lundi 27 août 2012

Analyse de la situation en Syrie....Et le « printemps arabe » n’a mis que six mois à se transformer en « hiver islamiste ».

....il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale et pluraliste, la démocratie et la liberté allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés.....
Une fois passé le bouillonnement libertaire et l’agitation des adeptes de Facebook, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Le pouvoir est tombé dans les mains des seules forces politiques structurées qui avaient survécu aux dictatures nationalistes parce que soutenues financièrement par les pétromonarchies théocratiques dont elles partagent les valeurs et politiquement par les Occidentaux parce qu’elles constituaient un bouclier contre l’influence du bloc de l’Est : les forces religieuses fondamentalistes. Et le « printemps arabe » n’a mis que six mois à se transformer en « hiver islamiste ».

Invité de l’Association Régionale Nice Côte d’Azur de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale) le 27 juin 2012, Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, reconnu bien au delà de l’Hexagone pour son expertise du monde arabo-musulman, livre ici une vision intéressante et décapante.

Les pires conjectures formulées au premier semestre 2011 concernant les mouvements de révolte arabes deviennent aujourd’hui réalité. Je les avais largement exposées dans divers ouvrages et revues à contre courant d’une opinion occidentale généralement enthousiaste et surtout naïve. Car il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale et pluraliste, la démocratie et la liberté allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés.
Une fois passé le bouillonnement libertaire et l’agitation des adeptes de Facebook, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Le pouvoir est tombé dans les mains des seules forces politiques structurées qui avaient survécu aux dictatures nationalistes parce que soutenues financièrement par les pétromonarchies théocratiques dont elles partagent les valeurs et politiquement par les Occidentaux parce qu’elles constituaient un bouclier contre l’influence du bloc de l’Est : les forces religieuses fondamentalistes. Et le « printemps arabe » n’a mis que six mois à se transformer en « hiver islamiste ».
En Tunisie et en Égypte, les partis islamistes, Frères musulmans et extrémistes salafistes se partagent de confortables majorités dans les Parlements issus des révoltes populaires. Ils cogèrent la situation avec les commandements militaires dont ils sont bien contraints de respecter le rôle d’acteurs économiques dominants mais s’éloignent insidieusement des revendications populaires qui les ont amenés au pouvoir. Constants dans leur pratique du double langage, ils font exactement le contraire de ce qu’ils proclament. En, Égypte, après avoir affirmé sur la Place Tahrir au printemps 2011 qu’ils n’aspiraient nullement au pouvoir, ils revendiquent aujourd’hui la présidence de la République, la majorité parlementaire et l’intégralité du pouvoir politique.
En Tunisie, et après avoir officiellement renoncé à inclure la chari’a dans la constitution, ils organisent dans les provinces et les villes de moyenne importance, loin de l’attention des médias occidentaux, des comités de vigilance religieux pour faire appliquer des règlements inspirés de la chari’a. Ce mouvement gagne progressivement les villes de plus grande importance et même les capitales où se multiplient les mesures d’interdiction en tous genres, la censure des spectacles et de la presse, la mise sous le boisseau des libertés fondamentales et, bien sûr, des droits des femmes et des minorités non sunnites.
Et ces forces politiques réactionnaires n’ont rien à craindre des prochaines échéances électorales. Largement financées par l’Arabie et le Qatar pour lesquels elles constituent un gage de soumission dans le monde arabe, elles ont tous les moyens d’acheter les consciences et de se constituer la clientèle qui perpétuera leur domination face à un paysage politique démocratique morcelé, sans moyens, dont il sera facile de dénoncer l’inspiration étrangère et donc impie.
La Libye et le Yémen ont sombré dans la confusion. Après que les forces de l’OTAN, outrepassant largement le mandat qui leur avait été confié par l’ONU, ont détruit le régime du peu recommandable Colonel Kadhafi, le pays se retrouve livré aux appétits de bandes et tribus rivales bien décidées à défendre par les armes leur pré carré local et leur accès à la rente. L’éphémère « Conseil National de transition » porté aux nues par l’ineffable Bernard Henri Lévy est en train de se dissoudre sous les coups de boutoir de chefs de gangs islamistes, dont plusieurs anciens adeptes d’Al-Qaïda, soutenus et financés par le Qatar qui entend bien avoir son mot à dire dans tout règlement de la question et prendre sa part dans l’exploitation des ressources du pays en hydrocarbures.
Au Yémen, le départ sans gloire du Président Ali Abdallah Saleh rouvre la porte aux forces centrifuges qui n’ont pas cessé d’agiter ce pays dont l’unité proclamée en 1990 entre le nord et le sud n’a jamais été bien digérée, surtout par l’Arabie Séoudite qui s’inquiétait des foucades de ce turbulent voisin et n’a eu de cesse d’y alimenter la subversion fondamentaliste. Aujourd’hui, les chefs de tribus sunnites du sud et de l’est du pays, dont certains se réclament d’Al-Qaïda et tous du salafisme, entretiennent un désordre sans fin aux portes de la capitale, Sana’a, fief d’une classe politique traditionnelle zaydite – branche dissidente du chi’isme – insupportable pour la légitimité de la famille séoudienne.
Seul le régime syrien résiste à ce mouvement généralisé d’islamisation au prix d’une incompréhension généralisée et de l’opprobre internationale.
Avant de développer ce sujet, je crois devoir faire une mise au point puisque d’aucuns croient déceler dans mes propos et prises de positions des relents d’extrême droite et de complaisance pour les dictatures.
Je me rends régulièrement en Syrie depuis 1966 et y ai résidé pendant plusieurs années. Je ne prétends pas connaître intimement ce pays mais je pense quand même mieux le connaître que certains de ces journalistes qui en reviennent pleins de certitudes après un voyage de trois ou quatre jours.
Mes activités m’ont amené à devoir fréquenter à divers titres les responsables des services de sécurité civils et militaires syriens depuis la fin des années 70. J’ai pu constater qu’ils ne font ni dans la dentelle ni dans la poésie et se comportent avec une absolue sauvagerie. Ce n’est pas qu’ils ont une conception différente des droits de l’homme de la nôtre. C’est qu’ils n’ont aucune conception des droits de l’homme…
Leur histoire explique en grande partie cette absence. D’abord, ils puisent leur manière d’être dans quatre siècle d’occupation par les Turcs ottomans, grands experts du pal, de l’écorchage vif et du découpage raffiné. Ensuite, ils ont été créés sous la houlette des troupes coloniales françaises pendant le mandat de 1920 à 1943, et, dès l’indépendance du pays, conseillés techniquement par d’anciens nazis réfugiés, de 1945 jusqu’au milieu des années 50, et ensuite par des experts du KGB jusqu’en 1990. Tout ceci n’a guère contribué à développer chez eux le sens de la douceur, de la tolérance et du respect humain.
Quant au régime syrien lui-même, il ne fait aucun doute dans mon esprit que c’est un régime autoritaire, brutal et fermé. Mais le régime syrien n’est pas la dictature d’un homme seul, ni même d’une famille, comme l’étaient les régimes tunisien, égyptien, libyen ou irakien. Tout comme son père, Bashar el-Assad n’est que la partie visible d’un iceberg communautaire complexe et son éventuel départ ne changerait strictement rien à la réalité des rapports de pouvoir et de force dans le pays. Il y a derrière lui 2 millions d’Alaouites encore plus résolus que lui à se battre pour leur survie et plusieurs millions de minoritaires qui ont tout à perdre d’une mainmise islamiste sur le pouvoir, seule évolution politique que l’Occident semble encourager et promouvoir dans la région.
Quand je suis allé pour la première fois en Syrie en 1966, le pays était encore politiquement dominé par sa majorité musulmane sunnite qui en détenait tous les leviers économiques et sociaux. Et les bourgeois sunnites achetaient encore – parfois par contrat notarié – des jeunes gens et de jeunes filles de la communauté alaouite dont ils faisaient de véritables esclaves à vie, manouvriers agricoles ou du bâtiment pour les garçons, bonnes à tout faire pour les filles.
Les Alaouites sont une communauté sociale et religieuse persécutée depuis plus de mille ans. Je vous en donne ici une description rapide et schématique qui ferait sans doute hurler les experts mais le temps nous manque pour en faire un exposé exhaustif.
Issus au Xè siècle aux frontières de l’empire arabe et de l’empire byzantin d’une lointaine scission du chiisme, ils pratiquent une sorte de syncrétisme mystique compliqué entre des éléments du chiisme, des éléments de panthéisme hellénistique, de mazdéisme persan et de christianisme byzantin. Ils se désignent eux mêmes sous le nom d’Alaouites – c’est à dire de partisans d’Ali, le gendre du prophète – quand ils veulent qu’on les prenne pour des Musulmans et sous le nom de Nosaïris – du nom de Ibn Nosaïr, le mystique chiite qui a fondé leur courant – quand ils veulent se distinguer des Musulmans. Et – de fait – ils sont aussi éloignés de l’Islam que peuvent l’être les chamanistes de Sibérie.
Et cela ne leur a pas porté bonheur…. Pour toutes les religions monothéistes révélées, il n’y a pas pire crime que l’apostasie. Les Alaouites sont considérés par l’Islam sunnite comme les pires des apostats. Cela leur a valu au XIVè siècle une fatwa du jurisconsulte salafiste Ibn Taymiyya, l’ancêtre du wahhabisme actuel, prescrivant leur persécution systématique et leur génocide. Bien que Ibn Taymiyyah soit considéré comme un exégète non autorisé, sa fatwa n’a jamais été remise en cause et est toujours d’actualité, notamment chez les salafistes, les wahhabites et les Frères musulmans. Pourchassés et persécutés, les Alaouites ont dû se réfugier dans les montagnes côtières arides entre le Liban et l’actuelle Turquie tout en donnant à leurs croyances un côté hermétique et ésotérique, s’autorisant la dissimulation et le mensonge pour échapper à leur tortionnaires.
Il leur a fallu attendre le milieu du XXè siècle pour prendre leur revanche. Soumis aux occupations militaires étrangères depuis des siècles, les bourgeois musulmans sunnites de Syrie ont commis l’erreur classique des parvenus lors de l’indépendance de leur pays en 1943. Considérant que le métier des armes était peu rémunérateur et que l’institution militaire n’était qu’un médiocre instrument de promotion sociale, ils n’ont pas voulu y envoyer leurs fils. Résultat : ils ont laissé l’encadrement de l’armée de leur tout jeune pays aux pauvres, c’est à dire les minorités : Chrétiens, Ismaéliens, Druzes, Chiites et surtout Alaouites. Et quand vous donnez le contrôle des armes aux pauvres et aux persécutés, vous prenez le risque à peu près certain qu’ils s’en servent pour voler les riches et se venger d’eux. C’est bien ce qui s’est produit en Syrie à partir des années 60.
Dans les années 70, Hafez el-Assad, issu d’une des plus modestes familles de la communauté alaouite, devenu chef de l’armée de l’air puis ministre de la défense, s’est emparé du pouvoir par la force pour assurer la revanche et la protection de la minorité à laquelle sa famille appartient et des minorités alliées – Chrétiens et Druzes – qui l’ont assisté dans sa marche au pouvoir. Ils s’est ensuite employé méthodiquement à assurer à ces minorités – et en particulier à la sienne – le contrôle de tous les leviers politiques, économiques et sociaux du pays selon des moyens et méthodes autoritaires dont vous pourrez trouver la description détaillée dans un article paru il y maintenant près de vingt ans.
Face à la montée du fondamentalisme qui progresse à la faveur de tous les bouleversements actuels du monde arabe, son successeur se retrouve comme les Juifs en Israël, le dos à la mer avec le seul choix de vaincre ou mourir. Les Alaouites ont été rejoints dans leur résistance par les autres minorités religieuses de Syrie, Druzes, Chi’ites, Ismaéliens et surtout par les Chrétiens de toutes obédiences instruits du sort de leurs frères d’Irak et des Coptes d’Égypte.
Car, contrairement à la litanie que colportent les bien-pensants qui affirment que « si l’on n’intervient pas en Syrie, le pays sombrera dans la guerre civile »…. eh bien non, le pays ne sombrera pas dans la guerre civile. La guerre civile, le pays est dedans depuis 1980 quand un commando de Frères musulmans s’est introduit dans l’école des cadets de l’armée de terre d’Alep, a soigneusement fait le tri des élèves officiers sunnites et des alaouites et a massacré 80 cadets alaouites au couteau et au fusil d’assaut en application de la fatwa d’Ibn Taymiyya. Les Frères l’ont payé cher en 1982 à Hama – fief de la confrérie – que l’oncle de l’actuel président a méthodiquement rasée en y faisant entre 10 et 20.000 morts. Mais les violences intercommunautaires n’ont jamais cessé depuis, même si le régime a tout fait pour les dissimuler.
Alors, proposer aux Alaouites et aux autres minorités non arabes ou non sunnites de Syrie d’accepter des réformes qui amèneraient les islamistes salafistes au pouvoir revient très exactement à proposer aux Afro-américains de revenir au statu quo antérieur à la guerre de sécession. Ils se battront, et avec sauvagerie, contre une telle perspective.
Peu habitué à la communication, le régime syrien en a laissé le monopole à l’opposition. Mais pas à n’importe quelle opposition. Car il existe en Syrie d’authentiques démocrates libéraux ouverts sur le monde, qui s’accommodent mal de l’autoritarisme du régime et qui espéraient de Bashar el-Assad une ouverture politique. Ils n’ont obtenu de lui que des espaces de liberté économique en échange d’un renoncement à des revendications de réformes libérales parfaitement justifiées. Mais ceux-là, sont trop dispersés, sans moyens et sans soutiens. Ils n’ont pas la parole et sont considérés comme inaudibles par les médias occidentaux car, en majorité, ils ne sont pas de ceux qui réclament le lynchage médiatisé du « dictateur » comme cela a été fait en Libye.
Si vous vous vous informez sur la Syrie par les médias écrits et audiovisuels, en particulier en France, vous n’aurez pas manqué de constater que toutes les informations concernant la situation sont sourcées « Observatoire syrien des droits de l’homme » (OSDH) ou plus laconiquement « ONG », ce qui revient au même, l’ONG en question étant toujours l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
L’observatoire syrien des droits de l’homme, c’est une dénomination qui sonne bien aux oreilles occidentales dont il est devenu la source d’information privilégiée voire unique. Il n’a pourtant rien à voir avec la respectable Ligue internationale des droits de l’homme. C’est en fait une émanation de l’Association des Frères musulmans et il est dirigé par des militants islamistes dont certains ont été autrefois condamnés pour activisme violent, en particulier son fondateur et premier Président, Monsieur Ryadh el-Maleh. L’Osdh s’est installé à la fin des années 80 à Londres sous la houlette bienveillante des services anglo-saxons et fonctionne en quasi-totalité sur fonds séoudiens et maintenant qataris.
Je ne prétends nullement que les informations émanant de l’OSDH soient fausses, mais, compte tenu de la genèse et de l’orientation partisane de cet organisme, je suis tout de même surpris que les médias occidentaux et en particulier français l’utilisent comme source unique sans jamais chercher à recouper ce qui en émane.
Second favori des médias et des politiques occidentaux, le Conseil National Syrien, créé en 2011 à Istanbul sur le modèle du CNT libyen et à l’initiative non de l’État turc mais du parti islamiste AKP. Censé fédérer toutes les forces d’opposition au régime, le CNS a rapidement annoncé la couleur. Au sens propre du terme…. Le drapeau national syrien est composé de trois bandes horizontales. L’une de couleur noire qui était la couleur de la dynastie des Abbassides qui a régné sur le monde arabe du 9è au 13è siècle. L’autre de couleur blanche pour rappeler la dynastie des Omeyyades qui a régné au 7è et 8è siècle. Enfin, la troisième, de couleur rouge, censée représenter les aspirations socialisantes du régime. Dès sa création, le CNS a remplacé la bande rouge par la bande verte de l’islamisme comme vous pouvez le constater lors des manifestations anti-régime où l’on entend plutôt hurler « Allahou akbar ! » que des slogans démocratiques.
Cela dit, la place prédominante faite aux Frères musulmans au sein du CNS par l’AKP turc et le Département d’État américain a fini par exaspérer à peu près tout le monde. La Syrie n’est pas la Libye et les minorités qui représentent un bon quart de la population entendent avoir leur mot à dire, même au sein de l’opposition. Lors d’une visite d’une délégation d’opposants kurdes syriens à Washington en avril dernier, les choses se sont très mal passées. Les Kurdes sont musulmans sunnites mais pas Arabes. Et en tant que non-arabes, ils sont voués à un statut d’infériorité par les Frères. Venus se plaindre auprès du Département d’État de leur marginalisation au sein du CNS, ils se sont entendus répondre qu’ils devaient se soumettre à l’autorité des Frères ou se débrouiller tout seuls. Rentrés à Istanbul très fâchés, ils se sont joints à d’autres opposants minoritaires pour démettre le président du CNS, Bourhan Ghalioun, totalement inféodé aux Frères, et le remplacer par un Kurde, Abdelbassett Saïda qui fera ce qu’il pourra – c’est à dire pas grand chose – pour ne perdre ni l’hospitalité des islamistes turcs, ni l’appui politique des néo-conservateurs Américains, ni, surtout, l’appui financier des Séoudiens et des Qataris.
Tout cela fait désordre, bien sûr, mais est surtout révélateur de l’orientation que les États islamistes appuyés par les néo-conservateurs américains entendent donner aux mouvements de contestation dans le monde arabe.
Ce ne sont évidemment pas ces constatations qui vont rassurer les minorités de Syrie et les inciter à la conciliation ou à la retenue. Les minorités de Syrie – en particulier, les Alaouites qui sont en possession des appareils de contrainte de l’État – sont des minorités inquiètes pour leur survie qu’elles défendront par la violence. Faire sortir le président syrien du jeu peut à la rigueur avoir une portée symbolique mais ne changera rien au problème. Ce n’est pas lui qui est visé, ce n’est pas lui qui est en cause, c’est l’ensemble de sa communauté qui se montrera encore plus violente et agressive si elle perd ses repères et ses chefs. Plus le temps passe, plus la communauté internationale entendra exercer des pressions sur les minorités menacées, plus les choses empireront sur le modèle de la guerre civile libanaise qui a ensanglanté ce pays de 1975 à 1990.
Il aurait peut être été possible à la communauté internationale de changer la donne il y a un an en exigeant du pouvoir syrien des réformes libérales en échange d’une protection internationale assurée aux minorités menacées. Et puisque l’Arabie et la Qatar – deux monarchies théocratiques se réclamant du wahhabisme – sont théoriquement nos amies et nos alliées, nous aurions pu leur demander de déclarer la fatwa d’Ibn Taymiyyah obsolète, nulle et non avenue afin de calmer le jeu. Il n’en a rien été. À ces minorités syriennes menacées, l’Occident, France en tête, n’a opposé que la condamnation sans appel et l’anathème parfois hystérique tout en provoquant partout – politiquement et parfois militairement – l’accession des intégristes islamistes au pouvoir et la suprématie des États théocratiques soutenant le salafisme politique.
Débarrassés des ténors sans doute peu vertueux du nationalisme arabe, de Saddam Hussein, de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi, à l’abri des critiques de l’Irak, de l’Algérie et de la Syrie englués dans leurs conflits internes, les théocraties pétrolières n’ont eu aucun mal à prendre avec leurs pétrodollars le contrôle de la Ligue Arabe et d’en faire un instrument de pression sur la communauté internationale et l’ONU en faveur des mouvements politiques fondamentalistes qui confortent leur légitimité et les mettent à l’abri de toute forme de contestation démocratique.
Que les monarchies réactionnaires défendent leurs intérêts et que les forces politiques fondamentalistes cherchent à s’emparer d’un pouvoir qu’elles guignent depuis près d’un siècle n’a rien de particulièrement surprenant. Plus étrange apparaît en revanche l’empressement des Occidentaux à favoriser partout les entreprises intégristes encore moins démocratiques que les dictatures auxquelles elles se substituent et à vouer aux gémonies ceux qui leur résistent.
Prompt à condamner l’islamisme chez lui, l’Occident se retrouve à en encourager les manœuvres dans le monde arabe et musulman. La France, qui n’a pas hésité à engager toute sa force militaire pour éliminer Kadhafi au profit des djihadistes et à appeler la communauté internationale à en faire autant avec Bashar el-Assad, assiste, l’arme au pied, au dépeçage du Mali par des hordes criminelles qui se disent islamistes parce que leurs rivaux politiques ne le sont pas.
De même les médias et les politiques occidentaux ont assisté sans broncher à la répression sanglante par les chars séoudiens et émiratis des contestataires du Bahraïn, pays à majorité chiite gouverné par un autocrate réactionnaire sunnite. De même les massacres répétés de Chrétiens nigérians par les milices du Boko Haram ne suscitent guère l’intérêt des médias et encore moins la condamnation par nos politiques. Quant à l’enlèvement et la séquestration durable de quatre membres de la Cour Pénale Internationale par des « révolutionnaires » libyens, elle est traitée en mode mineur et passe à peu près inaperçue dans nos médias dont on imagine l’indignation explosive si cet enlèvement avait été le fait des autorités syriennes, algériennes ou de tel autre pays non encore « rentré dans le rang » des « démocratures », ces dictatures islamistes sorties des urnes.
À défaut de logique, la morale et la raison nous invitent tout de même à nous interroger sur cette curieuse schizophrénie de nos politiques et nos médias. L’avenir dira si notre fascination infantile pour le néo-populisme véhiculé par Internet et si les investissements massifs du Qatar et de l’Arabie dans nos économies en crise valaient notre complaisance face à la montée d’une barbarie dont nous aurions tort de croire que nous sommes à l’abri.
Alain CHOUET
Source : Les-Crises.fr (Blog d’Olivier Berruyer sur les crises actuelles)
URL de cet article 17546 http://www.legrandsoir.info/analyse-de-la-situation-en-syrie.html

SYRIE : L’Armée Syrienne “Libre” transforme ses prisonniers en kamikazes - VIDEO


Cette vidéo, réalisée par une équipe du New York Times, nous apprend que des groupes appartenant à la prétendue Armée Syrienne « Libre » se servent de prisonniers pour leur faire commettre des attentats suicides à leur insu.
 
Le commentaire dit que les combattants d’un groupe de l’ASL [Brigade "Les Lions du Tawhid"] que l’on voit installés dans une villa appartenant à un officier de police, près d’Alep, ordonnent à un de leurs prisonniers, Abou Hilal, de se rendre dans une camionnette jusqu’au check-point tenu par l’armée régulière ; et que là il sera libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers. Abou Hilal ne sait pas que la camionnette qu’il va devoir conduire est chargée de 300 kilos d’explosifs, reliée à un détonateur télécommandé, et que, le moment venu, elle va exploser.
C. J. CHIVERS a filmé le prisonnier et rapporté cette sinistre histoire dans le New York Times.
http://www.nytimes.com/2012/08/21/world/middleeast/syrian-rebels-coalesce-into-a-fighting-force.html
Dans cet article C. J. CHIVERS raconte dit que quand les milices de l’ASL sont arrivées à proximité du check-point leur commandant, Abdul Hakim Yasin, a crié à Abou Hilal : « Vas-y, roule dans cette direction, ton père t’attend là bas ». Abou Hilal a roulé et s’est arrêté au check-point. A ce moment précis Abdul Hakim Yasin a appuyé une fois, deux fois, sur le bouton du détonateur télécommandé mais la déflagration n’a pas eu lieu.
Par chance pour Abou Hilal, kamikaze malgré lui, la camionnette n’a pas explosé et les milices de l’ASL qui attendaient l’explosion avant de partir à l’attaque du check-point et escomptaient tomber par surprise sur les soldats de l’armée régulière, n’ont pas pu exécuter leur funeste action.
Silvia Cattori

SABRA et CHATILA (VIDEO) : Il y a 30 ans,de la nuit du 16 au matin du 18 septembre 1982,un Massacre a Huit Clos...

Le 16 et le 17 septembre 1982, un génocide a eu lieu dans deux camps de réfugiés palestiniens, Sabra et Chatila, situés au sud du Liban. Plus de 3000 victimes ont été massacrées par les phalangistes libanais, sous le regard bien veillant de l'armée israélienne, sensée protéger le secteur après avoir envahi le Liban quelques jours auparavant.
Un nettoyage ethnique sans se salir les mains, c'était pas mal comme idée pour Ariel Sharon, alors Ministre de la Défense. C'est ainsi que les soldats israéliens ont laissé passer les phalangistes, fermé le camps, et assisté à ce massacre morbide. Même le statut de réfugié était de trop pour ces pauvres palestiniens... alors que deux guerres ont eu lieu à la suite du 11/09, aucune enquête officielle n'a été établie sur le génocide de Sabra et Chatila, pourtant ce n'est pas l'horreur du massacre qui manque. Quand il s'agit de palestiniens, on peut certes s'indigner, mais on s'indigne dans son coin, demain fera jour et on pensera à autre chose. La vie d'un américain qui travaillait au World Trade Center vaut peut être plus que celle d'un jeune palestinien qui naît dans un camps de réfugié?

dimanche 26 août 2012

Syrie : La guerre secrète.... Cette guerre secrète menée contre la Syrie, en plus de contrevenir aux lois internationales, est responsable de la prolongation du conflit et du bain de sang qui en résulte.

Dans l’indifférence générale, le 23 novembre 2011, Le Canard enchaîné révélait que des agents de la DGSE interféraient dans les évènements de Syrie afin de déstabiliser le régime de Bachar Al Assad.
Un mois plus tard, le député François Loncle interrogeait le gouvernement sur le rôle exact joué par le service action de la DGSE et le Commandement des opérations spéciales (COS) dépêchés en Turquie et au Liban. Mutisme du gouvernement et de la presse. [1]
Il faut donc attendre le 6 août dernier pour qu’un grand quotidien national confirme que le service action de la DGSE menait des opérations de formation et de soutien aux groupes terroristes au plan des transmissions et de l’artillerie (mortiers, missiles antichars et canons de 105 mm). [2]
Bien sûr, la DGSE n’est pas la seule à organiser la subversion contre la Syrie.
La CIA opère également dans le sud de la Turquie où elle est impliquée dans l’acheminement d’armes aux terroristes opérant en Syrie, armes financées par la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar. [3]

Quant au BND - le service secret allemand - on vient d’apprendre qu’il usait d’une frégate-espion actuellement positionnée dans l’Est de la Méditerranée. [4]
Le matériel électromagnétique très perfectionné dont est doté le navire lui permet de détecter tous les mouvements des troupes sur le sol syrien. Les données ainsi recueillies sont transmises aux services américains et britanniques qui, eux-mêmes, les ventilent aux terroristes.
Les services britanniques procèdent à la même collecte et à la même diffusion de renseignements mais à partir d’une station implantée à Chypre.

Cette guerre secrète menée contre la Syrie, en plus de contrevenir aux lois internationales, est responsable de la prolongation du conflit et du bain de sang qui en résulte.


           Frégate allemande d'espionnage

1] François Loncle est député de l'Eure (PS) et membre de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
[2] Le Parisien, 6/08/2012, Richard Labévière, http://www.leparisien.fr/crise-egypte/l-option-diplomatiq...
[3] Le Figaro, 21/06/2012, La CIA aiderait l'opposition syrienne depuis la Turquie, http://www.lefigaro.fr/international/2012/06/21/01003-201...
[4] Le Figaro, 22/08/2012, La navire espion Oker fait des vagues en Allemagne, http://www.lefigaro.fr/international/2012/08/22/01003-201...

JPD


Les États-Unis légalisent le financement du terrorisme en Syrie


En bleu, Paul Conroy de la presse britannique. À sa gauche, une mitraillette au cou, Mahdi al-Harati du GICL,
 Aujourd’hui à la tête des brigades de l’ASL en Syrie. À sa gauche en veste de camouflage, Abdul Hakim. (Ibid.)

 
Selon le Daily Telegraph, le département du Trésor des États-Unis autorise ses citoyens à financer la rébellion syrienne via l’« organisme à but non lucratif » Syrian Support Group, une entité obscure, entièrement anonyme implantée à Washington et liée à la rébellion armée tout aussi nébuleuse active en Syrie.

Bien qu’elle ne permette pas au groupe d’acheter des armes directement, la licence du Trésor qu’a pu voir le Daily Telegraph permet au SSG d’approvisionner les rebelles sur les plans « financier, communicationnel, logistique et de leur fournir d’autres services par ailleurs interdits » par les sanctions étasuniennes contre la Syrie. (Raf Sanchez et Rosa Prince Syria: Syria: US clears way for Americans to start donating money to rebels, Telegraph, 5 août 2012.)
Si l’on précise que le groupe n’est pas autorisé à acheter lui-même les armes, cela signifie clairement qu’il ne contrevient pas aux sanctions en remettant les fonds à une tierce partie qui elle fera l’achat d’armement et de toute évidence, c’est là l’un des buts premiers de l’opération.
Outre la campagne de financement pour la rébellion armée en Syrie, RT rapporte que le SSG promet une intervention militaire en Syrie, menée par les États-Unis « par la mise en place d’une zone d’interdiction de vol et la destruction des systèmes de défense antiaérienne » syriens.
Rappelons qu’Al-Qaïda est intégré à ces groupes ayant commis, entre autres, le massacre de Houla, et que bon nombre d’entre eux sont des étrangers, certains d’origine britannique, comme l’a confirmé lors de sa libération le photojournaliste hollandais Jeroen Oerlemans, enlevé par des djihadistes le mois dernier en Syrie. Selon lui, il n’y avait « aucun Syrien » parmi ses ravisseurs, rapporte l’Express qui le cite : « Il n'y avait aucun Syrien présent, c'était tous des jeunes venus d'autres pays, d'Afrique, de Tchétchénie... »
Dans un article de RT, la citation est plus complète et le nom des pays diffère : « Tous disent venir de pays comme le Pakistan, le Bangladesh et la Tchétchénie et ils disent qu’un "émir" quelconque est à la tête du groupe. » Mais l’information la plus pertinente de cet article, omise par L’Express, est que plusieurs d’entre eux avaient des accents britanniques de Londres et Birmingham.
Par ailleurs, celui qui a contribué à la chute de Kadhafi, Abdul Hakim Belhaj, commandant du Groupe islamique armé combattant en Libye (Lybian Islamic Fighting Group, GICL) « avait promis à l’Armée syrienne libre en novembre 2011, des armes, de l’argent et des combattants ». Peu après, « environ 600 terroristes du GICL ont quitté la Libye pour entrer en Syrie y mener des opérations militantes ». (Tony Cartalucci, UN Designates "Free Syrian Army" Affiliates as Al Qaeda , Land Destroyer Report, 12 août 2012.)
Le Telegraph occulte ces liens étroits entre l’ASL et des groupes terroristes en la désignant comme une armée laïque :
En permettant à des dollars étasuniens d’être acheminés à la FSA laïque, il se peut également que les États-Unis tentent de contrebalancer les éléments islamistes au sein de l’opposition. (Telegraph, op. cit.)
D’une part, cette licence du Trésor légalise donc, dans un non-sens ubuesque, le financement de groupes terroristes djihadistes, incluant Al-Qaïda et le GICL, figurant tous deux sur la liste des groupes terroristes visés par des sanctions de ce même Trésor. D’autre part, les médias dominants ont récemment confirmé ce que les médias indépendants affirment depuis l’an dernier : la CIA appuie clandestinement la rébellion syrienne, entre autres en lui fournissant des armes.
Ajoutons que l’ONU, qui, à coup d’émissaires, demande aux rebelles et au gouvernement de cesser les violences, considère également ces deux groupes comme des entités terroristes dans une déclaration du Comité du Conseil de sécurité faisant suite aux résolutions 1267 (1999) et 1989 (2011) concernant Al-Qaida et les personnes et entités qui lui sont associées ou « Comité des sanctions contre Al-Qaida ».
À quand des sanctions de l’ONU contre les États-Unis et la Grande Bretagne pour leur contribution matérielle, humaine et financière au terrorisme international? Les États-Unis financent le terrorisme alors qu’ils prétendent le combattre. Et cela ne date pas d’hier, car, au risque de le répéter, créateurs de nombreux groupes terroristes,
Julie Lévesque, journaliste
mondialisation.ca 

samedi 25 août 2012

Syrie : faut-il mourir pour les islamistes ?...les Américains et les Français se sont mis eux-mêmes devant le risque de n’avoir bientôt plus à choisir qu’entre une reculade humiliante et un conflit frontal avec la Russie dont les conséquences seraient incalculables.

..La France aurait-elle là un intérêt particulier ? Elle avait certes reçu un mandat de la SDN en Syrie de 1919 à 1945. Or la mission multiséculaire qui justifiait sa présence dans la région, était la protection des minorités chrétiennes. Reniant cette mission historique, elle s’évertue aujourd’hui à détruire le seul régime arabe qui les protège encore et beaucoup fuient déjà les atrocités des rebelles à leur encontre. Un changement de régime à Damas signifierait l’accession au pouvoir des islamistes, et donc, comme en Irak, l’exode des deux millions de chrétiens et d’autres minorités....
Après des semaines d’emballement manichéen, plusieurs organes de presse expriment des doutes sur l’intérêt de l’engagement de la France au côté des rebelles syriens. Il était temps.
Dans cette affaire, Laurent Fabius poursuit strictement la politique d’Alain Juppé, caractérisée par un parfait alignement sur les Etats-Unis et la volonté de jouer un rôle en pointe, tant à l’ONU que sur le terrain, pour renverser le régime du président Assad. Comme s’il fallait à tout prix que la France soit, en avant de la meute, le plus rapide des chiens courants. Tout cela pourquoi ?
Les droits de l’homme ne sont, bien sûr, qu’un alibi. La dictature de la famille Assad existe depuis 40 ans sans qu’on s’en soit jamais ému ; elle s’était plutôt libéralisée ces derniers temps. Des dictatures, au demeurant, il y en a beaucoup dans le monde et des pires, à commencer par l’Arabie saoudite et le Qatar, nos alliés dans le conflit syrien. Des atrocités, il y en aurait eu bien moins si la prétendue rébellion n’avait été renforcée par des éléments étrangers, notamment d’Al Qaida, dotés d’armes sophistiquées par l’OTAN et les pays arabes. Les méthodes des rebelles, pénétrer dans les quartiers centraux pour y prendre en otage la population, y contribuent particulièrement. Les massacres ne sont évidemment pas tous à mettre sur le seul compte du régime.
La France aurait-elle là un intérêt particulier ? Elle avait certes reçu un mandat de la SDN en Syrie de 1919 à 1945. Or la mission multiséculaire qui justifiait sa présence dans la région, était la protection des minorités chrétiennes. Reniant cette mission historique, elle s’évertue aujourd’hui à détruire le seul régime arabe qui les protège encore et beaucoup fuient déjà les atrocités des rebelles à leur encontre. Un changement de régime à Damas signifierait l’accession au pouvoir des islamistes, et donc, comme en Irak, l’exode des deux millions de chrétiens et d’autres minorités.
Allons plus loin : quels sont les intérêts d’Israël et des Etats-Unis ? Il en existe, certes, mais aucun de décisif au point de justifier les risques ultimes. Détruire un allié de l’Iran ? Le contentieux avec l’Iran est essentiellement nucléaire, un sujet sur lequel l’alliance syrienne n’a guère d’impact. Isoler le Hezbollah ? Mais faut-il mettre tout un pays à feu et à sang pour cela ? L’intérêt d’Israël est-il de voir la Syrie entre les mains des islamistes ? Est-il de laisser s’approcher des Lieux saints les Turcs qui les ont contrôlés pendant 700 ans et ne l’ont pas oublié ?
Quelque bon motif que l’on puisse trouver à l’intervention indirecte, et peut-être demain directe, des Etats-Unis et de la France dans cette affaire, aucun ne paraît à la hauteur du risque encouru.
Ce risque est très clairement celui d’un conflit majeur avec la Russie.
Ne pas se méprendre sur l’attitude de Moscou
Avec quelle naïveté, les capitales occidentales espèrent « contourner le véto » russe à une action du Conseil de sécurité (dont la France vient de prendre la présidence) en Syrie ! Il est vrai que Moscou avait envoyé, en début de conflit, des signaux ambigus, laissant entendre par exemple que Bachir-el-Assad n’était pas irremplaçable. Mais ce qu’on a pris pour de la modération était-il autre chose que de la politesse diplomatique ? Pour dissiper toute équivoque, la Russie adresse depuis quelques semaines des signaux clairs qui montrent qu’avec l’appui de la Chine – et aussi des autres BRICs -, elle ne lâchera pas le régime Assad : envois d’armes et de conseillers militaires, gesticulations maritimes, dernières déclarations de Poutine lui-même.
La Russie, géographiquement proche du Proche-Orient et qui a, elle, le souci de défendre les chrétiens orthodoxes, s’accroche très fort à sa dernière position dans la région. Comment s’en étonner ? Le port de Tartous, sa seule base en Méditerranée, a pour elle un caractère vital. C’est avec beaucoup de légèreté que Washington, Paris et Londres espèrent la faire céder.
On ne mesure pas par ailleurs à quel point l’affaire libyenne a été vécue comme une humiliation et une tromperie par les Russes et les Chinois. Ils considèrent que les Occidentaux ont largement outrepassé le mandat que l’ONU, avec leur accord, avait donné et qu’on ne les y reprendra pas.
L’acharnement mis par Washington à vouloir à tout prix renverser le régime Asssad ne semble plus relever d’une rationalité ordinaire mais de l’hybris d’une grande puissance irascible qui ne supporte pas qu’on lui résiste. Celui de la France à lui emboîter le pas est, lui, parfaitement incompréhensible.
Au temps de la guerre froide, on savait que la divergence des points de vue entre les deux blocs ne devait pas laisser place aux malentendus. Si la paix a pu être alors préservée, c’est que personne n’était dupe de sa propre propagande. Acceptant leurs différences, les uns les autres pouvaient pratiquer le crisis control. Le manichéisme hystérique, illustré par les récentes déclarations de Juppé, traitant l’attitude des Russes de « criminelle », le permet-il encore ?
« Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre ». Est-ce ce qui arrive aujourd’hui à l’Occident ?
En poursuivant avec tant d’insistance leur offensive en Syrie par mercenaires interposés, par des sanctions et par une campagne médiatique sans précédent en temps de paix, les Américains et les Français se sont mis eux-mêmes devant le risque de n’avoir bientôt plus à choisir qu’entre une reculade humiliante et un conflit frontal avec la Russie dont les conséquences seraient incalculables.
Roland Hureaux
Source : Palestine Solidarité

Mali : Intervention militaire dans le nord du Mali: Paris souffle sur le «brasier» sahélien

.....pour Bernard Lugan, «spécialiste» de l’Afrique, «le Sahel est devenu une terre où prendre ses matières premières (uranium, fer, pétrole, etc.), y attirant outre les acteurs traditionnels, en l’occurrence la France et les Etats-Unis, de nouveaux acteurs comme la Chine». Il relève à ce propos que l’anarchie qui règne au Sahel est voulue, quand elle n’est pas provoquée....

Le ministre français de la Défense n’exclut pas le soutien militaire et logistique de son pays à la Cédéao, qui se prépare à envoyer une force militaire forte de 3300 soldats.

Intervenir militairement au nord du Mali, pour soi-disant rétablir l’ordre et éradiquer les groupes terroristes, constitue un objectif fondamental pour Paris qui compte des intérêts hautement stratégiques dans la sous-région. C’est du moins ce qui ressort de l’intervention du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, jeudi dernier sur France 24. C’est dire que même si la défaite électorale de Sarkozy a brouillé les plans d’une intervention militaire au nord du Mali, il n’en reste pas moins que la France n’exclut pas son soutien à la Cédéao pour un tel objectif. Une Cédéao qui se prépare à envoyer une force militaire forte de 3300 soldats. Celle-ci bénéficie en fait d’un accord tacite international pour tenir un rôle de «gendarme» à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest. Et comme par hasard, les membres de cette organisation ouest-africaine, constituent le pré carré de la «Françafrique»! Cette organisation sous-régionale qui compte surtout sur l’appui de la France, qui s’est montrée manifestement disposée et disponible à fournir matériel et logistique, semble attendre juste un feu vert de la part du Conseil de sécurité. Pour les Français, le problème ne se limite pas au Mali. C’est tout le Sahel qui se «talibanise». Ainsi, selon le ministre français de la Défense, l’arc saharo-sahélien a tous les ingrédients pour que les crises actuelles observées au Mali prennent de l’ampleur. C’est toute la rive Nord du fleuve Niger qui échappe, a noté Jean-Yves Le Drian, au contrôle des États de la région. «Les zones désertiques nigériennes sont menacées et, avec elles, les intérêts français dans l’uranium», a-t-il encore laisser comprendre. En Afrique de l’Ouest, l’organisation Aqmi est même doublée sur sa gauche par plus radical: le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Cet apport à Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi), menace directement les intérêts français par les prises d’otages, les attentats, mais surtout par la remise en cause de leurs intérêts miniers dans la région du Sahel. Ainsi, pour Bernard Lugan, «spécialiste» de l’Afrique, «le Sahel est devenu une terre où prendre ses matières premières (uranium, fer, pétrole, etc.), y attirant outre les acteurs traditionnels, en l’occurrence la France et les Etats-Unis, de nouveaux acteurs comme la Chine». Il relève à ce propos que l’anarchie qui règne au Sahel est voulue, quand elle n’est pas provoquée. Cela explique, dit-il, par ailleurs, la position des Américains qui surveillent la région du Sahel comme du lait sur le feu. Cette situation signifie vraisemblablement, pour cet «expert», que tous les ingrédients sont réunis pour justifier une intervention au nord du Mali, notamment après l’effondrement de l’armée malienne et l’implantation d’Aqmi qui a renforcé et étendu sa zone d’action dans le nord du Mali, région, auparavant, bastion du mouvement séparatiste (Mnla). Contrairement aux opinions généralement formulées, notamment par les Occidentaux, le chef de la diplomatie de la Rasd, Mohamed Salem Ould Salek, contacté par nos soins, soutient que les groupes terroristes sont en relation directe avec les puissances étrangères qui souhaitent déstabiliser la sous-région du Sahel. Cela pour dire, explique-t-il, que les prises d’otages et les autres actions et attentats perpétrés au Sahel ne représentent, en réalité, que de fallacieux prétextes pour ceux qui cultivent des velléités interventionnistes dans la région. Plus grave, le diplomate a précisé que les autorités sahraouies disposent de preuves confirmant que certains groupes terroristes, activant dans la sous-région, travaillent sur injonction et directives de certains gouvernements, singulièrement le Maroc et ses alliés. Pour le chef de la diplomatie sahraouie, l’exemple du groupe terroriste du Mujao, apparu subitement et présenté comme une dissidence Aqmi, ayant ses bases dans le nord du Mali, est en fait une invention des services marocains, soutenu par des gouvernements étrangers souhaitant, par voie de conséquence, plonger le Sahel dans l’instabilité et l’insécurité pour permettre une intervention étrangère dans la région. A la position française s’ajoute celle du Maroc qui soutient une intervention militaire au nord du Mali qui n’a pas, notons-le, de frontières avec le Mali ou même avec la région du Sahel. Des experts des questions sécuritaires relèvent que la position marocaine s’explique notamment par le fait que le Royaume chérifien a investi beaucoup au Mali. Ainsi, ses investissements se sont multipliés ces dernières années en direction du Mali, générant des emplois pour des cadres dans deux grands secteurs. Celui de la téléphonie, puisque Maroc Telecom est devenue l’actionnaire majoritaire de la Sotelma, l’opérateur historique malien, qui a été privatisé. Le secteur bancaire est aussi générateur d’emplois. Attijari Wafa Bank est en effet, majoritaire dans la Banque Internationale pour le Commerce ((acquisition de 51% des actions de la Banque internationale du Mali pour près de 60 millions d’euros) et l’Industrie au Mali (Bicim), tandis que la Bmce Bank contrôle 55,8% de la Bank of Africa, via sa filiale BOA Mali. Une instabilité au Mali implique donc de grandes pertes financières, alors que le Maroc est en pleine crise socio-économique. Cela explique que les appels de l’opinion internationale à l’adresse de l’Algérie se multiplient pour qu’elle sorte de sa neutralité dans la crise malienne et y intervenir militairement. «Dans le nord du Mali, il faut que les Algériens sortent de leur attitude de retrait et d’expectative, il faut qu’ils se réveillent!» a déclaré Mohamed Bazoum, le ministre nigérien des Affaires étrangères, le 4 juin sur les antennes de RFI, à propos de la position algérienne sur la crise au nord du Mali et les solutions pour la résoudre. Signalons en plus, les déclarations des présidents guinéen, Alpha Condé, et son homologue nigérien, Mahamoudou Issoufou, qui, à demi-mot, s’adressaient à Alger. «Il faut intervenir militairement au Mali pour chasser les islamistes et étouffer les voix séparatistes» avaient-ils dit. Relevons par ailleurs que dans son dernier rapport sur Aqmi, le conseiller principal du président Barack Obama, en matière de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, John Brennan, a noté que cette organisation criminelle s’est redéployée en nouant des liens avec les Shebab somaliens et Boko Haram nigérian, lequel semble bien structuré. Plusieurs de ses groupuscules ont tenté de franchir les frontières algériennes. Néanmoins, ces tentatives sont demeurées vaines, étant confrontées à un dispositif sécuritaire pratiquement hermétique dressé par les éléments des services de sécurité algériens, tous corps confondus.
Par Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE
Soure : lexpressiondz.com