lundi 23 juillet 2012

L’intervention "humanitaire" a provoqué une catastrophe humanitaire en Libye (Liberation News)..."La situation des Droits humains est bien pire aujourd’hui que sous le Colonel Kadhafi" selon l’Observatoire Libyen des droits de l’homme.

Des milices armées, employées par le CNT pour combattre les partisans de Kadhafi, continuent de sillonner le pays, pillant les villages et se livrant à des assassinats, enlèvements et tortures.
Neuf mois après le renversement par l’OTAN et les Etats-Unis de Mouammar Kadhafi en Libye, le pays est toujours la proie de la violence et du désordre, et les violations des droits humains y sont monnaie courante.
En fait, selon Nasser al-Hawary de l’Observatoire Libyen des droits de l’homme : "La situation des Droits humains est bien pire aujourd’hui que sous le Colonel Kadhafi." (Inter Press Service, 14 juillet). Cette déclaration est d’autant plus significative qu’elle provient d’un opposant politique de l’ancien gouvernement.
Le Conseil National de Transition, l’organe pro-impérialiste qui gouverne la Libye, s’est révélé incapable de faire respecter son autorité dans le pays. Des milices armées employées auparavant par le CNT pour combattre les supporters de Kadhafi continuent de parcourir le pays, pillant les villages et torturant, tuant et enlevant des gens sur leur passage.
Les Libyens à la peau noire et les immigrants africains sont les premières victimes de la terreur que les milices font régner. Les violences racistes ont été un élément central de la "révolution" libyenne qui s’est déclenchée le 17 février 2011.
Avant le soulèvement, la Libye accueillait environ 1 million de travailleurs immigrés. La propagande que les rebelles produisaient avec un talent particulier, a diaboliquement ciblé les immigrés noirs présentés comme des "mercenaires" du gouvernement Kadhafi de sorte que les Africains noirs ont été lynchés, torturés et emprisonnés parce qu’ils étaient noirs. Ce racisme dure toujours. En mars dernier, on a diffusé une vidéo qui montrait des Africains noirs détenus dans un zoo de Benghazi par des rebelles qui les torturaient et les forçaient à manger le drapeau de l’ancien pouvoir.
Le CNT retient encore en prison plus de 6000 personnes dans le pays. Dans le désert autour de Sabha, au sud-ouest de la Libye, plus de 1300 immigrés, la plupart d’Afrique sub-saharienne, sont détenus dans des prisons à ciel ouvert. Les détenus dorment à même le sol sans abri et sans matériel de couchage et l’eau et la nourriture manquent.
La situation des droits humains en Libye aujourd’hui n’est pas seulement pire que sous Kadhafi, comme dit al-Hawary ; c’est le jour et la nuit.
De fait, un rapport du 4 janvier 2011 du Conseil des droits humains de l’ONU de l’Assemblée Générale a donné une appréciation globalement positive de la situation des droits humains sous le gouvernement de la Jamahiriya et de Kadhafi. On lit dans la conclusion de ce rapport : "Plusieurs délégations ont aussi noté avec plaisir la détermination du pays à faire respecter les droits humains sur le terrain." La grande majorité des 46 délégations qui ont participé à l’étude ont félicité le gouvernement de la Jamahiriya de sa détermination à faire respecter les droits humains et de ses progrès dans ce domaine.
La répression politique dans la Libye "libre"
Les médias impérialistes ont applaudi les élections du 7 juillet comme le signe de la naissance d’un nouvel état démocratique. Ils n’ont quasiment pas signalé toutefois que, comme l’a reconnu lui-même le CNT, presque 40% des électeurs ont boycotté l’élection. De plus, les membres de l’ancien gouvernement qui n’avaient pas rallié le camp impérialiste n’ont pas été autorisés à se présenter aux élections. Et des dizaines de Libyens ont été exclus des listes électorales à cause de leur soutien au gouvernement de la Jamahiriya.
Sans surprise, Mahmoud Elwarfally Jibril, l’ancien premier ministre du CNT, a été déclaré vainqueur.
Plus tôt dans l’année, le CNT avait mis en place une loi dite "loi de glorification" qui permettait de mettre en prison les gens qui disaient du bien du gouvernement de Kadhafi ou critiquaient le soulèvement contre Kadhafi. Bien que la loi ait été abrogée en juin, elle a toujours de l’effet. Les enseignants en Libye hésitent à parler de l’histoire des 42 dernières années de leur pays par crainte des représailles et il semblerait que des livres d’histoire aient été censurés en vertu de cette loi.
Ce qui se passe aujourd’hui en Libye est un autre exemple de la "liberté" et de la "démocratie" que les bombes de l’OTAN et des Etats-Unis procurent.
Derek Ford
Pour consulter l’original : http://www.pslweb.org/liberationnews/news/human-rights-disas...
Traduction : Dominique Muselet
URL de cet article 17277 http://www.legrandsoir.info/libye-l-intervention-humanitaire-a-provoque-une-catastrophe-humanitaire-liberation-news.html

samedi 21 juillet 2012

De Montréal à Tokyo, des citoyens révoltés, indignés… et bastonnés....« Les mouvements d'Occupy Wall Street, de Madrid ou du Printemps érable ont été associés aux révoltes du Printemps arabe. Il y a certes des thèmes communs, le constat que les systèmes économiques et politiques ont failli et sont créateurs d'injustices et de vulnérabilité...

« En démocratie, le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de résister,
et donc de désobéir. »

Montréal, New York, Madrid… La violence s'est abattue sur les mouvements de désobéissance civile. La répression serait-elle la seule réponse possible de nos démocraties ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier.


Le 21/07/2012 à 00h00
Weronika Zarachowicz - Télérama n° 3262
Montréal, Madrid, New York, Tokyo... : depuis 2011, les mouvements de révolte de la jeunesse ont essaimé au cœur même de nos démocraties. Par-delà les doléances spécifiques, un même cri : ça ne va pas, nous voulons retrouver une voix, un espace. Et un esprit commun : les manifestants du Printemps érable ou du parc Zuccotti, à New York, n'ont pas fait la révolution, ils ont inventé une contestation souvent festive, démocratique et non violente, faite de concerts de casseroles, d'AG de milliers de personnes sans leader et d'occupations des places publiques... Face à eux, la réponse des gouvernants aura été répressive (409 arrestations à Oakland en janvier 2012, 700 à New York en octobre 2011, durcissement du droit de manifester au Québec, etc.). Comment expliquer cette réaction ? Nos démocraties seraient-elles incapables de gérer de nouveaux types d'exigences démocratiques ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier, professeure à Paris I et coauteure d'un essai précieux, Pourquoi désobéir en démocratie ?

1/ « Les mouvements d'Occupy Wall Street, de Madrid ou du Printemps érable ont été associés aux révoltes du Printemps arabe. Il y a certes des thèmes communs, le constat que les systèmes économiques et politiques ont failli et sont créateurs d'injustices et de vulnérabilité. Il y a certes une demande démocratique de la jeunesse, qui demande à avoir une voix, une expression et un espace. Mais la comparaison s'arrête là : les contestations en Espagne, aux Etats-Unis, au Québec ou au Japon montrent que les démocraties sont confrontées à leurs limites. Que nos démocraties, dont nous sommes si fiers, ne sont pas si démocratiques que cela et qu'on peut s'interroger sur la réalité de l'expression de chacun. Ces mouvements posent aussi des questions essentielles : n'y a-t-il pas des formes de résistance possibles, et nécessaires, en démocratie ? Doit-on avoir peur de la démocratie lorsque celle-ci exige de respecter pleinement la voix de chaque citoyen ?
« La politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens.Une guerre masquée qui ne dit pas son nom. »
Michel Foucault
2/ "Occuper" signifie qu'on n'a pas d'espace, pas de place dans la société actuelle. D'où l'idée d'occuper le seul espace disponible, l'espace public. Cette revendication de "public" est essentielle : comme l'entend le philosophe John Dewey, elle exprime l'intérêt général, l'idée simple que le citoyen a son mot à dire sur des choix politiques qui concernent sa propre vie et sont devenus l'apanage des politiques et des experts. Ambiance festive, marches pacifiques, manifestations presque nus... : le contraste est frappant entre le caractère non violent et démocratique des manifestants de Montréal ou de New York et l'intensité de la répression.

Car la violence est, pour l'instant, du côté de l'Etat. Les manifestants de 2011 et 2012 s'inscrivent dans la tradition de désobéissance civile pensée par le philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862) : choisir le pacifisme pour mieux dévoiler la violence cachée de l'Etat ou de la société, et provoquer un débat public. Cette vulnérabilité exhibée, chez les manifestants qui se laissent traîner par des policiers surarmés ou chez les petits vieux ou les mères de famille qui manifestent contre le nucléaire au Japon, a une puissance émotionnelle, car elle montre la violence qui leur fait face. Cette répression a été peu commentée. Tout se passe comme si les élites occidentales étaient entrées dans une forme de guerre contre toute revendication générale de partage des ressources, contre toute vraie contestation de la situation d'inégalité. Pour reprendre Michel Foucault inversant Clausewitz, la politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens. Une guerre masquée qui ne dit pas son nom.
3/ La réponse répressive est la marque de sociétés qui se protègent contre une désobéissance interne, perçue comme violente : l'occupation de l'espace par les manifestants, revendiquant que tout n'est pas la propriété des entreprises ou des personnes privées. Cette répression dit aussi qu'il faudrait apprendre à revendiquer comme il faut, qu'il y a une "bonne" contestation et une mauvaise, qui met en danger notre fonctionnement démocratique. Tout est fait pour décrédibiliser ces mouvements, en les présentant comme "irresponsables" et "illégitimes". Pour être un interlocuteur "respectable", il faut accepter des règles, passer par des canaux traditionnels : militer dans un parti, rallier un syndicat, participer à des forums civiques, intervenir dans la blogosphère... Mais, comme le dit le philosophe américain Stanley Cavell, il n'y a pas de règle qui nous dise comment revendiquer ("how to stake a claim"). C'est ce principe de la démocratie radicale que ces mouvements nous rappellent.
4/ Nous sommes face à des organisations horizontales, non hiérarchiques, a-partisanes, sans programme et sans dirigeant, et qui, du coup, ne sont pas toujours efficaces pour faire avancer leurs exigences. Mais leur pertinence se trouve ailleurs : dans leur capacité à contester l'organisation verticale de nos modes d'expression politiques, où la parole est réservée à certains et cantonnée, pour le plus grand nombre, au moment des votes. L'élection ne suffit plus à rendre compte des aspirations des gens. On retrouve ça dans tous les mouvements, cette espèce de refus de la hiérarchie, de la délégation des pouvoirs et de la démocratie représentative. Même au Japon, pourtant peu coutumier de ce type de révolte. On peut y voir le symptôme d'une perte de confiance dans les structures du pouvoir. L'Etat n'étant plus à même d'assurer des conditions de vie minimales pour tous, de compenser l'injustice, pourquoi accepterait-on cette organisation verticale ?
/ Resté embryonnaire, le mouvement “Occupy la Défense” n'a pas eu le même impact. Pourtant les mouvements de contestation ont proliféré dans la France de la fin des années 2000, mais sous la forme d'actions de désobéissance civile, reprenant le principe de Thoreau et Emerson : en démocratie, le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de résister, et donc de désobéir, lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Le refus de suivre une loi, un décret ou une circulaire tenus pour indignes ou injustes semble devenu une forme courante d'action politique.

La liste des groupes qui s'engagent dans ce genre de protestation s'allonge, au-delà de la fonction publique où ils ont émergé : membres du Réseau éducation sans frontières (RESF, voir leur site ici) qui cachent des élèves étrangers menacés d'expulsion ; arracheurs volontaires d'OGM ; agents de Pôle Emploi qui refusent de communiquer des noms de chômeurs susceptibles de radiation ; fonctionnaires qui refusent d'appliquer la tarification à l'acte à l'hôpital ; instituteurs qui refusent de faire passer des évaluations à l'école primaire... Ils sont le symptôme de l'état dans lequel se trouvent les pratiques de la démocratie dans l'Europe contemporaine, face à l'exceptionnelle disparité du rapport de pouvoir entre capital et travail qui règne aujourd'hui dans le monde. Mais traduisent aussi le maintien d'une ferme vigilance démocratique de la part des citoyens, d'un combat permanent, celui de la démocratie radicale, qui se livre sur toutes sortes de champs de bataille. »
Source : Télèrama.fr

jeudi 19 juillet 2012

SYRIE :«La bataille de Damas a commencé»,...comme toutes leurs manœuvres,elle ne sera qu’une autre tentative, peut-être l’ultime, aussi stupide et insensée qui annoncera l’échec effectif de la stratégie américano-sioniste baptisée « Nouveau Moyen-Orient »

Les puissances occidentales et du Golfe ont lancé la plus importante opération de guerre secrète depuis celle des Contras au Nicaragua. La bataille de Damas ne vise pas à renverser le président Bachar el-Assad, mais à fracturer l’Armée syrienne pour mieux assurer la domination d’Israël et des États-Unis au Proche-Orient. Alors que la ville s’apprête à un nouvel assaut des mercenaires étrangers, Thierry Meyssan dresse le point de la situation.
Venus de l’étranger, les Contras ont pris des postes frontière
en débutant leur invasion de la Syrie
Voici cinq jours que Washington et Paris ont lancé l’opération « Volcan de Damas et séisme de la Syrie ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle campagne de bombardements aériens, mais d’une opération de guerre secrète, comparable à celle conduite à l’époque Reagan en Amérique centrale.
40 à 60 000 Contras, principalement libyens, sont entrés en quelques jours dans le pays, le plus souvent par la frontière jordanienne. La majorité d’entre eux sont rattachés à l’Armée « syrienne » libre, structure paravent des opérations secrète de l’OTAN, placée sous commandement turc. Certains sont affiliés à des groupes de fanatiques, dont Al-Qaida, placés sous commandement du Qatar ou d’une faction de la famille royale saoudienne, les Sudeiris. Au passage, ils ont pris quelques postes frontières, puis ont rejoint la capitale où ils ont semé la confusion en attaquant au hasard les cibles qu’ils trouvaient : groupes de policiers ou de militaires isolés.

Mercredi matin, une explosion a détruit le siège de la Sécurité nationale où se réunissaient quelques membres du Conseil de sécurité nationale. Elle aurait coûté la vie au général Daoud Rajha (ministre de la Défense), au général Assef Chawkat (ministre adjoint) et au général Hassan Turkmani (adjoint du vice-président de la République). Les modalités de l’opération restent incertaines : il pourrait s’agir aussi bien d’un attentat suicide que d’un tir de drone furtif.
Washington espérait que la décapitation partielle de l’appareil militaire conduirait quelques officiers supérieurs à faire défection avec leurs unités, voire à se retourner contre le gouvernement civil. Il n’en a rien été. Le président Bachar el-Assad a immédiatement signé les décrets nommant leurs successeurs et la continuité de l’État a été assurée sans faille.
À Paris, Berlin et Washington, les commanditaires de l’opération se sont livrés au jeu indigne consistant à condamner l’action terroriste tout en réaffirmant leur soutien politique et logistique militaire aux terroristes. Sans honte, ils ont conclu que la responsabilité de ces assassinats ne revenait pas aux coupables, mais aux victimes en ce qu’elles avaient refusé de démissionner sous leur pression et de livrer leur patrie aux appétits occidentaux.
Caracas et Téhéran ont adressé leur condoléances à la Syrie, soulignant que l’attaque a été commanditée et financée et par les puissances occidentales et du Golfe. Moscou a également adressé ses condoléances et affirmé que les sanctions requises au Conseil de sécurité contre la Syrie équivalaient à un soutien politique aux terroristes qui l’attaquent.
Les chaînes de télévision nationales se sont mises à diffuser des clips militaires et des chants patriotiques. Interrompant les programmes, le ministre de l’Information Omran al-Zou’bi a appelé à la mobilisation de tous : le moment n’est plus aux querelles politiques entre gouvernement et opposition, c’est la Nation qui est attaquée. Rappelant l’article de Komsomolskaïa Pravda dans lequel je décrivais l’opération médiatique de démoralisation préparée par les chaînes occidentales et du Golfe [1], il a alerté ses concitoyens sur son déclenchement imminent. Puis, il a démenti l’intox des chaînes du Golfe selon lesquelles une mutinerie aurait éclaté au sein de la 4ème division et des explosions auraient dévasté sa principale caserne.
Les chaînes nationales ont diffusé plusieurs fois par heure des bandes-annonces indiquant comment capter leurs programmes sur Atlantic Bird en cas d’interruption des satellites ArabSat et NileSat.
Au Liban, sayyed Hassan Nasrallah a rappelé la fraternité d’armes qui unit le Hezbollah à la Syrie face à l’expansionnisme sioniste, et a assuré l’Armée syrienne de son soutien.
L’attentat a été le signal de la seconde partie de l’opération. Les commandos infiltrés dans la capitale ont alors attaqué diverses cibles, plus ou moins choisies. Ainsi, un groupe d’une centaine de Contras a attaqué la maison qui jouxte mon appartement au cri d’Allah Akbar !. Un haut responsable militaire y réside. Dix heures de combat ininterrompu ont suivies.
Alors qu’au début de la nuit, l’Armée ripostait avec mesure, l’ordre parvenait un peu plus tard de faire usage de la force sans retenue. Il ne s’agissait plus de lutter contre des terroristes venus déstabiliser la Syrie, mais de faire face à une invasion étrangère qui ne dit pas son nom et de sauver la patrie en danger.
L’aviation est entrée en action pour anéantir les colonnes de mercenaires se dirigeant vers la capitale.
En fin de matinée, le calme revenait progressivement dans l’agglomération. Les Contras et leurs collaborateurs étaient partout obligés de se retirer. La circulation était rétablie sur les grands axes routiers, et des barrages filtrants étaient installés dans le centre ville. La vie reprenait. Cependant, on entend encore des tirs épars ici ou là. La plupart des commerces sont fermés, et il y a de longues files d’attente devant les boulangeries.
Chacun s’attend à ce que l’assaut final soit lancé dans la nuit de jeudi à vendredi et la journée de vendredi. Il ne fait guère de doute que l’Armée syrienne en sortira à nouveau victorieuse car le rapport de force est tout à son avantage, et que cette armée de conscription est soutenue par la population, y compris par l’opposition politique intérieure.
Comme prévu, ArabSat et NileSat ont déconnecté le signal de la télévision Ad-Dounia en milieu d’après-midi. Le compte Twitter d’Ad-Dounia a été piraté par la CIA pour diffuser de faux messages annonçant une retraite de l’Armée syrienne.
Les chaînes du Golfe ont annoncé un effondrement de la monnaie préludant la chute de l’État. Le gouverneur de la Banque centrale, Adib Mayaleh, est intervenu sur la télévision nationale pour démentir cette nouvelle intox et confirmer le taux de change de 68,30 livres syriennes pour un dollar US.
Des renforts ont été déployés aux alentours de la place des Omeyyades pour protéger les studios de la télévision publique qui sont considérés comme une cible prioritaire par tous les ennemis de la liberté. Des studios de remplacement ont été installés dans l’hôtel Rose de Damas où se prélassent les observateurs des Nations Unies. La présence de ceux-ci, qui ont laissé perpétrer l’attaque de la capitale sans interrompre leur farniente, sert de facto de protection pour les journalistes syriens qui tentent d’informer leurs concitoyens au péril de leur vie.
Au Conseil de sécurité, la Fédération de Russie et la Chine ont opposé pour la troisième fois leur veto à une proposition de résolution occidentale et du Golfe visant à rendre possible une intervention militaire internationale. Leurs représentants ont inlassablement dénoncé la propagande visant à faire passer l’attaque extérieure contre la Syrie comme une révolte réprimée dans le sang.
La bataille de Damas devrait reprendre cette nuit.
Voltairenet.org

Amerique Latine : Périls et Espoirs de l’émancipation latino-américaine.

Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001.
Au début des années 90, la gauche latino-américaine était à l’agonie. La social-démocratie se ralliait au néo-libéralisme le plus débridé. Seuls quelques embryons de guérillas et le régime cubain survivant à la chute de l’URSS par une période de pénurie appelée « période spéciale » refusaient la « fin de l’Histoire » chère à Francis Fukuyama. Après avoir été le laboratoire de l’expérimentation du néo-libéralisme, l’Amérique latine est devenue depuis le début des années 2000, le laboratoire de la contestation du néolibéralisme. Des oppositions ont surgi en Amérique latine de manières diverses et désordonnées : des révoltes comme le Caracazo vénézuélien réprimé dans le sang (1989) ou le zapatisme mexicain, des luttes victorieuses contre des tentatives de privatisations comme les guerres de l’eau et du gaz en Bolivie ou encore des mobilisations paysannes massives comme celles des cocaleros boliviens et des sans-terres brésiliens. Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001.
Le tournant à gauche
à partir de 1999, des gouvernements se revendiquant de ces résistances se constituent. En un peu plus d’une décennie, plus de dix pays basculent à gauche s’ajoutant à Cuba où les frères Castro sont toujours au pouvoir. Portés par ces mouvements sociaux puissants, de nouveaux gouvernants de gauche aux trajectoires atypiques s’installent au pouvoir : un militaire putschiste au Venezuela, un militant ouvrier au Brésil, un syndicaliste cultivateur de coca en Bolivie, un économiste hostile à la dollarisation en équateur, un prêtre issu de la théologie de la Libération au Paraguay… Dans la plupart des cas, ce ne sont pas les partis sociaux-démocrates qui parviennent au pouvoir dans le cadre d’une alternance classique mais des mouvements issus de courants marginaux de la gauche radicale de leur pays. Cette gauche hétérogène, plus ou moins radicale, marque le retour de la question sociale au cœur de l’agenda politique après des décennies d’oubli pour cause de néo-libéralisme, la réhabilitation du rôle régulateur de l’état et l’introduction de dispositifs de démocratie participative. Celle-ci revêt des dimensions diverses. Certains gouvernent en accord avec les agences financières internationales (Brésil, Chili), d’autres affrontent l’opposition jusqu’aux tentatives de coups d’état (Venezuela), d’autres encore présentent une composante indigène qui se superpose un clivage ethnique aux clivages social et national (Bolivie). Ces gouvernements de gauche sont surtout une réponse à une situation d’urgence sociale créée par les décennies de néo-libéralisme avec la mise en place de programmes d’assistance pour répondre aux expressions d’indigence les plus criantes. Ce recul de la pauvreté constitue l’une des plus grandes réussites de ces gouvernements.
L’enjeu principal : rompre avec la dépendance
Le développement de gouvernements progressistes en Amérique latine a toujours été confronté à un défi de taille, celui de l’émancipation des états-Unis. Si les liens commerciaux ont été maintenus vers les états-Unis et l’Europe, les gouvernements de gauche ont réussi à mettre en place une diplomatie alternative, susceptible de mettre en échec les projets des états-Unis comme la Zone de Libre échange des Amériques, capable de mettre en place ses propres organisations d’intégration régionale comme les consensuelles UNASUR (Organisation supranationale rassemblant l’ensemble des États sud-américains fondée en 2008) et la CELAC (Communauté des États latino-amérciains et caraïbes, organisation supranationale rassemblant l’ensemble des États de l’aire latino-américaine et caribéenne, fondée en 2011), ou l’anti-impérialiste ALBA (Organisation régionale, fondée en 2005 et impulsée par Cuba et le Venezuela et élargie notamment à la Bolivie, l’Équateur et le Nicaragua). Les nationalisations de secteurs stratégiques se multiplient au Venezuela, en Bolivie ou en Argentine. Cette nouvelle donne internationale doit être comprise dans le contexte post-11 septembre où l’Amérique latine n’est plus une priorité pour les états-Unis occupés sur le front du Grand Moyen-Orient. Quand l’oncle Sam est occupé ailleurs des espaces d’action se révèlent. Au cours des années 60 et au début des années 70, une multiplicité d’expériences de gauche avait pu percer à la suite de la Révolution cubaine durant la guerre du Viêt Nam.
Cet aspect conjoncturel de l’émancipation des états-Unis constitue une sérieuse limite aux processus d’émancipation. Depuis plusieurs années, les menaces putschistes obscurcissent le ciel de la gauche latino-américaine. En juin 2009, le président de gauche du Honduras, Manuel Zelaya a été renversé par l’armée et l’élite hondurienne avec le soutien implicite de certains secteurs du Département d’état étasunien. Plus récemment, en juin 2012, le président de centre-gauche du Paraguay, Fernando Lugo a été destitué par un « coup d’état parlementaire » fomenté par la vieille oligarchie toujours majoritaire au Sénat. L’incapacité des gouvernements de gauche à conjurer ces initiatives contre l’un des leurs constitue un des périls majeurs pour les années à venir.
Des enjeux intérieurs immenses
A l’intérieur des pays où la gauche détient le pouvoir politique les indicateurs de pauvreté montrent une nette amélioration. Si les projets de libre-échange hémisphérique des états-Unis ont été mis en échec, ces nouveaux gouvernements semblent cependant échouer à mettre en œuvre un projet de société alternatif. L’objectif de « socialisme du XXIème siècle » formulé par Hugo Chávez ou le dessein de « démocratie participative » du PT de Lula semblent échouer sur les structures de l’état rentier dépendant du pétrole au Venezuela ou des pratiques clientélistes régionales au Brésil. Les différents gouvernements de gauche souffrent à des degrés divers d’un phénomène d’institutionnalisation et de baisse de leur propre popularité comme au Venezuela où le coussin électoral dont disposait Hugo Chávez s’effrite de scrutin en scrutin, même si l’opposition, décrédibilisée par son pouvoir passé, ne semble pas en mesure de revenir au gouvernement à court terme. L’ancienne oligarchie a, certes, perdu le pouvoir politique, mais maintient intégralement son pouvoir économique et médiatique dont elle use pour ses rêves de revanche. Les atermoiements autour du jugement des anciens dictateurs militaires des années 70 et 80 soulignent les difficultés à rompre avec l’ordre dominant existant.
Les perspectives restent pourtant ouvertes. Le retour de la droite chilienne au pouvoir en janvier 2010 ne signifie pas la fin des mouvements sociaux. Un mouvement étudiant sans précédent depuis le retour de la démocratie, appelé la « révolution des pingouins » a revendiqué, durant l’hiver austral 2011, la gratuité de l’éducation. Ce renouveau des mouvements sociaux n’est pas conscrit aux rares pays gouvernés par la droite. La mobilisation des communautés indigènes, en dépit des répressions, contre le projet Conga d’exploitation d’or et de cuivre au Pérou ou contre la construction d’une route dans la région TIPNIS en Bolivie prouve la poursuite de la dynamique de contestations à l’œuvre depuis plus d’une décennie. Ces mouvements sociaux augurent-ils l’aube d’un nouveau cycle ?
Les gouvernements de gauche ont été un des outils du mouvement social à un moment donné, il serait erroné de les considérer comme une fin en soi. Le cycle de contestations et de constructions d’alternatives à l’économie mondiale est toujours en cours en dépit des périls de renversement putschiste et du danger d’une institutionnalisation oubliant les préoccupations des classes populaires. Le chemin de l’émancipation latino-américaine est encore long, il sera nécessairement le fruit de nouveaux mouvements sociaux, de dépassement d’initiatives gouvernementales et de refus des manœuvres putschistes, soutenues plus ou moins ouvertement par le capital transnational. L’indépendance totale, politique et économique, de l’Amérique latine à l’égard des pays développés est à ce prix.
Thomas Posado
Collaborateur de la revue Recherches internationales
Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
http://www.recherches-internationales.fr/
URL de cet article 17264 http://www.legrandsoir.info/perils-et-espoirs-de-l-emancipation-latino-americaine.html

mercredi 18 juillet 2012

PSA : La colère gronde,Si PSA réussit à passer en force, le patronat sera encouragé pour récidiver...Alors,Trop c’est trop, et la colère, cette fois-ci, risque bien de déborder.

...Si la solidarité s’élargit, elle pourra servir d’école de formation pour toute une génération de militants, ainsi que pour les plus anciens, celles et ceux qui bataillent depuis des années contre les mauvais coups des gouvernements successifs et du patronat....

 Des menteurs ! ». « Des salauds ! ». Le mot était sur toutes les bouches jeudi matin, sur le parking, devant les tourniquets de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. En plus des 3000 postes directs en production que représenterait la fermeture du site à l’horizon 2014, ce sont 1.500 postes qui sont menacés sur le site de Rennes-La Janais et 3.500 autres hors production, à savoir parmi les personnels administratifs, techniciens, ingénieurs et cadres. Personne ne sera épargné par PSA. L’ensemble des salariés le sentent depuis des mois maintenant.
 
On connait la musique pour justifier l’injustifiable. Les arguments du groupe sont toujours les mêmes. « Le coût de production en France est de 10% plus élevé qu’en Europe orientale ». « PSA traverse des difficultés ». « C’est la crise ». Et pourtant, jamais les caisses du groupe n’ont été aussi pleines, remplies entre autres par de l’argent public. Jamais les rémunérations des « dirigeants » n’ont été aussi élevées. Jamais on n’a aussi grassement payé les actionnaires.
On comprend d’autant plus l’émotion des travailleurs. Et pourtant le plan avait été révélé l’an dernier déjà par la CGT. Cela n’a pas empêché la direction de nier son existence pendant douze mois. Lors du quart d’heure d’informations qui s’est tenu dans les ateliers jeudi matin à Aulnay, les chefs ont égrené les nouvelles que leur avait communiquées la direction avant le CCE extraordinaire convoqué le 12 juillet. Comme si de rien n’était, au milieu de la liste ces mêmes chefs, qui depuis un an relaient le discours de Varin selon lequel Aulnay n’est pas menacé, ont glissé que le site allait fermer. La réaction a été immédiate. Dans de nombreux ateliers, les chefs n’ont pas demandé leur reste et sont partis immédiatement. Les chaines n’ont pas démarré. Prévu à 13h30, le rassemblement à l’appel des syndicats a duré toute la matinée et s’est étendu pendant une partie de l’après-midi. Tant jeudi que vendredi, la production a hoqueté sur les sites d’Aulnay et de Rennes, avec un débrayage sauvage jeudi sur Aulnay et un débrayage massif le jour suivant sur Rennes.
Sur le parking du site de Seine-Saint-Denis, les cars continuaient à amener les travailleurs de l’équipe de l’après-midi qui apprenaient la nouvelle. Nombreux sont ceux qui badgeaient pour ressortir immédiatement après pour rejoindre leurs collègues de l’équipe du matin rassemblés avec d’autres délégations syndicales venues de plusieurs autres centres de production (PSA Saint-Ouen, Renault Cléon, etc.) ainsi que du département (CGT Plaine Commune, Roissy, etc.).
La colère était palpable, non seulement contre la direction du groupe, bien entendu, mais également contre les représentants locaux du PS, en la personne de Gérard Segura, maire d’Aulnay. Les travailleurs n’avaient toujours pas avalé que le gouvernement du « changement, c’est maintenant », leur ait envoyé les CRS lors de la manifestation devant le siège du groupe, avenue de la Grande-Armée, le 28 juin, alors qu’ils étaient soutenus par des délégations venues de tout l’Hexagone [1]. Quelques œufs ont volé, de l’autre côté des grilles, où se trouvaient quelques agents de maitrise et des chefs. « Ce n’est rien par rapport à ce qui va se passer en septembre [après la pause estivale qui commence le 27 juillet] » avertissaient plusieurs travailleurs, devant les journalistes présents. Sur les 3.000 salariés d’Aulnay, la moitié serait reclassée en interne, notamment à Poissy, où 700 licenciements sont également annoncés. Cherchez l’erreur ! L’autre moitié serait reclassée sur le bassin d’emploi, déjà sinistré. Varin a même inventé un nouveau concept : la revitalisation du site d’Aulnay après sa fermeture ! Sans oublier l’ensemble des emplois touchés directement ou indirectement, au niveau de la sous-traitance, sur le département, etc. Trop c’est trop, et la colère, cette fois-ci, risque bien de déborder.
C’est la CGT d’Aulnay qui a donné le ton du rassemblement qui s’est tenu devant les 600 travailleurs présents, ainsi que de nombreux soutiens syndicaux et politiques, notamment d’extrême gauche (NPA et LO), venus du département et au-delà. A part Marie-Georges Buffet, députée de la circonscription, et Segura, maire de la ville, la « gauche plurielle nouvelle mouture » brillait par son absence, Front de Gauche compris. L’heure est à la résistance et la perspective, c’est de faire reculer Varin. C’est le message qu’a délivré Jean-Pierre Mercier à la tribune, sans pour autant lever l’ambigüité sur ce que veut dire « nous vendrons cher notre peau » : interdiction des licenciements sur Aulnay en particulier et le groupe en général ou négociation d’indemnités de départ, comme cela s’est fait lors du cycle de luttes ouvrières contre les fermeture entre 2008 et 2009 ?

Des adversaires multiformes pour les travailleurs


La CGT a dressé cependant un bilan de l’annonce de la direction et a démonté un à un tous les arguments avancés par le groupe. Les syndicalistes ont également fait la liste des ennemis et des adversaires auxquels allaient avoir à faire face les travailleursdans les prochains mois : Varin et les siens bien entendu ; mais aussi le gouvernement qui, comme l’opposition de droite, s’époumone et feint la surprise : « PSA a attendu la fin des élections pour annoncer la fermeture », a déclaré François Hollande lors de son interview du 14 juillet, alors que c’était écrit noir sur blanc dans le plan secret de la direction que la CGT a publié l’été dernier ; « C’est un choc pour la nation », a surenchéri Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, « l’Etat n’acceptera pas en l’état le plan de PSA ». L’ensemble du gouvernement, au final, en appelle à davantage de concertation et ne dit pas refuser le plan en tant que tel, mais le plan « dans l’état ». Nuance. On sait comment ce genre d’atermoiements finit en général. On a tous en tête Lionel Jospin, en 1997, qui après avoir juré ses grands dieux que Renault Vilvorde n’aurait pas fermé, finissait par dire que « l’Etat ne peut pas tout », condamnant de ce fait des milliers de familles ouvrières belges à la misère.
C’est pour cela que les travailleurs de PSA, à commencer par les salariés des sites concernés, ainsi que de l’ensemble des sous-traitants, doivent s’organiser, immédiatement, à la base, pour exiger le retrait du plan de suppression, la non-négociation des licenciements en « échange » d’une dégradation des conditions de travail (comme Varin voudrait l’imposer sur SevelNord), voire même pour exiger, si nécessaire, la nationalisation, sous contrôle des salariés, des sites menacés, et leur mise en production au service des besoins socialisés de la population (transports en commun, voitures collectives, etc.). Pour ce faire, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Le jour de l’annonce du plan, aucun responsable syndical national n’était présent aux côtés des travailleurs, et pour cause. Sans doute cuvaient-ils leurs deux journées de discussions avec Hollande et Ayrault lors du Sommet des 9 et 10 juillet au cours duquel ils ont négocié la paix sociale pour la rentrée. A entendre leurs déclarations, à commencer par celles de Bernard Thibault, plus intéressé par sa succession à la tête de la centrale cégétiste que par le sort des sites menacés, on a l’impression d’entendre une « version bis » du gouvernement : il faut envoyer des experts et renégocier les PSE. Voilà en substance ce qu’a déclaré Thibault à la matinale de France-Inter le 12.

Coordination et comité de grève


A la tribune sur le parking, à Aulnay, Philippe Julien, responsable CGT, a indiqué combien il était nécessaire que les travailleurs du site s’adressent à l’ensemble de leurs collègues ainsi qu’à l’ensemble des travailleurs, à commencer par ceux dont l’emploi est menacé [2]. A quelques encablures de l’usine, à Roissy, Air France prépare une saignée à blanc de ses effectifs. La coordination des sites menacés et des équipes syndicales combatives doit être effectivement mise sur pied, dans l’unité, afin de se préparer à contrer, au moins dès la fin de la pause estivale, les plans du patronat.
Sur un site comme Aulnay où seule une minorité des salariés sont syndiqués, dans plusieurs syndicats différents de surcroit, il est aussi parfaitement juste qu’une équipe d’animation de la lutte soit mise en place, ouverte aux syndiqués comme au non syndiqués, révocable et agissant sur mandat des travailleurs en lutte. Cette proposition a également été votée par les travailleurs réunis sur le parking.

Pour un grand mouvement de solidarité avec les travailleurs de PSA : les licenciements ? « No pasarán » !


Reste à savoir maintenant comment dans l’ensemble des départements concernés, la Seine-Saint-Denis et l’Ille-et-Vilaine, mais aussi sur les sites du groupe, au sein même des équipes combatives, des comités de soutien vont pouvoir se structurer, pour appuyer les travailleurs qui ont voté la mise en place d’une coordination et d’un comité de grève, mais aussi pour appuyer leur lutte, les soutenir politiquement et financièrement, dans l’action militante et dans les rassemblements. C’est un embryon de tissu de solidarité qui nous sera nécessaire pour affronter ce que Hollande a eu le culot d’appeler lors de son interview du 14 juillet « l’effort partagé », c’est-à-dire larigueuret l’austérité, et qui va tous nous concerner, travailleurs du privé comme du public, jeunes, retraités et pensionnés. Sur l’ensemble des autres sites, même si les syndicats maison, toutes couleurs confondues, s’ingénient à dire aux collègues que nos sites ne seront pas touchés, la solidarité aussi doit se renforcer, à l’image de ce que nous avons fait le 28 juin, avec les cars de soutien qui sont venus des quatre coins de la France, et même d’Opel Bochum et de PSA Madrid.
C’est en ce sens que les luttes d’Aulnay et de Rennes sont centrales et qu’il faut poursuivre sur la voie du 28 et du 12, avec un plan de lutte pour l’ensemble des salariés du groupe. On veut donner aux délégués 15 heures de délégation supplémentaires pour étudier en détail les 500 pages de documents confidentiels communiqués par la direction en vue des CE de fin juillet, qui devraient préciser les découpages et les licenciements. Mais ce sont 15 heures qui devraient être utilisées à discuter avec les collègues, pour se cordonner, pour réfléchir tous ensemble comment s’organiser pour faire reculer Varin.
Si PSA réussit à passer en force, le patronat se sentira d’autant plus fort pour avancer dans d’autres secteurs (et déjà de nombreux plans sont annoncés, dans l’aérien, chez Sanofi, etc.). Si la solidarité s’élargit, elle pourra servir d’école de formation pour toute une génération de militants, ainsi que pour les plus anciens, celles et ceux qui bataillent depuis des années contre les mauvais coups des gouvernements successifs et du patronat. C’est en ce sens qu’Aulnay est la bombe sociale que craignent le patronat et le gouvernement. A nous de tout faire pour aider les travailleurs à en allumer la mèche.
Vincent Duse, CGT Peugeot Mulhouse, et Nicolas Rossel (93)
Source : http://www.ccr4.org/La-colere-gronde-a-PSA
14/07/12.

PSA : 8000 emplois supprimés,mais des profits pour les actionnaires,déja 40% des bénèfices dans la finance

Grâce au travail des dizaines de milliers d’ouvriers et de cadres, aujourdhui "remerciés",  PSA a pu accumuler un capital lui permettant de se lancer dans la finance.

Les usines d’assemblage d’automobiles ne sont qu’une partie du groupe fondé par Peugeot. Au sein de cette structure, la banque PSA a rapporté 40% des bénéfices pour seulement 3% du chiffre d’affaires. Voilà qui illustre le glissement du capital européen de l’industrie vers la finance.

Dans l’histoire de ces 30 dernières années, La Réunion a vu disparaître ses derniers usiniers. Les groupes réunionnais qui dominaient la société de plantation se sont reconvertis dans d’autres secteurs sans doute plus productifs de leur point de vue. C’est ainsi que l’usinier est passé de l’industrie sucrière à la grande distribution avant de poser le pied dans le cœur même du capitalisme : la finance. Dans cette industrie, il n’y a pas de grèves, pas de jours fériés, et beaucoup moins de risque que de planter de la canne ou produire du sucre, car l’argent est là, et il s’agit d’en tirer des bénéfices. Les taux de productivité sont donc considérables, surtout lorsque l’on constate que c’est la finance qui est la première bénéficiaire des aides versées par les États depuis le début de la crise économique.
Des forges à la finance
Dans l’économie mondialisée, force est de constater que les Occidentaux ont lancé depuis déjà de nombreuses années la délocalisation de leurs industries vers d’autres pays, où le coût de production est beaucoup moins élevé. Mais à l’image des usiniers réunionnais, le capital de ces groupes industriels ne s’est pas volatilisé, il est parti vers l’industrie de la finance.
Les Réunionnais ont déjà entendu parler du Groupe Marine-Wendel. Cette société financière était un important actionnaire d’AOM-Air Liberté avant sa faillite. À l’origine de cette société financière, il y avait Wendel, un groupe industriel spécialisé dans la sidérurgie qui a migré vers la finance. Et aujourd’hui, les Forges de Wendel ne produisent plus d’acier.
Recul de l’industrie automobile en Europe
La semaine dernière, le groupe PSA a annoncé la suppression de 8.000 emplois dans sa filière industrielle. La lecture de ses comptes montre que la crise touche de plein fouet son cœur de métier, la construction de véhicules.
Par contre, dans ses filiales transport et accessoires (FAURECIA), les bénéfices augmentent. À elle seule, la banque PSA, avec 3% du chiffre d’affaires, réalise 40% du résultat opérationnel.
Tout cela permet au groupe d’obtenir un résultat net de 2,64 euros par action.
Dans ses perspectives, PSA prévoyait pour 2012 une baisse de 5% de la vente d’automobiles en Europe, et de 10% en France tandis que la progression se ferait en Chine, en Amérique latine et en Russie.
La semaine dernière, PSA a annoncé la suppression de 8.000 emplois et la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois. Ces résultats ne sont pourtant pas catastrophiques, car le groupe a dégagé plus d’un milliard de profits l’an passé.
Ces fermetures vont encore accroître la part de la finance dans les bénéfices avec comme perspective la majorité des profits effectués par la division bancaire du groupe.
Ce glissement progressif se fait au détriment de l’emploi en Europe, alors que c’est justement grâce au travail de ces dizaines de milliers d’ouvriers et de cadres que PSA a pu accumuler un capital lui permettant de se lancer dans la finance.
Les travailleurs ne laisseront pas faire cette injustice, mais dans quelle mesure le pouvoir politique soutiendra-t-il cette lutte ?
M.M.
Témoignage.re

mardi 17 juillet 2012

Syrie : La situation doit questionner l'Occident ?....Comment se fait-il qu'aux yeux de nos gouvernants, quelques centaines de manifestants à Derra ou à Hama et une poignée d'internautes « suffisent » à incarner « le peuple » syrien ?

Cet article se propose de revenir sur l'usage « à géométrie variable », fait par les États occidentaux, des concepts de « Peuple », « Terrorisme » et « Démocratie » ; qu'ils dissertent de la Syrie ou de leurs propres pays. Adopter pareil angle de vue permet de questionner non seulement notre positionnement sur les événements qui bouleversent une zone stratégique du Moyen-Orient mais surtout l'état de notre propre démocratie.
Comme une traînée de poudre, le « printemps arabe » a atteint et embrasé la Syrie... À propos de ces événements, l'argumentaire occidental s'articule en trois temps.

Les USA et l'UE soutiennent les mobilisations populaires et pacifiques visant à renverser Bachar Al Assad.
C'est pour se protéger de la répression exercée par le régime que le peuple syrien use de violence.
Quelle qu'en soit la forme, la révolte en Syrie se justifie puisqu'il s'agit d'un combat pour la démocratie.

Cet article invite à la réflexion autour de ces diverses propositions...

Quand le peuple se lève...

L'Occident « soutient les mobilisations populaires et pacifiques... ». À elle seule, cette assertion mérite de susciter une première réaction... de suspicion.

Un détail ? Au sujet de la Syrie, force est de constater que la cohérence n'est pas ce qui caractérise le discours européen, qui s'essaie plutôt au maniement du « deux poids, deux mesures »... Mille personnes la nuit à Homs, c'est le peuple syrien, mais pas un million de « pro-Bachar » dans les rues de Damas... Passons.

L'intérêt soudain porté par l'Occident à la Syrie découlerait de la situation dramatique vécue par la population de ce pays. Dès les premières heures de la révolte, les Vingt-Sept, menés par la France, ont choisi leur camp. À l'unisson, les États membres défendent le peuple syrien qui, courageusement, se lève, se bat pour la démocratie, exige de quoi vivre, a soif de libertés, manifeste et dit : « Non ! »...

Une remarque accessoire ? C'est bizarre comme cette phrase sonne faux dès lors que l'on y modifie un simple mot : « L'UE soutient les peuples européens qui se lèvent, se révoltent, revendiquent, crient : ''Assez !'' ». Cette formule n'a aucun sens...

Indignez-vous !

Rien que ces douze derniers mois, des millions de personnes se sont mobilisées pour marquer leur opposition aux programmes d'austérité expérimentés à travers l'Europe, sans que leur voix ne soit jamais entendue. Ce constat doit nous encourager à tempérer la confiance que nous accordons à la posture « pro-révolutionnaire » mimée par l'UE au sujet de la Syrie.

Quelle attitude adoptent, en effet, les « amis » belges ou français de la Syrie, les protecteurs du peuple syrien, dès qu'il s'agit de leurs propres populations ?

Sans la moindre considération envers les millions de manifestants et de grévistes français, Sarkozy fait passer en force sa « réforme des retraites ». Comme de la crasse, Cameron balaye les jeunes -« ces casseurs, ces bandits »- qui s'enflamment dans les quartiers défavorisés d'Angleterre. Équipé de balles en caoutchouc, l'exécutif espagnol éparpille les Indignés à Barcelone et Madrid. En accusant les syndicats de mener le pays vers l'abîme, Di Rupo lance son programme de « rigueur budgétaire ». En Grèce...

Victimes d'une grave intoxication... médiatique

Aussi, peut-il paraître surprenant que si peu de citoyens s'étonnent du soutien inopiné apporté par l'Occident aux Syriens. Comment se fait-il qu'aux yeux de nos gouvernants, quelques centaines de manifestants à Derra ou à Hama et une poignée d'internautes « suffisent » à incarner « le peuple » syrien ? De quelles vertus spécifiques ce dernier est-il porteur, pour soulever une telle indignation auprès de nos responsables politiques ?

« Il faut sauver le peuple syrien », martèlent les dirigeants occidentaux depuis mars 2011. Leur attitude à l'égard des peuples qu'ils administrent et leur refus de prendre la mesure des mouvements populaires qui secouent leurs propres pays, laissent transparaître un double discours. Analyser les propos opposés tenus par nos élus, qu'ils s'intéressent au peuple syrien ou bien à leurs propres concitoyens, doit donc nous pousser au scepticisme, à la plus grande méfiance quant à leur positionnement sur les questions relatives à « l'international ».

Pointer ces contradictions, cette hypocrisie, doit nous conduire à douter sérieusement du fait que ceux qui, chez nous, s'évertuent à taxer toute manifestation populaire de « réactionnaire », ceux qui n'ont de cesse de refuser « d'être pris en otage » par les grèves, ceux qui font tout pour présenter « un bris de vitre » de banque ou un « coup à agent » comme de la criminalité en bande organisée... on peut douter que ceux-là manifestent une compassion sincère envers le peuple syrien en lutte.

Une autre chose consiste à remarquer que l'Occident soutient... tout qui entend renverser Bachar Al Assad.

Révolu, le temps des révolutions ?

Le Peuple uni, jamais ne sera vaincu ? On devrait se réjouir du fait que nos gouvernants, poussés dans le dos par un vent chaud remontant depuis le sud de la Méditerranée, soient contraints de fredonner ce refrain (A). Car l'appui accordé par toutes les chancelleries occidentales à des peuples qui se rebellent a de quoi nous donner des idées en Europe... devrait nous encourager à suivre l'exemple arabe.

« Van Rompuy, dégage ! »

En effet, ne ressent-on pas le même désarroi terrible, la même rage sourde, dans l'immolation de Mohamed Bouazizi, le jeune Tunisien qui a déclenché le « printemps arabe », et dans le suicide, en avril dernier, de Dimitris Christoulas, un pensionné athénien (B) ?

« Merkel, dehors ! »

Dès lors, pourquoi n'aurions-nous pas la même légitimité que le peuple syrien ou que les Égyptiens à nous emparer des rues, à crier notre colère, à prendre la liberté de revendiquer des droits, à construire l'Europe des peuples...

À faire résonner aux « Ben Ali, dégage ! », en écho, des « Monti, t'es fini ! » ?

Violence économique ? Demandez aux ouvriers licenciés à Opel, à Carsid... s'ils ne la ressentent jusqu'au plus profond de leur chair. Violence institutionnelle ? Questionnez les mille chômeurs exclus ce mois-ci par l'ONEm, ils vous en diront des nouvelles. Insécurité, violence sociale ? Interrogez les pensionnés, les allocataires du CPAS qui survivent sous le seuil de pauvreté. Zones de non-droit ? Donnez la parole aux détenus entassés à Forest, aux sans-papiers parqués à Vottem, ils vous en toucheront deux mots...

« Barroso, dégage ! »

L'Europe, la grande faucheuse

L'UE... Elle m'a fauché mon fric, elle m'a fauché la vie...

Vu la situation qu'ils nous font endurer, vu la vie qu'ils nous imposent, nos mandataires politiques méritent que l'on ne tire de la situation en Syrie qu'une seule leçon essentielle : nous aussi, nous avons le droit, le devoir, de nous révolter.
Être cohérent, c'est choquant : si les Belges ne devaient retenir du « printemps arabe » qu'un seul slogan, ce serait le suivant...

« Di Rupo, dégage ! »

Dépasser les évidences

Quotidiennement, les gouvernements occidentaux réaffirment leurs positionnements à propos de la violence qui dévaste la Syrie. Afin de discuter de cela, il paraît utile d'introduire un certain nombre d'éléments dans la réflexion...

Rappel : quelques fondamentaux de la guerre contre le terrorisme

Tout le monde s'en souvient : fin mars 2012, en assassinant sept personnes, dont trois militaires et trois enfants juifs, Mohamed Merah faisait irruption dans nos foyers par la lucarne télévisée. On connaît sa fin... La menace était maximale !

Entrée en action de l'État français : « Plan écarlate », « raid » armé, isolement et élimination de la cible verrouillée. Affaire Merah, on connaît la suite : perquisitions et arrestations de complices potentiels dans les milieux de « l'islam radical », renforcement du contrôle des imams, discours électoralistes pointant le « péril islamiste » et amalgamant « musulmans » et « djihadistes en puissance », volonté du président-candidat Sarkozy de renforcer l'arsenal antiterroriste, en punissant notamment « l'apologie du terrorisme » et les internautes visitant des sites « extrémistes ».

Dieu est grand !

En Syrie, pour qui se donne la peine de s'informer, force est de constater qu'il n'y a pas un, comme en France, mais des centaines et des centaines de djihadistes actifs. Cette réalité est reconnue par toutes les parties au conflit : revendiquée par al Qaïda et confirmée par les USA. Quant à l'État syrien, il justifie son action par la nécessité de réprimer des gangs armés qui terrorisent la population.

Ce n'est plus un secret : « l'Armée syrienne libre » n'est pas uniquement composée de déserteurs refusant de massacrer les civils, comme le résument les séquences de JT. Depuis des mois, des Syriens, partisans des Frères musulmans, prennent les armes (convoyées via les pays limitrophes) et des salafistes entraînés en Libye ou rompus à la pratique de la « guerre sainte » en Irak se regroupent, affluent pour combattre les mécréants au pouvoir en Syrie (C).
Aucunes révélations ici : on est loin des Brigades internationaleset des pays tout à fait antidémocratiques comme le Qatar soutiennent les insurgés financièrement, matériellement, militairement et médiatiquement (via Al Jazira).

Les attentats à la voiture piégée à Damas ou à Alep se multiplient, les témoignages relatifs à des assassinats de chrétiens, d'Alaouites (D) ou de personnes favorables au régime, partout dans le pays, sont légion. Même Human Rights Watch s'est ému de certaines exactions commises par « l'opposition ».

La France aime les terroristes... quand ils s'attaquent à la Syrie

Il existe au moins trois manières distinctes de mettre en perspective « l'affaire Merah » et celle des « djihadistes » syriens.

Premièrement, on peut être frappé par certaines similitudes dans les deux situations. Deux États, la France et la Syrie, détenteurs du monopole de la violence légitime sur leur territoire, luttent contre le terrorisme.

Il faut le reconnaître : en France, par exemple, « l'opinion publique » est d'avis, à la suite de Sarkozy ou Hollande, que l'État doit afficher la plus grande fermeté à l'encontre du terrorisme, que mettre Mohamed Merah et ses pairs hors d'état de nuire est une nécessité, tout comme la guerre livrée par les États occidentaux contre al Qaïda et le fondamentalisme islamiste.

Or en Syrie, ce n'est pas à deux ou trois reprises, mais presque quotidiennement, que des intégristes tuent soldats et civils. Ne peut-on pas en déduire qu'une partie de la population syrienne pourrait réagir à la façon des Français, en réclamant plus de sécurité ?

Plus : si, comme la Syrie, jour après jour, semaine après semaine, la France était frappée par des attentats commis par des « fous de Dieu », comment l'État réagirait-il ? Jusqu'où serait relevé le niveau de vigilance et d'alerte ? De quelle couleur serait le plan antiterroriste, en pareilles circonstances ?

Les habitants des quartiers alaouites de Homs qui voient s'abattre sur leur immeuble, sur leur école, sur leur famille, les obus tirés par les rebelles n'ont-ils pas la même valeur que les autres victimes de la violence aveugle ? Il faut être cohérent : si on s'oppose au terrorisme salafiste en France, il faut être contre ce même terrorisme quand il martyrise la Syrie.

Pour qui défend, par principe, la « guerre contre le terrorisme » afin d'assurer, aux quatre coins du monde, la sécurité des populations, il est impossible d'expliquer comment un « terroriste djihadiste » devient un « combattant de la liberté » dès qu'il franchit la frontière syrienne. Si on combat al Qaïda en France, en Afghanistan ou en Irak, il faut également s'y attaquer en Syrie.

À bien y réfléchir, on pourrait même remarquer que réprimer, user de violence contre des « terroristes », constitue la fonction essentielle de tout État. Il y a bien évidemment une différence (importante) d'intensité dans la répression en Syrie et en France, mais pas de nature.

Dès lors, de quel droit un État comme la France s'arroge-t-il le pouvoir d'exercer une répression féroce contre le terrorisme mais dénie ce même pouvoir à l'État syrien ?

En fait, en poussant la logique de « la guerre contre le terrorisme » jusqu'à son paroxysme, on se rend compte que Nicolas Sarkozy, en affichant la plus grande clémence, voire un soutien, à l’autoproclamée « Armée syrienne libre », s'est rendu passible de prison, puisqu'il se place sous le coup de sa propre loi contre « l'apologie du terrorisme ».

Sarkozy veut s'attaquer au terrorisme.
Sarkozy soutient « l'Armée syrienne libre » au sein de laquelle se battent des djihadistes.
La position de Sarkozy sur la Syrie le rend passible de prison pour « apologie du terrorisme ».
 
Terrorisme intellectuel

Ainsi, on peut percevoir toute l'incohérence du discours véhiculé par les dirigeants occidentaux quand on compare leurs commentaires sur le « terrorisme islamiste » : inflexibles et catégoriques quand il touche la France ou d'autres pays, compréhensifs voire bienveillants quand il frappe la Syrie.

En tout cas, ces argumentaires « sécuritaires », parce qu'ils sont empreints de paradoxes, rendent moins crédible la volonté affichée par l'Occident de lutter sincèrement, sans arrière-pensées, contre le terrorisme. Cette réflexion nous amène donc à la possibilité d'interpréter les situations française et syrienne décrites précédemment, d'une deuxième manière.

Autre chose est, en effet, de dénoncer l'attitude de tous les États (américain, français, syrien, russe ou israélien...), dits « démocratiques » ou non, qui se sont fait une spécialité d'utiliser la « guerre contre le terrorisme » pour délégitimer et réprimer ceux qui s'opposent à l'ordre (spécifique) que ces États ont établi et défendent, réduisant de la sorte des problèmes politiques à des questions de banditisme.

Dans ce miroir, j'ai vraiment la tête à Bachar !

En fait, adopter cette deuxième perspective « plus attachée aux libertés » permet de jouer de « l'effet miroir », la situation en Syrie nous éclairant sur la répression à l'œuvre au sein de notre propre régime politique. On pourrait, en effet, se demander si les dérives liberticides, consécutives à l'exploitation politique - à la récupération - de la menace terroriste (E), ne constituent pas une problématique plus brûlante en Occident que celle de l'islamisme radical.

Car c'est au nom de « la guerre contre la terreur » que l'Occident a mis en place un contrôle généralisé de sa population et restreint les libertés d'opinion, d'expression et d'association (F).

Surveillance du web, mises sur écoute, appels à la délation, caméras panoramiques, fichages systématiques, manifestations interdites, « Il faut plus de flics »... Chez nous aussi, l'arsenal « contre le radicalisme » s'étoffe à l'infini.

Et s'il est évident que, contrairement à ce qui se passe en Syrie, on ne risque pas sa vie quand on manifeste en Belgique, il paraît cependant nécessaire de formuler, quitte à complexifier le raisonnement et à susciter la polémique, une série de remarques supplémentaires...

Terrorisme d'État
 
Faut-il se bercer d'illusions pour imaginer que les dirigeants occidentaux, pourfendeurs du terrorisme d'État syrien, iront jusqu'au bout de la logique.

Qui s'en étonnera encore ? Quand les « amis de la Syrie » se retrouvent pour « comploter ouvertement » contre le régime syrien, Hillary Clinton est « main dans la main » avec les bouchers d'Ankara qui bombardent les populations kurdes dans l'Est anatolien et au nord de l'Irak ; Reynders, Juppé ou Fabius sont « bras dessus, bras dessous » avec les potentats « intégristes sunnites » du Golfe. D'ailleurs, hurler très fort contre « Bachar, le Syrian killer », semble particulièrement approprié pour rendre inaudible le cliquetis des chenilles des chars de la monarchie « de droit divin » saoudienne -sponsor officiel de la Charia -, intervenant contre la majorité chiite révoltée à Bahreïn...

On pourra encore se questionner longtemps... Pourquoi nos chefs d'État ne s'offusquent-ils pas du terrorisme israélien ? Et pourquoi ne délivrent-ils pas, de toute urgence, un mandat d'arrêt international à l'encontre de Rasmussen, le secrétaire général de l'OTAN ? Pourquoi ne le traduisent-ils pas devant le TPI, en tant que chef d'une organisation terroriste, pour les massacres perpétrés en Afghanistan et en Libye ?

L'Europe, ce n'est quand même pas la Syrie !

Comment, dans ce cadre, interpréter la dénonciation occidentale des massacres commis par le régime syrien ? Tancerait-on uniquement le manque de cohérence de Marlboro, si cette firme réalisait un spot publicitaire pour le dépistage du cancer ?

En réalité, s'il semble salutaire de s'insurger contre la répression du régime syrien, il s'avère primordial, si l'on veut vraiment être cohérents, de nous mobiliser contre nos propres représentants, les pompiers pyromanes, qui mènent cette action à l'échelle internationale.

C'est vrai, on torture en Syrie ! L'objet de cet article n'est pas de nier d'horribles évidences mais plutôt d'apporter la précision suivante. Pour être complet, autant dire toute la cruelle vérité : pour l'Occident, « le clan Assad » n'est qu'un simple sous-traitant ! Après le 11 septembre 2001, non contente de sévir à Abou Ghrahib et Guantanamo, l'armée US a délocalisé une partie de son département « torture » dans des pays comme... la Syrie.

C'est exact, on tue en Syrie. Mais ce n'est pas faire preuve de cynisme que de le souligner : c'est au nom de « la guerre contre le terrorisme » que les États-Unis, suivis par l'Europe, ont tué des centaines de milliers de personnes en Afghanistan et en Irak.

L'Occident, adepte des barbudos et des barbus ?

Le peuple armé, jamais ne sera écrasé... Comment appréhender le nouveau refrain entonné par les pays européens, qui louent les techniques de guérilla des déserteurs syriens ?

« Bien évidemment », on n'entamera ici aucun débat sur la possibilité d'user d'une quelconque violence chez nous (G). Mais à tout le moins, si la situation en Syrie encourage nos autorités à estimer que la violence - même aveugle ? - peut être justifiée quand il s'agit du peuple qui se protège et combat l'oppression (un peu à la manière de la Résistance, taxée de « terroriste » par l'occupant allemand), il faut alors qu'elles regardent les « terroristes » kurdes en Turquie ou palestiniens en Israël, le Hezbollah ou les FARC sous un autre angle... celui de la lutte révolutionnaire ou de la guerre de libération.

À présenter le problème de la sorte, on constate tout de suite diverses limites au raisonnement.
Il est peu probable que les « hommes de principes » qui définissent le terrorisme comme une menace stratégique essentielle se muent en partisans acharnés de la « lutte armée ». « Au mieux », mettent-ils parfois sur un pied d'égalité les missiles à guidage laser tirés par les hélicoptères de Tsahal et les roquettes artisanales du Hamas.
De même, il est peu vraisemblable qu'ils prennent un jour en considération les combattants irakiens ou les talibans. Pour preuve, la manière dont Sarkozy, récusant d'avance toute explication aux actes posés par « le tueur de Toulouse » (qui voulait protester contre la guerre en Afghanistan et contre les meurtres commis au nom du sionisme), préconisait une lutte sans pitié contre « tous ces monstres, contre tous ces Mohamed Merah ».

Séance de gymnastique mentale
 
Quel principe privilégier, au final ? Celui relatif à l'ordre et à la sécurité publique ou bien celui qui renvoie à la libération des peuples ? En fait, s'il peut être opportun d'en faire primer l'un ou l'autre, en fonction des situations, il semble que nos politiciens soient passés maîtres dans l'art de la jonglerie. De la sorte, ils arrivent à démontrer pourquoi tuer et terroriser des civils innocents est un acte de terrorisme en France, une bavure en Afghanistan et un acte de résistance en Syrie.

S'il paraît malaisé pour quiconque de justifier que des Alaouites se fassent égorger en Syrie et ce, même si l'on considère que le régime syrien, dirigé par un Alaouite, est une dictature, la rhétorique occidentale ne s'embarrasse pas de ces contradictions, jugées secondaires. Elle n'hésite pas à réaliser un grand écart, en prenant un troisième angle de vue sur les situations française et syrienne de départ.

Dans ce dernier cas, nos maîtres à penser expliquent que les actions collectives, aussi violentes soient-elles, sont un moyen justifié... par une noble fin : la défense de la démocratie.
Cette violence est, par contre, illégitime en Occident puisque nous, nous vivons en démocratie...

En Europe, le double discours est bien rôdé, surfe sur l'évidence... Des personnes en armes dans la banlieue d'Alep, ce sont des libérateurs ; mais les banlieusards des quatre coins des capitales européennes, qui s'émeuvent de l'assassinat des leurs par la police, sont toujours appelés « émeutiers ».

La cohérence démocratique en quatre leçons

6 mai 2007 : même les premiers instants du mandat de Sarkozy ont témoigné de son profond mépris envers l'action sociale. « Rentrez chez vous ! Ici, c'est la démocratie. », avait-il asséné aux milliers de jeunes rassemblés sur les places de Nantes, Rennes ou Bordeaux pour protester contre son élection. Avec 53,6 % des voix (et un taux de participation de 83,97 % des électeurs inscrits), le président estimait que le mouvement social n'avait aucune légitimité puisque le peuple venait de s'exprimer dans les urnes.
Résumons : vote > mouvement (H)

Cinq ans plus tard, alors qu'il briguait (en vain) un second mandat, Sarkozy-candidat annonçait qu'il soumettrait, s'il était réélu, toutes ses grandes décisions à l'avis du peuple via référendum...
Synthétisons : référendum > vote > mouvement

Hasard du calendrier, presque au même moment, fin février 2012, l'État syrien organisait un référendum à propos d'une modification de la constitution en vigueur, ouvrant notamment la porte au multipartisme. Le « oui » a récolté 89,4 % des suffrages exprimés et le taux de participation a atteint 57,4 %... Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères de l'ancienne puissance colonisatrice de la Syrie, a néanmoins qualifié ce scrutin de « mascarade » et a encouragé le peuple syrien à poursuivre son combat.
Récapitulons : mouvement > référendum

Sur base de ces trois situations, on peut se demander où se cache la cohérence de la position française au sujet de la démocratie ? Quels sont donc, selon l'État français - fer de lance de la démocratie en Syrie -, les éléments constitutifs décisifs de la démocratie ? Le vote ? L'action sociale ? Les deux ?

Aucun des deux ! Par référendum, 54,68 % des Français ont dit : « Non ! » à la constitution (libérale) européenne. Qu'à cela ne tienne, quelque temps plus tard, Nicolas Sarkozy a dit : « Oui ! » au nom de la France, par des moyens détournés.

En réalité, comme avec les notions de « peuple » ou de « terrorisme », quand l'Occident mobilise la question de la « démocratie », il s'agit plus de propagande - afin de mettre en œuvre ses propres desseins - que de principes à défendre ou de dialectique à élaborer. Car les dirigeants européens se préoccupent autant de la démocratie que W. Bush s'intéressait à l'ONU.

Deux exemples récents en vrac : Retrait de souveraineté au profit de l'UE, de la BCE, du FMI et bain de sang social en Grèce. Passation de pouvoir du gouvernement élu à un gouvernement d'experts afin d'expérimenter la misère sociale à l'échelle de l'Italie...

La démocratie est grande !

C'est indubitable, la Belgique, ce n'est pas la Syrie. Chez nous, la propagande officielle est vraiment au point... au point de nous faire tourner la tête. Au point de cacher sous des appels à la démocratisation de la Syrie, le fait que nos dirigeants démantèlent les conquêtes démocratiques, chez nous. Au point de nous faire avaler qu'en attaquant nos droits et libertés, nos mandataires protègent la démocratie...
 
Nous, les Occidentaux, nous aimons la démocratie ! Il semble que nous l'aimions tellement que nos représentants ont déposé un copyright sur le concept. Au nom de la démocratie, que ne serions-nous capables de réaliser ? Sous cet étendard, tel un seul homme, nous nous sommes rangés derrière nos chefs, partis en croisade en Libye (combien de morts ? À quels camps ont servi les armes belges ? Qui peut citer le nom de la région qui veut désormais faire sécession ?).
 
Chaque jour, le travail se poursuit inlassablement, démontrant tout le savoir-faire du système auquel nous sommes assujettis, détenteur d'une expertise incomparable en matière de lavage de cerveau. Depuis la chute du Mur, combien de centaines de milliers de personnes l'Occident a-t-il tuées... au nom de la démocratie ? (I)

La Syrie dans le viseur...

Aujourd'hui, c'est au tour de la Syrie de se trouver dans notre ligne de mire.
Sanctions, embargo, soutien logistique aux opposants, transferts d'armes aux insurgés, bombardement à l'uranium appauvri... L'Occident dispose de multiples procédés pour déstabiliser le régime en place à Damas et ne se prive pas pour en utiliser déjà certains à son encontre.

Le film que BHL rêve de tourner...

On a pu se rendre compte, en live, de l'étendue des dégâts causés par la campagne « Choc et effroi » mise sur pied par les USA afin d'exporter par la force, en tant que dealer exclusif, la démocratie en Irak. Pourtant, on arrive toujours à se persuader qu'il faut créer, au plus vite, des « corridors humanitaires » en Syrie. Faut-il être à ce point « kouchnerisé », pour continuer à penser qu'armer les opposants à Bachar Al Assad ou lui faire directement la guerre va réduire le nombre de victimes civiles du conflit !

Bruxelles-Damas, aller-retour

En opérant un va-et-vient entre situations syrienne et européenne et en les confrontant aux récits qui leur donnent sens en Occident, cette contribution avait plusieurs ambitions.

D'abord, en observant la Syrie comme un reflet déformé de nous-mêmes, d'une part, prendre du recul par rapport à « nos » États, qui organisent un système économique mondialement injuste et le protègent par la propagande la plus insidieuse comme par la plus disproportionnée des violences. D'autre part, fournir la démonstration exemplaire de la puissance du peuple en mouvement, comme force sociale capable d'amener le changement.

Ensuite, pour dépasser la version occidentale en noir et blanc, pour appréhender ce pays dans sa complexité, offrir quelques clés de lecture originales à propos de la Syrie.
Il faut être de bon compte : les défauts des sociétés occidentales ne doivent pas nous empêcher de dénoncer des injustices ailleurs dans le monde. D'ailleurs, bon nombre d'intellectuels de tous bords se chargent déjà de cette mission à l'égard de la Syrie. Cependant, n'en déplaise à ceux qui entendent offrir une vision simpliste du conflit, il ne faut pas être un spécialiste du Moyen-Orient pour constater qu'il existe une convergence d'intérêts entre fondamentalistes religieux et fondamentalistes du marché (J), afin de déstabiliser un État syrien qui se présente comme « laïc, semi-socialiste et panarabe » (K).
Le « printemps arabe » nous a également appris cela : il ne faut pas négliger le fait que des forces (internes et externes) réactionnaires jouent un rôle de premier plan au sein des mouvements populaires... un rôle déterminant quant à la direction qu'ils emprunteront en Syrie.

Enfin, car tout ceci a été dit, rappeler que les solutions à la crise syrienne ne passeront jamais par une intervention des États occidentaux.