mardi 4 septembre 2012

Dommages Collatéraux : la face cachée d’un terrorisme d’État...cette notion de « dommages collatéraux » cache en réalité un terrorisme d’État , un terrorisme de masse, un terrorisme occidental..

...la plupart de ces actes de guerre ayant détruit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, en Libye ces dernières années [1], ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense....   

Lors des guerres menées par les États-Unis depuis la chute du mur de Berlin au nom d’une certaine idée de leur puissance, est apparue une notion, celle de « dommages collatéraux », qui a été utilisée par les organes des relations publiques du Pentagone pour justifier et faire accepter aux opinions occidentales des actes de guerre provocant des victimes civiles. Ces dommages collatéraux ne seraient pas souhaités par la puissance militaire qui déplore ces tragiques erreurs, fruits de renseignements erronés ou d’une technologie défaillante.
Or, a y regarder de plus près, on s’aperçoit que la plupart de ces actes de guerre ayant détruit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, en Libye ces dernières années [1], ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense.
On pourrait se demander dans quels buts de telles horreurs seraient entreprises. La doctrine militaire répond : pour imposer la terreur source de toute obéissance.
La doctrine militaire dément ici brutalement la propagande politique : faire souffrir les populations civiles est un des moyens de gagner la guerre ; torturer leur corps est un des moyens de courber leur échine ; atteindre leur conscience est un des moyens de gagner leur âme (les bombardements des Alliés à la fin de la seconde guerre mondiale l’attestent amplement - la question de savoir si la fin justifie les moyens est un autre débat).
Vous doutez encore et pensez que de tels moyens ne feraient qu’inciter des non-combattants à prendre les armes et à renforcer l’armée des ombres [2]. Les soldats du monde entier le savent bien et répondent impunément : les victimes de la terreur humaine ne se vengent pas ; elles souffrent en silence et ne rêvent que de paix pour pouvoir enterrer leurs morts et faire leur deuil.
Cela va même plus loin : les innocentes victimes finissent souvent par réclamer protection à leurs bourreaux. À bout, démoralisées par tant de souffrance et de violence, elles saisissent la main que leur tend leur ennemi à l’autre bout du fusil.
C’est au cours de la guerre d’Algérie que les militaires français (principalement les Colonels Trinquier et Lacheroy) ont élaboré une doctrine mettant au centre des conflits armés les populations civiles [3] (les Anglais avaient déjà appliqué cette démarche au Kenya au début des années 50, massacrant volontairement des villages entiers de non-combattants, mais ils n’avaient pas eu l’idée d’en faire une doctrine digne d’être enseignée dans les écoles militaires).

Non plus cibles involontaires d’une guerre inhumaine, les populations civiles deviennent l’objectif militaire à conquérir et à détruire au nom d’objectifs humains, trop humains.
La torture, les exécutions sommaires, les bombardements de civils ne sont plus seulement des crimes de guerre, mais des moyens militaires au service d’une cause politique. Les Colonels Trinquier et Lacheroy exporteront cette doctrine dans les écoles militaires américaines qui sauront en faire bon usage dans les pays d’Amérique Latine, et tout particulièrement en Amérique Centrale, dans les cinquante années suivant la guerre d’Algérie [4].
Les légions atlantistes parties, sous l’égide de l’Otan, à l’assaut de l’ex-Yougoslavie, de l’Afghanistan et de la Libye ont également appliqué cette doctrine pour tenter d’imposer l’American Way of Life et le libéralisme triomphant aux populations réfractaires. La doctrine militaire du shock and awe (choc et effroi) appliquée par les États-Unis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 n’est que la réactivation de cette doctrine par des théoriciens soucieux de rafraîchir le corpus doctrinaire militaire américain. Les auteurs de cette resucée, Harlan Ullman et James Wade [5], prennent pour exemple les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis en août 1945 et décrivent sans ambiguïté l’effet recherché : il s’agit d’infliger des destructions massives, de nature humaine ou matérielle, afin d’influencer une société donnée dans le sens recherché par celui qui met en œuvre le choc et l’effroi, plutôt que s’attaquer directement à des objectifs purement militaires [6].
On le voit, cette notion de « dommages collatéraux » cache en réalité un terrorisme d’État , un terrorisme de masse, un terrorisme occidental dont les médias occidentaux s’accommodent aisément puisqu’il est l’œuvre de leurs maîtres atlantistes. Ils font plus que s’en accommoder à vrai dire : ils commettent un crime médiatique lorsqu’ils utilisent le terme de « dommages collatéraux » pour masquer les actions terroristes de leurs dirigeants aux mains sales.
Il est intéressant de constater que ce terrorisme d’État occidental est, pris globalement, plus meurtrier que le terrorisme islamique (qui n’a pas plus de justification à nos yeux), terrorisme islamique qui peut être, par ailleurs, comme en Libye et en Syrie, le précieux relais des objectifs géostratégiques des Occidentaux et de leurs élites.
Ainsi, le terrorisme semble être au cœur de la doctrine et des stratégies militaires des démocraties occidentales. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, ce que nos dirigeants prétendent s’acharner à faire, il faudrait oser engager toute notre ardeur combattante contre nous-mêmes. À défaut de quoi, la mort de la démocratie sera (si ce n’est pas déjà le cas) le dommage collatéral de notre cynisme et de notre tartuferie.
Guillaume de Rouville
auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012.
URL de cet article 17619 http://www.legrandsoir.info/dommages-collateraux-la-face-cachee-d-un-terrorisme-d-etat.html

lundi 3 septembre 2012

Arabie Saoudite : le silence complice des bourgeoisies occidentales sur les révoltes populaires...La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d’un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation.

(...) Les opprimés en Arabie Saoudite comme dans l’ensemble du monde arabe n’ont pas dit leur dernier mot malgré les avancées réelles de la contre-révolution et la prise du pouvoir par les forces réactionnaires et obscurantistes en Tunisie et en Égypte. La révolte gronde toujours. Leur espoir dans une société nouvelle est aussi grand que leur détermination à se débarrasser de leurs oppresseurs et de leurs despotes anciens et nouveaux.

Les manifestations contre la dynastie des Al Saoud notamment dans les provinces orientales se poursuivent et se ressemblent. Chaque manifestation se termine par une répression sanglante. Cette violence exercée sur des manifestants pacifiques se fait à huis clos. Le silence des États-Unis, de l’Europe et de leurs médias sur ces exactions est impressionnant. Leur complicité avec ce Royaume moyenâgeux est totale. Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l’Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l’impérialisme américain font de cet État féodal un « ami » de toutes les bourgeoisies occidentales et l’ennemi de tous les travailleurs et de tous les peuples qui aspirent à se libérer du joug des régimes d’un autre âge et de leurs protecteurs impérialistes.
« Nous ne sommes pas la Tunisie, ni l’Égypte, ni ... » répètent souvent le régime saoudien et ses médias. Certes la contestation en Arabie Saoudite n’a ni l’ampleur ni la portée des soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, à Bahreïn ou au Yémen. Mais le peuple saoudien, comme l’ensemble des peuples arabes, aspire lui aussi à se débarrasser de la dynastie des Al Saoud et à se réapproprier sa fabuleuse richesse pétrolière. Il sait également que cette richesse est la plus convoitée et la plus protégée au monde. La famille royale qui possède tous les pouvoirs, n’est en fait qu’un instrument entre les mains de l’impérialisme américain qui l’utilise conformément à ses propres intérêts. Le pétrole reste encore une ressource économique vitale pour la bourgeoisie américaine d’autant plus que ses propres réserves ne cessent de diminuer.
Les compagnies pétrolières des États-Unis étaient présentes sur le sol saoudien dès 1933 avec la Standard Oil of California (Socal) qui formera un groupe avec Texas Oil Company (Texaco) et Mobil (1). A la fin de la deuxième guerre mondiale, la mainmise américaine sur le pétrole saoudien est totale avec la création d’Arabian American Oil Company (Aramco). Pour parachever leur domination et protéger les puits de pétrole saoudiens, une base de l’US Air Force est créée à Dhahran dans l’est du pays. Il est donc très difficile pour le peuple de l’Arabie Saoudite d’affronter dans ces conditions l’un des régimes les plus protégés et les plus cruels au monde.
Cette cruauté du régime saoudien plonge ses racines dans les sources même du pouvoir des Al Saoud. Il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l’époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792), prêcheur fanatique, et le « mithaq » (pacte) qu’il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité, pour comprendre les origines despotiques du pouvoir saoudien actuel.
La violence de l’ultra-dogmatisme d’ Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l’adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s’agit à la fois d’une doctrine et d’une pratique. Les sanctions découlent directement des normes et préceptes avancés par Abdel Wahhâb. Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d’ Ibn Saoud, émir de la province de Najd. Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l’énergie d’Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l’émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique.
La dynastie des Al Saoud qui gouverne aujourd’hui l’Arabie Saoudite est née de cette alliance confessionnelle et politique. La découverte du pétrole dans les années trente n’a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L’Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.
La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d’un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation. Les châtiments cruels et inhumains sont régulièrement prononcés par les tribunaux saoudiens. Le nombre d’hommes et de femmes décapités dans ce pays ami des États-Unis et de l’Europe ne cesse d’augmenter (2). En Arabie Saoudite, les manifestations sont strictement interdites comme d’ailleurs les partis politiques, les syndicats et les associations. Aucune critique du roi et aucune opposition à son gouvernement ne sont tolérées dans cette monarchie absolutiste choyée et protégée par les bourgeoisies occidentales. Toute protestation et toute critique sont condamnées et considérées par le pouvoir comme contraire à L’Islam.
Pourtant, depuis les soulèvements populaires dans le monde arabe, l’Arabie Saoudite est le théâtre de manifestations récurrentes nonobstant l’appareil répressif sophistiqué du régime et sa cruauté. Craignant la contagion des soulèvements tunisien et égyptien à la péninsule, la caste au pouvoir a distribué sous forme d’avantages divers l’équivalent de 130 milliards de dollars pour taire la protestation et calmer la colère qui montait dans tout le pays. Mais le peuple saoudien, à l’instar des peuples arabes, aspire profondément au changement. Les manifestations, même d’une manière sporadique, se poursuivent. La répression est devenue encore plus brutale. Personne ne connaît avec précision le nombre de victimes tombées sous les balles de la police saoudienne formée et armée par les États-Unis. La tuerie se déroule à huis clos !
Les médias bourgeois, « profondément attachés aux droits de l’homme », se taisent lâchement sur les massacres des Al Saoud. Les assassinats des manifestants pacifiques sont occultés et souvent justifiés. Les contestataires qui défient courageusement, au prix de leur vie, l’ordre moyenâgeux saoudien, sont présentés par les gouvernements occidentaux et leurs médias comme des « terroristes » ou comme des « chiites manipulés par l’Iran ». Le même discours est tenu par le régime saoudien qui parle de complot iranien qui vise à déstabiliser toute la région. « Les chiites sont des demi-juifs cachés » (3) disait Nayef ben Abdul-Aziz al Saoud, prince héritier et ministre de l’Intérieur d’Arabie Saoudite, demi-frère de l’actuel roi Abdallah, décédé le 16 juin 2012 et remplacé par le prince Salman, ministre de la Défense.
C’est cette même propagande et cette même complicité des bourgeoisies américaines et européennes qui ont conduit, entre autres, à l’intervention saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 pour mater ces « chiites manipulés par l’Iran » et ces « demi-juifs cachés » afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles(4). Ce sont donc les gouvernements et les classes dominantes américaines et européennes qui ont permis à l’Arabie Saoudite de briser le soulèvement populaire à Bahreïn et de maintenir une véritable dictature au pouvoir. Les victimes de ces interventions et ingérences étrangères sont toujours les mêmes : des hommes et des femmes qui se sont soulevés pour une société meilleure et qui ont vu leur révolte confisquée par l’impérialisme et ses auxiliaires régionaux. Dans cette guerre menée contre les aspirations à la démocratie et à la dignité des masses arabes opprimées, l’Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis et l’Europe, joue un rôle majeur. Elle est le rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe. Elle est l’incarnation de la contre-révolution.
Par contre, en Syrie, l’occident impérialiste et ses serviteurs locaux comme l’Arabie Saoudite parlent plutôt « de combattants pour la démocratie », « des révolutionnaires », « des rebelles » pour désigner en fait des hommes armés, entraînés, dirigés et financés par les États-Unis, l’Europe, la Turquie et bien sûr « la grande démocratie » qu’est l’Arabie Saoudite ! Il faut, vaille que vaille, installer à Damas un pouvoir servile à leur botte comme en Libye.
Mais le pouvoir saoudien aussi puissant soit-il connaît des fissures qui ne cessent de s’élargir. La dynastie des Al Saoud est contestée dans tout le pays. Elle ne tient sa « légitimité » que de la répression et de la protection de la bourgeoisie américaine. Au sein même de la famille régnante, des rivalités entre princes, clans et autres réseaux plus ou moins formels se font jour quant à la succession du roi Abdallah (88 ans). Une crise de succession pourrait être, pour l’avenir du régime, un facteur sinon d’instabilité du moins d’incertitude. A cela s’ajoutent des problèmes d’ordre économique, conséquences d’une concentration excessive des richesses entre les mains de la famille royale et de l’élite des affaires qui lui est liée. Les politiques libérales préparées par les experts du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale avec la complicité du pouvoir ont dégradé, entre autres, la situation du marché du travail notamment pour les jeunes saoudiens. En Arabie Saoudite, pays riche, les jeunes peinent à trouver du travail !
Le contraste est violent entre une gérontocratie qui vit dans un luxe suranné et une jeunesse frustrée à qui le pouvoir, pour la calmer, jette quelques miettes de cette fabuleuse richesse dont regorge le pays. Le Wall Street Journal, porte-parole du capital, laisse passer ces remarques :« L’âge moyen du triumvirat de princes régnants est de 83ans, alors que 60 % des Saoudiens ont moins de 18 ans. Grâce à la télévision par satellite, à Internet et aux réseaux sociaux, les jeunes sont désormais parfaitement conscients de la corruption des autorités - tout comme ils savent que 40 % des Saoudiens vivent dans la pauvreté et que près de 70 % ne peuvent se payer un logement. Ces Saoudiens vivent des vies dignes du Tiers Monde, ils souffrent d’une éducation lamentable et sont incapables de trouver du travail dans un secteur privé où 90 % des employés sont des étrangers » (5). Les hommes qui dirigent l’Arabie Saoudite ainsi que leur régime ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l’histoire. S’ils sont toujours au pouvoir, c’est essentiellement grâce au soutien indéfectible des bourgeoisies américaines et européennes.
Ainsi va le monde absurde et barbare de la bourgeoisie. Elle méprise les peuples et leur volonté à disposer d’eux-mêmes. Grâce à sa puissance de feu, elle force toutes les nations qui ne peuvent se défendre à se soumettre à ses intérêts. La bourgeoisie est l’ennemie de la paix et du progrès. Elle soutient les régimes les plus rétrogrades et les plus cruels. Son « triomphe » en ex-Yougoslavie, en Irak, en Côte d’Ivoire, en Libye et peut-être demain en Syrie, c’est aussi le triomphe du despotisme, de la corruption et de la misère économique et politique. Les opprimés en Arabie Saoudite comme dans l’ensemble du monde arabe n’ont pas dit leur dernier mot malgré les avancées réelles de la contre-révolution et la prise du pouvoir par les forces réactionnaires et obscurantistes en Tunisie et en Égypte. La révolte gronde toujours. Leur espoir dans une société nouvelle est aussi grand que leur détermination à se débarrasser de leurs oppresseurs et de leurs despotes anciens et nouveaux.
Mohamed Belaali
URL de cet article 17577 http://www.legrandsoir.info/arabie-saoudite-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-sur-les-revoltes-populaires.html

dimanche 2 septembre 2012

La Syrie, au cœur de la Guerre tiède ?...« Il faut empêcher de réitérer le scénario libyen en Syrie » Vladimir Poutine, 27/02/2012


La crise syrienne est, aujourd’hui, arrivée à un point critique. Une guerre fratricide massacrant, pour partie, des innocents, est en cours.
Dans ses grandes lignes, cette guerre est médiatisée par les intérêts politico-économiques des grandes puissances. Mais, très tôt, elle a été polluée par les nouvelles idéologies religieuses et nationalistes, surfant sur les maladresses occidentales et la soif de libertés de peuples en perdition – au prix de dérives politiques incontrôlables et, sans doute, irréversibles.
A l’origine, cette quête identitaire a été précipitée par la « fin des idéologies » (D. Bell)  issue de la disparition de l’URSS, en décembre 1991, qui a favorisé le retour du religieux comme idéologie alternative et, au moins, réactivé son rôle politique et identitaire. Dans le même temps, la disparition du verrou idéologique de la Guerre froide a suscité l’émergence de micro-conflits périphériques désormais porteurs, sur l’Echiquier arabe, d’aspirations révolutionnaires. En ce sens, la délégitimation de l’idéologie communiste aurait agi comme facteur catalyseur d’une instabilité systémique à l’échelle du monde et dont la crise syrienne ne serait, au final, qu’un sous-produit – une forme d’effet émergent.
La (prévisible) réaction d’auto-défense du régime syrien face à la terrible violence « révolutionnaire » attisée de l’extérieur a débouché, aujourd’hui, sur une inquiétante guerre civile – imputée par les médias occidentaux, de manière (trop) systématique et erronée, au seul président Bachar El-Assad. Pourtant, l’opposition armée anti-Assad est responsable de davantage de tueries étrangement passées sous silence et qui, en d’autres lieux, auraient pu être qualifiées de « crimes contre l’humanité », pour reprendre une expression trop souvent manipulée par la gouvernance néo-libérale sous leadership américain, dans l’optique de justifier ses actions répressives.
Avec une certaine légitimité, on peut donc s’interroger sur l’existence d’une pensée unique, structurellement favorable aux « rebelles », et verrouillant l’information sur le déroulement de la « révolution » syrienne – sous l’impulsion de l’Organisation syrienne des droits de l’homme (OSDH), étrange ONG politiquement (très) orientée et semblant avoir un monopole « légitime » sur l’information. Régulièrement émise par l’OSDH, l’information sur la nature et l’ampleur des massacres censés perpétrés par le régime Assad est, en effet, admise comme vérité scientifique par le consensus médiatique – formatant, par ce biais, une opinion publique internationale hostile au régime syrien. Toutefois, ce dernier reste – heureusement – soutenu par l’axe sino-russe.
L’issue, tant désirée par les promoteurs du Printemps arabe, ne semble désormais plus faire de doutes. Mais pour Moscou, c’est plutôt un Hiver islamiste, réchauffé par le doux soleil de la Charia, qui se prépare – avec, naturellement, la complicité américaine.
Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Et qui, surtout, y avait intérêt ?
Vers un point de non retour, pour réitérer le « scénario libyen »
De manière indéniable, ce point de non retour a été favorisé de l’étranger dans le cadre d’une stratégie de communication politiquement orientée et unilatéralement focalisée contre la « dictature » Assad, désigné par le consensus médiatique comme l’ennemi à abattre.
Très clairement, dès l’origine, la rébellion anti-Assad a été financée et armée par des membres clés (riches en pétrodollars) de la Liguearabe, principalement l’Arabie saoudite et le Qatar. Très vite, elle a été encouragée par l’administration américaine et ses alliés traditionnels, avides de s’insérer dans la vague révolutionnaire portée par l’histoire et, surtout, de profiter des opportunités politiques – dont celles de contenir les ambitions russes, voire chinoises, dans une région stratégique sur les plans politique et énergétique. Ainsi, dans un premier temps, la Turquie a discrètement servi d’appui logistique pour les « rebelles » et, dans un second temps, elle s’est ouvertement montrée désireuse de passer à l’offensive, c’est-à-dire à l’action armée sur le territoire syrien. Au nom de la liberté des peuples et, naturellement, de leur droit à disposer d’eux-mêmes – la couleuvre est, tout de même, dure à avaler. D’autant plus, si on est russe.
Les infiltrations aux frontières ont été nombreuses au début de la « révolution ». Comme par hasard, tous les points de conflits sont anormalement et systématiquement proches de la frontière syrienne – curieux, tout de même, que nos médias ne se soient pas interrogés sur cette troublante coïncidence. Cette situation est illustrée, depuis fin juillet, par la volonté des « rebelles » de contrôler certains postes-frontières dans le but de faciliter les « passages », autrement dit, les actions militaires et les attentats contre les positions syriennes.
Une telle configuration confirme l’hypothèse d’une aide extérieure, très tôt invoquée par le président syrien Bachar El-Assad et qui, sans surprise, n’a jamais été prise au sérieux par les médias occidentaux, perdus dans le ciel bleu du monde de l’ignorance apprise, alimentée par la seule information diffusée par l’OSDH. Loin d’être spontanée, cette « révolution » est donc orientée et, en ce sens, elle apparaît davantage comme une « évolution », impulsée de l’extérieur et sur laquelle surfent les stratégies manipulatrices de puissances ambitieuses. Mais, dans la mesure où il s’agit d’un retour en arrière sur le plan politico-social – surtout en ce qui concerne le statut de la femme et des libertés individuelles (dont politiques) –, je parlerai plutôt « d’involution ».
Tout a été fait, dans le cadre d’un scénario programmé, pour provoquer l’armée régulière et les structures de sécurité de l’Etat syrien de manière à les contraindre à une réaction violente et créer, par ce biais, une instabilité croissante auto-cumulative, à terme, potentiellement explosive. En outre, ce chaos a été aggravé par l’émergence de milices privées, parfois de nature religieuse, et échappant à tout contrôle gouvernemental. Au final, il s’agit d’atteindre un seuil critique (déclencheur de « l’explosion »), synonyme de guerre civile – quitte à sacrifier quelques civils, quotidiennement imputés par l’OSDH au « sanguinaire » président Assad ou, alternativement, à d’inévitables « dégâts collatéraux ». Et quitte, aussi, à générer une situation anarchique caractérisée par la délégitimation des lois et structures étatiques. Une catastrophe programmée.
Aujourd’hui, l’Etat syrien, dont l’autorité est considérablement érodée, n’a même plus – au sens de Max Weber – le monopole de la « violence légitime » sur son territoire, traditionnellement considéré comme le socle de la stabilité d’un Etat-souverain. Désormais, le terreau est donc propice à la répétition du « scénario libyen », selon l’expression usitée de V. Poutine.
Sous prétexte de défendre les intérêts légitimes du peuple syrien, l’insidieuse politique arabo-occidentale a, objectivement et, sans doute, consciemment, contribué à ce chaos.

Complicité arabo-occidentale, au nom d’un troublant messianisme moral
Les « Amis de la Syrie » ont, très tôt, instrumentalisé la crise syrienne pour défendre leurs propres intérêts qui font du départ d’El-Assad, la pierre angulaire de leur stratégie.
Les intérêts de cette coalition hétéroclite se rejoignent, sur certains points précis – dont celui de placer un pouvoir « ami », apte à gérer l’après-Assad –, et, à la base, ils sont structurellement opposés à ceux de l’axe sino-russe. Redoutant une déstabilisation régionale, l’axe sino-russe prône en effet une solution politique négociée qui n’implique pas, nécessairement, l’élimination du président syrien. Nuance politique essentielle, expliquant la division, donc l’impuissance du Conseil de sécurité de l’ONU à travers le blocage systématique de ses résolutions par les responsables russes et chinois – mais c’est aussi, cela, la démocratie. Sur ce point, on peut d’ailleurs s’interroger sur la viabilité d’une résolution prônant une « transition démocratique » en Syrie et soutenue par l’étrange tryptique Arabie Saoudite-Qatar-Turquie. Avec le blanc-seing occidental…
Des intérêts économiques (contrôle de l’énergie), politiques (lutte d’influence) et stratégiques (inflexion des rapports de force) sont les enjeux sous-jacents au conflit syrien exacerbé, en définitive, par la montée brutale d’Al Qaïda (reconnue par Washington) et par l’opposition religieuse sunnites/chiites. Dans son essence, cette opposition forme une ligne de fracture confessionnelle auto-destructrice et à jamais ré-ouverte, parce que politiquement non neutre – et facilement manipulable, donc utile aux régimes hostiles au maintien du président Assad.
Le leitmotiv humanitaire, a été à la fois le fil conducteur et l’habillage légitime de l’ingérence croissante de la coalition arabo-occidentale dans le processus politique interne de la Syrie. Ce devoir d’ingérence progressivement institué devrait, à terme, justifier une intervention (sous une forme à définir) dans l’optique de renverser le régime Assad et, s’il le faut, sans la légitimité onusienne – pour contourner le barrage sino-russe. Désormais, avec le soutien actif des services secrets allemands, américains, britanniques et français, tous les efforts de la coalition arabo-occidentale sont concentrés vers cet ultime objectif. Pour l’heure, l’idée d’imposer une zone d’exclusion aérienne (définie comme zone de sécurité) pour créer un « couloir humanitaire » fait, peu à peu, son chemin. Le problème est qu’un tel « couloir » a, déjà, fait l’objet d’une instrumentalisation politico-militaire en d’autres lieux et d’autres temps. Pour Moscou, une telle leçon ne s’oublie pas et, surtout, ne doit plus se répéter.
L’essentiel est d’arriver, après la réélection d’Obama, au point de basculement de la crise (« seuil critique ») provoquant l’intervention finale et, en cette fin d’été, nous y sommes proches. Cette intervention militaire est rejetée par russes et chinois, psychologiquement marqués par  les tragédies serbe (1999), irakienne (2003) et libyenne (2012), où la manipulation des règles internationales et des mécanismes onusiens a été flagrante, mettant en cause, selon eux, la légitimité de la gouvernance mondiale. De façon troublante, cette transgression des règles est réalisée au nom de valeurs morales supérieures, selon la tradition post-guerre froide inaugurée par la vertueuse Amérique, investie de sa « destinée manifeste » et de son libéralisme triomphant – un discours, certes, bien rôdé.
Un sous-produit de cette inconscience politique occidentale a été la propagation du syndrome révolutionnaire, via un Islam radical moralisateur, au-delà de l’Echiquier arabe : dans le monde post-soviétique et sur le continent africain, au Mali pour commencer, avec l’extension dela Charia. Avec, à la clé, d’irréversibles dégâts collatéraux.
Pour l’axe sino-russe, il y a une ligne rouge à ne pas franchir dans cette partie stratégique dominée par les grandes puissances – notamment, en Syrie. Mais les dés sont, déjà, pipés.

Poursuite du reflux russe sur l’Echiquier arabe, sous bienveillance américaine
Dans l’hypothèse d’un renversement du président Assad,la Russie(avecla Chineet l’Iran)  serait la principale perdante.
Pour rappel, la Syrieest un des principaux alliés de l’Iran dans la région et la disparition d’Assad isolerait davantage Téhéran – ce que souhaitent, pour diverses raisons, de nombreux Etats arabes et occidentaux. D’autre part, le renversement d’Assad risquerait de déstabiliser le Liban et au moins, d’y redéfinir le jeu politique interne avec, notamment, l’affaiblissement du Hezbollah libanais. L’évolution syrienne est donc politiquement non neutre pour l’Etat israélien et sa stratégie au Moyen-Orient et, en ce sens, pour le destin géopolitique de la région.
A cela, il convient de préciser que l’Azerbaïdjan, ex-république de l’URSS très sensible désormais – comme d’autres Etats de la périphérie post-soviétique – aux sirènes américaines (et à leurs dollars), rêve de créer un « Grand Azerbaïdjan » étendu à une partie de l’actuelle Iran. Dans cette optique, l’affaiblissement de l’axe Iran-Syrie serait une bonne chose pour ses prétentions territoriales. Moscou redoute un tel scénario, d’autant plus qu’il nuirait dangereusement aux intérêts de son fidèle allié et partenaire stratégique, l’Arménie – dont l’existence (et celle de ses bases militaires) serait, dés lors, menacée.
En outre, par l’intermédiaire de son ministre des affaires extérieures, Ahmet Davutoğlu, la Turquie– véritable base arrière et levier de l’influence américaine en Eurasie – revendique, de manière troublante, le rôle de « pionnier du changement démocratique » au Moyen-Orient. En fait, la défense de ses intérêts nationaux – qui intègrent le « problème » kurde – a incité la Turquie à s’ingérer dans la crise syrienne. Et, surtout,  elle l’oblige à maintenir une veille stratégique dans le Nord dela Syrie convoité, selon Ankara, par les « extrémistes kurdes ». Enfin, il faut rappeler quela Turquie rêve toujours d’un Empire ottoman étendu à l’Asie centrale ex-soviétique. Tout est donc en place, pour la partie finale.
Tendanciellement, on assisterait donc à la poursuite du roll back (reflux) de la puissance russe, conduite par l’administration américaine depuis la fin de la Guerre froide et qui vise, aujourd’hui, à affaiblir ses alliances traditionnelles – donc, son pouvoir potentiel sur longue période – en zones arabe et post-soviétique. Car, qu’on le veuille ou non, l’administration Obama est objectivement tentée de manipuler les « révolutions » pour, à terme, étendre sa zone d’influence et sécuriser, par ce biais, les principales sources d’approvisionnement et routes énergétiques – d’où l’intérêt de « stabiliser », c’est-à-dire de contrôler politiquement la Syrie, le Liban et l’Iran, véritables nœuds stratégiques de la région. Une telle extension se réaliserait au détriment des dernières positions russes, héroïquement tenues sur l’Echiquier moyen-oriental et, en particulier, en Syrie, face à la pression médiatique et politico-militaire de la coalition arabo-occidentale – mais, pour combien de temps encore ?
Dans cette optique et de manière officielle, l’administration américaine vient de reconnaître la nécessité de renforcer significativement son soutien au « processus révolutionnaire et démocratique » en œuvre en Syrie. Dans ses grandes lignes, cette action s’inscrit dans le prolongement de sa récente ingérence – via de douteuses ONG – dans le processus électoral russe et, de façon plus générale, dans le cheminement politique incertain de la périphérie post-soviétique en vue d’y imposer la « démocratie ». Naturellement, selon les normes occidentales.
Ce faisant, Washington officialiserait une stratégie qui, en réalité, a commencé bien plus tôt. Tendanciellement, cette stratégie s’appuie sur la démocratie comme nouvelle idéologie implicite et globalisante, vecteur de sa domination politique dans le monde. Au regard d’une lecture plus structurelle de la crise syrienne, médiatisée par les intérêts des puissances majeures, cette attitude américaine n’est pas une surprise et, au contraire, semble cohérente avec une ligne de long terme axée sur la défense de son leadership régional – contre les intérêts russes.
L’hyper-puissance américaine avance ses pions, inéluctablement.

L’Arabie saoudite, nouveau « pivot géopolitique » de l’hyper-puissance ?
La poursuite du « Printemps islamiste », à dominante sunnite, renforce les positions de l’Arabie saoudite dans la région et donc, de manière indirecte, les prérogatives de l’axe USA-OTAN.
Sur ce point, on remarquera que les monarchies du Golfe, qui sont (très) loin d’être plus démocratiques que la Libyeet la Syrieont été, jusque là, étrangement épargnées par la vague révolutionnaire. Avec une certaine légitimité, on peut donc se demander pourquoi ? Et pourquoi passe-t-on sous silence le sort des 80 000 chrétiens expulsés de leurs foyers par les « révolutionnaires » syriens dans la province d’Homs, en mars 2012 ? Enfin, pourquoi ne parle-t-on pas des persécutions quotidiennes de la population chiite (majoritaire à 70%) au Bahreïn, associée à un verrouillage total de l’opposition (et de l’expression) politique ? Cette répression est « supervisée » par l’armée saoudienne encline, à la moindre occasion, à faire intervenir ses chars – sorte d’application arabe de la doctrine Brejnev de « souveraineté limitée » – et cela, quels qu’en soient les coûts humains. Terrible et révélateur silence médiatique.
La réaction occidentale a été tout autre lorsque la Russieest – justement – intervenue avec ses chars en Géorgie en 2008, pour protéger ses ressortissants et ses soldats d’un massacre annoncé, après l’inquiétante initiative du président Saakachvili. Comment expliquer cette lecture des Droits de l’homme (et des peuples) à géométrie variable ? Et pourquoi les chars russes seraient-ils plus « coupables » que les chars arabes – ou américains, en d’autres circonstances, lors des « croisades » morales punitives ? Pour Moscou, une telle situation confirme le maintien d’un esprit de Guerre froide visant à la marginaliser, de manière définitive, sur la scène internationale. Un « deux poids, deux mesures » politiquement insupportable, et presque blessant.
La principale conséquence de l’extension de la domination sunnite au Moyen-Orient gagné par la contagion « révolutionnaire » est que, par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite, comme levier d’ingérence privilégié, l’administration américaine renforce son  contrôle de la région. Parce que, par définition, il sera dorénavant plus facile pour Washington d’actionner un seul levier pour dicter sa politique régionale et défendre, ainsi, ses intérêts de grande puissance. Dans ce schéma, l’Arabie saoudite devient une pièce maitresse  (« pivot », au sens de Brzezinski) des Etats-Unis sur l’Echiquier arabe permettant, désormais, à l’hyper-puissance d’agir sur les événements et d’orienter le jeu, sans véritable opposition. Une contrepartie possible serait alors, pour Washington, de tenir compte des intérêts politiques de l’Arabie saoudite dans les régions musulmanes de l’ex-espace soviétique, âprement convoitées dans le cadre de son face-à-face avec la Russie. En ce sens, la crise syrienne cache un enjeu politique plus global, fondamentalement géostratégique – et, de manière indiscutable, lié au déroulement de la Guerre tiède.
Cette tendance au renforcement de la gouvernance unipolaire, légitimée par l’éclatante victoire américaine de la Guerre froide, est officiellement et régulièrement dénoncée par Vladimir Poutine, depuis son fameux discours de Munich de 2007 sur la sécurité dans le monde. Les faits, comme les hommes, sont – parfois – têtus.
Paradoxalement, les involutions arabes, sous bienveillance américaine, ne feront qu’accélérer cette tendance (2).
Et, maintenant, que faire ?
Jean Géronimo
Spécialiste des questions économiques et stratégiques russes, Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr
 Grenoble, le 30 août 2012
Source : Mondialisation.ca

Syrie : Le Sommet des non-alignés à Téhéran… gifle retentissante à l’impérialisme occidental ?...Il n’est donc pas exagéré de dire que nous avons assisté à une « seconde naissance du Mouvement des non-alignés »

Pour Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, est « coupable » tout Syrien qui soutient les autorités syriennes, et donc le peuple syrien, dans une guerre non déclarée par terroristes interposés promus au rang de révolutionnaires admirables… Ce Syrien là est non seulement coupable mais aura à « rendre des comptes »… ! Voilà les bribes de phrases accidentellement entendues sur une chaîne de télévision française le 30 Août 2012… Accidentellement, parce qu’il n’est plus supportable de les écouter mentir, volontairement ou par mimétisme, à longueur de jours et de nuits…  surtout lorsque Monsieur le Ministre après avoir bien fait pleurer dans les chaumières, en inversant les rôles, use de la phrase magique : « nul ne pourra dire qu’il ne savait pas ! ».
Monsieur le Ministre … ils savent ! Ces syriens qu’ils soient des opposants patriotes ou de purs loyalistes connaissent la réalité syrienne mieux que vous ne la connaîtrez jamais et sont loyaux  à l’égard de la Syrie et de la France au moins autant que vous l’êtes… au moins ! Si les hasards de la vie ont fait qu’ils ont adopté la nationalité française… rien, absolument rien, ne les condamne à trahir leur patrie d’origine sur vos conseils… rien ne les oblige à rejoindre les marionnettes désarticulées des « opposants made in France ». D’autant plus que des personnalités éminentes de ce pays ne se dérobent plus pour dire et écrire que votre « diplomatie » va à l’encontre des intérêts et des valeurs de la France quelles que soient ses difficultés actuelles, et que la grande majorité de la vraie « communauté internationale » ne dit pas le contraire et vous le fait savoir [NdT].  

Dès la première semaine de sa présidence du Conseil de sécurité, la France a tenu à fixer le 30 Août  pour  la convocation d’une réunion destinée à « discuter du cas  syrien » ; ce qui pose la question de savoir pourquoi elle a choisi une date aussi tardive malgré l’accélération des événements sur le terrain et l’évolution de la situation politique, notamment depuis que Mr Kofi Annan a été poussé à démissionner de son poste d’émissaire onusien chargé d’apporter une solution  pacifique à la crise.
Avant d’examiner cette question nous rappelons que, dès le début de « la crise syrienne », la France a joué un rôle de premier plan non seulement par son ingérence à tous les niveaux mais aussi en se posant comme « le pays d’accueil » d’une prétendue « opposition syrienne » qui s’est traduite sur le terrain par le terrorisme tuant et déplaçant les Syriens… En effet, le gouvernement français a contribué avec ceux de quatre autres pays [États-Unis, Turquie, Arabie saoudite, Qatar] à encourager les actes terroristes en Syrie et à empêcher toute solution politique fondée sur le dialogue national entre Syriens de tous bords, se révélant de plus en plus pressé de se débarrasser des autorités syriennes pour leur substituer un gouvernement inféodé à l’Occident  et de préférence à lui-même !
Il est évident que la France ne décide pas seule de son degré et de son timing d’ingérence dans les affaires syriennes, mais qu’elle agit en parfaite coordination avec « le camp des agresseurs de la Syrie sous direction US », d’où le choix du 30 Août dicté par les besoins et objectifs de ce camp et se rapportant à deux raisons principales.
1. La première raison correspond à leur volonté de préparer l’environnement international à une résolution du Conseil de sécurité qui puisse leur permettre d’atteindre leurs principaux objectifs en Syrie et dans la région, après avoir levé les obstacles engendrés par les vetos de la Russie et de la Chine qui ont fait échouer le plan échafaudé pour justifier leur ingérence en Syrie. C’est pour cela que chacun de ces cinq gouvernements, à commencer par celui de la Turquie, s’est remis aux lamentations humanitaires et à la promotion de zones tampons ou « zones de sécurité pour terroristes » tout en appelant à  la formation d’un « Gouvernement de transition » qu’il serait prêt à reconnaître ! Mais pour autant, les groupes terroristes n’ont pas cessé de perpétrer  assassinats et massacres d’une bestialité sans pareille dans plusieurs régions syriennes, notamment à Darraya et Germana près de Damas [*] ; ce qui, à notre avis, ne modifiera en rien l’opinion de tout observateur raisonnable. En effet :
1.1.  Concernant les couloirs humanitaires, les zones tampons ou de sécurité… il n’est pas inutile de rappeler que la Russie et la Chine persistent dans leur refus de toute ingérence et dans leur soutien à la « Déclaration de Genève » qui ne reconnait que la solution du dialogue sans aucune atteinte à la souveraineté de l’État syrien. Par conséquent, s’entêter à créer de telles zones, en dehors  du Conseil de sécurité, signifie la guerre contre la Syrie menée par ce même camp et donc par l’OTAN dont nous connaissons les réticences face aux risques d’une nouvelle guerre, ainsi que les insuffisances militaires surtout depuis que l’Iran a fait savoir sa ferme décision d’intervenir en cas d’agression. C’est ainsi que nous comprenons les paroles du Président syrien et de ses alliés qualifiant d’ « irréalistes » ce subterfuge de « zones… », quel que soit le nom qu’on leur donne !
1.2. Concernant le  « Gouvernement de transition » que la France exige et se hâte de concocter s’imaginant que «  les multiples oppositions syriennes », qui n’ont même pas réussi à se mettre d’accord sur un Conseil unique qui les réunisse alors qu’elles sont sans autorité aucune, puissent construire une autorité gouvernementale représentative des Syriens, sans terre, sans peuple, et sans autre pouvoir que celui « du terrorisme sous ordre multinational ». Une telle exigence est donc toute aussi inefficace et irréaliste que la précédente !
1.3. Reste l’exploitation de la carte des « massacres à répétition » manifestement programmés avant chaque réunion du Conseil de sécurité consacrée au cas syrien pour être faussement attribués à l’Armée et aux autorités syriennes… Il va sans dire qu’elle est désormais grillée et obsolète aux yeux de bon nombre d’États puissants de la planète, maintenant que le monde s’est divisé en deux camps plus que méfiants l’un vis-à-vis de l’autre !
2. La deuxième raison correspond à leur volonté de nuire à  l’Iran et de perturber le « Sommet du Mouvement des non-alignés » prévu à Téhéran le 30 Août justement, ce même jour choisi par la France pour la réunion du Conseil de sécurité sous sa présidence, depuis qu’avec ses alliés elle a clairement pressenti que le succès de ce Sommet serait une gifle retentissante donnée par l’Iran à l’Occident et plus particulièrement aux USA qui n’ont cessé de tenter de l’intimider militairement, de l’isoler diplomatiquement, et de lui imposer un blocus économique de plus en plus serré sous l’éternel prétexte de son ambition nucléaire qui menacerait la paix. Mais malgré le mépris des médias occidentaux faisant comme si un tel Mouvement n’existait pas, et malgré toutes les tentatives occidentales pour boycotter sa réunion en faisant pression sur tel ou tel gouvernement pour en réduire le niveau de participation, semer la zizanie entre les participants, et surtout jeter le doute sur ses décisions et recommandations, le Sommet de Téhéran est une réussite puisqu’il a abouti à ce qui suit :
2.1. Le rééquilibrage des relations internationales après dépoussiérage du « Mouvement des non-alignés » en déclin depuis la disparition de trois de ses dirigeants historiques [Nasser, Tito et Nehru] et la dissolution de l’Union soviétique. Un rééquilibrage qui constitue une nouvelle étape sur la voie d’un monde multipolaire après celle des trois double-vétos russes et chinois qui ont empêché les États-Unis d’utiliser « le Conseil de sécurité » pour mettre en œuvre leurs politiques d’agression  et les ont poussés, en désespoir de cause, à solliciter « l’Assemblée générale des Nations Unies » pour camoufler leur échec et faire croire qu’ils contrôlaient toujours la « communauté internationale ». Un rééquilibrage rendu possible par la volonté de 120 pays réunis à Téhéran autour de décisions justes et rationnelles pour le bénéfice de tous les peuples et loin de toute soumission aux diktats de la seule puissance US. Il n’est donc pas exagéré de dire que nous avons assisté à une « seconde naissance du Mouvement des non-alignés », à l’initiative de l’Iran, prélude certain d’un nouvel ordre mondial !
2.2. La démonstration du ridicule de la logique de certains gouvernements occidentaux et de leurs médias hostiles à l’Iran qui, par son accueil à tous ces pays du monde réel, reprend sa juste place dans le cortège des nations de la communauté internationale malgré toutes leurs allégations contraires.
2.3. Un éclairage nouveau sur la réalité d’un pays musulman qui a réussi sa révolution et son indépendance en mettant ses richesses et ses capacités au profit de réalisations nationales incontestables et à l’abri de toute hégémonie ou servitude étrangères, ce dont les Iraniens ne sont pas peu fiers !
2.4.  La recherche sincère d’une solution à la crise syrienne par le respect de la volonté du peuple  syrien, seul habilité à décider en toute indépendance de la composition de son gouvernement qui ne saurait arriver sur les chars des forces d’occupation…  La simple adoption d’une telle position par le « Sommet des non-alignés » est susceptible de conduire à l’échec de tous les plans US et de ses suiveurs  à l’Assemblée générale des Nations Unies.
2.5. La résistance face à  l’hégémonie US et au colonialisme occidental en plus de la remise en question du fonctionnement des instances internationales et de la restructuration du Conseil de sécurité… Même si nous sommes conscients que ces révisions ne se réaliseront  pas de si tôt, il n’en demeure pas moins que ce Sommet qui a réuni  les deux tiers des pays du monde se dirige dans cette direction ; ce qui met au défi l’Occident et plus particulièrement les États-Unis confrontés à la volonté  de la communauté internationale réclamant la justice et la stabilité.

Globalement,  nous pouvons donc dire que « le Sommet des non-alignés qui s’est tenu à Téhéran » est un épisode supplémentaire de la série des victoires de l’Iran et de ses alliés qui, ajouté aux épisodes précédents, constitue un camouflet à l’Occident en situation d’échec, et augure d’un Nouvel Ordre Mondial plus équilibré et d’un Moyen Orient appartenant à ses peuples !

Dr Amin Hoteit
31/08/2012
Article original : Al-tayyar
قمة عدم الانحياز في ايران … صفعة بوجه الغرب ؟
(العميد امين حطيط)
http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/amine-heteit-hh-4933.htm
Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Colombie : Des pourparlers de paix débutent (Counterpunch)....

...Un facteur clé dans le processus de paix, alors, serait un fort mouvement de citoyens américains qui soutiendrait les acteurs pacifiques, comme la Marche Patriotique en Colombie, afin d’exercer une pression politique sur le gouvernement américain pour permettre à la paix de s’épanouir en Colombie. Il s’agit d’une occasion capitale pour le Président Obama de finalement gagner son Prix Nobel de la Paix (3 ans après les faits) et nous devons l’encourager à saisir cette opportunité...

D’après le journal colombien El Tiempo, 75% des Colombiens souhaitent un dialogue entre le gouvernement colombien et les guérillas. Et cela pour de bonnes raisons, la Colombie ayant été dévastée par plus de 50 années de conflit armé qui a coûté la vie à des centaines de milliers de civils (entre 50 et 250 mille d’entre eux ont « disparu ») ; qui a laissé plus de 5 millions de personnes déplacées (la population la plus importante de personnes déplacées dans le monde), et a donné un prétexte au gouvernement colombien, avec l’aide de ses alliés paramilitaires, pour effacer les organisations progressistes, y compris les syndicats, oeuvrant pour le changement social. À plus grande échelle, le conflit colombien a fourni un prétexte commode pour une intervention militaire américaine dans ce pays et toute la région, et a été le plus grand obstacle au rêve de l’intégration latino-américaine.
Il s’agit donc de nouvelles bienvenues et monumentales que le gouvernement colombien ait confirmées hier les rumeurs selon lesquelles il a signé un accord avec le plus grand groupe de guérilla, les FARC, pour entamer des pourparlers de paix, et qui devrait également inclure la guérilla de l’ELN dans ce processus de paix.
L’expérience a montré que de tels pourparlers de paix sont fragiles. La Colombie a connu un certain nombre de processus de paix, mais ils se sont tous mal terminés jusqu’à ce jour. Le processus de paix le plus notable a eu lieu dans les années 1980 quand les FARC ont convenu de mettre fin à l’insurrection armée en échange de la possibilité de participer à la vie politique colombienne à travers le parti de l’Union Patriotique (UP). Dans un grand acte de trahison, les escadrons de la mort colombiens militaires et paramilitaires ont répondu à cet accord par le meurtre d’environ 5.000 dirigeants et militants de l’UP, et les FARC ont repris les hostilités.
Cependant, ainsi que le rapporte le Miami Herald ce matin, les deux parties du conflit ont indiqué clairement qu’elles ne cesseront pas le conflit armé durant les pourparlers de paix, au contraire, les combats entre la guérilla et l’armée colombienne et de la police ont augmenté au cours des derniers mois. Plus troublant encore, le principal groupe non-violent appelant à des pourparlers de paix – Marche Patriotique - a été de plus en plus calomnié par le gouvernement colombien (de manière tout à fait mensongère) comme étant un partisan des FARC, et un certain nombre de dirigeants de la Marche Patriotique ont été menacés, emprisonnés, tués ou ont disparu avec une fréquence croissante. Et tandis que ces pourparlers de paix ont commencé, et que de telles attaques contre les militants pacifistes se sont multipliées, le gouvernement colombien a réduit de moitié le soutien pour les bénéficiaires de son programme de protection du gouvernement - un programme qui vise à protéger les militants pacifistes et sociaux de ces véritables attaques. En bref, il y a de nombreuses raisons d’être très prudents dans notre optimisme pour ces pourparlers.
En même temps, il y a des raisons d’espérer. Pour leur part, les FARC ont fait un pas important dans le sens de la paix plus tôt cette année, en renonçant à leur pratique de longue-date des enlèvements (un moyen de recueillir des fonds contre rançon). En ce qui concerne le gouvernement colombien, le Président Santos a fait preuve d’une plus grande ouverture face aux pourparlers de paix que son prédécesseur, Alvaro Uribe, et a été beaucoup plus modéré dans son discours au sujet de la guérilla colombienne et également au sujet de la non-violence de la gauche colombienne. Santos a même commencé un programme de réforme agraire qui vise à redonner la terre aux Colombiens (en particulier ceux de la communauté indigène et afro-colombienne), dont les terres ont été saisies illégalement pendant le conflit. Bien qu’il reste à voir quelle sera la réussite de ce programme, et alors que le programme a lui-même inspiré des groupes paramilitaires pour attaquer violemment ceux qui tentaient de reprendre les terres que les paramilitaires avaient saisies à tort pendant le conflit, l’ouverture est une question importante pour les guérilleros dont la demande première au cours des dernières décennies a été significativement la réforme agraire. Enfin, la croissance accélérée du mouvement pour la paix en Colombie, notamment à travers la mise en place de la Marche Patriotique, va apporter un soutien essentiel à ces pourparlers.
Comme d’habitude, la carte maîtresse est celle des États-Unis - le commanditaire financier de l’armée colombienne et l’auteur du programme anti-insurrectionnel en Colombie qui a débuté en 1962. La seule façon pour que le processus de paix soit couronné de succès réside dans le soutien des Etats-Unis pour ce processus ou, tout au moins, de sortir de cette voie pour lui permettre d’avancer et de se développer. Jusqu’à présent les Etats-Unis n’ont manifesté aucune volonté de soutenir la paix en Colombie, optant plutôt pour l’exploitation du conflit afin de conserver son dernier fronton militaire dans la région d’Amérique Latine - une région qui, au grand dam des Etats-Unis, se radicalise de plus en plus et se tourne vers la gauche. Un facteur clé dans le processus de paix, alors, serait un fort mouvement de citoyens américains qui soutiendrait les acteurs pacifiques, comme la Marche Patriotique en Colombie, afin d’exercer une pression politique sur le gouvernement américain pour permettre à la paix de s’épanouir en Colombie. Il s’agit d’une occasion capitale pour le Président Obama de finalement gagner son Prix Nobel de la Paix (3 ans après les faits) et nous devons l’encourager à saisir cette opportunité.
Comme note finale, le gouvernement cubain doit à nouveau être applaudi pour son rôle positif dans ce processus. Comme par le passé, Cuba a accueilli les premiers pourparlers qui ont conduit à l’ouverture de ce processus de paix et, avec la Norvège, continuera d’accueillir de telles négociations tout au long du processus. Cette petite île, fortement calomniée par notre gouvernement, continue de jouer son rôle positif dans notre hémisphère pour la paix, la stabilité régionale et la santé publique. Le scandale du maintien du blocus des Etats-Unis envers ce pays s’accroît chaque jour un peu plus, tandis que Cuba surpasse les États-Unis en termes de contributions dans le monde.
Daniel Kovalik
Daniel Kovalik est avocat des droits de l’Homme et du travail à Pittsburgh et enseigne le droit International à l’Université de Droit de Pittsburgh.
http://www.counterpunch.org/2012/08/28/peace-talks-begin-in-...
URL de cet article 17600 http://www.legrandsoir.info/des-pourparlers-de-paix-debutent-en-colombie-counterpunch.html

Le bulldozer était menacé...le jugement était « triste » pour la famille de Rachel et « pour l’Etat de droit ». Il y a vu une « défaite pour la justice » et une « victoire pour l’impunité de l’armée israélienne ».

Rachel Corrie est coupable ! Permettez-moi de vous transmettre l’édito de M Saadoune Quotidien d’Oran consacré au jugement posthume de la pacifiste nord américaine R. Corrie. Décidément Israël est une grande démocratie
Rachel Corrie est coupable… Un militaire israélien conduisant un bulldozer lui est passé et repassé dessus. Elle en est morte. Bien fait pour elle, a dit la « justice » israélienne. Cette militante pacifiste américaine est donc coupable d’avoir été là, d’être venue en témoin de la terrible vie imposée aux Palestiniens. C’est donc Rachel Corrie qui a menacé le bulldozer, elle s’est tuée elle-même.

Un juge israélien dans la « seule démocratie du Moyen-Orient », selon la propagande routinière des médias occidentaux, a donc décidé que la jeune Américaine méritait bien de mourir. Et que le militaire israélien qui l’a tuée n’était pas responsable de sa mort. Et pour corser le tout, le juge israélien qui a pris cette sentence historique a jugé que l’ONG Mouvement International de Solidarité auquel appartenait Rachel Corrie était un mouvement violent. Bref, pour rester dans la rhétorique habituelle appliquée aux Palestiniens, Rachel Corrie et son ONG sont des « terroristes ». Choquée et indignée, la mère de la jeune militante pacifiste américaine a constaté qu’Israël « dispose d’un système bien huilé pour protéger ses militaires… tout cela est mauvais pas seulement pour notre famille, mais c’est aussi un mauvais jour pour les droits de l’homme, pour l’humanité, pour la loi et pour un pays comme Israël ».
Le père de Rachel, qui a fait la guerre du Vietnam, constate « qu’au plus haut niveau militaire (israélien) on pense que l’on peut tuer impunément des gens à la frontière ». Le dispositif est en effet bien huilé. Les témoignages et les images ne manquent pas sur ce qui est un acte délibéré mais le système judiciaire de la « seule démocratie » dans la région fait partie du dispositif de guerre. Il n’a donc vu qu’une dangereuse jeune pacifiste - terroriste - menacer gravement la marche tranquille d’un bulldozer. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Richard Falk, a estimé que le jugement était « triste » pour la famille de Rachel et « pour l’Etat de droit ». Il y a vu une « défaite pour la justice » et une « victoire pour l’impunité de l’armée israélienne ». Mais Richard Falk, fortement haï par Israël, connaît son sujet et il n’omet pas de noter que la mort de Rachel Corrie tout comme le jugement font partie du cadre général du fonctionnement d’une armée d’occupation. Et surtout d’une armée qui n’a aucun reproche à craindre des pays occidentaux.

LES ETATS-UNIS D’AMERIQUE NE TRANSIGENT JAMAIS EN GENERAL SUR LE SORT RESERVE A LEURS CITOYENS A L’ETRANGER. LES DEFENDRE CONTRE LES ACTES DE VIOLENCE ET CONTRE LES INJUSTICES FAIT PARTIE DES DEVOIRS ELEMENTAIRES D’UNE GRANDE PUISSANCE. ET LES EXEMPLES NE MANQUENT PAS DE REACTIONS ENERGIQUES, PARFOIS EXCESSIVES, DU GOUVERNEMENT AMERICAIN DANS LES SITUATIONS OU DES CITOYENS AMERICAINS SONT EN DIFFICULTE. LE VERDICT, SCANDALEUX, DE LA JUSTICE ISRAELIENNE N’A SUSCITE AUCUNE REACTION DE LA PART DE L’ADMINISTRATION DE BARACK OBAMA. QUESTIONNE, UN REPRESENTANT DU DEPARTEMENT D’ETAT S’EST ABSTENU DE FAIRE DE COMMENTAIRES. LA CONCLUSION S’IMPOSE : POUR L’ADMINISTRATION AMERICAINE, RACHEL CORRIE EST AUSSI « COUPABLE » D’AVOIR ETE LA POUR TEMOIGNER DE L’ENFER VECU PAR LES PALESTINIENS SOUS LE JOUG DE LA « SEULE DEMOCRATIE » DE LA REGION. ET PUIS, OBAMA EST EN CAMPAGNE ELECTORALE DANS UN PAYS OU LE LOBBY ISRAELIEN PESE LOURDEMENT. IL NE FAUT DONC PAS L’IMPORTUNER AVEC LES NOTIONS DE JUSTICE ET DE VERITE. LE BULLDOZER ISRAELIEN DOIT TOUJOURS AVOIR RAISON MEME SI LE MONDE ENTIER L’A BIEN VU ECRASER UNE JEUNE AMERICAINE PACIFISTE ET ABSOLUMENT PAS MENAÇANTE !
M. Saadoune
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5172456
URL de cet article 17607 http://www.legrandsoir.info/le-bulldozer-etait-menace.html

Syrie : Les erreurs de calcul de la Turquie !...l'anecdote de l'arroseur arrosé !

Quand la Turquie s’est préparée à son rôle de « Directeur Régional pour la Recolonisation » en tant que « puissance néo-ottomane» ou « califat islamique moderne », elle a cru que son chemin serait sans encombres étant donné l’absence de stratégie arabe, l’isolement de l’Iran, et l’évolution des conditions régionales ayant rendu Israël incapable de  tenir son propre rôle consistant, selon les théories de Shimon Peres, à promouvoir  l’idée d’un « Nouveau ou Grand Moyen-Orient »  fondée sur « la pensée sioniste » et « l’argent arabe ».
La Turquie a vraiment cru que telle était la meilleure façon de s’assurer le leadership de la  région pour commencer, puis celui du monde musulman ensuite… confortée en cela par ses atouts économiques, ses bonnes relations avec les peuples de plusieurs États indépendants d’Asie centrale, son passé Musulman doublé d’un présent qui aurait démontré la capacité des « Islamistes » à tenir les rênes de l’État turc et à neutraliser  l’obstacle de son Armée « gardienne de la laïcité » instaurée par Ataturc !
Partant de cette vision, la Turquie ou plutôt le « Parti pour la Justice et le Développement » a lancé sa stratégie du « zéro problème » pensant qu’elle lui permettrait de faire sauter les frontières voisines et de faire oublier les tragédies historiques commises à l’encontre de plusieurs peuples et États de la région, avant de s’envoler vers son nouveau rêve impérial… Elle a donc  « pris d’assaut » la cause palestinienne, cause centrale pour les Arabes et Musulmans [cause des peuples et non celle des régimes inféodés à l'Occident et à Israël], puis elle s’est lancée dans le tissage de relations stratégiques avec  différents pays de la région en commençant par le plus proche et le plus important : la Syrie ! En effet, dans un ouvrage publié en 2001, Daoud Oglu le théoricien du « zéro problème »,  avait souligné que la Turquie ne pouvait mener à bien ses projets impérialistes qu’en partant de Syrie, étape préliminaire pour assurer la profondeur stratégique rêvée !
Ici, il faut noter que la Syrie a répondu favorablement à la nouvelle politique d’ouverture de la Turquie et, en toute confiance, a établi un partenariat stratégique avec un État pourtant  membre de l’OTAN « cultivant des relations particulières avec Israël », pensant que cette nouvelle approche lui permettrait au minimum de s’assurer de sa neutralité dans son conflit avec l’ennemi sioniste, et éventuellement de lui confier certaines missions dans le cadre de ce même conflit où elle n’afficherait plus son soutien flagrant à Israël.
Mais la Turquie n’a pas été honnête et avait prévu l’exact contraire de ce qu’elle proposait, puisque dès que l’agression occidentale sous ordres et plans US fondés sur la stratégie intelligente du « soft power » s’est abattue  sur la Syrie, elle est entrée dans son rôle de « directeur de l’agression sur le terrain » et s’est posée en « donneuse de leçon » usant du langage condescendant des colonisateurs, comme si la Syrie faisait  toujours partie de l’Empire ottoman ! Ce fut manifestement sa  première erreur de calcul, car la nouvelle lubie néo-ottomane s’est heurtée à la résistance arabe syrienne qui lui a interdit de restaurer un passé révolu faisant fi de sa dignité et de sa souveraineté;  ce qui a  déclenché la furie et la haine des dirigeants turcs qui se sont publiquement engouffrés dans le travail de sape de l’intérieur syrien.
À ce stade, la Turquie a joué le rôle de conspirateur sur deux niveaux :
  • Au niveau politique elle a parrainé des groupes d’agents du renseignement  de divers pays et des catégories de revanchards haineux ou d’assoiffés du pouvoir avant de les organiser en un soi-disant « Conseil national Syrien » [CNS] qui, en réalité, est à la solde des services et des intérêts étrangers en Syrie. Ce faisant elle a pensé que ce faux conseil serait une alternative aux autorités légitimes syriennes… Deuxième erreur de  calcul, car tout comme ce CNS est né pour servir d’instrument de discorde extérieure, il a évolué vers encore plus de discorde intérieure jusqu’à se transformer en un cadavre puant devenu un fardeau pour ses concepteurs, la Turquie en premier !
  •  Au niveau militaire elle s’est transformée en base de ralliement pour terroristes de toutes nationalités lancés à l’assaut de la Syrie, avant exécution d’une opération militaire internationale dont elle serait le fer de lance et en récolterait les bénéfices après l’avoir transformée en arrière cour de l’empire néo-ottoman ressuscité de ses cendres… Troisième erreur de calcul manifeste depuis qu’une telle opération dite « internationale » s’est révélée impossible et a  poussé la Turquie à ne plus concentrer ses efforts que sur de sordides actions terroristes menées sur le sol syrien !
Le parti au pouvoir en Turquie a fini par mettre tous ses espoirs dans le terrorisme international et s’est imaginé que la  Syrie allait s’effondrer en quelques semaines ouvrant le chemin de Damas au nouveau sultan ottoman… Quatrième erreur de calcul devant une Syrie dont toutes les composantes étatiques et civiles ont résisté face à la marée terroriste espérée invulnérable, ramenant la Turquie à la dure  réalité qu’elle n’a pas daigné anticiper.

En effet, la Turquie s’est imaginée que la défense syrienne et de ses alliés régionaux de « l’Axe de la résistance », pourtant en parfait accord avec un front du refus de pays émergents sur la scène internationale, ne pourraient résister en cas d’une  confrontation si bien menée et, qu’en tous cas, elle n’aurait pas à se mouiller… Cinquième erreur de calcul particulièrement dangereuse vu l’évolution du théâtre des opérations au détriment de ses folles ambitions. Nous n’en citerons que les conséquences fondamentales :
1. Échec définitif de la Turquie dans sa guerre terroriste contre la Syrie menée conjointement avec le « camp occidental des agresseurs »… D’ailleurs, elle-même est désormais intimement convaincue qu’il lui est impossible de renverser le gouvernement syrien, le peuple syrien étant le seul capable d’en décider.
2. Échec des efforts de la Turquie en faveur d’une intervention militaire directe visant à transformer l’essai, maintenant que toutes ses tentatives pour créer  des « zones de sécurité », des « zones tampons », des « couloirs humanitaires », ou tout autre prétexte autorisant une ingérence militaire étrangère en Syrie ont lamentablement échoué face à la résistance syrienne, à la fermeté iranienne, et à la constance russe dans leur refus concerté d’un tel dénouement même s’il leur fallait en arriver à une confrontation militaire internationale, alors que la Turquie et ses alliés ne se sont pas préparés à une telle possibilité.
 3. L’angoisse sérieuse de la Turquie quant au devenir des groupes terroristes qu’elle a accueillis sur son sol et dirigés contre la Syrie sous supervision US ; ce qui doit nous rappeler le phénomène des « Afghans arabes » devenus un problème pour les pays qui les ont poussés à se battre contre l’Union soviétique en Afghanistan où,  une fois les troupes parties, ils se sont transformés en « combattants chômeurs » menaçant de tous les dangers ; situation pas très éloignée de celle que risque de rencontrer la Turquie aujourd’hui ! C’est pour cette raison qu’elle s’est hâtée de lancer ses appels de détresse aux USA pour l’aider à prévenir ce probable fléau… C’est pour cette même raison que se sont réunies dernièrement les forces de sécurité militaire des deux pays, contrairement à ce qui a été déclaré par les médias parlant de la mise au point des derniers préparatifs pour une  intervention militaire en Syrie ; alors qu’il  s’agissait de défendre la Turquie craignant pour sa propre sécurité en cas d’une réplique lancée par la citadelle syrienne qui a résisté à sa violente agression par terroristes interposés.
4. L’angoisse non moins sérieuse de la Turquie devant certains dossiers qui sont sur le point d’exploser  alors qu’elle a tenté de les dissimuler par sa prétendue politique du « zéro problème »  transformée, en pratique, en politique de « zéro ami » ; le plus dangereux dans cette affaire étant l’hostilité des peuples dépassant de loin celle des   des gouvernements. Ainsi, quatre dossiers principaux menacent l’essence même de l’État turc et hantent ses dirigeants :
  • Le dossier sectaire : la Turquie a cru qu’en allumant le feu sectaire en Syrie elle s’épargnerait l’incendie. Elle a oublié que sa population était idéologiquement et religieusement aussi hétérogène et que les mêmes flammes pouvaient la brûler vu sa proximité géographique ; ce qu’elle semble avoir maintenant compris…
  • Le dossier nationaliste : la Turquie a pensé qu’elle pouvait éternellement contenir le mouvement nationaliste kurde… Autre erreur de calcul, car ce mouvement est devenu tellement douloureux qu’il l’oblige à reconsidérer sérieusement l’ensemble de sa politique à son égard.
  • Le dossier politique : la Turquie s’est imaginée qu’en s’appuyant sur l’OTAN elle pourrait négliger les positions respectives des pays de la région et leur  imposer sa propre vision conçue pour ses seuls intérêts, mais voilà qu’elle se trouve de plus en plus politiquement isolée, les pays sur l’amitié desquels elle espérait pouvoir compter dans son agression contre la Syrie s’étant éloignés par crainte de son ambition démesurée, et les pays qu’elle a traité en ennemis au point de croire qu’elle pouvait leur dicter ses ordres ou les écraser s’étant révélés capables de lui résister avec une force qui l’a déroutée… et l’a laissée dans la situation inattendue de « zéro ami » !
  •  Le dossier sécuritaire : la Turquie tente vainement de nier le recul de la sécurité sur son territoire, devenu extrêmement pénible pour ses commerçants et plus particulièrement pour ceux qui travaillent  dans le secteur du tourisme et  qui auraient perdu plus de 50% de leurs revenus réguliers au cours des six derniers mois !
Tout ce qui précède montre que la Turquie est à la traîne derrière les USA qu’elle supplie de la sortir du bourbier dans lequel elle s’est enfoncée ! Elle a non seulement   échoué dans son agression contre la Syrie et a dévoilé la fausseté de sa politique et de toutes ses déclarations, mais elle n’est même plus sûre de sauver les cartes qu’elle pense encore détenir, maintenant que les manifestations à Antioche, les revendications arméniennes, les attaques kurdes, les opposants intérieurs de tous bords à la politique du gouvernement actuel, et le refus de coopération doublé de la méfiance des pays de la région sont devenus autant de facteurs réunis pour générer des vents contraires aux projets impérialistes d’Erdogan et de son ministre des Affaires étrangère  rappelant, en la circonstance, l’anecdote de l’arroseur arrosé !
Dr Amin Hoteit
27/08/2012
Article original : Al-Thawra
الحسابات التركية الخاطئة: طابـــــــخ الســـــــــم آكــــــلــه ؟
http://www.thawraonline.sy/index.php/site-word/8693-2012-08-27-08-12-18
Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal [Biologiste] pour Mondialisation.ca
Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.