mardi 24 juillet 2012

Observer la Syrie et se souvenir du Nicaragua (Liberation News)....les Etats-Unis ne soutiennent jamais les véritables révolutions mais les attaquent violemment...

L’histoire démontre que les Etats-Unis ne soutiennent jamais les véritables révolutions mais les attaquent violemment.
Le 18 juillet, une énorme explosion a tué ou gravement blessé plusieurs hauts officiels de la sécurité syrienne. Tandis que « l’Armée Syrienne Libre » revendiquait l’attentat à Damas, l’opération hautement sophistiquée portait la marque non pas d’une opération organisée par un groupe paramilitaire crée récemment, mais celle de la CIA ou du Mossad.
L’attentat fut salué par le Secrétaire à la Défense US Leon Panetta comme le signe d’un « véritable élan » pour l’opposition soutenue par l’occident. Le New York Times, dans un article daté du 19 juillet en première page, exaltait les auteurs de l’attentat pour le « perfectionnement » de leur technique. La Maison Blanche et le Département d’Etat ont aussi exprimé une satisfaction à peine voilée.
Il serait impossible d’imaginer de tels propos dans la bouche des responsables politiques de Washington et New York et leurs propagandistes des grands médias devant un véritable mouvement progressiste ou révolutionnaire.
Le 19 juillet était aussi le 33ème anniversaire de la victoire d’une véritable révolution, celle dirigée par le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) au Nicaragua .
A l’époque, il n’y a eu aucun louange adressé au FSLN, ni dans les couloirs du Congrès ni dans les médias capitalistes. L’administration Carter fit tout son possible pour empêcher le FSLN de prendre le pouvoir contre le régime brutal et totalement corrompu d’Anastasio Somoza qui avait régné pendant plus de quarante ans. La fin de la dictature Somoziste ne fut obtenue que grâce à l’esprit combattif, l’organisation et le sacrifice des Sandinistes.
Les prouesses héroïques des combattants sandinistes contre la Garde Nationale de Somoza, créée et armée par les Etats-Unis, ne furent jamais exaltées dans les grands médias. Aucun article ne fut publié pour saluer comment les jeunes combattants du FSLN « perfectionnaient » leur technique à tel point qu’ils furent capables, pratiquement sans aucune aide de l’extérieur, de battre une Garde Nationale beaucoup mieux armée.
Au contraire, s’il y avait des divergences d’ordre tactique au sein des cercles dirigeants – reflétées dans différents journaux, télévisions et radios concurrents – le consensus sur les objectifs était total et ce dès le début : il fallait détruire la révolution sandiniste.
Le 10 juillet 1979, un article du New York Times a ouvertement qualifié le rôle des Etats-Unis comme « arbitre décisif de l’avenir politique du Nicaragua ». L’article ajoutait que l’administration Carter, « a fait savoir que la démission du Général Somoza ne prendrait effet que lorsque les Etats-Unis seront satisfaits de la composition et du programme politique du régime qui succédera... Les Etats-Unis ont convaincu Somoza de retarder son départ jusqu’à ce qu’il ait, selon les termes d’un officiel US, « neutralisé » les éléments radicaux de l’opposition. »
Au mois de juillet 1979, le nombre de morts s’élevait à un peu moins de 50.000 - la plupart des civils victimes de la Garde Nationale - dans un pays de moins de 2.5 millions d’habitants. La majorité du pays était en ruines. Mais l’administration Carter n’a eu aucun scrupule à prolonger les combats, et ajouter encore plus de morts à un bilan déjà épouvantable, afin d’atteindre ses objectifs : maintenir la domination des Etats-Unis en Amérique centrale.
Lorsque le nouveau gouvernement du FSLN refusa de courber l’échine devant les diktats de Washington, le peuple du Nicaragua fut soumis pendant dix ans à une punition extrême. Les Etats-Unis ont autorisé Somoza à vider les caisses d’un pays dévasté lorsqu’ils lui accordèrent l’asile.
Des sanctions économiques sévères furent imposées au Nicaragua, un des pays les plus pauvres du continent. Le port principal du pays fit miné par la marine US et un embargo total imposé en 1985.
La CIA créa, finança et arma une armée paramilitaire sanglante de contre-révolutionnaires connue sous le nom de la Contra. Plus de 50.000 Nicaraguayens ont été tués dans les années qui ont suivi. La tactique employée par les Contras était le meurtre, le viol, la torture et la destruction. Ils tuaient des médecins, des infirmières, des enseignants ; ils incendiaient les cliniques, les écoles, les coopératives. Leurs dirigeants étaient de voyous choyés par le Congrès et les Présidents américains.
Aujourd’hui, la CIA coordonne l’armement et de nombreuses opérations de « L’Armée Syrienne Libre », et décide quelles sont les forces qui doivent recevoir des armes (New York Times, 21 juin 2012). Les services de renseignement US ainsi que ceux des pays ex-colonisateurs du Moyen-Orient, la Grande-Bretagne et la France, avec les Israéliens, font sans doute beaucoup plus.
Le Conseil National Syrien, un groupe composé principalement d’opposants de longue date et généralement inconnus, sont traités par les Etats-Unis et ses alliés comme le futur gouvernement légitime.
Les dirigeants US appuient totalement la révolte ALS/CNS en Syrie pour la même raison qu’ils se sont opposés à la révolution sandiniste et ont soutenu les Contras au Nicaragua. Ils sont confiants que la victoire de l’opposition syrienne sera aussi leur victoire, et un pas de plus vers une domination totale des Etats-Unis au Moyen-Orient.
Richard Becker
http://www.pslweb.org/liberationnews/news/watching-syria-rem...
Traduction « l’ennemi de mon ennemi n’est pas forcément mon ami, mais l’ami de mon ennemi est généralement mon ennemi. Je répète... » par VD pour le Grand Soir avec probablement le fautes et coquilles habituelles
URL de cet article 17279 http://www.legrandsoir.info/observer-la-syrie-et-se-souvenir-du-nicaragua-liberation-news.html

La géopolitique américaine, de l’endiguement du communisme au confinement de l’islamisme

Hasard de l’histoire ou non, l’effondrement du communisme, du moins en Europe, coïncida avec la montée de l’islamisme....Le Royaume Saoudien et le Qatar sont à l’heure actuelle les propagandistes les plus zélés de l’islamisme, les plus généreux aussi. 

Jusqu’à l’effondrement du mur de Berlin et l’éclatement de l’empire soviétique, la géopolitique de la républicaine américaine s’articulait, pour l’essentiel, autour de l’endiguement du communisme. Le terme est dû à l’historien, politologue et diplomate américain George F. Kennan qui publia en 1947 un article dans Foreign Affairs soutenant que « le principal élément de toute politique des États-Unis vis-à-vis de l’URSS doit être un endiguement des tendances expansives de la Russie, à long terme, avec patience, mais fermeté et vigilance ». L’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan au début des années quatre-vingt changea la donne.

A l’endiguement, les USA ajoutèrent le harcèlement et la diatribe : guerre des étoiles et discours messianique sur l’empire du mal. Le but de la guerre des étoiles était d’entraîner l’URSS dans une course poursuite technologique et économique que l’on savait incapable de soutenir afin de précipiter son implosion de l’intérieur. Parallèlement, le discours américain est devenu sectaire et manichéen, le bien étant les USA et le monde libre, le mal l’URSS et ses satellites. C’est en raison de cette vision que les néoconservateurs américains, Georges W. Bush en tête, ont considéré que le mal n’a pas disparu avec l’effondrement du bloc soviétique. Pour eux, le mal réside dans tout « ennemi » des USA et de la démocratie dans le monde. Or les USA comptaient alors plusieurs dictatures de droite parmi leurs amis et protégés. Les néoconservateurs firent alors valoir avec une extraordinaire mauvaise foi que les dictatures de droite, contrairement à celle de gauche, sont capables de s’auto réformer au point de se muer en démocraties libérales.
Hasard de l’histoire ou non, l’effondrement du communisme, du moins en Europe, coïncida avec la montée de l’islamisme. Contrairement à certaines idées reçues, les USA se sont bel et bien préoccupés du phénomène avant le 11 Septembre 2011. En effet, le vivrier classique dans lequel la politique étrangère américaine puise ses conceptions de base, c’est-à-dire le milieu universitaire, avait balisé le terrain bien avant le 11 Septembre.
Par tradition, la politique étrangère américaine fait l’objet de débats académiques poussés entre universitaires et chercheurs (les très influents conseillers pour la sécurité nationale et Secrétaires d’État Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Condoleezza Rice par exemple appartenaient à ce sérail). La question islamiste n’échappa pas à la règle. Deux écoles s’affrontèrent. La première dite des « confrontationalist » considéra que les USA n’ont d’autre choix que la confrontation directe avec les islamistes puisque ceux-ci constituent, de leur point de vue, un facteur de déstabilisation et une source de danger pour les intérêts américains. L’école considéra que la distinction entre islamistes radicaux et modérés est factice dans la mesure où les deux poursuivent un même objectif : l’établissement d’un État théocratique. La seconde école de pensée dite des « accomodationists » établit, au contraire, une distinction entre islamistes modérés et islamistes radicaux. Pour elle, l’islamisme constitue une force politique avec laquelle les USA doivent compter. Il faut donc discuter avec les plus modérés d’entre eux, d’autant que ceux-ci ne manifestent aucune hostilité à l’égard des USA. C’est cette école de pensée qui semble inspirer davantage la politique étrangère américaine à l’heure actuelle.
Pour les USA, il y a néanmoins islamisme et islamisme. Le chiisme fût considéré tout de suite comme l’ennemi mortel. Hormis les attentats commis au Liban, on ne connaît pourtant pas d’attentats attribués à la mouvance chiite sur le sol américain ou ailleurs. Il faut donc croire que c’est la position ferme des chiites vis-à-vis d’Israël qui constitue l’explication de leur défiance. De fait, la politique américaine vis-à-vis de l’islamisme a été construite sur l’idée que le sunnisme est un moindre mal et que dans la mesure où l’arrivée au pouvoir des islamistes modérés dans plusieurs pays était pour ainsi dire inscrite dans l’ordre naturel des choses (ce qui reste à démontrer), les USA avaient intérêt à établir les bases d’un dialogue avec eux. Dans cette concordance, il y a évidemment le dit et le non dit, le clair et l’obscure.

Les concordances et les ambiguïtés

A l’instar de tous les partis politiques d’essence religieuse, les partis islamistes sont des libéraux au sens économique du mot. Quand on connaît l’aversion maladive des américains à l’égard de l’étatisme et du socialisme, le fait que les islamistes soient des libéraux de stricte observance, économiquement parlant, constitue pour eux un réel motif d’entente. Le second point de concordance est corollaire du premier. Le communautarisme, consubstantiel de l’organisation sociale et politique américaine dès l’origine, constitue une valeur partagée entre les USA et les islamistes. Les uns et les autres consacrent la primauté de la communauté sur la Nation. Les uns et les autres entendent réduire le rôle de l’État à ses fonctions exclusivement régaliennes et lui dénient tout interventionnisme et toute fonction de régulation.
Voyons maintenant l’étendue des ambiguïtés. L’un des axes majeurs de la politique des États-Unis au Proche-Orient est l’alliance stratégique avec Israël. Il est évidemment absurde d’expliquer la solidité de cette alliance par la seule influence de la communauté juive américaine et du lobby pro israélien à Washington. Quel que soit le dynamisme de ces groupes de pression, cela n’aurait pas pesé lourd devant les intérêts vitaux de la république américaine. Les choses étant ce qu’elles sont, l’État hébreux est apparu aux yeux des USA comme un allié fiable et relativement docile. Après tout, Israël est un État isolé au Moyen-Orient. Il a donc besoin lui-même d’un allié surpuissant et protecteur. Les États-Unis se sont offerts de jouer ce rôle à charge pour Israël de jouer le rôle du gendarme régional en leur faveur. Or aucun islamisme sunnite non jihadiste, hormis le Hamas et pour cause, ne remet plus ouvertement en cause l’existence de l’État hébreux. Ce n’est évidemment pas le cas de l’islamisme chiite.
Le second point concerne évidemment le pétrole. Pour les USA, qui tient le pétrole tient l’économie mondiale. Premier consommateur et premier importateur de pétrole dans le monde, les États-Unis ont toujours exercé le premier rôle dans le développement et l’orientation de l’industrie pétrolière. Cela vaut pour le Moyen-Orient en général, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe plus particulièrement. Or, depuis 1986, les réserves pétrolières des États-Unis ont commencé à chuter, de sorte que la part des importations en pétrole dans la consommation intérieure américaine a dépassé la part de la production nationale. Dans la mesure où les États-Unis entendent préserver leurs propres réserves en pétrole, il leur fallait « pomper » plus et le moins cher possible ailleurs. Cette stratégie devait conduire les USA à exercer un contrôle encore plus strict sur les zones de production, les chemins maritimes et terrestres d’acheminement et les prix. Pour cela, la diplomatie ne suffit plus. La présence militaire s’imposait.
Le Moyen-Orient occupe le centre de la géopolitique américaine du pétrole. Conscients que le nationalisme arabe n’est plus en mesure de les contrecarrer comme par le passé, se rendant compte que seul l’islamisme est capable de leur nuire, les USA ont jugé qu’il leur fallait se montrer plus accommodant avec une idéologie somme toute dominée, alimentée et soutenue par l’argent du pétrole. Très curieusement, mais est-ce véritablement le cas, l’islamisme présente la particularité d’avoir été favorisé par la politique américaine au Proche-Orient tout en bénéficiant de son soutien actif ou discret. Or remarquera, là aussi, que hormis quelques groupuscules, l’immense majorité des islamistes sunnites s’accommode d’une présence militaire américaine qui n’a pour but que la protection des gisements du pétrole et la pérennisation de ses rentiers de l’Arabie et du Golfe.

Les bras séculiers de l’islamisme sunnite et la géopolitique américaine

Le Royaume Saoudien et le Qatar sont à l’heure actuelle les propagandistes les plus zélés de l’islamisme, les plus généreux aussi. A bien y réfléchir, cela constitue une anomalie au regard de leur poids démographique et de leur rayonnement culturel et intellectuel.. L’explication de leur islamisme militant se trouve donc ailleurs.
Les États-Unis d’Amérique ont été le premier pays à avoir reconnu le pouvoir de Cheikh Hamad Al-Thani, actuel émir du Qatar, et à cautionner sa révolution de palais. Peut importe les déclamations du Qatar quant à son indépendance politique et diplomatique, ce qui ne supporte pas de contestation est le fait qu’un accord mutuel de défense lie les deux pays et que le Qatar abrite à l’heure actuelle le plus grand dépôt d’armes américaines hors du sol des USA. Au dehors, la politique extérieure du Qatar ne semble pas systématiquement alignée sur la politique américaine. Le Qatar entretient, par exemple, d’excellentes relations avec « le diable » iranien pour des raisons qui tiennent à l’exploitation de la poche de gaz du North Dome, une poche souterraine qui s’étend justement jusqu’à la frontière iranienne. Mais au-dedans, le Qatar épouse parfaitement les positions américaines en ce qui concerne le processus de paix au Moyen-Orient et la géopolitique américaine du pétrole notamment. Reste la question d’Al-Jazira et le sens caché de ses messages subliminaux.
Hormis le téléspectateur arabe, mal informé et ignorant des arcanes et des subtilités de la politique étrangère mondiale, plus personne de sérieux ne se méprend sur l’orientation réelle d’Al Jazira ou sur son instrumentation par le Qatar. Cela ne remet évidemment pas en cause l’indépendance ou le professionnalisme de ses journalistes. Il se trouve tout simplement que les Al Thani nourrissent une ambition politique et diplomatique que d’aucuns estiment mégalomaniaque. Pour ce faire, l’argent et la protection américaine ne suffissent pas. La création d’un bras armé médiatique s’imposait. Al-Jazira est ce bras. Certes, la station a grandement servi la cause de la démocratie dans le monde arabe et a permis une ouverture d’esprit des arabes vers l’extérieur, mais sa fonction première est de servir de podium et de vitrine médiatique au Qatar. Or le Qatar est coincé entre deux puissances régionales antagonistes à tous les points de vue, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Il lui faut donc se ménager les bonnes grâces de Washington tout en se montrant « indépendant » pour recueillir les bonnes grâces du téléspectateur arabe. L’intelligence et la subtilité des Al Thani ont fait le reste. C’est ce que les américains ont fini par comprendre et cautionner. En somme, le Qatar représente pour les américains le chaînon manquant.
Les relations américano saoudiennes sont d’une toute autre nature. Le Royaume Saoudite est pour ainsi dire né dans le giron des américains et des sociétés pétrolières américaines. Onze ans seulement après l’édification du royaume dans ses frontières actuelles, le Roi [] Abdelaziz ben Abderrahmane Al-Saoud se réunissait avec le Président américain Roosevelt à bord du croiseur Quincy, d’ou le pacte du même nom (14 Février 1945). Ce pacte spécifie que la stabilité et la protection de l’Arabie saoudite font partie des “intérêts vitaux” des États-Unis, à charge pour le Royaume de garantir l’accès des américains à ses champs pétrolifères. Le pacte pétrole contre protection tint en dépit de quelques ratés : la création de l’État d’Israël, la crise pétrolière de 1973, la politique panarabe du Roi Fayçal auquel on ne rendra jamais assez l’hommage qu’il mérite.
La seconde guerre américaine contre l’Irak ébrécha l’édifice. A cette occasion, l’Arabie Saoudite refusa de servir de base terrestre à l’invasion de l’Irak, ce qui contraignit les États-Unis à s’installer au Qatar. Mais l’édifice ne se fissura très sérieusement que le 11 Septembre 2001. L’implication de certains ressortissants saoudiens dans les attentats installa de la méfiance et conduit certains dirigeants américains à présenter l’Arabie Saoudite comme un ennemi et non plus comme un allié (Rapport de L. Murawiec, expert de la Rand, devant le Pentagone, préconisant un tel changement de stratégie et Rapport devant le congrès sur la faillite des systèmes de renseignement américains).
En fait, les USA prirent conscience que l’islamisme propagé et encouragé par les Saoudiens pourrait, à la longue, être dangereux pour les intérêts américains. En effet, l’Arabie Saoudite mène une action politique, culturelle, diplomatique et caritative en faveur du “wahhabisme”, ce qui revient à encourager les courants salafistes. Or le salafisme recouvre deux réalités. Il y a d’une part un salafisme jihadiste comme Al-Qaïda, d’autre part un salafisme « soft », à la saoudienne, un salafisme qui accepte la royauté à défaut du khalifat et qui ne remet pas en cause la position américaine au Moyen-Orient, du moins pas ouvertement. Les deux se rejoignent cependant pour réclamer l’application stricte de la charia et pour honnir le régime républicain. Les deux ne diffèrent donc pas sur l’objectif à atteindre, seulement sur les moyens pour y parvenir.

Conclusion

A défaut de s’entendre avec l’islamisme salafite non jihadiste, les États-Unis laissent l’Arabie Saoudite le financer pour mieux le contrôler. Après tout, ni la mainmise américaine sur le pétrole arabe, ni l’existence et la sécurité d’Israël ne sont frontalement mis en cause par l’islamisme sunnite non jihadiste. Sur ce point, il existe une concordance tacite entre la république américaine et des pays comme le Qatar et l’Arabie Saoudite. En fermant les yeux sur le non respect des droits de l’homme dans les pays où le salafisme non jihadiste domine et en se montrant bienveillant à l’égard de l’arrivée au pouvoir d’un islamise soft dans certains pays, les USA veulent en fait se prémunir contre toute tentation terroriste contre leur territoire. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif des États-Unis est de confiner l’islamisme à l’intérieur de ses frontières « naturelles » afin que les dégâts collatéraux ne puissent plus atteindre le sol américain.
Ici, le mot confinement est choisi à dessein. En effet, le confinement décrit mieux la politique étrangère américaine vis-à-vis de l’islamisme que l’endiguement. Le confinement signifie tout aussi bien l’isolement d’un prisonnier ou d’un homme convaincu de désordre dans une forteresse. Mais il signifie aussi l’interdiction d’un malade de quitter la chambre ou le maintien d’un animal dans un espace restreint et clos. C’est très exactement la doctrine américaine vis-à-vis de l’islamisme. Pour les USA, même les plus modérés d’entre les islamistes doivent être considérés comme des malades contagieux, des fouteurs de désordre et en tout cas comme des entités à fréquenter de loin et avec moult précautions. Pour les USA, les islamistes doivent donc être isolés dans leur propre espace afin qu’ils ne transmettent plus la maladie à autrui, entendez le terrorisme ou le prosélytisme. Le calcul des américains est simple : laissez-les s’entretuer entre eux afin qu’ils n’aient plus la tentation, la justification ou les moyens de commettre d’actes terroristes aux USA. Il sera temps d’aviser plus tard.
Il reste qu’en dépit des efforts que font les USA et ses amis islamistes pour cacher les véritables motifs de leur collusion, le jeu des États-Unis au Moyen-Orient et dans le monde arabe reste viscéralement hostile à la nation arabe. De ce point de vue, le rapprochement entre islamistes modérés et nationalistes arabes constitue une hérésie et un non sens historique. Jamal Abdennasser et Michel Aflak s’en retourneraient dans leur tombe. Tant que Washington n’aura pour buts affichés dans le monde arabe que sa mainmise sur le pétrole arabe et son alliance stratégique avec Israël, le pro américanisme de certains islamistes est à condamner avec la plus grande rigueur. Aucun des objectifs majeurs américains dans la région ne correspond aux intérêts stratégiques des Arabes. En cherchant à s’entendre coûte que coûte avec Washington sur le dos des intérêts vitaux arabes, les islamistes « accommodants » commettent « un crime, pire une faute ».

vendredi 13 juillet 2012, par Habib Touhami
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

lundi 23 juillet 2012

L’intervention "humanitaire" a provoqué une catastrophe humanitaire en Libye (Liberation News)..."La situation des Droits humains est bien pire aujourd’hui que sous le Colonel Kadhafi" selon l’Observatoire Libyen des droits de l’homme.

Des milices armées, employées par le CNT pour combattre les partisans de Kadhafi, continuent de sillonner le pays, pillant les villages et se livrant à des assassinats, enlèvements et tortures.
Neuf mois après le renversement par l’OTAN et les Etats-Unis de Mouammar Kadhafi en Libye, le pays est toujours la proie de la violence et du désordre, et les violations des droits humains y sont monnaie courante.
En fait, selon Nasser al-Hawary de l’Observatoire Libyen des droits de l’homme : "La situation des Droits humains est bien pire aujourd’hui que sous le Colonel Kadhafi." (Inter Press Service, 14 juillet). Cette déclaration est d’autant plus significative qu’elle provient d’un opposant politique de l’ancien gouvernement.
Le Conseil National de Transition, l’organe pro-impérialiste qui gouverne la Libye, s’est révélé incapable de faire respecter son autorité dans le pays. Des milices armées employées auparavant par le CNT pour combattre les supporters de Kadhafi continuent de parcourir le pays, pillant les villages et torturant, tuant et enlevant des gens sur leur passage.
Les Libyens à la peau noire et les immigrants africains sont les premières victimes de la terreur que les milices font régner. Les violences racistes ont été un élément central de la "révolution" libyenne qui s’est déclenchée le 17 février 2011.
Avant le soulèvement, la Libye accueillait environ 1 million de travailleurs immigrés. La propagande que les rebelles produisaient avec un talent particulier, a diaboliquement ciblé les immigrés noirs présentés comme des "mercenaires" du gouvernement Kadhafi de sorte que les Africains noirs ont été lynchés, torturés et emprisonnés parce qu’ils étaient noirs. Ce racisme dure toujours. En mars dernier, on a diffusé une vidéo qui montrait des Africains noirs détenus dans un zoo de Benghazi par des rebelles qui les torturaient et les forçaient à manger le drapeau de l’ancien pouvoir.
Le CNT retient encore en prison plus de 6000 personnes dans le pays. Dans le désert autour de Sabha, au sud-ouest de la Libye, plus de 1300 immigrés, la plupart d’Afrique sub-saharienne, sont détenus dans des prisons à ciel ouvert. Les détenus dorment à même le sol sans abri et sans matériel de couchage et l’eau et la nourriture manquent.
La situation des droits humains en Libye aujourd’hui n’est pas seulement pire que sous Kadhafi, comme dit al-Hawary ; c’est le jour et la nuit.
De fait, un rapport du 4 janvier 2011 du Conseil des droits humains de l’ONU de l’Assemblée Générale a donné une appréciation globalement positive de la situation des droits humains sous le gouvernement de la Jamahiriya et de Kadhafi. On lit dans la conclusion de ce rapport : "Plusieurs délégations ont aussi noté avec plaisir la détermination du pays à faire respecter les droits humains sur le terrain." La grande majorité des 46 délégations qui ont participé à l’étude ont félicité le gouvernement de la Jamahiriya de sa détermination à faire respecter les droits humains et de ses progrès dans ce domaine.
La répression politique dans la Libye "libre"
Les médias impérialistes ont applaudi les élections du 7 juillet comme le signe de la naissance d’un nouvel état démocratique. Ils n’ont quasiment pas signalé toutefois que, comme l’a reconnu lui-même le CNT, presque 40% des électeurs ont boycotté l’élection. De plus, les membres de l’ancien gouvernement qui n’avaient pas rallié le camp impérialiste n’ont pas été autorisés à se présenter aux élections. Et des dizaines de Libyens ont été exclus des listes électorales à cause de leur soutien au gouvernement de la Jamahiriya.
Sans surprise, Mahmoud Elwarfally Jibril, l’ancien premier ministre du CNT, a été déclaré vainqueur.
Plus tôt dans l’année, le CNT avait mis en place une loi dite "loi de glorification" qui permettait de mettre en prison les gens qui disaient du bien du gouvernement de Kadhafi ou critiquaient le soulèvement contre Kadhafi. Bien que la loi ait été abrogée en juin, elle a toujours de l’effet. Les enseignants en Libye hésitent à parler de l’histoire des 42 dernières années de leur pays par crainte des représailles et il semblerait que des livres d’histoire aient été censurés en vertu de cette loi.
Ce qui se passe aujourd’hui en Libye est un autre exemple de la "liberté" et de la "démocratie" que les bombes de l’OTAN et des Etats-Unis procurent.
Derek Ford
Pour consulter l’original : http://www.pslweb.org/liberationnews/news/human-rights-disas...
Traduction : Dominique Muselet
URL de cet article 17277 http://www.legrandsoir.info/libye-l-intervention-humanitaire-a-provoque-une-catastrophe-humanitaire-liberation-news.html

samedi 21 juillet 2012

De Montréal à Tokyo, des citoyens révoltés, indignés… et bastonnés....« Les mouvements d'Occupy Wall Street, de Madrid ou du Printemps érable ont été associés aux révoltes du Printemps arabe. Il y a certes des thèmes communs, le constat que les systèmes économiques et politiques ont failli et sont créateurs d'injustices et de vulnérabilité...

« En démocratie, le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de résister,
et donc de désobéir. »

Montréal, New York, Madrid… La violence s'est abattue sur les mouvements de désobéissance civile. La répression serait-elle la seule réponse possible de nos démocraties ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier.


Le 21/07/2012 à 00h00
Weronika Zarachowicz - Télérama n° 3262
Montréal, Madrid, New York, Tokyo... : depuis 2011, les mouvements de révolte de la jeunesse ont essaimé au cœur même de nos démocraties. Par-delà les doléances spécifiques, un même cri : ça ne va pas, nous voulons retrouver une voix, un espace. Et un esprit commun : les manifestants du Printemps érable ou du parc Zuccotti, à New York, n'ont pas fait la révolution, ils ont inventé une contestation souvent festive, démocratique et non violente, faite de concerts de casseroles, d'AG de milliers de personnes sans leader et d'occupations des places publiques... Face à eux, la réponse des gouvernants aura été répressive (409 arrestations à Oakland en janvier 2012, 700 à New York en octobre 2011, durcissement du droit de manifester au Québec, etc.). Comment expliquer cette réaction ? Nos démocraties seraient-elles incapables de gérer de nouveaux types d'exigences démocratiques ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier, professeure à Paris I et coauteure d'un essai précieux, Pourquoi désobéir en démocratie ?

1/ « Les mouvements d'Occupy Wall Street, de Madrid ou du Printemps érable ont été associés aux révoltes du Printemps arabe. Il y a certes des thèmes communs, le constat que les systèmes économiques et politiques ont failli et sont créateurs d'injustices et de vulnérabilité. Il y a certes une demande démocratique de la jeunesse, qui demande à avoir une voix, une expression et un espace. Mais la comparaison s'arrête là : les contestations en Espagne, aux Etats-Unis, au Québec ou au Japon montrent que les démocraties sont confrontées à leurs limites. Que nos démocraties, dont nous sommes si fiers, ne sont pas si démocratiques que cela et qu'on peut s'interroger sur la réalité de l'expression de chacun. Ces mouvements posent aussi des questions essentielles : n'y a-t-il pas des formes de résistance possibles, et nécessaires, en démocratie ? Doit-on avoir peur de la démocratie lorsque celle-ci exige de respecter pleinement la voix de chaque citoyen ?
« La politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens.Une guerre masquée qui ne dit pas son nom. »
Michel Foucault
2/ "Occuper" signifie qu'on n'a pas d'espace, pas de place dans la société actuelle. D'où l'idée d'occuper le seul espace disponible, l'espace public. Cette revendication de "public" est essentielle : comme l'entend le philosophe John Dewey, elle exprime l'intérêt général, l'idée simple que le citoyen a son mot à dire sur des choix politiques qui concernent sa propre vie et sont devenus l'apanage des politiques et des experts. Ambiance festive, marches pacifiques, manifestations presque nus... : le contraste est frappant entre le caractère non violent et démocratique des manifestants de Montréal ou de New York et l'intensité de la répression.

Car la violence est, pour l'instant, du côté de l'Etat. Les manifestants de 2011 et 2012 s'inscrivent dans la tradition de désobéissance civile pensée par le philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862) : choisir le pacifisme pour mieux dévoiler la violence cachée de l'Etat ou de la société, et provoquer un débat public. Cette vulnérabilité exhibée, chez les manifestants qui se laissent traîner par des policiers surarmés ou chez les petits vieux ou les mères de famille qui manifestent contre le nucléaire au Japon, a une puissance émotionnelle, car elle montre la violence qui leur fait face. Cette répression a été peu commentée. Tout se passe comme si les élites occidentales étaient entrées dans une forme de guerre contre toute revendication générale de partage des ressources, contre toute vraie contestation de la situation d'inégalité. Pour reprendre Michel Foucault inversant Clausewitz, la politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens. Une guerre masquée qui ne dit pas son nom.
3/ La réponse répressive est la marque de sociétés qui se protègent contre une désobéissance interne, perçue comme violente : l'occupation de l'espace par les manifestants, revendiquant que tout n'est pas la propriété des entreprises ou des personnes privées. Cette répression dit aussi qu'il faudrait apprendre à revendiquer comme il faut, qu'il y a une "bonne" contestation et une mauvaise, qui met en danger notre fonctionnement démocratique. Tout est fait pour décrédibiliser ces mouvements, en les présentant comme "irresponsables" et "illégitimes". Pour être un interlocuteur "respectable", il faut accepter des règles, passer par des canaux traditionnels : militer dans un parti, rallier un syndicat, participer à des forums civiques, intervenir dans la blogosphère... Mais, comme le dit le philosophe américain Stanley Cavell, il n'y a pas de règle qui nous dise comment revendiquer ("how to stake a claim"). C'est ce principe de la démocratie radicale que ces mouvements nous rappellent.
4/ Nous sommes face à des organisations horizontales, non hiérarchiques, a-partisanes, sans programme et sans dirigeant, et qui, du coup, ne sont pas toujours efficaces pour faire avancer leurs exigences. Mais leur pertinence se trouve ailleurs : dans leur capacité à contester l'organisation verticale de nos modes d'expression politiques, où la parole est réservée à certains et cantonnée, pour le plus grand nombre, au moment des votes. L'élection ne suffit plus à rendre compte des aspirations des gens. On retrouve ça dans tous les mouvements, cette espèce de refus de la hiérarchie, de la délégation des pouvoirs et de la démocratie représentative. Même au Japon, pourtant peu coutumier de ce type de révolte. On peut y voir le symptôme d'une perte de confiance dans les structures du pouvoir. L'Etat n'étant plus à même d'assurer des conditions de vie minimales pour tous, de compenser l'injustice, pourquoi accepterait-on cette organisation verticale ?
/ Resté embryonnaire, le mouvement “Occupy la Défense” n'a pas eu le même impact. Pourtant les mouvements de contestation ont proliféré dans la France de la fin des années 2000, mais sous la forme d'actions de désobéissance civile, reprenant le principe de Thoreau et Emerson : en démocratie, le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de résister, et donc de désobéir, lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Le refus de suivre une loi, un décret ou une circulaire tenus pour indignes ou injustes semble devenu une forme courante d'action politique.

La liste des groupes qui s'engagent dans ce genre de protestation s'allonge, au-delà de la fonction publique où ils ont émergé : membres du Réseau éducation sans frontières (RESF, voir leur site ici) qui cachent des élèves étrangers menacés d'expulsion ; arracheurs volontaires d'OGM ; agents de Pôle Emploi qui refusent de communiquer des noms de chômeurs susceptibles de radiation ; fonctionnaires qui refusent d'appliquer la tarification à l'acte à l'hôpital ; instituteurs qui refusent de faire passer des évaluations à l'école primaire... Ils sont le symptôme de l'état dans lequel se trouvent les pratiques de la démocratie dans l'Europe contemporaine, face à l'exceptionnelle disparité du rapport de pouvoir entre capital et travail qui règne aujourd'hui dans le monde. Mais traduisent aussi le maintien d'une ferme vigilance démocratique de la part des citoyens, d'un combat permanent, celui de la démocratie radicale, qui se livre sur toutes sortes de champs de bataille. »
Source : Télèrama.fr

jeudi 19 juillet 2012

SYRIE :«La bataille de Damas a commencé»,...comme toutes leurs manœuvres,elle ne sera qu’une autre tentative, peut-être l’ultime, aussi stupide et insensée qui annoncera l’échec effectif de la stratégie américano-sioniste baptisée « Nouveau Moyen-Orient »

Les puissances occidentales et du Golfe ont lancé la plus importante opération de guerre secrète depuis celle des Contras au Nicaragua. La bataille de Damas ne vise pas à renverser le président Bachar el-Assad, mais à fracturer l’Armée syrienne pour mieux assurer la domination d’Israël et des États-Unis au Proche-Orient. Alors que la ville s’apprête à un nouvel assaut des mercenaires étrangers, Thierry Meyssan dresse le point de la situation.
Venus de l’étranger, les Contras ont pris des postes frontière
en débutant leur invasion de la Syrie
Voici cinq jours que Washington et Paris ont lancé l’opération « Volcan de Damas et séisme de la Syrie ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle campagne de bombardements aériens, mais d’une opération de guerre secrète, comparable à celle conduite à l’époque Reagan en Amérique centrale.
40 à 60 000 Contras, principalement libyens, sont entrés en quelques jours dans le pays, le plus souvent par la frontière jordanienne. La majorité d’entre eux sont rattachés à l’Armée « syrienne » libre, structure paravent des opérations secrète de l’OTAN, placée sous commandement turc. Certains sont affiliés à des groupes de fanatiques, dont Al-Qaida, placés sous commandement du Qatar ou d’une faction de la famille royale saoudienne, les Sudeiris. Au passage, ils ont pris quelques postes frontières, puis ont rejoint la capitale où ils ont semé la confusion en attaquant au hasard les cibles qu’ils trouvaient : groupes de policiers ou de militaires isolés.

Mercredi matin, une explosion a détruit le siège de la Sécurité nationale où se réunissaient quelques membres du Conseil de sécurité nationale. Elle aurait coûté la vie au général Daoud Rajha (ministre de la Défense), au général Assef Chawkat (ministre adjoint) et au général Hassan Turkmani (adjoint du vice-président de la République). Les modalités de l’opération restent incertaines : il pourrait s’agir aussi bien d’un attentat suicide que d’un tir de drone furtif.
Washington espérait que la décapitation partielle de l’appareil militaire conduirait quelques officiers supérieurs à faire défection avec leurs unités, voire à se retourner contre le gouvernement civil. Il n’en a rien été. Le président Bachar el-Assad a immédiatement signé les décrets nommant leurs successeurs et la continuité de l’État a été assurée sans faille.
À Paris, Berlin et Washington, les commanditaires de l’opération se sont livrés au jeu indigne consistant à condamner l’action terroriste tout en réaffirmant leur soutien politique et logistique militaire aux terroristes. Sans honte, ils ont conclu que la responsabilité de ces assassinats ne revenait pas aux coupables, mais aux victimes en ce qu’elles avaient refusé de démissionner sous leur pression et de livrer leur patrie aux appétits occidentaux.
Caracas et Téhéran ont adressé leur condoléances à la Syrie, soulignant que l’attaque a été commanditée et financée et par les puissances occidentales et du Golfe. Moscou a également adressé ses condoléances et affirmé que les sanctions requises au Conseil de sécurité contre la Syrie équivalaient à un soutien politique aux terroristes qui l’attaquent.
Les chaînes de télévision nationales se sont mises à diffuser des clips militaires et des chants patriotiques. Interrompant les programmes, le ministre de l’Information Omran al-Zou’bi a appelé à la mobilisation de tous : le moment n’est plus aux querelles politiques entre gouvernement et opposition, c’est la Nation qui est attaquée. Rappelant l’article de Komsomolskaïa Pravda dans lequel je décrivais l’opération médiatique de démoralisation préparée par les chaînes occidentales et du Golfe [1], il a alerté ses concitoyens sur son déclenchement imminent. Puis, il a démenti l’intox des chaînes du Golfe selon lesquelles une mutinerie aurait éclaté au sein de la 4ème division et des explosions auraient dévasté sa principale caserne.
Les chaînes nationales ont diffusé plusieurs fois par heure des bandes-annonces indiquant comment capter leurs programmes sur Atlantic Bird en cas d’interruption des satellites ArabSat et NileSat.
Au Liban, sayyed Hassan Nasrallah a rappelé la fraternité d’armes qui unit le Hezbollah à la Syrie face à l’expansionnisme sioniste, et a assuré l’Armée syrienne de son soutien.
L’attentat a été le signal de la seconde partie de l’opération. Les commandos infiltrés dans la capitale ont alors attaqué diverses cibles, plus ou moins choisies. Ainsi, un groupe d’une centaine de Contras a attaqué la maison qui jouxte mon appartement au cri d’Allah Akbar !. Un haut responsable militaire y réside. Dix heures de combat ininterrompu ont suivies.
Alors qu’au début de la nuit, l’Armée ripostait avec mesure, l’ordre parvenait un peu plus tard de faire usage de la force sans retenue. Il ne s’agissait plus de lutter contre des terroristes venus déstabiliser la Syrie, mais de faire face à une invasion étrangère qui ne dit pas son nom et de sauver la patrie en danger.
L’aviation est entrée en action pour anéantir les colonnes de mercenaires se dirigeant vers la capitale.
En fin de matinée, le calme revenait progressivement dans l’agglomération. Les Contras et leurs collaborateurs étaient partout obligés de se retirer. La circulation était rétablie sur les grands axes routiers, et des barrages filtrants étaient installés dans le centre ville. La vie reprenait. Cependant, on entend encore des tirs épars ici ou là. La plupart des commerces sont fermés, et il y a de longues files d’attente devant les boulangeries.
Chacun s’attend à ce que l’assaut final soit lancé dans la nuit de jeudi à vendredi et la journée de vendredi. Il ne fait guère de doute que l’Armée syrienne en sortira à nouveau victorieuse car le rapport de force est tout à son avantage, et que cette armée de conscription est soutenue par la population, y compris par l’opposition politique intérieure.
Comme prévu, ArabSat et NileSat ont déconnecté le signal de la télévision Ad-Dounia en milieu d’après-midi. Le compte Twitter d’Ad-Dounia a été piraté par la CIA pour diffuser de faux messages annonçant une retraite de l’Armée syrienne.
Les chaînes du Golfe ont annoncé un effondrement de la monnaie préludant la chute de l’État. Le gouverneur de la Banque centrale, Adib Mayaleh, est intervenu sur la télévision nationale pour démentir cette nouvelle intox et confirmer le taux de change de 68,30 livres syriennes pour un dollar US.
Des renforts ont été déployés aux alentours de la place des Omeyyades pour protéger les studios de la télévision publique qui sont considérés comme une cible prioritaire par tous les ennemis de la liberté. Des studios de remplacement ont été installés dans l’hôtel Rose de Damas où se prélassent les observateurs des Nations Unies. La présence de ceux-ci, qui ont laissé perpétrer l’attaque de la capitale sans interrompre leur farniente, sert de facto de protection pour les journalistes syriens qui tentent d’informer leurs concitoyens au péril de leur vie.
Au Conseil de sécurité, la Fédération de Russie et la Chine ont opposé pour la troisième fois leur veto à une proposition de résolution occidentale et du Golfe visant à rendre possible une intervention militaire internationale. Leurs représentants ont inlassablement dénoncé la propagande visant à faire passer l’attaque extérieure contre la Syrie comme une révolte réprimée dans le sang.
La bataille de Damas devrait reprendre cette nuit.
Voltairenet.org

Amerique Latine : Périls et Espoirs de l’émancipation latino-américaine.

Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001.
Au début des années 90, la gauche latino-américaine était à l’agonie. La social-démocratie se ralliait au néo-libéralisme le plus débridé. Seuls quelques embryons de guérillas et le régime cubain survivant à la chute de l’URSS par une période de pénurie appelée « période spéciale » refusaient la « fin de l’Histoire » chère à Francis Fukuyama. Après avoir été le laboratoire de l’expérimentation du néo-libéralisme, l’Amérique latine est devenue depuis le début des années 2000, le laboratoire de la contestation du néolibéralisme. Des oppositions ont surgi en Amérique latine de manières diverses et désordonnées : des révoltes comme le Caracazo vénézuélien réprimé dans le sang (1989) ou le zapatisme mexicain, des luttes victorieuses contre des tentatives de privatisations comme les guerres de l’eau et du gaz en Bolivie ou encore des mobilisations paysannes massives comme celles des cocaleros boliviens et des sans-terres brésiliens. Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001.
Le tournant à gauche
à partir de 1999, des gouvernements se revendiquant de ces résistances se constituent. En un peu plus d’une décennie, plus de dix pays basculent à gauche s’ajoutant à Cuba où les frères Castro sont toujours au pouvoir. Portés par ces mouvements sociaux puissants, de nouveaux gouvernants de gauche aux trajectoires atypiques s’installent au pouvoir : un militaire putschiste au Venezuela, un militant ouvrier au Brésil, un syndicaliste cultivateur de coca en Bolivie, un économiste hostile à la dollarisation en équateur, un prêtre issu de la théologie de la Libération au Paraguay… Dans la plupart des cas, ce ne sont pas les partis sociaux-démocrates qui parviennent au pouvoir dans le cadre d’une alternance classique mais des mouvements issus de courants marginaux de la gauche radicale de leur pays. Cette gauche hétérogène, plus ou moins radicale, marque le retour de la question sociale au cœur de l’agenda politique après des décennies d’oubli pour cause de néo-libéralisme, la réhabilitation du rôle régulateur de l’état et l’introduction de dispositifs de démocratie participative. Celle-ci revêt des dimensions diverses. Certains gouvernent en accord avec les agences financières internationales (Brésil, Chili), d’autres affrontent l’opposition jusqu’aux tentatives de coups d’état (Venezuela), d’autres encore présentent une composante indigène qui se superpose un clivage ethnique aux clivages social et national (Bolivie). Ces gouvernements de gauche sont surtout une réponse à une situation d’urgence sociale créée par les décennies de néo-libéralisme avec la mise en place de programmes d’assistance pour répondre aux expressions d’indigence les plus criantes. Ce recul de la pauvreté constitue l’une des plus grandes réussites de ces gouvernements.
L’enjeu principal : rompre avec la dépendance
Le développement de gouvernements progressistes en Amérique latine a toujours été confronté à un défi de taille, celui de l’émancipation des états-Unis. Si les liens commerciaux ont été maintenus vers les états-Unis et l’Europe, les gouvernements de gauche ont réussi à mettre en place une diplomatie alternative, susceptible de mettre en échec les projets des états-Unis comme la Zone de Libre échange des Amériques, capable de mettre en place ses propres organisations d’intégration régionale comme les consensuelles UNASUR (Organisation supranationale rassemblant l’ensemble des États sud-américains fondée en 2008) et la CELAC (Communauté des États latino-amérciains et caraïbes, organisation supranationale rassemblant l’ensemble des États de l’aire latino-américaine et caribéenne, fondée en 2011), ou l’anti-impérialiste ALBA (Organisation régionale, fondée en 2005 et impulsée par Cuba et le Venezuela et élargie notamment à la Bolivie, l’Équateur et le Nicaragua). Les nationalisations de secteurs stratégiques se multiplient au Venezuela, en Bolivie ou en Argentine. Cette nouvelle donne internationale doit être comprise dans le contexte post-11 septembre où l’Amérique latine n’est plus une priorité pour les états-Unis occupés sur le front du Grand Moyen-Orient. Quand l’oncle Sam est occupé ailleurs des espaces d’action se révèlent. Au cours des années 60 et au début des années 70, une multiplicité d’expériences de gauche avait pu percer à la suite de la Révolution cubaine durant la guerre du Viêt Nam.
Cet aspect conjoncturel de l’émancipation des états-Unis constitue une sérieuse limite aux processus d’émancipation. Depuis plusieurs années, les menaces putschistes obscurcissent le ciel de la gauche latino-américaine. En juin 2009, le président de gauche du Honduras, Manuel Zelaya a été renversé par l’armée et l’élite hondurienne avec le soutien implicite de certains secteurs du Département d’état étasunien. Plus récemment, en juin 2012, le président de centre-gauche du Paraguay, Fernando Lugo a été destitué par un « coup d’état parlementaire » fomenté par la vieille oligarchie toujours majoritaire au Sénat. L’incapacité des gouvernements de gauche à conjurer ces initiatives contre l’un des leurs constitue un des périls majeurs pour les années à venir.
Des enjeux intérieurs immenses
A l’intérieur des pays où la gauche détient le pouvoir politique les indicateurs de pauvreté montrent une nette amélioration. Si les projets de libre-échange hémisphérique des états-Unis ont été mis en échec, ces nouveaux gouvernements semblent cependant échouer à mettre en œuvre un projet de société alternatif. L’objectif de « socialisme du XXIème siècle » formulé par Hugo Chávez ou le dessein de « démocratie participative » du PT de Lula semblent échouer sur les structures de l’état rentier dépendant du pétrole au Venezuela ou des pratiques clientélistes régionales au Brésil. Les différents gouvernements de gauche souffrent à des degrés divers d’un phénomène d’institutionnalisation et de baisse de leur propre popularité comme au Venezuela où le coussin électoral dont disposait Hugo Chávez s’effrite de scrutin en scrutin, même si l’opposition, décrédibilisée par son pouvoir passé, ne semble pas en mesure de revenir au gouvernement à court terme. L’ancienne oligarchie a, certes, perdu le pouvoir politique, mais maintient intégralement son pouvoir économique et médiatique dont elle use pour ses rêves de revanche. Les atermoiements autour du jugement des anciens dictateurs militaires des années 70 et 80 soulignent les difficultés à rompre avec l’ordre dominant existant.
Les perspectives restent pourtant ouvertes. Le retour de la droite chilienne au pouvoir en janvier 2010 ne signifie pas la fin des mouvements sociaux. Un mouvement étudiant sans précédent depuis le retour de la démocratie, appelé la « révolution des pingouins » a revendiqué, durant l’hiver austral 2011, la gratuité de l’éducation. Ce renouveau des mouvements sociaux n’est pas conscrit aux rares pays gouvernés par la droite. La mobilisation des communautés indigènes, en dépit des répressions, contre le projet Conga d’exploitation d’or et de cuivre au Pérou ou contre la construction d’une route dans la région TIPNIS en Bolivie prouve la poursuite de la dynamique de contestations à l’œuvre depuis plus d’une décennie. Ces mouvements sociaux augurent-ils l’aube d’un nouveau cycle ?
Les gouvernements de gauche ont été un des outils du mouvement social à un moment donné, il serait erroné de les considérer comme une fin en soi. Le cycle de contestations et de constructions d’alternatives à l’économie mondiale est toujours en cours en dépit des périls de renversement putschiste et du danger d’une institutionnalisation oubliant les préoccupations des classes populaires. Le chemin de l’émancipation latino-américaine est encore long, il sera nécessairement le fruit de nouveaux mouvements sociaux, de dépassement d’initiatives gouvernementales et de refus des manœuvres putschistes, soutenues plus ou moins ouvertement par le capital transnational. L’indépendance totale, politique et économique, de l’Amérique latine à l’égard des pays développés est à ce prix.
Thomas Posado
Collaborateur de la revue Recherches internationales
Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
http://www.recherches-internationales.fr/
URL de cet article 17264 http://www.legrandsoir.info/perils-et-espoirs-de-l-emancipation-latino-americaine.html

mercredi 18 juillet 2012

PSA : La colère gronde,Si PSA réussit à passer en force, le patronat sera encouragé pour récidiver...Alors,Trop c’est trop, et la colère, cette fois-ci, risque bien de déborder.

...Si la solidarité s’élargit, elle pourra servir d’école de formation pour toute une génération de militants, ainsi que pour les plus anciens, celles et ceux qui bataillent depuis des années contre les mauvais coups des gouvernements successifs et du patronat....

 Des menteurs ! ». « Des salauds ! ». Le mot était sur toutes les bouches jeudi matin, sur le parking, devant les tourniquets de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. En plus des 3000 postes directs en production que représenterait la fermeture du site à l’horizon 2014, ce sont 1.500 postes qui sont menacés sur le site de Rennes-La Janais et 3.500 autres hors production, à savoir parmi les personnels administratifs, techniciens, ingénieurs et cadres. Personne ne sera épargné par PSA. L’ensemble des salariés le sentent depuis des mois maintenant.
 
On connait la musique pour justifier l’injustifiable. Les arguments du groupe sont toujours les mêmes. « Le coût de production en France est de 10% plus élevé qu’en Europe orientale ». « PSA traverse des difficultés ». « C’est la crise ». Et pourtant, jamais les caisses du groupe n’ont été aussi pleines, remplies entre autres par de l’argent public. Jamais les rémunérations des « dirigeants » n’ont été aussi élevées. Jamais on n’a aussi grassement payé les actionnaires.
On comprend d’autant plus l’émotion des travailleurs. Et pourtant le plan avait été révélé l’an dernier déjà par la CGT. Cela n’a pas empêché la direction de nier son existence pendant douze mois. Lors du quart d’heure d’informations qui s’est tenu dans les ateliers jeudi matin à Aulnay, les chefs ont égrené les nouvelles que leur avait communiquées la direction avant le CCE extraordinaire convoqué le 12 juillet. Comme si de rien n’était, au milieu de la liste ces mêmes chefs, qui depuis un an relaient le discours de Varin selon lequel Aulnay n’est pas menacé, ont glissé que le site allait fermer. La réaction a été immédiate. Dans de nombreux ateliers, les chefs n’ont pas demandé leur reste et sont partis immédiatement. Les chaines n’ont pas démarré. Prévu à 13h30, le rassemblement à l’appel des syndicats a duré toute la matinée et s’est étendu pendant une partie de l’après-midi. Tant jeudi que vendredi, la production a hoqueté sur les sites d’Aulnay et de Rennes, avec un débrayage sauvage jeudi sur Aulnay et un débrayage massif le jour suivant sur Rennes.
Sur le parking du site de Seine-Saint-Denis, les cars continuaient à amener les travailleurs de l’équipe de l’après-midi qui apprenaient la nouvelle. Nombreux sont ceux qui badgeaient pour ressortir immédiatement après pour rejoindre leurs collègues de l’équipe du matin rassemblés avec d’autres délégations syndicales venues de plusieurs autres centres de production (PSA Saint-Ouen, Renault Cléon, etc.) ainsi que du département (CGT Plaine Commune, Roissy, etc.).
La colère était palpable, non seulement contre la direction du groupe, bien entendu, mais également contre les représentants locaux du PS, en la personne de Gérard Segura, maire d’Aulnay. Les travailleurs n’avaient toujours pas avalé que le gouvernement du « changement, c’est maintenant », leur ait envoyé les CRS lors de la manifestation devant le siège du groupe, avenue de la Grande-Armée, le 28 juin, alors qu’ils étaient soutenus par des délégations venues de tout l’Hexagone [1]. Quelques œufs ont volé, de l’autre côté des grilles, où se trouvaient quelques agents de maitrise et des chefs. « Ce n’est rien par rapport à ce qui va se passer en septembre [après la pause estivale qui commence le 27 juillet] » avertissaient plusieurs travailleurs, devant les journalistes présents. Sur les 3.000 salariés d’Aulnay, la moitié serait reclassée en interne, notamment à Poissy, où 700 licenciements sont également annoncés. Cherchez l’erreur ! L’autre moitié serait reclassée sur le bassin d’emploi, déjà sinistré. Varin a même inventé un nouveau concept : la revitalisation du site d’Aulnay après sa fermeture ! Sans oublier l’ensemble des emplois touchés directement ou indirectement, au niveau de la sous-traitance, sur le département, etc. Trop c’est trop, et la colère, cette fois-ci, risque bien de déborder.
C’est la CGT d’Aulnay qui a donné le ton du rassemblement qui s’est tenu devant les 600 travailleurs présents, ainsi que de nombreux soutiens syndicaux et politiques, notamment d’extrême gauche (NPA et LO), venus du département et au-delà. A part Marie-Georges Buffet, députée de la circonscription, et Segura, maire de la ville, la « gauche plurielle nouvelle mouture » brillait par son absence, Front de Gauche compris. L’heure est à la résistance et la perspective, c’est de faire reculer Varin. C’est le message qu’a délivré Jean-Pierre Mercier à la tribune, sans pour autant lever l’ambigüité sur ce que veut dire « nous vendrons cher notre peau » : interdiction des licenciements sur Aulnay en particulier et le groupe en général ou négociation d’indemnités de départ, comme cela s’est fait lors du cycle de luttes ouvrières contre les fermeture entre 2008 et 2009 ?

Des adversaires multiformes pour les travailleurs


La CGT a dressé cependant un bilan de l’annonce de la direction et a démonté un à un tous les arguments avancés par le groupe. Les syndicalistes ont également fait la liste des ennemis et des adversaires auxquels allaient avoir à faire face les travailleursdans les prochains mois : Varin et les siens bien entendu ; mais aussi le gouvernement qui, comme l’opposition de droite, s’époumone et feint la surprise : « PSA a attendu la fin des élections pour annoncer la fermeture », a déclaré François Hollande lors de son interview du 14 juillet, alors que c’était écrit noir sur blanc dans le plan secret de la direction que la CGT a publié l’été dernier ; « C’est un choc pour la nation », a surenchéri Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, « l’Etat n’acceptera pas en l’état le plan de PSA ». L’ensemble du gouvernement, au final, en appelle à davantage de concertation et ne dit pas refuser le plan en tant que tel, mais le plan « dans l’état ». Nuance. On sait comment ce genre d’atermoiements finit en général. On a tous en tête Lionel Jospin, en 1997, qui après avoir juré ses grands dieux que Renault Vilvorde n’aurait pas fermé, finissait par dire que « l’Etat ne peut pas tout », condamnant de ce fait des milliers de familles ouvrières belges à la misère.
C’est pour cela que les travailleurs de PSA, à commencer par les salariés des sites concernés, ainsi que de l’ensemble des sous-traitants, doivent s’organiser, immédiatement, à la base, pour exiger le retrait du plan de suppression, la non-négociation des licenciements en « échange » d’une dégradation des conditions de travail (comme Varin voudrait l’imposer sur SevelNord), voire même pour exiger, si nécessaire, la nationalisation, sous contrôle des salariés, des sites menacés, et leur mise en production au service des besoins socialisés de la population (transports en commun, voitures collectives, etc.). Pour ce faire, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Le jour de l’annonce du plan, aucun responsable syndical national n’était présent aux côtés des travailleurs, et pour cause. Sans doute cuvaient-ils leurs deux journées de discussions avec Hollande et Ayrault lors du Sommet des 9 et 10 juillet au cours duquel ils ont négocié la paix sociale pour la rentrée. A entendre leurs déclarations, à commencer par celles de Bernard Thibault, plus intéressé par sa succession à la tête de la centrale cégétiste que par le sort des sites menacés, on a l’impression d’entendre une « version bis » du gouvernement : il faut envoyer des experts et renégocier les PSE. Voilà en substance ce qu’a déclaré Thibault à la matinale de France-Inter le 12.

Coordination et comité de grève


A la tribune sur le parking, à Aulnay, Philippe Julien, responsable CGT, a indiqué combien il était nécessaire que les travailleurs du site s’adressent à l’ensemble de leurs collègues ainsi qu’à l’ensemble des travailleurs, à commencer par ceux dont l’emploi est menacé [2]. A quelques encablures de l’usine, à Roissy, Air France prépare une saignée à blanc de ses effectifs. La coordination des sites menacés et des équipes syndicales combatives doit être effectivement mise sur pied, dans l’unité, afin de se préparer à contrer, au moins dès la fin de la pause estivale, les plans du patronat.
Sur un site comme Aulnay où seule une minorité des salariés sont syndiqués, dans plusieurs syndicats différents de surcroit, il est aussi parfaitement juste qu’une équipe d’animation de la lutte soit mise en place, ouverte aux syndiqués comme au non syndiqués, révocable et agissant sur mandat des travailleurs en lutte. Cette proposition a également été votée par les travailleurs réunis sur le parking.

Pour un grand mouvement de solidarité avec les travailleurs de PSA : les licenciements ? « No pasarán » !


Reste à savoir maintenant comment dans l’ensemble des départements concernés, la Seine-Saint-Denis et l’Ille-et-Vilaine, mais aussi sur les sites du groupe, au sein même des équipes combatives, des comités de soutien vont pouvoir se structurer, pour appuyer les travailleurs qui ont voté la mise en place d’une coordination et d’un comité de grève, mais aussi pour appuyer leur lutte, les soutenir politiquement et financièrement, dans l’action militante et dans les rassemblements. C’est un embryon de tissu de solidarité qui nous sera nécessaire pour affronter ce que Hollande a eu le culot d’appeler lors de son interview du 14 juillet « l’effort partagé », c’est-à-dire larigueuret l’austérité, et qui va tous nous concerner, travailleurs du privé comme du public, jeunes, retraités et pensionnés. Sur l’ensemble des autres sites, même si les syndicats maison, toutes couleurs confondues, s’ingénient à dire aux collègues que nos sites ne seront pas touchés, la solidarité aussi doit se renforcer, à l’image de ce que nous avons fait le 28 juin, avec les cars de soutien qui sont venus des quatre coins de la France, et même d’Opel Bochum et de PSA Madrid.
C’est en ce sens que les luttes d’Aulnay et de Rennes sont centrales et qu’il faut poursuivre sur la voie du 28 et du 12, avec un plan de lutte pour l’ensemble des salariés du groupe. On veut donner aux délégués 15 heures de délégation supplémentaires pour étudier en détail les 500 pages de documents confidentiels communiqués par la direction en vue des CE de fin juillet, qui devraient préciser les découpages et les licenciements. Mais ce sont 15 heures qui devraient être utilisées à discuter avec les collègues, pour se cordonner, pour réfléchir tous ensemble comment s’organiser pour faire reculer Varin.
Si PSA réussit à passer en force, le patronat se sentira d’autant plus fort pour avancer dans d’autres secteurs (et déjà de nombreux plans sont annoncés, dans l’aérien, chez Sanofi, etc.). Si la solidarité s’élargit, elle pourra servir d’école de formation pour toute une génération de militants, ainsi que pour les plus anciens, celles et ceux qui bataillent depuis des années contre les mauvais coups des gouvernements successifs et du patronat. C’est en ce sens qu’Aulnay est la bombe sociale que craignent le patronat et le gouvernement. A nous de tout faire pour aider les travailleurs à en allumer la mèche.
Vincent Duse, CGT Peugeot Mulhouse, et Nicolas Rossel (93)
Source : http://www.ccr4.org/La-colere-gronde-a-PSA
14/07/12.