samedi 6 octobre 2012

Venezuela : démocratie participative versus déclin démocratique occidental...je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.

...Par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.

Je peux témoigner du complexe de supériorité de Paris, de l’arrogance impériale de Washington, de la décadence capitaliste de Manhattan, des élections parlementaires en Allemagne et de la juste part que j’ai prise aux élections en Grande-Bretagne. Dans aucun de ces cas je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.
Déjà que ce n’est pas facile d’éviter la politique en général au Venezuela, mais là, en pleine campagne électorale, les signes de débat et de lutte politique se font, presque littéralement, omniprésents. Dans la petite ville andine de Mérida, dont la population n’atteint pas 300.000 habitants, traverser le centre de la ville donne une idée de l’intensité de la campagne pour l’élection présidentielle du 7 octobre. Le Président Hugo Chavez brigue un troisième mandat face au concurrent de la droite Henrique Capriles Radonski, de la coalition de la Table Ronde de l’Unité Démocratique (MUD), et les militants s’activent fortement de toute part.
Une des stratégies à Mérida, ce sont les caravanes de campagne, les militants montent dans des camions, des voitures et des jeeps, font le tour de la ville en arborant des drapeaux, en klaxonnant et en criant des slogans. Une autre est le rassemblement de militants à un point-clef du trafic avec des amplis diffusant de la musique en faveur de leur candidat, freinant le trafic pour distribuer des tracts ou écrire des messages sur les lunettes arrière. Il y a quelques jours j’ai vu une compétition intéressante entre un groupe de Primero Justicia (PJ), le parti de Capriles Radonski, et la jeunesse du Parti Communiste (PCV), qui appuie la candidature de Chavez. Tous deux tentaient de distribuer leurs tracts aux conducteurs et de chanter le plus fort possible. Sans vouloir être trop partisan, je dois reconnaître que les militants du PCV faisaient clairement preuve de plus d’enthousiasme, alors que ceux de PJ finissaient par se taire et les chansons distinctement révolutionnaires se répandaient dans la rue. “Il semble que les communistes gagnent” me dit mon partenaire en souriant.
Puis il y a les stands : des tables sous de petits auvents où les militants se réunissent avec leurs tracts et leur musique pour faire campagne auprès des passants, activant une sorte de débat de rue à propos de l’élection. Sans aucun doute il y a plus de stands du type “punto rojo” (points rouges) du parti de Chavez, le Parti socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), que de l’opposition. Selon des infos que j’ai reçues de Caracas, la présence de l’opposition dans les rues y est encore plus faible qu’à Mérida. Les punto rojos sont partout, dans chaque place principale et voie principale de la ville, et j’ai déjà amassé une collection de tracts à force de passer devant ces stands. Ajoutez à cela les grands meetings de campagne, les visites porte à porte par les militants, la couverture saturée des médias, les panneaux d’affichage géants, et les affiches couvrant toute surface disponible que les militants collent chaque nuit quand les rues son calmes. Non, ici, impossible d’ignorer l’élection présidentielle. La plupart des vénézuéliens n’ont pas envie de l’ignorer, conscients qu’ils sont, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays, que leur vote va déterminer réellement la future orientation politique du pays.
Un regard sur le matériel de campagne des deux candidats éclaire ce choix. Le tract de campagne de Chavez fait le bilan de ce qui a été réalisé par le président depuis sa première élection en 1998, exprime la vision générale de son mouvement pour le Venezuela et les propositions concrètes pour la période qui vient. Les réussites mentionnées comprennent la santé gratuite et les systèmes éducatifs, l’élimination de l’analphabétisme, l’établissement d’un réseau non lucratif de distribution de nourriture, l’intégration dans une Amérique Latine souveraine et la construction des bases de la démocratie « participative et protagonique”. Les cinq objectifs de la campagne (chacun d’eux étant décliné en propositions concrètes) sont la consolidation de la souveraineté nationale, la poursuite de la construction du “socialisme bolivarien du 21ème siècle », la conversion du pays en puissance latino-américaine, la promotion d’un ordre mondial multipolaire capable de garantir la paix, et la “préservation de la vie sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine”, ce dernier point étant souvent l’objet de moqueries de la part de Capriles et de sa campagne, pour qui le Venezuela ne devrait s’occuper que de lui-même.
La campagne de Capriles, elle, semble avoir deux manifestes. Dans l’officiel, Capriles se présente comme une sorte de Chavez « light », promettant de maintenir les populaires programmes sociaux, tout en défendant la nécessité d’accroître “les stimulants pour les entrepreneurs” et en critiquant “les obstacles majeurs aux activités des compagnies privées”. Ensuite vient le programme réel, filtré par des membres dissidents de l’opposition, qui montre sa nature néo-libérale : dérégulation bancaire, ouverture de l’économie aux investissements privés, réduction du financement par l’État des services publics et des projets établis par les 40.000 conseils communaux qui oeuvrent dans le pays. On peut lire un résumé des programmes des deux candidats sur le site Venezuanalysis.com ici (en anglais).
D’un point de vue démocratique, malgré le refus de l’opposition de soumettre à l’électorat son programme politique réel, les citoyens du Venezuela sont en présence d’un choix véritable dans cette (et dans chaque) élection. Ils ont le pouvoir de décider de l’orientation qu’ils veulent pour le pays.
Une élection dans une démocratie libérale en déclin
Dans la dernière élection générale dont je fus témoin, en Grande-Bretagne en mai 2010, l’atmosphère était quelque peu différente. J’y étais candidat parlementaire, défendant une alternative socialiste aux coupes claires dans les dépenses publiques et aux autres mesures d’austérité annoncées comme réponse nécessaire à la récession capitaliste. Moi-même et d’autres activistes menions campagne dans la ville d’Aberdeen, en Écosse, qui ceci dit en passant est d’une taille semblable à celle de Mérida. Mais la ressemblance s’arrête là.
Le scrutin se caractérisait par un sentiment d’apathie, de désenchantement, et d’impuissance. Comme dans beaucoup de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, l’élection consiste à soumettre au vote de la population deux variantes d’une même politique pré-établie : dans ce cas, de nouvelles privatisations des services publics, le gel des salaires, les pertes d’emplois et la réduction des bénéfices sociaux. Aucun thème substantiel n’était débattu publiquement. Les institutions de la finance internationale, les banques, les médias privés, et les courants politiques dominants avaient déjà décidé que les gens ordinaires paieraient pour la crise économique, causée par le capitalisme en genéral et par le capital financier en particulier. Que les gens votent pour le Parti Travailliste au pouvoir ou pour les autres forces politiques dominantes – les partis Libéral-Démocrate ou Conservateur – ils scelleraient ce qui était basiquement la même politique. L’idée d’une population possédant une véritable voix dans la prise de décision, c’est-á-dire, la véritable démocratie, était reléguée au dernier rang.
Cette élection reflétait le déclin continu du système démocratique libéral, comme on pouvait l’observer dans l’atmosphère de la campagne. À Aberdeen par exemple je garde un seul souvenir de militants du parti travailliste, dont le parti tentait de garder le pouvoir, présents physiquement dans les rues du centre avec leurs tracts. Des aspects de la campagne de terrain tels que le porte-à-porte et la diffusion de tracts eurent sûrement lieu mais rarement. Cela valait pour tous les grands partis, avec une évidente absence d’enthousiasme et de mobilisation dans la population. En termes de publicité, les marques formelles d’une élection étaient encore présents : affiches, panneaux, tracts massivement distribués par des firmes privées, candidats en tournée dans le pays et dont la presse reprenait les déclarations. C’était une élection mue par les sondages, les campagnes de relations publiques et des discours sous forme de clips.
Déjà, je sentais que l’esprit de la démocratie réelle, celui du peuple contrôlant la politique de son pays et sentant que sa voix et son vote importent, était absent. Absents, les groupes de militants arrêtant le trafic principal pour une distribution massive de tracts. Absents, les stands sur chaque place et dans chaque rue, avec leurs militants expliquant passionnément pourquoi leur candidat mérite d’être soutenu. Absents, les cortèges massifs de dizaines et de centaines de milliers de personnes, criant avec joie et colère, exigeant, louant leurs candidats, à cause de l’enjeu réel de la victoire. Absente, la notion d’une force politique majeure défendant l’intérêt de la population face à ceux d’une élite dominante, quelque chose qui vous donne la force de vous lever du fauteuil pour vous battre. Cela se refléta dans le taux de participation qui malgré la possibilité d’un changement de gouvernement (comme ce fut le cas) fut faible : 65 %. Bien loin du taux de 84% qui avait marqué le raz-de-marée victorieux des travaillistes en 1950, et du taux de 75% de l’élection présidentielle de 2006 au Venezuela, qui n’a jamais semblé serrée, Chavez gagnant avec une bonne longueur d’avance. Les taux de participation des élections au Royaume-Uni sont en général encore plus bas.
La réalité est qu’en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, à un degré ou à un autre, la participation et la prise de décision substantielle en politique ont été volées au peuple, à un point qui semble n’avoir jamais existé. Dans les générations antérieures, les électeurs disposaient au moins d’un choix réel à faire, entre le capitalisme de bien-être social avec intervention de l’État dans l’économie, ou le capitalisme néo-libéral de libre marché. Aujourd’hui les politiques peuvent être qualifiées, comme l’a un jour noté le journaliste en campagne John Pilger, comme “des partis indéfinissables en concurrence pour la gestion d’un état à l’idéologie unique”. Des communautés, des syndicats et des organisations de mouvements sociaux sont alors forcés de descendre dans la rue pour défendre les acquis et ls droits sociaux, avec une petite représentation politique formelle disposée à les appuyer. Ajoutez à cette monoculture politique un nationalisme nauséabond pro-establishment, des attaques contre les droits civils au nom de la « guerre contre la terreur”, des scandales sporadiques de corruption, et vous pourrez voir les indicateurs du déclin continu de la culture démocratique et participative dans ces pays.
La naissance d’un Venezuela participatif et démocratique
Pourquoi observe-t-on en revanche des niveaux aussi élevés d’enthousiasme et de participation dans la politique vénézuélienne ? De 1958 à 1998, le Venezuela vivait une “démocratie” où deux partis se succédaient au pouvoir, alors que les militants de gauche étaient activement persécutés. Ce système dit de “Punto Fijo” perdit sa légitimité en 1989 lorsque le président social-démocrate Carlos Andrez Perez (CAP) mit en place les mesures d’austérité néo-libérales du FMI, parmi lesquelles la suppression des subventions au carburant. La population répondit par des manifestations et des émeutes, que le gouvernement de CAP écrasa en recourant aux forces armées, avec un solde estimé à trois mille victimes civiles. Exaspérés par l’élitisme, l’exclusion et la corruption du système de Punto Fijo, le peuple s’est tourné vers Hugo Chavez et son mouvement « Cinquième République » qui a brisé net le système des deux partis décrédibilisés. L’élection de Chavez à la présidence en décembre 1998 marqua le début de la révolution bolivarienne.
Celui-ci a respecté sa promesse de campagne de refonder le pays, avec l’élection d’une assemblée constituante en 1999 qui a produit ce qui est sans doute l’une des constitutions les plus progressistes au monde. Soumise au référendum populaire, elle a donné aux vénézuéliens un large éventail de nouveaux droits politiques, civils et sociaux, et a fourni le cadre des réformes démocratiques postérieures. Aujourd’hui, entre autres droits, les vénézuéliens peuvent révoquer les représentants élus (du maire au président) à mi-mandat, ou soumettre directement des projets de loi à la discussion par l’Assemblée Nationale. Des élections générales ou des référendums ont eu lieu pratiquement chaque année depuis l’élection de Chavez, permettant à la population de prendre collectivement des décisions sur des matières politiquement cruciales, telles que la confirmation de Chavez lors du référendum révocatoire de 2004, la courte défaite de celui-ci lors du référendum constitutionnel de 2007 et l’approbation par référendum de l’amendement constutionnel qui permet à tout mandataire (du maire au président) de se soumettre au suffrage des électeurs au-delà de deux mandats.
S’est développée une dynamique où le travail législatif a dû avancer au rythme de l’explosion des organisations de base. Beaucoup de vénézuéliens participent et s’engagent activement dans la vie politique, dans les mouvements sociaux, dans les partis politiques, dans les conseils communaux, dans les communes, dans les médias communautaires, dans les syndicats, dans les conseils de travailleurs et dans d’autres assemblées. Une grande partie des classes pauvres et de la classe moyenne inférieure, qui forment près de 80% de la population, se sont sentis représentés par le gouvernement Chavez et l’ont défendu avec passion. En plus d’une politique d’inclusion sociale et de transfert de pouvoir aux pauvres, cela s’explique par les politiques gouvernementales de contrôle des revenus issus de l’industrie pétrolière et de l’investissement dans la santé et dans l’éducation gratuites, dans les subventions au réseau de distribution d’aliments et dans la construction de logements. Le mouvement des privatisations a été renversé avec la nationalisation des télécommunications, de l’électricité, du ciment, de certains secteurs bancaires, et d’autres secteurs stratégiques, probablement, si Chavez gagne l’élection du 7 octobre. Ces mesures ont été prises avec pour toile de fond une opposition intransigeante, soutenue par les États-unis qui a tenté, physiquement comme électoralement, de chasser Chavez, sans succès jusqu’à présent.
Bien sûr rien n’est parfait. Toutes ces conquêtes ne signifient pas qu’il n’y a pas de régressions dans le nouvel essor démocratique. Lorsque Chavez a été atteint d’un cancer l’an dernier, une attention renouvelée a été donnée au fait que le mouvement bolivarien dépende autant d’un dirigeant. La corruption et la bureaucratie sont des phénomènes qui freinent une radicalisation de la démocratisation et érodent l’appui á la révolution bolivarienne en général. Je l’ai noté dans la région orientale de Guayana, oú des figures se réclamant ostensiblement de Chavez résistaient aux avancées du projet de contrôle ouvrier, les travailleurs tentant de prendre le contrôle des entreprises. Une culture politique opportuniste existe encore, certains politiciens tirant un avantage de leur position pour leur promotion personnelle. Ceci peut être observé à Mérida où tant le gouverneur pro-Chavez que le maire d’opposition font imprimer leur nom et leur visage sur les uniformes et le matériel de leurs employés, préférant leur auto-promotion à celle de l’institution pour la gestion de laquelle ils ont été élus. Cela signifie que celui qui veut travailler dans le ramassage public des ordures ou dans l’entretien des parcs, doit porter sur son uniforme l’effigie d’un homme politique. C’est une pratique à laquelle s’opposent de nombreux membres du mouvement pro-Chavez, et le débat et l’action sur ces thèmes font partie de la dynamique de la lutte pour approfondir la nouvelle démocratie participative du Venezuela.
Points de vue divergeants sur la démocratie au Venezuela : du jargon des médias privés à la réalité.
Néanmoins, de grands pas ont été franchis dans le transfert de pouvoir à la population et la participation de celle-ci depuis 1998. La vitalité de la démocratie vénézuélienne contraste fortement avec l’Occident. J’en ai eu de nouveau la preuve la semaine dernière, lorsque Chavez s’est rendu à Mérida pour un meeting électoral. La réponse de la population fut incroyable : les « campesinos » (producteurs agricoles), les ouvriers, les étudiants et beaucoup d’autres ont afflué vers la ville depuis les alentours pour appuyer la réélection du président. La joie et l’enthousiasme des manifestants était palpable, avec des banderoles faites à la main, des expressions artistiques, des cornes de brume, de la musique, des abrazos, des tapes sur l’épaule, et des déclarations d’appui à Chavez. Les grands meetings vénézuéliens tels que celui-ci sont un mélange de performances musicales, de fêtes de rue et de manifestations politiques. Il est juste aussi de dire que les partisans de l’opposition, même si leur position peut s’appuyer sur des valeurs réactionnaires, ou sur la notion confuse que la “justice” ou le “progrès” doit venir d’un candidat néo-libéral de l’élite vénézuélienne, sont tout autant passionnés, la plupart dans leur opposition à Chavez. Dans la politique vénézuélienne, les gens sentent qu’ils ont une cause qui vaut la peine d’être soutenue et des millions de personnes sont motivées à se lever pour le faire.
En conversant avec les gens du meeting de Mérida, je fus impressionné par la profondeur de la conscience politique et la variété des opinions parmi la foule quant au motif de leur appui à la réélection de Chavez. Pour certains, l’intégration latino-américaine était la raison. Pour d’autres c’était la santé gratuite. Pour beaucoup la raison principale, comme me l’affirma un couple d’âge moyen, était : “c’est le président qui a donné le plus de pouvoir à la population”. Pour un autre homme, c’est le président qui “a réveillé les vénézuéliens et les peuples frères”. Une jeune femme me déclara que c’était tout simplement parce que “je l’aime”.
Pour un journaliste au service d’un média privé tel que Reuters, avec son gros salaire dans un bel appartement et disponible pour l’opposition (on imagine), cela est la preuve d’une “vision romantique et affective de Chavez” qui joue cyniquement la “carte populiste” pour remporter un nouveau mandat. Pour un journaliste d’Associated Press qui n’a jamais connu la pauvreté dans sa vie, les programmes sociaux, souvent mentionnés comme des “largesses effectuées avec l’argent du pétrole” dans le jargon de la presse privée anti-Chavez, peuvent être ignorés : Chavez “dépense lourdement dans des programmes sociaux… cette année en cherchant à consolider son appui” c-à-d en achetant cyniquement des votes. Peu importe la séquence historique qui montre un engagement sur le long terme en termes de budgets sociaux de la part du gouvernement Chavez, avec la réduction de moitié de la pauvreté entre autres succès. Un engagement qui comprend le maintien des budgets sociaux pendant la récession de 2009-10 alors qu’aucune élection présidentielle n’était en vue, afin de neutraliser les effets négatifs de la crise économique globale sur la population du Venezuela, une mesure apparemment hors d’atteinte pour de nombreux pays du « premier monde”.
De fait la jeune femme qui me déclara que « l’amour » était la raison principale d’avoir voté pour Chavez n’était pas éblouie par quelque image populiste ou par des dépenses de dernière minute. Elle vient d’une famille pauvre qui vivait dans un taudis non loin du lieu où se déroulait le meeting. Elle est sur le point d’obtenir un diplôme dans le programme de médecine intégrale communautaire, alors qu’elle aurait été exclue du système traditionnellement élitiste de la médecine au Venezuela. Son logement de fortune a été transformé en logement décent à travers le programme géré par les communautés de « substitution de taudis par des logements“, qui fait partie de la mission gouvernementale de construction massive de logements. C’est ce type de transformations qui valent un appui aussi fort à Chavez, même si le reconnaître est si difficile pour les médias internationaux. Selon les médias privés, rallier l’appui de la majorité populaire en orientant les politiques gouvernementales en fonction de leurs besoins, semble une mauvaise chose pour la « démocratie ». Selon l’analyse récente de l’ex-Conseiller aux Relations Extérieures Joe Hirst, le Venezuela a besoin de prendre des leçons de démocratie auprès des États-Unis. Quelle immondice. Au moins l’ex-président des USA Jimmy Carter a apporté une dose de réalité à ce qui est l’atroce manipulatio médiatique par la plupart des grands médias sur l’élection au Venezuela, déclarant que pour lui, qui a observé 90 élections dans le monde entier, le système vénézuélien est le meilleur du monde.
Une renaissance démocratique en Occident ?
Alors que les médias privés se sont enfermés eux-mêmes dans l’illusion orwellienne selon laquelle les États-Unis et la Grande-Bretagne sont des modèles de démocratie et que le Venezuela est un pays agité et gouverné par un “régime », dans le monde réel la réalité est différente.
La démocratie aux États-Unis et en Europe est en danger, avec une majorité de la population écartée des choix réels en matière de politiques publiques, et une monoculture politique qui gouverne des pays entiers en fonction des intérêts d’une petite élite. Pendant longtemps la réaction a été l’apathie ou la dépolitisation, cependant dans de nombreux pays s’est manifestée une résistance significative à l’austérité capitaliste, avec de nouveaux mouvements qui sont nés et d’anciens qui se sont renouvelés. Il reste à voir si ce désenchantement face au déclin de la démocratie va se convertir en mouvement capable d’une transformation sociale et politique. Peut-être verrons-nous un parallèle avec le Venezuela, où un mouvement de l’extérieur à réussi à briser le monopole des élites sur le pouvoir et a générer une renaissance démocratique révolutionnaire. Dans cette tâche on peut apprendre beaucoup de ses succès et de ses contradictions : par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.
Par Ewan Robertson, Venezuelanalysis.com
Traduction de l’anglais : Thierry Deronne
source : http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/30/venezuela-dem...
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mardi 2 octobre 2012

La ligne noire de Netanyahu (Il Manifesto), …Nous savons maintenant comment sera la bombe nucléaire iranienne…Le premier ministre israélien Netanyahu l’a montrée avec un dessin, à l’Assemblée générale de l’Onu…Un tout autre cadre aurait dû être présenté à l’ONU : celui du puissant arsenal nucléaire israélien, entouré de la ligne noire du secret et de l’omerta…

Nous savons maintenant comment sera la bombe nucléaire iranienne : une boule avec la mèche allumée, comme celle des bandes dessinées pour enfants. Le premier ministre israélien Netanyahu l’a montrée avec un dessin, à l’Assemblée générale de l’Onu et, comme un maître d’école maternelle, il a sorti un feutre et il a tracé sur la bombe une belle ligne rouge. Ici, a-t-il expliqué, doit être arrêté « le plus dangereux régime terroriste du monde », l’iranien, « avant qu’il ne porte à terme l’enrichissement nucléaire nécessaire pour fabriquer une bombe ». Un tout autre cadre aurait dû être présenté à l’ONU : celui du puissant arsenal nucléaire israélien, entouré de la ligne noire du secret et de l’omertà. Selon Jane’s Defense Weekly, Israël - la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient - possède de 100 à 300 têtes nucléaires, prêtes au lancement sur des missiles balistiques qui, avec le Jericho 3, atteignent une portée de 8-9mille km. L’Allemagne a fourni à Israël (sous forme de don ou à prix réduits) quatre sous-marins Dolphin modifiés : dans chacun d’eux, aux six tubes de lancement de missiles de croisière à courte portée en ont été ajoutés quatre pour les Popeye Turbo, des missiles nucléaires de 1.500 km de portée. Les sous-marins israéliens made in Germany, silencieux et pouvant rester en immersion pendant une semaine, croisent en Méditerranée orientale, en Mer Rouge et dans le Golfe Persique, prêts 24 heures sur 24 à l’attaque nucléaire. Les Etats-Unis, qui ont déjà fourni à Israël plus de 350 chasseurs-bombardiers F-16 et F-15, se sont engagés à leur fournir au moins 75 chasseurs F-35, eux aussi à double capacité nucléaire et conventionnelle. Le Pentagone, qui garde secrets les codes d’accès au software du F-35 même avec les pays (comme l’Italie) qui participent à sa construction, les fournira par contre à Israël pour qu’il puisse intégrer le F-35 dans ses propres systèmes de guerre électronique. Il donnera en outre la priorité à l’entraînement des pilotes israéliens, en les préparant à l’attaque nucléaire avec ces chasseurs de cinquième génération.
Israël, qui à la différence de l’Iran refuse le Traité de non-prolifération, n’admet pas qu’il possède un arsenal nucléaire (dont l’existence est reconnue par l’Agence internationale pour l’énergie atomique), mais laisse entendre de façon menaçante qu’il l’a et qu’il peut s’en servir. Il refuse ainsi de participer à la Conférence pour la création au Moyen-Orient d’une zone sans armes nucléaires, ordonnée par l’Onu, à laquelle l’Iran a par contre adhéré. Pendant ce temps Israël, qui selon le Sipri a produit jusqu’en 2011 690-950 kgs de plutonium, continue à en produire en quantité suffisante pour fabriquer chaque année 10-15 bombes de la puissance de celle de Nagasaki. Il produit certainement aussi du tritium, un gaz radioactif avec lequel il fabrique des armes nucléaires de nouvelle génération. Parmi lesquelles des mini-nukes, à utiliser dans un théâtre guerrier réduit, et des armes neutroniques, qui provoquent une contamination radioactive mineure, mais une létalité plus élevée à cause de leur forte émission de neutrons rapides : les plus adaptées contre des objectifs peu distants d’Israël.
Les états arabes de l’Aiea, qui avaient préparé une résolution sur « Les capacités nucléaires israéliennes », en ont, sous la pression des Usa, renvoyé la présentation en 2013.
Tandis que la mèche de la bombe, pas l’iranienne de la bande dessinée mais la vraie d’Israël, peut être allumée à tout moment.
Manlio Dinucci
Edition de mardi 2 octobre 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/...
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
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samedi 29 septembre 2012

Combattre (tous) les tyrans....Et lorsque le Bahreïn a tenté lui aussi de se révolter, on l’a vite calmé, sans que nos médias n’en fassent trop de pub !

...Certains désinformateurs prétendent que nos interventions ne sont pas désintéressées, la Libye et l’Irak sont riches en pétrole ; et la chute de la Syrie ouvrirait les portes de l’Iran, fragiliserait le Hezbollah et permettrait le remodelage du Liban. Moi je pense plutôt que, si la Syrie tombe, nous aurons l’opportunité d’aller libérer le peuple iranien et Israël pourra apporter la sécurité au peuple libanais. Evidement, avant cela, nous pourrions simplement aller aider le peuple palestinien qui est agressé et dépossédé de sa terre, jour après jour dans une indifférence généralisée. C’est d’ailleurs un des grands mystères de notre époque : si n’importe quel pays faisait à autrui le dixième de ce que fait Israël aux palestiniens, on lui enverrait des dizaines de bombardiers pour lui apprendre à respecter les décisions de l’ONU…

Il n’y a pas si longtemps, nous recevions en France, en grande pompe, Kadhafi et Bachar El Assad. A l’époque ils étaient des hommes respectables. Puis, en une paire d’années, ils sont devenus des tyrans sanguinaires, qui oppressent leur population. Comment un tel changement a-t-il pu avoir lieu ?
Le basculement est-t-il intervenu après leur passage en France ? Y ont-ils eu de mauvaises fréquentations et de mauvais conseils ? Ou alors comme de véritables comédiens, ils avaient parfaitement cachés leur jeu et nous avons été bernés ! On apprend maintenant que Kadhafi avait même des esclaves sexuelles, chez nous on se contente des frasques de DSK ou des demandes de petites gâteries de Sarkozy à certaines élues. S’ils avaient les pleins pouvoirs comme Kadhafi, en abuseraient-ils ?
J’espère que pour les Bachar et consorts, ce n’est pas leur passage à l’Elysée qui est responsable de ce retournement de comportement, sinon je me fais du souci pour le peuple africain, dont nous recevons régulièrement nombres de ses dirigeants. Dirigeants particulièrement sensibilisés aux droits de l’homme, comme chacun sait. Nous organisons même des sommets africains en France. D’ailleurs, si une opposition malveillante s’oppose à nos « protégés », nous n’hésitons pas à envoyer la troupe pour les secourir ! Nous savons ce que valent les dirigeants des pays auxquels nous accordons notre confiance, et nous savons qu’elle est bien placée, intérêts en plus !
Au moyen et proche Orient, royaume de la liberté d’expression et du respect des droits humains, nous entretenons de bonnes relations avec la plupart des états démocratiques comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, Le Bahreïn, le Koweït, et tous ces pays portés par le vent de la démocratie. C’est pour cela que nous ne pouvons tolérer l’attitude de la Syrie qui compromet la sécurité de la région. Peut-être devrons-nous intervenir militairement comme nous avons été obligés de le faire pour libérer le peuple irakien d’un dictateur musulman, secondé par un premier ministre chrétien, pluralité religieuse d’ailleurs très suspecte ! Maintenant les chrétiens sont obligés de se cacher, les femmes n’ont plus accès à de nombreux postes, la mortalité enfantine a explosé ainsi que les cancers suite à l’utilisation massive d’armes à l’uranium appauvri ; il y a eu plus de morts civils que lors des 50 dernières années, mais la liberté n’a pas de prix et lorsque nous l’apportons, nous ne regardons pas à la dépense.
Certains désinformateurs prétendent que nos interventions ne sont pas désintéressées, la Libye et l’Irak sont riches en pétrole ; et la chute de la Syrie ouvrirait les portes de l’Iran, fragiliserait le Hezbollah et permettrait le remodelage du Liban. Moi je pense plutôt que, si la Syrie tombe, nous aurons l’opportunité d’aller libérer le peuple iranien et Israël pourra apporter la sécurité au peuple libanais. Evidement, avant cela, nous pourrions simplement aller aider le peuple palestinien qui est agressé et dépossédé de sa terre, jour après jour dans une indifférence généralisée. C’est d’ailleurs un des grands mystères de notre époque : si n’importe quel pays faisait à autrui le dixième de ce que fait Israël aux palestiniens, on lui enverrait des dizaines de bombardiers pour lui apprendre à respecter les décisions de l’ONU…
Ne vous méprenez pas, je serais le premier heureux si des dictateurs comme Kadhafi ou Assad étaient renversés par des forces démocratiques et populaires, mais dans ce cas là, elles ne seraient jamais soutenues par l’occident. Ne croyez surtout pas que ceux qui chaque jour luttent pour vous déposséder de votre protection sociale et ne pensent qu’à vous précariser davantage, se soucient un tant soit peu des peuples libyens ou syriens. Derrière les bonnes paroles, il ne s’agit que d’intérêts économiques et géopolitiques. D’ailleurs, lors de la révolution tunisienne, la seule sans doute à ne pas avoir été téléguidée de l’extérieur, la première réaction de nos dirigeants a été de proposer d’aider le régime en place ! Et lorsque le Bahreïn a tenté lui aussi de se révolter, on l’a vite calmé, sans que nos médias n’en fassent trop de pub ! Pour finir, voici une info qui n’a rien à voir : l’on a découvert d’importants gisements pétroliers et gazeux au large de la Syrie …
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mardi 25 septembre 2012

Libye : pétrole rouge sang....Un bon investissement, celui de la guerre.


Le second épisode de « Humanitarian War   », fameuse fiction washingtonienne sur la Libye, est sorti. Voici la bande-annonce : après avoir aidé les Libyens à se débarrasser du féroce dictateur, les gentils, conduits par l’héroïque Chris, continuent à les aider avec le même désintérêt ; mais les méchants –les terroristes encore nichés dans le pays- tuent Chris qui « risquait sa vie pour aider le peuple libyen à construire les bases d’une nouvelle et libre nation » (Hillary Clinton) et, « fait particulièrement tragique, ils le tuent à Benghazi, ville qu’il avait aidé à sauver (Barack Obama) ; le Président envoie  une « force de sécurité » en Libye, mais ce sont les habitants de Benghazi, descendus spontanément dans la rue avec des pancartes à la gloire de Chris, qui chassent les méchants de leurs tanières. En attendant le troisième épisode, jetons un coup d’œil sur la réalité. Chris Stevens, ambassadeur en Libye depuis mai dernier, avait été représentant spécial Usa au Cnt de Benghazi pendant la guerre : c’est-à-dire le metteur en scène de l’opération secrète par laquelle avaient été recrutées, financées et armées contre le gouvernement de Tripoli même des milices islamiques désignées comme terroristes peu de temps auparavant encore. Nouvel apprenti sorcier, Chris Stevens a été renversé par les forces qu’il avait lui-même crées quand, une fois le gouvernement de Tripoli abattu, il a dirigé en habit d’ambassadeur étasunien l’opération pour neutraliser les milices jugées par Washington non fiables, et intégrer  les fiables dans les forces gouvernementales. Opération extrêmement complexe : il y a en Libye au moins 100mille combattants armés, appartenant à toutes sortes de formations, y compris quelques unes fidèles à Kadhafi. Tripoli ne contrôle aujourd’hui qu’une partie mineure du territoire.
La désagrégation de l’état unitaire a commencé, fomentée par des intérêts partisans. La Cyrénaïque –où se trouvent les deux tiers du pétrole libyen- s’est de fait autoproclamée indépendante, et le Fezzan, où sont d’autres gros gisements, veut l’être aussi ; et ne resteraient à la Tripolitaine que ceux qui sont devant les côtes de la capitale. La balkanisation de la Libye entre dans les plans de Washington, s’il n’arrive pas à contrôler l’état unitaire. Ce qui est urgent pour les Etats-Unis et les puissances européennes c’est de contrôler le pétrole libyen : plus de 47 milliards de barils de réserves assertées, les plus grandes d’Afrique. Il est important pour eux de disposer aussi du territoire libyen pour le déploiement avancé de forces militaires. La force de déploiement rapide des marines, envoyée par Obama en Libye avec l’appui des drones de Sigonella (base aéronavale étasunienne en Sicile), officiellement comme réponse à l’assassinat de l’ambassadeur, n’est ni la première ni la dernière. Le Pentagone avait déjà envoyé des forces spéciales et des contractors pour surveiller les plus grandes plates-formes pétrolières, et il se prépare maintenant à une action « antiterroriste ». Il y a longtemps qu’ont débarqué les compagnies pétrolières qui, avec des accords officiels ou en sous-main (grâce à la corruption diffuse), obtiennent des contrats beaucoup plus avantageux que les précédents.
En même temps se prépare la privatisation de l’industrie énergétique libyenne. Participe aussi à la répartition du butin le Qatar qui, après avoir contribué à la guerre de Libye avec des forces spéciales infiltrées et des fournitures militaires, pour une dépense de plus de 2 milliards de dollars, a obtenu 49% (mais de fait le contrôle) de la Banque libyenne pour le commerce et le développement.
Un bon investissement, celui de la guerre.

Edition de mardi 25 septembre de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120925/manip2pg/14/manip2pz/329156/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Source : Mondialisation.ca

AFRIQUE DU SUD : La lutte héroïque des mineurs - Du sang, de la sueur… et des balles !

...un massacre permanent… organisé pour le profit des multinationales ...La lutte des mineurs doit dépasser la sphère syndicale et prendre un caractère plus ouvertement politique. Ce serait la meilleure façon de venger nos frères de classe abattus pour avoir lutté pour leurs droits !...

Haine de classe. Voilà ce que l’on ressent en voyant et revoyant les images terribles du lâche et sauvage massacre de 34 mineurs grévistes à Marikana en Afrique du Sud. C’est un crime contre tous les mineurs, contre tou-te-s les travailleur-euse-s d’Afrique du Sud. L’ensemble du mouvement ouvrier mondial est concerné aussi. Mais alors que cette brutale attaque cherchait à entamer le moral et la lutte de l’un des secteurs les plus exploités et opprimés du prolétariat, elle n’a fait que renforcer leur détermination en déclenchant même des grève similaires dans d’autres mines.
Haine et mépris de classe, c’est aussi ce qu’exprime la direction de la multinationale britannique Lonmin, où travaillaient les grévistes assassinés, qui deux jours après le bain de sang envoyait des télégrammes sommant les ouvriers de reprendre le travail au risque d’être licenciés ! Le gouvernement sud-africain n’est pas en reste. En effet, même s’il a fait pression sur la direction de Lonmin, qui emploie 38000 salariés, pour qu’elle retire son « ultimatum », sa police n’a de fait pas arrêté d’intimider et de harceler les grévistes, aussi bien avant qu’après la tuerie. C’est ainsi que le 16 août dernier plus de 500 membres des forces de répression de l’Etat, équipés d’armes automatiques, avec des hélicoptères et des véhicules lance-eau à l’appui, ont été envoyés pour briser la grève de plus de 3000 mineurs, ce qui a débouché sur l’assassinat des 34 ouvriers [1].
La sinistre décision de justice qui a suivi constitue une preuve de plus de la servilité du gouvernement de l’African National Congress (ANC) vis-à-vis du capital impérialiste. Appuyée sur une loi datant du temps de l’Apartheid, elle inculpait les deux cent soixante-dix mineurs arrêtés lors de la fusillade policière à Marikana du meurtre de leurs trente-quatre camarades ! Finalement, face au scandale et aux réactions d’indignation que cela a provoqué, l’inculpation a été « suspendue ».
Ce qui est certain c’est que malgré la fin officielle de l’Apartheid en 1994, le régime de mépris, d’exploitation et de violence contre les travailleurs et les masses, dans l’écrasante majorité Noires, s’est maintenu tout au long de ces années de domination de l’ANC. L’Afrique du Sud continue essentiellement à être une semi-colonie dominée par le capital impérialiste associé à la bourgeoisie Blanche et à une naissante mais toute aussi réactionnaire bourgeoisie Noire. La lutte héroïque et déterminée des mineurs de Marikana, qui s’est soldée par la mort de 43 ouvriers au total, en est une preuve irréfutable.

Le travail dans les mines : un massacre permanent… organisé pour le profit des multinationales

Le secteur minier est stratégique pour l’économie sud-africaine, dont il représente entre 5% et 8% du PIB. Dans la dernière période, l’augmentation de la demande des matières premières au niveau mondial, notamment dans les pays industrialisés, a accéléré l’exploitation des ressources minières du pays. Ainsi, on compte autour de six cent mille travailleurs dans le secteur, les principaux groupes au niveau mondial étant implantés en Afrique du Sud. Le profit moyen des neuf compagnies minières qui y sont présentes, après le payement des salaires et des impôts et des coûts fixes, est estimé à 3,6 milliards d’euros par an !
Dans le même temps, les travailleurs du secteur sont parmi les plus exploités et ont les conditions de travail et de vie les plus dures. En effet, « les mineurs travaillent dans des mines très profondes, où la chaleur est souvent intenable, la poussière très importante – qui se fixe aux poumons – et le sol glissant. Pour huit ou neuf heures de travail par jour, ils touchent en moyenne 4 000 rands (390 euros) par mois, ce qui est insuffisant par rapport à la dureté de leur labeur. La plupart d’entre eux vivent dans des taudis, parfois sans eau courante ni électricité » [2].
Cette situation ne constitue pas, en outre, une exclusivité sud-africaine, mais la norme du secteur au niveau mondial. Ainsi, « la grande visibilité des morts à Marikana et une série d’accidents industriels survenus récemment ont mis en évidence le coût humain de l’extraction et jusqu’à quel point plusieurs secteurs de l’industrie mondiale sont dépendants du travail des ouvriers des régions pauvres du monde. (…) Par exemple, au moins 60 mineurs ont été tués après l’effondrement d’un puits dans une mine d’or au nord-est de la République Démocratique du Congo (…) Et bien sûr, les 33 mineurs chiliens bloqués sous terre pendant 69 jours en 2010 qui ont attiré l’attention au niveau mondial. (…) La géographie des endroits où ces mines sont basées est en général à haut risque » [3]. En effet, les métaux extraits dans les pays pauvres sont fondamentaux pour les pays industrialisés : par exemple le platine, dont l’Afrique du Sud assure 80% de la production mondiale, est utilisé entre autres dans l’industrie automobile et dans la production de matériel informatique.
Cependant, la crise mondiale qui est focalisée, pour le moment, dans les pays impérialistes centraux, rend ce secteur très vulnérable. Ainsi les multinationales exportatrices de platine, « avec la chute des prix dans l’industrie automobile européenne, doivent réduire la production et licencier des milliers de travailleurs pour rendre rentable leur affaire -ce qui est tout simplement impossible dans le climat politique actuel » [4]. Il s’agit sans doute de l’un des facteurs qui expliquent la ligne dure adoptée par la direction de Lonmin face à la demande d’augmentation des salaires de la part des mineurs.

Des fissures dans le régime de l’ANC


« La tension se répand dans toute l’Afrique du Sud. Marikana n’est pas simplement un conflit local, ce n’est pas une tragique aberration. On a ouvert une boîte de Pandore et ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que la grande et indiscutable réussite depuis la prise du pouvoir par Nelson Mandela en 1994 : la paix. Les héritiers de Mandela dans le gouvernement de l’African National Congress (ANC) perdent le contrôle et leur crédibilité ; le risque que les révoltes sociales s’étendent dans tout le pays augmente » [5]. Autrement dit, les conditions misérables et humiliantes de vie et de travail des masses d’Afrique du Sud, entretenues et approfondies depuis 18 ans par l’ANC, ces conditions mêmes qui ont poussé les mineurs à la lutte, commencent à remettre en cause le « consensus social » imposé durant la période de « transition négociée ».
En effet, vers la fin des années 1980 la lutte de la population Noire contre le régime d’apartheid se développait et risquait de devenir une révolution ouvrière et populaire. Pour désactiver cette dynamique, l’impérialisme et la minorité Blanche au pouvoir ont mis en route une transition ordonnée et négociée avec l’ANC. Celui-ci était à la tête de la lutte anti-apartheid et, avec le Parti Communiste, constituait la médiation réformiste entre les masses et le régime. C’est l’alliance de ces deux forces, dont Mandela était la figure emblématique, qui a garanti l’impunité des responsables des crimes contre les masses Noires et surtout permis que les intérêts économiques de la bourgeoisie Blanche et de l’impérialisme ne soient pas touchés. En ce sens, la fin de l’apartheid et l’obtention des droits civiques pour l’écrasante majorité Noire, c’est la forme qu’a pris la déviation de la révolution prolétarienne en Afrique du Sud, une déviation en grande partie mise en musique par l’ANC.
Cependant, après presque deux décennies de politiques néolibérales et antipopulaires, de corruption, d’augmentation des inégalités et d’espérances populaires déçues, le mécontentement parmi les masses Noires commence à se faire sentir, ce qui montre le caractère purement formel des concessions faites à l’époque par les classes dominantes et l’impérialisme. Marikana n’est donc qu’un exemple paradigmatique de cette situation. Et cette fois la rage n’est pas seulement dirigée contre la bourgeoisie Blanche raciste, mais aussi contre une certaine élite Noire, dans une grande mesure liée à l’appareil d’Etat, qui a profité de la fin de l’apartheid pour s’enrichir. Plusieurs journaux citent ainsi l’exemple de Cyril Ramaphosa, fondateur du Syndicat National de Mineurs (NUM en anglais) en 1982 et principal négociateur de l’ANC « durant la période de transition à la démocratie au début des années 1990, devenu un magnat dont la fortune s’élève à des centaines de millions d’euros (…). Ramaphosa continue d’être une figure emblématique non seulement au NUM, mais un des barons les plus influents de l’ANC » [6]. Un autre exemple : le ministre de la Justice et haut dirigeant du Parti Communiste, Jeff Radebe (qui a joué un rôle central dans la répression des mineurs), est marié à Bridgette Radebe, la femme la plus riche d’Afrique du Sud, et propriétaire de la compagnie minière Mmakau Mining. Le beau-frère de Radebe est d’ailleurs l’homme le plus riche du pays.
Ce que l’on observe ici ne constitue évidemment qu’une tendance, qui en se développant pourrait approfondir la crise politique qui semble commencer à ébranler le régime « post-transition » en Afrique du Sud. En effet, « l’ANC est encore de loin le parti le plus puissant et populaire [du pays] (…) Aux dernières élections générales, en 2009, il a obtenu 66% des voix (…) contre seulement 17% pour le plus grand parti d’opposition, le libéral Democratic Alliance (DA) qui est encore perçu par la plupart des Noirs comme une organisation essentiellement dirigée par des Blancs. (…) Le DA est encore à des [kilomètres] de distance d’avoir une chance réelle de prendre le pouvoir. A long terme, l’ANC pourrait perdre le pouvoir s’il subissait une importante scission » [7]. L’exclusion en avril de cette année de l’ancien leader de la jeunesse de l’ANC, Julius Malema, est peut-être l’exemple le plus visible de ces tensions qui traversent le parti au pouvoir. Malema d’ailleurs n’a pas hésité à rendre visite aux mineurs de Marikana après le massacre en les exhortant à déclencher une « révolution minière » et en demandant « la nationalisation de la mine » ainsi que « la démission du président Jacob Zuma » [8]. Cependant, « en même temps qu’il dénonce Zuma et d’autres figures ponctuellement, Malema se garde d’accuser l’ANC elle-même, cherchant à laisser la porte ouverte à une possible réintégration dans l’organisation. Se référant à l’agitation populaire, Malema a déclaré au Mail and Globe qu’« il y avait un vide politique et nous avons occupé cet espace. Si nous n’avions pas réussi à le faire, de mauvais élément auraient pris cet espace » [9].

L’exemple des grévistes de Marikana fait tâche d’huile !


La principale revendication des mineurs de Marikana consistait en la demande d’augmentation des salaires. Comme on l’a vu, la rémunération moyenne actuelle des ouvriers et ouvrières de Lonmin se situe autour de 4000 rands (environ 400 euros) et les grévistes exigent un salaire de 12500 rands (1200 euros). Le courage et la détermination de ces travailleurs qui, même après la sauvage répression, ont continué et amplifié leur mouvement gréviste, ont servi d’exemple pour les mineurs d’autres compagnies dans tout le pays, qui se sont mis en grève aux cris de « nous aussi nous voulons 12500 rands » ! Ainsi, des mineurs de la Gold Fields, de la Royal Bafokeng Platinum, de l’AngloGold Ashanti et de l’Anglo American Platinium se sont mis en grève et ont commencé à revendiquer des augmentations de salaire. La direction de l’Anglo American Platinium a dû même faire un lockout pour soi-disant « protéger les salariés qui ne sont pas en grève des intimidations extérieures ».
La plupart de ces grèves sont menées contre l’avis de la bureaucratie syndicale. Chez Lonmin comme dans d’autres mouvements antérieurs similaires s’est en effet révélé un autre élément de crise dans le régime : le discrédit de la bureaucratie syndicale parmi certains secteurs du mouvement ouvrier. Ceci est un grave problème pour le gouvernement et les classes dominantes sud-africaines car la cooptation de l’appareil syndical est un élément fondamental du pouvoir de l’ANC depuis 1994. L’alliance avec la puissante confédération syndicale COSATU (Congress of South African Trade Unions) et le Parti Communiste a ainsi été une façon de contenir, de contrôler et de dévier le mouvement ouvrier sud-africain.
A Marikana la grève a été menée par un syndicat parallèle issu d’une scission du NUM (le syndicat le plus important de la COSATU), l’AMCU (Association of Mineworkers and Construction Union). Ce n’est pas un hasard si la direction de la multinationale, le gouvernement et la bureaucratie syndicale condamnaient à l’unisson cette grève en la qualifiant « d’illégale », terme qui a été repris par tous les médias impérialistes. En effet, « la rage des mineurs (…) trouve sa source non seulement dans le fait qu’ils touchent des salaires de misère mais aussi dans cette réalité que les leaders syndicaux vivent (…) comme des rois. Le président du NUM gagne par mois 25 fois plus que les mineurs qui ont rejoint l’AMCU. Lorsqu’il est allé à la mine de Marikana après le massacre, il n’a pas pu sortir de la voiture de police qui le transportait de peur qu’on le tue » [10].

Un accord qui mettra fin aux luttes et aux grèves ?


On apprenait finalement mercredi 19 septembre qu’un accord avait été trouvé entre les grévistes et Lonmin. Celui-ci, loin de satisfaire la demande de 12500 rands exigés par les mineurs et pour laquelle 43 travailleurs ont donné leur vie, stipule une augmentation d’entre 11% et 22% selon les catégories ainsi qu’une prime unique de 2000 rands. Toute une faune réactionnaire a participé aux négociations pour faire plier les mineurs : du clergé regroupé dans le South African Council of Churches (SACC) à la bureaucratie syndicale de la NUM, en passant par les “chefs traditionnels” du Congress of Traditional Leaders (Controlesa).
Avant la grève, on l’a dit, un mineur gagnait environ 6 700 rands bruts, c’est-à-dire 4600 rands nets. Après l’augmentation offerte par Lonmin, il faut compter 1800 rands de plus. Comme on le voit, on est très loin des 12500 rands revendiqués ! En effet, l’entreprise a essayé de tromper le monde et de discréditer la lutte des salariés en présentant des chiffres en brut, qui effectivement avec l’augmentation approchent des 11000 rands pour certaines catégories. Mais il est très clair que quand les ouvriers exigent le triplement de leur rémunération ils parlent du salaire net. Appuyés sur ces chiffres magouillés de l’entreprise, les médias ont parlé de « victoire ». Le comble du cynisme a été la déclaration d’Abey Kgotle, directeur exécutif pour les affaires générales de Lonmin, qui a dédié l’accord à « tous les employés décédés qu’il a fallu enterrer » !
On pourrait alors se demander pourquoi les mineurs ont accepté l’accord. Le fait est qu’ils ont subi beaucoup de pressions, qui se sont ajoutées à un mois de grève qui commençait à peser économiquement sur des travailleurs qui connaissent des conditions d’existance très précaires. La bureaucratie syndicale a lourdement pesé en ce sens. Un jeune mineur déclarait par exemple, qu’« il a accepté l’offre, non parce que cela lui semblait satisfaisant mais parce que ses dirigeants [syndicaux] lui avaient dit que la mine pourrait fermer » [11]. En effet, « dans un caucus qui excluait l’AMCU, les syndicats officiels ont essayé d’expliquer la facilité avec laquelle les travailleurs impliqués dans une grève non protégée pourraient être licenciés, à quel point Lonmin s’en sortait mal, comment une offre supérieure pourrait impliquer la perte de postes de travail… » [12].
Un autre facteur important pour comprendre le retour au travail à Marikana est la répression des forces de police qui depuis le 14 septembre avaient imposé un couvre-feu non avoué : « un mineur qui ne voulait pas être identifié a déclaré que la police avait imposé un couvre-feu dans les campements d’Ikineng, de Marikana et de Wonderkop samedi dernier et ‘qu’aucun homme n’avait le droit de sortir, seulement les femmes’. Il a dit que la police avait empêché les travailleurs d’organiser des meetings et les a prévenu que s’ils voyaient quatre ou plus mineurs ensemble ils seraient battus (…) Brian Mongale, un autre mineur, a déclaré que les mineurs avaient peur d’être réprimés par la police et sont retournés au travail. A la question de pourquoi ils avaient accepté l’offre de l’entreprise, Mongale répond sans hésiter : à cause de l’Etat d’urgence. C’est évident… » [13].
Même si pour l’instant cet accord a réussi à faire reprendre le travail aux mineurs de Marikana, d’autres mines à travers le pays continuent leur lutte pour les augmentations de salaires. Le jour même où les mineurs de Lonmin reprenaient le travail, ceux d’AngloGold Ashanti se mettaient en grève, une propagation qui effraie la bureaucratie syndicale : « notre plus grand souci c’est que si on est rentrés dans une voie où l’on aura des demandes sporadiques dans différents secteurs de l’industrie, les négociations collectives seront sapées et ce sera le chaos » [14], déclarait Lesiba Seshoka, porte-paroles de la NUM.

Ce qui s’est passé à Marikana pose bien plus qu’une question salariale !


Il serait erroné de penser que la lutte des mineurs de Marikana peut être réduite à la revendication salariale, et même à celle concernant l’amélioration des conditions de travail. A travers la demande de 12500 rands par mois s’exprimait un ras-le-bol des conditions humiliantes de vie. A côté des sites d’extraction, de production ou des chantiers s’entassent des millions de travailleuses et de travailleurs avec leur famille, dans des bidonvilles sans eau potable ni électricité, ni infrastructures de base comme le système d’évacuation des eaux usées, entre autres. Marikana remet sur le tapis la question de la lutte pour l’égalité, mais non simplement « l’égalité civique » mais aussi l’égalité sociale. Les travailleurs et les masses populaires Noires exigent des solutions à leur situation de misère structurelle. Ce n’est pas un hasard si des centaines de mineurs reprenaient les paroles de Malema quand il évoquait la question de la nationalisation des mines.
Le niveau de sauvagerie de la répression de l’Etat est proportionnel à la peur que la bourgeoisie locale, Blanche et Noire, et l’impérialisme ressentent face au mouvement ouvrier en lutte, même lorsque celui-ci n’exige qu’une partie infime de ce à quoi les masses ont droit. A présent que la crise entre dans une phase où les pays dits « émergents » seront de plus en plus durement touchés, il faut s’attendre à ce qu’il s’y développe une conflictualité sociale toujours intense. Il faut donc que le mouvement ouvrier soit prêt à faire face à de grandes luttes.
Dans le cas de l’Afrique du Sud il est clair qu’il faudra aller au-delà des limites imposées par le régime de l’ANC pour satisfaire les demandes fondamentales des travailleurs et des couches populaires. Il faut que le mouvement ouvrier et populaire s’organise indépendamment de la bourgeoisie nationale, de l’impérialisme et de la bureaucratie syndicale, pour exiger la nationalisation des mines et des richesses naturelles du pays ainsi que des secteurs stratégiques de l’économie nationale, sous contrôle et gestion des travailleurs et des masses populaires. Il faut également exproprier les grands propriétaires fonciers et partager la terre entre les paysans pauvres qui n’en possèdent pas. Cela permettrait de résoudre la question du chômage structurel (plus de 30% aujourd’hui), du développement du pays et de l’amélioration du niveau de vie de la population. Il est évident que pour mener à bien ces mesures les travailleurs doivent poser la question de la construction de leur propre pourvoir et de leur propre armement, contre le terrorisme de classe de la bourgeoisie Blanche et de ses laquais de l’ANC. Le changement bidon dirigé par l’ANC démontre que seulement le prolétariat, à la tête des masses opprimées et à travers son propre pouvoir, peut résoudre intégralement et effectivement les énormes problèmes démocratiques structurels qui pèsent sur les masses sud-africaines.
Dans l’immédiat, Il faut exiger la punition des responsables matériels et politiques du massacre de Marikana, qui jusqu’aujourd’hui jouissent d’une impunité totale, comme le montrent les intimidations qu’ils continuent à exercer sur les grévistes. La lutte des mineurs doit dépasser la sphère syndicale et prendre un caractère plus ouvertement politique. Ce serait la meilleure façon de venger nos frères de classe abattus pour avoir lutté pour leurs droits !
Philippe Alcoy
Source : http://www.ccr4.org/Du-sang-de-la-sueur-et-des-balles 
URL de cet article 17797

SYRIE : Stop à l’intervention occidentale... la Syrie paie le prix de son attachement à sa souveraineté nationale. C’est le dernier pays arabe capable de résister au courant néoconservateur qui déferle avec le soutien de l’Occident sur les pays de la région à la faveur du « printemps arabe ».

...Si la Syrie est aujourd’hui dans la ligne de mire de nos Etats, ce n’est certainement pas parce que le régime maltraite ses opposants. Nous avons vu en effet comment nos élites pouvaient faire preuve de compassion et d’indulgence envers leurs alliés régionaux qui ne sont pas moins violents comme le régime de Tel-Aviv, celui d’Ali Abdallah Saleh au Yémen, de Ben Ali en Tunisie, celui des Saoud au Royaume du même nom ou celui des Al Khalifa au Bahreïn....

Jadis, l’Occident menait la Guerre Sainte pour répandre le christianisme et la civilisation. Aujourd’hui, la religion nouvelle s’appelle « droits de l’Homme », « démocratie » ou « protection des civils ». Au nom de ses valeurs et de ses intérêts, l’Occident, États-Unis en tête, ne recule devant aucun sale coup : financement de groupes d’opposition et de filières terroristes, désinformation, opérations psychologiques (Psyops), livraison d’armes, formation de mercenaires, actions de sabotages et de déstabilisation, embargos et sanctions, attentats ciblés, attentats aveugles et au besoin, bombardements massifs.
Si la Syrie est aujourd’hui dans la ligne de mire de nos Etats, ce n’est certainement pas parce que le régime maltraite ses opposants. Nous avons vu en effet comment nos élites pouvaient faire preuve de compassion et d’indulgence envers leurs alliés régionaux qui ne sont pas moins violents comme le régime de Tel-Aviv, celui d’Ali Abdallah Saleh au Yémen, de Ben Ali en Tunisie, celui des Saoud au Royaume du même nom ou celui des Al Khalifa au Bahreïn.
D’abord, la Syrie paie le prix de son attachement à sa souveraineté nationale. C’est le dernier pays arabe capable de résister au courant néoconservateur qui déferle avec le soutien de l’Occident sur les pays de la région à la faveur du « printemps arabe ».
Ensuite, la Syrie subit des représailles pour son insoumission à Israël. L’alliance stratégique que Damas a tissée avec l’Iran et les organisations de la résistance libanaise et palestinienne est un crime grave et sans appel aux yeux de nos élites. Officiellement en état de guerre avec Israël, l’Etat syrien est de surcroît doté de la dernière armée arabe capable de résister à la superpuissance de Tsahal.
Tous les mémorandums altruistes de l’Occident sur la Syrie ne servent qu’à dissimuler ces deux réalités. Pour se rendre compte de l’imposture humanitaire, est-il besoin de rappeler l’aveu d’Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État sous le président Ford, affirmant que « les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts » (cf. Georges Soros, On Globalization, New York Review of Book, 2002, p. 12) ?
Nous aurions bien voulu croire que la mission de nos élites soit de répandre le Bien. Mais nous pensons avoir le droit d’être sceptique quant aux intentions et aux moyens mis en œuvre en Syrie par ceux-là même qui nous avaient tant promis l’avènement de la démocratie en Afghanistan, en Irak ou en Libye.
La Libye pour ne citer que cet exemple a curieusement disparu de nos écrans-radars alors que les milices y font régner la terreur et procèdent à une épuration ethnique et religieuse méthodique. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques accusés de loyauté envers l’ancien régime et d’émigrés subsahariens croupissent dans plusieurs prisons secrètes. Ces détenus sont quotidiennement torturés et parfois assassinés dans l’indifférence générale. Tous les jours, des attentats sont commis par des inconnus et des règlements de compte opposent des bandes rivales. Les tombeaux des saints considérés comme « hérétiques » sont détruits un à un sous le regard bienveillant des nouvelles forces de « sécurité » (cf. De Morgen, 30 août 2012). Bref, la Libye est en pleine voie de « somalisation ».
Depuis dix-neuf mois, un feu destructeur ravage la Syrie. Affirmer que ce feu est alimenté par la seule intransigeance et la seule brutalité du pouvoir syrien est parfaitement malhonnête. Car ce feu n’est ni une nouveauté ni exclusivement dû à des facteurs intérieurs. Ce feu est en effet entretenu sous forme de guerre larvée par les puissances occidentales depuis la libération de ce pays en 1946 du joug français.
Soucieuse de restaurer leur tutelle sur la Syrie, ces puissances coloniales ont indirectement contribué à la militarisation de ce pays en soutenant la création et l’expansion d’Israël (1948) ainsi que toutes les pétromonarchies du Golfe dont le discours religieux sectaire s’avérait utile face au panarabisme prôné entre autres par l’Égypte de Nasser et la Syrie baassiste.
En avril 1949, pour établir leur hégémonie sur la Syrie et soulager Israël, les USA ont soutenu le coup d’Etat du colonel Za’im.
En 1957, soit bien avant l’avènement de la Syrie d’Hafez el-Assad, l’axe américano-britannique a planifié d’assassiner trois dirigeants syriens jugés trop pro-soviétiques (cf. Ben Fenton, The Guardian, Macmillan backed Syria Assassination Plot, 27 septembre 2003). A l’époque, tous les plans de renversement du régime baassiste ont été envisagés par la CIA et le SIS (MI-6) : organisation de troubles, appels à l’insurrection, création d’un « Comité Syrie Libre », armement de l’opposition, « activation des Frères Musulmans à Damas ». Bien naïf serait celui qui nierait la similitude entre cet épisode de l’histoire syrienne et la situation actuelle.
Revenons un moment sur le traitement de l’information à propos des événements récents.
A partir de mars 2011, profitant de l’agitation naissante dans le pays, nos experts en communication ont exagéré le poids de l’opposition et l’ampleur de la violence d’État tout en minimisant le réel soutien populaire dont dispose le gouvernement de Damas ce que d’ailleurs l’ambassadeur de France en Syrie Éric Chevalier n’a pas manqué de reprocher à son ministre Alain Juppé.
On nous a sciemment caché la militarisation d’une partie de l’opposition syrienne et la présence de groupes terroristes s’infiltrant depuis le Liban, une réalité pourtant constatée dès le mois d’avril 2011 par des journalistes d’Al Jazeera, la chaîne qatarie. La censure imposée par le patron d’Al Jazeera alias émir du Qatar sur les événements qui révéleraient la conspiration anti-syrienne a contraint ces journalistes à faire « défection » pour utiliser un terme que l’on nous sert toujours à sens unique.
Qui plus est, à vouloir dénoncer systématiquement la propagande de l’Etat syrien, la presse mainstream occidentale a soit gobé soit alimenté la propagande de l’opposition radicale allant jusqu’à déguiser des massacres de soldats ou de civils par des terroristes en « crimes de la dictature » comme à Jisr-Al-Choughour (juin 2011), Houla (mai 2012), Deir Ez Zor (mai 2012) ou Daraya (août 2012).
On peut en conclure que l’Occident mène au moins une guerre psychologique contre la Syrie.
Est-il cependant raisonnable de croire que l’Occident n’est pas militairement engagé dans ce pays ?
En automne de l’année dernière, lorsque le gouvernement syrien a appelé les conjurés à déposer les armes, Victoria Nuland, porte-parole du département d’État US, a sommé ses protégés syriens de désobéir.
Parallèlement, les agents de la CIA et leurs acolytes européens ont incité les soldats syriens à passer dans les rangs d’une armée de mercenaires placée sous commandement de l’OTAN par le truchement de l’armée turque.
Sans surprise, les QG de l’Armée syrienne libre (ASL) installés au Hatay accueille désormais des terroristes du monde entier désireux d’en découdre avec les Syriens patriotes accusés d’être des « infidèles » à la solde de « l’ennemi chiite ». Ces terroristes y reçoivent une formation militaire, des armes, des pick-up surmontés de fusils-mitrailleurs, des MANPAD (systèmes portatifs de défense anti-aérienne) et des appareils de communication performants.
« Nous avons surtout récupéré des roquettes RPG9 puisées sur les stocks de l’armée saoudienne » jubile un rebelle dans les colonnes du Figaro (28 juin 2012) qui ajoute « Elles ont été acheminées par avion, jusqu’à l’aéroport d’Adana, où la sécurité turque a surveillé les déchargements avant de savoir à qui ces roquettes allaient être destinées ». Petits détails : l’armement saoudien est essentiellement américain et la base turque d’Adana dont parle le terroriste, est la base américaine d’Incirlik.
L’Occident s’est longtemps défendu de fournir des « moyens létaux » aux terroristes alors que des agents du Service fédéral de renseignement (BND) croisant au large de la Syrie transmettaient des informations concernant les mouvements des troupes syriennes aux services britanniques et US pour qu’elles parviennent aux rebelles (cf. Bild am Sonntag, 19 août 2012).
Selon le Sunday Times, les services britanniques basés à Chypre ont eux aussi aidé les insurgés à mener plusieurs attaques.
Le fait d’indiquer à ces derniers à quel moment et quel endroit ils doivent tirer sur les troupes syriennes ne revient-il pas de facto à participer militairement au conflit ? L’Occident semble donc loin d’être neutre et habité par de louables intentions. En cette époque de crise et de récession, il peut même se targuer de mener une guerre low cost dans laquelle les seules victimes sont des Arabes.
En rappelant ces faits, notre but n’est absolument pas de minimiser les responsabilités du gouvernement de Damas dans la terrible répression du mouvement de contestation syrien, les crimes d’État commis au nom de « la paix et la sécurité », le degré de corruption de certains hauts fonctionnaires de l’État, la cruauté de ses services de renseignement, ni l’impunité dont ils ont trop longtemps bénéficié. Tous ces facteurs internes de la tragédie syrienne font partie des éléments déclencheurs de la légitime révolte populaire lancée en mars 2011.
Nous réitérons au passage notre profonde indignation face au degré de violence du conflit syrien et souhaitons que le peuple syrien puisse accéder à l’improbable démocratie à laquelle il aspire légitimement.
En soulignant le rôle de l’Occident dans la militarisation de l’État syrien, nous tenons avant tout à renouveler cet avertissement à ceux qui croient en « la libération » du peuple syrien par la voie des armes : au-delà du caractère illégitime de l’action de nos pompiers pyromanes, celle-ci a pour seul résultat l’augmentation de la souffrance de ce peuple et entraîne inexorablement l’humanité dans une aventure aux conséquences que nul ne peut aujourd’hui mesurer.
Les show médiatique d’un Laurent Fabius qui appelle au meurtre du président syrien (en déclarant qu’il ne mérite pas de vivre), celui d’un Didier Reynders qui vient de plaider au sommet de Paphos pour « le devoir d’ingérence » en Syrie ou les déclarations scandaleusement violentes de l’administration Obama ne font que précipiter l’humanité vers ce chaos.
Hier -au nom du respect de la souveraineté des peuples, de l’humanisme et de la paix-, nous, avons dénoncé l’invasion de l’Afghanistan sans pour autant éprouver de sympathie pour les Talibans. Nous avons manifesté contre l’invasion de l’Irak sans pour autant défendre le président Saddam Hussein. Nous avons protesté contre l’ingérence occidentale en Côte d’Ivoire sans être des laudateurs du président Laurent Gbagbo. Nous nous sommes indignés de l’implication occidentale dans la guerre civile libyenne sans adorer le dirigeant Kadhafi. Et aujourd’hui, nous nous insurgeons contre l’intervention militaire en cours en Syrie sans pour autant être des partisans du président Bachar El-Assad.
Constatant que la destruction de la Syrie ne profite qu’à ses ennemis de toujours, conscients que seules les initiatives prônant la paix, le dialogue et la réconciliation pourront offrir une alternative digne et viable au peuple syrien, nous appelons tous les véritables amis de la Syrie à condamner l’ingérence de nos dirigeants dans les affaires intérieures de ce pays.
Dans le cadre du lancement de notre campagne pour la paix, le dialogue et la réconciliation en Syrie, nous appelons à protester contre l’ingérence militaire occidentale par un rassemblement devant l’ambassade des États-Unis à Bruxelles le mardi 25 septembre à partir de 18 heures.
Pour le Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS)
Bahar Kimyongür
comitesyrie [chez] hotmail.fr
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mardi 18 septembre 2012

Nous sommes Women Against Rape et Nous ne voulons pas que Julian Assange soit extradé (The Guardian)....Et ceux qui soutiennent son extradition vers la Suède se préoccupent-ils du risque qu’il soit extradé ensuite vers les Etats-Unis et torturé pour avoir révélé au grand public ce que nous avons besoin de savoir sur ceux qui nous gouvernent ?

....Qu’Assange soit coupable ou non de violence sexuelle, nous ne croyons pas que ce soit la véritable raison des poursuites engagées contre lui. Une fois de plus, la colère et la frustration des femmes devant le nombre de viols et autres violences sexuelles sont instrumentalisées par les pouvoirs politiques. Les autorités se préoccupent si peu des violences contre les femmes qu’elles manipulent les accusations de viol comme bon leur semble, généralement pour renforcer leurs pouvoirs, et dans le cas présent pour faciliter l’extradition d’Assange ou même sa restitution aux Etats-Unis....

Depuis des décennies, nous menons des campagnes pour que les violeurs soient arrêtés, inculpés et condamnés. Mais la poursuite d’Assange est politique.
Lorsque Julian Assange a été arrêté, nous avons été frappées par le zèle inhabituel avec lequel il a été poursuivi pour des allégations de viol.
A présent, il paraît encore plus évident les allégations ne sont qu’un écran de fumée derrière lequel un certain nombre de gouvernements tentent de sévir contre Wikileaks pour avoir audacieusement révélé au grand public leurs plans secrets de guerres et d’occupations et toutes les conséquences en matière de viols, d’assassinats et de destructions.
La justice pour un homme accusé de viol ne constitue pas un déni de justice pour ses accusatrices. Mais dans cette affaire, la justice est refusée à la fois aux accusatrices et à l’accusé.
La procédure judiciaire a été viciée. D’une part, les noms des femmes ont circulé sur Internet ; elles ont été calomniées, accusées d’organiser un piège et ont vu leurs accusations rejetées comme n’étant « pas un vrai viol ». D’autre part, Assange est traité par la plupart des médias comme s’il était coupable bien qu’il n’ait même pas été inculpé. Ce n’est pas à nous de décider si les allégations sont vraies ou fausses ni si les faits relèvent du viol ou de violence sexuelle – nous n’avons pas tous les éléments en main et tout ce qui a été dit jusqu’à présent est loin d’être probant. Mais nous savons que le droit des victimes de viol à l’anonymat et le droit des accusés à la présomption d’innocence jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie sont tous deux indispensables pour un procès équitable.
Les tribunaux suédois et britanniques sont responsables de la façon dont les accusations des femmes ont été traitées. Comme dans chaque affaire de viol, ce ne sont pas les femmes qui sont en charge de la procédure, mais les autorités.
Qu’Assange soit coupable ou non de violence sexuelle, nous ne croyons pas que ce soit la véritable raison des poursuites engagées contre lui. Une fois de plus, la colère et la frustration des femmes devant le nombre de viols et autres violences sexuelles sont instrumentalisées par les pouvoirs politiques. Les autorités se préoccupent si peu des violences contre les femmes qu’elles manipulent les accusations de viol comme bon leur semble, généralement pour renforcer leurs pouvoirs, et dans le cas présent pour faciliter l’extradition d’Assange ou même sa restitution aux Etats-Unis. Que les Etats-Unis n’aient pas encore présenté de demande pour son extradition à ce stade de l’affaire n’est pas une garantie qu’ils ne le feront pas une fois qu’il sera en Suède ni qu’il ne sera pas torturé comme Bradley Manning ou de nombreux autres, femmes et hommes. Women Against Rape ne peut pas ignorer cette menace.
En plus de trente années de travail auprès de milliers de victimes de viol qui cherchent asile en raison de viols et autres formes de torture, nous nous sommes heurtées à l’obstruction systématique des gouvernements britanniques. A maintes reprises, ils ont accusé les femmes de mentir et les ont déportées sans se préoccuper de leur sécurité. Nous travaillons actuellement avec trois femmes qui ont été à nouveau violées après avoir été déportées – l’une d’elles est maintenant dans la misère, se battant pour survivre avec l’enfant né de son viol ; une autre a réussi à revenir en Grande-Bretagne et a gagné le droit de rester et une troisième a obtenu une indemnisation financière.
Assange a fait clairement savoir pendant des mois qu’il acceptait d’être interrogé par les autorités suédoises, en Angleterre ou via Skype. Pourquoi refusent-elles cette étape essentielle pour leur enquête ? De quoi ont-elles peur ?
En 1998, le dictateur chilien Augusto Pinochet a été arrêté à Londres suite à une demande d’extradition de l’Espagne. Sa responsabilité dans les meurtres et les disparitions d’au moins 3000 personnes, et la torture de 30 000 personnes, incluant des viols et des abus sexuels de plus de 3000 femmes souvent en utilisant des chiens, ne fut jamais mis en cause. En dépit d’une longue procédure judiciaire et de manifestations quotidiennes devant le parlement par les réfugiés Chiliens, y compris les femmes qui ont été torturées sous Pinochet, le gouvernement britannique a failli à son obligation envers la Justice espagnole, et Pinochet a été autorisé à rentrer au Chili. Assange n’a même pas été inculpé ; et pourtant la détermination de l’extrader est bien plus grande qu’elle ne l’a été avec Pinochet. (Baltasar Garzón, dont la demande d’extradatiion de Pinochet fut rejetée, représente Assange). Et il y a aussi un passé historique en Suède (et en Grande-Bretagne) qui ont déjà extradé des demandeurs d’asile qui risquaient de subir la torture aux Etats-Unis.
Comme les femmes en Suède et partout ailleurs, nous voulons que les violeurs soient arrêtés, inculpés et condamnés. Nous menons des campagnes dans ce but depuis plus de 35 ans, avec des succès limités. Il nous arrive même de devoir mener campagne pour défendre des victimes de viols qu’on accuse de mentir et qui sont emprisonnées. Deux femmes qui ont rapporté des attaques visiblement violentes par des étrangers ont écopé de deux et trois années de prison.
Mais qui croit réellement que l’extradition d’Assange servira la cause des femmes ? Et ceux qui soutiennent son extradition vers la Suède se préoccupent-ils du risque qu’il soit extradé ensuite vers les Etats-Unis et torturé pour avoir révélé au grand public ce que nous avons besoin de savoir sur ceux qui nous gouvernent ?
Katrin Axelsson, Lisa Longstaff
Traduction par Romane de l’article “We are Women Against Rape but we do not want Julian Assange extradited” paru dans The Guardian le mardi 23 août 2012.
Source : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/aug/23/women-ag...
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