et plusieurs Etats US. Les grands médias européens, particulièrement français, ont réservé l’essentiel de leur temps d’antenne et de lignes imprimées aux retombées du déluge d’eau et de vents sur les Etats-Unis laissant volontairement de côté les deux premiers pays cités.
    La discrétion sur Haïti, légèrement modifiée ces derniers jours, s’explique aisément : l’ouragan a ajouté un peu plus de misère à l’effroyable dénuement. Un million d’habitants totalement abandonnés et menacés de famine dans un pays ravagé qui attend toujours l’argent de la solidarité internationale recueillie après le tremblement de terre de 2010, cela n’intéresse pas le cynique rouleau compresseur médiatique.
    Le silence entretenu sur les effets de Sandy à Cuba mérite une autre explication : la peur de dire la vérité. Face à la désespérante situation en Haïti, un des pays les plus pauvres du monde où travaillent des centaines de médecins cubains et à l’incapacité de la plus grande puissance économique mondiale de limiter les dégâts, Cuba apparaît comme un pays capable d’organiser la prévention (55.000 personnes évacuées) puis le retour à la vie en comptant sur ses propres forces dans le calme et la solidarité. Santiago de Cuba dévasté, des champs entiers de canne à sucre et d’autres cultures anéantis, des milliers d’habitations détruites mais pas d’alerte à la famine, pas de foules désespérées. Les « dissidents » officiels ayant disparu des radars, Cuba ne fait pas recette et Sandy semble nous dire que lors du passage d’un ouragan mieux vaut être Cubain que new-yorkais ou haïtien.
    José Fort
    L’Humanité, Cactus 8/11