jeudi 2 août 2012

SYRIE : Peut-on exiger une vraie information sans être partisan de la Syrie de Bachar Al-Assad ? Le traitement médiatique de la guerre en Syrie .

Il suffit aujourd’hui simplement de s’interroger sur un sujet ou les médias -dans leur majorité- ont un parti pris pour tomber dans le viseur des cerveaux bien-pensants. Le cas de la guerre actuelle en Syrie en est un exemple parmi tant d’autres.
Toute personne, journaliste, écrivain, homme/femme politique, ou simple citoyen qui ose s’interroger sur le bien-fondé de ladite rébellion syrienne ne peut être qu’un complotiste nourri aux sites antisémites et aux thèses nauséabondes.
"Comment pouvez-vous soutenir le tyran Bachar Al-Assad ?! Vous savez ce qu’il se passe là-bas ?!
Vous n’y êtes pas allé ! Vous avez vu les images ?! C’est un bain de sang ! Ils ont bien raison de se révolter !!
Le sujet est souvent pris sous l’angle émotionnel, sur le Net et en particulier les réseaux sociaux, on diffuse en masse des photos de cadavres, de personnes mutilées, d’enfants carbonisés.
On le sait bien, cette méthode dispense souvent d’avoir à expliquer les évènements en profondeur et dans leur complexité.
Car c’est bien de cela dont il s’agit, d’une situation bien plus complexe que ne le laissent penser les diffuseurs d’images morbides et les journalistes de grands médias parlant de bombardement massifs, de morts civils et de répression.
Comment le spectateur du JT peut t-il se faire une opinion du conflit et en comprendre les éléments constitutifs dans ce cas.
Cela relève de l’impossible.
La ligne suivie par les grands médias est en revanche elle, dénuée de complexité : il s’agit d’une guerre civile opposant un dictateur et son armée meurtrière à un peuple révolté menée par d’héroïques combattants. Florence Aubenas dans un article du Monde datant du 30 juillet parle même d’un "rebelle" de l’armée syrienne libre comme d’un "un grand type aux yeux verts, beau comme un soldat de cinéma."
Il est très facile de manipuler l’opinion ainsi, d’autant que concrètement, la Syrie de Bachar Al-Assad n’est pas un paradis de démocratie, et qu’il existe au sein du régime et de ses affiliés une corruption importante.
Ensuite il s’agit de mettre toutes les "révolutions arabes" dans le même panier.
Tunisie, Egypte, Yémen, Libye, Syrie, tout ça c’est la même chose : il s’agit de régimes dictatoriaux contre lesquels les peuples de ces pays se sont révoltés.

Dans nos médias de masse, peu importent les particularités de chaque pays et de chaque conflit, ce sont tous des pays "arabes", donc tous dictatoriaux, les gens y crèvent tous la dalle et ne peuvent pas s’exprimer, donc la révolte est légitime. La révolution est légitime.
Il est intéressant de voir comme les journalistes apprécient les révolutions loin de leur pays, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de révoltes contre des régimes diabolisés, mais rejette ce mot aussitôt qu’il s’agit de contester l’ordre libéral, dès lors la "révolution" est implacablement associée au chaos, à la gauche radicale, au communisme, au goulag..
Les médias de masse mettent davantage l’accent sur les ripostes de l’armée syrienne que sur les attaques des "rebelles".
Car quel que soit la position que l’on prend, tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’ASL entreprend des attaques et commet des attentats sur le sol syrien. Ainsi les journalistes ne peuvent faire autrement que de reconnaître que l’armée syrienne mène des contre-offensives. Elle mène des contre-attaques comme le ferait n’importe quelle armée nationale face à une guérilla armée.
Après, il est possible évidemment de débattre de l’ampleur de ces contre-attaques.
Il y a une autre chose frappante dans la couverture médiatique sur le conflit syrien : la plupart des chiffres sur les "massacres" commis par l’armée syrienne sont donnés par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Il est étonnant de voir que des médias censés être neutres, utilisent des chiffres d’une ONG clairement engagée en faveur des insurgés syriens.
Mais une question vitale devrait se poser : qui est l’armée syrienne libre ? et qui sont les membres du conseil national syrien ?
Qui sont ceux qui combattent et que l’ont présente si souvent comme des combattants de la liberté massacrés par le régime syrien.
Il ne s’agit pas ici de prendre position contre Bachar Al-Assad ou contre le CNS, mais de se poser les questions essentielles à la compréhension du conflit. Et pour cela il faut connaitre les belligérants.
En quoi montrer une image romanesque des combattants anti-régime va t-il aider à cela ?
Si l’ASL fut formée par des militaires syriens déserteurs, elle ne se limite pas à cela.
En premier lieu, soulevons un point essentiel : la place des combattants étrangers au sein de l’opposition syrienne.
Parmi eux : nous trouvons Mahdi Al-Harati, l’un des leaders de la rébellion libyenne qui a renversé et tué le colonel Kadhafi.
AL-Harati fut le numéro deux du gouvernement militaire de Tripoli derrière l’ancien djihadiste Abdelhakim Belhadj.
Il dirige aujourd’hui le groupe islamiste extrémiste Liwa al-Umma qui combat aux côtés de l’ASL et qui est très présent dans l’actuelle bataille d’Alep (la deuxième ville du pays).
Il y a quelques jours, le journaliste hollandais à peine libéré Jeroen Oerlemans affirmait qu’il n’avait vu aucun syrien dans le camp djihadiste où il se trouvait.
L’ASL et ses alliés ont pu compter sur l’arrivée d’un certain nombre de combattants salafistes venues de Lybie mais aussi de tout le monde Arabe et d’Europe.
Elle a une base en Turquie, et reçoit le soutien de ce pays ainsi que du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Etats-Unis et de la plupart des pays européens.
Mais l’opposition syrienne si elle est unie dans le combat, ne forme pas une force homogène.
Il existe en son sein des islamistes radicaux, des libéraux, etc.
Les grands médias sont en train de nous vendre chacun à leur façon (directe ou indirecte) une Syrie post-Assad, démocratique, débarrassée de la violence et du totalitarisme. Nul besoin d’être un spécialiste de politique internationale pour comprendre qu’il s’agit d’une énorme tarte à la crème déjà servie.
Quand nous nous rappelons de ce qu’ils disaient sur la Libye post-Kadhafi, et quand nous constatons ce qu’est devenu ce pays depuis sa chute, nous pouvons légitimement nous interroger sur la nature de l’information qui nous est diffusée sur le conflit syrien.
Il y a peu l’ex ministre des affaires étrangères français Bernard-Henri Levy affirmait sur le plateau d’Eric Naulleau et Eric Zemmour que l’objectif en Libye n’était pas d’établir la démocratie et la laïcité mais d’en finir avec l’ère Kadhafi.
Ce même BHL affirmait à la une de Libération : "Quoi qu’il arrive la Libye nouvelle sera meilleure".
En cas de renversement de Bachar Al-Assad, ce sont ces mêmes journalistes qui se choqueront des massacres de Chrétiens syriens (12% de la population) et de la minorité alaouite par certains rebelles. Comme ils ont été pris pour cible en Irak après la victoire américaine. Dans le village de Hama le Père Basilios Nassar fut assassiné pour avoir tenté d’aider un homme agressé en pleine rue. A Homs plus de 200 Chrétiens furent tués par des rebelles.
Mais le plus écœurant dans tout cela c’est certainement le deux poids deux mesures opéré par les grands médias, car ceux-ci ont étrangement été peu bavards lors de la répression des manifestants dans le Royaume de Bahreïn par les troupes saoudiennes avec la bénédiction des Etats-Unis, grands alliés des deux monarchies.
La bataille pour l’information n’existe donc pas que dans les dictatures visibles au JT. Elle n’est pas près de s’arrêter, et les forces en présence dans chaque camp restent très inégales. C’est peut être sur ce terrain que les journalistes devraient commencer à être parties prenantes.
Frédéric André
URL de cet article 17347 http://www.legrandsoir.info/le-traitement-mediatique-de-la-guerre-en-syrie.html

SYRIE : Les réfugiés palestiniens en Syrie sont en danger !

« Les flammes s’approchent rapidement de Yarmouk car on essaie d’entraîner les Palestiniens dans le feu », écrit le reporter Rashad Abu Shawar.

Yarmouk est le camp de réfugiés palestiniens le plus grand de la Syrie. Ses habitants forment presque un quart de toute la population réfugiée qui s’élève à presque 500.000 personnes. Malgré la mémoire qui dure et l’insistance à demander son droit au retour en Palestine, la communauté palestinienne de Syrie est, dans l’ensemble, pareille à toute autre communauté ordinaire.
Bien entendu, « ordinaire » n’est pas toujours un terme qui va avec les malheureux réfugiés palestiniens se trouvant dans les pays arabes. Ghassan Kanafani, romancier palestinien de renom, a écrit un jour : « Oh Palestiniens, ne misez pas sur une mort naturelle ». Il exprimait avec fierté la façon dont son peuple envisage toutes les possibilités. Kanafani a été lui-même assassiné, en même temps que sa nièce, dans un attentat à la voiture piégée, orchestré par le Mossad israélien à Beyrouth en juillet 1972.
Les réfugiés palestiniens de Syrie ne peuvent s’attendre à exister en dehors d’un contexte de danger et d’imprévisible. Leurs frères du Liban ont compris la même leçon il y a des années. Les Palestiniens du Koweït ont été victimes de représailles importantes en 1991, avec d’autres communautés accusées d’être favorablement disposées envers Saddam Hussein. Comme on pouvait s’y attendre, la petite communauté d’Irak a reçu sa part de mauvais traitement après l’invasion américaine de 2003.
Cela ne veut pas dire que la communauté palestinienne est la seule à souffrir en temps de guerre. Mais du fait qu’il n’y ait pas de choix, la situation des réfugiés palestiniens est souvent la plus dangereuse et désespérée. Ils sont apatrides. La plupart des états arabes leur accorde délibérément un statut légal précaire sous diverses formes, afin de les contenir et de les contrôler. Le problème est cependant aggravé par des guerres qui provoquent des exodes massifs. Les réfugiés apatrides sont toujours coincés, et par conséquent vulnérables à la souffrance et aux abus continuels.
Avant 2003, une petite communauté de 35.000 Palestiniens résidait en Irak. Ils ne se mêlaient pas souvent de controverse politique. Toutefois, quand les États-Unis ont envahi, ils ont constitué une cible facile pour les diverses milices, les forces armées américaines et les bandes criminelles. Beaucoup se sont fait tuer. D’autres ont tourné en rond, cherchant en vain un refuge autre part en Irak, et des milliers d’entre eux se sont trouvés coincés dans des camps de réfugiés aux frontières de la Jordanie et de la Syrie. Cette situation a montré que le problème des réfugiés palestiniens était plus que jamais réel et urgent. Les circonstances désespérées des Palestiniens ont aussi fait honte aux Arabes qui n’ont jamais cessé de déclarer des guerres verbales mais qui ont omis d’accueillir les réfugiés en fuite. Même les factions palestiniennes, occupées à leurs querelles internes, n’ont fait que de lamentables déclarations de soutien, qui ne risquaient rien.
La situation en Syrie promet d’être pire encore. Traditionnellement, il y a de l’animosité entre la Syrie et certaines factions palestiniennes, y compris le Fatah, le parti qui domine l’OLP, et aussi l’Autorité Palestinienne (PA) basée à Ramallah. Tandis que Damas a accueilli diverses factions palestiniennes de gauche au cours des années, le Hamas ne s’est installé à Damas qu’après la rupture avec la Jordanie. Ces derniers mois, le Hamas a quitté discrètement ses bureaux de Damas. Il était impossible au mouvement islamique de fonctionner dans une situation où on le forçait à prendre parti. Dans ses efforts pour atteindre un terrain d’entente – soutenir le peuple syrien tout en combattant les efforts venus de l’étranger destinés à affaiblir la Syrie – il n’a pas été entendu. Certains gouvernements arabes ont voulu absolument faire pression sur les responsables du Hamas pour qu’ils prennent une décision concluante sur un conflit alors qu’ils n’y sont pour rien – et finir par les forcer à se séparer de la Syrie.
Le discours politique concernant la Syrie est le récit qui polarise le plus, parmi ceux qui sont liés au Printemps Arabe. Les Palestiniens sont pris au piège dans cette polarisation. Al Jazeera a fait du tort aux réfugiés palestiniens en voulant contextualiser les Palestiniens dans un débat général sur la Syrie. Dans le réseau de télévision, on sait ce qui arrive aux Palestiniens apatrides et vulnérables. Les reporters avaient bien documenté l’humiliation subie par les Palestiniens en Irak. Même si c’était pour des raisons simplement humanitaires, les médias arabes devraient présenter comme neutre la présence des Palestiniens dans le conflit syrien.
Les Palestiniens sont déjà pris pour cibles. On signale 300 morts en Syrie depuis le début du conflit. L’AP dit qu’elle est en contact avec les autorités syriennes afin d’assurer la sécurité de l’importante population de réfugiés. On signale un grand nombre de meurtres commis à Yarmouk. Les médias arabes qui s’opposent au gouvernement syrien de Bashar Assad, rejettent la responsabilité de viser les Palestiniens sur les forces de sécurité syriennes. Mais d’autres médias ne racontent pas la même histoire.
« Dans le pire incident, 16 membres de l’Armée de Libération de la Palestine, que soutiennent les autorités syriennes, ont été tués après avoir été arrêtés et kidnappés par des terroristes », nous apprend Khaled Abu Toumeh dans le Jerusalem Post du 20 juillet. Les corps des Palestiniens, dont la gorge avait été coupée, ont été découverts en plein champ dans la banlieue de Damas ».
Une déclaration faite le 16 juillet par l’État-major conjoint de l’Armée Syrienne Libre, et mentionnée par l’AFP, a qualifié les dirigeants palestiniens se trouvant sur le sol syrien, de « cibles légitimes ». Vu que la coopération entre les diverses factions de l’OLP et la Syrie remonte à des dizaines d’années, cette appellation ressemble à une menace de mort pour un grand nombre de Palestiniens de Syrie. L’Armée de Libération de la Palestine, pour une fois, joue plus ou moins un rôle symbolique. Elle s’est très peu impliquée dans des actions militaires, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Syrie. L’atroce massacre de ces hommes laisse à penser qu’il s’agit d’une tentative flagrante de punition contre des Palestiniens innocents.
Les réfugiés palestiniens pourraient très bien être de nouveau en fuite, tellement la situation est dangereuse. Les factions palestiniennes doivent mettre de côté leur intérêt personnel et s’unir, même temporairement, afin de protéger les réfugiés palestiniens de Syrie. L’agence des réfugiés des Nations-Unies, UNHCR, dont le but principal est « d’assurer les droits et le bien-être des réfugiés », doit agir dès à présent pour assurer la sécurité des réfugiés palestiniens dans quelque sinistre scénario à venir. La Ligue Arabe, qui n’a pour ainsi dire rien fait dans le passé pour protéger les réfugiés palestiniens chaque fois que ceux-ci se retrouvaient pris dans des conflits régionaux, doit agir cette fois-ci afin de compenser ses omissions du passé.
Il n’y a rien de pire que d’être un réfugié en fuite, sauf d’être un réfugié en fuite maintes et maintes fois, avec un statut légal d’apatridité perpétuelle, et sans pays où trouver un abri. Quant aux médias arabes, il faut qu’ils sachent que leur insistance à vouloir représenter les Palestiniens comme des complices dans le carnage en Syrie, équivaut à les préparer à un désastre d’importance majeure, pour na pas dire plus.
Par RAMZY BAROUD
Ramzy Baroud est rédacteur en chef de PalestineChronicle.com. Il est l’auteur de The Second Palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle et de “My Father Was a Freedom Fighter : Gaza’s Untold Story” (Pluto Press, London).
(Traduit par Ch. C. pour CAPJPO-EuroPalestine)
Source : http://www.counterpunch.org/2012/07...
CAPJPO-EuroPalestine

mercredi 1 août 2012

La Résistance : Obliger les puissants à parler de la Palestine... instituer un apartheid pour établir un État exclusivement juif - dans un pays où presque la moitié des habitants sont des Palestiniens autochtones et que des millions d’exilés attendent de pouvoir rentrer chez eux...

...L’Internet est d’une grande aide. Si autrefois Israël manipulait les médias, des millions de gens peuvent désormais voir des vidéos et des témoignages qui montrent l’occupation israélienne dans toute son horreur - ou en lire. Des initiatives internationales comme la courageuse Flotte pour Gaza obligent les médias dominants eux-mêmes à fournir des informations, ne fût-ce que brièvement. En conséquence les gens veulent voir eux-mêmes ce qui se passe en Palestine et ils reviennent avec des expériences qui les ont profondément ébranlés....

Aujourd’hui on n’a plus d’excuses à ignorer la vérité sur la Palestine. Même en prenant en compte la désinformation propagée par les médias dominants, on a suffisamment d’aperçus sur la situation d’un peuple opprimé à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et elle devrait nous obliger à nous poser des questions. L’Internet est d’une grande aide. Si autrefois Israël manipulait les médias, des millions de gens peuvent désormais voir des vidéos et des témoignages qui montrent l’occupation israélienne dans toute son horreur - ou en lire. Des initiatives internationales comme la courageuse Flotte pour Gaza obligent les médias dominants eux-mêmes à fournir des informations, ne fût-ce que brièvement. En conséquence les gens veulent voir eux-mêmes ce qui se passe en Palestine et ils reviennent avec des expériences qui les ont profondément ébranlés.

Ils ont vu des files d’attente infinies aux points de contrôle - des soldats en armes décident de les autoriser ou non à passer ; des familles ruinées essaient de récupérer dans les décombres de leurs maisons quelques objets utilisables, pendant que des bulldozers se préparent à détruire la maison suivante; des paysans inconsolables pleurent leurs oliviers séculaires arrachés, et leurs vergers incendiés; des enfants déjà traumatisés se demandent quand la prochaine roquette ou la prochaine bombe va anéantir leur famille ou leurs amis; des gens terrorisés attendent le bruit des bottes de troupes venues arrêter Dieu sait qui aux petites heures du matin; et tout cela dans l’ombre du mur qui obscurcit le paysage et même coupe les Palestiniens du reste du monde et les enferme dans une sorte de prison.

Tout ceci ne représente que la partie émergée du projet israélien : instituer un apartheid pour établir un État exclusivement juif - dans un pays où presque la moitié des habitants sont des Palestiniens autochtones et que des millions d’exilés attendent de pouvoir rentrer chez eux.

Il aurait fallu sonner le tocsin lorsque ces informations ont transpiré, mais un mur de silence s’y oppose, tandis que nos dirigeants politiques assurent à Israël la fidélité du suzerain, ou s’en font inconsidérément honneur ou encore vont en visite en Israël aux frais de l’État. Et ce tocsin devrait sonner plus fort, lorsque les crimes de guerre d’Israël sont documentés par des défenseurs des droits humains et que des enquêtes officielles sont violemment attaquées puis oubliées.

Mais le monde manque de courage. Les gens ont peur d’être accusés d’antisémitisme. Même des Palestiniens, Sémites aux aussi, craignent d’en subir les inconvénients et d’être frappés d’exclusion dans des pays où ils ont trouvé refuge. Et les gens ne s’en tiennent pas à redouter les conséquences; le simple fait de dire ou entendre la vérité les inquiète. Ils craignent de que leur conscience alertée ne les pousse à agir, et donc enfoncent plus profondément encore la tête dans le sable, où il espèrent que même le silence se taira.

Et voilà le défi posé aux défenseurs du monde entier: comment amener les puissants à parler de la Palestine, si même les gens ordinaires n’osent en parler, par crainte des puissants ?

Face à des médias diffusant le sionisme jusqu’à saturation et aux nouvelles campagnes « Marque Israël », beaucoup de gens disposés à s’engager en faveur de la Palestine pourraient se décourager, mais nous constatons sans cesse combien un seul individu capable de dire la vérité aux puissants peut être efficace.

Edward Said , un scientifique et intellectuel récemment décédé, a montré mieux que personne qu’un individu isolé peut compter dans la défense de la Palestine. Il a vu en particulier que la voix des intellectuels trouve un « écho ».

Bien sûr il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel. Les mots de Said valent pour chacun de nous. Il dit que le silence est « blâmable » et l’a décrit comme cette attitude qui consiste « à se détourner d’une position fondamentale difficile à tenir, que l’on sait juste mais que l’on n’ose prendre. On ne veut pas sembler trop politisé, on craint de paraître controversable; il nous faut un chef, une autorité; on voudrait rester mesuré, objectif, modéré ; on espère ne pas quitter le mainstream responsable... »(1)

L’intellectuel Said disposait certes de ses travaux universitaires, de son point de vue de professionnel, de ses recherches et publications pour donner du poids à ses déclarations, mais il lui fallait tout autant de courage qu’à un autre pour braver le paradigme communément admis. La mise en question naît de la connaissance de la vérité ; le courage, du respect d’un principe face à une condamnation collective. Il en va de même face au tir de barrage des mensonges sionistes et aux déclarations de ceux qui, par intérêt personnel, sont prêts à flatter les puissants.

Lorsqu’en 1993 presque tous croyaient qu’une poignée de main sur les marches de la Maison Blanche scellerait les accords négociés à Oslo et garantirait enfin aux Palestiniens leur liberté et la paix à la région, Edward Said a vu que ces accords fourniraient à Israël le prétexte pour poursuivre son expansion coloniale et consolider l’occupation. Mais il savait que critiquer Oslo apparaîtrait en réalité comme une prise de position contre « l’espoir » et « la paix ». En décidant de le faire, il passait outre à la direction révolutionnaire palestinienne qui avait négocié son État.

Bien que cette opinion ait valu à Said nombre d’attaques, il n’était pas prêt à se laisser avoir par une  tromperie qui n’apporterait aux Palestiniens ni espoir ni paix, il le savait bien. Et, comme il l’avait prévu, cette « pacification » stérile finit par révéler, d’année en année, l’effrayante réalité d’Oslo : les Palestiniens devinrent les victimes de la « matrice de contrôle » israélienne, pour reprendre le terme du militant israélien Jeff Halper en 1999... (2) Et cette domination d’un peuple sur un autre, sans aucune intention de se pencher sur les injustices infligées aux Palestiniens qu’une purification ethnique avait chassés de leur pays, a immanquablement conduit Israël à pratiquer un apartheid.


Les Palestiniens ne possèdent plus rien qui puisse s’appeler un État. Sur tous les fronts leur existence est mise en péril. Mais des intellectuels, en accord avec les politiques, continuent à parler de la solution des deux États, un mantra que les médias dominants reprennent de façon peu critique, voire mensongère. Les gros bonnets des médias prétendent que l’existence d’Israël est menacée. Mais il est chaque jour plus évident que les Palestiniens n’ont aucune chance contre Israël: ce pays est armé jusqu’aux dents, armes nucléaires et conventionnelles. Les Palestiniens n’ont jamais eu d’armée ni de moyens suffisants pour lutter contre l’occupation de leur terre et leur propre spoliation. Rien d’étonnant si la solution des deux États est devenue une sorte de panacée pour le la lutte palestinienne à l’autodétermination.

Cet attachement à une idée depuis bientôt 20 longues années est sapé par le fracas des marteaux et engins de construction qui résonne depuis les colonies illégales à travers toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est et induisent à Gaza des fractures sociales catastrophiques. Ce fracas est désormais couvert par la rhétorique de la « paix économique », de la « mise en place d’institutions », de la « démocratie », de la « sécurité internationale » et de la « construction d’un État ». Il faut saisir toute occasion d’interroger ces termes, car, isolés de la réalité locale, ce ne sont pas seulement des mots, mais des concepts dangereux.


Quel sens a la « paix économique » si l’on ne comprend pas que les industries où travaillent les Palestiniens n’ont d’autre but que de pourvoir Israël en main d’œuvre esclavagiste et produits à bon marché. Pourquoi soutenir la « mise en place d’institutions » si Israël continue à saper et détruire les programmes qui s’efforcent déjà d’être au service de la société palestinienne. La « démocratie » n’est qu’un mensonge lorsque après les élections correctes de 2006 Israël et le reste du monde dénient au Hamas le droit de gouverner. C’est une pantalonnade d’accepter une « sécurité intérieure » quand les Palestiniens eux-mêmes sont armés et entraînés pour surveiller leur propre peuple - selon le schéma israélo-américain du « diviser pour régner ». « Construire un État » n’est que des mots creux, si Israël continue à voler la terre et à construire des colonies illégales, en enlevant aux Palestiniens leurs maisons et leurs moyens d’existence pour les entasser dans des ghettos isolés et entourés de murs.

Malheureusement, Edward Said avait raison.

C’est à nous, désormais,de dire la vérité et d’agir courageusement, sans égards pour la censure que nous subirons sans doute. On prête à Schopenhauer l’affirmation selon laquelle la vérité passe par trois stades: «D’abord on la ridiculise, ensuite on la combat, enfin on la trouve évidente ».  Nous en arrivons au troisième stade : les 11 millions de Palestiniens, qu’ils vivent dans les territoires occupés ou soient des citoyens israéliens de seconde zone, des réfugiés apatrides ou des membres de la diaspora, sont une réalité vivante. C’est là le talon d’Achille d’Israël, et Israël en est conscient. Les Palestiniens ne sont plus les humbles bergers et paysans que les forces armées sionistes ont chassés par la terreur pour faire place nette à Israël. Une nouvelle génération est là qui demande justice et la réclame avec des mots éloquents et une stratégie non-violente. Leur message c’est: pas de normalisation des relations avec Israël, tant que ce pays opprimera les Palestiniens, leur déniera leurs droits et violera le droit international. Et le boycott, le retrait des investissements et les sanctions sont des moyens légitimes d’affronter un pays qui s’arroge le droit à un état d’exception permanent et pour l’assurer recourt à des pratiques extrémistes et criminelles.

Bien sûr, on est toujours tenté de suivre la pente la plus facile, surtout si l’on est incapable de se mettre à la place de ceux que les médias occidentaux présentent sous un faux jour et démonisent avec tant de succès. Mais peu à peu le monde change et les gens s’aperçoivent qu’eux aussi sont vulnérables, depuis que les sociétés occidentales commencent elles aussi à se défaire sous le poids des forces gouvernementales, qui faute de contre-pouvoirs échappent à tout contrôle. Les principes et droits humains universels reconnus dans lois humanitaires internationales, naguère les piliers de la démocratie, ont été oubliés dans la panique de la « guerre contre le terrorisme » qu’il fallait mener à tout prix. Bien peu ont eu le courage de braver le système en place.
Nous pouvons tous effectivement «  faire jaillir la réalité de quelques-uns de ses possibles », selon le Professeur Ghassan Hage, de l’Université de Melbourne(3). Cela se produira à l’instant utopique où nous oserons affronter nos pensées, nos peurs et nos préjugés. C’est dans cet espace que gît la puissance inexploitée que nous recherchons pour pouvoir dire la vérité en toute justice. C’est dans cet espace que gît la possibilité dune mutation politique. C’est dans cet espace que se trouveront toujours ceux qui résistent et obligent les puissants à parler de la Palestine.

1. Edward Said, „Representations of the Intellectual.London“: Vintage.1994 p.74
2. Jeff Halper, “The 94 Percent Solution: The Matrix of Control”, Fall 2000, Middle East Report 216
3. Ghassan Hage ,“The Real, the Potential and the Political“, Conférence à la Res Artis Conference, Sydney,10.-16. août 2004

Sonja Karkar سونيا كركر

Traduit par 
Michèle Mialane 
Source : TLAXCALA

mardi 31 juillet 2012

Une atomisation du Monde arabe!...à qui profite la balkanisation de la Syrie?

...ladite «révolution» ou «printemps» arabe n'est qu'un vaste plan de fragilisation et de dislocation du Monde arabe dont le coup d'envoi a été donné en Libye et qui devait aboutir en Syrie...

Depuis seize mois, la Syrie fait face à une coalition internationale déterminée sinon à détruire le pays, du moins, c'est en fait l'objectif assigné, à la parcelliser en plusieurs Etats, selon les ethnies et les religions. L'exemple le plus probant d'une telle vision du futur de la région proche-orientale reste encore le Liban dont l'architecture repose sur le confessionnalisme. Le Liban est de fait un Etat confessionnel, sort qui attend à terme la Syrie, quand l'Irak y est déjà engagé, de facto découpé en provinces fondées sur la religion ou l'ethnie. Les Kurdes disposent d'ores et déjà de tous les matériaux d'un Etat souverain.
Revenons à la situation prévalant en Syrie et posons-nous la question: à qui profite la balkanisation de la Syrie? Vous ne voyez pas? Vraiment?
En effet, à qui profiterait un dépècement du Moyen-Orient si ce n'est à l'entité sioniste, Israël. Ce dépècement sera induit par une reconfiguration radicale des frontières du Moyen-Orient, portée par la fameuse «Initiative pour un Grand Moyen-Orient» (plus connu sous le sigle GMO) de l'ancien président US, George W.Bush. Même l'Arabie Saoudite, qui travaille à la chute de la Syrie, n'échappera pas à cette atomisation selon la nouvelle carte du Moyen-Orient mise au point par des experts de la CIA, du Pentagone et le plus secret des services américains, le NSA (National Security Agency). Aussi, ledit «Printemps arabe» ne fait que mettre à exécution un plan de division de la région en petits Etats (sunnite, chiite, druze, alaouite et chrétien - au Liban et en Syrie, 10% de la population syrienne est chrétienne). Le GMO, version «Printemps arabe» n'est en fait qu'un plan israélien datant de 1954 dont la mise en oeuvre avait commencé en 1982 au Liban et l'invasion de ce pays par les armées israéliennes. Alors, rafraîchissons les mémoires. En février 1982, paraissait dans le numéro 14 de la revue «Kivounim» (Orientation, éditée par l'Organisation sioniste mondiale), un article institué une «Stratégie pour Israël dans les années 1980». Texte éloquent du fait qu'il explicite ce qui se passe aujourd'hui dans cette région du monde quand l'objectif d'Israël était, reste, le démantèlement des Etats nationaux arabes. Nous reproduisons «in extenso» un passage significatif de ce document qui en dit long sur les vrais desseins d'Israël et donne un éclairage étonnant à ce qui se passe actuellement en Syrie. Rappelons que ce texte date de 1982 au moment de l'invasion du Liban par Israël. «La décomposition du Liban en cinq provinces, préfigure le sort qui attend le Monde arabe tout entier, y compris l'Égypte, la Syrie, l'Irak et toute la péninsule Arabe. Au Liban, c'est un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l'Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l'objectif prioritaire d'Israël, à long terme, sur son front Est; à court terme, l'objectif est la dissolution militaire de ces États. La Syrie va se diviser en plusieurs États, suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un État alaouite chi'ite; la région d'Alep un État sunnite; à Damas, un autre État sunnite hostile à son voisin du Nord; les druzes constitueront leur propre État, qui s'étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Hourân et en Jordanie du Nord. Cet État garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme: c'est un objectif qui est maintenant à notre portée.» Fin de citation.
C'est écrit noir sur blanc, nous en voyons les fruits aujourd'hui avec, certes, trois décennies de retard, mais le fait est là : ladite «révolution» ou «printemps» arabe n'est qu'un vaste plan de fragilisation et de dislocation du Monde arabe dont le coup d'envoi a été donné en Libye et qui devait aboutir en Syrie. Pour le moment, l'Etat national syrien résiste, mais jusqu'à quand? On peut comprendre qu'Israël tente d'annihiler les Etats arabes, peut-on, en revanche, comprendre le fait que deux Etats arabes (le Qatar et l'Arabie) participent activement à l'anéantissement de la Syrie alors qu'eux-mêmes seront à terme dans le collimateur d'Israël et de ceux qui cherchent à éliminer les pays arabes de la face du monde! No comment!
Source : L'Expression - Le Quotidien

Jeux Olympiques de Londres 2012 - Le drapeau olympique aux mains des militaires (Il Manifesto)...le gouvernement de Sa Majesté britannique a fait hisser le drapeau olympique aux cinq anneaux, symbole de paix, par un escadron de 16 militaires britanniques, choisis parmi ceux qui se sont le plus distingués dans les dernières guerres.

Puissent les Olympiades être "un moment d’amitié renouvelée dans laquelle forger la paix" : ainsi l’archevêque de Westminster a-t-il salué les athlètes venus à Londres du monde entier. C’est justement pour représenter cet esprit que dans la cérémonie d’ouverture le gouvernement de Sa Majesté britannique a fait hisser le drapeau olympique aux cinq anneaux, symbole de paix, par un escadron de 16 militaires britanniques, choisis parmi ceux qui se sont le plus distingués dans les dernières guerres.
A la tête de cet escadron, comprenant des militaires des trois armes, Tal Lambert, responsable des communications des bases aériennes de Lyneham et Brize Norton, engagées l’an dernier dans la guerre en Libye. Parmi les autres membres de la RAF (Armée de l’Air britannique - NdR), le sergent Raval, qui s’est distingué dans les guerres des Balkans et d’Irak.
Parmi ceux de la marine et des marines, l’officier Hiscock, décoré de la Queen’s Gallantry Medal pour ses actions dans l’invasion de l’Irak. Parmi ceux de l’armée de terre, le sergent Reains distingué dans les combats en Irak puis en Afghanistan où il a été blessé, et le caporal Rainey, qui a deux dangereuses missions à son actif.
Faire hisser par des militaires non seulement la drapeau britannique mais aussi la bannière olympique a été un geste hautement symbolique : la réaffirmation que les forces armées du Royaume Uni et des autres pays de l’Otan ne font pas des guerres d’agression mais des opérations de paix dans l’intérêt de toute l’humanité.
Grave est le fait que le Comité Olympique international ait autorisé un tel choix, qui devrait être interdit dans tout pays où se déroulent les Olympiades. Tout aussi grave qu’il ait été ignoré par la presse internationale, présente à Londres avec des milliers de journalistes. Engagés à décrire la chapeau de Sa Majesté, au moment où le drapeau olympique a été hissé par les militaires qui rénovent les gloires de l’empire britannique.
Manlio Dinucci
Edition de dimanche 29 juillet 2012 de il manifesto
Traduit de l’italien parMarie-Ange Patrizio
URL de cet article 17333 http://www.legrandsoir.info/le-drapeau-olympique-aux-mains-des-militaires-il-manifesto.html

Washington et les élections mexicaines....

Cette intervention de la part de celle qui fait le tour du monde pour vendre la démocratie ne surprend toutefois pas. Elle ne fait que confirmer ce que le monde sait depuis longtemps, à savoir que la seule démocratie qui compte est celle sur laquelle l’Administration étasunienne a plein contrôle. Le peuple n’est qu’un acteur de figuration, donnant à l’exercice électoral son caractère démocratique. Dans tous les cas, les résultats obtenus doivent confirmer les choix de Washington. Tous les moyens sont permis pour qu’il en soit ainsi : fraude, achat de votes, manipulation des comptages et recomptages, tricheries à tous les niveaux, mensonges à profusion, amplement diffusés par les médias, contrôle des principaux intervenants dans le processus électoral lui-même et, si nécessaire, l’assassinat déguisé en accident ou en règlements de compte. Si tous ces moyens n’aboutissent pas, ce sera alors la prise du pouvoir par la force, comme ce fut le cas au Honduras, en Irak, en Afghanistan, en Libye et comme c’est actuellement le cas en Syrie et éventuellement au Venezuela qui aura voté massivement pour Hugo Chavez, le 7 octobre prochain.

Au moment où le TRIBUNAL ÉLECTORAL DU POUVOIR JUDICIAIRE DE LA FÉDÉRATION mexicaine (TEPJF) étudie depuis plus d’une semaine les milliers de documents démontrant les fraudes électorales et la non-fiabilité des résultats de la dernière élection, la Secrétaire d’État des États-Unis, faisant fi de cette contestation devant les tribunaux, apporte, en date du 25 juillet, tout le soutien de son pays au candidat Enrique Pena Nieto, mis en cause dans cette enquête. Aucune réserve n’est apportée sur la validité de l’élection du candidat priiste. C’est tout simplement le bon candidat pour Washington. C’est, pour ainsi dire, la réplique du scénario de l’élection de 2006 qui donna la victoire au candidat Calderon, alors qu’Andres Manuel Lopez Obrador était donné gagnant par tous les sondages et cela jusqu’au dernier décompte qui ne fut jamais complété.
Cette intervention de la part de celle qui fait le tour du monde pour vendre la démocratie ne surprend toutefois pas. Elle ne fait que confirmer ce que le monde sait depuis longtemps, à savoir que la seule démocratie qui compte est celle sur laquelle l’Administration étasunienne a plein contrôle. Le peuple n’est qu’un acteur de figuration, donnant à l’exercice électoral son caractère démocratique. Dans tous les cas, les résultats obtenus doivent confirmer les choix de Washington. Tous les moyens sont permis pour qu’il en soit ainsi : fraude, achat de votes, manipulation des comptages et recomptages, tricheries à tous les niveaux, mensonges à profusion, amplement diffusés par les médias, contrôle des principaux intervenants dans le processus électoral lui-même et, si nécessaire, l’assassinat déguisé en accident ou en règlements de compte. Si tous ces moyens n’aboutissent pas, ce sera alors la prise du pouvoir par la force, comme ce fut le cas au Honduras, en Irak, en Afghanistan, en Libye et comme c’est actuellement le cas en Syrie et éventuellement au Venezuela qui aura voté massivement pour Hugo Chavez, le 7 octobre prochain.
Cette fois-ci, le peuple mexicain n’accepte plus d’être « le fou du roi ». À travers ses organisations sociales et ses partis politiques, regroupé dans une coalition progressive sous la responsabilité du principal candidat d’opposition, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), il a décidé de contester les résultats de cette élection par les voies constitutionnelles et judiciaires.
Le quotidien La Jornada dans son éditorial du 27 juillet signale ce qui suit :
« La validation par le TEPJF d’une élection manifestement irrégulière et faussée ainsi que la prise de possession par un politicien qui, selon toute vraisemblance, est rejeté par la majorité de l’électorat seraient, dans ces circonstances, un dur coup à la légalité et aux institutions d’État ainsi qu’à l’éthique républicaine et à l’harmonie sociale. » (Traduction libre de l’auteur)
Le peuple réclame le respect du seul vrai pouvoir dont il dispose, celui de décider librement et en pleine connaissance de cause de ses représentants pour gérer les pouvoirs de l’État dans le sens de ses intérêts. Toute usurpation de ce pourvoir par toute autre puissance ne peut être qu’antidémocratique et, à ce titre, condamnée par la communauté internationale.
On se souviendra qu’en Haïti, lors des élections présidentielles de 2009-2010, le candidat de Washington n’était pas parvenu à se classer pour le second tour de scrutin. Loin de se donner pour vaincues, les plus hautes autorités se mirent à l’œuvre pour corriger l’inacceptable. Tout a été fait par Washington et ses alliés pour modifier les résultats de manière à disqualifier le représentant du parti au pouvoir, élu pour le second tour. Il fallait qu’il soit remplacé par leur candidat. J’avais transmis, à ce moment, une lettre au ministre des Affaires extérieures du Canada pour dénoncer cette intervention. Rien n’y fit, les apôtres de la démocratie ne pouvaient lâcher prise. Il y avait évidemment le peuple haïtien, mais surtout ces milliards de dollars donnés pour la reconstruction du pays. Même le président en fonction, René Préval avait été menacé d’exil.
Tout un contraste de comportement chez ces « apôtres de la démocratie » d’avec ce qui se passe actuellement au Mexique. L’OEA n’a remarqué rien qui puisse altérer les résultats de cette élection qui se serait réalisée dans le plus grand calme et esprit démocratique. Les États-Unis et le Canada ont été au nombre des premiers à célébrer cette grande victoire de la démocratie et à y féliciter le vainqueur. Ils sont également les plus silencieux quant aux scandales qui y sont dénoncés non seulement par des perdants « frustrés » comme ils disent, mais par des milieux des plus respectables. Pourtant…
Lorsque le 7 octobre au soir, le Conseil électoral vénézuélien annoncera la victoire incontestable d’Hugo Chavez pour un troisième mandat, « ces apôtres de la démocratie » retrouveront soudainement la parole pour crier haut et fort à la fraude électorale. L’OEA sera mise à contribution pour disqualifier les résultats et on fera appel au Conseil de sécurité pour permettre la présence d’une force de paix afin de garantir la sécurité dans le pays. Nos journalistes reprendront la parole et leur clavier pour diaboliser autant faire se peut ce Chavez, dictateur et manipulateur. Radio-Canada, le Devoir, la Presse et toutes les agences internationales, serviles à l’Empire, participeront à cette mise en scène.
L’hypocrisie et la servilité à l’état pur.
Sauf que le Venezuela n’est ni Haïti, ni le Mexique, ni la Libye. Pas plus que l’Amérique latine n’est le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord. Qu’on se le tienne pour dit. Les fauteurs de troubles pourraient bien y rencontrer leur os. Le peuple vénézuélien n’est pas seul et Chavez a de nombreux appuis en Amérique latine, dans les Antilles et dans diverses régions du monde. Les peuples, toujours plus instruits et informés, savent distinguer avec plus de rigueur le vrai du faux, l’authentique du manipulateur et de l’hypocrite. En Amérique latine, il y a belle lurette que les États-Unis ne sont plus perçues comme les sauveurs du droit des peuples et encore moins de la démocratie. Ils en sont les pires ennemis. Tout chez eux se définit en fonction de leurs intérêts et de leur sécurité nationale.
Oscar Fortin
Québec, le 30 juillet 2012
http://humanisme.blogspot.com
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Israel : Ce que dit Dani Dayan et pourquoi c’est intéressant (The Palestine Chronicle)..."Les colons israéliens ne partiront pas"

...Il semble si étrange de lâcher une telle bombe de fumée au milieu d’une campagne électorale présidentielle déjà fort déroutante qu’on se demande si les chiens de garde du NY Times, normalement si vigilants, n’ont pas laissé par mégarde l’opinion dissidente Dayan radicalement opposée à la sagesse libérale conventionnelle de ce journal se glisser dans ses pages...
..Ce que Dayan dit en réalité au monde c’est que la réalité sur le terrain rend inutile l’hypocrisie de continuer à faire semblant qu’une paix négociée entre les deux camps soit, ou ait jamais été, une option politique..
L’article de Dani Dayan, "Les colons israéliens ne partiront pas" a été publié par le NY Times le 26 juillet. Dayan est le président du Yesha Council of Jewish Communities, et est connu depuis longtemps comme un des principaux porte paroles du mouvement des colons. La réaction habituelle à ce genre de déclaration d’un colon est de la balayer d’un revers de main en la qualifiant d’expression extrémiste de la position israélienne, ce qu’elle est certainement, mais ce serait une erreur de le faire avant de s’être intéressé de plus près à son contenu et à son timing. Les prémisses moraux et légaux sur lesquels Dayan fonde sa certitude que les colons ne quitteront jamais la Cisjordanie n’ont aucune valeur mais les arguments politiques qu’il avance sont si indéniables qu’on ne voit pas comment les réfuter. Il pourrait aussi être utile de se demander si Dayan n’a pas été encouragé par le camp de Netanyahu, connu pour être un des leaders israéliens les plus favorables au rêve des colons, à larguer cette bombe au milieu du tourbillon électoral américain comme une sorte de ballon d’essai.
Dayan commence par affirmer que le mouvement des colons a des droits sur le territoire conquis en 1967 parce que ce sont les Palestiniens qui à l’époque menaçaient Israël d’annihilation et que c’est seulement pour se défendre qu’Israël est entré en possession de la Cisjordanie et de l’ensemble de Jérusalem. C’est un argument sans valeur aux yeux de presque tous les spécialistes du droit international, de plus cette chronologie des évènements de 1967 est de plus en plus contestée par les historiens de la diplomatie et enfin la conquête a été politiquement rejetée immédiatement après les faits par la communauté internationale toute entière y compris les Etats-Unis. Ce rejet a été exprimé dans la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU votée à l’unanimité en 1967 qui demande expressément à Israël de se retirer des territoires occupés pendant la guerre des 6 jours. Aucun leader israélien n’a jamais ouvertement remis en question son interprétation bien que le mouvement des colons ait, depuis son origine, nourri en Israël le doute qu’un accord de paix soit vraiment dans leur intérêt s’il signifiait qu’il leur faudrait rendre les territoires occupés en 1067. Le compromis de facto des Israéliens a donc été de se rallier au consensus autour de la mise en place progressive de deux états tout en rendant cette solution de plus en plus impraticable sur le terrain.
On peut s’étonner que la plupart des gouvernements de la planète et des officiels les plus importants de l’ONU aient choisi d’ignorer cette évidence jusqu’à aujourd’hui. Ce que Dayan dit en réalité au monde c’est que la réalité sur le terrain rend inutile l’hypocrisie de continuer à faire semblant qu’une paix négociée entre les deux camps soit, ou ait jamais été, une option politique. De son point de vue, il y a maintenant trop de colons apparemment incorruptibles et déterminés à rester là : la preuve ils auraient pu faire, par le passé, des profits en revendant leurs biens dans les colonies et ne l’ont pas fait. Dayan souligne qu’il a été presque impossible au gouvernement Sharon d’évacuer 8000 colons de Gaza en 2005, et donc l’idée d’évacuer les 350 000 colons qui vivent maintenant en Cisjordanie (chiffre qui se montera à 400 000 en 2014), et dont 160 000 ne sont pas installés dans les conglomérats coloniaux relève de l’illusion ou comme le dit Dayan serait "proportionnellement de plus en plus difficile" et donc que leur présence "dans toute la Judée et la Samarie... est un fait irréversible". Une personne responsable peut-elle contester la force de l’argument de Dayan sur ce problème central ?
Dayan développe son argumentation en invoquant un mélange de "droits inaliénables" et de "realpolitik" favorable aux colons. Je trouve que Dayan est convaincant du point de vue de la realpolitik, étant donné l’équilibre actuel des pouvoirs entre Israël et la Palestine, dans la région et dans le monde, même si cela peut vite basculer. Par contre, quand il prétend que sa conception du Grand Israël repose sur des droits inaliénables, il est vraiment de parti pris et de mauvaise foi. Sa position contredit l’Article 49(6) de la Quatrième Convention de Genève qui interdit qu’une puissance occupante transfère sa propre population dans un territoire occupé ou modifie le caractère d’une société occupée. Dayan semble aussi ne pas se rendre compte qu’il est immoral de déplacer les Palestiniens qui vivent dans ce pays depuis des siècles même si on adhère au dogme sioniste que la Palestine historique est vôtre patrie. Le fait que les leaders palestiniens et les gouvernements arabes voisins aient rejeté le plan de partition décidé par l’ONU en 1948 ne signifie pas que le peuple palestinien ait du même coup perdu ou renoncé à son droit à l’autodétermination qui est absolument inaliénable. Et cela ne signifie certainement pas que les Palestiniens puissent être condamnés à vivre dans des conditions d’apartheid en tant que minorité (qui pourrait vite devenir une majorité) sans droits et sans pouvoirs d’autant plus que l’apartheid fait partie des crimes contre l’humanité dans les statuts du Tribunal International. Il existe sans aucun doute des droits inaliénables mais ce sont ceux des Palestiniens et non des colons.
Dayan emploie, pour parler de la Cisjordanie les termes de "Judée et Samarie" qui sont les noms bibliques dans la tradition juive, sans doute pour mettre l’opinion internationale devant le fait accompli du statut de ces territoires. On peut au moins reconnaître son insolente honnêteté, il ne se cache pas derrière des ambiguïtés linguistiques évasives comme l’ont généralement fait les diplomaties israéliens pendant toutes ces années chaque fois qu’ils devaient s’expliquer sur l’expansion continuelle des colonies, la création d’un coûteux réseau de routes au seul profit des colons et la construction du mur de séparation, tout en réaffirmant leur volonté de négocier la formation d’un état palestinien indépendant. Dayan ne mâche pas ses mots quand il affirme qu’un état palestinien entre le Jourdain et Israël aurait toujours été une catastrophe inacceptable pour la sécurité d’Israël. Un tel état palestinien tomberait vite sous le contrôle du Hamas et deviendrait le lieu de refuge des centaines de milliers de Palestiniens avides de vengeance qui ont vécu presque 65 ans dans des camps de réfugiés. Selon Dayan, un tel état palestinien serait un creuset d’extrémisme anti-israélien et il faudrait rapidement le réoccuper militairement. On comprend le raisonnement du point de vue de la realpolitik israélienne mais ses implications pour les Palestiniens sont tellement clairement inacceptables qu’on ne peut qu’y voir une déclaration de guerre totale et permanente contre les espoirs, les aspirations et les droits des Palestiniens. C’est peut-être pour cela que la façon de voir de Dayan a rarement été développée au dehors d’Israël.
Pour être honnête Dayan n’est pas complètement insensible au sort des Palestiniens. Il faut porter à son crédit le fait qu’il ne mentionne pas et qu’il soutienne encore moins le nettoyage ethnique pour garantir la pérennité de l’identité juive dans un régime démocratique. Dayan a l’air d’accepter l’éventualité d’une majorité palestinienne à condition que les Israéliens gardent le contrôle, en d’autres termes, la domination israélienne lui semble suffisante pour garantir la sécurité et c’est plus important que la recherche d’une légitimité démocratique. Sans soulever la question des droits des Palestiniens, Dayan affirme que l’Autorité Palestinienne n’est pas mécontente du statu quo et que le développement économique se poursuit dans les endroits qu’elle dirige spécialement à Ramallah et dans ses environs. De plus, si les Palestiniens acceptaient de renoncer à leur résistance inutile, la plupart des checkpoints pourraient être enlevés selon lui. Sa "solution" du problème des réfugiés est d’améliorer les conditions de vie dans les camps dont il reconnaît l’état déplorable. Le fait que Dayan pense que sa position est moralement, légalement et politiquement défendable montre à quel point il est loin de l’idée universelle de justice lorsqu’il cherche à nous convaincre que non seulement il n’y pas plus d’occupation mais qu’il est possible de faire en sorte que tout le monde soit content y compris les Palestiniens.
Pourquoi ne pas se contenter de considérer cette attaque contre la dignité humaine comme simplement une nouvelle confirmation de l’audace et de l’extrémisme du mouvement des colons et passer son chemin ? Elle mérite pourtant une réponse plus réfléchie pour plusieurs raisons. D’abord, l’analyse de Dayan fait exploser le cadre diplomatique en vigueur actuellement, cadre qui a enfermé les Palestiniens dans un cauchemar infini d’oppression et d’impuissance. En faisant cela, Dayan ouvre la voie au dialogue nécessaire pour définir ce qui peut remplacer la solution de deux états. D’une manière plus marginale, il donne de la crédibilité aux arguments de ceux qui, comme moi, considèrent le processus de paix comme un mensonge cruel dont les Palestiniens et l’opinion publique sont victimes au son du tic tac de la bombe coloniale que personne ne désamorce.
Il se peut aussi que, délibérément ou non, le NY Times, en publiant les opinions de Dayan qui sont l’extrême opposé de sa ligne éditoriale depuis des années, ait décidé tardivement de reconnaître que le conflit israélo-palestinien a pris une nouvelle dimension. Peut-être que cet auguste journal qui ne s’écarte jamais beaucoup de la ligne du Pentagone et de département d’Etat sur la politique étrangère au Moyen Orient a reçu un signe de Washington lui indiquant qu’il était temps d’entamer un nouveau débat sur la manière de décrire le conflit et même de s’attaquer à la tâche difficile d’imaginer les tenants et les aboutissants d’une nouveau processus de paix. D’un autre côté, il semble si étrange de lâcher une telle bombe de fumée au milieu d’une campagne électorale présidentielle déjà fort déroutante qu’on se demande si les chiens de garde du NY Times, normalement si vigilants, n’ont pas laissé par mégarde l’opinion dissidente Dayan radicalement opposée à la sagesse libérale conventionnelle de ce journal se glisser dans ses pages.
Richard Falk
Richard Falk est un spécialiste de droit international et de relations internationales qui a enseigné à Princeton University pendant 40 ans. Depuis 2002 il vit à Santa Barbara, en Californie, et enseigne les Etudes globales et internationales au campus local de l’université de Californie. Depuis 2005 il préside la Nuclear Age Peace Foundation. Visitez son site : http://richardfalk.wordpress.com/.
Pour consulter l’original : http://www.palestinechronicle.com/view_article_details.php?i...
Traduction : Dominique Muselet
URL de cet article 17319 http://www.legrandsoir.info/ce-que-dit-dani-dayan-et-pourquoi-c-est-interessant-the-palestine-chronicle.html