mardi 17 juillet 2012

"Vous sentez-vous plus arabe ou plus américaine ?" : l’histoire de deux femmes détenues et interrogées à Ben-Gourion....Je ne savais pas que le nom arabe de mon père ferait de moi une coupable jusqu’à preuve du contraire. "Quelques instants" se sont transformés en 14 heures de cauchemar à l’aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv.

...Nous n’avions commis aucun crime. Notre seul pêché était d’être nées de parents arabes. C’est alors que nous avons réalisé quelle vie protégée nous avions vécue. Nous avions bien sûr lu sur le profilage racial et entendu des témoignages de membres de nos familles et d’amis au collège, mais nous ne l’avions jamais vécu nous-mêmes....
Je suis citoyenne américaine. J’ai fréquenté des écoles américaines toute ma vie, je suis diplômée d’une université américaine et je travaille comme architecte à New-York. Pourquoi ceci m’est-il arrivé ? Tout a commencé par une simple question. "Quel est le nom de votre père ?" "Bassam."
"Ok, attendez quelques instants dans la salle d’attente, là-bas, s’il vous plaît."
Je ne savais pas que le nom arabe de mon père ferait de moi une coupable jusqu’à preuve du contraire. "Quelques instants" se sont transformés en 14 heures de cauchemar à l’aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv.
J’espérais qu’ils ne me sépareraient pas de mon amie Sasha, avec qui je voyageais. Nous avions été prévenues qu’il pourrait y avoir quelques interrogatoires et contrôles de sécurité mais on nous avait rassurées, nous étions jeunes, travaillant à New-York, nous avions des passeports américains, l’entrée en Israël ne devrait pas poser de problème. C’était ma troisième visite, et la première pour Sasha.
Sasha a été appelée pour être interrogée par une employée blonde décolorée et enceinte et a été conduite dans un petit bureau à gauche de notre salle d’attente. Vingt minutes ont passé avant que Sasha ne sorte, revenant rapidement à son siège.
Elle a essayé de me rassurer. "Ça va aller. Ils veulent juste voir si nous mentons sur quelque chose." Mais elle était à l’évidence troublée.
Maintenant c’était mon tour.
"Najwa, venez."
"Vous sentez-vous plus arabe ou plus américaine ?" m’a-t-elle demandé. J’avais répondu aux dix questions précédentes très calmement, mais à cette question, j’ai regardé l’agent de sécurité avec trouble et irritation. Elle ne devait pas être beaucoup plus âgée que moi - son tailleur et son expression sévère ne masquaient pas sa jeunesse.
- Je ne sais pas, je me sens les deux. Pourquoi ? Est-ce que ça a une incidence sur ma possibilité d’entrer ?
Elle a ignoré ma question. "Vous vous sentez sûrement un petit peu plus arabe, vous avez vécu dans beaucoup de pays du Moyen-Orient."
Je n’ai pas vu le lien. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de choisir. "Oui bien sûr, mais j’ai aussi vécu aux États-Unis ces sept dernières années, et j’y suis née, alors je me sens les deux." Ma réponse n’a rien fait pour la convaincre.
"Hmm. Irez-vous à Al-Aqsa ?"
"Oui, peut-être."
"Irez-vous aussi voir des sites juifs ?"
"Oui, pourquoi pas ? Nous voulons tout voir."
"Mais vous êtes déjà venue ici deux fois. Pourquoi venez-vous maintenant pour la troisième fois ? Vous pouvez aller au Vénézuela, au Mexique, au Canada. C’est bien plus près de New-York, et bien moins cher !"
J’ai réalisé que la conversation ne menait nulle part. "C’est vrai, mais je voulais revenir ici. N’avez-vous pas des touristes qui reviennent plus d’une fois ?"
"Ici c’est moi qui pose les questions," a-t-elle répondu mécontente.
"D’accord, nous allons maintenant faire quelque chose de très intéressant !" Son visage est passé d’un regard sévère à un petit sourire. Elle s’est mise à taper "http://www.gmail.com/" sur son ordinateur et a tourné le clavier vers moi. "Connectez-vous", a-t-elle demandé.
"Quoi ? Vraiment ?" J’étais choquée.
"Connectez-vous."
J’ai tapé mon nom d’utilisateur et mon mot de passe, complètement incrédule. Elle a commencé sa recherche intrusive : "Israël", "Palestine", "Cisjordanie", "International Solidarity Movement".
En y réfléchissant maintenant, je me rends compte que je n’aurais pas dû me connecter. J’aurais dû savoir que quoique je fasse à ce moment-là, rien ne pouvait changer ma situation, et que c’était une intrusion dans ma privée. Pourtant, toutes les questions, le sentiment que je devais me défendre parce que je voulais simplement entrer dans le pays, et le regard imperturbable des agents de sécurité m’ont donné l’impression que je n’avais pas le choix. J’étais inquiète, je laisserais Sasha tomber si je refusais et ce serait la raison de nos deux dénis d’entrer dans le pays.
Elle a passé ma boîte de réception au crible, lisant chacun des e-mails avec ces mots-clés. Il a lu des phrases à haute voix à sa collègue, rejouant de façon ironique et se moquant de vieilles conversations sur Google entre Sasha et moi sur notre futur voyage à Jérusalem. Je me tortillais sur mon siège.
Les autorités israéliennes ont une réputation notoire de déni d’entrée aux Palestiniens de toutes citoyennetés, et j’avais reçu toutes sortes d’avis, sollicités ou non, sur la façon de gérer le problème. L’agent de sécurité a ouvert l’e-mail d’un ami qui vit à Jérusalem, qui m’avait conseillé de me retirer des recherches sur internet. "Ils se sont mis récemment à googleliser les noms à l’aéroport," avait-il écrit. "Vois si tu peux t’enlever, c’est pas essentiel mais ça peut être utile."
Elle a trouvé ça particulièrement hilarant. En riant, elle a appelé sa collègue blonde et a relu la phrase d’un ton narquois. "Vous pouvez dire à votre ami que non seulement on vous googlelise, mais on lit aussi vos e-mails !"
J’étais on ne peut plus mal à l’aise, me demandant de quelle autre façon ils essaieraient de m’humilier. "Ok, je pense que vous avez assez lu !" ai-je dit. "Est-ce que vous faites est seulement légal ? Pouvez-vous s’il vous plait vous déconnecter maintenant ?"
L’agent de sécurité est devenue encore plus défensive. "Vous pouvez me demander de me déconnecter, mais vous savez ce que ça veut dire, d’accord ? Dites-moi de me déconnecter," m’a-t-elle nargué.
J’étais sans voix. Je me sentais complètement impuissante, furieuse et épuisée ; j’étais alors dans ma quatrième heure d’interrogatoire.
Après avoir lu plusieurs autres courriels, ils ont noté tous les noms de contacts, e-mails et numéros de téléphone qu’ils pouvaient trouver. Enfin, l’enquêtrice a dit, "Ok, vous pouvez sortir." Mais avant que j’ai pu éprouvé le plus petit sentiment de soulagement, elle a ajouté, "Bonne chance pour votre entrée en Israël."
Trois autres heures ont passé. Un homme grand et chauve s’est finalement approché de nous, tenant nos passeports. "Venez avec moi," a-t-il ordonné. Nous avons traversé le hall pour une autre salle d’attente, en face de deux petits bureaux.
"Là immédiatement, votre entrée en Israël est refusée." Malgré le pressentiment que j’avais en sortant de la pièce d’interrogatoire que mes heures dans ce pays étaient comptées, les mots m’ont quand même atteinte, avec déception, frustration et colère.
Sasha elle aussi. "D’accord, je veux un avocat," a-t-elle dit. "Et je veux appeler l’ambassade américaine, maintenant."
Nos demandes n’ont pas ébranlé le garde. "Oui, oui, appelez qui vous voulez, après la procédure." Et il est parti.
Nous avons observé ce qui se passait dans le bureau. Une grosse femme en uniforme, d’environ cinquante ans, prenaient des photos et les empreintes digitales d’un homme assis en face d’elle. Sasha a ensuite été appelée. La femme lui a dit de s’asseoir en face de l’appareil de photo.
"Attendez, avant que vous preniez ma photo, pouvez-vous me dire pourquoi vous le faites ?" a demandé Sasha.
"C’est la procédure. C’est comme ça que nous faisons en Israël", a répondu la femme, se retournant vers l’appareil photo.
"Vous me traitez comme une criminelle ! Je ne veux pas que vous preniez la photo," a dit Sasha. "On nous a déjà interdites d’entrée. Pourquoi faites-vous ça ?"
"Nous faisons la photo et ensuite vous attendrez dans un établissement jusqu’à votre vol."
Sasha insiste. "Quel établissement ? Notre vol est dans neuf jours ! Pourquoi nous interdit-on d’entrer ? Il faut que nous appelions l’ambassade maintenant !"
"Vous appellerez après la photo. Je ne sais pas pourquoi l’entrée vous est refusée. Mon boulot, c’est juste de faire la procédure. Quand je vais en Amérique, la même chose m’arrive. On me refuse l’entrée en Amérique," affirme la femme.
"Non," a répondu Sasha, "on ne vous la refuse pas."
Après qu’elle ait pris nos photos, nous nous sommes senties officiellement comme des criminelles. Et le fait que deux nouvelles gardiennes aient été maintenant affectées à notre surveillance constante n’a pas vraiment aidé à dissiper ce sentiment. Le plus humiliant était que chaque gardienne n’avait pas plus de vingt ans. Où que nous allions, elles étaient derrière nous. Même lorsque Sasha est allée aux toilettes, la garde de sécurité y est allée avec elle. Environ 30 minutes après, six autres gardes de sécurité nous ont entourées pour nous accompagner jusqu’à une autre pièce dans l’aéroport. C’était comme si tous les bergers étaient venus chercher deux petites brebis.
Nous n’avions commis aucun crime. Notre seul pêché était d’être nées de parents arabes. C’est alors que nous avons réalisé quelle vie protégée nous avions vécue. Nous avions bien sûr lu sur le profilage racial et entendu des témoignages de membres de nos familles et d’amis au collège, mais nous ne l’avions jamais vécu nous-mêmes.
Sasha et moi allions et venions anxieusement pendant qu’on nous faisait attendre dans le couloir. A un moment donné, j’ai tourné la tête et j’ai remarqué que les gardiennes montraient nos vêtements et admiraient le pantalon de Sasha. Et ça m’a frappé alors, pour la première fois, que ces gardes étaient en fait des filles jeunes, intéressées par la mode, comme nous. Dans d’autres circonstances, aurions-nous pu être amies ?
Elles nous ont conduit dans une autre pièce, peinte en blanc et avec une grosse machine de "détection des explosifs" intimidante. Les gardes ont commencé à ouvrir nos bagages et ont tout sorti, chaque vêtement, chaque tube de maquillage. Elles ont inspecté mon ordinateur portable et l’Ipad de Sasha, ont essuyé chaque élément avec un chiffon et les ont mis dans la machine. Tout a été passé aux rayons X et scanné, deux fois.
Après qu’elles se soient occupées de chaque élément de nos affaires, la fouille au corps a commencé. J’ai été emmenée à l’arrière de la pièce avec trois officiers de sécurité, un homme et deux femmes. La pièce était plus petite et fermée par un rideau. La femme plus âgée semblait former la plus jeune. Elle murmurait des instructions en hébreu tandis que la plus jeune me palpait. L’homme est resté juste devant le rideau à moitié ouvert. Elles ont scanné mon corps avec un détecteur de métal, et les boutons de mon jeans ont fait bipper l’appareil. "Enlevez votre pantalon," m’a dit immédiatement la plus âgée.
J’ai perdu ce qui me restait de sang-froid. "NON," ai-je répondu. "Nous sommes déjà interdites. Vous avez tout fouillé. Pourquoi faut-il que j’enlève mon pantalon après que vous m’ayez interdite d’entrée ? Je ne l’enlèverai pas."
"C’est comme ça que nous faisons en Israël," a répondu la femme sèchement. "Vous devez l’enlever."
"Et si je ne le fais pas ?"
"Alors quelqu’un le fera pour vous." Et ils sont tous sortis de la pièce.
Je me suis mise à pleurer et à trembler, un million de cauchemars différents me passant à l’esprit. Est-ce qu’ils allaient chercher davantage de gens pour me maîtriser ? Qu’est-ce qui allait bien pouvoir nous arriver ? Je voulais voir Sasha et ne pas rester seule une minute de plus, mais j’avais trop peur des conséquences si je quittais la pièce.
Les gardiennes sont revenues quelques minutes après avec un short pris dans ma valise. "Très bien," ont-elles dit, "Mettez ça."
Je l’ai enfilé, le visage plein de larmes. J’étais honteuse et mortifiée pendant qu’elle me palpait à nouveau tout le corps. Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée, aussi avilie et aussi violée.
A la fin de la "fouille de sécurité", j’ai remis mon jeans et je suis revenue dans la pièce blanche. Ce fut au tour de Sasha d’être fouillée.
Lorsque ce fut fini, deux hommes des services de l’immigration sont arrivés, portant nos passeports.
"Maintenant on va vous emmener dans un établissement."
"Un établissement ? Vous voulez dire une prison ? Vous nous arrêtez ? Combien de temps allons-nous y rester ?"
"Ce n’est pas une prison. C’est un établissement. C’est là que vont les gens dont l’entrée dans l’État d’Israël est refusée."
Ils ont pris tous nos bagages et nos téléphones et nous ont conduit à environ 5 minutes de l’aéroport, dans un immeuble blanc avec une barrière. Toutes les fenêtres avaient des doubles barreaux et aucune des portes n’avait de loquet. Nous avons traversé les couloirs sombres et nous sommes passées devant des pièces ouvertes avec des lits superposés.
"Vous pouvez appeler vos parents depuis mon téléphone, pas les vôtres. Laissez vos téléphones ici. Mais si c’est un appel international, utilisez les vôtres. Votre vol de retour est à 8h demain matin," nous a dit le gardien.
Nous avons appelé nos parents, puis il nous a emmenées au deuxième étage dans une pièce où il y avait dix lits superposés, quatre femmes endormies, un évier, une salle de bains et une douche.
Nous avons fixé les lits pendant une minute avant de nous étendre. Les matelas semblaient faits de ruban adhésif, la pièce sentait l’urine et il y avait un drap gris et rêche sur chaque lit. Nous avons plié mon pull en deux pour en faire un oreiller et nous nous sommes allongées ensemble sur le lit de 90cm de large, regardant le fond de la couchette au-dessus de nous. "PALESTINE LIBRE, je reviendrai. Maryam, 2006" et "21 activistes pacifiques de Gaza détenus" étaient gribouillés sur le bois. Lire et relire ces phrase m’a donné un étrange sentiment de paix, et nous avons dérivé dans un sommeil agité.
Vers 5h du matin, le gardien est venu réveiller une Espagnole, dans le lit à côté du nôtre. "Lavez-vous la figure," lui a-t-il dit. Elle s’est levée d’un bon, s’est aspergée le visage d’eau et a attendu qu’il revienne et déverrouille la porte. Nous nous sommes assises avec anxiété sur le lit, en attendant que ce soit notre tour de partir.
A 6h15, un gardien est arrivé et nous a dit que l’ambassade des États-Unis nous appelait au téléphone. Mes parents les avaient appelés depuis la Virginie après nos deux minutes de conversation pour les informer de ce qui nous arrivait. Sasha a répondu. "Oh, Dieu merci, vous avez essayé d’entrer en contact avec nous ! C’est Sasha. Nous en avons vu des vertes et des pas mûres, ces dernières heures."
"Comme je l’ai dit hier aux parents de votre amie, nous ne pouvons pratiquement rien faire. Je suis quand même contente que vous puissiez prendre le prochain vol," a dit la femme tranquillement.
"C’est ridicule. Ils ont ouvert les courriels de mon amie. C’est légal ?"
"Eh bien, ils font ce qu’ils veulent. Nous ne pouvons rien faire. Ils sont dans leur pays, et ils ont leurs propres règles."
"Si seulement vous pouviez voir dans quelles conditions nous sommes. J’aimerais que vous veniez et que vous sentiez la pièce."
"Oh, je suis vraiment désolée, mais au moins vous allez prendre le prochain vol," d’une voix fâcheusement monocorde.
"Je n’arrive pas à croire que vous financiez ce système. Je comprends la relation spéciale qu’il y a entre l’Amérique et Israël, mais il y a clairement quelque chose qui ne va pas dans la manière dont nous sommes traitées."
"Eh bien, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans beaucoup de systèmes." Il était clair qu’elle n’allait pas nous aider.
"Vous avez raison. Nous devrions tous juste nous asseoir ici et faire preuve de complaisance, comme vous. Bon, merci de nous avoir appelées." Et Sasha a raccroché.
Nous avions attendu cet appel désespérément, et la somme de frustration que nous avons éprouvée après l’avoir reçu était massive. Nous avions exigé plusieurs fois de pouvoir parler à l’ambassade américaine, espérant que le fait d’être Américaines nous donnerait une sorte de protection ou un peu de sécurité. Il n’y a pas de différence entre les citoyens en Amérique, pensions-nous naïvement. Certainement que l’ambassade des États-Unis allait venir à notre secours et exiger que nous soyons traitées comme des êtres humains. Certainement qu’ils vont chapitrer les Israéliens pour leurs pratiques révoltantes et exiger qu’ils agissent comme une démocratie qu’ils prétendent être.
Si nous avions été deux citoyennes américaines dans un "établissement" syrien ou iranien, la réaction de l’ambassade américaine aurait-elle été la même ? Obama lui-même n’aurait-il pas fait immédiatement une déclaration exigeant notre libération ? Si nous avions été des Américaines d’origine polonaise ou chinoise, aurions-nous été traitées de cette manière ? Les citoyens américains obtiennent habituellement un visa de trois mois dès leur arrivée. Pourquoi avons-nous été une exception ? Beaucoup de choses ne vont pas bien dans beaucoup de systèmes, mais quand nous finançons quelqu’un avec des milliards de dollars de nos impôts, cela veut dire que nous le soutenons.
Une heure après, qui nous a semblé une éternité, le gardien s’est montré. Il était maintenant 7h30, seulement 30 minutes avant notre vol. Cela n’a posé aucun problème puisque nous avons été conduites directement à la passerelle de l’avion. Nos passeports ont été remis au commandant du vol Air France. Lorsque nous sommes arrivées en France, trois policiers nous attendaient à la porte de l’avion, le commandant leur a donné nos passeports, et nous a conduites directement de l’avion à leur voiture de police.
"Est-ce que ça arrive souvent ?" a demandé Sasha.
"Tous les jours," a répliqué l’officier.
Najwa Doughman, Sasha Al-Sarabi
Source : Mondoweiss http://mondoweiss.net/2012/06/do-you-feel-more-arab-or-more-...
Traduction : MR pour ISM http://www.ism-france.org/temoignages/-Vous-sentez-vous-plus...
URL de cet article 17238 http://www.legrandsoir.info/vous-sentez-vous-plus-arabe-ou-plus-americaine-l-histoire-de-deux-femmes-detenues-et-interrogees-a-ben-gourion.html

Lettre ouverte d’un prêtre arabe de Syrie à Mr François Hollande....pourquoi vous faut-il assassiner et détruire des peuples entiers, pour qu’ISRAËL SEUL puisse enfin vivre et survivre ? ...

" Mr le Président, Il est aussi une question capitale, que je me dois, en tant que citoyen arabe de Syrie, de vous poser, ainsi qu’à tous les "leaders" occidentaux : « Pourquoi vous faut-il systématiquement assassiner les peuples arabes et musulmans ? "

Pressenza Damas, 7/9/12 Aussi ai-je tenu à vous écouter de bout en bout, hier soir 29 Mai, lors de votre interview sur TV5. Je nourrissais le vague espoir de voir définitivement tournée, la politique de cirque de votre burlesque prédécesseur. À vous écouter, je me suis rapidement surpris à m’interroger sur le bienfondé de mon attente. Il m’a fallu vite déchanter. Je restais ébahi devant votre visage bon enfant, pendant que vous vous permettiez de prononcer des jugements péremptoires, sur tout et sur tous, sans la moindre nuance ni hésitation.
Mais quand je vous ai entendu parler de la Syrie et de son Président, j’ai bien cru entendre la voix même des Maîtres qui vous ont juché sur ce premier poste de France, dans l’unique but de mener à bien le projet de destruction de la Syrie, que votre prédécesseur a été incapable de conduire jusqu’au bout.
Pour une première à la Télévision, c’en était bien une ! Je vous attends de pied ferme, lors des tout proches désenchantements des français. Pour ma part, vieux connaisseur de la France et des français, je me suis surpris à me dire : quelle dégringolade depuis le départ du Général de Gaulle !
Mr le Président, Avant de poursuivre, il est une coïncidence historique que je me dois de vous signaler, et que vous ignoriez sans aucun doute. Sinon vous auriez évité de vous laisser interviewer un 29 Mai ! En effet, il est un autre 29 Mai, au cours duquel la France s’est misérablement déshonorée.
C’était en 1945. En ce jour même, la France "MANDATAIRE", s’est permis de bombarder le Parlement Syrien à Damas, pour ensuite laisser ses soldats noirs, assassiner les 29 gendarmes en poste dans ce haut-lieu de la démocratie. Le saviez-vous ?
Mr le Président, N’est-il pas temps pour la France, et donc pour vous-même, de réfléchir pour de bon sur cette ignoble politique qui, depuis 1916, année des accords aussi secrets que honteux, appelés depuis "Accords Sykes-Picot", la conduit sur les ordres du Sionisme, à détruire la Syrie et le Monde Arabe ? N’y avait-il de clairvoyant et de noble, dans toute la France d’alors, que Mr Aristide Briand, Ministre des Affaires Étrangères, pour avoir donné à votre Consul Général à Beyrouth, Mr Georges Picot, en date du 2 Novembre 1915, en prévision de ces accords, cette consigne claire et perspicace : "Que la Syrie ne soit pas un pays étriqué… Il lui faut une large frontière, faisant d’elle une dépendance pouvant se suffire à elle-même" ?
Pour une Syrie "se suffisant à elle-même", et telle que l’avait déjà tracée en 1910, une carte géographique émanant de ce même Ministère des Affaires Étrangères, vous devez savoir ce qu’il en fut, après qu’elle fût amputée, au Nord-Ouest de la Cilicie, au Nord-Est de la région de Mardine, dans ce qui est l’Irak actuel, de Mossoul, à l’Ouest du Liban, au Sud de la Jordanie et de la Palestine, pour être décapitée en 1939, d’Antioche et du Golfe d’Alexandrette, offerts en cadeaux à la Turquie !
[...]
Mr le Président, Il est aussi une question capitale, que je me dois, en tant que citoyen arabe de Syrie, de vous poser, ainsi qu’à tous les "leaders" occidentaux : « Pourquoi vous faut-il systématiquement assassiner les peuples arabes et musulmans ? »
Vous l’avez déjà fait en dressant, entre 1980-90, l’Irak contre l’Iran, cet Irak, dont le malheureux Saddam Houssein se faisait traiter de "Grand ami", tant par Donald Rumsfeld que par Jacques Chirac ! Ce fut aussitôt après, le guet-apens du Koweït, entraînant la guerre contre l’Irak, suivi d’un blocus de (13) ans, qui a causé à lui seul, d’après les rapports américains mêmes, la mort de 1.500.000 enfants irakiens ! Ce fut ensuite la chevaleresque "guerre contre le terrorisme"… en Afghanistan ! Aussitôt suivie d’une nouvelle guerre contre l’Irak.
Quant à l’immortelle épopée de l’Otan en Lybie, conduite par "le général-philosophe" Bernard Henri Lévy, elle vint à nouveau compléter ces horreurs, sous prétexte de protection des droits de l’homme ! Et voici que depuis 15 mois, tout l’Occident s’acharne contre la Syrie, oubliant une infinité de problèmes très graves, à commencer par le Conflit israélo-arabe, qui menacent réellement la survie de l’humanité !
Or toutes ces tragiques politiques occidentales, vous les pratiquez sans honte et sans vergogne, sous couvert de tous les mensonges, de toutes les duplicités, de toutes les lâchetés, de toutes les contorsions aux Lois et Conventions Internationales. Vous y avez en outre engagé ces Instances Internationales, que sont les Nations-Unies, le Conseil de Sécurité et le Conseil des droits de l’homme, alors qu’elles n’ont existé que pour régir le monde entier vers plus de justice et de paix !
Seriez-vous donc, en Occident, en train de nourrir l’espoir stupide de mettre fin de cette façon à l’Islam ? Vos savants et vos chercheurs ne vous ont-ils pas fait comprendre que vous ne faites que provoquer un Islam outrancier, que vous vous obstinez d’ailleurs à financer, à armer et à lâcher avec nombre de vos officiers, un peu partout dans les pays arabes, et surtout en Syrie ? Ne vous rendez-vous pas compte que ce faux islam se retournera tôt ou tard contre vous, au coeur de vos capitales, villes et campagnes ?
Pour tout cela, laissez-moi vous rappeler, moi simple citoyen de Syrie, que cet islam que vous armez et dressez contre le Monde Arabe en général, et la Syrie en particulier, n’a rien à voir avec le véritable Islam, celui-là même que la Syrie a connu, lors de la Conquête arabe, ainsi que l’Égypte et enfin l’Espagne. Faut-il vous rappeler que les historiens occidentaux, dont des historiens juifs, ont dû reconnaître que l’Islam conquérant s’est révélé être le plus tolérant des conquérants ?
Ou ne seriez-vous, leaders occidentaux, dans vos différents pays, repus d’opulence et de "grandeur", que les vils exécuteurs des projets sionistes, depuis ces fameux Accords Sykes-Picot, et l’ignominieuse "Promesse Balfour", jusqu’à ce jour, et pour longtemps, semble-t-il, toujours empressés d’apporter à Israël, tous les soutiens possibles, connus et secrets, à tous les niveaux, aussi bien politiques et diplomatiques, que militaires, financiers et médiatiques ?
Oui, pourquoi vous faut-il assassiner et détruire des peuples entiers, pour qu’ISRAËL SEUL puisse enfin vivre et survivre ? Est-ce de la sorte que vous cherchez à réparer votre terrible complexe de culpabilité vis-àvis des juifs, dû à un antisémitisme plus que millénaire et proprement occidental ? Vous faut-il le faire au prix de l’existence même de ces peuples arabes et musulmans, au milieu desquels les juifs avaient mené une vie quasi normale, faite de cordialité, voire de riche collaboration ?
Si mes interrogations vous paraissent exagérées ou outrancières, permettez-moi de vous prier de lire ce qu’ont écrit sur l’emprise du Sionisme aux États-Unis, des hommes comme John Kennedy et Jimmy Carter, et des chercheurs courageux et connus, comme Paul Findley, Robert Dole, David Duke, Edward Tivnan, John Meirsheimer, Stephen Walt, Franklin Lamb, et surtout Noam Chomsky.
Pour ce qui concerne l’emprise du Sionisme en Europe, je m’en tiens aujourd’hui à la France seule. Vu la responsabilité qui est la vôtre, vous est-il permis d’oublier ou d’ignorer ce qu’ont, si courageusement, écrit : Roger Garaudy, Emile Vlajki, Pierre Leconte, Régis Debray, et surtout les juifs Michel Warshawsky, Stéphane Hessel, Serge Grossvak et le Professeur André Noushi ?
Si par impossible, tous ces noms ne vous disaient rien, laissez-moi vous rappeler quelques noms si connus en Israël même, qu’il serait malhonnête de les ignorer et d’ignorer ce qu’ils ont osé dire depuis quarante, voire cinquante ans, et certains bien avant la "création" d’Israël : Martin Buber, Albert Einstein, Yshayahou Leibowitz, Israël Shahak, Susan Nathan, Tanya Rheinhart.
Pour finir, laissez-moi vous rappeler un texte trop connu pour passer inaperçu. Il date du mois de février 1982. À lui seul, il constitue et condense l’implacable dictat sioniste, imposé depuis des dizaines d’années, à toute la politique occidentale. Il a paru dans la revue sioniste "KIVOUNIM", publiée à Jérusalem. Il s’agit d’un article intitulé "Stratégie d’Israël dans les années 1980", et il porte la signature de Mr Oded Yinon. Je me contente d’en citer un seul paragraphe, reproduit (p.62) dans un livre récent, intitulé "Quand la Syrie s’éveillera…", paru à Paris, chez Perrin, en 2011. Ses auteurs sont Richard Labévière et Talal El-Atrache. On y lit textuellement :
« La décomposition du Liban en cinq provinces, préfigure le sort qui attend le monde arabe tout entier, y compris l’Égypte, la Syrie, l’Irak et toute la péninsule Arabe. Au Liban, c’est un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l’objectif prioritaire d’Israël, à long terme, sur son front est ; à court terme, l’objectif est la dissolution militaire de ces États. La Syrie va se diviser en plusieurs États, suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un État alaouite chi’ite ; la région d’Alep un État sunnite ; à Damas, un autre État sunnite hostile à son voisin du nord ; les druzes constitueront leur propre État, qui s’étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Hourân et en Jordanie du Nord. Cet État garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme : c’est un objectif qui est maintenant à notre portée. »
[...]
Mr le Président, Pour finir, laissez-moi vous prier vivement de chercher à vous rendre personnellement compte, de tout ce dossier, et à mesurer la responsabilité que vous y assumez, avant qu’il ne soit trop tard.
Un ami, prêtre français, fin connaisseur de la Syrie, le Père Jean-Paul Devedeux, vient de vous écrire en ce jour même. Sa lettre est une invitation pressante qu’il vous adresse, pour une meilleure connaissance des arabes en général, et de la Syrie en particulier. L’enjeu est de taille.
Veuillez donc vous libérer du "rôle" que vous êtes en droit de rechercher, et surtout de celui que l’on cherche immanquablement à vous imposer.
La Syrie, "seconde patrie de tout homme civilisé" comme l’a si bien dit votre grand savant "André Parot", et terreau de toutes les civilisations, mérite une visite. Elle ne manquera pas de vous étonner, et même de vous captiver. Ayez le courage de la connaître de près. Vous en reviendrez porteur d’un projet de politique nouvelle, clairvoyante et juste, faite d’équilibre humain, qui repose sur les droits et devoirs de TOUS à l’égard de TOUS ! La vie, la liberté et la dignité sont pour TOUS !
Nouveau Président de la France, Je vous souhaite d’en prendre l’initiative. Vous n’y serez pas perdant autant que vous l’êtes en ce moment, et moins que vous le serez demain, si vous vous défilez !
Mr le Président, En vous confiant cet espoir, je vous dis mon respect.
Pr. Elias ZAHLAOUI Église Notre-Dame de Damas Koussour – Damas
http://pressenza.com/npermalink/lettre-ouverte-dxun-pretre-a...
URL de cet article 17253 http://www.legrandsoir.info/lettre-ouverte-d-un-pretre-arabe-de-syrie-a-mr-francois-hollande.html

lundi 16 juillet 2012

Déclaration de Caracas : XVIII Rencontre du Forum de Sao Paulo....Les peuples du monde unis contre le néolibéralisme et pour la paix

1. La XVIIIe rencontre du Forum de Sao Paulo, qui s’est tenue à Caracas les 4, 5 et 6 juillet 2012, s’est déroulée dans un contexte de crise structurelle profonde du capitalisme conjuguée à une lutte pour le contrôle d’espaces géopolitiques et géostratégiques, à l’émergence de nouveaux pôles de pouvoir, à des menaces pesant sur la paix mondiale et à l’agressivité militaire et interventionniste d’un impérialisme tentant d’enrayer son déclin.
 
A la crise économique s’ajoute une crise environnementale, énergétique et alimentaire, ainsi qu’une crise des systèmes de représentation politique. Cette situation appelle une réponse déterminée de la part des peuples latino-américains et caribéens et une action efficace des forces progressistes, populaires et de gauche.
2. La crise économique mondiale est loin d’être maîtrisée. Les responsables à la tête des institutions financières internationales restent embourbés dans le dogme néolibéral. L’effet de la récession aux Etats-Unis et de la paralysie du moteur européen est déjà perceptible dans de vastes régions, y compris en Chine, malgré le dynamisme de l’économie. La zone latino-américaine et caribéenne n’échappe pas aux répercussions négatives du marasme mondial, même si les politiques économiques et sociales d’une grande partie des gouvernements de la région ont permis d’éviter un impact majeur.
3. Tandis qu’en Europe et aux Etats-Unis, par exemple, le néolibéralisme demeure le fondement idéologique de la politique économique, qui se traduit par des mesures d’austérité permanente et par la primauté du capital, en Amérique latine, les forces progressistes et de gauche au pouvoir dans de nombreux pays prennent des initiatives qui ont permis – dans une certaine mesure – de sortir de la « longue nuit néolibérale » en lançant des plans sociaux de grande envergure, en obtenant des succès indiscutables dans la lutte contre la pauvreté et en insufflant une dynamique sans précédent au processus d’intégration. Tout l’enjeu consiste à poursuivre ces politiques et à approfondir ces changements dans le contexte actuel d’aggravation de la crise.
4. La droite et le camp impérialiste répondent de diverses manières au développement des forces démocratiques, populaires, progressistes et de gauche en Amérique latine et dans les Caraïbes, notamment à travers l’agression systématique du gouvernement des États-Unis, la manipulation et la criminalisation des revendications sociales dans le but de provoquer des affrontements violents et une contre-offensive putschiste.
5. En Bolivie, on retiendra les deux tentatives de coup d’Etat et celle de magnicide, ainsi que la mutinerie policière récemment mise en échec par l’intervention des mouvements sociaux. Mais d’autres pays ont également connu des épisodes putschistes : en 2002, le Président Chavez a été destitué pendant 48 heures, et en juin 2009, son homologue hondurien a été chassé du pouvoir ; en septembre 2010, c’est l’Equateur qui échappe à un coup d’Etat grâce à la mobilisation immédiate du peuple équatorien et à l’intervention rapide de la communauté internationale. Il y a seulement quelques semaines, Fernando Lugo, le Président du Paraguay, a été renversé. Cet événement, à l’instar du putsch hondurien, démontre que la droite est prête à user de méthodes violentes et/ou à recourir à la manipulation des voies institutionnelles pour se débarrasser des gouvernements qui ne servent pas ses intérêts.
6. De même, la droite a lancé une vaste campagne médiatique pilotée à l’échelle internationale par de puissants consortiums de communication. L’attitude de ces derniers constitue un thème récurrent de l’agenda politique régional. Les grandes corporations déploient des plans de déstabilisation et agissent comme des organes de pouvoir plus influents que les gouvernements émanant du suffrage universel. Jour après jour, les grandes entreprises médiatiques défient la démocratie et ses institutions. En conséquence, la démocratisation de la communication représentera sans doute à l’avenir l’un des principaux enjeux pour les pouvoirs de gauche.
7. Parallèlement, des victoires électorales significatives ont récemment été remportées, comme celles de Dilma Rousseff au Brésil, de Daniel Ortega au Nicaragua, de Cristina Fernandez de Kirchner en Argentine ou de Danilo Medina en République dominicaine : des succès indiscutables qui reflètent l’avancée des forces progressistes et de gauche.
8. Il y a quelques jours, les Présidentes Dilma Rousseff et Cristina Fernandez de Kirchner et le Président José Mujica ont décidé d’expulser du Mercosur le gouvernement putschiste du Paraguay jusqu’à ce que la démocratie soit restaurée, et ont approuvé dans le même temps l’admission du Venezuela comme membre de plein droit du principal groupement politique et économique de cette partie du monde.
9. Il est probable que l’Equateur intègre le Marché commun du Sud à plus ou moins court terme, ce qui établirait une réalité nouvelle en offrant à l’organisation un débouché sur le Pacifique après avoir assuré l’ouverture vers les Caraïbes grâce à l’admission du Venezuela.
10. Dans le même temps, les chefs d’Etat des pays formant la Communauté andine des nations s’efforcent de s’engager plus avant sur la voie de l’intégration, même s’ils devront pour cela surmonter des difficultés de taille.
11. Par ailleurs, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) met en place des politiques économiques communes telles que le SUCRE, le Fonds de réserve et le Pétrocaribe, et les Présidents ont récemment décidé de créer une zone économique ALBA, ce qui marque une nouvelle étape dans la volonté d’intégration d’Antigua-et-Barbuda, de la Bolivie, de Cuba, de l’Equateur, de la Dominique, du Nicaragua, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines et du Venezuela.
12. Les efforts déployés par l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) sont à la fois surprenants et encourageants. Un ensemble d’initiatives d’intégration ont été mises en oeuvre, à l’instar de la définition d’une politique de défense commune caractérisée notamment par le développement et le maintien de l’Amérique latine comme zone de paix dépourvue d’armes nucléaires. Parallèlement, des progrès sont réalisés dans la construction d’une nouvelle architecture économique fondée sur la complémentarité, la coopération, le respect de la souveraineté et la solidarité.
13. La réunion constitutive de la Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), qui s’est tenue à Caracas en décembre 2011, constitue un point d’inflexion dans le processus d’intégration. L’accord conclu marque le début d’un programme de travail destiné à trouver des éléments de convergence et à souligner la nécessité de s’unir, tous les Etats reconnaissant que les grands problèmes communs ne peuvent être résolus que par l’intégration.
14. Par ailleurs, face à l’échec de la ZLEA et à la réussite limitée des traités de libre-échange bilatéraux, les puissances impérialistes cherchent à affaiblir les mécanismes latinos et sud-américains d’intégration en développant l’Alliance du Pacifique.
15. L’intégration, qui repose sur une base politique, répond à une réalité changeante et se fonde notamment sur les éléments matériels que sont les forces productives et les ressources naturelles abondantes et diverses (forêts, pétrole, minéraux de tous types, terres rares, gaz, vastes surfaces consacrées à l’agriculture et à l’élevage), mais surtout sur la diversité culturelle et humaine de plus de 500 millions d’individus. Le processus d’intégration doit rechercher des politiques communes de gestion et d’exploitation souveraines des ressources naturelles, y compris en matière d’accès à l’eau, lequel doit être reconnu comme un droit humain.
16. La nécessité de s’appuyer sur une politique commune de développement durable, sur les sciences et technologies et sur le développement humain inclusif – en accordant la priorité aux femmes, aux enfants et aux jeunes – fera partie des thèmes centraux de l’agenda du Forum de Sao Paulo.
17. Compte tenu de la grande richesse de notre région en termes de ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, nous devons renforcer la défense de l’environnement, entreprendre un développement industriel, technologique et scientifique de grande envergure, et faire respecter les droits des peuples autochtones, notamment celui d’être consultés.
18. La droite tente de faire sien, sur le plan symbolique, le discours en faveur de la défense de l’environnement en occultant les politiques néolibérales prédatrices dans ce domaine et la dette écologique du capitalisme envers la planète. Il existe une lutte acharnée pour le contrôle de ces richesses.
19. Les partis de gauche, populaires, progressistes et démocratiques du Forum de Sao Paulo réaffirment leur soutien aux relations d’amitié, de fraternité, de coopération solidaire, d’intégration et de respect absolu de la souveraineté de chaque pays promues par le gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela. A cet égard, ils récusent fermement les accusations infondées d’interventionnisme formulées par le gouvernement illégitime du Paraguay à l’encontre du chancelier Nicolas Maduro.
20. Pour être à la hauteur des enjeux tactiques et stratégiques considérables du Forum de Sao Paulo, nous comptons sur les forces présentes dans le cadre de cette XVIIIe rencontre, à laquelle participent 800 délégués issus de 100 partis et organisations de 50 pays répartis sur les 5 continents.
21 Au cours des 4, 5 et 6 juillet, cette importante délégation a réalisé de nombreuses activités, parmi lesquelles se sont distinguées : les réunions des Secrétaires Régionaux du Cône Sud, Andin Amazonien, d’Amérique Centrale et Caraïbes, les ateliers thématiques des descendants« Afro-américains » ; Autorités Locales et Sub nationales ; Défense ; Démocratisation de l’information et de la communication ; Fondations, Écoles ou Centres de formation ; Environnement et Changement Climatique, Migrations ; Mouvements syndicaux ; Mouvements Sociaux et pouvoir populaire ; Peuples autochtones, Sécurité Agroalimentaire ; Sécurité et Narcotrafic ; Travailleurs des Arts et de la Culture, Union et intégration latino américaine et Caraïbes. Rassemblement des Femmes, le IVè rassemblement des Jeunesses, le Second Séminaire sur les gouvernements progressistes et de gauche et le Séminaire sur la paix, la souveraineté nationale et la décolonisation.
22 Le compte rendu de chacune de ces réunions et activités, les résolutions respectives, le Document Base ainsi que les motions et la Déclaration Finale seront publiés dans les Annales de cette XVIIIè Rencontre. Parmi ces résolutions il y a quelques thèmes que nous voudrions souligner.
23 Les partis membres du Forum de Sao Paulo, de gauches, progressistes et anti-impérialistes reconnaissent que : la présence et participation des femmes dans les différents secteurs de la société, y compris dans les partis, est indispensable pour leur renforcement, leur développement et leur croissance. Il n’est pas possible de construire le socialisme (ou une société socialiste, juste et équitable) si on ne modifie pas les rôles et schémas traditionnels qui ont été assignés et assumés historiquement de manières différentes par les hommes et les femmes, si on ne crée pas les conditions nécessaires pour déraciner les bases de la discrimination contre les femmes et que les deux parties participent à conditions d’égalité, tant dans la sphère publique que privée. L’intégration d’un véritable éclairage sur le genre et sur l’agenda des femmes de gauche et révolutionnaires en politique, programmes et actions qui se dessinent dans la lutte contre la droite et le capitalisme déprédateur et patriarcal, et la construction du socialisme, restent toujours un défi.
24 Depuis la naissance même du Forum, la reconnaissance de la souveraineté de la République Argentine sur les Malouines est évidente et indiscutable. La XVIIIè Rencontre soutient la demande d’ouverture de négociations diplomatiques entre l’Argentine et le Royaume Uni et réitère la protestation latino américaine contre les actions entreprises par le gouvernement britannique dans une zone déclarée libre d’armes nucléaires. De même, le FSP condamne la situation de colonialisme dans laquelle se trouvent plusieurs nations latino américaines et caribéennes. Nous refusons également les tentatives de recolonisation.
25 Le FSP soutient la revendication du peuple et du gouvernement de Bolivie pour un accès souverain à l’Océan Pacifique.
26 Les Partis et mouvements regroupés au Forum et autres mouvements sociaux avons la tâche de déployer toutes les initiatives possibles pour que le thème de l’indépendance de Puerto Rico devienne un point essentiel de l’agenda des Nations Unies. Il est inconcevable que persistent,au XXIè siècle, des enclaves coloniales dans notre espace régional et dans le monde. Nous nous unissons à la demande de libération du prisonnier politique portoricain Oscar López Rivera, qui a été emprisonné dans les geôles des États-Unis depuis plus de 31 ans, pour le seul « délit » de lutter pour l’indépendance de sa patrie.
27 Cette Rencontre doit fomenter de nouvelles activités et un plan d’action commun contre le blocus nord américain de Cuba et pour la libération des cinq héros, emblème commun de toutes et tous.
28 Le Forum de Sao Paulo exprime son soutien au peuple du Nicaragua et à son gouvernement face à la menace d’un embargo financier qui signifierait de la part du gouvernement des États-Unis le refus de la dispense qu’il adjuge ou refuse chaque année, comme un instrument de chantage arbitraire, par l’utilisation de son pouvoir de veto dans les organismes multilatéraux, la prétention nord-américaine étant d’imposer des décisions politiques qui sont de la compétence exclusive des Nicaraguayens dans l’exercice de leur souveraineté.
29 Le Forum de Sao Paulo exprime son soutien au peuple bolivien et à son président et camarade Evo Morales Ayma, dans la défense de la démocratie et le profond processus de changement qu’il mène aux côtés des mouvements sociaux et des secteurs populaires.
30 Le Forum de Sao Paulo exprime son soutien et active solidarité au peuple paraguayen, au Front Guasú et au Front pour la Défense de la Démocratie, ainsi qu’au mouvement paysan mobilisé, en refusant de reconnaître le gouvernement de fait dirigé par le putschiste Federico Franco et annonce des actions au niveau du continent en faveur de la démocratie, du respect de la volonté populaire exprimée en Avril 2008 et pour l’unité et l’intégration des peuples et gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes.
31 Le Forum de Sao Paulo exprime sa solidarité avec le peuple haïtien, dans sa lutte pour la reconquête de sa dignité et de sa souveraineté nationale. Seule la consolidation de ses structures étatiques permettra à Haïti de surmonter la crise qu’elle est en train de vivre, le succès de ce processus exige l’appui des gouvernements de gauche et des peuples latino américains et des Caraïbes, comme le retrait programmé des forces étrangères du territoire haïtien. Le dépassement de cette situation de crise que vit Haïti exige notre appui technologique, humanitaire et matériel.
32 Le Forum de Sao Paulo exprime son soutien au processus de paix en Colombie, où reste en vigueur la lutte pour une solution politique au conflit armé, la paix avec la justice sociale et pour un nouveau modèle économique et social qui garantisse le respect des droits de l’Homme et la protection de la nature, et décide de former une commission représentative des mouvements et partis politiques du Forum de Sao Paulo qui, d’un commun accord avec les partis et mouvements colombiens, visitera le pays et proposera un agenda d’étude, de contacts et d’appui pour des propositions unitaires.
33 Le Forum de Sao Paulo manifeste sa solidarité avec le Frente Amplio du Guatemala en tant que référence de la gauche guatémaltèque, et salut la conviction des partis membres- WINAQ, ANN y URNG- de continuer le travail pour l’unité de la gauche guatémaltèque et pour la recherche d’alliance avec les forces démocratiques et progressistes. Par ailleurs, elle condamne l’usage de la force répressive de la part du gouvernement guatémaltèque contre la population.
34 Le Forum de Sao Paulo exprime sa solidarité avec la lutte du peuple hondurien, pour le respect des droits de l’Homme et octroie son appui total à la camarade Xiomara Castro de Zelaya comme candidate du consensus des forces de résistance pour la Présidence de la République de Honduras.
35 Le Forum de Sao Paulo exprime son total soutien et sa solidarité avec la lutte du peuple sahraoui dans la défense de son autodétermination, sa souveraineté et son indépendance nationale.
36 Le Forum de Sao Paulo exprime son soutien à la lutte pour la souveraineté et autodétermination de la Palestine et son entrée aux Nations Unies comme membre de plein droit.
37 Nous nous opposons rigoureusement à toute intervention armée externe en Syrie et en Iran et invitons les forces progressistes et de gauche à défendre la paix dans la région.
38 Au cours des prochains mois il y aura plusieurs processus électoraux, comme celui de novembre 2012 qui, au Nicaragua, convoquera des élections municipales. En février 2013 il y aura des élections générales en Équateur où le Président Rafael Correa est proposé pour sa réélection et le Forum de Sao Paulo lui exprime son engagement, sa solidarité et son soutien total.
39 Le Forum de Sao Paulo appelle aussi à la défense de la démocratie au Mexique. Une fois de plus, la droite mexicaine a eu recours à la manipulation médiatique avec l’aide d’enquêtes truquées, à l’achat massif de votes et d’autres types de fraudes qui ont dénaturé l’élection présidentielle du 1er juillet. Tout cela pour tenter d’imposer un candidat opposé aux meilleurs intérêts du peuple mexicain. Le FSP se prononce sur ce sujet pour que les dénonciations présentées par les partis progressistes soient l’objet d’une profonde enquête.
40 L’enjeu central des prochains mois est la bataille électorale qui se déroulera au Venezuela le 7 octobre. La campagne a commencé avec de puissantes mobilisations populaires en soutien à la candidature de Chávez et au programme qu’il a présenté. Tous les sondages d’opinion indiquent clairement un avantage de 20 points en faveur du candidat Hugo Chávez sur le candidat de la droite. À quelques mois des élections, la droite considère comme certaine la victoire de Chávez. Pour cette raison, la droite participe au processus électoral mais prépare les conditions pour contester le résultat auprès du Conseil National Électoral. Face à cette situation, le Forum de Sao Paulo convoque les forces progressistes et de gauche à soutenir la démocratie vénézuélienne et à rejeter les tentatives de déstabilisation de la droite.
41 La XVIII Rencontre du Forum de Sao Paulo conclut en appelant les peuples à lutter contre le néolibéralisme et les guerres, à construire un monde de paix, de démocratie et de justice sociale. Un autre monde est possible et nous sommes en train de le construire : un monde socialiste.
Traduit de l’espagnol par Frédérique Rey et Philippe Ogonowski (Pôle traduction du Parti de Gauche)
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samedi 14 juillet 2012

SYRIE : Refondation énergétique du Moyen-orient : la plaque tectonique syrienne

...Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile....L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye...
« Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. » - Jean-Paul Sartre (extrait du livre Le Diable et le Bon Dieu)
Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe. Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et...Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.
Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar... Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou. Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une « approche » qu’il soumettra aux rebelles syriens.
La diabolisation des médias occidentaux
Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne ? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de « C dans l’air » du 14 juin 2012, sur France 5 : ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques. Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à-dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.
Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant : « Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les « Amis de la Syrie » y ont semé la violence. À Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011 : kidnapping, demandes de rançons... Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien. Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense. Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes. » (1)
« Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). À Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. À Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis. Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (...) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (...) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (...) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques. »(1)
L’argument énergétique
Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques. L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi : la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit : L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi. (2)
« Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (...) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (...) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. À partir de là, il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(...) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.
Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part. »(2)
« Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. À partir de là, écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban. Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban. (...) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il. » (2)
« De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (...) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à-dire, sur la Route de la soie. (...) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La « révolution syrienne » est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. » (2)
L’argument religieux : sunnite versus chiite
Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe. » (3)
« Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. « Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington. » L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis », conclut Bernard Haykel. » « Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes. » (3)
Le résultat de cette anomie
Quels sont les perdants et quels sont les gagnants ? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit - sans y participer - à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas !
Chems Eddine Chitour
URL de cet article 17225 http://www.legrandsoir.info/refondation-energetique-du-moyen-orient-la-plaque-tectonique-syrienne.html

jeudi 12 juillet 2012

Palestine : L’empoisonnement d’Arafat

Pour moi, il n’y a eu aucune sur­prise. Depuis le tout premier jour, j’avais la conviction que Yasser Arafat avait été empoi­sonné par Ariel Sharon. J’ai même écrit là-​​dessus à plu­sieurs reprises. C’était une conclusion de simple logique.

D’abord, un examen médical complet à l’hôpital français où il est mort n’a révélé aucune cause à son malaise soudain et à sa mort. On n’a trouvé aucun signe d’une affection mortelle.
Les rumeurs dif­fusées par la machine de pro­pa­gande israé­lienne selon les­quelles Arafat était malade du sida n’étaient que purs men­songes. C’était la suite des rumeurs répandues par la même machine selon les­quelles il était homo­sexuel –tout cela par­ti­cipant à la dia­bo­li­sation inces­sante du diri­geant pales­tinien, pour­suivie quo­ti­dien­nement depuis des décennies.
S’il n’y a pas de cause évidente de mort, il faut qu’il y ait une cause moins évidente.
En second lieu, nous savons main­tenant que plu­sieurs ser­vices secrets pos­sèdent des poisons qui ne laissent aucune trace détec­table par des ana­lyses ordi­naires. C’est le cas de la CIA, du FSB russe (suc­cesseur du KGB) et du Mossad.
En troi­sième lieu, les occa­sions étaient nom­breuses. Les mesures de sécurité d’Arafat étaient clai­rement légères. Il embrassait de par­faits étrangers qui se pré­sen­taient comme sym­pa­thi­sants de la cause pales­ti­nienne et les faisait souvent asseoir à côté de lui à table.
En qua­trième lieu, il y avait quantité de gens qui vou­laient le tuer et qui en avaient les moyens. Le plus évident d’entre eux était notre premier ministre Ariel Sharon. Il avait même évoqué en 2004 le fait qu’Arafat ne béné­fi­ciait “d’aucune police d’assurance”.
CE QUI ÉTAIT aupa­ravant une pro­ba­bilité logique est désormais devenu une certitude.
Une analyse de ses affaires per­son­nelles demandée par la chaîne de télé­vision Al Jazira et réa­lisée par un très sérieux ins­titut scien­ti­fique suisse a confirmé qu’Arafat a été empoi­sonné par du polonium, une sub­stace radio­active mor­telle qui échappe à la détection à moins que l’on ne recherche spé­ci­fi­quement sa présence.
Deux ans après la mort d’Arafat, le dis­sident russe Alexander Lit­vi­nenko, ancien membre du KGB/​FSB, était assassiné à Londres par des agents russes à l’aide de ce poison. La cause en fut décou­verte acci­den­tel­lement par ses médecins. Il mit trois semaines à mourir.
Plus près de chez nous, à Amman, le diri­geant du Hamas Khaled Mash’al fût presque tué en 1997 par le Mossad, sur ordre du premier ministre Ben­jamin Néta­nyahou. Le moyen utilisé était un poison qui tue en quelques jours après avoir été mis en contact avec la peau. L’assassinat échoua et la victime eut la vie sauve lorsque le Mossad fut contraint, à la suite d’un ulti­matum du roi Hussein, de fournir à temps un antidote.
Si la veuve d’Arafat, Suha, réussit à faire exhumer son corps du mau­solée de la Mukata à Ramallah, où il est devenu un symbole national, le poison sera sans aucun doute trouvé dans son corps.
QU’ARAFAT AIT MANQUÉ de dis­po­si­tions de sécurité conve­nables m’a tou­jours étonné. Les Pre­miers ministres israé­liens sont dix fois mieux protégés.
Je lui en ai fait plu­sieurs fois le reproche. Il haussait les épaules. C’était à cet égard un fata­liste. Après être sorti mira­cu­leu­sement indemne du crash de son avion dans le désert libyen alors que les gens qui l’accompagnaient y trou­vaient la mort, il avait la conviction qu’Allah le protégeait.
(Bien que diri­geant d’un mou­vement laïque dont le pro­gramme était clai­rement laïque, il était lui-​​même un musulman sunnite pra­ti­quant, priant aux moments pres­crits et ne buvant pas d’alcool. Il n’imposait pas sa piété à ses collaborateurs.)
Il lui est arrivé un jour d’être inter­viewé en ma pré­sence. Le jour­na­liste lui demanda s’il s’attendait à voir la création de l’État de Palestine de son vivant. Sa réponse : “Tant moi qu’Uri Avnéry nous le verrons de notre vivant.” Il était tout à fait sûr de cela.
LA VOLONTÉ D’ARIEL SHARON de tuer Arafat était bien connue. Déjà lors du siège de Bey­routh au cours de la guerre du Liban, ce n’était un secret pour per­sonne que des agents ratis­saient Bey­routh Ouest pour savoir où il était. À la grande déception de Sharon, ils ne l’ont pas trouvé.
Même après Oslo, lors du retour d’Arafat en Palestine, Sharon n’abandonna pas son projet. Lorsqu’il devint Premier ministre, ma crainte pour la vie d’Arafat se fit plus vive. Lorsque notre armée attaqua Ramallah au cours de « l’opération Rempart » elle fit irruption dans l’immeuble d’Arafat (Mukata est le mot arabe pour immeuble) et s’approcha à 10 mètres de ses locaux. Je les ai vus de mes propres yeux.
Deux fois au cours du siège qui a duré de longs mois mes amis et moi sommes allés séjourner à la Mukata pour faire office de bou­clier humain. Lorsque l’on demandait à Sharon pourquoi il ne tuait pas Arafat, il répondait que la pré­sence là-​​bas d’Israéliens rendait la chose impossible.
Pourtant, je crois que ce n’était là qu’un pré­texte. C’étaient les États-​​Unis qui le lui inter­di­saient. Les Amé­ri­cains crai­gnaient, de façon tout à fait fondée, qu’un assas­sinat évident pro­vo­querait dans l’ensemble du monde arabe une explosion de fureur anti-​​américaine. Je ne peux pas le prouver, mais je suis sûr que Washington a déclaré à Sharon : “Sous aucun pré­texte vous n’êtes autorisé à le tuer d’une façon à ce que l’on puisse vous l’imputer. Si vous pouvez le faire sans laisser de trace, alors allez-​​y.”
(C’est tout à fait comme lorsque le Secré­taire d’État dit à Sharon en 1982 qu’il n’était sous aucun pré­texte autorisé à attaquer le Liban, à moins d’une pro­vo­cation évidente et reconnue inter­na­tio­na­lement. Une condition qui fut rapi­dement remplie.)
Par une sinistre coïn­ci­dence, Sharon lui-​​même fut victime d’une attaque peu de temps après la mort de Yasser Arafat, et il est dans le coma depuis.
LE JOUR où les conclu­sions d’Al Jazira ont été rendues publiques cette semaine se trouve être le 30e anni­ver­saire de ma pre­mière ren­contre avec Arafat, qui était pour lui sa pre­mière ren­contre avec un Israélien.
C’était au plus fort de la bataille de Bey­routh. Pour arriver jusqu’à lui, il me fallait tra­verser les lignes des bel­li­gé­rants –l’armée israé­lienne, les milices des pha­langes chré­tiennes liba­naises, l’armée liba­naise et les forces de l’OLP.
Je me suis entretenu avec Arafat pendant deux heures. Là, en pleine guerre, dans une situation où il pouvait s’attendre à mourir à chaque instant, nous avons parlé de paix israélo-​​palestinienne, et même d’une fédé­ration d’Israël et de la Palestine, sus­cep­tible peut-​​être d’être rejointe par la Jordanie.
La ren­contre qui fut annoncée par les ser­vices d’Arafat fit sen­sation dans le monde entier. Mon compte-​​rendu de l’entretien fût publié dans plu­sieurs journaux importants.
Sur la voie du retour, j’entendis à la radio que quatre ministres du gou­ver­nement exi­geaient que l’on me tra­duise en justice pour tra­hison. Le gou­ver­nement de Menachem Begin demanda au Pro­cureur Général d’ouvrir une enquête cri­mi­nelle. Cependant, après plu­sieurs semaines, le Pro­cureur Général conclut que je n’avais violé aucune loi. (La loi fût dûment modifiée peu de temps après.)
LORS DES nom­breuses ren­contres que j’ai eues avec Yasser Arafat ensuite, j’ai acquis la conviction absolue qu’il repré­sentait une par­te­naire efficace et digne de confiance pour la paix.
Je me suis mis len­tement à com­prendre comment ce père du mou­vement pales­tinien moderne, considéré comme un super-​​terroriste par Israël et les États-​​Unis, était devenu le leader de l’effort de paix pales­tinien. Peu de gens dans l’histoire ont eu le pri­vilège de mener deux révo­lu­tions suc­ces­sives au cours de leur vie.
Lorsqu’Arafat a entrepris son œuvre, la Palestine avait disparu de la carte et de la conscience du monde. En faisant appel à la “lutte armée” (alias “ter­ro­risme”) il a réussi à remettre la Palestine à l’ordre du jour du monde.
Son chan­gement d’orientation s’est produit tout de suite après la guerre de 1973. Cette guerre, on s’en sou­vient, com­mença par d’éclatants succès arabes et se termina en déroute des armées égyp­tiennes et syriennes. Arafat, ingé­nieur de pro­fession, en tira la conclusion logique : si les Arabes ne pou­vaient l’emporter dans un affron­tement armé, même dans des condi­tions aussi idéales, il fallait trouver d’autres moyens.
Sa décision d’engager des négo­cia­tions de paix avec Israël allait tout à fait à l’encontre des sen­ti­ments du mou­vement national pales­tinien qui consi­dérait Israël comme un enva­hisseur étranger. Il fallut 15 années entières à Arafat pour convaincre son propre peuple d’accepter son orien­tation, mobi­lisant toutes ses ruses, son adresse tac­tique et son pouvoir de per­suasion. Lors de la réunion du par­lement pales­tinien en exil de 1988, le Conseil National, sa conception fût adoptée : un État Pales­tinien à côté d’Israël sur une partie du pays. Cet État, avec sa capitale à Jéru­salem Est et des fron­tières fondées sur la Ligne Verte, a été depuis lors l’objectif arrêté et inva­riable ; le legs d’Arafat à ses successeurs.
Ce n’est pas par hasard que mes contacts avec Arafat, d’abord indi­rec­tement par l’intermédiaire de ses col­la­bo­ra­teurs puis direc­tement ont com­mencé à la même époque : 1974. Je l’ai aidé à établir des contacts avec les diri­geants israé­liens et en par­ti­culier avec Yitzhak Rabin. Cela a conduit aux accords d’Oslo de 1993 –que l’assassinat de Rabin a fait échouer.
Lorsqu’on lui demandait s’il avait un ami israélien, Arafat donnait mon nom. Cela se fondait sur sa conviction que j’avais risqué ma vie lorsque j’étais allé lui rendre visite à Bey­routh. De mon côté, je lui étais recon­naissant pour la confiance qu’il m’avait faite lorsque je l’ai ren­contré là-​​bas, à un moment où des cen­taines d’agents de Sharon étaient à sa recherche.
Mais, au-​​delà de ces consi­dé­ra­tions per­son­nelles, Arafat était l’homme qui pouvait faire la paix avec Israël, ayant la volonté de la faire et –plus important– la volonté d’amener son peuple, y compris les isla­mistes, à l’accepter. Cela aurait mis un terme à l’entreprise de colonisation.
Voilà pourquoi il a été empoisonné.
Uri Avnery
Traduit de l’anglais pour l’AFPS par FL

mardi 10 juillet 2012

La Syrie ne tombera pas dans l’escarcelle de l’OTAN


Et de trois ! Après l’Irak et la Libye, la Syrie est donc tombée dans les mires de colonialistes, de racistes, de philosionistes et autres fauteurs de guerre d’Occident qui n’ont pas perdu d’arrogance à l’endroit du Monde arabe. Au nom d’une prétendue supériorité de la civilisation, ils se sont relancés dans cette même entreprise criminelle qui visait autrefois à « civiliser ces sauvages d’Arabes » et qui les amène aujourd’hui à vouloir leur dicter par la force de « frappes aériennes » et celle de la terreur les lois et les principes de la démocratie. Mais, alors qu’ils prétendent la combattre et l’éradiquer, ils ne font que renforcer la dictature et, au bout du compte, la légitimer.
  Décidément, le syndrome du conquérant est incurable. Malgré la conviction quasi générale que le colonialisme serait mort et enterré, depuis désormais plus d’un demi-siècle, il faut se rendre à l’évidence que l’ère coloniale n’est pas encore conclue, car la dépossession perdure.
 Tandis qu’Israël continue d’étendre imperturbablement ses colonies sur le territoire palestinien, les sionistes de tous pays se sont passé le mot et donné la main pour aider I’État hébreux à légitimer l’illégitime de sorte que l’idée même d’État palestinien est devenue au fil des ans et des promesses une simple et douloureuse chimère. De Paris à Londres, de Berlin à Rome, en passant par Madrid, les vieux démons qui avaient animé les rêves de conquêtes du temps où la vieille Europe se partageait le monde afro-asiatique au Congrès de Vienne ne cessent de se réveiller. Tels des volcans que l’on croyait éteints, ils s’agitent et se mettent à ravager des pays au nom de la liberté et de la démocratie. Et, faire triompher ces deux valeurs primordiales de l’humanité est devenu le prétexte de sionistes au profil de nazi de se manifester dans toute leur animosité et toute leur virulence.
Tels un Bernard Kouchner ou un Bernard Henri Lévy qui ont inventé et glorifié le « droit d’ingérence », lequel n’est qu’un artifice développé pour tenter de replacer d’anciennes colonies sous la tutelle des ex-puissances coloniales en leur imposant des dirigeants potiches.
 Et le concept de « guerre préventive » forgé par George W. Bush a donné à l’Amérique un alibi pour justifier d’abord l’agression portée à l’Irak et ensuite son concours et son appui à l’entreprise criminelle déclenchée par Nicolas Sarkozy en Libye. Poursuivant le même dessein qui a de tout temps animé le colonisateur dans le but de contrôler les richesses de pays plus faibles, en l’occurrence leurs importants gisements pétrolifères, l’Amérique impérialiste a jeté tout le poids de sa puissance militaire pour violer le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes prôné par Thomas Woodrow Wilson, un de ses plus illustres présidents, qui avait défendu ce principe avec force à la Conférence de Paix de Paris au lendemain de la Première Guerre mondiale.
Barack Obama le traître
 Barack Obama l’avait peut-être oublié, ou bien cela ne devait-il être à ses yeux qu’un détail - dérisoire et des plus futiles - de l’Histoire. Aussi n’a-t-il pas hésité à trahir d’un seul coup les principes fondateurs de son pays, le rêve de Martin Luther King et les espérances des ces peuples d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine qui l’avaient vu apparaître comme Le Rédempteur. Ils avaient tellement cru en lui. Ils avaient tellement cru qu’il allait changer leur mauvais destin en réparant les cruelles injustices de l’Occident...
  Las ! Il s’est mis à parler à l’unisson avec Sarkozy et Cameron le même langage et de la même voix que Bush et Blair. À croire que l’Amérique des impérialistes avait choisi d’élire un Président noir dans le but d’utiliser une marionnette pour mieux poursuivre ses basses œuvres afin de mieux assouvir sa soif insatiable de puissance et de domination et garantir ses intérêts...
 Aussi, retirer d’Irak la soldatesque qui avait détruit et mis sous séquestre ce pays n’a été qu’un subterfuge pour tenter de présenter un visage pacifique sous lequel dissimuler l’acharnement à vouloir mettre au pas les pays arabes réfractaires au sionisme en jetant dans le chaos la Libye à son tour.
 L’Irak et la Libye ne sont pas plus démocrates, ni plus libres. Par contre, ces deux nations ont perdu la voie de la laïcité. La dictature et le despotisme ont fait place au laxisme et à la veulerie, à l’anarchie, au terrorisme et à l’obscurantisme. En un mot, à la décomposition. Ces deux pays ne sont pas près de se relever du malheur qui les a frappés et d’emprunter la voie d’une réelle révolution démocratique qui leur permettrait de se reconstruire.
 À vrai dire, leur sort menace de s’étendre à tous les pays où le « Printemps arabe » est en train de causer ses ravages, au grand plaisir de ces Occidentaux qui ne cessent de hurler à travers leurs médias leur colère haineuse et de clamer leur volonté guerrière en rêvant de déchaîner les foudres de l’OTAN contre les peuples récalcitrants qui refusent leur tutelle. Comme à présent celui de Syrie, qu’ils désirent soi-disant également libérer de l’autocratie et sur lequel ils s’acharnent en diabolisant Bachar el-Assad.
 Certes, Bachar el-Assad n’est pas un exemple de démocratie. Pour un esprit épris de liberté, lui et son régime ne peuvent inspirer aucune sympathie. Il est arrivé au pouvoir par voie héréditaire en juillet 2000, succédant à son père Hafez, à la mort de ce dernier. Celui-ci avait régné trente ans en tenant le pays d’une poigne de fer depuis qu’il avait accédé à la magistrature suprême en 1970 au moyen du dernier d’une succession de coups d’État militaires réalisés tantôt dans l’intention de redresser, tantôt de « rectifier les principes du parti », et à la fin de corriger la révolution socialiste prônée et inspirée depuis plus d’un demi-siècle par le même parti Baâth.
Des rives de la Tamise
 Depuis plus de 40 ans, la Syrie est donc une espèce de monarchie absolue travestie en république parlementaire, dont le président est élu pour sept ans par voie de référendum. Et, à chaque consultation populaire, les Assad père et fils ont régulièrement obtenu un consensus qui leur accordait une légitimation d’autant plus forte et réelle que le plébiscite est en fait l’expression d’un nationalisme exaspéré par le voisinage d’Israël que les Syriens abhorrent à cause de l’injustice que cet État représente d’une façon générale pour l’opinion arabe et qu’ils ressentent comme un ennemi mortel. De plus, le sentiment national est galvanisé par le Front national progressiste, dominé par le Baâth mais dans lequel ont conflué quelque huit autres partis, les uns communistes, d’autres nationalistes ou socialistes, ou encore d’obédience nassérienne. À peu près toutes les sensibilités populaires y sont représentées, de même qu’au Conseil du Peuple, assemblée où siègent les représentants de toutes les catégories sociales, des agriculteurs aux agents de l’État en passant par les commerçants et les fonctions libérales, en dehors des Frères musulmans, lesquels forment la principale force d’opposition au régime laïc qu’ils considèrent comme athée et qui doit être renversé pour cette unique et seule raison, et en dehors de toute autre considération politique.
  À la fin des années 1970, profitant des difficultés politiques et économiques surgies suite à l’intervention syrienne dans la guerre civile du Liban, ils crurent le moment favorable venu et tentèrent de provoquer un soulèvement populaire en se lançant dans la lutte armée. Cependant Hafez el-Assad réagit violemment et fit échouer l’insurrection. En 1980 il frappa d’anathème la confrérie en promulguant une loi condamnant à la peine de mort quiconque « est affilié à l’organisation de la communauté des Frères musulmans », contre lesquels il déchaîna son armée. Le bilan fut très lourd : plusieurs milliers de combattants islamistes périrent à Hama en 1982.
 Les leaders de cette organisation trouvèrent aussitôt refuge à Londres où l’internationale islamiste a constitué une sorte de tête de pont en Occident, un point de chute et un lieu de rencontre des chefs de l’islam politique, de l’Algérien Abassi Madani, au Soudanais Hassan Tourabi en passant par le Saoudien Oussama Ben Laden… Sur les rives de la Tamise, où les transfuges arabes de tout bord vont faire allégeance aux ennemis de leurs pays, le Syrien Ali Sadr ad-Din al Bayanouni a donc acquis le statut de réfugié politique ; en échange il se mit à réciter lui aussi la fable de l’islam démocratique et non violent composée par ceux-là mêmes qui avaient attisé et poussé le souffle islamiste ravageur à destination du monde arabe.
 Alors que Hassan el-Banna l’avait créée pour lutter contre l’occupation britannique de l’Égypte, la confrérie des Frères musulmans s’est mise sans hésiter au service des Britanniques et des forces de l’impérialisme occidental et s’est transformée en nébuleuse opaque et menaçante. Wahabites, salafistes et autres fanatiques assoiffés de sang se sont donc ligués sous les auspices de l’OTAN - dont ils sont même devenus un instrument politique ! - pour combattre par les armes les États arabes à tendance laïque.
Le printemps algérien
 Cela s’était déjà vérifié en Algérie dans les années 1990. Et l’Algérie avait déjà fait, à son heure, la douloureuse expérience du « Printemps arabe ». Le Front islamique du salut qui avait averti qu’il était résolu à prendre le pouvoir « par le vote ou par les balles », avait créé une Armée de libération du salut de 40.000 maquisards auxquels étaient venu s’ajouter les GIA et autres « afghans » qui avait plongé le pays dans la guerre civile, l’horreur et l’effroi. Bilan de ces dix années noires : 200.000 morts et destructions calamiteuses d’innombrables infrastructures. Mais l’Algérie n’a pas sombré dans le chaos. En dépit de l’aide financière massive de l’Arabie Saoudite et de l’Iran, du soutien des chancelleries et des grands médias occidentaux au FIS par le biais d’une campagne de désinformation, notamment à coups de « Qui tue qui ? » tendant à semer la confusion pour jeter l’opprobre sur l’État et ses forces armées auxquels étaient attribués les massacres effroyables accomplis par des islamistes sans foi ni loi, ces derniers furent mis hors de combat. Et les rescapés, bandes de quelques centaines de despérados, ont fui au Sahel où ils ont constitué al-Qaïda au Maghreb islamique…
  Quant aux démocrates algériens, qui avaient eu tant de mal à faire entendre leur voix en Occident, ils sont sortis non seulement indemnes, mais aussi vainqueurs de cette guerre, dont le véritable enjeu était la forme de société que le FIS désirait imposer au pays. Alors qu’ils avaient été la cible privilégiée des islamistes qui les auraient fait disparaître du panorama politique si le FIS avait pris le pouvoir, ils ont réussi à faire triompher le principe de liberté d’opinion et d’expression qui avait été confisqué par le système du parti unique depuis l’indépendance. Même s’ils n’ont pas réussi à investir de façon prépondérante le champ politique où les différents partis se réclamant de la démocratie restent marginaux, ils ont par contre pu marquer de leur empreinte la vie culturelle et médiatique du pays. Depuis 1989 les journaux indépendants n’ont cessé de prospérer, de même que l’édition, ce qui a favorisé une circulation des idées au point d’éveiller les consciences et d’influer sur la vie politique de sorte à provoquer - un peu comme ce qui s’était passé au Siècle des Lumières quand Rousseau, Voltaire, Diderot et D’Alembert libérèrent la pensée et déchaînèrent la vague qui allait déchirer le voile de l’obscurantisme et emporter la monarchie despotique - la révolution culturelle dont le monde arabe a besoin pour entrer sans drame et sans heurt dans l’ère démocratique à laquelle il aspire et qui l’attend. Et, sans l’aide et l’intervention de ces sociétés occidentales bien intentionnées...
La laïcité en péril
 En ce moment crucial que traverse la Syrie, il n’était pas inutile, il est même essentiel de faire ce rappel, du fait qu’une certaine similitude est en train de se profiler avec la tragédie algérienne des années 1990. D’autant que ces sociétés occidentales bien intentionnées se sont braquées sur le régime d’el-Assad, comme elles le furent contre le pouvoir algérien, sans faire de nuances et, chaque fois, sans tenir compte des réalités du pays, lesquelles sont en vérité le dernier de leur souci. Leur importe-t-il de savoir que, contrairement à l’Algérie déclarée islamique par la Constitution adoptée en septembre 1962, la Syrie est un pays laïc dont on peut dire que sa laïcité trouve ses racines dans les écrits de son écrivain du 11ème siècle Al Maâry et dont le fondement a été établi et consolidé par la charte du parti Baâth (Parti de la Résurrection) adoptée en 1947 et inspirée par Michel Aflak, lumineux représentant des chrétiens syriens ?
 Leur importe-t-il que les Frères musulmans et autres djihadistes de tout bord auxquels ils accordent leur soutien avec hargne et arrogance, ont justement pour projet d’éradiquer l’esprit laïc et d’instaurer la dictature de la charia, comme cela est en train de se passer en Tunisie, en Libye ou en Égypte où les réflecteurs des médias occidentaux les contraignent à porter pour l’instant le masque de la Démocratie ? Et que les femmes, c’est-à-dire la moitié de la population de ces pays, ne vont pas tarder à perdre leurs droits et leur liberté ?
  Évidemment, tout cela ne les intéresse pas. Pas plus que de savoir – si réellement elles ne le savaient pas – que les islamistes syriens, à l’instar de ceux d’Algérie en octobre 1988, ceux de Tunisie, de Libye ou d’Égypte de ces derniers mois, ont mis à profit des manifestations populaires, provoquées par des conditions de vie déplorables, pour transformer des révoltes pacifiques en rébellion armée. Par contre, faire passer pour de la répression brutale et sanglante de civils les ripostes des forces de l’ordre d’un État en position de légitime défense contre des rebelles armés qui ont pris l’initiative et la responsabilité de déclencher l’effusion de sang est un exercice de désinformation dans lequel brillent des journalistes qui ont introduit dans la déontologie journalistique la mauvaise foi comme chapitre fondamental. Ainsi font-ils apparaître sans pudeur et sans scrupule sur les chaînes de télévision et dans les pages des journaux des charlatans, présentés comme « opposants », que seules des rancunes et des aspirations personnelles ont amenés dans les capitales occidentales où ils exploitent tantôt la crédulité et l’ignorance, parfois le mépris et la mauvaise foi, et en tout cas le droit d’asile et la générosité consécutive des gouvernements en récitant leur profession de foi anti-Assad à coups de tirades et de couplets stéréotypés qui leur permettent de percevoir les subsides dévolus aux réfugiés politiques et les transforment en héros des plateaux de télévision, loin, très loin des malheurs du peuple syrien qu’ils contribuent à aggraver en réclamant, sans craindre l’opprobre et la perte de dignité, une ingérence des puissances occidentales conduisant à une intervention armée criminelle contre leur propre pays !
Amis de la Syrie, ennemis des Arabes
 Aussi, le Conseil National Syrien créé à Istanbul sous les auspices de l’OTAN et avec l’aide financière de l’Arabie Saoudite et du Qatar par le biais d’un rassemblement disparate de prétendus démocrates regroupés autour du noyau dur des Frères musulmans, n’est-il, comme l’a été le CNT libyen, qu’un instrument entre les mains de ceux qui se proclament « amis de la Syrie » et qui sont en fait de véritables ennemis du monde arabe.
 Les opposants du Forum démocratique syrien, eux, rejettent catégoriquement et à juste raison les appels à rejoindre le CNS. Ils ne veulent pas de l’aide occidentale, car renverser le régime de Bachar el-Assad est à leur sens du ressort de peuple syrien. Aussi entendent-ils l’entraîner dans la révolution de leurs vœux qu’ils espèrent catalyser et faire triompher. C’est ce que leur représentant à Paris, Boutros Hallaq va disant dans les médias qui acceptent de lui tendre leurs micros. Mais la logique de ces démocrates qui refusent et la tutelle occidentale et l’allégeance aux monarchies féodales d’Arabie Saoudite et du Qatar se heurte au mur de l’absurde qui renvoie comme écho à leur voix le leitmotiv stupide et lassant « Bachar el-Assad doit partir », donnant le sentiment d’une profession de foi qui finit par résonner aux oreilles de la majorité des Syriens, étrangers à toute opposition, comme les prodromes d’un danger menaçant leur patrie. Une menace d’autant plus réelle, que l’Irak et la Libye en ont pâti. Et, quand la patrie est en danger, l’on sait bien, les peuples se soudent autour de leurs dirigeants pour parer la menace et accordent ou renforcent du même coup la légitimation d’un régime. Fut-il détestable et honni.
 Ainsi, retranchés dans leurs fiefs de Homs, Hama ou Dar’a, les Frères musulmans et leurs suppôts, que les puissances de l’OTAN ont désigné dans leur propagande et leurs projets criminels comme « peuple syrien », alors qu’ils ne représentent qu’une frange marginale de celui-ci, comment peuvent-ils apparaître sur le plan du bon sens et de la raison ?
 Aux yeux des Russes et des Chinois, mais aussi pour les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, soit les trois quarts des habitants de la terre, ils ne sont qu’un avatar de la vie politique syrienne, qu’il appartient à la Syrie elle-même de gérer. Naturellement, sans interférence exogène.
 Cette fois-ci, les Russes et les Chinois ne se pas laissés et ne se laisseront pas prendre au piège de la perfidie qui les avait entraînés à faire voter au Conseil de sécurité de l’ONU la funeste résolution 1973 contre la Libye, qui est en soi une violation caractérisée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et donc, en Syrie, l’OTAN ne pourra pas, en eût-elle le brûlant désir, répéter ses crimes en volant au secours des djihadistes syriens. Quant à ces derniers, en dépit de la massive campagne médiatique occidentale qui leur est quotidiennement consacrée et des importantes fournitures d’armes clandestines en provenance de Turquie, ils sont voués, à plus ou moins long terme, à la fin que connut le FIS en Algérie.
  Avoir fait le choix de la lutte armée ne leur sera d’aucun profit ; et, en vérité il ne peut profiter qu’à ceux qui sont aux aguets, tels des vautours, attendant la chute de leur proie. Cependant, la Syrie n’est pas la Libye, et toutes les conjonctures, politiques, militaires et diplomatiques, indiquent qu’elle n’est pas près de tomber dans l’escarcelle géostratégique des anciennes puissances coloniales et de l’OTAN.
  Mokhtar Sakhri

* Mokhtar Sakhri est auteur des livres Les démons de la foi et Justice pour Irak ! parus au mois de juin en nouvelle édition chez Edilivre.
Source : AgoraVox

L’art de la guerre : Le puits afghan sans fond

….A Kaboul Clinton a annoncé la bonne nouvelle : « J’ai le plaisir d’annoncer que le président Obama a officiellement désigné l’Afghanistan  comme plus grand allié non-Otan des Etats-Unis ». Ceci signifie que ce pays a acquis le statut dont jouit Israël et que, sur la base de l’ « Accord de partenariat stratégique », les Usa s’engagent à garantir sa « sécurité »…..

« C’est merveilleux d’entendre les oiseaux saluer de leur chant cette belle journée ici à Kaboul » : ce sont les paroles romantiques par lesquelles Hillary Clinton a ouvert la cérémonie officielle au milieu des arbres du très blindé palais présidentiel dans la capitale afghane. Tandis qu’elle parlait, d’autres oiseaux à la queue à rayures et étoiles volaient dans les cieux afghans : les chasseurs F/A 18 qui, ayant décollé du porte-avions Stennis dans la Mer Arabique, survolent l'Afghanistan. Une fois leur proie choisie, ils l’attaquent avec des missiles et des bombes à guidage laser et la mitraillent avec leur canon de 20mm, qui tire à chaque rafale 200 projectiles à l’uranium appauvri. Ces avions et d’autres, dont le prix dépasse les 100 millions de dollars, coûtent 20 mille dollars l’heure de vol : chaque mission durant environ huit heures, elle emporte une dépense de plus de 150mille dollars, auxquels s’ajoute celle des armes utilisées. Et l’an dernier, selon les chiffres officiels,  les avions Usa/Otan ont effectué 35mille missions d’attaque sur l’Afghanistan. On ne s’étonnera donc pas que les Etats-Unis à eux seuls aient dépensé jusqu’ici, pour cette guerre, environ 550 milliards de dollars. Un puits sans fond, qui continuera à engloutir des milliards de dollars et d’euros. A Kaboul Clinton a annoncé la bonne nouvelle : « J’ai le plaisir d’annoncer que le président Obama a officiellement désigné l’Afghanistan  comme plus grand allié non-Otan des Etats-Unis ». Ceci signifie que ce pays a acquis le statut dont jouit Israël et que, sur la base de l’ « Accord de partenariat stratégique », les Usa s’engagent à garantir sa « sécurité ». Selon des fonctionnaires de l’administration, les Usa conserveront en Afghanistan 10-30mille hommes, surtout des forces spéciales, flanqués de compagnies militaires privées. Et ils continueront à utiliser en Afghanistan leur propre force aérienne, y compris les drones d’attaque. Le « plus grand allié non-Otan » recevra de l’Otan une aide militaire de plus de 4 milliards de dollars annuels. L’Italie, qui s’engage à verser 120 millions annuels, continuera à fournir, selon les mots du ministre de la défense Di Paola, « assistance et support aux forces de sécurité afghanes ». Le gouvernement afghan recevra en outre, comme décidé à la conférence des « donateurs » de Tokyo, 4 autres milliards annuels pour les « exigences civiles ». Et dans ce domaine aussi, a déclaré le ministre des affaires étrangères Terzi, « l’Italie accomplira sa part ». Selon la motivation officielle, on aidera de cette façon la « société civile afghane ». Selon l’expérience réelle, chaque dollar et chaque euro, dépensé officiellement à des fins civiles, sera utilisé pour renforcer la domination militaire Usa/Otan sur ce pays. Pays dont la position géographique est de première importance stratégique pour les puissances occidentales et leurs groupes multinationaux, qui avancent de plus en plus vers l’est, en défiant la Russie et la Chine. Pour convaincre les citoyens étasuniens et européens, lourdement touchés par les coupes dans les dépenses sociales, qu’il convient de prélever d’autres milliards de dollars et euros des caisses publiques pour les destiner à l’Afghanistan, on raconte qu’ils servent à apporter de meilleures conditions de vie au peuple afghan, en particulier aux femmes et aux enfants. C’est la fable qu’Hillary Clinton a racontée, accompagnée par le gazouillis des petits oiseaux de Kaboul et par le chœur de ceux qui jouissent de toute cette largesse.

Edition de mardi 10 juillet 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120710/manip2pg/14/manip2pz/325590/

Traduit de l‘italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Manlio Dinucci publiés par Mondialisation.ca