vendredi 26 octobre 2012

Rhétorique électorale : les États-Unis et le Moyen-Orient...Les électeurs américains sont certainement bien plus préoccupés par l’industrie américaine en déclin que par les fausses polémiques entretenues par Obama et Romney qui sont d’accord sur le fond : perpétuer la domination du grand capital et se comporter en prédateurs à l’extérieur

Les élections américaines sont manifestement liées au Moyen-Orient, au moins dans le domaine de la rhétorique.
Mais en pratique, la politique étrangère américaine dans la région dépend de la dynamique propre du Moyen-Orient, comme des revers politiques et économiques des États-Unis ou de leurs ambitions. Il y a peu d’éléments historiques prouvant que la politique étrangère américaine dans le monde arabe ait jamais été guidée, au moins de façon lisible, par des principes moraux.
Quand il est question du Moyen-Orient - et honnêtement, de la plupart des pays - c’est surtout une question de style. Les deux principaux partis politiques du pays se sont révélés tout aussi interventionnistes, mais les Démocrates, au moins dans les deux dernières décennies, semblaient pencher davantage vers l’unilatéralisme en politique étrangère comme dans la guerre, tandis que les Républicains, comme l’a mis en évidence l’administration de George W. Bush, sont beaucoup moins préoccupés par la façon dont leurs actions peuvent être qualifiées.
L’administration américaine de Bill Clinton (1993-2001) a maintenu un état de siège draconien sur l’Irak, ce qui a provoqué ce que l’ancien procureur général américain Ramsey Clark décrit comme « un génocide ». Deux ans plus tard, W. Bush a choisi la voie de la guerre directe, ce qui revenait simplement à donner un autre nom au génocide en cours. Dans les deux cas, des centaines de milliers d’Irakiens innocents sont morts.
En dépit des rodomontades guerrières de l’ancien gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, sur ses intentions de bouleverser le Moyen-Orient pour répondre aux intérêts des États-Unis au cours de son mandat, s’il devait être élu, peu de gens prennent cela pour plus que des tentatives désespérées de séduire les secteurs les plus réactionnaires de son parti, en particulier ceux qui disposent d’une influence politique, de l’accès aux médias et, bien sûr, de beaucoup d’argent. Sheldon Adelson, le magnat pro-israélien des jeux, peut être cité plus que d’autres mais nombreux sont ceux qui exigent une telle rhétorique avant de bien vouloir sortir leurs chéquiers.
En fin de compte, « c’est l’économie, imbécile » - une expression devenue légendaire après qu’il ait été inventée par Bill Clinton alors qu’il lançait sa campagne présidentielle en 1992. Une fois de plus, la phrase est susceptible d’être le facteur clé du prochain 6 novembre.
Les électeurs américains vont décider de prolonger le mandat du président Barack Obama de quatre années, ou de confier à un Romney plus impulsif mais tout aussi opportuniste, le destin de leur pays qui a depuis longtemps franchi le seuil de la récession économique dans des proportions inconnues depuis la Grande Dépression de 1929. Romney, l’archétype américain de la richesse, au style de vie et au langage tellement éloignés de l’américain moyen, fait de son mieux pour exploiter l’incapacité d’Obama à sauver l’économie aujourd’hui en lambeaux. La reprise économique, malgré le battage médiatique, n’est toujours pas au rendez-vous. Avec un déficit important et croissant, et une dette publique qui ne cesse d’augmenter, les perspectives d’avenir restent incertaines.
« La croissance économique n’a jamais été aussi faible dans la période d’après-guerre. Les dépenses de consommation n’a jamais été aussi limitées. Une seule fois dans l’histoire, la croissance de l’emploi a été aussi faible », écrivait Paul Wiseman, dans le Huffington Post daté du 15 août. Il faisait ces remarques à propos d’une analyse approfondie publiée par l’Associated Press, qui concluait que la supposée « reprise-Obama » depuis 2009 avait été en réalité la plus forte des 10 récessions américaines comptabilisées depuis la Seconde Guerre mondiale.
La récession remonte aux années 2007-2008, qui ont marqué une rupture économique, des coupures budgétaires massives et la perte de nombreux emplois. Les Républicains souhaitent éviter de parler de l’héritage de huit ans de George W. Bush avec ses dépenses militaires colossales. C’est dans ces moments-là que le Moyen-Orient est victime d’une omission, et les guerres et les pressions sans précédent induites sur l’économie semblent trop triviales pour être même mentionnées. En écoutant Romney parler de politique étrangère, on a l’impression qu’une autre guerre est déjà en gestation. Le lieu de cette guerre n’a pas d’importance, ce qui importe, c’est que Romney paraisse fort, décidé et prêt à la bagarre à tout moment.
Quant aux Démocrates, ils concentrent leur stratégie sur la répartition de leurs discours de campagne entre l’économie (voulant voir la reprise dans les nouvelles généralement optimistes des indicateurs économiques) et d’autres questions importantes pour de larges secteurs de la société américaine : les soins de santé, l’avortement, l’immigration, les questions relatives aux droits civils, etc... Avec une économie qui continue à suivre une ligne hiératique, les deux parties en sont encore à définir ce que sont les vrais problèmes dans leur nation, renvoyant la question des solutions concrètes à une date ultérieure.
Incontestablement, de nombreux Américains sont lourdement déçus. La ferveur pour « l’espoir et le changement » de la première campagne d’Obama, s’en est allée depuis longtemps. Les Démocrates n’ont plus sous la main de slogans à sensation, et il est maintenant plutôt question de traverser une passe qui s’annonce difficile. Les Républicains semblent plus unis par leur propre aversion d’Obama que par leur affinité pour Romney. Ce dernier manque de cohérence, est incapable d’offrir une vision simple à comprendre, et le désintérêt [pour la campagne électorale] exprimé clairement par 47 pour cent des électeurs américains complique la tâche de jouer au sauveur tant attendu. De plus, les Républicains, désorganisés et divisés entre conservateurs traditionnels, partisans du Tea Party, fanatiques religieux, pour ne citer que ceux-là... ne sont guère prêts au très attendu « tremblement de terre », tel que ardemment souhaité par Keith Edwards dans le American Thinker daté du 2 octobre.
L’importance de ces élections ne dépend guère de la force politique ou des aptitudes de ses principaux candidats, mais plus de la transition historique que les États-Unis subissent aujourd’hui, non seulement dans le domaine d’une économie sinistrée, mais aussi dans celui de sa position au niveau mondial. C’est là que le Moyen-Orient réside pour l’essentiel : ce moment de transition dans la région - illustré par les révolutions en cours, les troubles politiques et les guerres civiles - ne pouvait être plus mal à propos. Alors que la politique étrangère américaine paraissait décidée à reconsidérer les guerres lancées par les néoconservateurs, des événements importants à travers le Moyen-Orient font des ravages sur une retraite américaine déjà désordonnée. Incapable de gérer une transition par rapport à sa politique agressive des années passées, l’administration Obama tente de résister à la tempête, au moins jusqu’à ce que les élections soient passées.
Dans le Wall Street Journal daté du 1e octobre, Romney a relancé la charge, dans l’espoir d’effacer les accusations toujours plus fortes selon quoi son expertise en politique étrangère était déficiente et peu judicieuse. « Notre pays semble être à la merci des événements plutôt que de les déterminer », écrit-il, exigeant une fois de plus une action contre l’Iran, encore plus de soutien américain à Israël, et une plus grande intervention en Syrie, en Libye et ailleurs. Son administration, dit-il, va « encourager la liberté et l’ouverture » pour remplacer l’extrémisme au Moyen-Orient.
Bien que de réelles différences peuvent être soulignées entre les deux candidats sur diverses questions concernant le Moyen-Orient, tous les deux sont de fervents partisans d’Israël, sans relâche en compétition pour gagner le soutien du puissant lobby pro-israélien à Washington. Mais Obama refuse de céder aux exigences israéliennes de placer une « ligne rouge » sur la volonté supposée de l’Iran de fabriquer une bombe nucléaire. Quant à Romney, il exploite cette question au maximum.
Les pays du Moyen-Orient ont peu à attendre des prochaines élections. La région semble mue par sa propre dynamique, en dépit des tentatives permanentes des États-Unis d’intervenir ou de s’immiscer pour en déterminer les résultats. Indépendamment de qui va résider à la Maison Blanche, c’est la faiblesse de leur économie et la crainte de s’empêtrer dans de nouvelles aventures militaires qui vont probablement redéfinir les relations des États-Unis dans la région.
Ramzy Baroud
Source : Info-Palestine

jeudi 25 octobre 2012

Touareg : La liberté de la femme ...la Targuia n’est pas une femme soumise. Elle est gracieuse, et elle est forte aussi..

La condition de la femme chez les musulmans est sujet quotidien à débat ; les touaregs qui ont récemment revendiqué leurs droits au nord-Mali, ont été sujet à débats aussi (désinformation des medias aidant) …
L’amalgame a été vite fait, avec des conclusions trop hâtives, du genre : « les rebelles touaregs veulent imposer la charia », « le port du voile va être instauré pour les femmes », etc, etc …
Depuis, il est vrai que les pauvres touaregs, ont été « renvoyés sous leurs tentes » par les islamistes qui ont récupéré illégitimement leurs acquis géographiques.
Laissant à l’écart le problème politique ou religieux, que j’ai déjà analysé (pour ceux que ça intéresse, ici : Mali, révolte touareg : et si l’on parlait vrai ), je souhaite dans cet écrit, vous conter la condition de la femme au sein des peuples touaregs ; j’espère que ces lignes vous interpelleront ...

Le statut de la femme chez les hommes bleus

Bien que la plupart des Touaregs soient de confession musulmane, ils ont préservé certaines de leurs coutumes, dont la monogamie. La femme touarègue jouit d’un statut privilégié dans la mesure où elle bénéficie d’une autonomie et d’une écoute au sein de la société. La tente lui appartient et, en cas de malentendu entre les époux, l’homme sera chassé par la maîtresse des lieux.
Chez les touaregs la charpente de la société est structurée autour de la femme. Elle est la matrice de cette culture. C’est de la lignée maternelle que se transmettent les pouvoirs qui sont ceux d’une aristocratie guerrière.
Dans l’institution maritale, elle joue le rôle central depuis le mariage, jusqu’à l’éducation des enfants en passant par la gestion du foyer. La femme touarègue a non seulement droit à la propriété, mais tout ce qui matérialise la cellule familiale lui appartient en commençant par la tente et son contenu. En cas de séparation, l’homme n’a droit qu’à son apparat au sens strict du terme. C’est lui qui part du foyer et le laisse intact pour être livré à l’incertitude.
« Sans exagérer, l’homme touareg est perçu ici comme simple géniteur et pourvoyeur des moyens matériels de subsistance. Il affronte les dangers de par sa constitution physique et son penchant naturel et les acquis de sa féroce lutte contre la nature sont confiés à l’intelligence subtile de la femme pour les gérer et les préserver de la déperdition ».
La femme touarègue est aussi le support sur lequel repose toute la vie économique et l’avenir de la communauté. Elle propose les alternatives, gère et encadre le campement à l’absence de l’homme et participe à toutes les décisions en sa présence.

Les atouts culturels de la femme touarègue

L’avis de la femme a toujours été sollicité et pris en compte dans les grandes décisions qui ont donné un sens et un contenu à la vie de cette société.
Bien longtemps avant la conférence de Beijing, la femme touarègue a eu accès à la propriété, à la liberté d’être, d’expression, de choisir son partenaire et d’être à l’abri des sévices corporels. Pour préserver ce fondement culturel de cette société, un code de conduite dénommé « Asshak » a été institué et imposé aux hommes. Dans cette démarche éthique morale, l’homme doit gérer son avantage physique afin de ne pas en abuser sur la femme et les faibles de la société. Cette règle garantit la totalité des droits de la femme et fait d’elle le facteur anoblissant l’homme. L’homme qui déroge à cette règle n’est plus noble et est déchu de ses droits. Il est banni. Ce sont les femmes qui prononcent cette exclusion. Quel est l’homme touareg qui risquerait de ne plus être chanté par ces belles voix à son retour lors des séances musicales d’imzad, que fera-t-il pour maintenir leur grâce, même s’il lui faut se surpasser ?
Aujourd’hui encore, le plus grand sacrilège dans la société touarègue est de porter la main sur une femme et les insultes à son égard sont fortement réprouvées. Aucune atteinte à son intégrité physique, morale et spirituelle n’est tolérable.
(Pour cela et pour une question de pudeur, et certainement plus par respect de la femme, la question de la virginité de la jeune mariée au moment de la consommation du mariage est couverte par un silence explicitement approuvé).
Le jugement de la femme est redouté. Elle est régulatrice du comportement dans la société. Pour ce faire, l’homme a intérêt à apparaître à ses yeux courageux, généreux et infaillible. À cet effet d’ailleurs, devant une situation difficile quelconque, que ce soit sur le champ de bataille ou dans la vie de tous les jours, le jeune touareg ne pensera jamais aux conséquences de son comportement sur sa propre personne, mais plutôt ce que diront les jeunes filles au campement.
Avant de rejoindre son mari, l’épouse touarègue a toujours disposé d’une tente, de meubles et d’animaux de traite selon les capacités de ses parents. Elle rejoint son mari avec un capital qu’il doit préserver, voire fructifier en accord avec celle-ci. Il convient de préciser que dans le mariage, c’est le régime de la séparation des biens qui prévaut. Aucun mari ne peut disposer des biens matériels inaliénables nommés ébawel de son épouse sans son consentement. La femme touarègue choisit son mari, ou alors la famille le choisit avec son accord. Sa préférence est prépondérante même si elle doit obéir elle aussi à des critères qui préservent la dignité et l’honneur de la famille, de la tribu ou de la fédération. Sa dot est toujours équivalente à celle qui a été donnée à sa mère et quelques soit le nombre de mariages, elle a droit à la même dot. Contrairement aux autres femmes nigériennes, sa dot ne se déprécie jamais. Dépositaire de la culture et de la tradition, la femme touarègue a en charge entre autres, de transmettre la langue et l’écriture touarègue « Tifinagh » aux générations montantes. Ainsi, la femme touarègue s’occupe de l’éducation des enfants, de la jeune fille en particulier, des travaux domestiques et de la surveillance des animaux.
Bien que musulmane depuis longtemps, la femme touarègue méprise royalement la polygamie. Elle met à profit le statut que lui confère la société pour imposer la monogamie. Pour elle, si l’Islam tolère jusqu’à quatre (4) épouses, il ne contraint par contre aucun mari à être polygame
D’autre part, la femme touarègue est si adulée que la poésie lui est essentiellement dédiée. Elle y est décrétée comme un être chérissable, mystérieux, énigmatique à conquérir. Elle est autant appréciée pour ses qualités spirituelles, pour son intelligence et sa vivacité d’esprit que pour sa grâce féminine. Consciente de son importance et du mythe qui l’entoure, elle a su exploiter en sa faveur les réalités socioculturelles et historiques de son milieu. Elle est par ce fait, en position de force pour exiger et obtenir ce qu’elle veut. Cela est d’autant plus facile, car elle dispose d’une certaine autonomie sur le plan économique que lui confère le droit à la propriété.
Extraits de « Le statut privilégié de la femme touarègue et son évolution actuelle. Survie d’un matriarcat » de Faiza SEDDIK ARKAM http://www.assa-ka.org/articles.php?lng=fr&pg=21

La position d’un (regrété) célèbre touareg

Si beaucoup d’écrits savant s’intéressent à la femme touareg, cela tient, je pense à la liberté d’expression et de mœurs dont elle jouit. Contrairement à l’homme, elle ne voile pas son visage. (…)
A mon avis, si les hommes se sont voilés, ce fut d’abord, pour se protéger contre soleil et vent pendant les caravanes et les rezzous. Après, le taguelmoust est devenu le symbole de leur dignité. Si en revanche, la femme touarègue reste découverte, c’est qu’elle n’a peut-être pas envie de cacher sa beauté. Qui lui en voudrait ? Pas les hommes en tout cas. Eux, ils préfèrent voir, contempler. Et les ambitions de quelques marabouts intégristes n’y feront rien. Celui qui, pour des raisons religieuses, voudrait imposer le port du voile à nos femmes devra s’attendre à la rebellion de toute la communauté touarègue, les deux sexes confondus.
Car honnêtement, je ne pense pas que la femme touarègue nécessite la prétendue protection des préceptes d’un islam radical. Elle ne risque pas de devenir un « objet sexuel ». Aucun homme n’oserait porter la main sur elle ni même manquer de respect à son égard.
La touarègue sait défendre ses intérêts. Elle a toujours refusé la polygamie, et elle a obtenu gain de cause. Elle est libre parce qu’elle a les moyens d’assurer son indépendance. En cas de divorce, c’est elle qui garde l tente et dispose de son propre troupeau.(…).
Je m’égare. Voulant parler de la vie au campement, j’ai fini par chanter la gloire des femmes touerègues. Mais c’est important : la Targuia n’est pas une femme soumise. Elle est gracieuse, et elle est forte aussi. Selon notre légende, le seul suzerain jamais accepté par tous les touareg fut la reine Tin Hanan (Antinea) dans le Hoggar. Cela dit beaucoup de choses…
(extrait de "Touareg, la tragédie" de Mano dayak) : http://www.amazon.fr/Touareg-trag%C3%A9die-Mano-Dayak/dp/2709611546
L’article dans sa niche : La liberté de la femme touareg

Libye : Le prix du sang libyen. Ni oubli, ni pardon (ojosparalapaz.org)....Qu’ont-ils fait pour mériter cela, les libyens ?

N’oublions jamais le triste rôle des "ni-nis" patentés, et de la gauche "plurielle anticapitaliste". Elle n’est ni plurielle ni anticapitaliste. Elle est complice.

Il y a un an, le 20 octobre 2011, le Colonel Kadhafi était sauvagement lynché et assassiné des mains des mercenaires de l’OTAN. Assassinée avec lui, aussi, la révolution libyenne, la Jamahiriya, qui avait obtenu des succès si manifestes que l’ONU, un mois avant de donner son feu vert pour la fameuse "zone d’exclusion aérienne", félicitait le gouvernement libyen, lui-même, pour ses grandes avancées sociales.
Depuis, la Libye est plongée dans le chaos.
Inexistante en tant qu’État, envahie par des milliers de mercenaires étrangers engagés dans une terrible chasse aux sorcières, où tortures et assassinats sont légion. Les membres-mêmes du gouvernement imposé, affichent la nationalité étasunienne, et vivent pour la majorité d’entre eux, aux USA. Les couleurs d’Al Qaeda flottent désormais sur ce territoire, le pseudo-gouvernement a instauré la charia et le président du Parlement libyen est nord-américain, un cas unique dans l’histoire. Le pays qui fut si riche et crédité d’un Indice de Développement Humain (IDH) le plus important du continent africain, n’est plus qu’un tas de décombres, avec ses banques, son pétrole et ses ressources en eau saccagés ; ses hôpitaux, écoles, ports, réseau de distribution en eau, troupeaux d’élevages, cultures et récoltes, détruits par les bombardements de l’OTAN.
Le Président du Conseil Tribal Libyen (c’est-à-dire le seul représentant légitime de ce pays) s’est adressé à Ojos para la Paz pour leur demander de dévoiler publiquement – ce que les médias occidentaux lui refusent, sauf rare exception- la réalité de la ville assiégée de Bani Walid (بني وليد ), et du bombardement, au gaz sarin et au phosphore, dont ils ont été victimes, des produits chimiques clairement interdits par la Convention de Genève, mais qui sont utilisés à profusion en Libye pour exterminer la tribu Warfala. Comme le dirait le général espagnol Enrique Ayala : "Aux tribus - qui ne se rendent pas - nous devons les convaincre politiqu…ou militairement". Dans les hôpitaux les malades et les morts s’entassent sans que personne ne lève le petit doigt pour cette ville inscrite sur la liste noire par l’autoproclamée "communauté internationale". Les photos saisies dans les hôpitaux sont hallucinantes. Le besoin de médecins et de médicaments est urgent.
Comme tous les gouvernants, à la tête des pays pétrolifères, qui ne se sont pas pliés aux diktats de l’occident, Kadhafi a du subir, lui aussi, une campagne médiatique continue. De nombreuses preuves attestent que la CIA avait même orchestré l’attentat de Lockerbie (un autre Maine [1]) en l’imputant à la Libye.
Des journalistes écossais avaient révélé que cet attentat, en 1988, dans lequel un avion de la Pan American avait explosé en plein vol au-dessus de cette localité écossaise, avait été préparé aux USA par des agents de la CIA. Après de longues recherches, le citoyen libyen Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi fut accusé et déclaré coupable de l’attentat [en 2001], condamné à la prison à vie puis libéré [huit ans plus tard, en 2009] atteint d’une maladie incurable. Nous savons depuis peu, que les témoins à charge contre l’accusé avaient été soudoyés.
La journaliste écossaise Lucy Adams découvrit des faits frappants, soigneusement occultés : " Le Département de la Justice des USA avait généreusement payé les principaux témoins de l’accusation, Paul Gauci et Tony Gauci. Ce dernier était le patron d’un magasin à Malte, qui avait affirmé que Megrahi avait acheté du tissu qui, plus tard, devrait être retrouvé dans la valise contenant la bombe. Cette seule déclaration fut la clé de l’accusation. Nous savons maintenant, que Anthony Gauci, avant le procès, avait désespérément besoin d’argent, et qu’il reçût après sa déclaration, près de deux millions de dollars du Département de la Justice US ", selon le communiqué de la journaliste.
"En réalité, la Jamahiriya a toujours nié une quelconque responsabilité dans l’attentat, estimant qu’elle était l’objet d’un chantage des grandes puissances occidentales, mais elle accepta d’indemniser les victimes, à hauteur de 2700 millions de dollars, en échange de la levée des sanctions économiques que lui imposaient les grandes puissances. Kadhafi croyait qu’en résolvant à tout prix les différents litiges entre les USA et son pays, il parviendrait à arrêter les préparatifs de guerre de l’OTAN. L’histoire a montré que son calcul était erroné, et que l’OTAN ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit d’inventer de nouveaux prétextes pour justifier les guerres qu’elle a planifié à l’avance ".
Dans un célèbre documentaire intitulé The Maltese Double Cross-Lockerbie, le journaliste étasunien Allan Francovich démontre, lui aussi, que l’attentat fut véritablement perpétré par un agent US.
La Libye était un pôle de prospérité, avec les meilleurs PIB et IDH de toute l’Afrique, selon le PNUD : scolarisation des enfants, prolongement de l’espérance de vie (78ans), répartition équitable des rentes du pétrole, haut niveau des soins de santé, universels et gratuits, un réseau de distribution en eau couvrant tout le territoire et ayant permis également la plantation de millions d’arbres et la création d’immenses zones de culture dans le désert, le logement reconnu comme un droit constitutionnel, le plein emploi avec plus de 2,5 millions de postes de travail pour les immigrants. Le gouvernement libyen avait offert, à ses habitants, de grandes avancées encore inégalées dans une majorité des pays européens.
Aujourd’hui, la Libye est en ruines et pleure ses 75.000 morts, les libyens ont perdu leur pétrole, les réserves d’or de leur Banque Centrale et les dépôts bancaires d’un montant de 200 millions de dollars (dépôts que les USA se sont empressés de voler en premier), les pensions, les soins médicaux, les bourses pour les étudiants, l’emploi… ils ont tout perdu. L’apartheid s’est instaurée et la population de couleur –principalement des immigrants- est pourchassée à mort.
Excellent travail de l’autoproclamée "communauté internationale" (tant acclamé par ces monarchies féodales qui maintiennent toujours l’esclavage. Et l’on félicite Obama et l’UE pour leur prix Nobel de la paix. Quelle ironie.
Qu’ont-ils fait pour mériter cela, les libyens ?
Ils n’ont fait que défendre leur indépendance, cherché à créer leur propre monnaie, et garder d’importantes réserves d’argent, d’or, de pétrole et de gaz fossile, convoitées par des pays sans scrupules qui, avec les services de l’OTAN, agissent comme une dangereuse bande de malfaiteurs, se destinant au terrorisme et au pillage. L’Espagne, elle, (c.a.d un consortium d’entreprises qui se disent espagnoles) a décroché le marché de construction de la ligne ferroviaire du TGV La Mecque-Médina [2], en contrepartie de son engagement dans le massacre des libyens. De grands travaux, qui comme dans toute la Libye, se réalisent au prix du sang.
Jilata Marka
Auteur
Purificación González de la Blanca est une avocate andalouse et membre du collectif International Ojos para la Paz, et de la Plateforme Mondiale contre les Guerres.
Trad. Jilata
Source : "Libia, ni olvido, ni perdón"
Publié le 20 octobre 2012 par Ojo para la Paz
1- En 1898, les USA organisent un auto-attentat à l’explosif pour couler leur cuirassé "Maine" dans la rade de la Havane, et accuseront les espagnols. Ce sera le prétexte pour déclarer la guerre à l’Espagne et s’approprier de ses dernières colonies.
2- Le 25 mai 2011, la ministre des affaires étrangères d’Espagne, Trinidad Jiménez, se rend en Arabie Saoudite pour promouvoir des investissements d’entreprises espagnoles dans ce pays et contracter la construction de la ligne ferroviaire du TGV qui doit relier La Mecque à Médina (pas moins de 450 km de voie ferrée, lié avec toutes les infrastructures les plus sophistiquées. En contrepartie, l’Arabie Saoudite demande à l’Espagne de s’engager activement et militairement dans l’invasion de la Libye. Le 26 octobre 2011, l’agence EFE annonce que le contrat pour la ligne TGV La Mecque-Médina, est attribué au consortium espagnol "Al-Shoula". Le 14 janvier 2012 à Riad, les ministres du PPE, Ana Pastor et García Margallo ratifient avec le prince d’Arabie Saoudite, Mishal bin Abdul Aziz, le contrat du TGV pour 6,736 milliards d’euros, TGV la Mecque-Médina le prix du sang libyen (es).
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mardi 16 octobre 2012

Siège de l’OTAN, l’UE est une plate-forme US d’où décollent les bombardiers qui tuent dans les pays pauvres....Union européenne : un prix Nobel pour bons et loyaux services rendus aux intérêts étasuniens.

....Combien de destructions et de victimes innocentes imputables aux bombardiers partis de Londres, de Paris, d’Italie ou d’Allemagne sur les peuples sans défense de Libye, d’Afghanistan et d’Irak ?
Combien de gouvernements légitimes renversés pour avoir commis une irrémissible faute : refuser le diktat euro-atlantiste visant à contrôler leurs ressources énergétiques ?
La pax americana, c’est en réalité guerroyer sous n’importe quel prétexte pour installer dans les pays nouvellement « libérés » une classe politique soumise à l’Empire. L’Union européenne a apporté sa contribution à ces sinistres desseins et c’est la raison pour laquelle elle a indignement reçu le prix Nobel de la paix....

L’Union européenne telle que nous la voyons aujourd’hui n’est rien moins qu’une colonie de la bannière étoilée. La voici désormais récompensée pour ses décennies de soumission à Washington. C’est la conclusion qui s’impose après que le prix Nobel de la paix a été décerné cette année à l’Union européenne.
Comme il était prévu, les déclarations satisfaites émanant des salons bruxellois n’ont pas manqué, parmi lesquelles celle du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso : « l’Union européenne est quelque chose de très précieux pour le bien de l’Europe et du monde ». Et l’eurocrate de rappeler que l’Union européenne a été en mesure d’unifier et de reconstruire les pays dévastés par la guerre, et enfin d’unifier ceux qui ont été libérés par la fin de la guerre froide. « C’est un grand honneur pour l’ensemble de l’Union européenne, pour les 500 millions de citoyens qui la composent de recevoir le Nobel de la paix », a déclaré M. Barroso.
Le Comité norvégien tente de justifier cette distinction pour le moins surprenante en précisant que la décision a été « unanime », et que l’Union européenne a été récompensée du prix Nobel en 2012 pour « avoir contribué depuis plus de soixante ans à la promotion de la paix, de la réconciliation, de la démocratie et des droits de l’homme ».
Une argumentation qui prête pour le moins à sourire. L’Union européenne a été durant toutes ces années un outil des intérêts étatsuniens, une plate-forme à partir de laquelle l’Empire a lancé et continue de lancer ses guerres contre ceux qui ne se plient pas à sa volonté et à ses « valeurs » (les droits de l’homme… mais seulement pour ses citoyens et les laquais ; la démocratie… pour ceux qui se plient à leur diktat ; la domination du dollar ; la présence de militaires étasuniens sous le contrôle direct de Washington…).
C’est la pax americana ! Et notre Europe, pour se plier à cette dernière, a vu pendant plus de 60 ans ses technocrates se rallier à toute une série d’interventions militaires sous couvert de l’OTAN et des États-Unis, afin soi-disant d’apporter au Proche et au Moyen-Orient la « paix » et la « démocratie ». Combien de destructions et de victimes innocentes imputables aux bombardiers partis de Londres, de Paris, d’Italie ou d’Allemagne sur les peuples sans défense de Libye, d’Afghanistan et d’Irak ? Combien de gouvernements légitimes renversés pour avoir commis une irrémissible faute : refuser le diktat euro-atlantiste visant à contrôler leurs ressources énergétiques ? La pax americana, c’est en réalité guerroyer sous n’importe quel prétexte pour installer dans les pays nouvellement « libérés » une classe politique soumise à l’Empire. L’Union européenne a apporté sa contribution à ces sinistres desseins et c’est la raison pour laquelle elle a indignement reçu le prix Nobel de la paix.
Mais l’avenir est sombre : les États-Unis et l’OTAN sont à court d’argent, et avec un déficit de 1.000 milliards de dollars, l’Oncle Sam n’est plus disposé à ouvrir son porte-monnaie. Il préfère donc voir l’Europe se débrouiller militairement toute seule. Il en découle ainsi une mutualisation des moyens au sein des pays de l’Union européenne. Et nonobstant la crise économique qui secoue la zone euro, l’Union européenne ne renoncera pas à trouver l’argent nécessaire pour mettre en place une armée autonome, une armée capable de répondre adéquatement aux défis de taille du XXIè siècle : répondre aux « menaces » des pays émergents, contrôler les ressources énergétiques, etc. Des défis coûteux pour une classe politique européenne au service des technocrates et des banquiers dont la raison d’être n’est autre que la satisfaction des intérêts des multinationales. La pax americana
Résistance (http://www.resistance-politique.fr/article-union-europeenne-un-prix-nobel-pour-bons-et-loyaux-services-rendus-aux-interets-etasuniens-111300330.html
Capitaine Martin
URL de cet article 17996

dimanche 7 octobre 2012

SYRIE : Alep, la « révolution démocratique » fait de nouvelles victimes innocentes

...Des attaques terroristes et des attentats aveugles qui ont causé de nombreuses pertes civiles, mais qui n’ont provoqué, une fois de plus, aucun sentiment d’indignation de la part des démocraties occidentales, comme si ces dernières étaient prêtes à tout pour voir leurs desseins se réaliser en Syrie, y compris au prix de massacres commis par leurs alliés....
Une nouvelle série d’attentats a frappé le 2 octobre la ville d’Alep, depuis longtemps champ de bataille entre les milices rebelles de l’Armée syrienne libre, la branche armée des oppositions étrangères réunies dans le conseil national syrien à Istanbul, et les forces loyalistes de Damas. Selon des sources officielles syriennes, au moins trois voitures piégées ont explosé, provoquant la mort de 31 personnes. Bilan qui aurait été porté à 48 victimes par l’Observatoire syrien des droits de l’homme, proche des forces rebelles, qui fait également état d’une quatrième explosion. Une attaque qui aurait en fait été déjouée selon les rapports des autorités locales grâce à l’élimination rapide de trois kamikazes.
Si les deux versions divergent en ce qui concerne les lieux touchés par les attentats terroristes, elles s’accordent toutes deux sur le fait que la première bombe a explosé près du cercle des officiers, immédiatement suivie par une vague d’explosions au niveau de la place centrale Saadallah al Jabri. L’identité des victimes n’a toujours pas pu être établie pour la totalité d’entre elles, mais il y aurait de nombreux civils. Il convient également de préciser le nombre des blessés, supérieurs à 70. Il s’agit bien évidemment d’un bilan provisoire, dépassant déjà celui de la sombre journée du 28 août, quand une explosion tua 27 personnes qui participaient à Damas aux funérailles de deux représentants du gouvernement.
Un macabre décompte qui voit aussi s’ajouter aux victimes des attentats celles faisant suite aux tirs de mortiers dans la zone du Souq al Hal, où se trouvait concentré un grand nombre d’éléments de l’armée gouvernementale.
Des attaques terroristes et des attentats aveugles qui ont causé de nombreuses pertes civiles, mais qui n’ont provoqué, une fois de plus, aucun sentiment d’indignation de la part des démocraties occidentales, comme si ces dernières étaient prêtes à tout pour voir leurs desseins se réaliser en Syrie, y compris au prix de massacres commis par leurs alliés.
Ce qui paraît aujourd’hui comme une évidence a été récemment abordé publiquement par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans un entretien au journal Kommersant. « C’est simple, il y a deux options : si on pense sincèrement que la priorité numéro un est de sauver des vies humaines, alors il faut tout faire pour mettre en œuvre les accords conclus à Genève fin juin. Si la priorité est au contraire de faire tomber le régime de Bashar al Assad, alors nous ne pourrons être d’aucune aide à qui que ce soit », a affirmé le responsable de la diplomatie du Kremlin, soulignant au passage que « le conseil de sécurité de l’ONU n’a pas, par définition, à promouvoir un quelconque changement de régime, car cela signifierait la poursuite d’une guerre fratricide ». « Nous devons simplement comprendre que le prix de cette obsession géopolitique (de l’Occident, NDLR) de changer le régime de la Syrie se fera au détriment de milliers de vies syriennes », a expliqué M. Lavrov, lequel a conclu en affirmant que « le choix était très simple, mais terrible ».
« Dans les entretiens avec mes collègues, dit-il, j’ai eu l’impression qu’ils comprenaient qu’il n’y avait pas d’autres possibilités que ces deux scénarios, mais pour l’instant, ils ne sont pas prêts à aller contre leur intérêt géopolitique et c’est triste ».
Rien d’étonnant dans ce contexte à ce que les États-Unis et leurs alliés dans la région soient toujours à la recherche du moindre indice pour tenter de discréditer les autorités syriennes et manipuler l’opinion publique internationale, alors que la réalité du terrain commence à poindre au grand jour : la Syrie est victime d’une tentative de déstabilisation financée par des pays étrangers.
Des affrontements armés près des frontières et des tirs accidentels de mortiers comme ceux qui ont atteint le village d’Akçakale, en Turquie, le même jour que les attentats qui ont frappés Alep, sont dans ces conditions quasiment inévitables. Un incident qui a provoqué une vive controverse et des accusations véhémentes dont les media occidentaux se sont naturellement fait l’écho.
« Je voudrais que chacun sache que si la violation de nos frontières continue, nous exercerons le droit de nous défendre », a déclaré le ministre des affaires étrangères turc Ahmet Davutoglu, menaçant implicitement la Syrie de l’attaque directe que le front interventionniste envisage depuis déjà plus d’un an.
Capitaine Martin
Résistance http://www.resistance-politique.fr/article-alep-la-revolutio...
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samedi 6 octobre 2012

Venezuela : démocratie participative versus déclin démocratique occidental...je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.

...Par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.

Je peux témoigner du complexe de supériorité de Paris, de l’arrogance impériale de Washington, de la décadence capitaliste de Manhattan, des élections parlementaires en Allemagne et de la juste part que j’ai prise aux élections en Grande-Bretagne. Dans aucun de ces cas je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.
Déjà que ce n’est pas facile d’éviter la politique en général au Venezuela, mais là, en pleine campagne électorale, les signes de débat et de lutte politique se font, presque littéralement, omniprésents. Dans la petite ville andine de Mérida, dont la population n’atteint pas 300.000 habitants, traverser le centre de la ville donne une idée de l’intensité de la campagne pour l’élection présidentielle du 7 octobre. Le Président Hugo Chavez brigue un troisième mandat face au concurrent de la droite Henrique Capriles Radonski, de la coalition de la Table Ronde de l’Unité Démocratique (MUD), et les militants s’activent fortement de toute part.
Une des stratégies à Mérida, ce sont les caravanes de campagne, les militants montent dans des camions, des voitures et des jeeps, font le tour de la ville en arborant des drapeaux, en klaxonnant et en criant des slogans. Une autre est le rassemblement de militants à un point-clef du trafic avec des amplis diffusant de la musique en faveur de leur candidat, freinant le trafic pour distribuer des tracts ou écrire des messages sur les lunettes arrière. Il y a quelques jours j’ai vu une compétition intéressante entre un groupe de Primero Justicia (PJ), le parti de Capriles Radonski, et la jeunesse du Parti Communiste (PCV), qui appuie la candidature de Chavez. Tous deux tentaient de distribuer leurs tracts aux conducteurs et de chanter le plus fort possible. Sans vouloir être trop partisan, je dois reconnaître que les militants du PCV faisaient clairement preuve de plus d’enthousiasme, alors que ceux de PJ finissaient par se taire et les chansons distinctement révolutionnaires se répandaient dans la rue. “Il semble que les communistes gagnent” me dit mon partenaire en souriant.
Puis il y a les stands : des tables sous de petits auvents où les militants se réunissent avec leurs tracts et leur musique pour faire campagne auprès des passants, activant une sorte de débat de rue à propos de l’élection. Sans aucun doute il y a plus de stands du type “punto rojo” (points rouges) du parti de Chavez, le Parti socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), que de l’opposition. Selon des infos que j’ai reçues de Caracas, la présence de l’opposition dans les rues y est encore plus faible qu’à Mérida. Les punto rojos sont partout, dans chaque place principale et voie principale de la ville, et j’ai déjà amassé une collection de tracts à force de passer devant ces stands. Ajoutez à cela les grands meetings de campagne, les visites porte à porte par les militants, la couverture saturée des médias, les panneaux d’affichage géants, et les affiches couvrant toute surface disponible que les militants collent chaque nuit quand les rues son calmes. Non, ici, impossible d’ignorer l’élection présidentielle. La plupart des vénézuéliens n’ont pas envie de l’ignorer, conscients qu’ils sont, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays, que leur vote va déterminer réellement la future orientation politique du pays.
Un regard sur le matériel de campagne des deux candidats éclaire ce choix. Le tract de campagne de Chavez fait le bilan de ce qui a été réalisé par le président depuis sa première élection en 1998, exprime la vision générale de son mouvement pour le Venezuela et les propositions concrètes pour la période qui vient. Les réussites mentionnées comprennent la santé gratuite et les systèmes éducatifs, l’élimination de l’analphabétisme, l’établissement d’un réseau non lucratif de distribution de nourriture, l’intégration dans une Amérique Latine souveraine et la construction des bases de la démocratie « participative et protagonique”. Les cinq objectifs de la campagne (chacun d’eux étant décliné en propositions concrètes) sont la consolidation de la souveraineté nationale, la poursuite de la construction du “socialisme bolivarien du 21ème siècle », la conversion du pays en puissance latino-américaine, la promotion d’un ordre mondial multipolaire capable de garantir la paix, et la “préservation de la vie sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine”, ce dernier point étant souvent l’objet de moqueries de la part de Capriles et de sa campagne, pour qui le Venezuela ne devrait s’occuper que de lui-même.
La campagne de Capriles, elle, semble avoir deux manifestes. Dans l’officiel, Capriles se présente comme une sorte de Chavez « light », promettant de maintenir les populaires programmes sociaux, tout en défendant la nécessité d’accroître “les stimulants pour les entrepreneurs” et en critiquant “les obstacles majeurs aux activités des compagnies privées”. Ensuite vient le programme réel, filtré par des membres dissidents de l’opposition, qui montre sa nature néo-libérale : dérégulation bancaire, ouverture de l’économie aux investissements privés, réduction du financement par l’État des services publics et des projets établis par les 40.000 conseils communaux qui oeuvrent dans le pays. On peut lire un résumé des programmes des deux candidats sur le site Venezuanalysis.com ici (en anglais).
D’un point de vue démocratique, malgré le refus de l’opposition de soumettre à l’électorat son programme politique réel, les citoyens du Venezuela sont en présence d’un choix véritable dans cette (et dans chaque) élection. Ils ont le pouvoir de décider de l’orientation qu’ils veulent pour le pays.
Une élection dans une démocratie libérale en déclin
Dans la dernière élection générale dont je fus témoin, en Grande-Bretagne en mai 2010, l’atmosphère était quelque peu différente. J’y étais candidat parlementaire, défendant une alternative socialiste aux coupes claires dans les dépenses publiques et aux autres mesures d’austérité annoncées comme réponse nécessaire à la récession capitaliste. Moi-même et d’autres activistes menions campagne dans la ville d’Aberdeen, en Écosse, qui ceci dit en passant est d’une taille semblable à celle de Mérida. Mais la ressemblance s’arrête là.
Le scrutin se caractérisait par un sentiment d’apathie, de désenchantement, et d’impuissance. Comme dans beaucoup de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, l’élection consiste à soumettre au vote de la population deux variantes d’une même politique pré-établie : dans ce cas, de nouvelles privatisations des services publics, le gel des salaires, les pertes d’emplois et la réduction des bénéfices sociaux. Aucun thème substantiel n’était débattu publiquement. Les institutions de la finance internationale, les banques, les médias privés, et les courants politiques dominants avaient déjà décidé que les gens ordinaires paieraient pour la crise économique, causée par le capitalisme en genéral et par le capital financier en particulier. Que les gens votent pour le Parti Travailliste au pouvoir ou pour les autres forces politiques dominantes – les partis Libéral-Démocrate ou Conservateur – ils scelleraient ce qui était basiquement la même politique. L’idée d’une population possédant une véritable voix dans la prise de décision, c’est-á-dire, la véritable démocratie, était reléguée au dernier rang.
Cette élection reflétait le déclin continu du système démocratique libéral, comme on pouvait l’observer dans l’atmosphère de la campagne. À Aberdeen par exemple je garde un seul souvenir de militants du parti travailliste, dont le parti tentait de garder le pouvoir, présents physiquement dans les rues du centre avec leurs tracts. Des aspects de la campagne de terrain tels que le porte-à-porte et la diffusion de tracts eurent sûrement lieu mais rarement. Cela valait pour tous les grands partis, avec une évidente absence d’enthousiasme et de mobilisation dans la population. En termes de publicité, les marques formelles d’une élection étaient encore présents : affiches, panneaux, tracts massivement distribués par des firmes privées, candidats en tournée dans le pays et dont la presse reprenait les déclarations. C’était une élection mue par les sondages, les campagnes de relations publiques et des discours sous forme de clips.
Déjà, je sentais que l’esprit de la démocratie réelle, celui du peuple contrôlant la politique de son pays et sentant que sa voix et son vote importent, était absent. Absents, les groupes de militants arrêtant le trafic principal pour une distribution massive de tracts. Absents, les stands sur chaque place et dans chaque rue, avec leurs militants expliquant passionnément pourquoi leur candidat mérite d’être soutenu. Absents, les cortèges massifs de dizaines et de centaines de milliers de personnes, criant avec joie et colère, exigeant, louant leurs candidats, à cause de l’enjeu réel de la victoire. Absente, la notion d’une force politique majeure défendant l’intérêt de la population face à ceux d’une élite dominante, quelque chose qui vous donne la force de vous lever du fauteuil pour vous battre. Cela se refléta dans le taux de participation qui malgré la possibilité d’un changement de gouvernement (comme ce fut le cas) fut faible : 65 %. Bien loin du taux de 84% qui avait marqué le raz-de-marée victorieux des travaillistes en 1950, et du taux de 75% de l’élection présidentielle de 2006 au Venezuela, qui n’a jamais semblé serrée, Chavez gagnant avec une bonne longueur d’avance. Les taux de participation des élections au Royaume-Uni sont en général encore plus bas.
La réalité est qu’en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, à un degré ou à un autre, la participation et la prise de décision substantielle en politique ont été volées au peuple, à un point qui semble n’avoir jamais existé. Dans les générations antérieures, les électeurs disposaient au moins d’un choix réel à faire, entre le capitalisme de bien-être social avec intervention de l’État dans l’économie, ou le capitalisme néo-libéral de libre marché. Aujourd’hui les politiques peuvent être qualifiées, comme l’a un jour noté le journaliste en campagne John Pilger, comme “des partis indéfinissables en concurrence pour la gestion d’un état à l’idéologie unique”. Des communautés, des syndicats et des organisations de mouvements sociaux sont alors forcés de descendre dans la rue pour défendre les acquis et ls droits sociaux, avec une petite représentation politique formelle disposée à les appuyer. Ajoutez à cette monoculture politique un nationalisme nauséabond pro-establishment, des attaques contre les droits civils au nom de la « guerre contre la terreur”, des scandales sporadiques de corruption, et vous pourrez voir les indicateurs du déclin continu de la culture démocratique et participative dans ces pays.
La naissance d’un Venezuela participatif et démocratique
Pourquoi observe-t-on en revanche des niveaux aussi élevés d’enthousiasme et de participation dans la politique vénézuélienne ? De 1958 à 1998, le Venezuela vivait une “démocratie” où deux partis se succédaient au pouvoir, alors que les militants de gauche étaient activement persécutés. Ce système dit de “Punto Fijo” perdit sa légitimité en 1989 lorsque le président social-démocrate Carlos Andrez Perez (CAP) mit en place les mesures d’austérité néo-libérales du FMI, parmi lesquelles la suppression des subventions au carburant. La population répondit par des manifestations et des émeutes, que le gouvernement de CAP écrasa en recourant aux forces armées, avec un solde estimé à trois mille victimes civiles. Exaspérés par l’élitisme, l’exclusion et la corruption du système de Punto Fijo, le peuple s’est tourné vers Hugo Chavez et son mouvement « Cinquième République » qui a brisé net le système des deux partis décrédibilisés. L’élection de Chavez à la présidence en décembre 1998 marqua le début de la révolution bolivarienne.
Celui-ci a respecté sa promesse de campagne de refonder le pays, avec l’élection d’une assemblée constituante en 1999 qui a produit ce qui est sans doute l’une des constitutions les plus progressistes au monde. Soumise au référendum populaire, elle a donné aux vénézuéliens un large éventail de nouveaux droits politiques, civils et sociaux, et a fourni le cadre des réformes démocratiques postérieures. Aujourd’hui, entre autres droits, les vénézuéliens peuvent révoquer les représentants élus (du maire au président) à mi-mandat, ou soumettre directement des projets de loi à la discussion par l’Assemblée Nationale. Des élections générales ou des référendums ont eu lieu pratiquement chaque année depuis l’élection de Chavez, permettant à la population de prendre collectivement des décisions sur des matières politiquement cruciales, telles que la confirmation de Chavez lors du référendum révocatoire de 2004, la courte défaite de celui-ci lors du référendum constitutionnel de 2007 et l’approbation par référendum de l’amendement constutionnel qui permet à tout mandataire (du maire au président) de se soumettre au suffrage des électeurs au-delà de deux mandats.
S’est développée une dynamique où le travail législatif a dû avancer au rythme de l’explosion des organisations de base. Beaucoup de vénézuéliens participent et s’engagent activement dans la vie politique, dans les mouvements sociaux, dans les partis politiques, dans les conseils communaux, dans les communes, dans les médias communautaires, dans les syndicats, dans les conseils de travailleurs et dans d’autres assemblées. Une grande partie des classes pauvres et de la classe moyenne inférieure, qui forment près de 80% de la population, se sont sentis représentés par le gouvernement Chavez et l’ont défendu avec passion. En plus d’une politique d’inclusion sociale et de transfert de pouvoir aux pauvres, cela s’explique par les politiques gouvernementales de contrôle des revenus issus de l’industrie pétrolière et de l’investissement dans la santé et dans l’éducation gratuites, dans les subventions au réseau de distribution d’aliments et dans la construction de logements. Le mouvement des privatisations a été renversé avec la nationalisation des télécommunications, de l’électricité, du ciment, de certains secteurs bancaires, et d’autres secteurs stratégiques, probablement, si Chavez gagne l’élection du 7 octobre. Ces mesures ont été prises avec pour toile de fond une opposition intransigeante, soutenue par les États-unis qui a tenté, physiquement comme électoralement, de chasser Chavez, sans succès jusqu’à présent.
Bien sûr rien n’est parfait. Toutes ces conquêtes ne signifient pas qu’il n’y a pas de régressions dans le nouvel essor démocratique. Lorsque Chavez a été atteint d’un cancer l’an dernier, une attention renouvelée a été donnée au fait que le mouvement bolivarien dépende autant d’un dirigeant. La corruption et la bureaucratie sont des phénomènes qui freinent une radicalisation de la démocratisation et érodent l’appui á la révolution bolivarienne en général. Je l’ai noté dans la région orientale de Guayana, oú des figures se réclamant ostensiblement de Chavez résistaient aux avancées du projet de contrôle ouvrier, les travailleurs tentant de prendre le contrôle des entreprises. Une culture politique opportuniste existe encore, certains politiciens tirant un avantage de leur position pour leur promotion personnelle. Ceci peut être observé à Mérida où tant le gouverneur pro-Chavez que le maire d’opposition font imprimer leur nom et leur visage sur les uniformes et le matériel de leurs employés, préférant leur auto-promotion à celle de l’institution pour la gestion de laquelle ils ont été élus. Cela signifie que celui qui veut travailler dans le ramassage public des ordures ou dans l’entretien des parcs, doit porter sur son uniforme l’effigie d’un homme politique. C’est une pratique à laquelle s’opposent de nombreux membres du mouvement pro-Chavez, et le débat et l’action sur ces thèmes font partie de la dynamique de la lutte pour approfondir la nouvelle démocratie participative du Venezuela.
Points de vue divergeants sur la démocratie au Venezuela : du jargon des médias privés à la réalité.
Néanmoins, de grands pas ont été franchis dans le transfert de pouvoir à la population et la participation de celle-ci depuis 1998. La vitalité de la démocratie vénézuélienne contraste fortement avec l’Occident. J’en ai eu de nouveau la preuve la semaine dernière, lorsque Chavez s’est rendu à Mérida pour un meeting électoral. La réponse de la population fut incroyable : les « campesinos » (producteurs agricoles), les ouvriers, les étudiants et beaucoup d’autres ont afflué vers la ville depuis les alentours pour appuyer la réélection du président. La joie et l’enthousiasme des manifestants était palpable, avec des banderoles faites à la main, des expressions artistiques, des cornes de brume, de la musique, des abrazos, des tapes sur l’épaule, et des déclarations d’appui à Chavez. Les grands meetings vénézuéliens tels que celui-ci sont un mélange de performances musicales, de fêtes de rue et de manifestations politiques. Il est juste aussi de dire que les partisans de l’opposition, même si leur position peut s’appuyer sur des valeurs réactionnaires, ou sur la notion confuse que la “justice” ou le “progrès” doit venir d’un candidat néo-libéral de l’élite vénézuélienne, sont tout autant passionnés, la plupart dans leur opposition à Chavez. Dans la politique vénézuélienne, les gens sentent qu’ils ont une cause qui vaut la peine d’être soutenue et des millions de personnes sont motivées à se lever pour le faire.
En conversant avec les gens du meeting de Mérida, je fus impressionné par la profondeur de la conscience politique et la variété des opinions parmi la foule quant au motif de leur appui à la réélection de Chavez. Pour certains, l’intégration latino-américaine était la raison. Pour d’autres c’était la santé gratuite. Pour beaucoup la raison principale, comme me l’affirma un couple d’âge moyen, était : “c’est le président qui a donné le plus de pouvoir à la population”. Pour un autre homme, c’est le président qui “a réveillé les vénézuéliens et les peuples frères”. Une jeune femme me déclara que c’était tout simplement parce que “je l’aime”.
Pour un journaliste au service d’un média privé tel que Reuters, avec son gros salaire dans un bel appartement et disponible pour l’opposition (on imagine), cela est la preuve d’une “vision romantique et affective de Chavez” qui joue cyniquement la “carte populiste” pour remporter un nouveau mandat. Pour un journaliste d’Associated Press qui n’a jamais connu la pauvreté dans sa vie, les programmes sociaux, souvent mentionnés comme des “largesses effectuées avec l’argent du pétrole” dans le jargon de la presse privée anti-Chavez, peuvent être ignorés : Chavez “dépense lourdement dans des programmes sociaux… cette année en cherchant à consolider son appui” c-à-d en achetant cyniquement des votes. Peu importe la séquence historique qui montre un engagement sur le long terme en termes de budgets sociaux de la part du gouvernement Chavez, avec la réduction de moitié de la pauvreté entre autres succès. Un engagement qui comprend le maintien des budgets sociaux pendant la récession de 2009-10 alors qu’aucune élection présidentielle n’était en vue, afin de neutraliser les effets négatifs de la crise économique globale sur la population du Venezuela, une mesure apparemment hors d’atteinte pour de nombreux pays du « premier monde”.
De fait la jeune femme qui me déclara que « l’amour » était la raison principale d’avoir voté pour Chavez n’était pas éblouie par quelque image populiste ou par des dépenses de dernière minute. Elle vient d’une famille pauvre qui vivait dans un taudis non loin du lieu où se déroulait le meeting. Elle est sur le point d’obtenir un diplôme dans le programme de médecine intégrale communautaire, alors qu’elle aurait été exclue du système traditionnellement élitiste de la médecine au Venezuela. Son logement de fortune a été transformé en logement décent à travers le programme géré par les communautés de « substitution de taudis par des logements“, qui fait partie de la mission gouvernementale de construction massive de logements. C’est ce type de transformations qui valent un appui aussi fort à Chavez, même si le reconnaître est si difficile pour les médias internationaux. Selon les médias privés, rallier l’appui de la majorité populaire en orientant les politiques gouvernementales en fonction de leurs besoins, semble une mauvaise chose pour la « démocratie ». Selon l’analyse récente de l’ex-Conseiller aux Relations Extérieures Joe Hirst, le Venezuela a besoin de prendre des leçons de démocratie auprès des États-Unis. Quelle immondice. Au moins l’ex-président des USA Jimmy Carter a apporté une dose de réalité à ce qui est l’atroce manipulatio médiatique par la plupart des grands médias sur l’élection au Venezuela, déclarant que pour lui, qui a observé 90 élections dans le monde entier, le système vénézuélien est le meilleur du monde.
Une renaissance démocratique en Occident ?
Alors que les médias privés se sont enfermés eux-mêmes dans l’illusion orwellienne selon laquelle les États-Unis et la Grande-Bretagne sont des modèles de démocratie et que le Venezuela est un pays agité et gouverné par un “régime », dans le monde réel la réalité est différente.
La démocratie aux États-Unis et en Europe est en danger, avec une majorité de la population écartée des choix réels en matière de politiques publiques, et une monoculture politique qui gouverne des pays entiers en fonction des intérêts d’une petite élite. Pendant longtemps la réaction a été l’apathie ou la dépolitisation, cependant dans de nombreux pays s’est manifestée une résistance significative à l’austérité capitaliste, avec de nouveaux mouvements qui sont nés et d’anciens qui se sont renouvelés. Il reste à voir si ce désenchantement face au déclin de la démocratie va se convertir en mouvement capable d’une transformation sociale et politique. Peut-être verrons-nous un parallèle avec le Venezuela, où un mouvement de l’extérieur à réussi à briser le monopole des élites sur le pouvoir et a générer une renaissance démocratique révolutionnaire. Dans cette tâche on peut apprendre beaucoup de ses succès et de ses contradictions : par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.
Par Ewan Robertson, Venezuelanalysis.com
Traduction de l’anglais : Thierry Deronne
source : http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/30/venezuela-dem...
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mardi 2 octobre 2012

La ligne noire de Netanyahu (Il Manifesto), …Nous savons maintenant comment sera la bombe nucléaire iranienne…Le premier ministre israélien Netanyahu l’a montrée avec un dessin, à l’Assemblée générale de l’Onu…Un tout autre cadre aurait dû être présenté à l’ONU : celui du puissant arsenal nucléaire israélien, entouré de la ligne noire du secret et de l’omerta…

Nous savons maintenant comment sera la bombe nucléaire iranienne : une boule avec la mèche allumée, comme celle des bandes dessinées pour enfants. Le premier ministre israélien Netanyahu l’a montrée avec un dessin, à l’Assemblée générale de l’Onu et, comme un maître d’école maternelle, il a sorti un feutre et il a tracé sur la bombe une belle ligne rouge. Ici, a-t-il expliqué, doit être arrêté « le plus dangereux régime terroriste du monde », l’iranien, « avant qu’il ne porte à terme l’enrichissement nucléaire nécessaire pour fabriquer une bombe ». Un tout autre cadre aurait dû être présenté à l’ONU : celui du puissant arsenal nucléaire israélien, entouré de la ligne noire du secret et de l’omertà. Selon Jane’s Defense Weekly, Israël - la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient - possède de 100 à 300 têtes nucléaires, prêtes au lancement sur des missiles balistiques qui, avec le Jericho 3, atteignent une portée de 8-9mille km. L’Allemagne a fourni à Israël (sous forme de don ou à prix réduits) quatre sous-marins Dolphin modifiés : dans chacun d’eux, aux six tubes de lancement de missiles de croisière à courte portée en ont été ajoutés quatre pour les Popeye Turbo, des missiles nucléaires de 1.500 km de portée. Les sous-marins israéliens made in Germany, silencieux et pouvant rester en immersion pendant une semaine, croisent en Méditerranée orientale, en Mer Rouge et dans le Golfe Persique, prêts 24 heures sur 24 à l’attaque nucléaire. Les Etats-Unis, qui ont déjà fourni à Israël plus de 350 chasseurs-bombardiers F-16 et F-15, se sont engagés à leur fournir au moins 75 chasseurs F-35, eux aussi à double capacité nucléaire et conventionnelle. Le Pentagone, qui garde secrets les codes d’accès au software du F-35 même avec les pays (comme l’Italie) qui participent à sa construction, les fournira par contre à Israël pour qu’il puisse intégrer le F-35 dans ses propres systèmes de guerre électronique. Il donnera en outre la priorité à l’entraînement des pilotes israéliens, en les préparant à l’attaque nucléaire avec ces chasseurs de cinquième génération.
Israël, qui à la différence de l’Iran refuse le Traité de non-prolifération, n’admet pas qu’il possède un arsenal nucléaire (dont l’existence est reconnue par l’Agence internationale pour l’énergie atomique), mais laisse entendre de façon menaçante qu’il l’a et qu’il peut s’en servir. Il refuse ainsi de participer à la Conférence pour la création au Moyen-Orient d’une zone sans armes nucléaires, ordonnée par l’Onu, à laquelle l’Iran a par contre adhéré. Pendant ce temps Israël, qui selon le Sipri a produit jusqu’en 2011 690-950 kgs de plutonium, continue à en produire en quantité suffisante pour fabriquer chaque année 10-15 bombes de la puissance de celle de Nagasaki. Il produit certainement aussi du tritium, un gaz radioactif avec lequel il fabrique des armes nucléaires de nouvelle génération. Parmi lesquelles des mini-nukes, à utiliser dans un théâtre guerrier réduit, et des armes neutroniques, qui provoquent une contamination radioactive mineure, mais une létalité plus élevée à cause de leur forte émission de neutrons rapides : les plus adaptées contre des objectifs peu distants d’Israël.
Les états arabes de l’Aiea, qui avaient préparé une résolution sur « Les capacités nucléaires israéliennes », en ont, sous la pression des Usa, renvoyé la présentation en 2013.
Tandis que la mèche de la bombe, pas l’iranienne de la bande dessinée mais la vraie d’Israël, peut être allumée à tout moment.
Manlio Dinucci
Edition de mardi 2 octobre 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/...
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
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